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COMMENTAIRE
SUR LES
ÉPITRES CATHOLIQUES
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COMMENTAIRE
SUR LES
EP1TRES CATHOLIQUES
DE
S. JACQUES, S. PIERRE, S. JEAN ET S. JUDE
Par A.-F. MAUNOURY
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PARIS
BLOUD ET BARRAL, LIBRAIRES-ÉDITEURS
4, HUE MADAME. ET RUE DE RENNES, 59
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LETTRE DE MGn I/ÉVËQUE DE SÉEZ A L'AUTEUR
Séez, le 4 avril 1883.
Cher Monsieur|Maunoury,
Votre beau Commentaire des Epîtres catholiques sera, je
n'en doute pas. apprécié par le public aux mêmes titres et de
la même façon que votre Commentaire des Epîtres de saint
Paul. Je fais des vœux sincères pour son heureux succès.
Je tiens à vous féliciter, cher Monsieur Maunoury, des nou-
veaux titres que vous acquérez chaque jour, par vos remar-
quables travaux, à la reconnaissance de votre Evêque et du
diocèse auquel vous appartenez. Il m'est particulièrement
agréable de vous accorder l'Imprimatur pour votre nouvel
ouvrage.
Recevez, cher Monsieur le Chanoine, l'assurance de mes
sentiments dévoués.
7 François-Marie, Er. de Sée:.
INTRODUCTION
AUX ÉPÎTRE8 CATHOLIQUES
Il y a parmi les livres du Nouveau Testament sept
Epîtres qui portent le nom de catholiques : une de
saint Jacques, deux de saint Pierre, trois de saint
Jean, et une de saint Jude.
Cette dénomination est très ancienne. Eusèbe,
saint Jérôme et saint Epiphane la donnent comme
universellement reçue de leur temps. On la retrouve
aussi dans Clément d'Alexandrie et dans Origène (1).
De là on peut conclure que ces Epîtres ont porté le
nom de catholiques dès le second siècle.
On est partagé sur le sens de cette expression.
Quelques-uns supposent que le titre de catholique
signifiait canonique. Mais Eusèbe affirme que, de son
temps, toutes les Epîtres nommées catholiques n'é-
taient pas reçues comme canoniques ; et Origène au
contraire appelle catholique l'Epître de saint Barnabe,
qui est toujours restée hors du canon des livres saints.
D'autres pensent qu'on appelait ces Epîtres catho-
liques ou universelles, parce qu'elles n'étaient point
(1) Eus., Hist. E., 1. II, c. xxiii, et 1. VII, c. xxv. — S. Hier., de Vir.
ÎU., c n. — S. Epiph., H»r., c. li, n° 3. — Clem. Al., Strom., iv, 15.
— Urig. in Matth., t. III, p. 7l>7, éd. Delarue.
VI
adressées à des églises particulières, comme celles
de saint Paul aux Corinthiens ou aux Galates, mais à
tous les chrétiens, ou du moins à tous les Juifs con-
vertis et répandus en diverses provinces. Si l'on objecte
que les lettres à Electe et à Caïus ne rentrent point
dans cette classe, ils répondent que les cinq premières
étant appelées de ce nom, on y avait compris aussi
les deux dernières.
Quoi qu'il en soit, ce nom de catholiques, donné pri-
mitivement à ces Epîtres, leur est resté même après
qu elles ont été partout reconnues comme sacrées et
canoniques, parce que c'était un terme qui les distin-
guait des quatorze de saint Paul.
Un caractère de polémique se remarque dans ces
Epîtres ; les Apôtres y sont attentifs à combattre les
hérésies naissantes. Ils réfutent sans les nommer
Simon le magicien, Nicolas, Cérinthe, Ebion, et ces
sectes pernicieuses qui commençaient dès lors à
paraître et se fondirent dans l'impur gnosticisme.
Quant à l'authenticité de ces Lettres apostoliques
et à leur canonicité, elles sont depuis longtemps hors
de discussion. Le Concile de Trente a frappé d'ana-
thème celui qui ne les recevrait pas comme sacrées et
canoniques (1).
Au reste, en portant ce décret, le saint Concile n'a
fait que rédiger en loi l'enseignement constant de la
tradition. Nous le montrerons pour chacune des
Epîtres en particulier. Dès maintenant nous prouve-
(1) Epistolœ... Pétri apostoli dnœ, Joannis apostoli très, Jacobi
apostoli una, Judœ apostoli una... Si qicis autem... pro sacris et cano-
nicis non susceperit... anathema sit. Concil. Trid. Decretum de Canon.
Script.
— VII —
rons, par des textes précis, que dans l'antiquité' ces
sept Epîtres étaient admises comme inspirées de Dieu.
Nous citerons d'abord le troisième Concile de Car-
thage qui fut tenu l'an 397. 11 dressa un canon des
livres qui seuls devaient être lus en public comme Ecri-
tures sacrées. Il y nomme « deux Epîtres de l'Apôtre
saint Pierre, trois de saint Jean, une de saint Jude et
une de saint Jacques (1). »
Avant le Concile de Carthage, saint Grégoire de
Nazianze avait mis en vers le canon des divines Ecri-
tures. La listé des livres du Nouveau Testament se
termine ainsi : « Il y a sept Epîtres catholiques, savoir
une de Jacques, deux de Pierre, trois de Jean, celle
de Jude est la septième (2). »
Saint Cyrille de Jérusalem (né l'an 315), après avoir
énuméré les livres de l'Ancien Testament et les quatre
Evangiles avec les Actes des Apôtres, ajoute : « Re-
cevez encore les sept Epîtres catholiques de Jacques,
de Pierre, de Jean et de Jude. » Puis il y joint les
quatorze de saint Paul (3).
(1) Voici ce canon célèbre : Sunt autem canonicœ Scripturœ, Gene-
sis, Exodus, Eeviticus, Numeri,Deuteronomium,JesuNave,Judicum,
Ruth. Regnm libri quatuor, Paralipomenon libri duo. Job unus,
Psalterium Davidicum, Salomonis libri quinque, libri duodeeim Pro-
phetarum, Isaias, Jeremias, Ezechiel, Daniel, Tobias, Judith, Esther,
I b libri duo, Machabœorum libri duo. Novi autem Testameuti
viginti sept fin : Evangeliorum libri quatuor, Actuum Apostolorum
liber unust Pauli Epistolœ tredecim, ejusdem ad Jlebrœos una. Pétri
toit dt'(r, Joannis Apostoli très, Judœ Apostoli una, et Jacobi
Apucalypsis Joartnis liber unus, qui sunt viginti septem. (Caa. 47.)
(2) AAt* oi U&ukz* r-zizuc-ç f' èm-j-olui-
'Ettk âk xudoïux\, wv 'Ix/miu /xtx,
Cj'ji ik Uzrpîj, rpfiç o" 'Igkcwou rriÀiv,
Imtêm o'èffrcv ioiàw nûaxs ey.ttç.
S. (îreg. N. Carmen xn.
(3) Sî/ju Si kxV ràs ënzx "ixxo^ou, x«\ Uérpou, 'Iwkwôu *9\ 'liiiàz xxtfsyU/a-»
*EiU9:ol£i. Catech., iv, 22.
— VIII —
Nous terminerons par ces paroles remarquables de
saint Jérôme : « Les Apôtres Jacques, Pierre, Jean et
Jude ont publié sept lettres, succinctes et cependant
pleines d'une sainte doctrine, tout à la fois brèves et
longues, brèves en paroles, mais longues si on consi-
dère les pensées : de sorte qu'il est rare de trouver un
lecteur qui en pénètre toujours le sens (1). »
En effet les Epîtres catholiques renferment une
grande richesse de doctrine. Les Apôtres saint Pierre,
saint Jacques et saint Jude s'élèvent souvent à la plus
haute éloquence. Saint Jean fait pressentir la sublimité
de son Evangile. On peut ajouter que toutes ces
Epîtres offrent de précieux détails sur les progrès et
sur les luttes du Christianisme aux premiers temps de
l'Eglise. Avant de quitter la terre, ces quatre Apôtres
ont, comme saint Paul, élevé la voix par l'ordre de
Dieu pour donner des leçons au monde et laisser par
écrit des avertissements qui doivent être médités dans
tous les siècles.
Nous avons cru qu'il serait bon de rédiger en
langue française un commentaire qui permît, non
seulement au clergé, mais encore aux fidèles de se
nourrir des beaux enseignements que renferment ces
écrits apostoliques. C'est pourquoi nous nous sommes
efforcé d'exposer clairement et sobrement la pensée
des auteurs sacrés, en ne donnant que les développe-
ments nécessaires pour la bien faire comprendre.
Que s'il a fallu parfois rappeler des principes de
(1) Jacobus, Petrus, Joannes, Judas, Apostoli, septem Epistolas
edideruyxt, tam mysticas quant succinctas, et brèves par iter et longas,
brèves in verbis, longas in sentent Us : ut rarus sit qui non in earum
lectione cœcutiat. S. Hieron., Ep. ad Paul, lui, n. 8.
— IX —
grammaire pour fixer le sens de quelques passages
difficiles ou dénaturés par les hérétiques, nous avons
relégué ces discussions dans des notes mises au bas
des pages, afin que le commentaire n'en fût pas
encombré.
Puissent les saints Apôtres, dont nous avons essayé
d'être les interprètes, obtenir de Notre-Seigneur
Jésus-Christ qu'il daigne bénir le livre et l'auteur !
A. M.
Nous citons souvent dans nos notes quelques ma-
nuscrits du Nouveau Testament. Les plus estimés sont:
A. Codex Alexandrinus, du vc siècle. — B. Codex
Vaticanus, écrit vers le commencement ou le milieu
du ive siècle. — N. Codex Sinaiticus, découvert par
Tischendorf, en 1859, au Mont-Cassin. Il date du
ive siècle, comme le Codex Vaticanus, et peut-être lui
serait-il même un peu antérieur.
COMMENTAIRE
SUR
L'ÉPITRE DE SAINT JACQUES
PRÉFACE
1. Il y a, comme on sait, deux Apôtres qui portent le nom
de Jacques. Le premier, saint Jacques le Majeur, fils de Zébé-
dée et frère de saint Jean l'Evangéliste, après avoir prêché
l'Evangile en Espagne, revint à Jérusalem où Hérode Agrippa
lui fit trancher la tête, l'an 42 de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
(Act. Ap., xii.)
Le second est saint Jacques le Mineur, ainsi désigné par
saint Marc (1). Il est appelé fils d'Alphée (2) et frère du Sei-
gneur (3). Sa mère se nommait Marie (4). La même Marie est
nommée par saint Jean femme de Gléophas, Maria Cleo-
phœ, soit qu'Alphée ait été son premier mari et qu'après
sa mort elle ait épousé Gléophas; soit plutôt qu'Alphée et
Gléophas ne soient que deux manières différentes de pro-
noncer le même nom hébreu ''NsSn (Ghalphaï), qui donne àXooûo;
en supprimant l'aspiration initiale, et XXw^a; ou K}.ci7raî en la
conservant.
Or saint Jean nous apprend que Marie femme de Gléophas
était sœur de la sainte Vierge, mère de Jésus, soror matris
ejuê Maria CleopJur. (S. Joann., xix, 25.) Il en résulterait que
saint Jacques, son fils, serait le cousin germain de Notre-
Sci^neur Jésus-Christ. Toutefois, comme beaucoup pensent
que la sainte Vierge était fille unique de saint Joachim et de
Bain te Anne, il est probable que le mot sœur, employé par
saint Jean, signifie seulement cousine germaine. Par consé-
(î) S. Marc, xv, 40. — (2) S. Matth., x, 3; S. Marc, m, 18; S. Luc,
vi, 15. — (.3) 8. Matth., xm, 55; S. Marc, vi, 3; Gai., i, 19. —
(4) 8. Matth., xxvii, 5(5; S. Marc, xv, 40; et xvi, 1; S. Luc, xxiv, 10.
— XIV —
quent saint Jacques serait cousin du Seigneur au second
degré.
Il en est de même de l'Apôtre saint Jude ou Thadée, frère
de saint Jacques, et de ses deux autres frères Joseph et
Simon. (S. Matth., xin, $5.)
Avant la dispersion des Apôtres, saint Jacques le Mineur
fut établi évêque de Jérusalem. Après avoir gouverné cette
église pendant environ trente ans, Il fut précipité du haut du
Temple par l'ordre d'An anus, fils du grand prêtre Anne, vers
l'an 63 de Jésus-Christ.
ft Il est l'auteur de l'Epître qui porte son nom : TJnam
scripsit Epislolam, quœ de septem catholicis est, dit saint
Jérôme.
Dans les trois premiers siècles, elle n'a pas été unanime-
ment reconnue comme authentique et inspirée de Dieu. Mais
au ivc siècle elle figure dans les divers catalogues des Livres
saints, en particulier dans ceux de saint Athanase, de saint
Grégoire de Nazianze, de saint Augustin et du pape saint
Innocent I, ainsi que dans les canons du Concile de Laodicée
(364), et dans ceux du Ille de Carthage (397).
Saint Clément Pape, disciple de saint Pierre et de saint
Paul, semble faire allusion à deux passages de saint Jacques,
dans son Epître aux Corinthiens (c. 10, 17 et 38).
Mais si l'on élève des doutes à ce sujet, il est impossible de
contester les autorités suivantes. Saint Athanase, dans la Vie
de saint Antoine, cite en entier les versets 15 et 20 du premier
chapitre de l'Epître de saint Jacques. « Il est écrit, dit saint
Antoine à ses religieux, que « la colère de l'homme n'opère
« |>as la justice de Dieu », et que, « lorsque la concupiscence
« a conçu, elle enfante le péché, et que le péché, lorsqu'il est
« consommé, engendre la mort. » (S. Athan., Vit. S. Ant. 21.)
Saint Cyrille de Jérusalem cite le 2« verset de notre Epître :
« Mes frères, lorsqu'il vous survient différentes afflictions,
regardez cela comme un grand sujet de joie. » (Catech. mys-
tag., v, 14.)
Saint Grégoire de Nazianze cite plusieurs passages de cette
Epître, notamment : « La foi est morte sans les œuvres. »
(i,17). Et encore : t Le Seigneur résiste aux superbes, mais il
— XV —
donne sa grâce aux humbles. » (iv, 0.) Voyez S. Grég. de Naz.
Orat. xxvi, 5; et iv, 32.
Saint Jean Chrysostome cite l'Epître de saint Jacques une
quinzaine de fois. Dans son livre du Sacerdoce (1. III, c. vi), il
transcrit en entier les versets 14 et 15 du chapitre v, relatifs à
l'Extrême-Onction : « Quelqu'un parmi vous est-il malade?
qu'il appelle les prêtres de l'Eglise, et qu'ils prient sur lui, en
l'oignant avec l'huile au nom du Seigneur. Et la prière de la
foi sauvera le malade, et le Seigneur le soulagera; et s'il a des
péchés, ils lui seront remis. »
Enfin saint Ambroise {de Voc. Gentium, 1. I, c. ix) écrit :
Jacobus Apostolus ita loquitur : Nolite errare, fratres...
et il transcrit les versets 16, 17 et 18 du premier chapitre.
Ces témoignages suffisent pour montrer que l'Epître de saint
Jacques était, au ive siècle, universellement reconnue comme
écriture divine.
Mais nous avons des autorités beaucoup plus anciennes.
Elle est citée dans le Pasteur d'Hermas; Origène la mentionne
(in Joann. Tract, xix, 6), et on la trouve, traduite et inscrite
sous le nom de saint Jacques, dans la version syriaque Pes-
chito qui remonte aux premiers temps du christianisme.
C'est donc sans raison que Luther l'a retranchée du canon
des livres saints.
3. Elle a dû être écrite après celle de saint Paul aux Ro-
mains, comme nous le verrons plus loin. (Gh. i et il.) Or,
l'Epître aux Romains est de l'an 58. C'est donc entre cette
époque et la mort de saint Jacques, arrivée Tan 63, qu'il faut
placer la composition de cette Lettre.
4. Saint Jacques s'adresse spécialement aux chrétiens des
douze tribus d'Israël qui étaient dispersés parmi les nations.
Son but est premièrement de les consoler et de les encourager
à supporter avec constance les vexations qu'ils subissaient de
la part des Juifs et des infidèles. Les conseils qu'il donne et
les vices qu'il reprend font penser qu'il a surtout en vue les
églises de l'Asie Mineure, infestées par les hérétiques.
Secondement, il veut combattre une erreur opposée à celle
que saint Paul avait réprouvée dans ses Epîtres aux Galates
et aux Romains. Des docteurs juifs, devenus chrétiens, vou»
— XVI —
laient forcer les Gentils baptisés à pratiquer la loi de Moïse :
saint Paul déclarait, au contraire, que c'est la foi en Jésus-
Christ qui justifie, et non les œuvres de la loi mosaïque. Mais
d'autres docteurs, adoptant ce principe incontestable, en tiraient
une fausse conséquence ; ils prétendaient que la foi suffisait
au salut sans les bonnes œuvres. C'était spécialement ce qu'en-
seignait Simon le magicien. Il déclarait que ceux qui espére-
raient en lui et en Hélène sa femme (une impure courtisane
qu'il avait épousée), étaient libres de faire ce qu'ils voudraient.
Car ils seraient sauvés par sa grâce et non par leurs œuvres
de justice. (S. Irén. Hérés., 1. I, c. xx.) Saint Jacques à son
tour réfute cette erreur pernicieuse, qui fut adoptée par les
Gnostiques, et qui a été renouvelée au xvie siècle par Luther.
Troisièmement, le saint Apôtre donne aux fidèles des avis
très utiles pour leur conduite. Il n'en faut pas toujours cher-
cher la liaison. Car il écrit comme font les auteurs de pro-
verbes, de pensées, ou de préceptes moraux. Ce sont des
maximes d'un tour varié, brillant, encadrées quelquefois dans
de petits tableaux pleins de vie. Le style est énergique, lucide,
élégant. Même au point de vue littéraire, l'Epître de saint
Jacques est un ouvrage fort remarquable.
Vers la fin. on y trouve un point de dogme très important :
l'institution du sacrement de FExtrême-Onction.
ÉPITRE DE SAINT JACQUES
CHAPITRE PREMIER
ANALYSE
Ce chapitre renferme deux sujets principaux. Le premier
concerne les tentations. Or les unes sont extérieures, comme
lea persécutions du monde : elles tournent à notre avantage,
si nous savons les supporter ; les autres sont intérieures et
viennent de notre concupiscence : nous en triompherons par
la prière (3-18).
Le second sujet se rapporte aux bonnes œuvres : il ne suffit
pas d'écouter la parole de Dieu, il faut faire ce qu'elle ordonne
(19-25).
[/Apôtre formule tout de suite deux préceptes qui nous sont
Imposés par la religion : mettre un frein à sa langue, et exercer
la charité envers le prochain 26 et 27).
1. Jacobus Dei et Domini nos-
tri Jesu Christi servies, âuo-
decim tribubus fjuœ sunt in
dispersione, salutem.
2. Omne gaudium existimate,
frai quum in tentations*
carias incideritis,
quodprobatio fidei
\tiam operatur :
1. (Patientia autem opusper-
fect>'//> habet) ut sitis perfecti
(i integri, in nullo déficientes.
5. Si quis autem vestrum in-
digei saÀ . postulet a Deo,
l.I'ilUi: DE S. JACQUES
1. Jacques, serviteur de notre
Dieu et Seigneur Jésus-Christ, aux
douze tribus qui sont dans la dis-
persion, salut.
2. Mes Frères, Lorsque différentes
afflictions voua arrivent, regardez
cela connue un grand sujet de joie,
3. Sachant que l'épreuve de votre
foi produit la patience.
1. l 'r, c'est la patience qui donne
à l'œuvre sa perfection. Réjouissez-
vous donc, afin d'être vous-mêmes
parfaits et accomplis, sans qu'il
vous manque rien.
•"">. Si quelqu'un de vous manque
de sagesse, qu'il la demande a Dieu,
— 2
qui donne à fous libéralement, sans
reprocher ses dons ; et Ja sagesse
lui sera donnée.
G. Mais qu'il demande avec foi,
sans douter ; car celui qui doute est
semblable au ilôt de la mer, qui est
agité et emporté çà et là par le vent.
7. Que cet homme ne pense donc
pas qu'il recevra quelque chose du
Seig H? ur.
8. L'homme qui a l'esprit double
est inconstant dans toutes ses voies.
9. Que celui de nos frères qui est
d'une condition basse se glorifie
dans son élévation ;
10. Et que le riche s'humilie dans
sa bassesse, parce qu'il passera
comme La fleur de l'herbe.
11. L'herbe, au lever d'un soleil
brûlant, se sèche, la fleur tombe,
et perd toute sa beauté : ainsi le
riche séchera et se flétrira dans ses
voies.
12. Heureux l'homme qui supporte
la tentation ; car lorsqu'il aura été
éprouvé, il recevra la couronne de
vie que Dieu a promise à ceux qui
l'aiment.
13. Que nul ne dise, lorsqu'il est
tenté, que c'est Dieu qui le tente ;
car Dieu ne tente pas pour le mal,
et il ne tente lai-même personne.
14. Mais chacun est tenté par sa
propre concupiscence, qui l'entraîne
et l'attire.
15. Ensuite quand la concupis-
cence a conçu, elle enfante le péché ;
et le péché, lorsqu'il est consommé,
engendre la mort.
10. Ne vous y trompez donc pas,
mes chers Frères.
17. Toute grâce excellente et tout
don parfait vient d'en haut et des-
cend du Père des lumières, en qui
il n'y a point de changement et
point d'ombre de vicissitude.
18. Car il nous a engendrés vo-
lontairement par la parole de vérité,
afin que nous fussions comme les
prémices de ses créatures.
qui dat omnibus a/fluenter, et
non improperat ; et dàbitur ei.
G. Postulet autem ïnfidenihil
hœsitans : qui enim hœsitat,
similis est fluctui nu/ris, qui a
vento movetur et circumfertur.
7. Non ergo œstimet homo ille
quod accipiat aliquid a Domino.
8. Vir duplex animo incons-
tans est in omnibus viis suis.
9. Glorietur autem f rater hu-
milis exaltatione sua ;
10. Dites autem in humilitate
sua, quoniam sicut flos fœni
transïbit.
11. Exortus est enim sol cum
ardore, et arefecit fœnum, et
flos ejus decidit, et décor vultus
ejus deperiit : ita et dives in
itineribus suis marcescci .
12. Beatics vir qui suffert ten-
tât ionem : quoniam quum pro-
batus fuerit, accipiet coronam
vitœ quant repromisit Deus di-
ligentibus se.
13. Nemo, quum tentatur, di-
cat quoniam a Deo tentatur ;
Deus enim. intentotor maloi
est ; ipse autem neminem tentai.
14. Unvsquisque vero tentatur
a concupiscent ia sua abstractus
et illeclus.
15. Deinde concupiscent ia
quum conceperit , parit pecca-
/u/u ; peccatum vero quum con-
summatum fuerit, générât mor-
tem.
16. Nolite itaque errare, fra-
tres mei dilectissimi.
17. Omne dation optimum et
omne donum perfectum desur-
sum est, descendens a Pâtre lu-
minum, apud quem non est
transmutatio, nec vicissitudinis
obvmbratio.
18. Voluntarie enim genuit
nos verbo veritatis, ut simus
initium aliquod creaturœ ejus.
Jac, i.
19. Scitis, fratres mei dilec-
tissimi.
SU aut em ornais homo velox ad
audiendum ; tardas autem ad
loquendum, et tardas ad iram.
20. Iraenim viri justifiant Dei
non opérât nr.
21. Propter qaod abjicientes
omnem immimditiam et abun-
dantiam malitiœ, in mansaet ,>-
dine suscipite insitum verbnm,
qaod potest salvare animas
vestras.
22. Estote autem fac tores verbi,
et non auditores tantum, fat-
lentes vosmetipsos.
23. Quia si quis auditor est
verbi et non factor, hic cornpa-
rabitur vira consideranti vul-
tum natiritatis saœ in speculo :
24. Consideramt enim se, et
abiit, ef staHm oblitas est qaalis
fuerit .
25. Qui autem perspexerit in
lege,i> perfectam libertatis, et
xanserit in ea, non auditor
obliviosas factus , sed factor
operis, hic beatus in facto suo
erit.
26. Si quis autem putat se
religiosum esse, non refrenans
linguam suant, sed seducens cor
suum, hujus varia est religio.
1. Religio munda et imma-
culal'i apud Deum et Patrem,
hœc est : Visilare pupiUos et
>■!(!,■..-< /,/ tribulatione eorum,
et immaculatum se custodire
ab hoc sœculo.
19. Vous savez ces choses, mes
Frères bien-aiiués.
En outre, que tout homme soit
prompt à écouter, lent à parler, et
lent a se mettre en colère.
20. Car la colère de l'homme n'o-
père point la justice de Dieu.
21. C'est pourquoi, rejetant toute
impureté et toute abondance mau-
vaise, recevez avec mansuétude la
parole qui est entée en vous et qui
peut sauver vos âmes.
22. Mais soyez des observateurs
de la parole, et non pas seulement
des auditeurs, vous trompant vous-
mêmes.
23. Car celui qui écoute la parole
et ne l'observe pas ressemble a un
homme qui regarde son visage na-
turel dans un miroir.
24. Il regarde, il s'en va, et il
oublie à l'heure même quel il était.
25. Mais celui qui considère atten-
tivement la loi parfaite de la liberté,
et qui s'y attache, celui-là n'étant
pas un auditeur oublieux, mais fai-
sant l'œuvre commandée, trouvera
le bonheur dans son action.
26. Si quelqu'un se croit religieux
et ne retient pas sa langue comme
avec un frein, mais séduit lui-même
son cœur, sa religion est vaine.
27. La religion pure et sans tache
aux yeux de Dieu notre Père, la
voici : Visiter les orphelins et les
veuves dans leur affliction, et se
conserver pur de la souillure du
siècle présent.
COMMENTAIRE
1. Jacobns Dei et Domini nostri Jesu Cliristi servus.
Jacques serviteur de Jésus-Christ, notre Dieu et notre
Seigneur. Tel est, croyons-nous, le sens du latin aussi
— 4 —
bien que du grec : làxtoêoç @eoîJ xa\ Kupiou TjrjaoïJ Xpiarou
BouXoç. Les deux mots Dieu et Seigneur paraissent se
rapporter à- Jésus- Christ. Ainsi l'entend saint Cyrille
d'Alexandrie : Ici, dit-il, l'Apôtre nomme Jésus-Christ
Dieu et Seigneur (1).
On a donc raison de voir la divinité de Jésus-Christ
marquée dans ce texte. Néanmoins plusieurs traduisent :
Jacques serviteur de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-
Christ. Même avec ce sens, la divinité de Jésus-Christ
est insinuée, puisque l'Apôtre, en se disant pareillement
le serviteur de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de Dieu le
Père, laisse entendre qu'ils sont égaux.
Domini nostri Je su Cliristi servus. Jésus-Christ est notre
Seigneur : il a sur tout notre être le droit absolu de pro-
priété que possède un maître sur une chose qui lui ap-
partient. Car il est notre Créateur, il nous a tirés du néant ;
nous sommes donc à lui par le fond de notre substance ;
et en outre, comme Homme-Dieu, il nous a rachetés au
prix de son sang précieux, lorsque nous étions les esclaves
du démon. Gemina necessitudine tecum agit Dominus
tuus, dit saint Augustin. Et creavit te, et comparavit te.
Antequam esses, inquit tibi, feci te; qaum ex te sub
peccato venumdatus esses, redemi te. (Serm. xxi in
Ps. lxiii, 6.)
Toutefois saint Jacques ne se déclare pas simplement
serviteur de Jésus-Christ comme le sont tous les autres
hommes. Le plus grand nombre peut légitimement s'ap-
pliquer aux affaires du monde. Un prince doit gouverner
son peuple ; un père doit pourvoir aux besoins de sa
famille. Pour saint Jacques, il est uniquement voué au
service de Jésus-Christ, à la prédication de sa doctrine,
à l'extension de son règne et de sa gloire. Tel est aussi le
prêtre.
(1) 0»ôv hQy.'h /.y\ \\i>f.io\> ù-o/.vJû rbv 'Iy^ovj X/itrriv. On remarque
d'ailleurs que ce texte a un grand rapport avec celui de saint Paul
aux Thessaloniciens, où l'article lait unir à Jésus-Christ les deux mêmes
substantifs : Rarà tiqv J£«/ï*v toj (-z'/j i^uwv x«\ Kuplov 'la^û Xpiv-ol), se-
cundion gratiam Bel et Doyninl nostri Jesu Christi. (II Thessal., i, 12.)
— 5 — Jac, i.
Jacobus Jesu Chinsti servus. Pourquoi saint Jacques,
qui était le frère, c'est-à-dire le cousin du Seigneur, ne
mentionne- t-il pas ce titre glorieux, mais se nomme-t-il
seulement son serviteur ? Jésus-Christ lui-même donne
la réponse dans l'Evangile, lorsqu'étendant la main sur
ses disciples il dit : « Voici mes frères. Quiconque fait la
volonté de mon Père céleste est mon frère, ma sœur, ma
mère. » Par là il fait entendre que le titre le plus grand
à ses yeux est celui de serviteur fidèle. Aussi les Apôtres
du Seigneur estiment au-dessus de toutes les dignités le
titre de serviteur du Christ, et c'est ce qu'ils déclarent
dans leurs discours, leurs lettres et leur enseignement.
(Œcumen.)
Duodecim tribubus quœ suntin dispersione, « aux douze
tribus qui sont dans la dispersion », lv tt\ Siounropa. Cette
expression désigne la portion du peuple israélite qui était
répandue hors de la Palestine, dans les diverses contrées
du monde. Il y en avait au delà de l'Empire romain, chez
toutes les nations qui sont sous le soleil. C'est ce qu'on
voit dans saint Luc par l'énumération qu'il fait des pays
d'où les Juifs s'étaient rassemblés pour la fête de la Pen-
tecôte. Ex omni natione qnœ sub cœlo est, Parthi, et Medi,
et Elamitœ, etc. (Act. Ap., n.) Ce n'est pas sans un des-
sein de la Providence qu'un grand nombre de Juifs
étaient disséminés dans l'univers. L'intérêt les guidait
sans doute; mais en cherchant leur fortune, ils portaient
partout leurs livres sacrés, avec la connaissance du vrai
Dieu et l'attente d'un Messie qui devait renouveler la face
de La terre. C'était comme une préparation à l'Evangile.
Duodecim tribubus, « aux douze tribus. » Saint Jacques
étant établi évèque de Jérusalem et apôtre des circoncis
{( rai., il), écrit à ses compatriotes qui sont dispersés dans
le monde pour les consoler et les instruire, comme il en-
courageait et instruisait de vive voix ceux qui résidaient
à Jérusalem. C'est donc aux chrétiens d'origine israélite
que la Lettre est directement adressée; niais nul doute
qu elle n'ait aussi dû être communiquée aux fidèles venus
de la gentilité.
— 6 —
S'iliifcni, « salut. » En grec ///t'ps-.v, çjaudetc, réjouisse/
vous. Le cardinal Cajetan trouvait cette salutation trop
profane pour un Apôtre, et il partait de là pour élever
des doutes sur l'authenticité de cette Epître. Le savant
homme oubliait que l'expression qui lui semblait pro-
fane avait été insérée par les Apôtres dans le àéeret du
Concile de Jérusalem (1), employée par l'Ange Gabriel (2),
et prononcée par Notre-Seigneur lui-même après sa
Résurrection (3). Au reste, cette formule de politesse
avait un sens plus élevé dans la bouche des chrétiens
que dans celle des païens : ils se souhaitaient la joie
véritable, qui consiste dans la possession de la grâce
divine.
C'est d'ailleurs cette expression même qui inspire à
saint Jacques le début de son Epître. Car lorsqu'il dit
aux fidèles : « Réjouissez -vous », ils pouvaient lui
demander : Comment nous réjouir au milieu de nos tri-
bulations ? Il leur répond aussitôt qu'il faut regarder
ces tribulations comme un grand sujet de joie (4).
2. Omne çjaudium existimate, fratres, c/uwn in tenta-
tiones varias incideritis. Dès le commencement- de sa
lettre, saint Jacques frappe l'esprit de ses lecteurs par
un pieux paradoxe. Les poètes et les philosophes anciens
avaient conseillé la résignation aux peines de la vie
comme un moyen de les rendre moins douloureuses.
Ditrum, sed lëvins fit patient ia quidquid corrigere est
nefas, avait dit Horace. La nature n'allait pas plus loin.
Mais combien le christianisme est élevé au-dessus de la
sagesse païenne ! Mes frères, dit saint Jacques, consi-
dérez comme le sujet d'une grande joie les diverses
afflictions qui vous arrivent. Il répète aux fidèles la
leçon de l'Evangile : « Vous serez heureux lorsque les
hommes vous persécuteront à cause de moi, disait Notre-
Seigneur. Réjouissez -vous alors et tressaillez d'allé-
gresse. » Et il en donnait le motif : « Car votre récom-
pense est grande dans les deux. » (S. Matth., v, 12.)
(1) Act. Ap., xv, 23. — (2) S. Luc, i, 28. — (3) S. Matth., xxvm, 9.
(4) TLuûpetv ïr«»av yy-yy^ irtfoxods. Gaudete : Omne gaudium existimate .
— 7 — Jac.y i.
Saint Paul, commentant cette parole de Jésus-Christ,
disait à son tour : La tribulation légère et momentanée
que nous souffrons en cette vie opère en nous le poids
d'une gloire éternelle, et les souffrances du temps présent
n'ont point de proportion avec la gloire qui sera un jour
révélée en nous aux yeux de l'univers. (II Cor., iv, 7;
Rom., vin, 18.)
Saint Pierre exhortait de même les fidèles à se réjouir,
lorsqu'ils participaient aux souffrances de Jésus-Christ.
Et pourquoi ? parce qu'après avoir partagé ses souf-
frances, ils tressailliront d'allégresse au jour où appa-
raîtra sa gloire. Communicantes Christi passionibns qau-
dete, ut in revelatione rjloriœ ejus gandeatis exsultantes.
(I Petr., iy, 1&)
Omne gaudiwn. Aussi saint Jacques veut-il que l'on
regarde les tribulations comme le sujet d'une joie par-
faite. Si les hommes, disait une sainte, connaissaient le
prix des souffrances endurées pour Dieu, ils se les dis-
puteraient comme ils se disputent les richesses.
E.i ist/mtite. Certes, la joie que je vous conseille, dit
l'Apôtre, n'est pas dans les sens : votre chair ressentira
les aiguillons de la douleur. La sainte joie que Dieu vous
offre au milieu de vos tribulations réside dans le juge-
ment de votre esprit et dans votre intelligence éclairée
par la foi. Car vous savez que souffrir pour Dieu, c'est
lui rendre gloire et c'est mériter son amour. Or, cette
pens<'e 'pie l'on est aimé de Dieu, remplit le cœur d'un
contentement qui surpasse toutes les délices du monde.
(Juum in tentationes incideritis. Ce qu'il appelle ten-
tations, ce sont les épreuves qui nous viennent du dehors,
les adversités, les persécutions, les injuresetles calomnies
des nommes, l'exil, la perte de nos biens, enfin les ma-
ladies. Ces afflictions sont des tentations qui nous solli-
citenl à L'impatience et montrent si notre vertu est solide.
Notre-Seigneur emploie lui-même ce mot de tentation
dans le sens de tribulation. en parlant à ses Apôtres.
\ '-;i- demeurés fidèlement avec moi dans mes
tentations ». c'est-à-dire dans les persécutions que j'ai
— s —
endurées. Vos est/s gui permansistis mecitm in tentatio-
nibus meis. (S. Luc, xxn, 28.)
In tenlationes varias. Comme les flots succèdent aux
flots qui battent le rivage, de même les tentations succè-
dent aux tentations en venant assaillir les chrétiens.
Riche ou pauvre, ne vous promettez point une longue
paix sur la terre : c'est un lieu de tentation, d'affliction
et de combat.
3 et 4. Scientes guod probatio fidei vestrœ patientiam
operatur : (patientia autem opus perfection habet) ut
sitis perfecti et integri in nullo déficientes (1). Réjouissez-
vous donc dans la tribulation, sachant que la tribulation,
qui n'est que l'épreuve de votre foi, produit en vous la
patience (or c'est la patience qui donne à l'œuvre sa per-
fection) ; réjouissez-vous, dis-je, afin que vous soyez
parfaits et accomplis en toute manière, au point qu'il ne
manque rien à votre vertu.
Probatio fidei patientiam operatur. « L'épreuve de la
foi produit la patience. » C'est comme s'il y avait : Fides
tentationibus probata patientiam f/ignit. La foi éprouvée
par les persécutions que l'on subit pour la religion, et
par les souffrances de toute sorte, engendre la vertu de
patience, l'augmente et la porte jusqu'à l'héroïsme. 0'
l'épreuve, il n'y a plus de patience. Or la patience est ce
qu'il y a de plus grand dans l'Eglise. Admirerait-on saint
Athanase, s'il n'avait pas été persécuté par les ariens ?
La phalange des saints la plus glorieuse est celle des
martyrs. Le lis même de la virginité est plus beau lors-
qu'il est rougi du sang versé pour la foi (2).
(1) En grec, au lieu de habet, on lit ê^erw, liabeat. Avec cette leçon,
patientia commence une phrase absolue dont dépend tit sitis ; et l'on
traduit : « Or il faut que la patience donne la perfection à votre œuvre,
alin que vous soyez parfaits et accomplis, >ans qu'il vous manque rien. »>
Ce sens est bon et simple. Toutefois la version syriaque, qui est fort
ancienne, parait conforme à la Vulgate : Ipsi autem patientiœ erit
opus perfectum.
(2) Saint Jacques dit que l'épreuve opère la patience; et saint Paul
dit que la patience opère l'épreuve. Tribulatio patientiam operatur,
patientia autem probationem. (Rom., v, 4.) Y aurait-il contradiction
entre les deux Apôtres ? Nullement. Selon saint Jacques, les adversités
— 9 — Jac, i.
Ut sitis perfecti. Réjouissez-vous donc dans les tribu-
lations, afin que vous soyez parfaits. C'est déjà une
grande vertu de supporter les épreuves avec résignation ;
mais la perfection consiste à s'en réjouir. Songez que ces
peines dont on vous charge sont des gerbes de mérites
que vous portez au ciel : plus elles sont pesantes, plus
elles sont riches. Avec quelle joie vous les présenterez à
Dieu! Ibant et flebant mitlentes sembla sua; veuientes
au tem vcnient cum cxsultatione portantes manipulos
suos. (Ps. cxxv.)
Et integriy oAdxXTjpot. Ce mot se dit d'une chose « entière,
complète, qui a toutes ses parties. » La phrase suivante
explique ce terme : in nullo déficientes, sv p-nSevl az<-6<j.z.vo<.,
nu/la in parte deminuti. Réjouissez-vous dans la tribu-
lation : car vous serez alors parfaits, ne manquant d'au-
cune des vertus chrétiennes ; vous les aurez toutes, elles
seront affermies dans votre àme par la patience, et vous
les posséderez dans le degré que Dieu vous demande,
Patientia autem opus perfection habet. C'est là une
maxime générale. Dans les œuvres des hommes rien
n'arrive à la perfection que par la patience. Il faut une
longue patience pour faire un bel édifice, un beau poëine,
une belle peinture. Une longue patience est nécessaire
pour devenir un bon orateur, un savant jurisconsulte,
un grand théologien. De môme la patience donne la
perfection à toutes les vertus. Jésus-Christ lui-même,
railleur de notre salut, a dû, selon la volonté de son Père,
être consommé par la patience avec laquelle il a enduré
les souffrances de sa Passion. Decebat enim... auctorcm
salutis eorum per passionem consummare. (Hebr., ir, 10.)
5. Si quis autem vestrum indiget sapientia (1), postulet
sont des épreuves qui nous fournissent l'occasion d'exercer la vertu de
patien Le l'augmenter en nous. Car sans la Iribulation, il n> a
plus '1'- pal ence. Saint Paul a son tour nous (iit. que la patience avec
laquelle nous supportons Les afflictions rend noir." vertu éprouvée el
•ntrée aux yeui de Dieu et des hommes : eu sorte qu'elle nous
remplit de confiance. Ce sont deux pensées différentes <'t toutes deux
vra:
(Il /// ttUllO il f ; .y/ ,y /,/.„• {nâlljct S< I pi r ,lt h I . Kl) LîTt'C, le l'Up-
— 10 -
a Deo. qui (hit omnibus affluenter et non impr opérât, et
daliitur ei. L'Apôtre sent qu'on lui fait une objection :
Puisque la nature humaine a horreur des souffrances,
peut-elle les regarder comme le sujet d'une grande joie?
Il répond : Si quelqu'un manque de cette haute sagesse,
qui est nécessaire pour estimer le prix des souffrances,
qu'il la demande à Dieu, et la sagesse lui sera donnée;
car Dieu donne à tous libéralement et sans reprocher
ses dons.
Si r/uis indiget sapientia. La sagesse dont il parle n'est
pas celle qui contemple seulement la vérité, mais celle
qui, discernant le bien, excite à le faire. C'est la sagesse
pratique, qui supporte l'épreuve et conduit au salut.
Postulet. Tous doivent la demander puisque tous en
ont besoin. Postulet a Deo. Il faut la demander à Dieu,
et non pas aux livres des philosophes; car c'est de Dieu
que vient toute véritable sagesse. Omnis sapientia a
Domino Deo est. (Eccli., i, 1.)
Dat omnibus. Tous sont invités à demander, tous
recevront, môme les pécheurs. Ne dites pas : Comment
puis-je adresser une demande au Seigneur, après l'avoir
tant offensé? Dieu n'est pas vindicatif comme les hommes:
il a toujours pitié de sa créature qui l'implore.
Affluenter, abondamment (fack&ç, simpliciter). La libé-
ralité de l'homme est souvent intéressée : il donne pour
recevoir, ou il veut paraître généreux tout en faisant des
réserves. Dieu n'agit pas ainsi ; il donne simplement et
par pure bienveillance, il donne abondamment et plus
qu'on ne demande (1).
Et non improperat. Dieu ne se plaint jamais qu'on lui
prochement des deux idées est rendu sensible par l'emploi du même
verbe : iv fuqisvi "keiitô/xsvov d àé rt$ "keiTtercu oopia;. On conserverait le
rapport des mots en traduisant : in nullo déficientes; si cui déficit
sapienti" .
(1) Le mot â-lirr,;, simplicitas, esl aussi employé par saint Paul dans
le sens de liber alitas : Ut in omnibus locupletati abundetis in omnem
simpl ici Latent. (II Cor., ix, 11.) De même : qui tributt, in simplicitate,
h y.-.'ià-nTi, ce que saint Chrysostome explique par <j.i-y. oy.yilhi, lar-
giter. (Rom., xn, 8.) Voyez encore II Cor., vin, 2.
— 11 — Jac.} i.
demande trop, il ne reproche point les dons qu'il a déjà
faits, il n'accuse point l'indignité de ceux qui l'implorent.
Pourquoi donc hésiter à lui demander la sagesse?
Et dabitur ri. Et la sagesse sera donnée à quiconque
demandera la sagesse. Quelle confiance et quel courage
cette parole doit inspirer à un pauvre pécheur qui gémit
sous la tyrannie de ses passions ! Qu'il demande, et la
victoire, la liberté, la chasteté, la sagesse enfin lui sera
certainement donnée : Et dabitur et.
Ei. Quoique Dieu écoute favorablement les prières que
nous lui adressons pour les autres, cependant l'effet de
ces demandes n'est pas certain. Mais il exauce toujours
celles que nous faisons pour nous-mêmes, quand nous
lui demandons ce qui est utile à notre salut, et que nous
le demandons avec piété et persévérance.
D'où vient donc que souvent nous ne recevons pas ce
que nous demandons ? Saint Jacques va nous l'apprendre.
6. Postulet autem ni fuir. « Mais qu'il demande avec
foi », c'est-à-dire avec confiance en la puissance de Dieu,
en sa bonté, en sa miséricorde, en sa parole. Pour expli-
quer ce qu'il entend par ce mot in fide, l'Apôtre ajoute :
nihil hœsitans, sans hésitation ni doute. Qu'il croie fer-
mement que Dieu veut exaucer sa prière, parce qu'il a
dit : « Demandez et vous recevrez. » Petite et dabitur
vobis; omms en/m qui petit accipit. (S. Matth., vu. 7.) Si
la foi manque, la prière est vaine, dit saint Augustin. Si
fides déficit, onsUio périt. (Serm. cxv, 1.) Aussi Xotre-
neur exigeait-il de ceux qu'il guérissait la foi en sa
puissance, si vous pouvez croire, tout est possible à
celui qui croit, disait-il au pèrequi lui demandait la déli-
vrance de sou (ils possédé du démon. Si potes credere,
omnia possîbilia suni credejdi. (S. Marc, ix, 22. Voyez
re s. Matth., ix. 28 et 29.)
Eœsitans. Il y a une double hésitation : Tune doute
delà puissance de Dieu ou de sa bonté. Cette hésitation
blesse La foi. L'autre est opposée à l'espérance , par
l'on crainl de ne pas obtenir une grâce spiri-
le, sous prétexte qu'on n'en est pas digne. Cette
— 12 —
hésitation se nomme pusillanimité. On doit avoir une
entière confiance dans la miséricorde de Dieu, quand on
demande humblement et qu'on désire sincèrement une
grâce nécessaire au salut. Demandez la contrition de vos
péchés, demandez la victoire sur vos passions, vous serez
certainement exaucé.
Qui enim Itœsitat similis est fluctui maris qui a vento
movetur et circumfertur (1). Car l'homme qui hésite à
demander et qui doute s'il recevra, ressemble aux flots
de la mer qui sont agités et portés çà et là par la tempête.
Les vagues poussées par le vent s'élancent sur le rivage,
mais à peine l'ont-elles touché qu'elles se replient sur
elles-mêmes et se retirent, pour revenir et se retirer en-
core. Telle est la prière de plusieurs: ils -demandent ;
mais à peine leur demande est-elle sortie de leurs lèvres,
qu'ils cessent de prier et se découragent. Ils prient sans
désir, sans espérance, sans persévérance.
7. A on erç/o œstimet homo ille quod accipiat aliquid a
Domino. Qu'un tel homme ne s'imagine donc pas qu'il
obtiendra quelque chose du Seigneur (2). Car une des
conditions de la prière est la confiance en la bonté de
Dieu, que nous appelons notre Père : Pater noster. Jésus-
Christ veut que ce soit le premier mot, exprimé ou sous-
entendu, dans toutes nos prières (3).
8. Vir duplex anima inconstans est in omnibus viis suis.
« L'homme qui a l'esprit double est inconstant dans
toutes ses voies. » Saint Jacques nous montre la cause
de cette hésitation qui déplaît à Dieu. C'est que l'homme
qui manque de confiance en la prière, manque aussi
d'unité dans ses pensées. Il veut plaire à Dieu et plaire
(1) Qui enim hœsitat. Cet enim embarrasse les interprètes. La phrase
-est tout simplement coupée h la façon hébraïque. C'est comme s'il y
avait, : Postulet autan in fide nihil hœsituns, nec similis sit fluctui
maris qui a vento movetur.
(2) Non ergo œstimet. En grec, fui yùp oléadca h faQpwroi èxéivoç. La
conjonction yxp, composée de ye y.yy., est prise ici dans son sens ori-
ginel : Non sane igitur œstimet homo ille.
(3) Les promesses de Dieu et sa bonté excitent notre confiance; or,
la confiance exclut le doute et l'inquiétude. Si nous étions sûrs d'avoir
prié comme il faut, nous aurions la pleine certitude d'être exaucés.
— 13 — Jac, i.
au monde, concilier les maximes du siècle avec celles de-
l'Evangile, les dogmes de l'Eglise avec ceux des nova-
teurs, sa religion avec sa passion. Vir duplex animo, dit
le Vénérable Bède, hic vult r/audere cuin sœculo, et illic
regnare cum Deo. Il est double d'esprit. Il invoque Dieu
des lèvres, tandis qu'au fond du cœur il reste attaché au
vice dont il demande la délivrance. De là ces fluctuations
de conduite. Ce n'est point l'homme ferme et vrai, qui
marche avec résolution dans le chemin de la vertu. Il
prie, il agit, et Dieu le remplit de sa force (1).
In viis suis. Les voies de l'homme sont ses démarches,
ses desseins, ses entreprises, sa conduite. On lit au
psaume i : La voie de l'impie, le chemin dans lequel il
marche, le conduit à sa perte, lier impiorum peribit.
Après cette digression sur la prière, saint Jacques
revient aux épreuves et aux tentations. Une des plus
communes est la pauvreté.
9. Giorietur uutem fratèr humilis in exaltatione sua.
Que celui d'entre nos frères qui est d'une condition
basse se glorifie dans son élévation. Le frère humble,
humilis, est le chrétien pauvre que l'on méprise sur la
terre. Mais qu'il se glorifie dans sa grandeur. Car il est
enfant de Dieu et frère de Jésus-Christ ; et depuis le jour
de son baptême il possède une couronne dans les cieux.
Voilà une dignité qui l'élève au-dessus de toutes les
gloires de la terre.
10. Dives autem in humilitate sua. On ne voit pas
comment le riche peut se glorifier dans son abaissement.
Aussi, plusieurs interprètes sous-entendent : coufunda-
tui -, i qu'il s'humilie. » C'est l'opposé de giorietur, comme
h h m il date est le contraire à* exaltatione. Ce mot suppléé
rend la pensée juste. On peut même dire qu'il paraît
appel.'1 naturellement par l'antithèse et par la symétrie
de la phrase (2). La conjecture est bonne, et la grammaire
(1) : ision duplex ansmo, dtt'/'uxo;, est expliquée dans les Consti-
tution- iques, avec le sens «le dubitans ou hoesitans, Bfij yivou
h -t-sï .-y?,, it -.z-y.'. /, où. Noli este duplex in oratione,
• quoà f litur. (( îonst A.p., vu, 11.)
(i1) ( "<\-t ce que reconnaît (Ecuméniua : 'AxàXouOov ,,j tiiraiv h dl nXovaiw
— 11 —
la justifie. Car on peut voir ici la figure appelée aeugma.
Par cette figure, la pensée décompose un verbe potir le
joindre à deux termes différents, lorsque dans son entier
il ne convient qu'à un seul. Ainsi, le poëte a pu dire :
A fer ltalas per tir des equitavit, ceu flamma per tœiias
(Hor., iv, Od. â), parce que l'esprit décompose e(/ ni tarit
de cette manière : A fer ltalas per urbes er/uo cucurrit,
cru nirrit flamma per tœdàs. On peut analyser de même
la phrase de saint Jacques : Frater himiilis glorians
agnostat exalta tiotum, sua?//, dires autem agnoscat humi-
litatem sitam. On traduira donc : Que le frère qui est
d'une condition basse reconnaisse sa grandeur avec un
sentiment de modeste fierté, et que le riche au contraire
reconnaisse devant Dieu sa bassesse (1).
In humilitate sua. La bassesse du riche et du puissant
consiste dans sa misère naturelle, dans la mortalité qui
l'égale au dernier des hommes; parce qu'il passera comme
la fleur de l'herbe : Qnoniam situ/ flos fœni transibit.
11. « Or le soleil s'est levé avec une ardeur brûlante,
il a desséché l'herbe : la fleur de l'herbe est tombée, et la
beauté de sa figure a péri. Ainsi le riche se flétrira dans
ses voies. » Exortus est enim sol cum ardore, et arefecit
fcenum, et flos ejus decidit, et décor vultus ejns deperiit :
ita et dives in itineribus suis marcesset. C'est en vain qu'il
marche avec pompe, étalant aux yeux du inonde l'or, la
soie, la pourpre et tout le faste de la richesse et de la
puissance. Il se flétrira dans cette marche triomphale :
in itineribus suis marcescet (2).
ethxuvéaâiu èv rfj Tocneivûesi oùtov, consequens eral ut diceret : Dives autem
pv.de fiât in humilitate sua.
(1) Un zeugma semblable se montre dans saint. Paul, lorsqu'il écrit :
Prohihentium nubere, abstinere a cibis (I Tim., iv, 3); phrase qui
B-' analyse ainsi : Jubentium non nubere, abstinere a cibis. Mfme chose
encore dans Horace : Qui fit. Mœcenas,ut nemo Çuami sibi sortent seu
ratio dederit, seu fors objecerit, illa contentas vivat, laudet diversa
sequentes ? (Satir., i.) Avant laudet, il faut suppléer quisque, c'est-à-dire
le coi. • nemo ; ou plutôt L'esprit décompose nemo en non homo,
et l'on pense ainsi : homo non vivat contentus, laudet autem.
(2) C'est d'isaïe que saint Jacques tire cette noble comparaison.
« Toute chair est de l'herbe, dit-il, et toute sa gloire est comme la
— 15 — Jac, i.
Après ce brillant tableau, l'Apôtre achève son exhor-
tation à supporter courageusement les épreuves.
12. Beatus vir qui suffcrt tentatwnern : quoniam quum
proàatus fuerit accipiet coronum vite quum repvommt
Deus diligentibus se. « Heureux l'homme qui supporte la
tentation! » Il ne s'agit pas seulement des tribulations et
des persécutions, comme au second verset, mais encore
des tentations intérieures et proprement dites, comme
celles de l'orgueil, de l'avarice, de l'impure volupté.
Aussi l'Apôtre ne dit plus : Réjouissez-vous dans les
adversités ; mais il dit : Heureux l'homme qui supporte
avec constance la tentation ! Heureux l'homme qui en
triomphe ! Parce qu'après avoir été éprouvé, reconnu
vaillant et fidèle, il recevra la couronne de vie que Dieu
destine aux vainqueurs et qu'il a promise à ceux qui
l'aiment.
Quutn probatus fuerit, oôx-.y.o; yevo^evoç. Ce juste recevra
la couronne, parce qu'il a été reconnu bon après l'é-
preuve, comme un métal qui, fondu dans le creuset, est
trouvé pur et sans alliage frauduleux.
Accipiet coronum. Il fait allusion à la couronne que les
athlètes recevaient dans les jeux solennels de la Grèce.
Or cette couronne suppose le combat et la victoire qui l'a
gagnée.
Vitae. Dans la sainte Ecriture, ce nom employé seul et
sans épithète signifie la vie éternelle et bienheureuse,
qui «-si la seule véritable vie, en comparaison de laquelle
la vie présente mérite plutôt le nom de mort (1).
Quam repromisii Deus. Nous méritons la couronne de
vie. parée qu'elle est due à nos œuvres surnaturelles ani-
hamps. L*herbe &*e8\ desséchée el ta fleur est tombée. » Omnis
car<> fœnwm, i gloria ejtu <j><<ixi /!<>s agrù Exsiccatum est
•lit fins. (la., m.. G.) — Laaïe empruntait lui-même cette
li_ rid. «N'enviez point ceux qui commettent l'iniquité; car ils
• ut aussi promptemenl que l'herbe. •>• Neque zelaveris facientes
vniquitau iam tanqttam fœnwm oelociter areseent,et quen
ident. (V>. \\ \vi.)
(H '■'. nisi <j""' ■ ' (S. A.ug. in Joann.
vu. 3.) — Temporali >itœ camparata, mort est
quam cita. (S. Greg. in Hom. ixx.)
— 16 —
mées par la charité, ci parce que Dieu nous l'a promise.
Aussi saint Paul l'appelle-t-il une couronne de justice,
qui est rendue par le juste Juge à celui qui Ta méritée.
(Il Tim.,iv, 8.) Cette doctrine est définie par le Concile de
Trente. Bene operantibus usque in finem et in Deosperan-
tibus proponenda est vita œtema, et tanquam gratta filiis
Dei per Christum Jesum miser icorditer pj*omissa, et tan-
quam merces ex ipsius Dei promissione bonis ipsorum
operibus et meritis fideliter reddenda. (Concil. Trid.,
Sess. VI, c. xvi.)
Diligentibus se. La couronne est la récompense de
l'amour : Dieu couronnera ceux dont il est aimé. Or
ceux que ni les tentations de la concupiscence ni les per-
sécutions des hommes ne peuvent séparer de Dieus
aiment Dieu. On l'aime quand on renonce pour lui aux
plaisirs et qu'on supporte les tribulations pour sa gloire.
Souffrir pour Dieu est la marque la plus sûre qu'on
l'aime et qu'on sera sauvé. Certa atqne seciira est exspec-
tatio promissœ beatitudinis, ubi est participatio Dominicœ
passionis, dit S. Léon. (Serm . ix de Quadr.) V. I Petr . , iv, 13.
13. Nemo quum tentatur, dicat quoniam a Deo tentatur ;
Deus enim intsntator malorum est ; ipse antem neminem
tentât. 14.) Unusquisque vero tentatur a concupiscentia
sua aèstracius et illectus. 15.) Deinde concupiscentia
quum conceperit,parit percatum ; peccatum vero quum
consummatum fuerit, générât mortem.
L'Apôtre nous montre ici l'origine de la tentation, ses
progrès, ses effets. D'abord son origine. Elle ne vient
point de Dieu ; car Dieu étant la sainteté même ne
saurait nous induire au péché. Saint Jacques repousse
une fausse interprétation de cette parole de l'Oraison
dominicale : Et ne nos inducas in tentationem. Elle veut
dire, ne nous laissez pas entrer en tentation ou succomber
à la tentation. « Que nul ne dise donc, lorsqu'il est tenté,
que c'est Dieu qui le tente; car Dieu ne tente pas pour
le mal. Non, il ne tente personne (1). Il permet seulement
(1) Deus enim intentator malorum est, ipse autem neminem tentât.
Voici le grec : b yàp &ibç ù-sipxsrGç è^rt xuy.o>\>, TizipoÇn oz cotos ojCi-jv..
— 17 — Jac, i.
que nous soyons tentés. Mais alors il nous secourt, si nous
l'invoquons, et il fait tourner la tentation même à notre
gloire. Absit ut Dominus tenture videatur, quasi aut iqnoret
/idem eu jusque, aut dejicerc sit consentiens, dit Tertullien.
(De Orat., c. vin.)
D'où vient donc la tentation? L'Apôtre va nous le dire.
Unusquisque vero tentatur a concupiscentia sua, abstra-
ctus et illectus. « Chacun est tenté par sa propre concu-
piscence, qui l'entraîne et l'attire. » Elle l'éloigné du
bien, elle le sollicite au mal, elle l'amorce par l'appât
de la volupté et des intérêts. Abstractus a reclo itinere,
et illectus in malum, dit le vénérable Bède (1). Telle est
Beaucoup d'hellénistes traduisent ainsi : Dens enim tentari nequit
malts, tentai vero Me neminem. Ce qu'ils expliquent de cette manière :
De même que Dieu ne peut pas être sollicité au mal ni éprouver aucun
mal, de même il n'y sollicite personne. 1° Ils citent à l'appui de ce
sens les versions syriaque et arabe, avec Œcumenius : et ils se fondent
sur la signification de l'adjectif c/.-.-ipxzTo^. qui est passive, disent-ils,
intentatus ou qui tentari non potest . Mais ce mot est rare, un peu
moderne: et sa signification n'est pas bien déterminée par les exemples
qu'on en trouve : on dit plus souvent efoei/saro», qui répond au latin
n<n> tentatus. — Nous savons d'ailleurs que les adjectifs eu 579; peuvent
avoir le sens actif. Ainsi v.-txi-jtoï signifie qui ne heurte pas, ne bronche
pas. S. Jude, 24.) De même y-y-j-roi zzzwv, qui ne goûte pas les maux.
ph. Ant. 583.) "Ai-£^7T5,- a la double signification active et passive
de verax, qui dit la vérité, et de certv.s, qui est certain. De même
encore àyilwTo;, qui ne rit pas ou dont on ne rit pas. — 2° Les com-
ment iteurs qui s'éloignent ici de la Vulgate ajoutent qu'avec y--:pu.GTOi
pris dans le sens actif, il y aurait tautologie: car non tentana et neminem
tentât sont la même chose. Mais la tautologie n'est point vicieuse quand
l;i seconde expression éclaircit ou fortifie la première, comme en cet
en Iroit. Est-ce que la sainte Ecriture et les auteurs classiques ne répè-
tent pas souvent la même pensée? Est-ce que le parallélisme, qui fait
le fond de la poésie hébraïque, n'amène pas souvent une brillante tau-
tologie ; Lisez donc le psaume Tn exitu, el dites s'il n'\ a pas tautologie
dans plusieurs versets, comme dans celui-ci : Qui convertit petram in
■ aquarum, et rupem in fontes aquarum. — 3° Enfin ils déclarent
que la coujoDCtioo ik, autem, qui unil les deux phrases, indique que la
-■•il'.' une idée différente de la première. Cette raison a sa
vale .i- : cependant l'on répond encore que souvent la particule ik est
•11 près synonyme de xx\ et peut marquer deux différents points de
• d-- li même idée. — Au fond nous ne rejetons pas l'interprétation
d'y-: ',77--,,- pris dans le sens passif, qui non tentatur ou qui tentari
si ancienne, conforme à L'usage de la langue, et pré-
!>'<j une id . Mais celle de la Vulgate u'est pas démontrée fausse :
18 la respectons, et même nous la préférons.
(1) C'est le i deux mots fëfejcà/uvof, abstractus, et foXreÇô/av?*,
1 1 : 1 1.1 . ji Ra 2
— 18 —
la source et l'origine de nos tentations. Il est vrai que
le monde et le démon nous tentent aussi; mais ils n'a-
gissent sur nous qu'en présentant un appât à la concu-
piscence que nous portons en notre cœur.
Saint Jacques décrit ensuite la marche et le progrès
de la tentation. La concupiscence conçoit d'abord une
pensée qui lui est suggérée par les sens, par l'imagi-
nation ou par le démon: puis, cette pensée, lorsqu'elle
persiste, fait naître une délectation. Or, cette délectation
mauvaise, engendrée dans le cœur, et non réprimée aus-
sitôt par la volonté, produit une faute. De in de concupis-
cenlia quum conceperit. parti peccatwn. La faute i
que vénielle, tant que l'advertance et le consentement
sont imparfaits. Mais si le consentement est enfin pleine-
ment donné, et si l'on viole une défense grave, un péché
grave est commis. Alors ce péché consommé dans le
cœur, sans même que l'action extérieure soit accomplie,
engendre la mort de l'àme, en la séparant d'avec Dieu.
Peccotum vero quum consummatam fuerit, générât mor-
tem. (Corn. Lap.)
Mais si l'on rejette la pensée mauvaise dès qu'elle se
présente à l'esprit, non seulement on ne pèche pas, mais
on remporte une victoire qui est glorifiée dans les cieux (1 ).
Il faut donc distinguer, avec saint Jacques et les théo-
logiens, trois degrés dans la tentation. 11 y a d'abord la
suggestion, puis la délectation, et enfin le consentement (2).
C'est le consentement seul, imparfait ou plein, qui fait le
péché. Mais prenons garde : il est facile de passer du
premier degré au troisième, de la pensée mauvaise à
l'entier consentement.
16. Nolite itaque errare, fralres met dilectissimi. Ne
vous y trompez donc pas, mes frères bien-aimés. Soyez
inescatus, illectus, attiré par un appât trompeur, comme celui qu'on
offre au poisson pour le prendre.
(1) Quod si, hoste suggerente, delectari oui consentira peccato uolu-
mus, tentatio ipso nobis ad victoriam provenit, qntt coronam vitœ
mereami'i- accipere, (V. Bed.)
(2) Sciendum nobis est quia tribus modiê tentatio agitur : sugge-
stionne, delectatione tt consensu. (S. Greg. Hom. xvi in Evang.)
— 19 — Jac.} i.
attentifs à ce qui se passe en votre esprit. Ne croyez
pus ([lie toute pensée soit innocente devant Dieu, et que
le péché réside seulement dans les actions extérieures.
Ji- us-Christ, nous a dit : « Tout homme qui regarde une
femme avec un sentiment de concupiscence, a déjà com-
mis l'adultère dans son cœur. » Omnis qui viderit mil-
ite ru m ad concupiscendwn eam, jam mœchatiis est eam
in corde suo. (S. Matth., v, 28.) Mais n'imputez pas au
Dieu très saint, votre Créateur, les tentations de votre
concupiscence. Il ne saurait vous porter au mal, puis-
qu'il est l'auteur et la source de tout bien, comme l'Apôtre
ajoute aussitôt.
17. Omne dation optimum et omne doni/m perfectum
desursum est, descendais a Pâtre huninum, apud quem
non est (ransmutatzo, nec vicissititdinis obumbratio. Dieu
est si loin de nous porter au mal que « tout don excellent
et toute grâce parfaite nous viennent d'en haut » ; toute
impulsion vers le bien « descend du Père des lumières »,
en qui il n'y a point de ténèbres (1).
.1 Pâtre luminum. Dieu est l'auteur de cette lumière
créée qui luit à nos yeux: mais surtout, il est le Père
de la lumière spirituelle qui éclaire, réjouit et fortifie
notre âme. ("est lui qui donne la lumière de la foi, la lu-
mière de la grâce sanctifiante et la lumière de la gloire (2).
Apud quem non est transmutatio. Or, dans ce flam-
m! des intelligences, il n'y a point de changements,
coiniiH' dans le soleil, qui s'éloigne et se rapproche de
nous tour à tour; il n'y a point d'ombres de vicissi-
te ■•mine lorsque cet astre, après avoir éclairé notre
monde, nous dérobe sa lumière et descend sous l'hori-
zon. Dieu dit lui-même par son Prophète : « Je suis le
.leur et je ne1 change point. » Ego Dominas et non
um et donum,ài9ii r< >>>'.r,y.u, sont la même chose répétée pour
inculquer fortement la pei moins qu'on n'entende par d ttutn les
- de I:» nature, »-t par donum ceux de la Lrràoe.
I Banctifi une lumière 'loin brille l'Ame du ju
::•■>!.• de saint Paul : Eratis enim aliq\ iicnc
,' l)(>min<<. (Eph., V. 8.)
— 20 -
mutor. (Malach., ni, 6.) Dieu est un soleil qui brille
toujours (1).
18. Genuil ?ios. Dieu, nous l'avons dit, est l'auteur de
tout don excellent. Ainsi, il nous a donné un titre ad-
mirable : celui de ses fils adoptifs. Il nous a engendrés
pour que nous soyons appelés ses enfants, et que nous le
soyons en réalité. Ut filii Dei nominemitr et sit?nis> dit
saint Jean. (I Ep., ni.)
Vohintarie enim genirit nos verbo veritatis. C'est par
nécessité que le soleil jette sa lumière sur le monde ; il
n'en est pas ainsi de Dieu; ses dons sont libres. Il nous
a engendrés par sa volonté, par son amour, par sa pure
miséricorde et sans aucun mérite de notre part, comme
l'avait dit Osée : Diligam eos spontanée. Il nous a en-
gendrés par la parole de vérité, par la doctrine évan-
gélique qu'il a fait entendre à nos oreilles et luire à nos
intelligences. Car celui qui croit la parole de Dieu com-
mence à vivre de cette même vérité qui est en Dieu et
qui est Dieu. Il exerce dans son entendement des actes
semblables à ceux de la vie divine. Enfin, il nous a engen-
drés par le sacrement du baptême qui nous a donné une
vie nouvelle, spirituelle, immortelle, en nous faisant
enfants de Dieu (2).
Genirit nos verbo veritatis. La foi en la parole du Christ
étant le commencement de la justification, est aussi le
principe de la régénération divine, comme nous le fait
entendre saint Jean : « Le Verbe a donné le pouvoir de
devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom. »
(1) Le mot transmutât io, TTctpoùïy.yï, semble désigner le mouvement
annuel du soleil qui, pendant six mois, va d'un tropique à l'autre, et
marche ensuite pendant six autres mois pour revenir au point d'où il
était parti. — Vicissitudinis obumbratio, zpir.?tç &noaxfasp.x1 c'est l'om-
bre, c'est l'obscurité dans laquelle le soleil nous laisse en accomplissant
ses révolutions.
(2) Saint Pierre exprime très bien la même pensée. Nous avons reçu
une nouvelle naissance, dit-il, lorsque nous avons été engendrés de
nouveau, non d'une semence corruptible, mais d'un germe incorruptible,
par la parole du Dieu vivant : Iienati non ex semine comiptibili,
sed incorrujptibili per verbum Dei vivi. (I Petr., i, 23.)
— 21 — Jac, i.
Dédit eis potestatcm filios Dei fieri, lus qui crcdimt in
nomine ejus.
Ut simus initium aliquod créatures ejus, en grec iicap^*
•nvx Ttov aÙTou xT'.saàTwv, Il nous a engendrés « afin que nous
fussions en quelque sorte les prémices de ses créatures. »
Deux sens se présentent. D'abord, les hommes justifiés
par la foi et le baptême sont ce qu'il y a de principal, de
plus précieux et de plus agréable à Dieu dans toute la
création visible. Le monde même ne subsiste que pour
les saints, pour ceux qui le sont déjà ou pour ceux qui
doivent le devenir.
Second sens. Les chrétiens venus d'Israël, auxquels
écrit saint Jacques, sont eux-mêmes les prémices de la
nouvelle création que le Saint-Esprit fait dans le monde,
lorsqu'il fonde l'Eglise et forme un peuple saint qui adore
le Seigneur en esprit et en vérité. Cette création est prédite
par David, qui chante au psaume cm : « Vous enverrez
votre Esprit, et ils seront créés, et vous renouvellerez la
face de la terre. » Emittes Spiritum tuum et creabimtur,
et renovabis faciem terras. Le peuple chrétien est appelé
dans les saintes Ecritures une création nouvelle (II Cor.,
v, 17; Gai., vr, 15); et l'Apôtre saint Jacques dit aux
Juifs convertis : C'est de cette admirable création que vous
êtes les prémices. Il nous semble que ce second sens est
appuyé sur la signification propre du mot àncopx4> primitiœ.
Des théologiens donnent un troisième sens. Dieu ,
disent-ils, nous a engendrés par la parole de vérité, afin
que nous soyons déjà un commencement ou un germe
de cette créature divine que nous serons au ciel. La
grâce, en effet, que nous recevons au baptême, est la
semonce de la gloire. Nous, chrétiens, disait un éloquent
évèque, nous sommes ici-bas des dieux en fleurs.
19. Scitis, fratres mei dilectissimi. Vous savez ces
choses, mes frères bien-aimés. Ce que je viens de vous
dire sur la grandeur où vous élève la religion du Christ,
est une vérité que vous connaissez parfaitement.
Ce mot « vous savez » est une espèce de précaution
aimable pour faire accepter de nouveaux préceptes.
— oo _
-^-i/
>'// autem ornnis liomo velox ad andiendum, tordus au-
tem ad loquendum, et tordus adirarn. « Que tout homme
soit prompt à écouter, lent à parler, et lent à se mettre
en colore. » Trois pensées que l'Apôtre va développer.
1 ) abord l'homme prudent écoute avec calme, afin de
s'instruire; il se souvient de cette maxime de Salomon :
« Le sage en écoutant devient plus sage. » Aadiens sapiens
sapientior erit. (Prov., i, 5.) Un poète païen disait avec
esprit qu'un homme qui ne sait pas se taire ne sait pas
parler.
Tacerc quisquis nescit, hic neseit loquî.
(PUBLÏUS SYR.)
L'homme prudent ne parle qu'après avoir réfléchi, pour
ne blesser ni la vérité ni la charité. Il songe que nous
rendrons compte non seulement des discours mauvais,
mais môme des paroles inutiles. (S. Matth., xn, 30.)
Tardas ad loquendum. Saint Jacques, en formulant
cette maxime, avait spécialement en vue certains doc-
teurs venus du judaïsme. Comme ils se croyaient fort
habiles dans les Ecritures, ils voulaient enseigner dans
les assemblées chrétiennes, et ils y soutenaient des opi-
nions qui troublaient l'Eglise (1).
Le ministère de la parole, lors même qu'il est imposé
par l'autorité légitime, n'est pas sans danger. La chaire
sacrée fut un écueil pour plusieurs prédicateurs. — Il est
moins périlleux d'écouter la vérité que de la prêcher. En
l'écoutant, on demeure humble ; en la prêchant aux au-
tres, il est facile de concevoir quelque sentiment de vanité,
dit le vénérable Bède, et une pensée d'orgueil peut devenir
le commencement de la perdition. C'est pourquoi saint
Augustin disait qu'il aimait mieux apprendre qu'ensei-
gner. Ego plus amo discere quant docere. (Ad Dulcitium,
Q. 3.) Belle leçon de modestie que nous donne ce grand
docteur, l'un des plus beaux génies qui aient paru dans
le monde.
(1) Voyez plus bas, ch. ni, 1.
— 23 — Jac.,i.
Ce mot tordus ad Joquendinn appelle un autre conseil :
tardas ad iram. « Soyez lents à vous mettre en colère. »
Ce qui nous fait prononcer des paroles répréhensibles,
c'est souvent l'impatience et un faux zèle qui nuit au lieu
d'édifier.
Or l'homme patient vaut mieux que le courageux, dit
Salomon ; et celui qui est maître des mouvements de son
cœur l'emporte sur le guerrier qui force les villes. Melior
est patiens viro forti, et qui dominatur animo suo expa-
gnatore urbhlm. (Prov., xvi, 32.)
20. Ira enim viri juslitiam Dei non operatur. « Car la
colore de l'homme n'opère point la justice de Dieu. » Si
donc vous voulez faire une œuvre sainte devant Dieu et
procurer sa gloire, si vous désirez bien servir l'Eglise et
sauver les âmes, contenez votre humeur impatiente et
apprenez de Jésus-Christ la douceur et l'humilité. C'est
par la mansuétude que vous ferez le bien, en plaisant à
Dieu et aux hommes.
Par la colère, saint Jacques paraît ici entendre ce
qu'il nommera plus loin un zèle amer et un esprit de
contention. (Ch. in, 14.)
Justitia Dei signifie toute œuvre juste que Dieu com-
mande ou approuve.
21. P V opter cjuod abjicientes omnem immunditiam et
abundantiam malitise, in mansuetudine suscipite insitum
um, r/uod potest salvare animas vestras. C'est pour-
quoi, rejetant toute souillure et toute abondance mau-
vaise, recevez avec mansuétude la parole qui est entée
en vous et qui peut sauver vos âmes.
Pr opter quod. Après avoir prohibé la colère, il revient
à la première pensée qu'il avait ('mise : « Que tout homme
soit prompt à «'coûter », surtout à écouter la parole de
Dieu. Il exhorte à la recevoir avec douceur et mansué-
tude, -ans discussion, sans contestation. Mais pour qu'elle
m. <lans un cour, il faut en bannir toute souillure,
Rapfav, non seulement la luxure et l'intempérance,
mais l'orgueil, l'en vie, l'avarice, qui impriment dans
l'a nie des taches aussi funestes que le vice honteux de la
— 24 —
chair. Omnem quippe immunditiam et carnis et animé
nuncupat, dit le vénérable Bède (1).
Et abundantiam malitiœ, 7ceptOTetav xaxfoç. Ce nom au
génitif équivaut à un adjectif. C'est comme s'il y avait
abundantiam malam, ou qilidquid maie abundat. Saint
Jacques avertit de retrancher aussi toute abondance ou
toute superfluité mauvaise qui, comme une végétation
stérile et comme une herbe nuisible, envahit le champ
de nos âmes et empêche la bonne semence de s'y déve-
lopper. Il désigne les soins superflus ou trop empressés,
que Notre-Seigneur condamne par cette parole célèbre :
t Marthe, Marthe, vous vous inquiétez et vous vous em-
barrassez de beaucoup de choses . Or , une seule est
nécessaire. » (S. Luc, x, 41.) La superfluité mauvaise,
c'est la sollicitude des choses du siècle, solliciludo sœcitli
istius. (S. Matth., xm, 22.) C'est encore ce que saint Paul
nommait une foule de désirs inutiles et nuisibles qui
submergent les hommes dans la perdition. Desideria
milita inutilia et nociva, quœ merqunt homines in inte-
ritum et perditionem. (I Tim., vi, 9.) Tout cela est une
abondance mauvaise (2).
Susc/pite, recevez et conservez la parole sainte avec
calme et douceur, cum mansuetudine ; car Dieu n'habite
point dans le trouble : non in commotione Dominus.
(III Reg., xix, 11.) L'on remarque que le Saint-Esprit
descendit s,ur les Apôtres lorsqu'ils étaient paisibles et
(1) Saint Paul exhortait de même les Corinthiens à se purifier de
tout ce qui souille la chair et l'esprit. Mundemvs nos ab omni inqui-
namento carnis et spirittcs. (II Cor., vu, 1.)
(2) Abundantiam malitiœ. « Cette superfluité mauvaise « pourrait
bien désigner aussi les vains discours des docteurs qui voulaient mon-
trer leur science dans les assemblées chrétiennes. Au lieu d'étaler une
érudition superflue, leur dirait-il, et d'agiter des questions inutiles
pour la piété, attachez-vous à recueillir et h faire fructifier dans vos
cœurs la sainte parole qui vous a été confiée quand vous avez reçu le
baptême. C'est celle-là qui sauvera vos âmes. Saint Paul recommandait
de même à Timothée et à Tite de réprimer certains docteurs qui trou-
blaient et fatiguaient les églises par des fables puériles, par des généa-
logies sans fin, et par de subtiles questions sur la loi : toutes choses
vaines et dangereuses, qui soulevaient des disputes et n'édifiaient point
les fidèles. (I Tim., i, 4 ; et iv, 7 ; et II Tim., u, 23 ; et Tite, m, 9.)
— 25 — Jac.,1.
assis dans le Cénacle : erant sedentes. C'est aux hommes
doux et pacifiques que le Christ a été envoyé du ciel
pour leur annoncer l'Evangile : ad annuntiandum man-
snetis misitme. (Is., lxi, 1.)
Insitum verbum, xov Ijaçutov Xcfyov. Il compare la parole
de Dieu à un rameau fertile, enté sur le chrétien. Ce
rameau s'enracine dans l'àme par une méditation paisi-
ble et produit des fruits célestes.
Quod potest salvare animas vesfras. La parole divine
est comme l'arbre de vie qui était planté au milieu du
paradis terrestre : il devait entretenir dans une jeunesse
éternelle ceux qui mangeraient de ses fruits. De même
la parole de Dieu fortifie et sauve l'âme qui croit en elle
et s'en nourrit.
Potest. Cette parole a donc la puissance de vous donner
L'immortalité, mais elle exige votre concours. Ce rameau
produit le fruit du salut, mais il faut que l'arbre où il
est greffé soit vivant et lui fournisse une sève naturelle.,
que la grâce transformera en fruits divins.
22. Estote autem factures verbi, et non auditores tan-
tum. « Mais soyez des observateurs de la parole, et non
pas seulement des auditeurs. » Car pour que la sainte
parole vous sauve, il ne suffit pas de l'écouter et de la
croire ; ce n'est même pas assez de la prêcher : il faut
faire ce qu'elle dit. Notre-Seigneur nous donnait cet aver-
tissement : « Heureux, disait-il, ceux qui entendent la
parole de Dieu et qui la gardent ! » (S. Luc, xi, 28.) Et
saint Paul répétait aux fidèles que ce ne sont pas les
auditeurs de la loi qui sont justes devant Dieu ; ce sont
les observateurs de la loi qui seront justifiés. (Rom., n, 13.)
Non enim and/tores lerjis jitsti snnt apud Deum, sed fac-
ioi^cs legis justificaèuntur (1).
En effet, si l'on croit être pieux, sans faire les œuvres
de la piété, on se trompe soi-même, et c'est une dange-
reuse erreur. Fallentes vosmetipsos.
(1) Saint Jacques, voulant réfuter une erreur qu'on imputait a saint
Paul, t'appâta mit saint Paul lui-même, et il lui emprunte, comme on
le voit, le même principe exprimé dans les mêmes termes.
— 26 —
Cette expression f allaites vosmetipsos , wopôtXoyiÇ<Jji.6v««
Ioutoùç, signifie se tromper soi-même par des raisonne-
ments spécieux, par des subtilités de sophistes. Ainsi
les faux docteurs qui voulaient se persuader que la foi
justifie sans les œuvres, alléguaient ce texte de l'Evan-
gile : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » Qui
credideritetbaptizatus fuerit ^salmis erit. (S. Marc, xvi, 16.)
Cet homme possède en lui le salut et s'il meurt aussitôt
après son baptême, étant justifié par la foi et le sacre-
ment, il est sauvé. Mais s'il vit, il doit faire les œuvres
commandées par la loi divine qu'il a promis d'accomplir.
Un autre argument qu'ils produisaient était cette parole
de la Genèse : « Abraham crut au Seigneur, et sa foi lui
futimputéeàjustice. » (Gen., xv,6;Rom.,iv,3;Gal.,in,6.)
Saint Jacques discutera cette raison dans le chapitre
suivant.
23 et 24. Quia si quis est auditor verbi et non factor \ hic
comparabitur vivo consideranti vultum nativitatis suœ in
speculo (1). Consideravit enim se, et abiit, et statim oblitus
est qualis fuerit. « Celui qui écoute la parole et ne la pra-
tique pas ressemble à un homme qui regarde son visage
dans un miroir, puis s'en va et oublie quel il était. » Ce
miroir lui a montré des taches qui déshonoraient sa figure :
à quoi lui sert de les avoir vues, s'il ne les ôte pas ? De
même un pécheur entendant la parole de Dieu voit les
souillures qu'elle lui découvre en son âme. Mais si, après
les avoir aperçues, il s'en va et les laisse, que lui sert de
les avoir reconnues ? Il n'en est que plus coupable.
L'Ecriture sainte, dit le pape saint Grégoire le Grand,
est un miroir où nous voyons la face intérieure de
notre âme. Scriptura mentis ocnlis quasi quoddam spé-
culum opponilur, ut interna nostra faciès in ea videatur.
(S. Greg. M. Morv n, 1.) Lisons, considérons, réformons.
L'Apôtre va poursuivre son idée.
25. Qui autem perspexerit in legemperfectam liber tatis,
(1) Vultum nativitatis suœ est la même chose que vultum sinon
nativum ou genuinum.
— 27 — Jac, i.
et permanserit in ea, non anditor obliviosns factus, sed
factor operis, hic beatus in facto sno erit. « Mais celui qui
considère attentivement la loi parfaite de la liberté, et
qui s'y attache pour l'accomplir, celui-là n'étant pas un
auditeur oublieux, mais faisant l'œuvre commandée par
la loi, trouvera le bonheur dans son action. » Il sera heu-
reux, non pour avoir simplement connu le bien, mais parce
qu'il l'a fait (1).
In legem perfectam. La loi chrétienne est une loi qui
nous montre la perfection, la commande, et nous donne
la force de l'atteindre : tandis que la loi de Moïse était
une loi imparfaite : nihil enim ad perfection adduxit lex.
(Hebr., v, 19.) Ce n'était qu'une préparation à l'Evangile.
In legem libertatis. La loi chrétienne est une loi de
liberté : d'abord elle nous délivre de nos péchés et de
nos vices, qui sont nos plus funestes ennemis. En outre,
étant une loi d'amour, elle nous donne la liberté des en-
fants de Dieu : tandis que la loi ancienne, loi de terreur,
ne faisait que des esclaves. Enfin elle nous a délivrés du
joug des rites multipliés de la loi mosaïque. Or c'était
un joug très pesant, disait saint Pierre, joug que nos
pères et nous-mêmes n'avions pu porter. (Act.Ap., xv, 10.)
Considérons ces mots : perspexerit, permanserit, factor
operis. Dans ces trois mots, saint Jacques nous indique
les trois principaux caractères de la méditation des saintes
Ecritures. — 1° Perspicere. 11 faut méditer la parole de
Dieu attentivement, à loisir, oubliant toute autre occu-
pation pendant le temps consacré à cet important exer-
cice. — 2° Permanere. Il ne suffit pas de lire quelquefois
la sainte parole avec respect et attention ; il faut l'étudier
avec persévérance, c'est à-dire la méditer régulièrement
chaque jour. Surmontons notre inconstance ; la médita-
tion et l'oraison fidèlement pratiquées assureront notre
(1) Qui i»rspexerit, b r.y.yj.yJy^y.:, qui intentis oodis inspexerit. Le
verbe t:x^/v-te(v signifie se baisser et fixer les yeux sur un objet pour
>ntidérer attentivement. Saint Jacques oppose l'homme qui lit
et médite sérieusement l'Ecriture h celui qui y jette seulement les
yeux, sans se pénétrer des vérités salutaires qu'il y trouve.
— 28 —
salut. — 3° Faclor operis. Il faut méditer la parole de Dieu
pour la mettre en pratique le jour même. On prend le
matin une bonne résolution, et le soir on s'impose une
pénitence, si l'on y a manqué.
Celui qui fera ces trois choses ne sera point un lecteur
oublieux, mais fidèle ; il sera heureux, pour avoir connu
et fait le bien : Beatas in facto suo erit.
26. Si qui s autem putat se religiosum esse non refré-
nons linguam snam, sed seducens coi' siaim, hit jus vana
estreliçjio. « Si quelqu'un se croit religieux et ne relient
pas sa langue comme avec un frein, mais séduit lui-même
son cœur, sa religion est vaine. »
L'Apôtre avait dit plus haut : Que tout homme soit
prompt à écouter la parole de Dieu, lent à parler, et lent
à se mettre en colère. Après avoir touché en passant la
colère ou le faux zèle et montré comment l'on doit écouter
la parole de Dieu, il prescrit maintenant de mettre un
frein à sa langue, et il motive son conseil par une pensée
courte et forte. L'homme, dit-il, qui est inconsidéré dans
ses discours, l'homme qui s'abandonne à la médisance,
qui juge et censure avec témérité toutes choses et toutes
personnes, se flatte en vain d'être religieux ; s'il le croit,
il séduit lui-même son cœur, et sa religion est vaine.
Cette dernière parole est grave : elle fait entendre que
des hommes qui se croient religieux peuvent tomber dans
des fautes mortelles par l'intempérance de leur langue.
« Les lèvres de l'insensé, dit Salomon, sont la ruine de
son âme. » (Prov., xvm, 7.) C'est pourquoi le prophète
David disait : Mettez, Seigneur, une garde à ma bouche,
et à mes lèvres une porte qui les ouvre et les ferme selon
la prudence. (Ps. cxL.)Le prêtre surtout n'oubliera point
cette parole du Sage : « Les longs discours ne seront
point exempts de péché : in midtiloquio non dcerit pecca-
/M;72.»(Prov.,x,17.)La loquacité est un vice dont l'homme
pieux se corrige.
27. Relù/io munda et immaculata apud Deum et Pa-
trem, hœc est : Visiteuse pupillos et viduas in tribulatione
eorum^ et immaculatum se custodire ab hoc sœculo. « La
— 29 — Jac, i.
religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre Père,
la voici : Visiter les orphelins et les veuves dans leur
affliction, et se conserver pur de la souillure du siècle
présent. »
Cette pensée soudaine est amenée par le mot religio qui
termine la phrase précédente. C'est comme s'il disait :
La religion de l'homme qui ne sait pas retenir sa langue
est une religion vaine. Mais voulez-vous connaître la
religion qui plaît à Dieu? c'est celle de l'homme qui
secourt le prochain et qui garde sa conscience pure de la
contagion du monde. L'Apôtre ne veut pas dire que ce
soit toute la religion: mais il déclare que, sans l'amour
du prochain et la pureté de cœur, tous les hommages
qu'on pourra rendre à Dieu ne lui seront point agréables.
En effet le mot religio, 8p7|«ce^a9 pris dans son sens pro-
pre, signifie le culte extérieur que l'on rend à Dieu en
lui offrant de l'encens, des prières, des hymnes de louan-
ges, des sacrifices. Mais ces hommages ne suffisent pas
pour plaire à Dieu. Il faut encore observer sa loi, qui se
résume en deux points : éviter le mal et faire le bien,
déclina a rnalo, et fac bonum. (Ps. xxxvi.) Saint Jacques
spécilie le bien qu'il faut faire et le mal qu'il faut éviter.
D'abord le bien qu'il recommande, c'est de secourir le
prochain dans ses nécessités.
Visitare pupillos et viduas. Il y a dans tous les siècles
et dans tous les pays des veuves et des orphelins qui ont
besoin d'être secourus. Mais au temps où écrivait saint
•Jacques, c'était là un devoir spécial. Car un grand nom-
bre de chrétiens étaient persécutés à Jérusalem et dans
les provinces. Plusieurs étaient mis à mort, d'autres
en prison, d'autres expulsés de leurs biens et envoyés
en exil. Il y avait donc alors, parmi les chrétiens, beau-
roiip de veuves à soulager et beaucoup d'orphelins à
nourrir.
Visitare pupillos et viduas in tribulationc eorum. Visiter
soi-même les orphelins, les veuves, les pauvres, les ma-
lade-, et Leur porter des secours et des consolations, est
une œuvre beaucoup plus excellente que de leur envoyer
— 30 —
simplement des aumônes. En les visitant, on fait du bien
à leur cœur, on les traite comme des frères.
El immacidatiim se custodire ab hoc sœculo. Enfin, la
religion qui honore vraiment Dieu consiste à se préserver
de la corruption du siècle présent. C'estle mal qu'il faut
éviter. Par le siècle, on entend la multitude qui se laisse
entraîner dans l'erreur et qui obéit à ses passions. Quand
on voit la foule des hommes emportée par l'ambition,
l'avarice et l'amour des plaisirs, il est difficile de conser-
ver son cœur pur au milieu de tous ces scandales. Necesse
est de mundano pulvere etiam religiosa corda sordescere,
dit saint Léon. (Serm. iv de Quadr.)Le prêtre lui-même,
obligé de toucher à toutes ces lèpres, a de la peine à se
préserver de la contagion. 11 le faut pourtant : le salut
est à ce prix. On a d'ailleurs un moyen sûr de conserver
l'intégrité de sa foi et la pureté de son cœur : prier beau-
coup et méditer l'Evangile.
— 31
CHAPITRE DEUXIÈME
ANALYSE
Ce chapitre peut se diviser en deux parties.
Dans la première, saint Jacques défend de faire acception
de personnes entre les pauvres et les riches (1-13).
Dans La seconde, il montre que la foi sans les œuvres ne
suffit pas au salut (14-fin).
1. Fratres mei, nolite in per-
n acceptione haibere fi-
dem I)<),,ti,ii nusi ri Jesn Christi
gloriœ.
2. Etenim siintroievit in con-
vestrum vir aureum
,i habens in veste can-
dida, introierit autem et pait-
per iit soi dido habit»'.
3. Et intendatis in eum qui
indutus est veste prœclara, et
: T" sede hic b< ,
•péri autem dicatis : Tu sta
illic, <mi sede sab scabello pe-
•1. A
t facti <
cogitât i ni
fratres mei dilec-
.
• hoc mundo, divitt •
],ii quod ,- -
• Dn dilîgentibtu
■ ■ ,., exfiono
Nonn i ■ ■■ i jn r
1. .Mes Frères, n'ayez point en ac-
ception île personnes la foi de notre
glorieux Seigneur Jésus-Christ.
2. Car s'il entre clans votre assem-
blée un homme qui ait un anneau
d'or et un habit magnifique, et s'il
entre aussi un pauvre avec un mé-
chant habit,
3. et qu'arrêtant vos regards sur
celui qui est magnifiquement vêtu,
vus lui disiez en lui montrant une
place honorable : Asseyez-vous ici :
et que vous disiez au pauvre : Toi,
reste Là debout, ou bien assieds-toi
a nies pieds :
1 N'est-ce pas là juger dans votre
esprit l'un et l'autre j et a'êtes-vous
des juges qui suivent des pen-
i i u tes î
5. Ecoutez, mes très chers Frères :
est-ce que Dieu n'a pas choisi ceux
qui étaient pauvres dans ce monde
pour <'tre riches dans la foi et les
héritiers du royaume qu'il a promis
ai qui L'aiment I
6. Vous au contraire, vous avez
déshonoré Le pauvre. Nesont-ce pas
— 32 —
les riches qui vous oppriment par
leur puissance, et qui vous traînent
devant les tribunaux ?
7. Xe sout-ce pas eux qui blasphè-
ment le nom auguste dont vous avez
tiré le vôtre ?
8. Que si vous accomplissez la loi
royale en suivant ce précepte de
l'Ecriture, « Vous aimerez votre
prochain comme vous-même *, vous
faites bien.
9. Mais si vous avez égard à la
condition des personnes, vous com-
mettez un péché, et vous êtes con-
damnés par la loi, parce que vous
transgressez la loi.
10. Or, quiconque observe toute la
loi, et la viole en un seul point, est
coupable envers toute la loi.
11. Car celui qui a dit : Tu ne
commettras point d'adultère, a dit
aussi : Tu ne tueras point. Si donc
vous tuez, quoique vous ne commet-
tiez point d'adultère, vous êtes viola-
teur de la loi.
12. Réglez vos paroles et vos ac-
tions comme devant être jugés par
la loi de la liberté.
13. Car celui qui n'aura point fait
miséricorde sera jugé sans miséri-
corde. Mais la miséricorde s'élève
au-dessus de la rigueur du jugement.
14. Mes Frères, que servira t-il
à un homme de dire qu'il a la foi,
s'il n'a point les œuvres ? La foi
pourra-t-elle le sauver ?
15. Si un frère ou une sœur n'ont
point de quoi se vêtir, et manquent
de ce qui leur est nécessaire chaque
jour pour vivre :
16. et si quelqu'un d'entre vous
leur dit : Allez en paix, réchauffez-
vous , rassasiez - vous , sans leur
donner ce qui est nécessaire a leur
corps, à quoi leur serviront ces
paroles ?
17. De même la foi qui n'a point
les œuvres est morte en soi.
18. Quelqu'un d'ailleurs pourra
dire : Vous avez la foi et moi j'ai
les œuvres. Montrez-moi votre foi
potentiam opprimv.nt vos, et
ipsi trahunt vus ad jitdicia ?
7. Nonne ipsi blasphémant
bonum nomen quod invocation
est super vos ?
8. Si tamen ïegem perficitis
regalem secundum Scripturas :
Diliges pruximum tuum sicut
te ipsum, bene facitis.
9. Si autem personas accipitis,
peccatum. operamini, redarguti
a lege quasi transgressores.
10. Quicumque autem totam
legem servaverit, offendat au-
tem in uno, factus est omnium
reus.
11. Qui enim dixit : Non
mœchaberis, dixit et : Non oc-
cides. Quod si non mœcliaberi.s,
occides autem, factus es trans-
gressor legis.
12. Sic loquimini et sic facite
sicut per legem libertatis inci-
pientes judicari.
13. Judicium enim sine mise-
ricordia illi qui non fecit mi-
sericordiam : superexaltat au-
tem miser i cor dia judicium.
14. Quidproderit, frairesmei,
si fidem qui s dicat se habere,
opéra autem non habeat ? Nvm-
guid poterit /ides salvare eum?
15. Si autem frater et soror
nudi sint, et indigeant victv
quotidiano,
16. Dicat autem aliquis ex
vobis illis : Ite in pace, calefa-
cimini et saturamini : non de-
deritis autem eis qua? neces-
saria sunt corpori, quid pro-
derit ?
17. Sic et /ides, si non habeat
opéra, mortua est in semetipsa.
18. Sed dicet quis : Tu /idem
habes, et ego opéra habeo : os-
tende mihi fidem tuam sine
operibvs, et ego ostendam tibi
ex operibus fidem meam.
IV. T" credis quoniam venus
estDeus; bene facis : et dœmones
créaient, et contremiscunt.
20. Vis antem scire, o Jwmo
inanis, quoniam fides sine ope-
ribus mortua est ?
21. Abraham pater noster
nonne ex operibvs justificatus
est, offerens Isaac filin m suu/n
super oltare ?
22. Vides qvoniam fides coo-
peràbatur operibus illius, et ex
operibus fides consummata est.
23. Et suppleta est Scriptvra,
dicens : Credidit Abraham Deo;
et reputatum est illi ad justi-
n, et amicus Dei appellatus
est.
24. Videtis qvoniam ex ope-
ribus jvstificatvr homo, et non
ex fi de tantum.
25. Similiter et Rahab mere-
trix, nonne ex operibus justifi-
cata est, snscipiens nuntios, et
alia via, ejiciens ?
26. Sicnt enim corpus sine
tpiritu mortuum est, ita et fides
sine opcribiis mortua est.
13 — Jac, it.
qui est sans les œuvres, et moi je
vous montrerai ma foi par mes
œuvres.
19. Vous croyez qu'il n'y a qu'un
seul Dieu, vous faites bien ; mais
les démons aussi le croient et trem-
blent.
20. Voulez-vous savoir, ô homme
vain, que la foi sans les œuvres est
morte ?
21. Notre père Abraham ne fut-il
pas justifié par les œuvres, lorsqu'il
offrit son fils Isaac sur l'autel ?
22. Ne voyez-vous pas que sa foi
coopérait h ses œuvres, et que sa
foi fut consommée par ses œuvres ?
23. Et ainsi fut complétée cette
parole de l'Ecriture : Abraham crut
h ce que Dieu lui avait dit, et sa
foi lui fut imputée a justice, et il
fut appelé ami de Dieu.
24. Vous voyez donc que l'homme
est justifié par les œuvres, et non
par la foi seule.
25. Et Rahab, cette femme pu-
blique, ne fut-elle pas de même
justifiée par les œuvres, en recevant
chez elle les messagers et les ren*
voyant par un autre chemin ?
26. En effet, comme le corps est
mort lorsqu'il est sans âme, ainsi la
foi est morte lorsqu'elle est sans
œuvres.
COMMENTAIRE
Dans le chapitre précédent, l'Apôtre avait consolé les
pauvres en rappelant leur grandeur, et il avait humilié
les riches en représentant leur infirmité. Maintenant il
va plus loin : il avertit que la religion défend de préférer
le riche au pauvre.
1. Fratres met, nolite in personarum acceptione (1) ha-
(!' tonarum acceptione. En grec, iv npoovnolrrpbzn. Ce mot
veut dire ac eptio vulttu ou respectus ad vultum. On entend par accep-
1 I -1 1 II 14 I>K S. JACQIKS 3
— 34 —
bere fidem Doniini nostriJesu Christi fjloriœ. « Mes frères,
n'ayez pas en acception de personnes la foi de notre glo-
rieux Seigneur Jésus-Christ ! » C'est-à-dire, ne croyez
pas qu'on puisse allier la foi du Christ avec l'acception
des personnes. Si donc vous croyez en Notre-Seigneur
Jésus-Christ, vous devez estimer les personnes selon
leur mérite et non selon leur fortune. Ne traitez pas
injurieusement la foi du Christ en mettant cette foi glo-
rieuse au-dessous du rang que certaines personnes occu-
pent dans le monde. Or c'est ce qu'on fait, lorsqu'on
élève un riche au-dessus d'un chrétien pauvre ; car alors
on préfère la fortune du riche à la foi du chrétien.
L'Apôtre dit aux fidèles : Respectez tous ceux qui ont
embrassé l'Evangile et soyez persuadés que, pour les chré-
tiens, il n'y a point de titre qui soit préférable à leur foi.
La noblesse du chrétien est son baptême. Les dignités du
siècle et les richesses du monde sont, parmi nous, comp-
tées pour rien. Il faut donc honorer le pauvre autant que
le riche dans vos assemblées ; la foi les égale ; la gloire
de la foi éclipse tout le reste.
Fidem Domini nostri Jesu Christi çjloriœ. Ce génitif
gloriae tient lieu de l'adjectif çjloriosus. On traduira donc :
Prenez garde de traiter indignement « la foi glorieuse de
Notre-Seigneur », ou « la foi de notre glorieux Seigneur. »
Ce dernier sens se voit dans saint Paul lorsqu'il dit aux
Corinthiens- que « les princes de ce siècle n'auraient
jamais crucifié le Seigneur de gloire, s'ils l'avaient connu.
(I Cor., ii, 8.) Nous disons de même : « Le Roi de gloire
est descendu des cieux. » Saint Jacques, en plaçant gloriœ
à la fin de la phrase, entend rapporter ce mot tout à la
fois à fidem et à Domini, en sorte qu'il ne veut pas que
Ton fasse injure à la glorieuse foi de notre glorieux
Seigneur Jésus-Christ, en préférant les chrétiens riches
à ceux qui sont pauvres.
tion de personnes les égards et la préférence que l'on témoigne, à tort,
à une personne plutôt qu'il une autre, pour des motifs pris en dehors
de son mérite : comme lorsqu'un juge donne gain de cause, non à la
partie qui a raison, mais h la personne qui lui est agréable.
— 85 — Jac, ii.
Après avoir posé ce principe il va nous en montrer
l'application dans un tableau saisissant.
2, 3, 4. Etenim si introierit in convenlum vestrum vir
aureum annulumhabens in veste candida, introierit autem
pauper in sordido habitu, et intendatis in cum qui indutus
est veste prœclara, et dixeritis ei: Tu sedehic bene;pauperi
autem dicatis : Ta sta illic, aut sede sub scabello pedum
meorum : nonne judicatis apad vosmet ipsos, et facti estis
judices cogitationum iniquarum?
En effet, si un homme portant un anneau d'or et vêtu
d'un habit magnifique entre dans votre assemblée, si un
pauvre entre aussi avec un méchant habit, et si, arrêtant
vos regards sur celui qui est brillamment vêtu, vous lui
dites, en lui montrant une place honorable : « Asseyez-
vous ici », tandis que vous direz au pauvre : « Toi, reste
là debout, ou bien, assieds-toi près l'escabeau de mes
pieds » ; n'est-ce pas là juger l'un et l'autre? et ne pro-
noncez-vous pas, dans vos pensées, un jugement injuste?
Si introierit in conventum vestrum vir (1). « Si un
homme entre dans votre assemblée. » Il nJest point ici
question des honneurs civils que l'on rend aux person-
nages constitués en dignité. Saint Jacques parle seule-
ment de l'estime que les chrétiens doivent se témoigner
les uns aux autres dans leurs assemblées religieuses,
lorsqu'ils prient ensemble, lorsqu'ils écoutent la parole
de Dieu, lorsqu'ils participent aux saints mystères.
Aureum annulum liabens, un riche ayant au doigt un
anneau d'or. En grec, c'est un mot composé très élégant,
XpuooSctxTuXtoç, aureum annulum digito gestans. On voit,
dans la plus haute antiquité, les hommes distingués
porter un anneau au doigt. Juda, fils de Jacob, donne à
( 0) ' >ttu,n restrum, d; mvwflr/if* jftb-j. Le mot grec nnayuri
signifie une réunion en général. Les Juifs l'employaient pour désigner
leur assemblée et le lieu même où ils se réunissaient : tandis que les
cj' employaient dans ce sens le mot i/.Ktnsix. Saint Jacques, qui
ialement aux Juifs devenus chrétiens, I du terme
nH -/■•• M*i» •" traducteur a dû éviter le mot latin sy
gogo, parce qu'il était réservé aux Juifs, comme chei no is le mot ■ syna-
gogue. » II a choisi convint™, terme commun, qui désigne toute réunion.
- 36 —
Thamar son anneau et son bracelet (Gen., xxxviii, 18) ;
et dans saint Luc, le père de l'enfant prodigue, recevant
son fils repentant, ordonne qu'on lui mette un anneau au
doigt : Date annulum in manu ejus. (S. Luc, xv, 22.)
In veste candida, h gaÔTJTt Xapcpa, cinn veste splendida
et nitente, avec un vêtement brillant. Le mot Xay-cô; dé-
signe toute couleur éclatante.
Introierit autem et pauper, si un pauvre entre aussi.
Pauper, r.xor/U, indique un homme indigent à qui man-
quent les choses nécessaires à la vie, un mendiant. C'est
pourquoi ce pauvre n'a qu'un habit misérable pour re-
couvrir sa nudité, èv l'j-v.p. boôtjti. Sans doute, porter un
vêtement déchiré ou peu propre n'est pas une vertu,
mais c'est souvent une nécessité chez les malheureux.
Tu sede hic bene; si vous dites au riche : asseyez-vous
à cette place honorable. Ce mot bene (xaàâç, honeste) est
une parenthèse ajoutée par le narrateur. C'est comme s'il
y avait : « Asseyez-vous ici », et la place qu'on montre
au riche est honorable.
Tu sede hic; tu sta illic. L'opposition est sensible entre
sede et sta, entre hic et illic. Vous, riche, asseyez-vous
ici tout près; toi, va plus loin là-bas, te placer debout.
Aut sede sub scabello pedum meorum, ou bien assieds-
toi par terre près de l'escabeau où je pose mes pieds.
L'auteur fait sentir, par le contraste, combien est révol-
tant ce mépris du pauvre.
Nonne judicatis apud vosmet ipsos? En agissant de la
sorte, est-ce que vous ne portez pas dans votre esprit
un jugement sur le riche et sur le pauvre? Et dans ce
jugement, ne suivez-vous pas les sentiments de la chair
et l'opinion mondaine? Est-ce que vous ne prononcez pas
une sentence inique en décidant que la richesse mérite
plus d'être honorée que la vertu? Et facti estis judices
cogitationum iniquaram? N'êtes-vous pas des juges dont
les pensées sont fausses et les jugements injustes (1)?
(1) Nonne judicatis ? où itexpiOviTt ; Quelques-uns traduisent : Nonne
dijudicati estis ? Ce qu'ils expliquent ainsi : Nonne propria conscientia
redarguti estis ? N'êtes-vous pas condamnés par votre propre con-
— 37 — Jac, ii.
On blesserait donc la foi et la charité, si l'on honorait
plus les riches que les pauvres dans les assemblées chré-
tiennes. Ce serait un péché encore bien plus grave d'avoir
égard aux personnes dans la dispensation des biens cé-
lestes, ou de confier les dignités ecclésiastiques aux ri-
ches, en écartant des sujets pauvres, mais plus ins-
truits et plus vertueux. Non sane levé putandum est esse
peccatum, dit saint Augustin, in personarum acceptione
habere fidem Domini nostri Jesn Christi, si illam distan-
tiam sedendi ac standi ad honores ecclesiasticos refera-
mus. Quis enim ferat eligi divitem ad sedem lionoris eccle-
siœ , contempto paupere instructiore atque sanctiore ?
(S. Aug. Epist. 167, n. 18.) Si les princes avaient toujours
eu cette maxime sous les yeux, ils auraient épargné bien
des maux à l'Eglise et à l'Etat.
Mais saint Jacques ne se contente pas du tableau frap-
pant qu'il vient de mettre sous nos yeux. Il va mainte-
nant relever le pauvre et abaisser le riche.
5. Audite, fratres mei dilectissimi. Ecoutez, mes frères
bien-aimés. L'Apôtre excite d'abord leur attention, pour
qu'ils comprennent bien l'estime qu'ils doivent faire de la
pauvreté; puis, il leur expose cette doctrine dans une
interrogation pressante.
Audi te. fratres mei dilectissimi, nonne Deus elegit pau-
peres in hoc mundo, divites in fide, et hœredes regni qnod
repromisit Deus diligentibus se ? « Ecoutez, mes frères
bien-aimés : Dieu n'a-t-il pas choisi ceux qui étaient
pauvres en ce monde pour les rendre riches selon la foi
et pour en faire les héritiers du royaume qu'il a promis
à ceux qui l'aiment? »
Elegit. I )ieu voulant faire des princes et des rois, qu'il
élèvera dans les cieux, considère tous les hommes de
l'univers. Parmi eux, qui choisit-il? Ce ne sont pas les
science .' Il n'esl pas douteux que 9it*pi9r,-j n'ait le sens passif chez les
auteurs classiques, liais le Bavant auteur de la Vulgate ne lui a pas
é sana raison la signification active, qui convient beaucoup mieux
endroit, el qui, d'ailleurs, esl acceptée par CEcuménius. Tout le
monde sait que plusieurs aoristes ont la forme passive et la signification
active, coma hpt volui, àr,6Yp, existimavi, Ipifydw, timui.
— 38 —
riches, mais les pauvres : Elegit pauperes. Il choisit des
pêcheurs pour en faire des apôtres, la femme d'un char-
pentier pour être sa mère. Il sera pauvre lui-même et il
ne voudra pas avoir en ce monde où reposer sa tête.
Voilà comme le Christ honore la pauvreté.
Elegit pauperes. Cependant Jésus-Christ, qui donne
son sang pour le salut de tous les hommes, n'abandon-
nera pas les riches du siècle; mais ils ne viendront qu'a-
près les pauvres. Il bénira d'abord les bergers, ensuite
les rois. Car il ne veut pas qu'on puisse dire qu'il a
eu besoin des puissants pour établir sa religion. Infirma
mundi elegit Deus, ut confundat fortia : ut non glorietur
omnis caro in conspectu ejus. (I Cor., i, 27.)
Divites in fide. Mais ces pauvres qui ne possèdent rien
en ce monde sont riches des biens de la foi, riches en
vertus, riches en bonnes œuvres. Au fond, ce sont les
sages de la terre ; car, au lieu de biens périssables, ils
amassent des trésors éternels.
Et hœredes regni. On les méprise comme des gens de
rien ; mais aux yeux de Dieu et des anges, ce sont des
princes, héritiers du royaume des cieux. Beati pauperes
spiritu, qnoniam ipsorum est regnuni cœlorum. (Saint
Mat th., v, 3.)
Quod repromisit Deus diligentibus se. Voici un mot très
important. A qui Dieu donnera-t-il le royaume ? A ceux
dont il est aimé, diligentibus se. Un trône éternel est
conquis par un acte d'amour. C'est une récompense cer-
taine : elle est due, parce que Dieu l'a promise, quod
repromisit Deus diligentibus se.
Elegit. Mais rappelons-nous bien que Dieu a choisi ces
pauvres dans sa bonté. Une élection gratuite les a rendus
riches dans la foi, et c'est par miséricorde qu'ils sont
héritiers du royaume. Eligendo facit divites in fide, sicut
hœredes regni, dit saint Augustin. (De Prsedest. Sanct.)
6. Vos autem exhonorastis pauperem. Le pauvre est
grand devant Dieu; il est respecté de toute la cour cé-
leste; et vous, vous l'avez déshonoré ! C'est un grand mal
que de mépriser les pauvres, qui sont les amis de Dieu.
— 39 — Jac, ii.
Nonne divites per potentiam opprimant vos , et ipsi
trahunt vos ad judicia? Vous honorez les riches à cause
de leur fortune; mais ne voyez-vous pas que ce sont les
riches qui vous oppriment par leur puissance ? D'où
viennent toutes ces vexations que vous souffrez dans vos
provinces, comme nous-mêmes à Jérusalem, sinon des
riches? Ne sont-ce pas eux qui vous traînent devant les
tribunaux pour vous faire condamner comme adorateurs
du Christ ?
7. Nonne ipsi blasphémant bonum nomen quod invo-
catum est saper vos ? Et ces riches du monde ne blasphè-
ment-ils pas le nom auguste qui a été invoqué sur vous
dans votre baptême, le nom du Christ dont vous êtes
vous-mêmes appelés comme étant ses disciples ? Saint
Jacques désigne spécialement les principaux des Juifs
incrédules, qui partout se montraient acharnés contre les
chrétiens, et dépassaient les Gentils en violence. C'est ce
que nous voyons dans les Actes des Apôtres, et ce que
témoigne aussi toute l'histoire de l'Eglise. Le christia-
nisme n'a point eu de pires ennemis que les Juifs.
Saint Jacques fut lui-même, peu de temps après cette
lettre, précipité du haut du temple par l'ordre du Grand
Prêtre An anus, fils de cet Anne, le déicide, qui était le
beau-père de Caïphe (1).
Bonum nomen quod invocatum est super vos, ils blas-
phèment le nom excellent qui a été appelé sur vous. C'est
une phrase hébraïque, qui signifie : le nom glorieux que
l'on vous donne, le nom même du Christ dont vous êtes
(1) Ipsi blasphémant. « Ils blasphèment. » Beaucoup traduisent : Ils
font blasphémer. Ce qu'ils expliquent de cette manière : Il y a des chré-
ii. aa riches auxquels vous rendez des honneurs qu'ils ne méritent pas ;
chrétien* inta qui vous oppriment et vous traînent devant les
tribunaux, BOBt cause que les Gentils blasphèment le nom du Christ et
maudissenl la religion chrétienne, comme si elle autorisait leurs injus-
tices t-t leurs violences. — Mais ce sens est absolument contraire au
texte. Ipsi blasphémant, ocjto\ /ftseopiptetiaev, signifie qu'ils blasphèment
eux-mêmes, et non pas qu'ils font blasphémer les autres. — Saint Jacques
par.' ici deux classes de la société humaine prise en général :
hes et celle des pauvres ; et il blâme les chrétiens d'estimer
la première plus que la seconde, parce que ce sont les riches, soit Juifs
soit Gentils, qui les oppriment et les persécutent.
— 40 —
appelés chrétiens. On lit dans Jérémie (xiv, 9) : Nomen
tuum invocation est super nos: ne derelinquas nos. « Nous
sommes appelés de votre nom, le peuple du Seigneur :
ne nous abandonnez pas. »
Toutefois, si l'on a tort de préférer les riches aux pau-
vres, on ne doit pas les mépriser ou les haïr, mais les
aimer comme son prochain. C'est pourquoi l'Apôtre a
soin d'ajouter :
8. Si tamen legem perficitis regalem secundum Scrip-
turas : « Diliges proximum Inum sicut te ipsum », bene
facitis. Si cependant vous ne méprisez pas les pauvres,
et si vous traitez honorablement les riches pour accom-
plir la loi royale et le commandement de Dieu qui nous
ordonne d'aimer notre prochain comme nous-mêmes,
vous faites bien.
Legem. Cette loi est inscrite dans le Lévitique : Tu
aimeras ton ami comme toi-même : c'est moi le Seigneur
qui l'ordonne. Diliges amicum tuum sicut te ipsum : ego
Dominas. (Lev., xix, 18.) Notre-Seigneur Jésus-Christ a
renouvelé cette loi en l'étendant à tous les hommes. Car
au lieu qu'il avait été dit aux Israélites : Vous aimerez
votre ami comme vous-mêmes, Jésus-Christ dit : Vous
aimerez votre prochain comme vous-mêmes. Et par ce
mot « prochain », il déclare qu'il entend tous les hommes,
même nos ennemis.
Legem regalem. L'Apôtre appelle cette loi une loi royale,
premièrement par ce qu'elle a été proclamée par le Roi
des cieux et de la terre, parlant à Moïse et aux Hébreux :
secondement parce qu'elle a été de nouveau promulguée
par Jésus-Christ notre Roi, parlant aux foules en pré-
sence des Apôtres. On peut dire enfin que la loi de la
charité est une loi royale, parce que la charité est la
reine des vertus.
9. Si autem personas accipitis, peccalum operamini,
redarguti a lege quasi transgressores. « Mais si vous avez
égard à la condition des personnes, vous commettez un
péché, et vous êtes condamnés par la loi comme l'ayant
violée. » On lit en effet au livre du Lévitique : « Tu ne feras
— 41 — Jac, il.
rien contre l'équité et tu ne jugeras pas injustement.
Ne considère pas la personne du pauvre et n'honore pas
la face du puissant. Juge ton prochain justement. »
(Lev., xix, 15.) Le même commandement est répété au
Deutéronome : « Il n'y aura point de différence entre les
personnes, tu écouteras le petit comme le grand; et tu
ne feras point acception de personnes; car c'est le juge-
ment de Dieu que tu exerces. » (Deuter., i, 17.) Bien que
cet ordre s'adresse aux magistrats et aux juges du peuple,
saint Jacques a raison de l'appliquer à tous les fidèles;
car ils ne peuvent faire eux-mêmes justement ce qui est
défendu aux juges comme une chose coupable.
10. Quicumque aatem totamlegem servaverit, offendat
autem in itno, factus est omnium rens. « Or, quiconque
observe toute la loi, mais la viole en un seul point, se
rend coupable envers tous les autres préceptes. » En
effet, lorsqu'il viole un commandement, il méprise la
même autorité qui a porté les autres. Celui donc qui
viole un précepte les ébranle tous. C'est la raison que
saint Jacques donne aussitôt.
11. Qui enim dixit : Non mœchaberis, dixit et : Non
occides. Quod si non mœchaberis, occides autem, factus
es transgressor legis. « Car celui qui a dit : Tu ne commet-
tras point d'adultère, a dit aussi : Tu ne tueras point. Si
donc vous tuez, vous êtes violateur de la loi », et quoique
vous ne commettiez point d'adultère, vous outragez celui
qui l'a portée. Saint Thomas explique bien cette doctrine :
Tous les commandements de la loi, dit-il, viennent d'un
seul et môme Seigneur. C'est donc le même Dieu qui
est méprisé dans tout péché; et sous ce rapport saint
Jacques a raison dédire que celui qui viole un précepte
fait injure à tous les autres préceptes (1).
En outre la loi forme un tout; si vous la violez en un
point, vous la déshonorez tout entière. La loi est un
manteau : vous l'endommagez tout entier, si vous en
Omnia legis mandata s,>nt ni, uno et eodem : et ideo idem Detts
mnitur in omni peccato ; ci ex hoc parte dicit (Apostolus) quod
qui offendit in uno, factus est omnium reus. (1« 2», q. lxxiii, a. 1.)
- 42 —
déchirez une partie. La loi est une chaîne d'or; vous la
brisez tout entière, si vous en rompez un anneau.
C'est pourquoi, selon saint Paul et selon Moïse, celui
qui n'accomplit pas tout ce qui est écrit dans la loi, est
maudit. (Deuter., xxvn, 26; et Gai., ni, 10.) Le mépris
d'un seul précepte emporte la condamnation, comme si
l'on avait transgressé tous les autres, quoique la peine
ne soit pas la môme. Tous les damnés sont maudits, et
ils le sont pour toujours, en souffrant toutefois des sup-
plices différents, selon le nombre et la gravité de leurs
crimes.
Au reste, par cette expression offendat in itno, saint
Jacques n'entend pas une faute légère, mais la violation
formelle d'un commandement grave. Il parle d'un péché
mortel, comme le prouvent les deux exemples qu'il cite.
12. Sic loquimini et sic facile sicut per lecjem libertatis
incipientes judicari (1). « Parlez et agissez comme devant
être jugés par la loi de liberté. » C'est la conclusion de
ce qui précède. Puisqu'il est défendu par la loi de faire
acception de personnes, respectez le pauvre autant que
le riche; et dans tout ce que vous dites, comme dans
tout ce que vous faites, ayez tonjours la loi sous les
yeux, sachant qu'elle vous jugera et que le temps de
votre jugement approche. Oh ! si, pénétrés de cette pensée,
nous nous disions : la parole que je vais prononcer, l'ac-
tion que je vais faire, sera jugée, et le Souverain Juge
se prépare à porter la sentence, oserions-nous pécher ?
Per lecjem libertatis. Ce n'est plus par la loi de Moïse
que vous serez jugés, mais par celle de l'Evangile, qui
est une loi de liberté. Elle est ainsi nommée, parce qu'elle
nous délivre de la servitude du péché et qu'elle nous
affranchit des prescriptions de la loi ancienne (2). Mais
(1) Incipientes judicari, p&Xovrsj xpiveoQat, est la même chose que
judicandi, devant être jugés. ^Iî>>m avec l'infinitif marque un futur
peu éloigné. Ex. q/teXàsv àito9vTfaxetv, incipiebat mori, il était sur le
point de mourir. (S. Toann.. iv. 47.)
(2) Il l'avait déjà dit plus haut (i, 25) : il le répète ici, afin d'inculquer
doucement aux Juifs que les rites de la loi mosaïque ne sont plus
obligatoires.
— 43 — Jac, h.
en même temps c'est une loi parfaite ; car elle exige la
pureté du cœur avec l'amour de Dieu et du prochain.
13. Judicium enim sine misericordia Mi qui non fecit
misericordiam. Supercxaltat aatem misericordia judi-
cium (1). « Car celui qui n'aura pas fait miséricorde sera
jugé sans miséricorde : mais la miséricorde l'emporte sur
la rigueur du jugement. » Saint Jacques personnifie la
Miséricorde et la Justice. Il dit que la première, luttant
contre la seconde, remporte la victoire. Autrement, la
Miséricorde (par exemple, l'aumône que l'homme pécheur
a faite au pauvre) plaide devant le tribunal de Dieu contre
la Justice, qui veut punir le coupable; mais c'est la Misé-
ricorde qui gagne sa cause et elle se glorifie contre la
Justice. y.y~v./.y.<j/y-y.>. eXeoç xploEuç, gloriatur misericordia
adversns judicium.
Au reste, en donnant la victoire à la miséricorde, Dieu
même observe la justice, remarque saint Augustin.
« Voyez si Dieu n'est pas juste quand il dit : Pardonnez
et je pardonne, donnez et je donne ? Est-ce qu'il n'est
pas juste quand il dit : Vous serez mesurés avec la même
mesure avec laquelle vous aurez mesuré les autres? »
{In Ps. cxliii, n. 8.)
Cette belle pensée de l'Apôtre sur la justice et la misé-
ricorde est une heureuse transition qui amène la doctrine
touchant la nécessité des bonnes œuvres. C'est le sujet
principal de cette Epître,
1 1 . Qiu'd proderit, fratres ?nei, si fidem quis dicat se
habere, opéra au te m non habeat? Numquid poterit fides
salvare etan? « Mes frères, que servira-t-il à un homme
de dire qu'il possède la foi, s'il n'a point les œuvres? Est-
ce que La foi seule pourra le sauver? » Non, car il pêche
contre sa foi même, qui ne lui commande pas seulement
de croire la vérité, mais encore de faire le bien. Il n'a été
il misericordia judicium ; c'est-à-dire exaltât se
"fliri},,,). Quelques-uns proposent de lire : super-
êecultoU nliu judidum ; c'est-à-dire exultai misericordia
■ judicium.
— 44 —
justilié par le baptême qu'après avoir promis d'accomplir
les œuvres que prescrit l'Evangile (1).
Tout ce passage (14-2C) réfute clairement l'hérésie de
Luther, qui prétendait que la foi sauve sans les œuvres.
Comme il se voyait condamné par cette lettre apostolique,
il prit le parti de la rejeter, malgré la tradition. Il donnait
pour raison que c'était une épître de paille, indigne d'un
Apôtre. Le goût même abandonnait l'hérétique : il ne
voyait pas que cette Epître est d'un bon style, qu'elle
réunit la solidité des pensées à la brièveté, à la lucidité,
à la vivacité de l'expression. Un esprit judicieux recon-
naîtra que le choix des mots, l'art de les placer et la
variété des tours, jointe à une simplicité élégante, font de
cette pièce une œuvre littéraire qui n'est pas à dédaigner.
Mais c'est en vain que Luther la rejette : il y a bien
d'autres passages dans l'Ecriture où son hérésie est
condamnée. Un seul mot de l'Evangile suffit pour le con-
fondre. Lorsque Jésus-Christ jugera les hommes, contre
qui prononcera-t-il ces foudroyantes paroles : Allez,
maudits, au feu éternel ? Est-ce contre les incrédules ?
Sans doute ceux qui ne croiront pas seront condamnés ;
mais ce n'est pas leur nom que le Juge a inscrit dans la
sentence. Il y nomme ceux qui n'ont pas fait des œuvres
de miséricorde. « J'ai eu faim, leur dira-t-il, et vous ne
m'avez pas donné à manger. Allez au feu éternel. »
Le figuier qui n'avait que des feuilles fut maudit du
Seigneur : de même la foi qui ne produit pas les œuvres
ne sauvera pas de la condamnation. Vous avez lu dans
l'Evangile : « Celui qui croira sera sauvé. » Cependant,
ne dites pas : Je crois, donc je serai sauvé. Car la vraie
foi est celle qui confirme sa parole par ses œuvres. Ainsi
parle saint Grégoire le Grand (2).
Au reste, Luther n'avait point inventé sa fameuse
doctrine. Le salut obtenu par la foi seule sans les bonnes
(1) Voyez plus haut, en. i, v. 22.
(2) Fortasse unnsquisque apnd semet ipsum dicat : Eyo credidi,
salvus ero. Verum dicit, si fidern operibus tenet. Vera etenim fides
est quw in hocquod verbis dicit, moribits non contradicit. (Brev. Rom.)
— 4") — Jac, il.
œuvres, et même malgré les œuvres mauvaises, était
une erreur professée par les rabbins juifs, au temps de
saint Justin. Ils disaient que, lors même qu'ils seraient
pécheurs, leur péché ne leur serait pas imputé, s'ils
reconnaissaient le vrai Dieu (1).
Simon le magicien enseignait la même hérésie. Aussi
la voyons-nous combattue par les Apôtres saint Pierre,
saint Jacques, saint Jean, saint Paul (2).
15, 16. Si autan f rater et soror nudi sint, et indigeant
victu quolidiano, dicat autem aliquis ex vobis Mis : Ite in
pace (3), calefacimini et saturamini ; non dederitis autem
eis qiœ necessaria sunt corpori, quid proderit ? Si un
frère ou une sœur n'ont point de quoi se vêtir, et man-
quent de ce qui leur est nécessaire chaque jour pour vivre ;
et si quelqu'un d'entre vous leur dit : « Allez en paix,
réchaulfez-vous, rassasiez-vous, je vous souhaite de quoi
vous vêtir et de quoi manger », sans leur donner ce qui
est nécessaire à leur corps, à quoi leur serviront ces
paroles ?
Il y avait dans les anciennes Ecritures de fort belles
maximes sur l'aumône. Tobie disait à son fils : L'aumône
délivre de tout péché et de la mort (iv, 11). Et Daniel
disait au roi Xabuchodonosor : « Rachetez vos péchés
par des aumônes, et vos iniquités par la miséricorde
envers les pauvres. » (Dan., iv, 24.) Mais saint Jacques^
au lieu de formuler un conseil ou de citer un précepte,
nous montre dans une vive peinture la nécessité de faire
L'aumône. Il met en présence d'un homme riche un chré-
tien et une chrétienne qui implorent sa charité. Ils ont
froid, ils ont faim, ils n'ont ni vêtements ni nourriture ;
et l'homme riche ferme son cœur à la pitié ; il congédie
(1) Ai'/îLcîfv iz\ /y y ZflXpTOÙoi o>-t, Qsb'J cTî yjv^î/.îLiîiv, Oj ;j./, \oylTffta.l
roU ifiotprixv. (Dial. cum Tryph,, n. 111.)
rnntli'm opéra ejus. (Rom., ii, 6.) — Magie
opéra certain vestram vocationem et electionem
itiê. (II Petr., i, 1').) — Non diligamus verbo, sed opère et veritate.
(I Joann., m, v
. allez en paix, cola ?eul dire en style oriental : Je vous
souhaite tout ce que vous pouvez désirer.
— 46 —
les deux infortunés sans leur rien donner que ces paroles :
Allez en paix; réchauffez-vous, rassasiez-vous. Peut-on
rien concevoir qui soit plus inhumain qu'une telle avarice?
Que Luther dispute tant qu'il voudra sur cette Epitre.
Lors même qu'elle ne serait pas canonique, elle réfute
victorieusement son hérésie par le tableau qu'elle nous
présente. Celui qui refuse l'aumône à son frère dans l'in-
digence n'est pas un chrétien ; à peine est-il un homme.
Le royaume des cieux n'est point pour cet avare sans
entrailles. Le salut est donc impossible avec la foi stérile
et sans les bonnes œuvres. Aussi l'Apôtre ajoute-t-il :
17. Sic et fides, si non habeat opéra, mortua est in semet
ipsa. « Ainsi en est-il de la foi : celle qui n'a point les
œuvres est morte en elle-même. » Comme vos souhaits
ne servent de rien aux malheureux que vous n'assistez
pas, de même votre foi vous est inutile, si vous ne faites
pas ce qu'elle ordonne.
Mortua est. Un cadavre présente l'apparence d'un
homme ; il en a tous les membres et tous les traits exté-
rieurs, c'est un corps, mais inanimé : ce n'est pas un
homme vivant. De même une foi qui n'agit pas, étant
privée de la charité qui est son âme, n'est pas une foi
\i vante.
Mortua est in semet ipsa, xa.6 ' bowt^v, secundum se ipsam.
Cette expression a le sens restrictif : elle veut dire que la
foi est morte, considérée en elle-même et lorsqu'elle est
seule. C'est comme s'il y avait : xce6 ' ïolox^v pévtp, secundum
se ipsam solam.
18. Sed dicet quis : Tu âdem habes, et ego opéra habeo :
ostende mihi fidem tuarn sine operibus; et ego ostendam
tibi ex operibus fidem meam. Mais en outre, un vrai chré-
tien pourra dire à cet homme : Vous prétendez avoir la
foi; et moi j'ai les œuvres. Montrez-moi donc votre foi
qui est sans œuvres et prouvez-moi que vous l'avez. Il
vous sera difficile de me convaincre : tandis que moi je
vous montrerai ma foi par mes œuvres, et vous n'en
pourrez pas douter. Car les actions sont des preuves, et
les paroles ne sont que des paroles.
— 47 — Jac, ii.
19. Tu credis quoniam wius est Deus ; bene facis. El
dœmones credunt et coiitremiscunt. Enfin vous croyez
qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et vous ne partagez pas l'er-
reur des nations qui en adorent une multitude. Vous faites
bien. L'existence de Dieu et l'unité de Dieu sont deux
vérités que la foi et la raison vous enseignent. Mais ce
n'est pas assez de croire ; les dénions croient aussi bien
que vous, et ils tremblent.
Pouvait-on montrer d'une manière plus frappante l'inu-
tilité de la foi sans les œuvres ? La foi qui n'agit point ne
vous sauvera pas plus que celle des démons ne les délivre
du supplice. Le Luthérien dit : Je crois que Jésus-Christ
est le Fils de Dieu ; cela suffit à mon salut. Saint Augustin
lui déclare qu'il se trompe. Les démons, lui dit-il, ont
prononcé comme toi cette parole, et ils ont entendu le
Christ leur répondre : Taisez-vous, obmulescite. (S. Aug.
Serm. lui, n. 11 ; 158, n. 6.)
Au reste la foi des démons n'est pas une foi surnatu-
relle : c'est une croyance produite en eux par la force de
l'évidence. Ils croient à Dieu qui les frappe. Ils croient
aux feux de l'enfer, où ils brûlent. Ils croient à la résur-
rection de Jésus-Christ, parce qu'ils le voient ressuscité.
(redimusnos Christian resurrexisse a mortuis. Numquid
hoc dœmones nescierunt, aut ista non crediderwit, quœ et
viderunt? (S. Aug. Serm. ccxxxiv, n. 3.) Les démons sont
forcés de croire, et nous croyons par une volonté libre.
Restait une objection à résoudre. Il est dit dans la
Genèse (et saint Paul l'a répété après Moïse) qu'Abraham
fut justifié par sa foi. Saint Jacques s'empare de ce texte
même et le retourne contre ses adversaires.
20. 21. Vis autem si ire, o homo inanis, quoniam fides
si/ te operibus mortua est ? A braltam pater noster nonne ex
operibus justificatus est, offerens Isaac filium suum super
altare? << Voulez-vous savoir, ô homme vain, que la foi
sans les œuvres est morte? Abraham notre père et celui
de tous les croyants, ne fut-il pas justifié par les œuvres,
lorsqu'il oifrit son fils Isaac sur l'autel ? »
Saint Jacques ne pouvait pas réfuter ses adversaires
— 48 -
par un exemple plus concluant que celui qu'ils invo-
quaient eux-mêmes. Car s'il y eut jamais une action hé-
roïque, inspirée et produite par la foi, c'est bien celle
d'Abraham immolant son fils pour obéir à Dieu.
Homo inanis, avOpwire >cevi. Homme dont la foi est vaine,
homme vide de bonnes œuvres, comme de bon sens !
Abraham pater noster. Abraham notre père. Saint
Jacques, constitué évêque de Jérusalem, est attentif à
montrer qu'il s'adresse spécialement aux Juifs qui, bien
que répandus dans les provinces, font pour ainsi dire
partie de son diocèse.
Ex operibas justificatus est. Abraham fut alors justifié,
non en passant du péché à la grâce, qu'il possédait déjà,
mais en croissant dans la justice, selon cette parole de
saint Jean : « Que celui qui est juste, devienne plus juste
encore. » Quijustiisest justificetur adhuc. (Apoc, xxn,ll.)
Offerens Isaac filiiim suum super altare. Abraham offrit
à Dieu son fils sur l'autel ; il le lia lui-même, et le plaça
sur le bois qui devait le consumer. Si donc la victime
ne fut pas immolée, l'oblation, qui est la première partie
du sacrifice, fut non seulement préparée, mais accomplie
et parfaite (1).
22. Vides quoniam fides cooperabatar operibus illius,
et ex operibus fides consummata est. Vous voyez que la
foi d'Abraham n'était pas oisive, mais qu'elle coopérait
à ses œuvres. Elle les inspirait, les dirigeait et les accom-
plissait. En retour, la foi du saint Patriarche fut affermie
elle-même par les œuvres, et elle reçut des œuvres son
intégrité et sa perfection : Consummata est.
23. Et suppleta est Scriptura dicens : Credidit Abraham
Deo ; et reputatum est illi ad justitiam ; et amicus Dei
appellatus est. « Ainsi fut accomplie cette parole de l'Ecri-
ture : Abraham crut à ce que Dieu lui avait dit ; et sa
foi lui fut imputée à justice ; et il fut appelé ami de Dieu. »
(1) Offerens, en grec «vevsyxas, quum obtulisset, ou oblato filio. Le
participe offerens n'est pas une faute chez le traducteur. Car, en latin,
le participe présent actif sert aussi pour le passé, en sorte que offerens
peut signifier qui offert, ou offerebat, ou obtulit.
— 49 — Jac, n.
Credidit Abraham Deo. Cette parole se lit dans la
Genèse, au chapitre xv, lorsque Dieu promit à Abraham
une postérité aussi nombreuse que les étoiles du firma-
ment (1). L'histoire sacrée ajoute : Abraham crut à la
parole de Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice. Saint
Paul argumentait d'après ce texte pour établir que c'est
la foi qui justifie, et non les œuvres destituées de la foi ;
car, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu.
(Rom., m, 28; Hebr., xi, 5.) Saint Jacques à son tour
prend le même texte et montre que la foi qui plaît à Dieu
doit être agissante. Car celle d'Abraham lui fit immoler
son fils Isaac pour obéir à Dieu ; et s'il n'eût pas fait
l'œuvre que Dieu lui commandait, il n'eût pas été juste.
L'opposition entre les deux écrivains sacrés n'est donc
qu'apparente ; ils s'expliquent l'un par l'autre, comme le
remarque saint Augustin qui a discuté leurs textes. Le
premier, dit-il, parle des œuvres qui précèdent la foi :
elles ne justifient pas. Le second parle des œuvres
qui suivent la foi : elles lui donnent son complément
nécessaire (2).
D'ailleurs, selon la remarque du vénérable Bède, les
deux Apôtres savaient fort bien qu'Abraham était parfait
dans la foi et dans les œuvres. Mais chacun d'eux loue
dans le saint Patriarche la vertu qu'il veut enseigner à
ses auditeurs. Saint Jacques loue les œuvres d'Abraham,
parce qu'il s'adresse à des chrétiens qui se contentaient
de croire et négligeaient les œuvres de justice. Saint Paul,
au contraire, exalte la foi d'Abraham devant des Juifs
qui s'enorgueillissaient des œuvres qu'ils avaient faites
sans la foi en Jésus-Christ.
Saint Jacques fait lui-même clairement entendre cette
doctrine lorsqu'il dit : Supplcta est Scriptura dice?is :
(1) Abraham avait cent ans, et Sara, jusque-là stérile, en avait
quatre-vingt-dix, lorsqu'elle enfanta Isaac. (Gea., xvn, 17.)
Non gunt contrariœ duorutn Apostolorum sentent iœ, Pauli et
./,/ obi, quum dicit untu just ificari liuminem per /idem sine operibits,
et alius dicit inanem esse fidem sine operibus : quia ille dicit de ope-
ribus quœ fidem prœcedunt, iste de Us quœ fidem sequuntur. (S. Au g.,
de Divers. Qusest. 83.)
ÉPITRB DE s. JACQUM 1
— 50 —
Credidit Abraham Deo, et reputatam estilli ad justitiam.
Le sacrifice d'Abraham a complété et justifié cette parole
de l'Ecriture : Abraham crut à la promesse de Dieu, et
sa foi lui fut imputée à justice. Car la foi que possédait
dans son cœur le saint Patriarche n'était pas inerte, mais
vivante et agissante, comme il le montra bien dans la
suite. C'était dès lors une foi capable de lui faire accom-
plir généreusement tout ce que Dieu lui commanderait (1).
Et amims Dei appellatus est. Et il mérita d'être appelé
l'ami de Dieu. C'est un glorieux titre qui lui est donné
dans plusieurs endroits de l'Ecriture. Ainsi on lit dans
Judith : Pater noster Abraham... per militas tribulationes
probatus, Dei amicus effectus est. (Judith, vin, 22.) Et
dans Isaïe : Et tu Israël, serve meus Jacob, quem elegi,
semen Abraham amici mei. (Is., xli, 8. Voyez encore
II Parai., xx, 7 ; et Daniel, ni, 35.)
24. Videtis quoniam ex opérions justificatur homo, et
non ex fide tantum. C'est la conclusion doctrinale qui
ressort de l'exemple d'Abraham. « Vous voyez donc que
l'homme est justifié par les œuvres et non par la foi
seule. »
Tantum. Ce mot essentiel montre l'accord entre les
deux Apôtres. Ajouté ou retranché, ils se concilient ou
se contredisent (2).
Ex operibus justificatur homo. La justice que l'homme
a reçue par la foi et le baptême, se conserve et s'accroît
par les œuvres, comme l'enseigne le Concile de Trente
en citant ce texte même. (Conc. ïrid. Sess. VI, c. x.)
Ex operibus justificatur homo . Nous le répétons ,
l'homme est justifié par les œuvres ou accomplies ou
(1) Suppleta est Scriptura, èit^ptâdri -h ■/[-*?*). Cela veut dire que cette
parole de l'Ecriture, Credidit Abraham, a été montrée véritable quand
la foi du saint Patriarche a été manifestée par son admirable sacrifice.
(2) Saint Paul avait dit : Arbitramur enim justificari homïnem
per fidem, sine operibus legis. (Rom., m, 28.) Luther mit dans sa
version : Nous croyons que l'homme est justifié par la foi seule, sans
les œuvres de la loi. Comme cette addition sacrilège soulevait les récla-
mations des docteurs catholiques, le moine insolent répondit : « Les
papistes sont des Anes ; ce que j'ai ajouté restera. » Ainsi discutent
les hérétiques.
— 51 — Jac, il.
du moins voulues dans son cœur. Car la foi qui ne ren-
ferme pas la volonté de faire ce que Dieu commande, ne
justifie pas. Sine opérions vel reipsa, velin animi prœpa-
ratione factis, homo non justiftcatur. (Estius.)
Comme l'exemple héroïque d'Abraham paraît trop
élevé au-dessus de la vertu ordinaire, saint Jacques en
propose un autre. Est-ce que des chrétiens ne pourraient
pas imiter la générosité d'une femme infidèle et péche-
resse ?
2r>. Similiter et Rahab meretrix, nonne ex operibus
justificata est, snscipiens nuntios, et alia via ejiciens?
« Et Rahab, cette femme publique, ne fut-elle pas de même
justifiée par les œuvres, en recevant chez elle les mes-
sagers du peuple de Dieu, et les renvoyant par un autre
chemin ? »
On peut lire cette histoire intéressante dans le livre de
Josué. (C. ii.) Rahab, une prostituée qui habitait Jéricho,
reçut chez elle les émissaires envoyés pour reconnaître
la place ; elle les cacha dans sa maison lorsqu'on les
cherchait pour les faire mourir, et les sauva en les des-
cendant par sa fenêtre hors des murailles de la ville.
Meretrix. Quelques-uns ont voulu supposer que Rahab
était seulement une cabaretière. Mais le latin meretrix,
comme le grec wdpv7| et l'hébreu zânah, ne laisse aucun
doute sur le sens de ce mot. Josèphe dit que sa maison
était une petite hôtellerie ; mais Corneille La Pierre ajoute
qu'elle y vendait tain se quant sua. Rahab, qui était une
femme pécheresse, embrassa la religion du vrai Dieu ;
elle devint l'épouse de Saluion. la mère de Booz. l'aïeule
<l'< >bed, de Jessé et du roi David, d'où naquit le Messie.
Saint Paul a fait aussi l'éloge de Rahab, la courtisane,
qui mérita par sa foi de ne point périr avec les incrédules,
parce qu'elle reçut avec bonté et dévouement les envoyés
d'Israël. Fide liahab meretrix non periit citm incredulis,
excipiens exploralores cum pace. (Hebr., xi, 31.) Qu'elle
ait cru au vrai Dieu, cela n'est pas douteux puisqu'elle
dit aux messagers : « Le Seigneur votre Dieu est le Dieu
qui règne en haut dans le ciel, et ici-bas sur la terre. »
— 62 —
Mais la foi de cette femme ne fut pas timide : elle exposa
sa vie pour sauver celle des deux israélites.
Justificata est. Elle fut d'abord justifiée par la foi,
croyant au vrai Dieu et détestant ses péchés. Ensuite
cette première justice fut confirmée et augmentée par
ses œuvres.
26. Sicut enim corpus sine spiritn mortuum est, ita et
fides sine operibns mortua est. La foi sans les œuvres est
morte. Saint Jacques a prouvé cette proposition par des
raisonnements solides, et l'a confirmée en ajoutant les
deux exemples d'Abraham et de Rahab. Maintenant il
la reproduit comme conclusion de son discours, en l'é-
claircissant par une comparaison. « Comme le corps de
l'homme est mort, sans l'âme qui est son principe de vie
et d'action, de même la foi est morte, lorsqu'elle est sans
les œuvres. »
En effet, l'âme est la forme substantielle du corps,
disent les philosophes. De même la charité est la forme
de la foi, disent les théologiens. Si donc la foi est séparée
de la charité qui produit les œuvres saintes, elle ressem-
ble à un corps sans âme, elle est morte.
Qu'il n'en soit pas ainsi de la nôtre !
— 53 -
CHAPITRE TROISIÈME
Deux sujets semblent traités dans ce chapitre. Le premier est
une description brillante des maux que cause la langue (1-12).
Le second expose les caractères de la vraie sagesse (13-18).
Mais, au fond, il n'y a qu'un sujet. Saint Jacques s'adresse
à des Juifs convertis qui, se croyant très habiles dans les
Ecritures, ambitionnaient l'honneur de parler dans l'assemblée
des fidèles. Il les avertit qu'ils s'exposent à un jugement sévère.
Car rien n'e9t si difficile que de ne pas pécher quand on parle.
Il leur apprend ensuite quelle est la sagesse que doivent pos-
séder ceux qui veulent instruire les autres.
1 . yoliteplures magistrifîeri,
fratres mei, scientes quoniam
majuê jadicium sumitis.
'■I. I ii midtis enini offendinnis
ornnes. Si qnis in verbo non
ofjfetidit, hic perfeetus est rie:
potest etiam freno circionducere
totum corpus.
3. Si autem equis frena in
ora mittimus ad consentiendum
nohis, et omne corpuë illoram
circumferimtu :
•l. i Ecce et naveSf quum ma-
gnes tint, et a ventis validis
minentur, circumferuntur a
modieo (j}ibevnac\tlo ubi impetus
dirigentiê voluerit)
.>. //</ et lingua modicum gfttt-
d>-n, nu mbrum ett, < t magna
Utat. Ecce ij".il,t),<; ignis
1. Mes frères, ne soyez pas comme
plusieurs qui veulent devenir maîtres
de la doctrine, sachant que cet hon-
neur vous expose a un jugement
plus sévère.
2. Car nous faisons tous beaucoup
de fautes. Si quelqu'un ne pèche
point en parlant, c'est un homme
parlait, capable de diriger comme
par un frein tout son corps.
3. En effet, si nous mettons des
mors dans la bouche des chevaux
afin qu'ils nous obéissent, et si par
là nous faisons tourner tout leur
corps où nous voulons :
4. (Et les vaisseaux, tout grands
qu'ils sont, poussés même par des
vents impétueux, nous voyons qu'ils
Boni tournés de tous côtés avec un très
l"iit gouvernail, selon la volonté du
pilote qui les conduit)
5. De même, la langue n'est qu'un
petit membre du corps, et elle se
vante de faire de grandes choses.
— 54
Voyez comme une étincelle de feu
embrase une grande forêt.
G. La langue aussi est un feu qui
brûle. C'est un monde d'iniquité.
Elle n'est qu'un de nos membres et
elle infecte tout le corps ; elle en-
flamme tout le cercle de notre vie,
et elle est elle-même enflammée du
feu de l'enfer.
7. La nature humaine est capable
de dompter et elle a dompté en effet
toutes sortes d'animaux féroces, d'oi-
seaux, de serpents et d'autres bêtes ;
8. Mais nul homme ne peut domp-
ter la langue. C'est un mal inquiet,
elle est pleine d'un venin mortel.
9. Par elle nous bénissons Dieu
notre Père; et par elle nous mau-
dissons les hommes qui sont créés
à l'image de Dieu.
10. De la même bouche sort la
bénédiction et la malédiction. Il ne
faut pas, mes frères, qu'il en soit
ainsi.
11. Une fontaine jette-t-elle par
une même ouverture de l'eau douce
et de l'eau amère?
12. Mes frères, est-ce qu'un figuier
peut porter des raisins, ou une vigne
des figues ? De même une fontaine
d'eau salée ne fera pas jaillir de
l'eau douce.
13. Y a-t-il un homme sage et
instruit parmi vous ? Qu'il fasse
paraître ses œuvres dans la suite
d'une bonne vie, avec une sagesse
pleine de douceur.
14. Mais si vous avez un zèle amer
et si un esprit de contention est
dans vos cœurs, ne vous glorifiez
point d'être sages, et ne mentez
point contre la vérité.
15. Cette sagesse-là n'est point
celle qui vient d'en haut ; c'est une
sagesse terrestre, animale, diabo-
lique.
16. Car où se trouve la jalousie
et l'esprit de contention, il y a aussi
l'inconstance et toute sorte d'œuvres
mauvaises.
quam magnam sylvam incen-
dit !
6. Et lingua ignis est, uni-
rersitas iniquitatis . Lingua
constituitur in membris nos-
tris, quœ maculât totum corpus,
et inflammat rotam nativifatis
nostrœ, inflammat a a gehenna.
7. Omnis enim natura bes-
tiarum et volucrum et serpen-
tium, et cœterorum, domantur
et domita sunt a natura hu-
mana :
8. Linguam autem nullus
hominum domare potest ; in-
quietum malum, plena veneno
mort i fer o.
9. In ipsa benedicinvus Deum
et Patrem ; et in ipsa maledi-
cimus homines qui ad simili-
tudinem Dei facti sunt.
10. Ex ipso ore procedit bene-
dictio et maledictio. Non opor-
tet, fratres mei, hœc ita fieri.
11. Xumquid fons de eodem
foramine émanât dulcem et
amaram aquam ?
12. Numquid potest, fratres
mei, ficus uvas facere, aut vitis
ficus ? Sic neque salsa dulcem
potest facere aquam.
13. Quis sapiens et discipli-
natus inter vos ? Ostendat' ex
bona conversât ione operationem
suam in mansveU'dine sapien-
tiœ.
14. Quod si zelum amarum
habetis, et contentiones sint in
cordibus vestris, nolite gloriari,
et mendaces esse adversus veri-
tatem.
15. Non est enim ista sapien-
tia desursum descendens, sed
terrena, animalis, diabolica.
16. Ubi enim zelus et conten-
tio, ibi inconstantia et omne
opus pravum.
— 55
Jac, in.
17. Quœ autrui desursum est
sapientia, primUm quidem pu-
àica est, deinde pacifica, tno-
desta, sv.adibilis, bonis consen-
tiens, plena misericordia et
fructibus bonis, non judicans,
sine simulations.
18. Fructus antein justifia'
in pace scminatur facientibus
pacem.
17. Pour la sagesse qui vient d'en
haut, elle est d'abord chaste, ensuite
amie de la paix, modérée, docile,
approuvant le bien, pleine de misé-
ricorde et portant de bons fruits ;
elle ne juge point, elle n'est point
dissimulée.
18. Or les fruits de la justice sont
semés dans la paix par ceux qui
font des œuvres de paix.
COMMENTAIRE
1. Nolite plures magistri fieri, fratres mei (1), scientes
quoniam ma jus judicium sumitis. « Mes frères, n'imitez
pas l'ambition de plusieurs qui veulent devenir maîtres
de la doctrine, car sachez qu'en assumant cette charge
on s'expose à un jugement plus sévère. »
Au premier chapitre, saint Jacques avait dit : Que
tout homme soit lent à parler. Et un peu plus loin, il
ajoutait : Si quelqu'un se croit religieux et ne contient
pas sa langue, sa religion est vaine.
Maintenant, il va développer les malheurs qu'entraîne
l'intempérance de la langue, et il le fait dans le but de
réprimer la présomption de plusieurs qui voulaient par-
ler dans les assemblées chrétiennes sans en avoir reçu
la mission.
Car, parmi les Juifs devenus chrétiens, il s'en trouvait
qui avaient la prétention d'enseigner dans les assemblées
pour y montrer leur science des Ecritures. Mais s'ils
(1) Nolite plures magistri fieri. Littéralement : Prenez garde d'être
plusieurs a prétendre enseigner et a se donner comme maîtres de la
doctrine. Qu'on ne voie pas dans vos assemblées plusieurs docteurs se
disputer à qui prendra la parole, et soutenir leurs opinions les uns
eontN les autres. — Rien n'était plus ambitionné parafe! Les Juifs que
le titre de docteur de la Loi ou de ElabbL Notre - Seigneur reproche
aux Scribes et aux Pharisiens cet orgueil : Amant autem salatationes
înforoet vocariab hominibus Rabbi. (S. Mat th., txm, 7.) Voyeï plus
haut, i, 19,
— 56 —
avaient beaucoup étudié Moïse et les Prophètes, ils ne
connaissaient pas assez l'Evangile. De là naissaient des
contestations, des troubles dans les églises et des erreurs
dangereuses, comme on le vit à Antioche, en Galatie et
ailleurs. Saint Paul avait été souvent obligé de lutter
contre ces docteurs juifs, trop zélés pour l'ancienne reli-
gion, dont ils voulaient imposer les rites aux Gentils,
malgré la décision des Apôtres au Concile de Jérusalem.
Saint Jacques, avec une très grande prudence, attaque
le mal dans sa racine.
Scientes qaoniam majus judicium sumitis. Sachez
qu'en voulant parler dans rassemblée au lieu d'écouter,
vous encourez un jugement plus sévère. Il vous sera
demandé compte de ce que vous aurez enseigné, du motif
qui vous dirigeait, et de la manière dont vous avez parlé.
Sumitis. C'est un ministère redoutable que celui de la
parole. Au lieu de l'ambitionner et de le prendre vous-
mêmes, attendez que l'Eglise vous l'impose, et craignez
que Dieu ne vous dise : Pourquoi racontes-tu mes jus-
tices, et veux-tu annoncer mon testament avec les pa-
roles de ta bouche ? Quare tu enarras justifias meas, et
assumis testamentum meum per os tmtm? (Ps. xlix.)
Tu n'es pas de ceux à qui j'ai ordonné d'enseigner. Ecoute
au rang des disciples, au lieu de prétendre instruire les
autres.
C'est donc une charge périlleuse, dit l'Apôtre, que de
parler dans l'assemblée des fidèles; et la bénédiction de
Dieu manque, si l'on assume soi-même cette fonction,
sans en avoir été chargé par les chefs de l'Eglise. Alors
on trouble et on renverse, au lieu d'édifier : Turbavernnt
vos verbis, evertentes animas vestras, quibas non man-
davimus. (Act. Ap., xv.)
2. In mnltis enim offendimus omnes. Car il nous
échappe à tous beaucoup de fautes, puisqu'il est dit que
le juste tombe sept fois. (Prov., xxiv, 17.) Or, le péché
le plus facile à commettre est celui de la langue. Pour-
quoi donc nous arroger une fonction redoutable qui ne
nous a pas été imposée ?
— 57 — Jae., in.
In multis offendhnus omnes, -xollx 7rrafof«v owwivTeç, nous
péchons tous en beaucoup de manières. Le verbe offen-
dere (uxaiw) ne suppose pas une faute grave ; ce n'est pas
une chute, mais un simple achoppement. Il signifie
« broncher » par inadvertance ou imprudence, heurter
le pied contre un obstacle. Ce texte est un de ceux que
les théologiens invoquent pour prouver que le juste ne
peut pas éviter, dans toute sa vie, tous les péchés vé-
niels, sans une grâce spéciale de Dieu. C'est un point
défini par le Concile de Trente. Si quis hominem semel
justificatum dixeritposse in tota vita peccata omnia, etiam
venialia, vitare, ni si ex speciali Dei privilégie*, quemad-
modum de Beata Virgine tenet Ecclesia. anathema sit.
(Sess. VI, can. xxin.)
Sur celte doctrine, saint Augustin raisonne ainsi : Il y
a des fautes légères qu'il nous est impossible d'éviter \
on les appelle légères, mais leur multitude peut nous
conduire à la perdition. Les grains de froment sont légers;
cependant on en charge des vaisseaux, et si l'on en met
trop, les plus grands navires coulent au fond de la mer.
Puisque chaque jour nous péchons, faisons chaque jour
pénitence (1).
Si quis in verôo non ojfendit, hic perfectus est vir. Si
Ton ne parlait que lorsqu'il vaut mieux parler que se
taire, on éviterait bien des péchés. Celui qui parle sans
commettre aucune faute, peut être considéré comme un
homme parfait. Car il est difficile, quand on parle, de
n'être pas guidé par la vanité ou l'intérêt, et de ne pas
blesser la charité ou la vérité. Pour ne jamais pécher
par la langue, il faut être un homme prudent et maître
de toutes ses passions.
Potest etiam freno circumducere totum corpus. Si l'on
dirige bien sa langue, on peut aussi diriger, comme avec
(1) Sunt autetn peccata levia et mini'f<t, quœ devitari omnino non
possunt. Quœ (ji>i<lem videntur minora, sed midtitudine premunt.
■ acervtu frumenti minutissimis granis colligitxr, et tamen-
turindenaves : et xi amplius onerentnr,demerguntur.(S. Aug.
v ... CCLXXVIII, n. 12.)
- 98 —
un frein, tous les autres organes de son corps, ses mains,
ses pieds, ses oreilles, et tout l'ensemble de ses actions.
Car l'homme qui est maître de ce qu'il dit est aussi
maître de ce qu'il fait (1).
Comme cette maxime pouvait sembler exagérée, il la
prouve par une comparaison.
3. Si autem equis (2). Cette phrase est mal ponctuée
dans nos éditions latines. La période se résume ainsi :
Oomme nous conduisons les chevaux selon notre volonté
à l'aide d'un frein, et comme nous dirigeons de grands
vaisseaux avec un gouvernail, de même, au moyen de
notre langue, nous faisons les plus grandes choses.
Si autem equis frena in or a mittimus ad consenticndum
?ioùis, et omne corpus illorum circumferimus. « Si nous
mettons des mors dans la bouche des chevaux pour qu'ils
nous obéissent, et si nous faisons ainsi tourner tout leur
corps où nous voulons... »
Non seulement l'homme qui contient sa langue peut se
conduire lui-même avec sagesse, mais avec sa langue il
peut conduire les autres : comme on dirige par où l'on
veut, à l'aide d'un frein, les chevaux les plus ardents.
A. Ecce et naves, quum maqnœ sint, et a ventis validis
minentur, circumferuntur a modico gubernaculo ubi im-
petus dirigentis voluerit. « Les vaisseaux même, tout
grands qu'ils sont, et quoique poussés par des vents im-
pétueux, se laissent tourner de tous côtés avec un très
petit gouvernail, et ils obéissent à la volonté de celui qui
les conduit. » C'est comme s'il disait : Non seulement
le cheval, ce superbe animal, obéit à la main de l'homme
(1) Au fond, comme la bouche parle de l'abondance du cœur, il est
nécessaire de bien veiller sur son cœur pour savoir gouverner sa parole.
Le Prophète disait : « Je garderai mes voies, afin de ne point pécher
par ma langue. » Dixi : Custodiam vias meas, ut non délinquant in
lingua mea. (Ps. lxxxiii.)
(2) Si autem, d oi. C'est la leçon des meilleurs exemplaires (le Sinaï-
tique, celui d'Alexandrie, celui du Vatican). D'autres portent lok ou t&û,
ecce. Cette dernière leçon est venue de ce que l'on croyait la phrase
inachevée avec d oi. Les versets 3, 4 et 5 forment une seule période
commençant par si autem, et finissant par magna exaltât. Le verset 4
•est une parenthèse.
— 59 — Jac, m.
qui le dirige avec le frein ; mais de grands vaisseaux,
d'un poids énorme, poussés par la tempête, sont eux-
mêmes dirigés en tout sens par la simple barre d'un gou-
vernail que tient le pilote (1).
5. Ita etlinguamodicumquidemmembrum est, et magna
exaltât. « De même la langue n'est qu'un petit membre
du corps, et elle se vante de faire de grandes choses (2). »
La langue est puissante pour le bien et pour le mal.
Ce sont les maux causés par la langue que va montrer
saint Jacques, parce qu'il a pour but de réprimer la pré-
somption de ces vains docteurs qui voulaient faire parade
de leur science.
« Voyez, dit-il, comme une légère étincelle de feu est
capable d'incendier une grande forêt. » Ecce quantus ignis
quam magnam sylvam incendit! en grec, vjàixov Trup ^Âfcqv
uày,v KvcucTsi. Le premier f|X6toç signifie quam exiguus ou
quantulus, combien petit; et le second, quam magnus,
combien grand (3).
6. Et lingua ignis est. Et la langue aussi est un feu ;
elle allume des incendies qui consument les cités, qui
ravagent les provinces et les royaumes. C'est la langue
d'Arius, de Nestorius, de Photius qui embrasa l'Orient
et ensevelit l'Empire avec l'Eglise sous des ruines qui
fument encore. C'est la langue de Luther qui, à son tour,
incendia l'Occident (4).
(1) Quutn minentur, c'est-à-dire agantur. En grec, &aûv0/tevee, quum
pellantur.
(2 Magna exaltât, en grec, paysAavxtc, vnultum gloriatur.
Plusieurs alitions donnent ftfyov, au lieu de J)Mxov, et le sens est
alors : Ecce modicuê igniê quam magnam sylvam incendil ! Mais les
trois meilleur? manuscrits portent rjAfxr;, quantus ou quantulus. Ce der-
nier sens, quantulus, combien petit, est justifié par un passage de Lucien :
*i rttj.v.; iitofxivu;; quantiUai nos esse monstras ? (Hermot. 5.) —
Quantité a de même la signification de quantulus dans Plante : Homun-
euli quanti tunt eum recogito. (Capt. prol.) — Au lieu de quam ma-
'. plusieurs traduisent : Quam magnam materiem ; voyez
quel grand monceau de bois peut embraser une étincelle ! En etlét,
Caij a la double signification de sylva et de materies, bois de construc-
ti >n ou bois a brûler; mais le bon goût conservera sylvam.
(4) Arius in AUxandria una scintilla fuit, dit saint Jérôme, sed
quia non statim oppressa est, totum orbem ejus ftamma pupulata est.
— 60 —
Universitas iniqidtatis, en grec b %6a\to$ ttjç iSwcfeç, « la
langue, ce monde d'iniquités. » Tel est le sens de l'article
qui accompagne xocixoç. Comme l'univers renferme toutes
les choses visibles, de même la langue réunit en elle toutes
les espèces d'injustices. Car, dit l'Apôtre, elle est consti-
tuée parmi nos membres comme celui qui souille notre
corps de tous les péchés; semblable à une flamme im-
pure, elle le noircit de tous les vices. Lingua constituitur
in membris nostris qiiœ maculai tolum corpus.
En effet, il n'y a point de péché que n'engendre la lan-
gue. Elle commet les uns par elle-même, comme le blas-
phème, l'hérésie, le parjure, le mensonge, la médisance,
la calomnie, l'injure. Elle commande, conseille, provoque,
approuve les autres, comme le vol, la trahison, l'adultère
et l'homicide.
Et inflammat rotam nativitatis nostrœ, elle enflamme
le cercle de notre existence, cpX&ytfJôuffa tov Tpo/ov ttjç ysvsssojç.
C'est-à-dire qu'elle enflamme tout le cours de notre vie,
qui tourne et roule comme une roue depuis notre nais-
sance jusqu'à la mort (1). Elle brûle en nous tous les
germes des vertus, elle allume en notre cœur le feu de
toutes les passions.
Inflammata a gehenna, et elle est enflammée elle-même
par le feu de l'enfer. L'éloquence de ces hérétiques fou-
gueux, les discours ardents de ces athées, ennemis de
Jésus-Christ et de l'Eglise, à quoi saint Jacques les com-
pare-t-il? A des torrents de flammes qui s'échappent des
brasiers infernaux. Quand j'entends certains orateurs
modernes parler contre la religion chrétienne, je me fi-
gure un démon sorti de l'abîme et vomissant des tour-
billons de fumée empestée.
(In Epist. ad Gai., v, 8.) Ce que saint Jacques dit de la langue, nous
le disons de la presse qui n'est pas moins funeste.
(1) Le mot -/év-aii a le sens de /3t«s, vie, dans Judith : 7:«o«i t«s bpépotS
zrii yvsivsûs //.ou, omnes dies vitœ meœ. (xn, 18.) La vie humaine est
aussi comparée à une roue dans Anacréon :
T ' poyès oipij.XToç yy.p oïx
Currus enim velut rota vitœ dies currunt voluti. (Anacr. Od. iv.)
— 61 — Jac, m,
7 et 8. Omnis enim natura bestiarum et volucrum et ser-
pentium, et cxterorum domantur et domita sunt a na-
tura humana : Linguam autem nullus hominum domare
potest, inquietum malum,plena veneno mortifero. « La
nature humaine peut dompter, et elle a dompté, en effet,
toutes sortes d'animaux sauvages, d'oiseaux, de serpents
et d'autres bètes ; mais nul homme ne peut dompter la
langue. C'est un mal inquiet, plein d'un venin mortel. »
Bestiarum, (typfow. Ce terme désigne les bêtes féroces,
comme les lions, les ours, les panthères.
Câsterorum. Ce mot supposerait aÀÀ(ov dans le texte
original. Le grec porte aujourd'hui èvaAc'wv, marùwrwn,
c'est-à-dire belluarum marinarum, des monstres marins,
comme sont les requins et les baleines (1).
Linguam autem nullus hominum domare potest.M&'is
nul homme ne peut dompter la langue des méchants. Nul
homme n'empêchera les mensonges et les médisances.
Comment arrêter les paroles impies des libertins ? Qui
retiendra les murmures de la jalousie? Qui étouffera ces
bruits perfides qui circulent dans l'ombre, troublent les
villes et sèment les haines dans les familles ?
Mais loin de pouvoir contenir la langue des autres,
l'homme ne peut pas même dompter la sienne. Toutefois
saint Augustin remarque que l'Apôtre ne dit pas : nullus
domare potest, mais il dit : nullus hominum, nous faisant
entendre que ce que l'homme ne peut par lui-même, il le
peut avec la grâce de Dieu.
C'est principalement quand les adversités fondent sur
nous, qu'il est difficile de ne pas laisser échapper des
paroles d'impatience et des plaintes injustes. Aussi l'Es-
prit de Dieu, voulant faire l'éloge de Job, dit qu'au milieu
de tous ses maux, il ne pécha point par ses lèvres : In
omnibus hisnon peccavit Job labiis suis. (Job, i.)
Nous observerons donc nos voies à l'exemple du pro-
(1) Peut-être le traducteur latin avait-il mis cetorum, * des céta-
. et un copiste aura-t-il écrit ceterorum. Au témoignage d'Estius
et d'Erasme, il y avait, de leur temps, des manuscrits qui portaient en
effet cetorum. La vraie leçon demeure incertaine.
- 62 —
phète, « afin de ne point pécher par notre langue » ; et
nous prierons le Seigneur « de mettre une garde à notre
bouche et une porte à nos lèvres. » (Ps. xxxviii et cxlvi.
— Voir plus haut i, 26.)
Inquietum malum, àxaraffrotTew xaxov, la langue est un
mal qui ne peut demeurer en repos. Elle est toujours en
mouvement et toujours nuisible (1).
Plena veneno mortifero. Ils ont aiguisé leurs langues
comme des langues de serpents, dit le prophète David,
et le venin de l'aspic est sous leurs lèvres. Acuerunt lin-
cjaas suas sicut serpentis, et venenum aspidam sud labils
eorum. (Ps. cxxxix.) La langue de ces hommes est pleine
d'un venin qui donne la mort, venin de la corruption,
venin de la haine, venin de la révolte, venin de l'hérésie
et de l'incrédulité. La langue tue l'âme de celui qui parle
et de celui qui écoute. La langue est homicide et féconde
en meurtres. C'est par leurs langues que les Juifs ont
tué le Christ : exacuerunt ut gladium Unguas suas.
(Ps. lxiii.) Comment avez-vous tué le Christ? leur de-
mande saint Augustin. C'est par le glaive de votre
langue. Vous l'avez frappé du glaive quand vous avez
crié à Pilate : Cruciftge eum! Crucifiez-le ! (S. Aug. in
Ps. LXIII.)
9 et 10. In ipsa benedicimus Beum et Palrem ; et in
ipsa maledicimus hommes gui ad simili tudinem Dei facti
sunt. Ex ipso ore procedit benedictio et maledictio. « Par
la langue, nous bénissons Dieu notre Père ; et par elle
nous maudissons les hommes créés à l'image de Dieu.
De la même bouche sort la bénédiction et la malédiction. »
La langue est donc, par l'usage qu'on en fait, quelque
chose de contradictoire. Rien n'est meilleur, rien n'est
plus mauvais. Rien de meilleur, parce qu'elle loue Dieu ;
rien de plus mauvais, parce qu'elle blasphème son nom,
maudit les hommes faits à l'image de Dieu, les pervertit
et les précipite dans les feux éternels.
(1) Au lieu de dbexttéoTaTOv des éditions portent àystrÂff^ero», un mal
qu'on ne peut réprimer.
— 63 — Jac, ni.
Non oportet, fratres mei, hœc fieri. « Il ne faut pas qu'il
en soit ainsi, mes frères. » Notre langue nous a été donnée
pour glorifier notre Créateur. Disons donc avec David :
Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sera
toujours en ma bouche. Benedicam Dominum in omni
temporc, semper laits ejits in ore meo. (Ps. xxxin.)
11 et 12. Numqnid fons de eodem foramine émanât
dulcem et amaram aquam? Numqnid potest, fratres mei,
ficus uvas facere,ant vitis ficus ?« Une fontaine jette-t-elle
par une même ouverture de l'eau douce et de l'eau amère?
Mes frères, un figuier peut-il produire des raisins, et une
vigne des figues (1)? »
Cette riche accumulation de comparaisons gracieuses
persuade doucement aux fidèles l'importance de veiller
sur leur langue, afin qu'après l'avoir consacrée à la
louange de Dieu, ils ne la profanent pas en la faisant
servir à la médisance ou à l'envie. Qu'ils évitent même
toute parole bouffonne ou impertinente : aut stultiloquium,
aut scurrilitas, quœ ad rem non pertinet. (Eph., v, 4.)
1 •"». Quis sapiens et disciplinants inter vos? Ostendat ex
bona conversalione opérât ionem suam in mansuetitdine
sapientiœ ? « Y a-t-il un homme sage et instruit parmi
vous ? Qu'il fasse paraître ses œuvres dans l'ensemble
d'une bonne vie, en montrant une sagesse pleine de dou-
. ceur et de mansuétude. »
C'est la conclusion du discours qui précède ; et ce
verset se rattache au premier. Voici à peu près la suite
des idées. Plusieurs désirent montrer leur sagesse et leur
savoir: ils veulent parler en docteurs dans nos assem-
blées. Or cette fonction n'est pas sans danger. Celui qui
parle sera jugé sur ses paroles, et il est difficile de ne
pas pécher par la langue. Mais il y a une manière plus
sûre de montrer qu'on sait bien la religion, et qu'on
entend Les Ecritures : c'est de mener soi-même une vie
sainte, conforme aux principes de la vraie sagesse, en
(1) Au lieu de ficuê uvas y on lit eu grec cj/.ï ftam», ficus olivas.
\ importance.
— 64 —
■étant modeste et plein d'une douceur indulgente pour les
autres.
Saint Jacques va ensuite tracer les caractères de la
vraie et de la fausse sagesse pour qu'on puisse les dis-
cerner l'une de l'autre.
Mais d'abord reprenons ce verset.
Quis sapiens ? tc'ç cocpôç ; le mot sapiens, croçfeç, désigne un
homme sage ; et discipli?iatus, ImoTjrçfjuav, est un savant.
L'homme sage est celui qui non seulement connaît les
hauts mystères de la religion, mais en contemple les
causes, les conséquences et les rapports, par la sublimité
de son génie et surtout par les lumières que Dieu lui
communique. Il dit humblement comme le prophète :
Seigneur, ôtez le voile qui est sur mes yeux, et je consi-
dérerai les merveilles qui sont dans votre loi : Révéla ocu-
los meos, et considerabo mirabilia de lege tua (Ps. cxviii);
et le Saint-Esprit l'illumine. Tels étaient saint Paul,
saint Jean, saint Augustin, saint Bernard. Ils voyaient la
vérité céleste que Dieu faisait briller à leur intelligence,
ils l'admiraient, ils l'aimaient.
L'homme savant, instruit, est celui qui, par son travail,
son intelligence et les leçons de maîtres habiles, connaît
les choses qui concernent la religion : c'est l'homme versé
dans la philosophie, la théologie, les saintes Ecritures ;
c'est l'homme qui a beaucoup lu, beaucoup retenu et bien
compris. L'étude peut faire les savants et les érudits,
Dieu seul fait les sages (1).
Ostendat ex bona convier satione operationem suam.
Que celui qui veut être estimé sage et regardé comme
vraiment instruit fasse connaître ses œuvres par sa bonne
conduite. Car la vraie sagesse ne s'arrête pas à la connais-
sance du bien, elle le met en pratique. Elle loue Dieu,
(1) Sapientia est rerum ad religionem pertinentium per causas
superiores notitia ; scientia vero earumdem rerum notitia per ea
quœ sunt humanœ scientiœ vel experientiœ. (Estius.) — Saint Paul
a aussi distingué les dons de la sagesse et de la science, dans sa
première Epître aux Corinthiens : Alii quidem per Spiritum datur
*ermo sapientiœ ; alii autem sermo scientiœ secundum eumdem Spi-
ritum. (I Cor., xii, 8.)
— 65 — Jac, ni.
elle l'aime, elle lui obéit, elle s'efforce de propager son
règne par ses paroles et par ses exemples.
In mansuetudine sapientiœ. La sagesse mondaine s'ir-
rite lorsqu'on la contredit. Mais celle qui vient de Dieu
est pleine de douceur, elle ne s'emporte point en injures
contre ses adversaires, et tout en maintenant dans sa
pureté la doctrine évangélique, elle n'imite point la vio-
lence de ceux qui l'attaquent.
Faire le bien que l'on peut en conservant la douceur
dans son âme, c'est donner la preuve d'une grande sa-
gesse, dit le vénérable Bède.
Operationem suam. « Qu'il montre ses œuvres. » L'er-
reur qui fait consister la justice dans la foi seule est de
nouveau réprouvée par ce mot important.
I 1. Quod si zelum amarum habetis, et contentiones suit
in cordibus vestiis, nolite gloriari et mendaces esse ad-
versus ver i toi cm.
Voici un premier trait auquel on reconnaît la fausse
sagesse : « Si vous avez un zèle amer, dit-il. et si un
esprit de contention règne dans vos cœurs, ne vous glo-
rifiez point d'être sages; car vous mentiriez contre la
vérité. » Rien n'est meilleur que le zèle; mais le zèle
amer est inspiré par l'orgueil* et non par l'amour delà
religion. C'est une chose louable, nécessaire même, de
lutter avec courage pour défendre la foi contre les nova-
teurs et la piété contre les scandales, comme ont fait tous
les saints docteurs. Mais l'esprit de contention combat
avec une ardeur insolente et opiniâtre, pour faire triom-
pher ses idées propres et non la vérité enseignée par
L'Eglise.
Tel est le premier sens du mot zelus amants. Mais il y
eu a un second qui n'est pas moins littéral : c'est « une
envie a mère. » Oh! qui bannira ce fléau de l'Eglise?
L'envie se cache au fond même des cœurs vertueux, elle
y lait germer l'ambition, la médisance, le murmure, et
quelquefois la haine. Heureuses les sociétés de fidèles
où tous s'aiment comme des frères, et où le bonheur de
l'un fait la joie des autres !
i in lu: DB s. JAGQUBfl 5
— 66 —
Nolite gloriari et mendaces esse adversas veritatem.
« Ne vous glorifiez point contre la vérité et ne mentez
point contre elle. » C'est l'odieux caractère des hérétiques
et des sophistes. Ils s'entêtent de leurs fausses doctrines,
ils les défendent avec acharnement par tous les moyens.
Ils ne craignent pas même d'avoir recours à la fraude et
au mensonge pour vaincre leurs adversaires. Ce scandale
a souvent affligé l'Eglise. Qui ne connaît les scélératesses
des évêques ennemis de saint Athanase et de saint Jean
Chrysostome ? Pour nous catholiques, nous ne cherche-
rons point à faire triompher nos propres opinions, mais
la croyance de l'Eglise ; et nous défendrons la vérité elle-
même comme elle veut l'être, par des armes loyales.
15. Non est enim ista sapientia desursum descendais,
sed terrena, animalis, diabolica. La sagesse dont vous
vous glorifieriez en outrageant ceux qui vous combattent,
n'est point la sagesse qui vient d'en haut; l'Esprit-Saint
n'en est point l'auteur. C'est là une sagesse terrestre et
mondaine, une sagesse qui suit les fausses lueurs de la
raison et non les enseignements de la foi ; enfin c'est une
sagesse diabolique.
Terrena, emftioç. Cette sagesse est terrestre : elle se
borne aux choses de la vie présente; elle sert la triple
concupiscence de l'avarice, du plaisir et de la gloire mon-
daine. Elle dit : Mangeons et buvons ; car nous mourrons
demain. Comedamus et bibamus, cras enim moriemar.
(Is., xxii, 13.)
Animalis. Cet adjectif vient de anima, comme tyvy}xi\
vient de $v/;\, âme (1). Ce mot désigne une sagesse pure-
ment humaine, empruntée aux seules facultés naturelles
de l'âme. Elle ne prend pour guide que les sens et la
raison de l'homme. L'épithète animalis, tyuyiyxri, est l'op-
posé de spi?ilaalis, t^^j^t^. La sagesse spirituelle est
celle d'une intelligence éclairée parles lumières du Saint-
Esprit. Elle s'appuie sur la révélation divine, et se laisse
diriger par l'autorité infaillible de l'Eglise.
(1) Notandam autem qaod animalis homo, s ive animalis sapientia,
non ab animali sed ab anima derivatur. (Bède.)
— 67 — Jac, ni.
Il y a dans le monde une sagesse sensuelle, charnelle,
qui borne toutes ses connaissances aux choses qu'elle
perçoit par les sens. Telle est la philosophie du grossier
matérialiste, qui ne comprend et n'admet que ce qu'il
sent, ce qu'il touche, ce qu'il voit. Saint Augustin dépeint
cette sagesse en un mot : In homme carnali, dit-il, tota
régula intelligendi est consuetudo ccrnendî. (Serm. eu
de Tempore.)
Cette honteuse philosophie n'est pas la seule que rejette
l'Apôtre ; il réprouve encore la sagesse superbe qui s'en
ferme dans la raison humaine en laissant de coté la pa-
role de Dieu. Plusieurs vantent ceux de nos philosophes
modernes qui, sans être chrétiens, se déclarent spiri-
tualistes. Ces spiritualistes, qui s'élèvent au-dessus de la
vile matière, reconnaissent un Etre suprême et croient
que lame ne périt point avec le corps ; mais ils ne veu-
lent pas admettre que Dieu soit descendu des cieux et
qu'il ait parlé aux hommes ; ils rejettent la révélation.
Ces philosophes sont condamnés par saint Jacques, et
leur sagesse est réprouvée sous le nom de sopientia ani-
m&lis, sapai 'l/'j/'.xv,.
Elle est aussi condamnée par saint Paul, lorsqu'il dit
que « l'homme animal (i/u/'.xoç svQpfpicoç) ne comprend pas
les choses de Dieu. » (I Cor., n, 14.) Et l'apôtre saint
.lude, le frère de saint Jacques, la proscrit de même. On
voit, dit-il. apparaître des hommes qui marchent selon
leurs désirs, des hommes qui n'ont point l'esprit de Dieu,
111,1 is suivent une raison obscurcie et dominée par les sens.
11 l.-s u, .m me '^y/y/jy^, animales oupsychites. (S. Jud.,19.)
Ainsi la vaine philosophie des rationalistes modernes
a été réfutée d'avance et flétrie par les Apôtres.
En lin saint Jacques prononce contre cette orgueilleuse
sagesse on mot énergique. C'est, dit-il, une sagesse diabo-
lique : Sopientia diabolica, rapfa fatpovtw&riç. Entendez-
vous, Rousseau, Cousin? votre philosophie, séparée
du christianisme, est une philosophie de démons. Vous
croyez la tirer de votre raison pure : elle vous est
inspirée par Satan.
— 68 —
On reconnaît bien d'ailleurs l'origine de cette philoso-
phie aux blasphèmes qu'elle prononce et aux ténèbres
dont elle s'enveloppe.
Depuis que le Christ est descendu des cieux pour ins-
truire les hommes, tout homme qui ne veut pas écouter
sa parole est un révolté comme le diable, et mérite son
supplice.
Saint Jacques avait blâmé l'envie amère et l'esprit
de contention : il en montre maintenant les funestes
effets,
16. Ubi enim zeluset contentio, ibi inconstantia etomne
opus pravam. « Car où se trouve la jalousie et la conten-
tion, là se rencontre aussi le trouble et toute sorte d'œu-
vres mauvaises. »
Zelus. Le mot zelus, sans épithète, se prend dans le
mauvais sens, et marque cette irritation qu'excite, dans
un esprit jaloux, la gloire ou la prospérité d'aulrui.
Contentio, ipteh., désigne bien les querelles et les ani-
mosités auxquelles s'abandonnent entre eux les sophistes
d'opinions contraires (1).
Ibi inconstantia, àxaTar>Tacia(2). « Là se trouve le désordre
et l'inconstance. » Comme ces disputeurs ne sont pas ap-
puyés sur des principes certains et immuables, ils modi-
fient leur doctrine pour le besoin de la lutte. C'est pourquoi
le protestantisme a tant varié depuis son origine, et change
encore tous les jours. Il en était de même au temps des
Ariens : leurs symboles de foi, dit saint Hilaire, chan-
geaient tous les ans et tous les mois \ Animas atque mens-
(1) Ce tenue marque ici principalement les disputes Apres des Judéo-
Chrétiens en faveur des observances mosaïques. Leur haine était poussée
si loin contre saint Paul que ces docteurs envieux allaient jusqu'à prê-
cher l'Evangile, non par piété, mais par rivalité; en faisant avec ardeur
cette œuvre sainte, ils se proposaient surtout de molester l'Apôtre charge
de chaînes dans sa prison. Quidam autem ex contentione, ï\ èpi6sczçr
Christum annuntiant, non sincère, existirnantes pressuram se susci-
tare vinculis meis. (Philipp., i, 7.)
(2) Inconstantia, y/.xzxa-ia^ic/.. La Vulgate rend le mot â.Kurxaroi.tsiu par
seditio dans la deuxième Epître aux Corinthiens (vi, 5) : èv à./.c/.7<x':zy.ab.ii,
in seditionibus. Ce mot peut réunir ici la double signification de
désordre et d'inconstance.
— 69 — Jac, m.
truas de Deo fides decernimus. (S. Hil. ad Constantium,
lib. II, n. 5.)
L'Apôtre finit par un dernier trait : et omne opas pra-
vum. En effet, toutes les iniquités abondent chez les sec-
taires, la fraude, le vol, la trahison, l'adultère, le meurtre ;
et si un certain ordre règne encore parmi les populations
qu'ils ont entraînées dans l'erreur, elles le doivent à ce
qui leur reste de christianisme.
Après avoir décrit la sagesse terrestre et mondaine,
saint Jacques va nous dépeindre celle qui nous vient du
ciel ; il lui assigne sept caractères.
17; Quae desursum est sapientia. Par la vraie sagesse
qui vient d'en haut, l'auteur sacré entend ici la connais-
sance pratique et l'amour des choses divines qui condui-
sent au salut. Elle comprend les mystères de la religion
et toute la doctrine évangélique, la théologie dogmatique
et morale, avec la science des divines Ecritures et de la
tradition. Cette sagesse vient d'en haut : d'abord parce
que Jésus-Christ est descendu des cieux pour nous l'en-
seigner : ensuite, parce qu'on ne peut comprendre cette
science et posséder cette sagesse sans une lumière et une
grâce surnaturelles. Ceux que l'Esprit de Dieu n'instruit
pas ont des yeux et ne voient point, des oreilles et n'en-
tendent point. Cependant cette sagesse demande l'effort
et le travail de l'homme. Chez les Apôtres, elle était in-
fuse : mais, dans leurs successeurs, elle s'acquiert et
s'accroit par l'étude, la méditation, la prière. Ainsi nos
éiiiinents théologiens, unissant le travail à la piété, con-
ûplent les mystères et scrutent les paroles divines, éta-
blissent des principes qu'ils prennent dans la révélation
et en déduisent des conclusions certaines. En sorte que
cette science sublime, tout entière contenue dans l'ensei-
gnement des Apôtres, s'éclaircit néanmoins par le génie
de l'homme, et se développe d'âge en âge sous la direction
de L'Esprit-Saint.
Qux autrm desursum est sapientia, primum quidem
pudica est, âyW,. c Mais la sagesse qui vient d'en haut est
d'abord chaste. » — I. Voilà un premier trait qui ladistingue
— 70 —
de toutes les autres. Les docteurs qui enseignent leur pré-
tendue sagesse, au lieu de la doctrine de Jésus-Christ, ne
conservent pas toujours des mœurs irréprochables. Quand
on pénètre dans leur intérieur, on y trouve souvent de
fâcheux mystères.
Pudica. La chasteté parfaite est un des caractères aux-
quels on reconnaît la vraie foi et la vraie religion. L'Eglise
catholique seule possède des vierges.
II. Deinde pacifica, ensuite elle aime la paix, non la
paix dans le péché, non la paix dans l'erreur, mais la
paix dans la vérité et dans la sainteté. Elle se garde de
troubler la paix pour des motifs qui n'intéressent ni la
foi ni la piété. Elle tâche de prévenir ou d'étouffer les
discordes.
Au contraire, la fausse sagesse est disputeuse, querel-
leuse ; elle pousse à la guerre ; elle raille, persécute,
opprime.
III. Modesta, nnsunfc, elle est pleine de modération, de
douceur et d'équité ; elle est disposée à céder de ses droits
plutôt que d'offenser le prochain : tandis que la fausse
sagesse est arrogante, orgueilleuse et dominatrice.
IV. Suadibilis, ewcs^ç. La vraie sagesse écoute volon-
tiers les raisons d' autrui ; elle est toujours prête à les
accueillir, si elles sont fondées ; et aussitôt que la vérité
lui apparaît, elle l'accepte avec joie.
Mais la fausse sagesse est opiniâtre et entêtée. L'évi-
dence même ne la persuade pas. Témoin les docteurs
juifs : ils voyaient de leurs yeux les miracles de Jésus-
Christ ; ils les avouaient même : Hic honio multa signa
facit, disaient-ils (S. Joann., xi) ; et cependant, loin de
croire à sa mission divine, ils le tuèrent.
Bonis consentiens. . C'est une seconde traduction de
l'adjectif ejz£'.07(ç. La sagesse qui vient d'en haut approuve
sans hésiter le bien qu'on lui montre, étant fort différente
de cette sagesse importune qui trouve toujours à cen-
surer dans les meilleures choses.
Y. Plena misericordiœ , ftecr^ Ddo'jç. Une sagesse vraiment
céleste est celle qui est pleine de compassion pour les
— 71 — Jac..t nr.
souffrances, pour les faiblesses, pour les fautes même
des hommes, et pour leurs ignorances. Elle console les
infortunes, elle tend la main à ceux qui tombent, et
répare autant qu'elle peut les injustices qu'elle ne sau-
rait empêcher. Une telle sagesse se reconnaît à ses
fruits : elle est pleine de bonnes œuvres ; plena fructibus
bonis.
VI. Non judicans, àSixxpt-roç, non di judicans, non discer-
nent. Elle fait du bien à tous les malheureux, sans
rechercher s'ils ne sont point tombés dans la détresse
par leur faute. Néanmoins elle ne conseille pas une géné-
rosité aveugle.
Non judicans. Plusieurs entendent par ce mot que la
vraie sagesse s'abstient de juger le prochain et d'inter-
préter en mauvaise part ses paroles, ses actions, ses
intentions. Elle s'interdit les jugements téméraires, selon
le précepte de Notre-Seigneur : Nolite judicare, et non
judicabimini. (S. Luc, vi, 37.)
VII. Sine simulatione, àvuTroxo'-roç. Ce dernier mot est
amené par le précédent. En effet, àStaxpixoç avait présenté
comme naturellement à l'esprit de l'écrivain le composé
semblable àvuwàcpiToç. Il ne faut pas croire toutefois que
l'Apotre ait ajouté, sans l'inspiration de Dieu, ce terme
que la similitude des sons offrait à son esprit. Dans un
livre sacré, le génie et la science de l'écrivain ont leur
part : mais toutes les idées qu'il exprime lui viennent de
Dieu, qui l'inspire et le dirige.
Sine simulatione. La fraude et le mensonge, l'hypo-
crisie et le parjure abondent chez les inventeurs et les
fauteurs d'hérésie. Mais la vraie sagesse est pleine de
simplicité, de bonne foi. de sincérité.
18. Fructus autem justitiae in pace seminatur facien-
tibus pacem. « Or, le fruit de la justice se sème'dansla
paix par ceux qui font des œuvres de paix.TCette parole
de saint Jacques s'adresse spécialement aux brouillons
et aux querelleurs, dont il a repris le zèle amer et l'esprit
de contention. Quelque talent et quelque zèle qu'ils
déploient, ils font peu de bien dans l'Eglise. La vie d'un
— 72 —
tel homme, fût-elle environnée d'éclat, se résume sou-
vent en ce mot de David : Pertransit liomo, sed et frustra
conturbatur. (Ps. xxxviii.) C'est un passant qui fait du
bruit sur la terre ; mais il est douteux qu'il recueille une
abondante moisson dans la vie future.
— 73 -
CHAPITRE QUATRIÈME
ANALYSE
L'Apôtre vient de dire que le fruit de la justice se sème dans
La paix. Il va exposer maintenant ce qui la trouble.
1. (Test premièrement l'amour des biens de la terre. Car de
là naissent les divisions et les guerres entre les hommes. Il
faut donc déprendre son cœur des biens du monde, dompter
ses passions, purifier sa conscience par l'humilité, la prière,
la pénitence.
2. En second lieu, il faut s'abstenir de censurer et de juger
ses frères.
3. Enfin il recommande aux chrétiens de vivre et d'agir en
pensant chaque jour à l'incertitude de la vie.
1 . l 'nue bella et Vîtes in vobis ?
Nonne hinc : ex concupiscentiis
vésirisquo? militant in membris
vestris ?
2. Concupiscitis, et non ha-
betis : occiditiâ et selatis,et non
potes tis adipisci; litigatis et
belligeratistet non hibetis, prop-
ii /■ quod non postulatis.
3. Petitis, et non accipitis, eo
quod maie petatis, ut in conçu-
piscentiis vestris insumatis.
4. Adulteri, nescitis quia x ni-
citia kujus mundi inimica est
Dei f Quicumque ergo voluerit
"'" • sœculi kujus, ini-
micus Dei constituitur.
1. D'où viennent les guerres et
les procès entre vous ? N'est-ce pas
de vos convoitises qui combattent
dans vos membres ?
2. Vous êtes pleins de désirs, et
vous n'avez pas ce que vous désirez.
Vous tuez, vous êtes jaloux, et vous
ne pouvez obtenir ce que vous voulez.
Vous luttez et vous faites la guerre
les uns contre les autres, et vous
n'avez pas ce que vous souhaitez,
parce que vous ne le demandez pas.
3. Vous demandez, et vous ne re-
cevez point, parce que vous demandez
mal, demandant pour avoir de quoi
satisfaire vos passions.
4. Ames adultères, ne save/.-vous
pas qui- l'amitié de ce monde esl
une inimitié contre Dieu ( Par con-
séquent qtiiconque veut être ami de
ce monde se rend ennemi de Dieu.
— 74 —
5. Pensez-vous que L'Ecriture dise
«Mi vain : L'Esprit qui habite en vous
aime d'un amour de jalousie?
6. Mais il donna une plus grande
grâce. C'est pourquoi il est dit: Dieu
résiste aux superbes, et donne sa
grâce aux humbles.
7. Soyez donc soumis à Dieu ; mais
résistez au démon, et il s'enfuira de
vous.
8. Approchez-vous de Dieu, et il
s'approchera de vous. Lavez vos
mains, pécheurs ; et purifiez vos
cœurs, vous qui avez l'âme double.
9. Affligez-vous vous-mêmes. Soyez
dans le deuil et dans les larmes. Que
votre rire se change en pleurs, et
votre joie en tristesse.
10. Humiliez-vous en présence du
Seigneur, et il vous élèvera.
11. Mes frères, ne parlez point mal
les uns des autres. Celui qui parle
contre son frère, ou qui juge son
frère, parle contre la loi et juge la
loi. Que si vous jugez la loi, vous
n'en êtes point l'observateur, mais
vous vous en faites le juge.
12. Il n'y a qu'un législateur et
qu'un juge, qui peut sauver et per-
dre.
13. Mais vous, qui êtes-vous pour
juger votre prochain ?
Je m'adresse maintenant h vous
qui dites : Nous irons aujourd'hui
ou demain en telle ville ; nous de-
meurerons là un an, nous y trafi-
querons, nous y gagnerons beaucoup
d'argent.
14. Et vous ne savez pas même ce
qui arrivera demain.
15. Car qu'est-ce que votre vie ?
C'est une vapeur qui paraît pour
un peu de temps, et qui disparaît
ensuite. Vous devriez plutôt dire :
S'il plaît au Seigneur, et : Si nous
vivons , nous ferons telle et telle
chose.
16. Mais, au contraire, vous vous
élevez dans vos pensées présomp-
tueuses. Toute présomption sembla-
ble est mauvaise.
5. An putatis quia inaniter
Scriptura dicat : Ad invidiam
conoipisc.it Spiritus qui habitat
in vobis ï
6. Majorent autem dat gra-
tiam. Propter quod dicit : Deus
superbis resistit, humilibus au-
tem dat gratiam.
7. Sitbditi ergo estote Deo :
resistite autem diabolo, et fugiet
a vobis.
8. Appropinquate Deo, et ap-
propinquabit vobis. Emundate
manus, peccatores ; et purificate
corda, duplices animo.
9. Miseri estote, et luge te, et
plorate ; risus vester in luctum
convertatur, et gaudium in mœ-
rorem.
10. Humiliamini in conspectu
Domini, et exaltabit vos.
11. Nolite detrahere alter-
utrum, fratres. Qui detrahit
fratri, aut qui judicat fratrem
suum, detrahit legi, et judicat
legem. Si autem judicas legem,
non es factor legis, sed judex.
12. TJnus est legislator et ju-
dex, qui potest perdere et libe-
rare.
13. Tu autem quis es, qui
judicas proximum ?
Ecce nunc qui dicitis : Ilodie
aut crastino ibimus in illam
civitatem, et faciemus ibi qui-
de m annum, et mercabimur, et
lucrum faciemus :
14. Qui ignoratis quid erit in
crastino.
15. Quœ est enim vita vestraf
Vapor est ad modicum parensy
et deinceps exterminabitur : pro
eo ut dicatis : Si Dominus vo-
luerit, et : Si vixerimus, facie-
mus hoc aut illud.
16. Nunc autem exsultatis in
superbiis vestris. Omnis exsul-
tatio talis maligna est.
— 75 — Jac, îv.
17. Scienti igitv.r boninn fa- 17. Celui donc qui, sachant le bien.
cere, et non facienti, peccatnm qu'il doit faire, ne le fait pas, est
est illi. coupable de péché.
COMMENTAIRE
1. Unde délia et lites in vobis ? Nonne hinc : ex con-
cupiscentiis vestris, quse militant in membris vestris? Nous
avons dit que la sagesse qui vient du ciel est pacifique
et pleine de modération. Mais plusieurs parmi vous sont
loin de posséder une telle sagesse. « D'où viennent les
guerres, les contestations et les animosités qui régnent
entre vous? N'est-ce pas de vos concupiscences qui com-
battent dans vos membres ? »
Bclla et lites, en grec t.6),vj.o<. wxl pi^ai, des guerres et
des combats. L'Apôtre accuse- 1- il les chrétiens de se
livrer entre eux des batailles réelles ? ou parle-t-il seu-
lement de querelles et de luttes intestines? Les mots de
guerre et de combats peuvent se prendre dans le sens
figuré. Mais saint Jacques dit formellement : Vous tuez,
occiditis, (poveueTE. Ce terme ne paraît pas être une méta-
phore. Si l'Apôtre ajoute : zelatis. cela veut dire : vous
tuez étant excités par la jalousie. S'il dit encore litigatis
et belligeratis, « vous plaidez devant les tribunaux et
vous guerroyez », ces mots n'atténuent pas la force du
verbe occiditis, qui signifie : vous tuez.
Quelques observations nous aideront à déterminer le
sens de ce mot.
Premièrement. L'Epître de saint Jacques est envoyée
aux douze tribus d'Israël qui sont dispersées parmi les
Gentils. Or, les Juifs chrétiens et non chrétiens ne fai-
saient encore qu'une seule nation aux yeux même des
Apôtres. Il suffisait donc que des Juifs eussent commis
quelque meurtre pour que saint Jacques pût dire :
Vous tuez.
Secondement. Le verbe occiditis peut se prendre
— 76 —
dans le sens inchoatif, c'est-à-dire qu'il peut marquer
une action commencée et voulue dans le cœur, mais non
accomplie en réalité. Occiditis signifierait donc : Vous
voulez tuer, vous haïssez votre prochain au point de lui
souhaiter la mort; et cela suffit pour que l'homicide soit
commis dans votre cœur, selon cette parole de saint
Jean : Qui odit fratrem suum homicida est (1).
Enfin, l'on peut entendre que l'Apôtre ne s'adresse ni
aux Juifs ni aux chrétiens en particulier, mais à tous les
hommes en général. C'est comme s'il disait : D'où vien-
nent les guerres et les combats parmi les hommes? Pour-
quoi se livrent-ils des batailles sanglantes? C'est parce
qu'entraînés par leurs concupiscences, ils se disputent les
biens de la terre. — Mais par une figure vive, qu'on nomme
apostrophe, saint Jacques adresse la parole à tous les
peuples, comme s'ils étaient présents.
Bella ex concupiscentiis . Les guerres entre les hommes
viennent de leurs concupiscences. C'est une vérité mani-
feste et reconnue par les sages du paganisme (2). De
là il résulte que, même au seul point de vue social, les
Ordres religieux sont très utiles pour modérer dans le
cœur des hommes la passion des richesses, en leur
donnant l'exemple de la pauvreté volontaire.
Or, il y a trois concupiscences : celle des richesses,
celle des honneurs et celle des plaisirs.
Quœ militant in membris vestris. Expression éner-
gique : ces concupiscences sont pour ainsi dire campées
(1) I Joann., m, 15. — Erasme, qui ne comprenait pas le sens de ce
passage, a mis dans son édition ptfîvîÏT», invide tis, au lieu de paveûjre,
occiditis. C'est une correction téméraire, ou plutôt une dépravation du
texte.
(2) Bella et seditiones et pugnas, disait Platon, nihil aliud générât
quant corpus et illius desideria, TziVé;j.',v; x»\ atâoeti xcei ys-yy.; oùâkv èciXo
-xfsiyii r, ri ç&yst x»\ ai r^ùrov lm9ufiÎ7t. (Phœdr.', xv.) — Cicéron déve-
loppe la même pensée : Cupidilates sunt insatiabiles, dit-il, quœ non
modo singulos /tontines, sed unicersas f antilias evertunt, totam etianx
labefactant sœpe rempublicam. Ex cupiditatibvs odia, dissidia, dis-
Cordiœ, seditiones, bella nascuntur. (De Fin., 1. I, c. xm.) Enfin, Tacite
exprime avec concision la même idée : Aurunt et opes,prœcipuœ bel-
Xoruin causœ. (Hist., 1. IV, 74.)
— 77 — Jac.y iv.
et retranchées dans vos membres ; elles y font la guerre
contre votre raison et contre la loi divine.
Il faut lutter dès le principe contre la concupiscence
naissante, si l'on ne veut pas en devenir l'esclave. « Car,
dit saint Augustin, elle commence par le libre arbitre de
la volonté, elle grandit par le charme du plaisir, et elle
s'affermit par la chaîne de l'habitude. Capiditas mundi
inithim habet ex arbilrio voluntatis, progressum ex ju-
cnnditate voluptatis, firmamcntum ex vinculo consuetn-
dinis. (S. Aug., de Patientia, c. xvn.)
2. Concupiscitis., et non habetîs ; « vous désirez et vous
n'avez pas. » Grande misère de l'homme, toujours poussé
par sa concupiscence à désirer, et condamné à ne jamais
avoir !
Occiditis et zelatis, et non potestis adîpïsci. Pour avoir
ce que vous désirez, vous tuez. Mais le sang que vous
répandez n'éteint pas votre passion ; la jalousie con-
tinue de vous tourmenter, et vous ne pouvez acquérir
les biens que détiennent les autres. LUigatls et bellirje-
?*att's, et non habetis. Vous avez beau livrer des combats
et des batailles, vous n'avez point ce que vous convoitez.
Quelle peinture ! Saint Jacques se montre ici un écrivain
plein d'éloquence. Le mot qu'il ajoute à la fin n'est pas
moins frappant. Vous n'avez pas ce que vous désirezr
.dit-il, et cependant, il est facile de Fobtenir. Au lieu de
tant de guerres, de combats, de sang répandu, il vous
suffisait de demander. « Vous n'avez pas, parce que
vous ne demandez pas. » Non habetis, propter qnod non
postulatis. Comme ce dernier trait, jeté là tout à coup,
étonne le lecteur! De telles beautés seraient admirées
dans un auteur classique.
Après cela viennent des raisonnements pressants.
.!. Ceux qu'il interpelle si vivement pouvaient lui ré-
pondre pour s'excuser: Mais nous avons demandé, et nous
n'avons rien obtenu. 11 les confond d'un mot : Vous
demandez et vous ne recevez pas, parce que vous deman-
de/ mal. Petitis et non accipitis, eo quod maie petatis. Si
vous demandiez humblement les choses nécessaires à la
vie, Dieu vous les donnerait. Mais vous demandez des
richesses pour les employer à contenter vos criminelles
concupiscences. Ut in concupiscentiis vestris insumatis.
Demandez avant tout le royaume de Dieu et sa justice;
et le reste vous sera donné par surcroit. Mais si vous
demandez ce qui vous serait nuisible, Dieu, qui ne donne
que de bonnes choses, ne vous écoutera pas. Il vous puni-
rait en vous exauçant, et il vous accorde une grâce lors-
qu'il vous refuse.
4. Adulteri, iiescitis quia amicitia hujus mundi inimica
est Dei? Quicumque ercjo voilier it amicus esse sœculi hu-
jus, inimicus Dei constituitur. « Adultères, ne savez-vous
pas que l'amitié de ce monde est une inimitié contre Dieu?
Celui donc qui veut être ami du monde se rend l'ennemi
de Dieu. »
Voici la pensée. Chrétiens qui vous êtes consacrés à
Dieu dans votre baptême, vous lui devenez infidèles et
vous commettez une espèce d'adultère en donnant au
monde et aux biens du monde un amour que vous devez
à Dieu. C'est pourquoi tout homme qui veut être ami du
siècle et s'attacher aux concupiscences mondaines, rompt
l'alliance avec Dieu et se constitue son ennemi.
Le terme d'adultère est souvent employé par les pro-
phètes pour désigner les infidélités du peuple d'Israël,
lorsqu'il abandonnait le culte de Dieu pour celui des
idoles.
Au lieu de adulteri, on lit en grec [j.ov/y.'XiUç, adultéra?.
Ce féminin s'explique par un hébraïsme. Rien n'était
plus commun chez les prophètes que l'expression de filia
Sion pour désigner le peuple d'Israël ; et ils condamnaient
la fille de Sion comme adultère lorsque Jérusalem était
infidèle au Seigneur. Jésus-Christ lui-même appelle les
Juifs de son temps une génération adultère, generatio
prava et adultéra. (S. Matth., xn, 39.) Cette locution
;xo'./aÀc'o£ç, adultéras, pour signifier une nation prévarica-
trice, était donc parfaitement comprise des Juifs aux-
quels écrivait saint Jacques.
Il est maintenant aisé de voir comment on devient l'en-
— 79 — Jac, iv.
nemi de Dieu en voulant être l'ami du monde. Car de
même qu'une épouse adultère est nécessairement enne-
mie de son époux qu'elle outrage et déshonore, de même
une âme qui se laisse corrompre par l'amour du siècle
devient l'ennemie de Dieu. Quomodo enim non potest fieri
adultéra conjux, nisi inimica sit viro suo : sic anima
adultéra amore rerum sœcularium non potest nisi inimica
esse Deo. (S. Aug., Serm. xci, n. 10.) C'est pourquoi le
vénérable Bède appelle ennemis de Dieu tous les cher-
cheurs de bagatelles, omnes inquisitores nugarum, c'est-
à-dire, tous ceux qui négligent le ciel pour la terre, et
Dieu pour la créature.
5. Anputatis quia inaniter Scriptura dicat:Ad invidiam
concupiscit Spiritns qui habitat in vobis ? « Pensez-vous
que l'Ecriture dise en vain : L'Esprit qui habite en vous
aime d'un amour de jalousie? »
C'est l'explication du mot adulteri. L'Apôtre justifie ce
terme énergique en leur disant : L'Esprit de Dieu habite
dans les âmes qui se sont données à lui, et il veut être
aimé d'elles comme il les aime ; en sorte que si elles l'a-
bandonnent pour courir vers les voluptés mondaines, il
ressent, pour ainsi dire, l'indignation jalouse qu'éprouve
un époux généreux, lorsqu'il voit une épouse infidèle
le délaisser et s'attacher â un adultère.
La parole citée par saint Jacques (ad invidiam con-
cupiscit Spiritus) ne se trouve pas dans les saintes Ecri-
tures avec les mêmes termes; mais l'idée s'y rencontre
plusieurs fois, notamment dans les passages où le Sei-
gneur est appelé un Dieu jaloux. (Voyez Exod., xx, 5, et
xxxiv, 14; Deut., iv, 24, et v, 6, etc.)
S/iirifus qui habitat in vobis. Non seulement le Saint-
Esprit répand ses grâces dans les âmes des justes, mais
il y demeure substantiellement. Il réside en nous et s'unit
à nous dans le baptême, pour nous rendre saints, justes
et enfants de Dieu. (Rom., vin, 11.)
6. Mais que fait le Seigneur quand il veut gagner une
•nue? 11 lui donne des grâces plus grandes. La jalou-
sie dont il l'aime lui fait multiplier ses libéralités pour
— 80 —
qu'elle ne l'abandonne pas, mais s'attache inviolablement
à lui. Majorera autem dat grattant. Car l'Ecriture dit que,
si Dieu résiste aux superbes, il donne sa grâce aux hum-
bles. (Prov., m, 34.) Propter quod dicit : Deus saperais
resistit, humilibus autem dat gratiam (1). Il n'est pas dit
qu'il donne seulement aux justes, mais il donne aux
pécheurs mômes qui s'humilient.
Majorem autem dat (jraliam. Cette phrase pourrait en-
core se lier aux premiers versets, de cette manière : Vous
sentez dans vos membres des concupiscences impérieuses
qui vous entraînent vers les choses de la terre. Eh bien,
Dieu vous offre une grâce plus puissante avec laquelle vous
pouvez réprimer ces passions. Concupiscitis; majorem
autem dat gratiam. Mais il faut être humble; car plus
l'âme est humble, mieux elle est préparée à recevoir la
grâce (2).
7. Humiliez-vous donc devant Dieu et soyez-lui soumis,
afin d'obtenir la. grâce précieuse qu'il vous destine. Sub-
diti ergo estote Deo. Il est vrai, le diable fera de nouveaux
efforts pour exciter votre concupiscence et vous entraîner
encore vers le monde. « Mais résistez au diable, et il s'en-
fuira loin de vous. » Resistite autem diabolo , et fugiet a
vobis. Non seulement il ne vous vaincra pas, mais vous
lui deviendrez redoutables, étant défendus par l' Esprit-
Saint. Humiliez-vous, dis-je, et le démon s'enfuira; car ce
que hait le plus cet esprit d'orgueil, c'est l'humilité. Nulla
re magis fugatur diabolus, quam humiîitate. (Estius.)
8. Appropinquate Deo, et appropinquabit vobis. Pour
résister au diable avec succès, et pour le mettre en fuite,
« approchez-vous de Dieu, et il s'approchera de vous, s
(1) Le sens littéral de l'hébreu est un peu différent : illiisores ipse illu-
det, et humilibus dabit gratiam (traduction de la Vulgate). M;iis saint
Jacques cite mot a mot les Septante : Kvptoç bnspr,?v.vois ù.j-.i-v.'zzi-ii,
ra-cfvil,' Sk Siâam xàptv. — Propter quod. Le discours se lie ;iinsi :
« Dieu donne une grâce plus grande; c;ir l'Ecriture dit qu'il donne sa
grâce aux humbles. » La première partie de la citation (superbis
resistit) n'est mise que pour amener la seconde.
(2) La liaison de cette pensée avec le discours a beaucoup exercé les
commentateurs : nous donnons les deux interprétations qui nous ont
semblé les plus naturelles.
— 81 — Jac.y iv.
Or, c'est par la pureté qu'on s'approche du Dieu saint.
Lavez donc vos mains, ô pécheurs ; et purifiez vos cœurs,
vous qui avez l'âme double. Emttndate manus, pecca-
tores ; et purificate corda, duplices anhno.
Lavez vos mains: que rien ne soit répréhensible dans
vos actions extérieures. Purifiez vos cœurs : que vos af-
fections, vos intentions, toutes vos pensées soient pures.
Et si quelque faute a souillé votre âme, hâtez-vous de
l'expier par la pénitence.
L'Apôtre fait allusion à cette parole de David : Quel est
celui qui montera sur la montagne du Seigneur ? Ce sera
l'homme dont le cœur est pur et dont les mains sont in-
nocentes. Quis ascendet in montent Domini,aut quisstabit
in loco sancto ejus ? lnnocens manibus et mundo corde.
(Ps. XXIII.)
Duplices animo. Nous avons vu plus haut que l'homme
qui a le cœur double est celui qui veut plaire à Dieu et
au monde ; faire d'abord sa fortune, puis son salut ; con-
cilier la religion avec ses passions, et plier l'Evangile
aux maximes du siècle. (Ch. i, v. 8.)
9. Mais saint Jacques va prêcher une morale bien diffé-
rente aux pécheurs qui veulent sauver leur âme. Miseri
estote, leur crie-t-il ; et lur/ete, et plorate. Risus vester in
luctum convertalur, et gaudium in mœrorem. « Affligez-
vous vous-mêmes, vivez dans le deuil, versez des larmes
et poussez des cris. Que votre rire se change en pleurs,
et votre joie en tristesse. » Il imite en tout ce passage les
exhortations et le style des prophètes anciens. Il répète
la grande Leçon de saint Jean-Baptiste et de Notre-Sei-
gneur lui-même: « Faites de dignes fruits de pénitence. »
I <a pénitence chrétienne a ses joies sprituelles q ui surpas-
eelles des sens, mais elle est inconciliable avec les
plaisirs du monde. Miseri estote, en grec TaXat7C(i>pT$<rcTe,
ferle le bures el aerumnas, menez une vie austère et dure.
Jeûnez et gémissez sur vos péchés, comme vous y invite
1 i prophète Joël par ces paroles : « Convertissez- vous à
moi de tout votre cœur, dans les jeûnes, dans les larmes,
e! dans les gémissements. Déchirez vos cœurs et non vos
G
— 82 — Jac, iv.
vêtements. Convert'nnini ad me in toto corde vestro, in
jejunio, etinfletu, et in planctiu et scindite corda veslra
et 7io/i vestimenta vestra. (Joël, n, 12.)
Miseri estote. Souvenons-nous que nous sommes dans
une vallée de larmes, in valle lacrymarum. (Ps. lxxxiii.)
Les chrétiens souffrent et pleurent sur la terre pour se
i\\}ou\rddns\escie\ix.Flebitisvos,mundusautemqaudebit;
sed tristitia vestra vertetur in gaudiit)n.(S. Joann., xvi, 20.)
10. Il termine cette exhortation par une pensée que la
sainte Ecriture ne cesse de nous inculquer : Humiliamini
in conspectu Domini. Humiliez-vous en présence du Sei-
gneur, reconnaissez sa grandeur et votre bassesse, avouez
sincèrement vos péchés devant lui. Que votre confusion
soit véritable, et que Dieu lui-même voie au fond de votre
cœur la sincérité de votre repentir.
Et exaltabit vos. Alors il vous exaltera, selon sa pro-
messe ; car il a dit : Qui se humiliaverit exaltabitur.
(S. Matth., xxiii, 12.) Tous ceux qui s'humilient devant
Dieu seront exaltés dans le ciel ; et souvent môme, après
leur mort, ils recevront sur la terre des honneurs incom-
parables.
Saint Jacques passe maintenant à la médisance : c'est
l'opposé de l'humilité ; car elle vient de l'orgueil ; et c'est
une seconde cause de division parmi les fidèles. La médi-
sance est un vice très répandu : les personnes pieuses
n'en sont pas exemptes. Quelquefois même, dit saint
Jérôme, ceux qui ont évité les autres défauts tombent
dans celui-là comme dans un dernier piège du démon.
Tanta hujus inali libido mentes hominum invasit, ut etiam
qui procul ab aliis vitiis recesserunt, in istud tamen quasi
in exlremum diaboli laqueum incidant. (Epist. ad Celan-
tiam.) C'est cependant un péché grave lorsqu'il ravit au
prochain sa réputation, qui est plus précieuse que les
richesses.
11. Nolite detrahere alterutrum fratres. « Mes frères,
prenez garde de médire les uns des autres (1). » Vous
(1) Nolite detrahere aUerutrum, ;j>, Kvrctktùîlrs à>X#.wv. Par la détrac-
tion ou la médisance, jcaro/sài», saint Jacques entend un discours tenu
— 83 — Jac, iv.
êtes frères, il serait odieux de vous dénigrer mutuelle-
ment. En outre, médire du prochain, mal parler de lui,
censurer sa conduite, c'est juger son frère. « Or celui qui
blâme son frère et juge son frère, blâme la loi et juge la
loi. » Qui detrahit fratri, aut qui judicat fratrem suit?n,
delrahit legi et judicat legem. Comment cela? parce que
la loi bannit du milieu du peuple les accusateurs et les
médisants secrets : Non eris criminator et snsurro in
populo. (Lev., xix, 15.) Et Notre-Seigneur lui-même con- •
damne le jugement téméraire : Nolite judicare et non
judicabimini ; nolite condemnare et non condeninabimini.
(S. Luc, vi, 37.)
Si donc vous blâmez et censurez votre frère, si vous le
jugez et le condamnez, alors vous protestez contre la loi
de .lésus-Christ, vous la rejetez par votre conduite, vous
jugi /. qu'elle n'est pas sage et qu'elle n'oblige pas.
(,)ue si vous jugez la loi, vous ne vous considérez pas
comme le simple observateur de la loi (ce qui est votre
rôle et votre devoir), mais vous usurpez les fonctions
mêmes de législateur et de juge. Si autem judicas legem,
non es factor legis, sed judex.
12. Or cette usurpation est criminelle. Il n'y a qu'un
seul législateur et qu'un seul juge, qui ait la puissance
de condamner et d'absoudre, de perdre et de sauver,
aussi bien dans la vie présente que dans la vie future.
I nus est législateur et judex, qui potest perdere et libevare.
13. Et vous, qui êtes-vous pour vous arroger le droit
déjuger votre prochain, malgré la défense de Dieu? Tu
autrm quis es, qui judicas proxinium? Saint Paul avait
dit de même : « Qui êtes-vous pour juger le serviteur
d'autrui .' C'est devant son maître que sa cause doit être
poi tée, el ce n'est pas devant vous qu'il doit la perdre ou
la gagner. ■ Rom., xiv, 4.)
Nul homme, en effet, n'a par lui-même le droit de
contre lf prochain par malignité : comme lorsqu'on publie les fau
•iiain, lorsqu'on exagère ses torts, que l'on rabaisse son
mérite, que l'on envenime ses paroles innocentes, et que Ton dénigre
- «mi lui supposant des intentions mauvais
— 84 —
juger un autre homme. Cependant il y a des juges dans
les sociétés ; mais c'est de Dieu, et non simplement des
hommes, qu'ils reçoivent leur pouvoir.
Kcce nunCj « voilà maintenant. » C'est une formule qui
annonce une nouveau sujet.
Médire du prochain est l'effet d'une méchanceté orgueil-
leuse : un autre orgueil, c'est de former de grands projets
en comptant sur une longue vie.
Ecce nunc qui dicitis : Hodie aut crastino ibirnus in illam
civitatem, et faciemus ibi quidem annum, et mercabimnr,
et lucrum faciemus : 14) Qui ignoratis quid erit in cras-
tino. « Voilà que je m'adresse maintenant à vous, hommes
présomptueux, qui dites : Nous partirons aujourd'hui ou
demain pour nous rendre en telle ville, nous demeurerons
là un an, nous y trafiquerons, et nous ferons un gain
considérable. Vous parlez ainsi, et vous ne savez pas
ce qui vous arrivera demain. »
Saint Jacques saisit au vif un trait du caractère de sa
nation. Dès cette époque, les Juifs étaient répandus dans
tous les pays du monde, ils s'établissaient dans les
grandes villes, ils achetaient, ils vendaient, ils s'enri-
chissaient.
L'Apôtre, les voyant absorbés dans la pensée d'amasser
des biens terrestres et tout occupés de leur fortune, leur
adresse cette parole : Vous qui croyez disposer de l'avenir
et qui formez de vastes projets, vous ne savez pas ce qui
vous arrivera prochainement, vous n'êtes pas même
assurés de vivre demain. En vérité l'homme passe comme
une ombre, comme un fantôme qui s'évanouit, et cepen-
dant il s'agite et se trouble inutilement pour une vie qui
dure si peu. V erumtamen in imagine pertransit homo,
sed et, frustra conturbatur. (Ps. xxxviii.)
15. En effet, qu'est-ce que notre vie? C'est une légère
vapeur qui paraît un instant comme un nuage et se dis-
sipe ensuite. Quœ est enim vita vestra? Vapor est ad
modicum parens, et deinceps exterminabitur (1). Cette
(1) Parens et deinceps exterminal)iti<r. En grec : pv.c.o/j.ivr,, è'nsirx
ai jpxviÇifiëvr,, apparens et deinceps evanescens.
— 85 — Jac.y iv.
vapeur, quelque brillante qu'elle semble, est sans consis-
tance, et on ne peut la saisir ni la fixer. Un souffle l'em-
porte, elle se dissipe d'elle-même, et disparaît pour
toujours. Et c'est sur cette vanité que vous bâtissez vos
fortunes !
Ne devriez-vous pas plutôt dire : Si le Seigneur le veut,
et si nous vivons, nous ferons telle et telle chose ? Pro eo
ut dicatis : Si Dominus voluerit, et : Si vixerimus, facie-
mus hoc aut illud (1) ?
Est-il raisonnable, en effet, de compter sur des richesses
futures, et de former de vastes desseins pour l'avenir,
comme si notre vie ne dépendait pas de Dieu ?
Salomon disait de même : Ne vous glorifiez point de
ce que vous ferez demain, ou de ce qui vous arrivera
demain, car vous ignorez ce que vous apportera la jour-
née prochaine. Ne glorieris in crastinum, ignorans quid
superventura pariât dies. (Prov., xxvn.)
Le philosophe Senèque, contemporain de l'Apôtre,
écrivait de même à un de ses amis : Quam stidtum est
œtatem disponere ne crastini quidem dominum! 0 quanta
dementia est spes long as inchoantium ! Emam, œdificabo,
credam, exigam, honores gcram ; tum deinde lassam et
plénum senectutem in otiumrefcram. Omnia, mihi crede,
eticun felicibus dubia sunt ; nV.dl sibi quisquam de futur o
débet promittere. (Senec. Epist., 1. XVII, 1.)
Ainsi donc la sagesse païenne elle-même, considérant
l'incertitude de la vie, conseillait de ne jamais compter
sur le lendemain ; elle répétait avec Horace : Omnem
crede dieni tibi diluxisse supremum. (Hor. I Ep., iv, 13.)
Certes, l'Apôtre ne défend pas de former de grands
desseins dont l'exécution exigera de longues années.
Mais en travaillant à de nobles et saintes entreprises, le
bon serviteur se tient toujours prêt à écouter l'appel de
son Maître, qui saura bien, s'il le veut, achever les
travaux commencés pour sa gloire.
(I) La phrase se lie ainsi ; ffatc clicitis, pro eo ut dicatis : Si DomU
tiVë voluerit. Voilà ce que vous dites daus votre orgueil, au lieu de
dire modestement : S'il plaît au Seigneur.
— 86 —
Si Dominus voluerit. En disant : « Si Dieu le veut »,
nous reconnaissons que la Providence gouverne les actions
des hommes, et que le succès de nos entreprises dépend
de sa volonté. — Si vixerimus. En ajoutant : « Si nous
vivons », nous confessons la fragilité de notre existence,
qui peut à chaque moment s'éteindre. Aussi la sainte
liturgie nous fait répéter chaque soir cette parole : Sei-
gneur, je remets mon âme entre vos mains. In manus
tuas, Domine, commenclo spiritum meum.
Si Dominus voluerit, « s'il plaît à Dieu. » Cette parole
se retrouve chez divers peuples ; en sorte qu'on peut la
regarder comme un sentiment qui est dans la nature de
l'homme. C'est pourquoi saint Augustin disait à ce sujet :
Mettez dans votre cœur ce que tous les hommes ont sur
les lèvres : « Comme Dieu voudra. » Car souvent, ajou-
tait-il, le langage du peuple renferme une leçon salutaire.
Discite habere in corde quod habet omnis homo in linç/ua :
« Quod vult Deus. » Jpsa lingua popularis plerumque est
doctrina salutaris. (In Ps. xxxn, Serm. i.)
Nanc autem exsullatis in superbiis vestris. « Mais au
contraire vous vous élevez dans vos pensées d'orgueil. »
Vous vous glorifiez des magnifiques espérances que vous
avez conçues, des habiles mesures que vous avez concer-
tées, et vous vous flattez d'accomplir vos desseins comme
si vous étiez indépendants de Dieu.
In superbiis vestris, h totç iXatÇoveftnç jy.wv, in jactantiis
vestris (1). Les projets des mondains, dont le succès
paraît infaillible, sont de vaines jactances, s'ils ne s'ap-
puient que sur leur sagesse. Souvent la Providence se
plaît à les confondre. Car toute présomption semblable
est mauvaise. Omnis exsultatio talis maligna est. Soyons
convaincus intimement que nous et nos conseils nous
sommes en la main de Dieu. In manibus tuis sortes meœ.
(Ps. xxx.) Et reconnaissons avec Jérémie que la voie de
l'homme ne dépend ni de sa volonté ni de sa prudence :
Scio, Domine, quia non esthominis via ejus. (Jerem., x, 23.)
(1) 'À^stÇwv, le fanfaron (d'où vient B&aÇovrfx, jactantia) est celui qui
se vante d'un avantage ou d'un mérite qu'il n'a pas.
— 87 — Jac, iv.
17. Toutes ces vérités que je viens de vous exposer,
vous les connaissez, vous prétendez môme les enseigner
aux autres. Mettez-les donc en pratique vous-mêmes.
Car celui qui sait le bien qu'il doit faire et ne le fait pas,
est coupable de péché. Scienti igitur bonum facere et non
facienti, peccatum est illi.
Saint Jacques n'enseigne pas que l'homme qui connaît
son devoir et ne le fait pas, soit le seul qui pèche. Car
très souvent l'ignorance n'excuse pas du péché. Celui,
par exemple, qui ignore ce qu'il peut et doit savoir, est
coupable. Saint Jacques fait seulement entendre, comme
Notre-Seigneur, que le serviteur qui ne connaît pas la
volonté de son maître sera puni moins sévèrement que
celui qui la connaît et la viole. Servus qui cognovit volun-
tatem Domini sui, et non fecit sccundwn voluntatem ejus,
vapulabit imrftis. Qui autem non cognovit et fecit cligna
plagis, vapulabit paucis. (S. Luc, xn, 37.) Pour n'être
pas puni, il faut connaître la loi de Dieu, et l'accomplir.
Scienti bonum et non facienti. Cette maxime générale
clôt les divers préceptes que vient de donner l'Apôtre. Il
l'adresse spécialement aux Juifs convertis qui ambition-
naient l'honneur de parler dans les assemblées. Parce
qu'ils brillaient autrefois dans les synagogues, ils pré-
tendaient enseigner aussi dans l'Eglise. Mais saint Jacques
leur dit : Vous qui savez si bien la loi et les prophètes,
souvenez-vous que celui qui sait et ne fait pas ce qu'il
sait, est plus coupable et sera traité plus sévèrement
que celui qui ne sait pas. Appliquez-vous donc avant
tout à profiter de votre science pour vous sanctifier vous-
mêmes.
— 88 —
CHAPITRE CINQUIÈME
ANALYSE
1. Au commencement de son Epître, saint Jacques avait
blâmé la distinction que l'on faisait entre les riches et les
pauvres dans les assemblées chrétiennes. Maintenant il apos-
trophe les riches eux-mêmes, et il les avertit que, par leur
avarice, leur luxe et leurs injustices, ils amassent contre eux
un trésor de colère (1-6).
2. Il exhorte les fidèles à supporter avec patience les tribula-
tions et les persécutions, à l'exemple de Job et des anciens
prophètes (7-11).
3. Il interdit le jurement.
4. Enfin il recommande l'onction des malades, la confession
des péchés, et la prière mutuelle, surtout la prière pour les
pécheurs (18-fin).
1. Agite nunc, divites,plorate
ululantes in miseriis vestris,
quœ advenient vobis.
2. Divitiœ vestrœ putrefactœ
sunt ; et vestimenta vestra a
tineis comesta sunt.
3. Aurum et argentum ves-
trum œruginavit ; et œrugo
eorum in testimonium vobis
erit, et manducabit carnes ves-
tras sicut ignis. Thesaurizaslis
vobis tram in novissimis diebus.
4. Ecce merces operariorum.
qui messuerunt regiones vestvas,
quœ fravdata est a vobis, cla-
mât ; et clamor eorinn in avres
Domi)ti sabaoth introivit.
5. Epulati estis super terrain,
1. Mais vous, riches, pleurez,
poussez des cris et des hurlements,
à la vue des maux qui doivent
fondre sur vous.
2. Vos richesses tombent en pour-
riture, et vos vêtements sont roii-
par les vers.
3. Votre or, votre argent s'est
couvert de rouille ; et cette rouille
portera témoignage contre vous, elle
dévorera vos chairs comme le feu.
Vous vous êtes amassé un trésor de
colère pour les derniers jours.
4. Voilà que le salaire des ou-
vriers qui ont moissonné vos
champs, salaire que vous leur faites-
perdre, crie contre vous, et leurs cris
sont montés jusqu'aux oreilles du
Dieu des armées.
5. Vous avez vécu sur la terre
Jac, v.
dans les délices et dans le luxe ;
vous avez engraissé vos cœurs comme
des victimes pour le jour du sacrifice.
(3. Vous avez condamné, vous avez
tué le juste, sans qu'il vous ait fait
de résistance.
7. Vous mes frères, persévérez
dans la patience jusqu'à l'avènement
du Seigneur. Vous voyez comme le
laboureur espère les fruits précieux
de la terre, attendant patiemment jus-
qu'à ce qu'il recueille ceux de la pre-
mière et de l'arriére-saison.
8. Soyez donc ainsi patients vous-
mêmes, et affermissez vos cœurs, car
l'avènement du Seigneur est proche.
9. Ne portez point de plaintes les
uns contre les autres, afin que vous
ne soyez point jugés. Voilà le juge
(pii est à la porte.
10. Mes frères, prenez pour exem-
ple la patience des prophètes qui ont
parlé au nom du Seigneur, et voyez
quelleaétél'issuede leurs afflictions.
11. Vous voyez que nous appelons
bienheureux ceux qui ont souffert.
Vous avez appris quelle fut la pa-
tience de Job, et vous avez vu la fin
que le Seigneur a donnée à ses maux ;
car le Seigneur est plein de com-
passion et de miséricorde.
\2. Mais avant toutes choses, mes
frères, ne jurez ni par le ciel ni par
la terre, ni par quelqu'autre chose
que ce soit. Contentez-vous de dire :
(.-la est, ou cela n'est pas, afin de
n'être point condamnés.
13. (Quelqu'un parmi vous est-il
dans la tristesse ( qu'il prie. Est-il
dans la joie ! qu'il chante de saints
cantiques.
14. Quelqu'un parmi vous est-il
malade ? qu'il appelle les prêtres de
l'Eglise, et qu'ils prient sur lui, en
l'oignant avec l'huile au nom du
Seigneur.
L"). Et la prière de la foi sauvera
le malade, et le Seigneur le soula-
gera : et s'il a îles péchés, ils lui
seront remis.
et in luxuriis enutristis corda
vestra in die occisionis.
G. Addixistis et occidistis jus-
tion, et non restitit vobis.
7. Patientes igitur estote, fra-
trest usque ad adventum Domini.
Ecce agricola exspectat pretio-
sum fmctiim terrœ, patienter
ferens donec accipiat tempora-
neum et serotinum.
8. Patientes igitnr estote et
vos, et confîrmate corda vestra,
quoniam adventus Domini ap-
propinquavit.
9. Xolite ingemiscere, fratres,
in alterutrum, ut non judice-
mini. Ecce judex ante januam
assistit.
10. Exemplum accipite, fra-
tres, exitns mali laboris, et pa-
tientiœ, prophetas qui locuti
sunt in nomine Domini.
11. Ecce beatificamus eos qui
sustinuerunt. Sufferentiam Job
audistis, et finem Domini vi-
distis, quoniam miser icors Do-
minus est et miser ator.
12. Ante omnia autem, fratres
mei, nolite jurare, neque per
cœlum, neque per terrain , ne-
que aliud quodcumque juramen-
tum. Sit autem sermo vester r
Est, est ; Non, non : ut non
sub judicio decidatis.
13. Tristatur aliquis vestrum ?
orct ; œquo animo est ? ps allât.
14. In/îrmatur qui» in vobis?
inducat presbyteros Ecclcsiir,
et orent super eum, ungentes
euu) oleo in nomine Domini.
15. Et oratio fidei salvabit
infirtnum, et alleviabit non Do-
minus ; et si in peccatis sit, ré-
mittent >'f '-i.
— 90
16. Confitemini crgo alteru-
trum peccata vestra, et oraie
pro invicem ut salvemini : mul-
tum enim ralet deprecatio justi
assidaa.
17. Elias homo erat similis
nobis passibilis : et oratione ora-
vitut non plueret super terrant,
et non pluit annos très et menses
sex.
18. Et rursum oravit : et cœ-
lum dédit pluviam, et terra
dédit friictum suum,
19. Fratres mei, si quis ex
vobis erraverit a veritate, et
converterit quis eum,
20. Scire débet quoniam qui
converti fecerit peccatorem ab
errore vice suce salvabit animam
ejus a morte, et operiet multi-
tudinem peccatorum.
l(i. Confessez donc vos fautes l'un
fii L'autre, et priez les uns pour les
autres, afin que vous soyez sauvés.
Car la prière du juste, quand elle
est assidue, peut beaucoup.
17. Elie était un homme sujet
comme nous à toutes les misères
de la vie ; cependant il pria avec
in-tance pour qu'il ne plût point sur
la terre, et la pluie ne tomba point
pendant trois ans et sis mois.
18. Et de nouveau le prophète
ayant prié, le ciel donna de la pluie,
et la terre produisit son fruit.
19. Mes frères, si l'un d'entre
vous s'égare du chemin de la vérité,
et que quelqu'un l'y fasse rentrer,
20. il doit savoir que celui qui con-
vertira un pécheur, et le retirera de
son égarement, sauvera son âme de
la mort, et couvrira une multitude
de péchés.
COMMENTAIRE
1. Agite nwtc, divites, plorate ululantes in ?7iiseriis ves-
t?fis quœ advenient vobis. Mais c'est à vous, riches, que
je m'adresse maintenant. « Poussez des cris et des hur-
lements à la vue des maux qui fondront sur vous. »
Saint Jacques reprend et condamne les riches avares qui
sont sans miséricorde pour les pauvres; les riches qui
dépensent leur fortune dans le luxe et les délices, au lieu
de secourir les malheureux ; les riches enfin qui abusent
de leur puissance pour opprimer les faibles. Il leur dé-
nonce les châtiments terribles qui les attendent et qu'ils
n'éviteront point. Ce passage est un des plus véhéments
de toute la sainte Ecriture.
Divites. Les avertissements sévères de l'Apôtre ne re-
gardent pas seulement les riches qui se trouvent parmi
les chrétiens : il apostrophe tous ceux qui ne font pas un
— 91 — Jac.,Y.
bon usage de leur fortune. Un très grand nombre de Juifs
répandus parmi les nations, méritaient ce reproche.
Plorate in miseinis vestris, èv xatXatTWDp&Kç 6(jtwv. Pleurez
sur les afflictions et les douleurs qui vous attendent. Il
ne leur annonce pas seulement les chagrins qui sont inhé-
rents à la possession des biens de la terre : il leur prédit
surtout les châtiments éternels que la justice de Dieu
leur réserve.
Quse advenient vobis. Ces maux vous sont destinés :
vous ne les éviterez pas, si vous ne faites pénitence.
2. Divitiœ vestrœ putrefactœ sunt : et vestimenla vcstra
a tineis comesta sunt. « Vos richesses tombent en putré-
faction, et vos vêtements sont rongés par les vers. » Ces
biens, ces fruits de la terre, ces grains amassés, que vous
laissez pourrir au lieu de les distribuer aux pauvres ; ces
vêtements superflus que vous aimez mieux voir rongés
par les vers que d'en couvrir la nudité des malheureux,
sont des preuves de votre honteuse avarice. Saint Jac-
ques récite aux mauvais riches cette parole d'Isaïe : « Le
ver les rongera comme il ronge un vêtement, la teigne
les dévorera comme elle dévore un manteau de laine. »
Sicut enim vestimentwn, sic comedet eos vermis ; et siçut
lanam, sic devorabit eos tinea. (Is., li, 8.)
3. Aurum et argentum vestrum xruginavit : et œrugo
eorum in testimonium vobis erit, et manducabit carnes
vestras sicut igtiis. « Votre or, votre argent se sont cou-
verts de rouille ; et cette rouille portera témoignage con-
tre vous, et dévorera vos chairs comme le feu. » Pour-
quoi ? parce qu'au lieu de soulager les infortunés dans
leur misère, vous avez laissé dans vos coffres, pendant
de longues années, des amas d'or et d'argent qui vous
étaient inutiles. La rouille même dont ces métaux sont
couverts attestera devant Dieu votre avarice et votre
cruauté ; elle irritera la flamme qui brûlera vos chairs.
C'est pourquoi, en entassant l'or que Dieu vous donnait
pour l'employer en bonnes œuvres, vous vous êtes amassé
un trésor de colère et de malédiction pour les derniers
jours : Thesaurizastis vobis iram in novissimis dirôus.
— 02 —
Vous devez donc trembler au lieu de vous enorgueillir,
quand vous contemplez vos monceaux d'or et d'argent (1).
4. Ecce merces operariorum, qui messuenmt regiones
vestras, quœ fraudata est a vobis, clamât; et clamor eorum
m aures Domini Sabaoth introivit. Non seulement vous
n'avez pas fait l'aumône aux indigents, comme vous le
deviez, mais vous avez poussé votre cupidité jusqu'à l'in-
justice. « Car voilà que le salaire des ouvriers qui ont fait
la récolte de vos champs, légitime récompense dont vous
les avez privés, crie contre vous ; et les plaintes de ces
moissonneurs, qui demandent vengeance, sont montées
jusqu'aux oreilles du Seigneur des armées. »
Clamât. Il y a quatre péchés très graves contre lesquels
cette expression énergique est employée dans la sainte
Ecriture : 1° le fratricide (Gen., x, 4) ; 2° les infamies de
Sodome et de Gomorrhe (Gen., xvm, 20) ; 3° l'oppression
des faibles (Exod., n, 23); et 4° le salaire injustement
refusé à l'ouvrier.
Saint Jacques en écrivant cette parole se souvenait de
Job : « Si ma terre crie contre moi, disait cet homme juste,
et si les sillons pleurent avec elle, si j'en ai mangé les
fruits sans payer les moissonneurs, et si j'ai affligé le
cœur de ceux qui ont cultive mes champs, que la terre
produise pour moi des épines au lieu d'orge, et des ron-
ces au lieu de froment. » (Job, xxxi, 38.)
Merces operariorum. Saint Jacques, tout en faisant allu-
sion au discours de Job, s'appuie sur la loi de Moïse violée
par le riche. Car on lit dans le Lévitique : La récompense
de l'ouvrier qui te donne son travail ne demeurera point
chez toi jusqu'au matin : Non morabitur opns mercenarii
tut apud te usque mane. (Lev., xix, 13.) Le même pré-
cepte est renouvelé dans le Deutéronome : « Tu ne refu-
(1) Thesaurizastis. On lit seulement en grec : IQrpsUphxti iv liyàtatç
i)p.ip-Atçt thesaurizastis in novissimis diebus. « Cette rouille brûlante
qui dévorera vos chairs, voilà le trésor que vous avez amassé pour les
derniers jours ! » Les deux mots vobis iram ne se trouvent pas dans
le irrec ; c'est une bonne glose empruntée a saint Paul, qui criait de
même au Juif prévaricateur : « Tu t'amasses un trésor de colère pour
le jour de la colère. » Thesaurizas tibi iram in die irœ. (Rom., n, 5.),
— 93 — Jac, v.
seras point à l'indigent et au pauvre le salaire que tu lui
dois ; mais tu lui rendras, le même jour, le prix de son
travail avant le coucher du soleil, de peur qu'il ne crie
contre toi au Seigneur, et que ta négligence ne te soit
imputée à péché. » (Deuter., xxiv, 15.)
5. Epulati estis. Il y a des riches d'une avance sordide.,
qui amassent pour amasser. Mais il y en a d'autres qui
amassent pour dépenser dans le luxe et les plaisirs. C'est
aux derniers que saint Jacques adresse cette parole :
« Vous avez fait bonne chère sur la terre, vous avez vécu
dans le luxe, et vous avez engraissé vos cœurs dans les
délices. » Epulati estis super terrain, et in luxuriis enu-
tristis corda vestra.
Or, quel est le résultat de toutes ces richesses accu-
mulées et dépensées ? Vous avez engraissé vos cœurs
comme des victimes que l'on prépare pour le jour où
elles seront égorgées. Enutristis corda vestra in die occi-
sionis. Riches voluptueux, vivez dans la splendeur et la
mollesse: le glaive de Dieu vous attend; au jour qu'il
a marqué, vous serez immolés à sa justice.
G. Addixistis et occidistis justum (1). Une troisième
classe de riches emploient l'influence de leur fortune à
opprimer les innocents et à satisfaire leur haine. Ils vont
jusqu'à répandre le sang des faibles qui leur déplaisent,
parce qu'ils voient dans la vertu des pauvres la censure
de leurs propres iniquités. « Vous avez condamné à mort
le juste, leur dit-il, et vous l'avez tué. » Encore s'il s'était
défendu et que vous l'eussiez frappé dans un combat !
Mais non, « le juste ne vous résistait pas, et vous l'avez
tué ! » Occidistis justum, et non restitit vobis. Le Psal-
miste avait dit de môme : « Ils tendront des pièges à la
vie du juste, et ils condamneront le sang innocent. »
(1) Addixistis, eu grec. xstts&xÀeocrs, condemnastis. Addicere, en
tornif de droit, signifie « adjuger la personne du débiteur au créancier
pour qu*il en use comme de son esclave. * De là, addicere supplicia,
morti, livrer quelqu'un au Bupplice, à la mort. Employé seul, le verbe
addicere signifie condamner quelqu'un ou le livrer a ses ennemis,
dana cette phrase de Cicéron : Ejus ipsius domum evertisti,
sanguinem addixerae. (In Pison., lxxxiii.)
— 94 —
Captabimt in animant justi, et sangitinem innocentent
condemnabitnt. (Ps. xci.)
C'est ainsi que les riches et les puissants de Jérusalem
ont traité le Juste par excellence, le Fils même de Dieu.
C'est ainsi qu'ils continuent de persécuter, de lapider,
et d'égorger ses disciples (1).
Ce passage plein d'éloquence est le développement de
la terrible parole de Notre-Seigneur : « Malheur à vous,
riches ! Vœ vobis divitibus ! (S. Luc, vi, 24.)
Maintenant saint Jacques revient aux fidèles et il les
exhorte à persévérer dans la patience au milieu des
persécutions.
7. Patientes icjitur estote, fratres, itsque ad adventum
Domini. Il ne leur dit point : Prenez les armes, défendez-
vous, vengez-vous de vos injustes oppresseurs. Mais il
leur dit : Soyez patients. C'est par la patience et la dou-
ceur que vous triompherez de vos ennemis, et que vous
sanctifierez vos âmes. Songez que vous êtes dans ce monde,
par la volonté de Dieu, comme des brebis au milieu des
loups, sicut oves in medio luporum. (S. Matth., x, 16.)
Toutefois, l'oppression ne durera qu'un temps. « Soyez
patients jusqu'à l'arrivée du Seigneur », qui viendra vous
délivrer : usque ad adventum Domini. Saint Jacques parle
du dernier avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
lorsqu'il viendra du ciel rendre à chacun selon ses œuvres.
Les Apôtres avaient reçu l'ordre d'avertir les hommes de
vivre dans l'attente de ce grand jour. Notre-Seigneur lui-
(1) Jitstum. (Ecumenius et le vénérable Bètle reconnaissent que le
mot Justum, en grec tov àî/.uiov avec l'article, se rapporte certainement
à Jésus-Christ, qui ne résista point à ceux qui le frappaient, mais se
laissa conduire à la mort comme un agneau qu'on mène à la boucherie.
(Is., mil) 11 en est de même des martyrs : à l'exemple de leur divin
Roi, ils ne résistent pas, lors même qu'ils le pourraient : Cœdanticr
more bidentium. C'est une maxime admise en théologie que le martyr
ne combat pas : Martyr non pugnat. Il rend témoignage à la foi par
une mort, soufferte en haine de la religion et acceptée volontairement.
Les soldats qui meurent en combattant pour la foi sont récompensés
comme des héros chrétiens et non comme des martyrs. Ce n'est pas à
dire que leur gloire soit moindre devant Dieu. Il est des temps où il
faut mourir, et d'autres où le devoir est de combattre. — Et non resiitii t
in licatil mis pour le participe, non resistentem.
— 95 — Jac. v.
même annonce son avènement à ses juges, lorsqu'il leur
dit : « Vous verrez bientôt le Fils de l'homme assis à la
droite de la puissance de Dieu et venant sur les nuées
du ciel. » (S. Matth., xxvi, G4.) Par cette expression,
« vous verrez bientôt », amodo videbitis, il fait entendre
que nous devons toujours regarder comme prochaine la
fin du monde et le jugement universel.
Sachez donc attendre la venue du Seigneur, et prenez
exemple sur le laboureur. Ne voyez-vous pas comme il
attend avec patience les fruits précieux de la terre qu'il a
engraissée, cultivée, ensemencée ? Ecce aqricola exspec-
tat pretiosum fructum terrée, patienter ferens. Est-ce qu'il
se décourage pendant l'apparente stérilité de l'hiver et
des frimas? Non, il attend avec patience et il espère
avec confiance, jusqu'à ce qu'il recueille les fruits de la
première et de l'arrière-saison : patienter ferens, donec
accipiat temporaneum et serotinum.
Temporaneum, rptoiy.ov, malurum, les fruits précoces,
qui mûrissent de bonne heure. Semblable au laboureur,
le chrétien, qui va semant ses bonnes œuvres dans la
patience, recueille dès cette vie les fruits de la grâce,
comme ceux de la première saison ; et il moissonnera
dans l'autre vie ceux de la gloire, fruits abondants et
assurés de la saison dernière : temporaneum et seroti-
num. Tel est le premier sens.
Mais il y en a un second, qui paraît meilleur encore.
Avec temporaneum et serotinum, plusieurs sous-enten-
dent non pas fructum, mais imbrem, la pluie. De bonnes
éditions grecques donnent même : ë<oç Xàê>) uexcw -;<.Y<;;.ov
y.-j.\ Svptfxov, donec accipiat imbrem temporaneum et sero-
tinum. On entend par la première pluie celle d'automne
qui l'ail germer les semailles; et par la seconde pluie
celle du printemps qui nourrit et fait croître les moissons.
Toutes deux fécondent la terre, et elles sont abondantes
en Palestine. On les voit souvent mentionnées dans l'Ecri-
ture. Ainsi au Deutéronome : Dabit pluviam terrœ vestrœ
temporaneam et serotinam 1 .
leuter., \i, 1 1. De même dans Jérémie, v, 24 : Joël, u, 23; i >sée, vi, •'>.
— 96 —
Pretiosum fructum. Rien clans le monde n'est plus
précieux que les fruits de la terre : ce sont les vraies
richesses. Ils sont absolument nécessaires à notre sub-
sistance, et nulle industrie ne saurait les produire ou les
remplacer. Toute la science humaine ne peut pas créer
un épi de froment ; et si cet épi manque au riche, il
mourra sur ses monceaux d'or. Combien donc avons-
nous besoin de dire à Dieu chaque jour : « Donnez-nous
notre pain î »
8. Patientes igitur estote et vos, et confirmate corda ves-
tra, quoniam adventns Domini appropinquavit . Soyez
donc patients vous-mêmes dans les tribulations, et affer-
missez vos cœurs dans les persécutions que vous éprouvez
de la part des hommes. Ayez confiance : vous serez bientôt
consolés, délivrés, glorifiés, car l'avènement du Seigneur
est proche.
Saint Pierre déclarait aussi : que « la fin de toutes choses
approchait», omnium finis appropinquavit. (lPetr.,iv, 7.)
EtNotre-Seigneur dit lui-même dans l'Apocalypse: « Voilà
que je viens promptement ; oui, je viens promptement. »
Ecce venio cito ; etiam venio cito. (Apoc, xxii.)
Ne croyons pas que les Apôtres se soient mépris sur
l'époque de la fin du monde. Ils l'annoncent comme pro-
chaine, à l'exemple de Jésus-Christ et par son ordre ;
mais ils répètent en même temps que l'heure de ce grand
événement est inconnue : les anges même du ciel ne la
connaissent pas (S. Marc, xm, 82); et si les générations
passent sans que le inonde finisse, songeons que mille
ans devant Dieu sont comme un jour. (II Petr., m, 8.)
Adventus Domini appropinquavit. En effet, ce grand
jour approche incessamment; et lorsqu'il sera venu, nous
comprendrons combien a été court tout le temps qui l'a
précédé. (I Petr., iv, 7.)
Mais soit que le soleil doive encore tourner plusieurs
siècles autour de la terre, ou que les petits enfants qui
reçoivent maintenant le baptême soient destinés à voir
Jésus-Christ descendre du ciel, la fin du monde pour
chacun de nous est le moment où Jésus-Christ vient nous
— 97 — Jac, v.
appeler à comparaître devant son tribunal. Le jour du
Seigneur est le jour où chacun sort de ce monde. Diem
Domini, diem intellige judicii , dit saint Jérôme, sive
diem exitas aniuscu jusque de corpore. (In Joël, n, 23.)
Au jour du jugement universel, l'homme sera jugé sur
ce qu'il était au jour de sa mort, dit à son tour saint An-
Justin. In quo quemque invenerit suus novissimus dies,
in hoc eum mundi comprehendet novissimus dies ; quo-
niam qualis in die isto quisque moritnr, ta lis in die isto
judicabitur. (Epist. lxxx ad Hesych.) Moi qui écris, vous
qui lisez, disons tous deux : Pour moi, la fin du inonde
est proche.
Patientes estote, confirmate corda vestra. Dans les pays
chrétiens, où tous les hommes sont instruits des vérités
du salut, il s'en trouve peu qui n'aient quelque heureux
moment où ils se proposent de sauver leur àme; mais
un grand nombre se relâchent, leurs bons sentiments
s'évanouissent, et ils se perdent. Temporales sunty dit
Notre-Seigneur. (S. Marc.,iv, 17.) La vertu qui sauve est
celle qui persévère malgré les scandales et les tentations.
Donc soyez patients et constants, patientes estote ; donc
affermissez vos cœurs, confirmate corda vestra. C'est ce
que nous répète saint Jacques après le prophète David :
Exspecta Dominnm, viriliter âge, et confortetur cor tuum.
(^Ps. xxvi.)
9. Nolite ingemiscere fratres in alterutrum, ut nonjudi-
cemini. « Mes frères, ne portez point de plaintes les uns
contre les autres, afin que vous ne soyez point jugés. »
Les chrétiens n'ont pas seulement à endurer les injures
des ennemis de la religion, ils ont encore à souffrir de la
part des chrétiens mêmes. Des frères molestent leurs
propres frères, et ils les persécutent. Au lieu de murmurer
contre ces violences imméritées, gardons le silence, et abs-
tenons-nous de publier les torts de notre prochain, afin
de n'être pas jugés nous-mêmes avec sévérité.
I ta nVxige pas que nous fermions les yeux sur les scan-
dales qui éclatent parfois dans l'Eglise. Ne les imitons
pas, ne les excusons pas ; prions Dieu pour ceux qui tom-
ÉPITRB DE s. JACQUES 7
- 98 —
bent, et que la chute des autres nous avertisse de notre
propre fragilité.
Et pourquoi nous hâter de porter des plaintes contre
notre prochain? Voilà le Juge qui est à la porte; il va
tout à l'heure prononcer à chacun sa sentence. Hélas! au
lieu de condamner les autres, pensons que nous allons
être jugés nous-mêmes. Ecce jadex ante januam assistit.
Un second motif qui doit encourager les chrétiens à la
patience, ce sont les exemples des saints de l'Ancien
Testament.
10. Exemphtm accipite, fratres, exitus ?nali laboris et
palienliœ, prophetas qui locuti sunt in nomine Dornini.
« Prenez pour exemple, mes frères, la patience des
prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur, et consi-
dérez quelle a été l'issue des afflictions qu'ils ont endu-
rées (1). »
Qui locuti sioit in nomine Domini. Les prophètes an-
ciens parlaient au nom du Seigneur; ils avertissaient que
leur parole n'était pas leur parole, mais celle que Dieu
mettait dans leur bouche. Aussi répétaient-ils sans cesse :
Hœc dicit Dominus, « Voici ce que dit le Seigneur. » Et
néanmoins tous ces saints prophètes, qui étaient les mes-
sagers de Dieu, ont été persécutés. C'est ce que l'histoire
nous raconte d'Elie, Amos, Isaïe, Jérémie, et de plusieurs
autres. « Quel est celui des prophètes que vos pères n'ont
pas persécuté? » disait saint Etienne aux princes des
Juifs. Quem prophetarum non persecuti sunt patres vestri?
(Act., vu, 52.)
(1) En grec, 'wnààetjftx MS*Tefé3s'kfOi1 rfjç /.«./.o-a.0ti'xç xat\ r?,ç /Hox/poluplftf
toxjç Tîpo'fr-ctï, exemplum accipite, fratres, affiietionis et patientiœ
prophetas. Le mot xzKo-ùQziy. (de xoxov -is^w, tnalum patior) signifie
màLorum perpessio, souffrance de mauvais traitements. Le traducteur
rend /soro-i.tfîta par les deux mots malus labor, qui sont le synonyme
à'œrumna. Comme cette phrase est obscure, on aura voulu l'expliquer
en ajoutant exitus. C'est donc comme s'il y avait : Videte, fratres,
qualis fuerit exitus nxalorum quœ perpessi sunt, et patieritiœ quant
exhibuerunt prophetœ. Le mot finem du verset suivant confirme cette
interprétation ; car finis a le même sens qyCexitus. L'édition Sixtine
porte simplement : Exemplum accipite, fratres, laboris et patientia>
prophetas.
— 99 — Jac, v.
11. Ecce beatipcamus eos qui susthmeriint. « Vous voyez
que nous appelons bienheureux ces grands hommes qui
ont souffert des tribulations. » Ainsi vous avez appris,
dans les saintes Ecritures, la patience de Job, et vous
avez vu la fin que le Seigneur a donnée à ses maux. Il lui
a rendu la santé, il l'a comblé de richesses, il lui a donné
une longue vie et une nombreuse postérité. « Car le Sei-
gneur est plein de compassion et de miséricorde » pour
ceux qui le servent dans la patience. Sufferentiam Job
et finem Domini vidistis, quoniam misericors Dominus est
et miserator.
Notons en passant que Job n'est point ici un person-
nage inventé, mais un saint qui fut un admirable modèle
de patience. Le sentiment des anabaptistes et de quelques
anciens rabbins, qui ont regardé Job comme le héros
fabuleux d'un poème, n'est pas soutenable. Nous voyons
le prophète Ezéchiel nommer jusques à quatre fois Noé,
Daniel et Job comme trois hommes justes. (Ezech., xiv,
14.) L'histoire de Job n'est donc pas moins réelle que
celle de Daniel et de Noé.
L'Apôtre achève sa lettre par plusieurs préceptes dé-
tachés. Le premier concerne le jurement.
12. Ànte omnia autem, fralres met, nolite jurare neque
per cçelum, neque per terrain, neque aliud quodcumque
jUramentum. SU autem sermo vester Est, est; Non, non;
ut non sud judicio decidatis. « Mais avant toutes choses,
mes frères, ne jurez ni par le ciel ni par la terre, ni par
quel qu'autre chose que ce soit. Contentez-vous de dire :
ou cela n'est pas », afin de n'être point con-
damnés. i
On voit ici résumée la belle instruction de Notre-Sei-
gneur sur le serment, qu'on lit dans saint Matthieu (v, 34).
Jurer pour on motif grave n'est pas un péché; c'est
même un acte religieux par lequel on rend hommage à la
■ cil.'- divine. Aussi les divines Ecritures nous oflïent-
elles plusieurs exemples de serments qui ont été dictés
par le Saint-Esprit (Rom.. i. 9; Il Cor., i. 23 et n, 17.)
Saim Jacques, aussi bien que Notre-Seigneur, défend de
tf \
— 100 —
jurer pour un léger motif, car c'est alors une grande
irrévérence envers Dieu (1).
Sit antem sermo vester Est, est; Non, non. En grec, vjtm
os ujaôv xh val val, xal xh ou ou. Littéralement : « que votre oui
soit oui, et que votre non soit non. » C'est-à-dire, lorsque
vous voulez affirmer quelque chose, contentez-vous de
dire : oui ; et lorsque vous niez, dites simplement : non (2).
Ut non sub judicio decidatis. Erasme en 1543 et Robert
Estienne en 1569 impriment dans leurs éditions, d'après
certains manuscrits : iva u.-^ eîg &7roxptffiv ttst^te, ut ?io?i in
liypocrisin ou in simulationem decidatis. Nous voyons là
un curieux exemple de mauvaise lecture. Le texte por-
tait : INAMHYnÔKPISINHESHTE. Un copiste ignorant lit :
67rdxp'.civ en un seul mot, au lieu de ÛTtoxpfoiv en deux mots,
et il ajoute de lui-même si; qu'il croit nécessaire. Voilà
comment s'introduit une leçon absurde f Elle est suivie
par Œcuménius, par Théophylacte; et malgré la Vulgate,
malgré le Syriaque, malgré les plus anciens manuscrits
(nAB), elle a persisté jusqu'en ces derniers temps. De
même, nous verrons dans la seconde Epître de saint
Pierre un copiste sans intelligence lire et écrire èvxaTotxôv,
au lieu de ïjv, xa-roixâW. (II Petr., n, 8.)
13. Tristatur aliqitis vestrum ? oret. « Quelqu'un parmi
vous est-il dans la tristesse ? qu'il prie. »
Tristatur? xaxoTraGsï; an aliquid mali patitnr? Si quel-
qu'un souffre des douleurs, ou des chagrins, ou des vexa-
tions de la part des hommes, au lieu de gémir ou de
murmurer, qu'il prie, et il recevra de Dieu force et con-
solation. C'est ainsi que Notre-Seigneur, dans la tristesse
de son agonie, prolongea sa prière, et un ange vint du
ciel le fortifier.
(1) Noèl-Alexandre commente fort bien la pensée de l'Apôtre : Summa
vigilant ia attendite ne temere, per impatientiam , ex prara consuetu-
dine, nulla necessitate compidsi, juretis.
(2) On doit ordonner ainsi les mots latins : Sermo vester Est sit Est-
et sermo rester Non sit Non. On explique de la même manière le texte
de saint Matthieu, (v, 37.) Car, bien que le grec soit moins précis dans
l'Evangéliste , on ne peut douter que les Apôtres n'aient voulu rap-
porter fidèlement la pensée de Notre-Seigneur.
— 101 — Jac, v.
De même le saint roi David disait à Dieu : Sauvez
votre serviteur qui espère en vous, ô mon Dieu. Rendez
l'allégresse à l'âme de votre serviteur. Saluam fac se?*-
vum tuum, Deus meus, sperantem in te; tsetifica animant
servi lui. Et bientôt après il remerciait Dieu en disant :
Seigneur; vous m'avez secouru et vous m'avez consolé.
Tu Domine, adjuvistime et consolalus es me. (Ps. lxxxv.)
JEquo animo est? psallat. Quelqu'un est-il dans la
joie? qu'il chante de saints cantiques. TaXÀs™, qu'il
chante des psaumes en louant Dieu et le remerciant de
ses bienfaits. Qu'il chante, par exemple, ce beau psaume
de David : « Mon âme, bénissez le Seigneur, et que tout
ce qui est en moi bénisse son saint nom. » Benedic anima
mea Domino, et omnia quœ intra me sunt nomini sancto
ejus. (Ps. en.) Ces chants divins fortifieront sa joie et
son amour.
14. Infirmatur quisin vobis? inducat presby ter os Eccle-
s'uv, et orent super eum. ungentes eum oleo in nomine
Domini. « Quelqu'un parmi vous est -il malade? qu'i
appelle les prêtres de l'Eglise, et qu'ils prient sur lui en
l'oignant d'huile au nom du Seigneur. * Ce texte est fort
important : on y voit l'institution, les efifets , la ma-
tière, le sujet et le ministre du Sacrement de l'Extrême-
Onction.
Il est de foi : 1° que l'Extrême-Onction est un Sacre-
ment institué par Notre-Seigneur; 2° que ce Sacrement
est désigné et promulgué par saint Jacques. Ainsi l'a
défini le Concile de Trente contre Luther, Calvin et quel-
ques théologiens imprudents qui ne voyaient dans l'Onc-
tion des malades qu'un rite pieux reçu de l'antiquité.
Si qui s dixerit Extremam Unctionem non esse vere et
proprie Sacramenium a Christo Domino nostro instilu-
tum, et a H<'<ito Jacobo apostolo promulgation, sed ritum
tantum acceptum a Patribus, aut figmentum humanum,
anathema sit (1).
(1) Lorsque Jésus envoya Les Apôtres annoncer le royaume dos cieux
et prêcher la pénitence dans les bourgs de la Judée, on voit qu'ils oi-
gnaient Lee malades avec de L'huile et qu'ils Lee guérissaient : Ungebant
— 102 —
In/innatur. Il s'agit d'une maladie grave qui met la vie
en péril. Hoc sacramentum nisi in/irmo de cujus morte
timetur, dari non débet, dit le Concile de Florence.
Inducat, RpracoXesKaâ*», accersat, adcocet. Que le malade
appelle le prêtre; qu'il n'attende pas que ses amis et ses
parents, ayant perdu toute espérance, lui proposent de
recevoir le sacrement des infirmes : qu'il le demande
lui-même.
Inducat, qu'il appelle les prêtres. Ce mot fait aussi
entendre que le sacrement de l'Extrême-Onction est ins-
titué pour les adultes qui ont atteint l'usage de la raison
et pu commettre des péchés.
Presbyteros Ecclesiœ. Pour administrer ce sacrement,
il faut être ordonné prêtre : oui episcopi ant sacerdotes,
dit le Concile de Trente, et le saint Concile frappe d'ana-
thème ceux qui soutiendraient le contraire.
Presbyteros, « les prêtres. » Ce pluriel veut dire quel-
qu'un des prêtres; car un seul suffit. Mais d'après la
doctrine de l'école., confirmée par l'ancienne coutume de
plusieurs églises, ce sacrement admet la pluralité des
ministres, chacun faisant, par exemple, une des onctions
prescrites. (Theol. Yirceburg.)
Et orent super eum. Que les prêtres non seulement
prient pour lui, mais qu'ils prononcent sur lui les prières
réglées par l'Eglise. Voilà la forme du sacrement indi-
quée : ce sont les prières que récite le ministre en faisant
les onctions.
Ungentes. L'action d'oindre le malade est la matière
prochaine du sacrement. — Oleo, sXai'io, l'huile d'olive
bénite en est la matière éloignée.
Enfin in nomme Domini, t au nom du Seigneur », cela
veut dire que l'onction doit être faite en invoquant le
nom du Seigneur, en vertu de l'institution du Seigneur,
selon son ordre et par un ministre qui le représente.
15. Et oratio fidei salvabit infirmum, et alleviabit eum
oleo multos œgros, et sanabant. (S. Marc, vi, 13.) Mais cette onction
n'était que la figure du Sacrement qui fut plus tard institué par Notre-
Seigneur.
— 103 — Jae., v.
Domimis ; et si in peccatis sit, remittentur ei. « Et la prière
de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le soulagera,
et s'il a commis des péchés, ils lui seront remis, i Ces
paroles expriment la grâce spéciale qui est l'effet du
sacrement.
Oratio fidei, la prière de la foi, ce sont les paroles du
sacrement que la foi nous propose et que l'Eglise fait pro-
noncer par ses prêtres : Per istam sanctam unctionem, et
suam piissimam miser icordiam, indulrjeat tibi Deusquid-
quidper v/'sum etc., deliquisti.
Salvabit infinnwn. Le sacrement sauvera le malade.
Le corps sera sauvé et l'âme aussi; la santé sera rendue,
et les péchés seront effacés. Mais pour que le sacrement
rende la santé du corps, il ne faut pas attendre que le
malade soit tellement désespéré qu'il ne puisse guérir
sans miracle. La guérison du corps nous est présentée
comme un effet propre du sacrement (1).
Salvabit. Ce mot est expliqué par les deux phrases
suivantes : Et alleviabit eum Dominas, et si in peccatis
sit, remittentur ei. « Et le Seigneur le soulagera, et s'il a
commis des péchés, ils lui seront remis. »
D'abord, alleviabit eum, èyspst ocjtov, eriget eum. La
prière le lèvera de son lit, ou du moins elle le soulagera;
elle le guérira, ou apaisera ses douleurs; elle lui donnera
le calme avec les forces dont il aura besoin pour souffrir
avec patience et pour se préparer à paraître devant Dieu.
Le saint Concile de Trente dit, en expliquant ces paroles,
que le malade reçoit quelquefois, par la vertu de ce sa-
creiiK'ui. la santé du corps, lorsque cela est utile pour le
salut de son àme. Sanitatem corporis interdum, ubi saluti
animm expédier it, consequitur. (Conc. Trid. Sess. XIV.)
Kn tiirt. dans ce sacrement comme dans tous les autres,
dut de l'Ame est l'objet principal.
L'onction des infirmes ne doit donc point -effrayer les
ehn-tini-. puisque c'est un remède salutaire et surnaturel.
nluni ministretur œgroto, dam integris
nec differatur dum omnibus pêne sensibles destituées
' OU . M- ii.'lan.riM' iv.)
— 104 —
Des malades sont rendus à la santé par ce sacrement ;
nous en avons lu beaucoup d'exemples, dit Corneille La-
pierre; nous en avons vu beaucoup nous-même, ajoute-
t-il, et nous en voyons de nouveaux tous les jours.
Cette grâce apparaît souvent dans les pays où la foi et
la piété se conservent. L'onction sainte rend une force
nouvelle à des malades désespérés, et des années viennent
s'ajouter à une vie qui semblait s'éteindre.
Quant à l'effet spirituel du sacrement, il est toujours
produit, lorsque le malade a les dispositions convenables.
Les péchés véniels, les péchés même mortels qu'il n'aurait
pu confesser, lui sont alors pardonnes, et la peine qui
leur est due, est remise selon la perfection du repentir.
Et si in peccatis sit, remittentur ei. Ainsi l'explique le
saint Concile de Trente : Cujus unctio delicta,si quœ sint
adhuc expianda, ac peccati reliquias abstergit. Le sacre-
ment de l'Extrême-Onction est donc le complément de
celui de la Pénitence.
En outre, la grâce du sacrement excite dans le malade
une grande confiance en la miséricorde du Seigneur et
lui donne la force de résister aux tentations suprêmes
du démon. Allevatur enim et erigitur œgri animus divinœ
bonitatis spe; eaque conftrmatus morbi incommoda omnia
fert levius, ac ipsius dœmonis calcaneo insidiantis arti-
ficium et calliditatem facilius e/iidit. (Concil. Trid.)
C'est donc une cruauté de tromper sur la gravité de
son état un malade religieux, et de le laisser mourir sans
le secours de l'Extrême-Onction.
16. Confitemini ergo alterutrum peccata vestra, et orate
pro invicem, ut salvemini. « Confessez donc vos péchés
l'un à l'autre, et priez les uns pour les autres, afin que
vous soyez sauvés. »
On cherche le rapport entre cette pensée et la précé-
dente. Il semble qu'on peut les lier ainsi : L'onction avec
la prière sauve les malades. Priez donc les uns pour les
autres, en confessant vos péchés les uns aux autres, afin
d'être sauvés (1).
(1) Ergo, ol>-K La conjonction eùv manque dans plusieurs exemplaires
— 105 — Jac.} v.
Ut salvemini, en grec 07rwç laO/j-rs, ut sani fiatis. Confes-
sez les maladies de votre âme et priez afin d'en être gué-
ris. Ce verbe Laô^xs fait mieux apercevoir le rapport qu'il
y a entre l'Onction des infirmes, la confession et la prière.
Toutes trois « guérissent » les blessures que le péché fait
à l'àme.
Confitemini alterutrum. « Confessez vos péchés les uns
aux autres. » Il y a deux interprétations. Premier sens :
non seulement vous confesserez vos péchés tout bas
devant Dieu; mais vous les confesserez l'un à l'autre;
homme, vous les confesserez à un homme qui a reçu de
Jésus-Christ le pouvoir de les pardonner; laïque ou prêtre,
vous confesserez vos péchés au prêtre ou à l'Evêque,
en déclarant l'espèce et le nombre de vos fautes, peccata
vestra.Iu expression confitemi?ii alterutrum ou invicem ne
suppose pas nécessairement la réciprocité, de telle ma-
nière qu'on puisse se confesser indifféremment les uns
aux autres, pr.ètres aux prêtres, et laïques aux laïques.
Quand saint Paul dit aux Romains suscipite invicem,
« secourez-vous les uns les autres », il entend que les
forts secourront les faibles- firmi infirmas , comme il venait
de l'expliquer : Debemus nos firmiores imbecillitates infir-
morum sustinere. (Rom., xv.) De même lorsqu'il dit aux
Ephésiens : Soyez soumis les uns aux autres dans la
crainte du Seigneur, Subjecti invicem in timoré Christi
(Eph., v, 21), il n'entend certainement pas que tous seront
soumis à tous, mais les enfants à leurs parents, et les in-
férieurs aux supérieurs. Le mot alterutrum n'empêche
donc point de voir ici, dans le texte de saint Jacques, la
confession sacramentelle faite au prêtre. Au contraire, ce
mot nous fait entendre combien elle doit nous paraître
facile, puisque nous révélons notre âme à des hommes
semblables à nous, fragiles comme nous, obligés comme
nous de confesser aussi leurs propres faiblesses, afin d'en
obtenir le pardon. Nous sommes donc sûrs de trouver dans
leur cœur indulgence, miséricorde et sympathie.
grecs : mais les trois meilleurs la donnent comme la Vulgate, et il faut
la retenir.
— 101) —
Confttp/nini altertttrum. Mais il y a un second sens :
Confessez vos péchés mutuellement et humiliez- vous
ensemble devant Dieu, le priant les uns pour les autres
afin qu'il vous pardonne. Cette confession mutuelle se fait
dans l'église au commencement de la messe, et aussi
dans chaque famille chrétienne, matin et soir, lorsqu'on
récite le Confiteor en faisant la prière commune. On s'ac-
cuse alors publiquement d'avoir péché, et l'on se frappe
la poitrine devant Dieu et devant les hommes, mais sans
désigner aucune faute.
Ces deux interprétations sont bonnes, elles ne font
point violence au texte, et l'une n'exclut pas l'autre. Nous
croyons que toutes deux sont ici indiquées; mais la con-
fession mutuelle, liturgique, celle du Coiifiteoi* récité
chaque jour en commun, nous semble plus directement
exprimée par l'Apôtre. Il nous recommande, lorsque nous
voulons adresser une prière à Dieu, de commencer par
nous abaisser devant lui, en faisant l'humble aveu de
nos fautes (1).
Et orate pro invicem, ut salvemini. « Et priez les uns
pour les autres, afin que vous soyez sauvés. » Saint
Jacques a noté en passant la confession : les fidèles
recourront à ce moyen de guérir leur âme blessée par le
péché. Mais il insiste sur la prière, qui doit être assidue,
parce qu'on a toujours besoin de prier pour soi-même et
pour les autres.
Or, ajoute-t-il, la prière du juste est très puissante
auprès de Dieu lorsqu'elle est faite avec instance. Mullum
valet deprecatio justi assidua (2). La prière même du
pécheur lui obtient la grâce du salut, s'il prie avechumi-
(1) Peccata vestra, rà -ucy-zo'jfxura.. Le mot Tray9â7TTw//.«, lapsus, désigne
surtout une faute de fragilité, commise par inadvertance, négligence,
manque d'attention et de prudence, une de ces fautes qui échappent
fréquemment et dont on se purifie sans recourir à la confession sacra-
mentelle.
(2) Deprecatio assidua, en grec 6z?,5iç htspyoupéir% deprecatio attenta,
intenta. C'est une prière faite avec un grand désir d'obtenir ce que l'on
demande. Le latin assiduus ne renferme pas seulement l'idée de conti-
nuité, mais encore celle de diligence et d'insistance.
— 107 — Jac, v.
litéj comme faisait le publicain. Quant au juste, il est
toujours exaucé lorsqu'il demande des grâces spirituelles
pour lui-même, dit saint Thomas; et il l'est souvent lors-
qu'il en demande pour les autres. Car Dieu fait la volonté
de ceux qui le craignent, et il exauce leur prière, dit le
prophète David. Vohintatem timenlium se faciet, et depre-
cationem eorum exaudiet. (Psalm. cxliv.) Au commen-
cement de l'Epître, saint Jacques nous avait exhortés à
prier pour nous-mêmes, ici il nous engage à prier pour
le prochain.
Un exemple va montrer combien une fervente prière
est puissante auprès de Dieu.
17. Elias homo erat similis nobis passibilis ; et oralione
oravit ut non plueret super terrain , et non pluit annos
très et menses sex. Elie était un homme comme nous
sujet à toutes les misères de la vie. Cependant il pria
avec instance pour qu'il ne plût pas, et sa prière fut
exaucée : la pluie ne tomba point sur la terre de Samarie
pendant trois ans et six mois, afin de punir les impiétés
d'Achab et des tribus d'Israël.
Similis nobis passibilis, en grec b[LQumdti\ç fytfv, similiter
ut nos passibilis, et iisdem obnoxius œrumnis. Il était
exposé aux mêmes inlirmités que nous, à la faim, à la
soif, aux chagrins, aux misères de la vie mortelle et à
des tentations semblables aux nôtres, passibilis ut nos, et
7neniis fragilitate et camis, dit le vénérable Bède.
Elias. Cette histoire est racontée au IIIe livre des
Rois (ch. xvn). Elie dit à Achab, qu'il avait plusieurs
fois repris de ses impiétés : i Vive le Dieu d'Israël devant
lequel je suis ! Il ne tombera, pendant les années qui vont
venir, ni rosée ni pluie, que selon la parole qui sortira
de ma bouche. » Et les cieux furent fermés.
Orattané oravii ut non plueret super terrain, « il pria
•■<• insîjince pour qu'il oe plût point. » Tel est le sens
des deux termea gémifiés: l'iiébraïsme orationc oravit ou
bien orando oravit. marque une prière faite avec un désir
Intense : onstiont intenta precatus est.
Et non p/nit nnnos très et menses sex. Elie demeura
— 108 —
caché pendant quelque temps près du torrent de Carith,
où il était nourri par des corbeaux qui lui apportaient
matin et soir du pain et de la viande ; et il buvait de
l'eau du torrent. Quand le torrent fut desséché, il se rendit
par ordre de Dieu à Sarepta, et une veuve nourrit le
prophète.
L'auteur du livre des Rois dit que la « troisième année »,
aiino tertio, Elie par l'ordre du Seigneur alla trouver
Achab pour lui annoncer qu'il allait faire tomber la pluie
sur la l'ace de la terre. Il n'y a point de contradiction
entre l'Àpùtre et l'historien. Car il est possible que l'his-
torien compte les années depuis le séjour d'Elie dans
Sarepta. En outre, selon le style de la Bible, on considère
comme troisième année tout le temps qui s'écoule jusqu'à
ce que la quatrième soit accomplie (1). Nous disons nous-
mêmes qu'un homme a trente ans, lorsqu'il n'en a pas
trente et un complets.
Pour l'addition des « six mois », c'est un détail trans-
mis par la tradition orale ou par des livres historiques
que nous ne possédons plus.
Mais ce nombre de trois ans et six mois que dura la
sécheresse au temps d'Elie était si bien connu des Juifs,
que Notre-Seigneur lui-même le cita dans la synagogue
de Nazareth : Miiltœ viduœ cranl in die bus Eliœ in Israël,
dit-il, quando clausum estcœhim annis tribus et mensibus
sex. (S. Luc, iv, 25.)
18. Et rursum oravit : et cœlum dédit pluviam, et terra
dédit fructum suum. « Et le prophète pria de nouveau,
et le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit. »
On lit en effet au IIIe livre des Rois qu'après beaucoup de
jours de sécheresse, Elie étant monté sur le mont Carmel,
s'agenouilla, se mit en prière, en penchant sa tête vers la
terre, et il tomba une grande pluie. (IIIReg.,xvin.)
Oravit ut non plueret. Une prière d'Elie ferma les cieux,
une nouvelle prière d'Elie les ouvrit. Quelle puissance
(1) Ainsi on lit au IIIe livre des Rois (ch. il, v. 11) que David régna
sept ans dans Hébron ; et le Ior livre des Paralipomènes (c. m, v. 4)
nous apprend qu'il y régna sept ans et six mois.
— 109 — Jac, v.
n'aura donc pas la prière assidue, répétée et persévérante
d'un grand nombre de justes unis ensemble pour demander
à Dieu la même grâce? Et qu'on ne dise pas qu'Elie fut
exaucé parce qu'il était prophète : saint Jacques nous
déclare qu'il ouvrit et ferma les cieux par sa prière,
quoiqu'il fût un homme semblable à nous : Homo erat
similis nobis. Oh ! que la prière publique de l'Eglise serait
puissante, si elle était faite avec dévotion dans toutes les
paroisses !
Saint Jacques vient d'exhorter les fidèles à prier les
uns pour les autres, parce que la prière du juste est
puissante auprès de Dieu. De là il tire une importante
conclusion, par laquelle il termine.
19 et 20. Fratres mei, si quis ex vobis err averti a veritale,
et converterit quis eum, scire débet quoniam qui con-
verti fecerit peccatorem ab errore viœ suœ salvabit ani~
muni ejus a morte, et operiet multitudinem peceatorum.
Priez donc avec ferveur les uns pour les autres. Car,
mes frères, si l'un d'entre vous s'égare du chemin de la
vérité (1), et si quelqu'un l'y fait rentrer par ses prières
ou par ses conseils, qu'il sache bien que celui qui con-
vertira un pécheur et le retirera de son égarement, sau-
vera de la mort l'âme de son frère et couvrira la multi-
tude de ses péchés.
On voit ici l'excellence de la prière pour la conversion
des pécheurs. Cette prière est puissante, surtout lors-
qu'un grand nombre d'àmes justes s'unissent ensemble
pour implorer le Seigneur. Cette prière des justes, lors-
qu'elle est assidue et faite de concert, obtient aux pé-
cheurs des grâces de salut. Elle donne une force efficace
aux paroles du prédicateur; elle soutient le missionnaire
dans ses travaux, elle le sauve dans ses dangers et ne lui
est pas moins nécessaire que l'aumône.
Saint Jacques montre ensuite quelle œuvre admirable
est la conversion d'un seul pécheur. Convertir un pécheur,
(1) Si qui* erraverit a veritate. La vérité religieuse comprend la foi
<-t la morale. Ici la vérité .signifie spécialement In loi de Dieu qui est
la véritable règle des actions du chrétien.
— 110 —
c'est sauver l'âme d'un frère, l'arracher aux flammes
éternelles, l'introduire dans les cieux où il louera Dieu
sans fin. C'est en outre donner son complément à la pas-
sion même de Notre-Seigneur Jésus-Christ en couvrant,
en expiant, en effaçant une multitude de péchés, qui
étaient une injure à Dieu.
Salvabit animant ejus. Le monde entier n'égale pas le
prix d'une âme. Donc, si vous aviez distribué aux pauvres
d'immenses trésors, vous n'auriez pas fait une action
aussi belle que celui qui convertit et sauve une seule
âme, dit saint Chrysostome (1).
Hélas ! combien d'âmes, rachetées au prix du sang de
Jésus-Christ, se perdent par la négligence de leurs amis,
de leurs parents, de leurs pasteurs î Un mot eût pu les
sauver : on ne Ta pas osé dire. 0 pasteurs, instruisez,
exhortez, parlez avec charité ! Si l'on ne vous écoute pas,
du moins vous aurez délivré votre âme. Surtout priez.
Salvabit animam ejus (2). Quelques-uns traduisent :
Salvabit animam saam. « Celui qui convertira un pé-
cheur sauvera lui-même son âme. » Ce sens peut se con-
cilier avec le grec et même avec le latin. Ne le rejetons
pas. C'est la leçon de quelques exemplaires ; et d'ailleurs,
il est certain que travailler au salut des pécheurs est un
excellent moyen de se sauver soi-même et de mériter
dans les cieux une éternelle récompense. Et rêvera qui
errantem corrigif, dit le Vénérable Bède, sibimetipsi per
hoc vitœ cœlestis gaudia ampliora conquirit.
Et operiet multitudinem peccatorum, et il couvrira une
multitude de péchés. Il couvrira ceux du frère qu'il a
(1) OÙx é'ort \>'J'/J,$ ovfk* ùvtûÇl'jv, oifct h K'izixoi «t:îc>. 'iisrr y.y.\> fjn>f,ix oûç
XCrifistXK ïtsvtjaiv, oùâk'J zotrizov if,yâ*rlt oio j b fxkt'J fvxÔ? iltlvtpéfWJ, (S. Chr\s.
in I Cor. Ilom. ni, n. 5.)
(2) Les éditions grecques varient entre Mfoci ■l'jyj,-', et i^zzi fu^ps» ts&roïi,
mtlvàbii animam, et salvabit animam ejus. « Il sauvera une âme «, ou
« il sauvera l'âme de ce pécheur. » — Saint Jacques s'inspire de [a pa-
role «le Notre-Seigneur : Allez, reprenez votre frère en particulier. S'il
vous écoute, vous aurez gagné votre frère. Vade, corripe eum inter te et
ipsum solum. Si te audierit, lucratus eris fratrem tuvm. (S. Mat th.,
xvni, 15.)
— 111 — Jac, v.
converti et les siens propres; il cachera ces péchés, ils
seront effacés, Dieu même ne les verra plus (1).
C'est lini. Saint Jacques ne termine son Epitre ni par
une salutation, ni par une doxolcgie, comme font les
autres Apôtres. En effet, ce petit ouvrage, remarquable
môme au point de vue de la composition littéraire, est
moins une Epitre qu'un recueil de maximes, de préceptes,
de pensées salutaires. Quand l'Apôtre a dit tout ce qu'il
voulait écrire aux fils d'Israël devenus chrétiens et ré-
pandus parmi les Gentils, il n'ajoute plus rien.
Lisons, relisons, répétons aux autres et à nous-mêmes
chacune de ces bonnes pensées dictées par l'Esprit-Saint.
(1) Que les mots operire, tegere peccata signirient effacer les péchés,
delere peccata, cela est prouvé par ce texte du Psaume xxxi : Beati quo-
rum remisses sunt iniquitates, et quorum tecta sunt peccata. La symé-
trie de lajphrase indique que remittere et tegere sont synonymes.
COMMENTAIRE
SUR LA
> /
PREMIERE EPITRE DE SAINT PIERRE
1 PITRS8 CA1 n< UylES
PREFACE
1. Saint Pierre adresse cette Epître aux Israélites convertis
qui étaient dispersés dans plusieurs provinces de l'Asie Mi-
neure. Mais comme ils formaient une seule Eglise avec les
Gentils «pii avaient aussi embrassé la religion chrétienne, on
doit reconnaître que les paroles de saint Pierre regardent tous
les fidèles de ces contrées, ou plutôt les chrétiens de tous les
siècles.
Il les exhorte à pratiquer la vertu à cause des grâces qu'ils
ont reçues de Dieu, et en vue des biens admirables qui leur
sont préparés dans le ciel.
Il leur recommande, en particulier, l'union des sentiments,
la patience dans les tribulations, la vigilance sur eux-mêmes
et la soumission aux puissances temporelles.
Puis, entrantdans Le détail des diverses conditions, il ordonne
aux esclaves d'obéir à leurs maîtres, et il prescrit aux femmes
d'être Boumises à leurs maris. De même, les maris doivent vivre
emmes selon La sagesse, et les traiter avec honneur.
Ensuite il -"adresse aux pasteurs, c'est-à-dire aux évêques
et aux prêtres, et il Les exhorte à prendre soin du troupeau
que 1 Heu Leur a confié.
Par ci résumé, l'on voit que saint Pierre se propose moins
d'en aux fidèles Les dogmes de La religion, que de les
soutenir au milieu des persécutions qu'ils souffraient de La part
des Juifs incrédules <'t des Gentils idolâtres, il les encourage
à demeurer fermes dans La foi, à régler leur conduite sur la
foi, e< il montre que Leur foi est appuyée sur un fondement
inébranlable.
— 11G —
2. Cette Epitre est écrite de Babylone; mais saint Pierre
veut par là faire entendre la ville de Rome, qui est aussi
désignée cinq ou six fois dans l'Apocalypse par le nom de
Babylone, comme le remarque Tertullien : Sic et Babylon
etiam apud Joannem nostrum Romance urbis figura est,
(Contra Marcion., lib. III, c. xni.)
3. On discute sur l'époque où cette lettre a été composée. Les
uns pensent qu'elle a pu être écrite dès l'an 43 ou 44, pendant
le premier séjour de saint Pierre à Rome : les autres la reportent
à vingt ans plus tard, quand Néron commençait à persécuter les
chrétiens. Ils s'appuient sur ce mot de l'Apôtre : « Sachez que
vos frères qui sont dans le monde souffrent les mêmes afflictions
que vous (v, 19). » Mais les chrétiens ont, dès l'origine, subi
en tous lieux des vexations de la part des Juifs et des païens.
Une autre raison qu'ils font valoir, c'est qu'on note dans
cette Epître des pensées, des maximes et même des expres-
sions qui se retrouvent dans l'Epître de saint Paul aux Ro-
mains (c. xn et xiii), et dans celle aux Ephésiens. De là, ils
concluent que saint Pierre avait sous les yeux ces deux der-
nières Epîtres, lorsqu'il écrivait la sienne. Elle serait donc
postérieure à l'an 62. Mais outre que le Saint-Esprit suggérait
la même doctrine aux deux Apôtres et que l'expression suit
facilement la pensée, on peut dire que les ressemblances
remarquées dans leurs écrits s'expliquent naturellement par
les relations que saint Pierre et saint Paul ont eues ensemble
à Jérusalem et à Antioche. On explique de même les passages
analogues des Epîtres de saint Jacques et de saint Jean. Ces
phrases similaires, dont chacune conserve son trait propre,
ne doivent pas surprendre dans les disciples du même maître
et chez les prédicateurs de la même doctrine.
L'avant-dernier verset de cette Epître nous semble four-
nir une indication meilleure. On y voit que saint Marc était
alors à Rome auprès de saint Pierre : Salutat vos Marcus,
filius meus. Or, saint Marc quitta saint Pierre pour aller
fonder l'Eglise d'Alexandrie vers l'an 45. Cela paraît trancher
la question ; car il n'est pas vraisemblable que le Marc dont
parle saint Pierre soit différent de l'Evangéliste. Il en faut
conclure que cette Epître est antérieure à l'an 45.
— 117 —
\. On sent en la lisant une autorité digne du Prince des Apô-
tres. Le style est noble, précis, plein de force. Il dit beaucoup
de choses en peu de mots. Epistolam profecto dignam apo-
stolorum principe, dit Erasme, plénum auctoritatis ac
majestatis apostolicce, verbis parcam, sententiis differtam.
En examinant et en pesant chaque terme, on retrouve, pour
ainsi dire, toute la substance de l'Evangile condensée dans ce
petit nombre de pages.
La période de saint Pierre se prolonge de temps en temps,
comme celle de saint Paul. 11 y insère des parenthèses ; sur-
tout, il aime à enchaîner plusieurs membres de suite an moyen
de participes et de pronoms conjonctifs. Gela rend sa phrase
parfois dificile à entendre lorsqu'on n'y est pas habitué.
5. On n'a jamais douté que cette Epître ne fût l'œuvre de
saint Pierre. On en remarque jusqu'à huit passages insérés
dans la lettre de saint Polycarpe aux Philippiens. Eusèbe
déclare qu'elle a pour elle le témoignage unanime des anciens
auteurs ecclésiastiques, qui la citent souvent dans leurs écrits.
Pétri quidem una Epistola quœ prior ejus dici solet, tum-
quam germana ab omnibus sine conlroversia admittitur.
Cujus etiam testimonio veleres religionis nostrœ antistites,
a (pote extra omnem dubitationem positœ, in script is sais
frequentissime nsi sunt, (Hist. Eccl., lib. III, c. in.)
Elle est citée par saint Irénée (adv. Haer., lib. IV, c. ix) :
Petrus ail in Episfola saa : Quem non videntes diligitis.
(I Petr., i. «s.) Clément d'Alexandrie en insère dans ses Stro-
mates la maxime suivante : Sed si quid patimini propter
justitiam,beati,dicit Petrus. il Petr., ni, 14. — Strom.,1. IV.)
Elle <'>t enfin citée dans Tertullien, Origène, saint Cyprien et
t< "i- Les Pères qui viennent après ceux-là.
f'. L'on convient aussi que le t.xte grée n'est pas un,' traduc-
tion, mais l'original même. Quant à savoir si saint Pierre en
seul L'auteur, ou bien -"il en a fait corriger !<• style par saint
Marc «-H par un autre secrétaire, cela n'importe guère, puisqu'il
a tout dicté ou tout approuvé >'»us L'inspiration du Saint-Esprit,
Nous croyons cependant que saint Pierre, qui avait reçu 1'' 'Ion
des langues au jourde la Pentecôte, <'t qui prêchait L'Evangile
• •il grec aux hommes Les plus illustres de L'Empire, -avait assez
— 118 —
de grec pour rédiger lui-même cette Epître, telle que nous
l'avons. Saint Jacques et son frère saint Jude, qui n'avaient
pas plus fréquenté les écoles que saint Pierre, ont écrit leurs
Epîtres dans un fort bon style.
On remarque que, parmi les écrivains du Nouveau Testament,
saint Pierre est celui qui cite le plus fréquemment l'Ancien ;
et il le fait avec une aisance qui surprend dans un pêcheur de
Galilée, quand on se rappelle combien il était peu familiarisé
avec les Livres, saints, avant sa transformation miraculeuse
au jour de la Pentecôte.
7. Puissions-nous, en lisant cette Ecriture divine, concevoir
une haute estime de notre vocation au christianisme, et com-
prendre combien sont précieuses les souffrances qu'on endure
avec patience et résignation, surtout quand on est innocent,
et plus encore quand on souffre pour la cause de Jésus-Christ,
Saint Pierre ne cesse d'inculquer cette leçon, et peut-être ne
nous est- elle pas aujourd'hui moins nécessaire qu'elle l'était
aux premiers chrétiens.
PREMIÈRE ÉPITRE DE SAINT PIERRE
CHAPITRE PREMIER
ANALYSE
1. Saint Pierre écrit aux Israélites qui ont accepté la religion
du Christ et qui se trouvent dispersés dans les provinces de
l'Asie Mineure (1 et 2).
2. Il leur représente qu'ils sont appelés à l'héritage des biens
éternels que les anciens prophètes avaient promis à leurs pères.
La résurrection de Jésus-Christ les leur assure, et ils seront
mis en possession de ces biens au jour où le Christ apparaîtra
de nouveau sur la terre (3-12).
3. Il les exhorte à s'en rendre dignes par leur charité mu-
tuelle et par la sainteté de leur vie (13-fm).
1. Petrusapostolus Jesu Chris-
ti, electis advenis dispersionis
Ponti, Galatiœ, Coppadociœ,
Asiœ et Bithyniœ,
2. Secundum prœscientiam
JDei Patvis, in sanctificationem
Spiritus, in obedientiam et ad-
spsrsionem sanguinis Jesu Chri-
sti. Gratii vobis et pax multi-
plicetur.
3. Bénédictin Deus et Pater
Do?ni>ri nostri Jesu Christi, fjui
tndum 'iiisericordiam sua»i
jnatn regeneravit nos in
spen, vivant, per resurrectionem
Jesu Christi ex mortuie,
1. Pierre, apôtre de Jésus-Christ,
aux fidèles qui sont étrangers et dis-
persés dans le Pont, la Galatie, la
Cappadoce, l'Asie et la Bithynie ;
2. Qui ont été élus selon la pré-
science de Dieu le Père, pour rece-
voir la sanctification de l'Esprit,
pour obéir à Jésus-Christ et pour
être arrosés de son sang. Que la
grâce et la paix se répandent sur
vous avec abondance.
3. Béni soit le Dieu et le Père de
Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui,
selon sa grande miséricorde, nous
a régénérés pour nous donner, par
la résurrection de Jésus - Christ
d'entre les morts, une espérance
vivante :
— 120
4. L'espérance d'être mis en pos-
session de l'héritage incorruptible
et sans tache, qui ne peut se flétrir,
et qui vous est conservé dans les
eteux :
5. A vous qui, sous la protection
de la vertu de Dieu, êtes gardés par
la foi pour participer au salut qu'il
vous a préparé et qui sera manifesté
à la fin des temps.
G. Et alors ce salut vous transpor-
tera de joie après que vous aurez été,
s'il le faut, allligés en cette vie de
diverses tentations durant un peu de
temps :
7. Afin que l'épreuve de votre foi,
beaucoup plus précieuse que l'or
éprouvé par le feu, soit trouvée
digne de louanges, d'honneur et
de gloire, a l'avènement de Jésus-
Christ,
8. que vous aimez, quoique vous
ne l'ayez pas vu ; en qui vous croyez
sans le voir encore maintenant. Or
cette croyance vous fera tressaillir
d'une joie ineffable et glorifiée,
9. Lorsque vous remporterez le
prix qui est la fin proposée a votre
foi, c'est-à-dire le salut de vos
âmes.
10. C'est la connaissance de ce
salut qu'ont recherchée et scrutée
les prophètes qui ont prédit la grâce
qui vous était réservée.
11. Ils cherchaient quel était ce
temps et quelles étaient ces conjonc-
tures que leur désignait l'Esprit du
Christ, qui était en eux, lorsqu'il
leur annonçait d'avance les souf-
frances du Christ et la gloire qui
devait les suivre.
12. Or il leur fut révélé que ce
n'était pas pour eux-mêmes, mais
pour vous qu'ils dispensaient les
enseignements qui vous ont été main-
tenant annoncés par ceux qui vous
ont prêché l'Evangile, lorsque l'Es-
prit a été envoyé des cieux, afin de
vous faire connaître celui que les
anges mêmes désirent contempler.
13. C'est pourquoi, ceignant les
reins de votre âme et vivant dans
4. In hœreditatem incorrupti-
bilem et incontaminatam et itn-
marcescibilem, conservatam In
cœlis in vobis :
5. Qui in virtute JJei custodi-
mini per fidem in sainte m pa-
ratam revelari in tempore n<>-
vissimo :
6. In quo exsnltàbitis, modi-
cum mine si oportet contristari
in variis tentât ionibus ;
7. Ut protatio vestrœ fidei
multo pretiosior aura (qnod per
ignem probatur) inveniatur in
landem et gloriam et honorent
in revelatione Jesu Christi;
8. Que m qunm non vider itis,
diligitis : in quenx nunc quoque
non videntes creditis : credentes.
antem exsultabitis lœtitia ine-
narrabili et glorificata,
9. Reportantes finem fidei
vestrœ, salvtem animarum.
10. De qua sainte exquisie-
runt atque scrutati sunt pro-
phetœ qui de futur a in vobis
gratin prophetaverunt ;
11. Scrutantes in quod vel
qualc temples significaret in eis.
Spiritia Christi, prœnuntians
eas quœ in Christo sunt passia-
nes, et posteriores glorias :
12. (Quitus révélation est quia,
non sibimetipsis, vobis auteni
ministrabant ea quœ nunc nun-
tiata sunt vobis per eos qui
evangelizaverunt vobis, Spîritu
sancto misso de cœlo,) in quem
desiderant angeli prospicere.
13. Pr opter quod succinct i
lumbos mentis vestrœ, sobiii.
121 —
/ Petr., i.
perfecte sperate in eam quœ
offertur vobis gratiam, in révé-
lât ioneni Jesxi Christi :
14. Quasi fil ii obedientiœ , non
COn/îgurati prioribus ignoran-
Xiœ vestrœ desideriis,
15. Sed secundion eum qui
oocavit vos, Sanction , et ipsi
in omni conversatioJie sancti
sitis :
16. Quonia?n scriptum est :
Sancti critis,quoniam ego sanc-
tus su ni.
17. Et si Patrem invocatis
eum qui sine acceptione perso-
narufn judicat secnndum unius-
cujiisq-ne opus, in timoré inco-
latus vestri tempore conversa-
mini :
18. Scientes quod non corrup-
fibilibus au.ro vel argento re-
dempti estis de vana vestra con-
versât ione paternœ traditionis,
19. Sed prêt ioso sang)' ine quasi
agni immaculati Christi, et in-
contaminati :
20. Prœcogniti quidem ante
mttndi constitutionem, mani-
festati autem novissimis tem-
poribi'S propter vos,
21. Qni per ipsxtnt fidèles estis
in Deo, qui suscitavit eum a
mortuis, et dédit ei gloriam, ut
fides vestra et spes esset in Deo.
22. Animas vestras castifi-
cantes in obedientia caritatis,
m fraternitatis amore simplici,
. invicem diligite atten-
tive :
Renaît non ex semine
uptibili, st d incorruptibili,
um Dei rivi et perma-
\is in œternum.
84, iniscaroutfosnum,
ria ejus tânquam
ffos fosni; exaruit fœnum, et
flos e dit.
la tempérance, attendez avec une
espérance parfaite la grâce qui vous
est offerte pour vous être donnée à
l'avènement de Jésus-Christ.
14. Etant des enfants d'obéis-
sance, évitez de vous conformer aux
anciens désirs de votre ignorance.
15. Au contraire, soyez saints vous
mêmes dans toute votre conduite, à
l'exemple du Saint qui vous a appelés.
10. Car il est écrit : Vous serez
saints, parce que je suis saint.
17. Et puisque vous invoquez comme
votre Père celui qui juge chacun se-
lon ses œuvres, sans faire acception
de personnes, vivez dans la crainte
pendant le temps que vous demeurez
étrangers sur la terre ;
18. Sachant que ce n'est point avec
des choses corruptibles, comme l'or
et l'argent, que vous avez été rachetés
de la vanité où vous viviez en suivant
la tradition de vos pères,
19. Mais que vous avez été rachetés
par le sang précieux de Jésus-Christ,
comme par celui d'un agneau sans
tache et sans souillure :
20. Agneau divin qui avait ét«
prédestiné avant la création du
monde, et qui a été manifesté pour
vous dans les derniers temps.
21. Car c'est par lui que vous
croyez en Dieu, qui l'a ressuscité
d'entre les morts et l'a comblé de
gloire, afin que votre foi et votre
espérance soient établies en Dieu.
22. Rendez vos âmes pures dans
une obéissance d'amour : et chérissez»
vous constamment les uns les autres
comme des frères avec une charité
sincère et du fond du cœur,
. .Maintenant que vous avez été
9, non d'un germe corrup-
tible, mais 'l'une semence incorrup-
tible, par la parole du Dieu vivant
qui subsiste éternellement.
24. Car toute chair est comme
l'herbe, et toute la gloire de la
chair est comme la fleur de l'herbe.
L'hei lie et la fleur i"inbe.
— 122 —
25. Verbum autem Domini 25. Mais la parole du Seigneur
manet in œternum : hoc est demeure éternellement, et c'est cette
autem verbum quod evangell- parole qui vous a été annoncée par
zatum est in vos. l'Evangile.
COMMENTAIRE
Petrus. Ce mot est la traduction du syriaque Képlia,
qui signifie Pierre ou Rocher. Saint Pierre s'appelait
d'abord Simon. Lorsque André, son frère, l'amena à
Jésus, Notre-Seigneur le regarda et lui dit : Tu es Simon,
fils de Jean ; tu t'appelleras Céphas, c'est-à-dire, Pierre.
(S. Joann., i, 42.) Plus tard, lorsqu'il choisit ses douze
Apôtres, il donna de nouveau à Simon le nom de Pierre.
{S. Marc, in, 16.) Enfin lorsque Simon confessa haute-
ment la divinité de Jésus auprès de Césarée, Notre-Sei-
gneur lui confirma ce nom glorieux, et il en donna la
raison, en prononçant cette grande parole sur laquelle
rouleront les destinées du monde jusqu'à la fin des
siècles : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon
Eglise, et les portas de l'enfer ne prévaudront point
contre elle. » (S. Matth., xvi, 18.) Pierre garda cependant
son premier nom, et il commence lui-même sa seconde
Epître par ces mots : Simon Petrus (1).
Apostolas Jesn Christi. Le titre d'Apôtre appartient
aux collègues de Pierre qui ont été choisis par Jésus-
Christ ; mais Pierre est leur chef, et seul il transmet la
puissance apostolique à ses successeurs.
Electis. Les chrétiens seront encore, un peu plus loin,
appelés une race élue, vos genus electum. (n, 9.) Ils ont
été élus de Dieu pour entendre l'Evangile, pour y croire,
(1) Jésus nomma Pierre ce disciple et il bâtit sur lui son Eglise, dit
saint Léon, afin que, par une grâce admirable de Dieu, l'édifice du temple
éternel reposât sur la solidité de Pierre. (Epist. 89.) — En outre, comme
l'Eglise doit durer jusqu'à la fin des temps, Pierre vit dans ses succes-
seurs et chacun d'eux hérite de la fermeté de sa foi et de son infaillibi-
lité doctrinale.
— 123 — IPetr.,1.
pour recevoir le baptême, et pour obtenir la vie éternelle
en persévérant dans la justice.
Advenis. Le mot advena, -aç—'.or^.o;, désigne un étranger
qui habite un pays dont il n'est pas citoyen. Tels étaient
les Juifs qui avaient quitté la Palestine, leur patrie. Dès
cette époque ils étaient, en grand nombre, disséminés dans
toutes les contrées de l'univers.
Advenœ dispersionis, les étrangers de la dispersion.
C'est un hébraïsme qui veut dire « les étrangers disper-
sés. » Saint Jacques emploie une expression semblable :
Duodecim tribubas quœ sunt in dispersione. Ce mot dis-
persion ne comprend pas seulement les fidèles que la
persécution avait chassés de Jérusalem après la mort de
saint Etienne, mais tous ceux qui étaient répandus dans
les pays étrangers.
Dispersionis Ponti. Saint Pierre adresse sa lettre aux
Juifs qui sont dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce,
l'Asie et la Bithynie : provinces qu'il avait évangélisées,
comme nous l'affirment saint Jérôme et saint Léon (1).
Asise. Par l'Asie proprement dite, on entend le pays
dont Ephèse était la capitale. Sous les Romains, la pro-
vince d'Asie comprenait en outre la Phrygie, la Mysie, la
Carie et la Lydie. (Cic. pro Flacco, 27.) — Bilhyniœ. Les
principales villes de Bithynie étaient Chalcédoine, Nico-
médie, Pruse et Nicée, toutes célèbres dans l'histoire.
2. Electis... secundam prœscientiam Dei Paftis, in
sanctificationem Spiritus, in obedientiam et aspersionem
sanguinis Jesn Cltristi. On voit ici les trois personnes
divines concourir au salut des hommes. Le Père les choi-
sit, selon sa bout»'4, parmi la masse corrompue du genre
humain. Ceux qu'il a choisisse Saint-Esprit les sanctifie,
(1) Simon Petrta... post episcopatum antiockenwis ecclesiœ et prœ-
dicationem dùp&rtionù eonon qui de circnmcisiune crediderant in
. Cappadocia, Aria et Bithynia, secundo Claudii anno,
ad expugnandum Simonem magum Romam pergit. (S. Ilieron. Catal.
pt. Ecoles.) — Jam Pontum, GtUatiam, Cappadociam, Asiam atque
\yniam legibus evangehcœ pra>dicationie impleveras. (S. Léo M.
in Natal. Apott. Sermo i.) Saint Epiphaoe rapporte aussi que saint
Pierre ayai! plusieurs foia visité le Pont et la Bithynie. (Haar., ixyii,6.)
— 124 —
en les pressant intérieurement d'obéir à la parole de
l'Evangile, et en répandant la grâce dans leurs âmes.
Enfin, ils sont purifiés de leurs péchés par l'aspersion
du sang de Jésus-Christ.
Secwidum prœscie?itiam. On distingue la prescience de
la prédestination. Par sa prescience, Dieu sait l'usage
que l'homme fera de la grâce, s'il la lui donne. Par la
prédestination, Dieu, dans sa miséricorde, prépare à
l'homme les grâces que sa prescience lui montre efficaces.
Or, le Père ayant résolu d'appeler à la foi les peuples
auxquels écrit saint Pierre, leur a envoyé des prédicateurs
pour leur annoncer l'Evangile. Plusieurs parmi ces peu-
ples ont répondu à l'appel de sa grâce. Ceux-là forment
les Eglises auxquelles écrit saint Pierre, et l'Apôtre
leur dit qu'ils ont été élus selon la prescience de Dieu et
choisis dans sa bonté. Electis secwidum prœscientiam
Dei.
C'est là une prédestination pleine de suavité; car, sans
forcer le libre arbitre de l'homme, elle attire doucement
sa volonté. C'est aussi une prédestination certaine; car
Dieu, connaissant le motif qui doit incliner la volonté de
l'homme, le lui suggère, et par là, détermine sa libre
volonté. Attinnit a fine usque adfinem fortiter, et disponit
omnia suaviter. (Sap., vm, 1.) L'on peut comparer cette
parole de saint Pierre à celle de saint Paul : « Ceux que
Dieu a connus dans sa prescience, il les a aussi prédes-
tinés pour être conformes à l'image de son fils. » Quos
prœscivit, et prœdestinavit conformes fieri imaginis filii
sui. (Rom., vin, 29. — Voyez II Petr., i, 10.)
In sanctificationem Spiritus. Il nous a élus pour être
sanctifiés par l'Esprit. Le Saint-Esprit répand dans nos
âmes la charité avec la grâce sanctifiante. Or cette grâce
est une beauté spirituelle qui nous rend agréables à Dieu,
nous fait ses enfants adoptifs et nous mérite l'héritage du
ciel. In sanctificationem, cette parole exprime le dessein
que Dieu se propose en nous appelant au christianisme :
il veut que nous soyons saints. Hœc est enim votuntas
Dei, sanctificatio vestra. (I Thessal., îv, 3.) Il nous a
— 125 — lPetr.,1.
choisis dans le Christ et par le Christ avant la création
du monde, afin que nous fussions saints et sans tache
en sa présence. Elegit nos in ipso ante mundi constitu-
tionem, ut essemus sancti et immaculati in conspectu ejus.
(Eph., I, 4.)
Et comment deviendrons-nous saints? on nous l'apprend
aussitôt : in obedientiam, « élus pour obéir. » Ce mot
désigne la foi ou l'obéissance à la parole de Jésus-Christ.
Il a pour complément Jesu Chrisli, qui dépend aussi de
aspersionem sanguinis. C'est donc comme s'il y avait :
Electis in obedientiam Jesu Christi{o\x Jesu Christo) et in
aspersionem sanguinis Jesu Christi, « à ceux qui ont
été élus pour obéir à Jésus-Christ », c'est-à-dire à sa
parole, « et pour être arrosés de son sang. »
In aspersionem sanguinis Jesu Christi. « Vous avez été
élus pour être arrosés du sang de Jésus-Christ. » L'Apô-
tre fait allusion au passage de l'Exode où il est dit que
Moïse arrosa le peuple avec le sang des victimes, après
la lecture de la loi. (Exod., xxiv, 8 ; et Hebr., ix, 20.) De
même que, par cette aspersion sanglante, l'ancienne al-
liance fut contractée entre Dieu et le peuple israélite, de
même la nouvelle alliance est sanctionnée par l'aspersion
du sang de Jésus-Christ. Quiconque est arrosé de ce sang-
divin fait partie du nouveau peuple de Dieu.
In aspersionem. Cette aspersion rappelle aussi la puri-
fication du lépreux, qui était sept fois arrosé du sang de
la victime, parce que la lèpre était la figure du péché, qui
ne se lave que dans le sang. (Lev., xiv, 7 ; Hebr., ix, 22.)
Le prophète David savait bien que cette lustration san-
glante, prescrite par Moïse, n'était qu'un symbole; car il
voyait dans l'avenir le sang du Christ couler sur la croix
pour expier les péchés des hommes, et il disait à Dieu :
Vous m'arroserez avec l'hysope trempée dans ce sang
innocent, et je serai purifié. Asperges me hyssopo et mun-
dabor. (Ps. L.)Mais il ne suffit pas que le sang du Christ
ait coulé sur la croix pour tous les hommes ; il faut que
chaque pécheur en reçoive l'aspersion dans le baptême :
car c'est du sang de Jésus-Christ que l'eau du baptême
— 126 —
tire sa vertu. C'est pourquoi saint Paul dit aux Hébreux :
« Approchons-nous, de Dieu avec confiance, maintenant
que l'aspersion a purifié nos cœurs des souillures de la
mauvaise conscience, et qu'une eau pure a lavé nos corps.
Aspersi corda a conscientia mala, et abluli corpus aqua
munda. (Hebr., x, 22.) C'est encore le sang de Jésus-
Christ qui est répandu sur nous par les paroles de l'ab-
solution. Mais surtout, nous en sommes réellement arrosés
dans la sainte Eucharistie.
Gratia vobis et pax mulliplicetur. « Que la grâce et la
paix vous soient données avec abondance. » Les fidèles,
à qui s'adresse saint Pierre, possèdent déjà la grâce et la
paix : il leur en souhaite l'augmentation. Il demande que
Dieu multiplie en eux les grâces actuelles afin que, par
ce secours, ils fassent beaucoup de bonnes œuvres et crois-
sent dans la grâce sanctifiante, en devenant de plus en
plus parfaits.
Pax. C'est la paix avec Dieu, avec les hommes, avec
soi-même qu'il demande pour eux : c'est spécialement
la paix et l'union entre tous les fidèles : enfin, dans le
langage des Hébreux auxquels parle saint Pierre, la paix
est la possession assurée de tous les biens qui peuvent
contenter le cœur de l'homme. (II Joann., 3.)
3. Benedictus Deus et Pater Domhii nostri Jesu Christ).
* Béni soit le Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus-
Christ ! » Dieu est le Dieu de Jésus-Christ considéré
comme homme ; il est le Père de Jésus-Christ considéré
comme le Verbe et la seconde Personne de la sainte Tri-
nité. Qu'il soit béni à cause de tous les bienfaits dont il
nous a comblés!
Une bénédiction semblable commence la seconde Epître
aux Corinthiens et celle aux Ephésiens. C'est un chant
de reconnaissance, un hymne céleste; car les anges et
les saints dans le ciel ne font que louer, remercier et
glorifier Dieu.
Saint Pierre indique aussitôt le principal bienfait pour
lequel nous devons bénir Dieu.
Qui secundum misericordiam suant macjnam régénéra-
— 127 — lPetr.,i.
vit nos in spem vivam. Lorsque nous étions enfants de
colère comme héritiers d'un père coupable, le Seigneur a
eu pitié de nous : et, dans sa grande miséricorde, sans
aucun mérite de notre part, il nous a donné une nouvelle
naissance dans le baptême, et il nous a adoptés pour ses
enfants.
Regcneravit nos in spem vivam, eîç u-(Zv. Çôcav, « Il nous
a régénérés pour une espérance vivante. » Une espérance
vivante doit s'entendre de l'objet même de l'espérance,
qui est vivant. Car c'est la vie éternelle que nous espé-
rons : et c'est le Dieu vivant, l'auteur même de la vie, que
nous posséderons.
Et comment Dieu nous a-t-il donné cette magnifique es-
pérance ? En ressuscitant Jésus-Christ d'entre les morts.
In spem vivam, per resurrectionem J esu Christiex mortuis.
Saint Pierre dira, en effet, tout à l'heure que le baptême
nous sauve par la résurrection de Jésus-Christ : Vos sal-
vos facit baptisma per resurrectionem Jesu Christi. (ni,
21.) Car, de même que Jésus-Christ est sorti vivant du
tombeau pour ne plus mourir, de même nous sortons des
eaux du baptême en portant dans nos âmes le principe
d'une vie céleste et immortelle ; et c'est le fruit de sa
résurrection.
D'ailleurs, quoique Jésus- Christ fût mort pour expier
nos péchés et qu'il eût payé pour nous une rédemption
abondante, sa mort ne suffisait pas à notre salut; car,
pour être sauvés, il fallait croire en lui. Or, c'est la résur-
rection du Christ qui est le fondement de notre croyance
et, par conséquent, de notre espérance.
E :lin, la résurrection de Jésus-Christ est le gage de la
notre, car Les membres ne sauraient être séparés de leur
chef. Donc, Le chef étant ressuscité, les membres doivent
3citer comme lui. Saint Paul a développé cet ar-
gument avec éloquence dans su première Epître aux
rinthiens, pour leur prouver la résurrection des morts.
I l
/// hsereditatem incorruptibilem,et incontaminatam,
et imrnarcessibilem.C'esi L'explication de cesmots : Ilnous
— 128 —
a régénérés pour une espérance vivante, in spem vivant.
Dieu nous a donné une nouvelle naissance pour que,
devenant ses fils adoptifs, nous possédions un héritage
incorruptible, sans souillure, et qui ne se flétrira jamais.
Enfants d'Adam, nous héritions de sa disgrâce; par notre
seconde naissance, nous sommes enfants de Dieu et ses
héritiers. Car la renaissance, comme la naissance, donne
le titre de fils, et au fils est dû l'héritage paternel.
Jncorruptiôilem. Or, l'héritage que nous attendons est
incorruptible, exempt de décomposition et de ruine ; il
ne se consumera pas comme tous les fragiles biens de la
terre que les parents laissent à leurs enfants. Et inconta-
minatam. Cet héritage est honorable et aucune tache ne
le dépare ; c'est une couronne composée de diamants
d'un prix infini, dont rien ne saurait ternir la pureté ni
l'éclat. Et immarcessibilem. Enfin cet héritage est une
palme de victoire, palme immortelle et toujours ver-
doyante, puisque rien ne se flétrit dans les cieux.
Conservatam in cœlis. Un tel héritage ne se trouve
point sur la terre, où toutes choses vieillissent, se flé-
trissent, périssent. Il est conservé dans les cieux à
l'abri des ravisseurs et des révolutions. C'est ce trésor
que Jésus-Christ nous exhorte à amasser dans le ciel :
Thesaurizate vobis thesanros in cœlo, nbi neque œrugo
ne que tinea deniolitur, et ubi fnres non effodiunt et fu-
rantur. (S. Matth., vi, 20.)
In vobis, etç ôjxaç, ad vos. Ce précieux trésor, cet héri-
tage immortel, Dieu le conserve dans les cieux, non
seulement pour les saints prophètes de l'ancienne loi,
pour les martyrs de la nouvelle, pour nous qui sommes
les Apôtres et les amis du Christ, mais aussi pour vous.
Il est préparé pour vous-mêmes, ô fidèles du Pont et de
la Galatie. Il est gardé pour vous, chrétiens de la Cap-
padoce, de l'Asie et de la Bithynie. Il est conservé dans
les cieux, pour vous tous, hommes de foi qui lisez cette
parole.
In vobis. Mais ce n'est pas sans dessein que la Vulgate
traduit in vobis, en vous. L'héritage que Dieu nous a
— 129 — / Petr., i.
promis est conservé dans nous-mêmes. En effet, qui-
conque obéit au Christ possède un héritage dans les
deux ; mais son titre authentique et incontestable est le
caractère de son baptême; il le porte en lui-même, gravé
dans son âme pour l'éternité : conservatam in vobis.
Que dis-je? non seulement le titre, mais l'héritage
même est dans nous. Car, dit Notre - Seigneur, le
royaume de Dieu est au dedans de vous, Regnnm Dei
inlravos est, ivzoç G;j.ô5v. Nous le portons dans le sein de
notre àme, dans notre intelligence, dans notre volonté !
Car on peut vraiment regarder la grâce qui est en nous
comme une semence divine. (I Joann., m, 9.) Nous
voyons Dieu à travers les voiles de la foi, nous aimons
Dieu, nous sommes aimés de Dieu. C'est déjà la vie
céleste et l'héritage éternel. Dès à présent le juste com-
mence à posséder cette vie et cet héritage, qu'il possé-
dera parfaitement dans le ciel, sans craindre de le perdre
jamais ; conservatam in cœlis in vobis.
5. Qui in virtnte Dei custodimini per fidem. Nous sa-
vons bien, direz-vous peut-être, que cet immortel héri-
tage nous est assuré selon la volonté divine ; mais nous
sommes si fragiles! Combien il est à craindre que les
tentations de la chair, du monde et de l'esprit mauvais
ne nous fassent déchoir de nos droits, comme Adam,
notre père ! — Cela est vrai, mais vous n'êtes pas aban-
donnés à votre faiblesse. La puissance de Dieu vous pro-
tège et vous garde, custodimini.
Le mot grec (ppoupoujxévouç fait entendre que les chrétiens
sont gardés comme dans une citadelle par des défenseurs
armés. Car ce terme signifie prœsidio custodiri. Notre
garde vigilante et invincible, ce sont les Anges. Bien
plus, le Seigneur lui-même environne son peuple de sa
puissance: Dominus in circuituejus. (Ps. cxxiv.) Je serai,
dit le Seigneur, un mur de flamme autour de Jérusalem,
et ses ennemis ne pourront en approcher : Ego ero ei
minus ignis in circuitu ejus. (Zach., it, 5.) Ayez donc
confiance : ave- la grâce de Dieu, vous persévérerez dans
la justice, et vous ne tomberez pas au pouvoir de vos
I PITRES CATHOLIQ1 BS <J
— 130 —
ennemis. Mais cette promesse n'est faite qu'à ceux qui
sont fixés dans la foi.
Custodiminiper fidem. Comme vous avez été régénérés
par la foi, c'est elle aussi qui vous garde, et c'est en elle
que vous puise/ la force de la persévérance; elle est le
canal par où coulent la grâce et la vie. Car les justes
tirent continuellement de la foi la vie spirituelle de leur
àme. Jus tus ex fide vivit. C'est donc par la foi qu'ils
résistent au démon, dit saint Pierre : Cui resistite fortes
in fide. C'est sur le bouclier de la foi qu'ils éteignent les
traits enflammés de l'esprit immonde, ajoute saint Paul :
Scutum fidei, in quo possitis omnia tela nequissimi iqnea
extinguere. (Eph., vi, 16.)
In salut em par a tant revelari in tempore novissimo.
« Vous êtes gardés pour le salut qui vous est préparé et
qui sera révélé au dernier temps. » — Salutem, le salut
n'est pas seulement l'exemption des supplices de l'enfer :
le salut, c'est la gloire des bienheureux. Ainsi vous êtes
gardés pour entrer en possession de cette gloire, qui vous
est dès maintenant préparée et qui vous attend dans les
cieux, paratam.
Revelari. Nous avons entendu parler de cet héritage,
et l'on nous en a raconté des choses admirables. Toute-
fois on ne l'aperçoit maintenant que dans une espèce
d'ombre obscure ; en sorte qu'une grande partie des
hommes n'y croient pas. Mais il sera un jour manifesté
à l'univers. A la fin des temps, au jugement dernier,
cette félicité immortelle sera donnée en spectacle à tous
les hommes assemblés, quand ils verront les saints res-
suscites dans la gloire : paratam revelari in tempore
novissimo.
6. In quo (tempore) exsultabitis. En ce temps-là, au
jour où apparaîtra votre salut, vous tressaillirez d'allé-
gresse.
Modicum nunc si oportet contristari in variis tentatio-
nibus. Sans doute, il vous faut être maintenant affligés
par diverses tentations, par les infirmités, par la pau-
vreté, par les persécutions des hommes ; mais sachez
— 131 — IPetr.,i.
qu'au jour suprême vous entrerez dans une joie qui ne
finira plus (1).
Modicum. Cet adverbe présente deux sens qui sont
vrais l'un et l'autre. D'abord, notre affliction est légère.
Que sont toutes les peines de la vie, et même les souf-
frances des martyrs, en comparaison des biens futurs ?
— En second lieu, notre affliction dure peu de temps.
Qu'est-ce en eifet que la vie humaine, si on la compare
à l'éternité ? Donc ici-bas toute peine est, au fond, légère
et de courte durée: modicum.
Si oportet. Tous ceux qui veulent vivre avec piété en
Jésus-Christ souffriront persécution. (II Tim., ni, 12.)
Car, c'est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut
entrer dans le royaume de Dieu. (Act. A., xiv, 21.) Jésus-
Christ l'a déclaré à ses disciples : Vous gémirez et vous
pleurerez. Tandis que le monde se réjouira, vous serez
dans la tristesse ; mais votre tristesse sera changée en
joie. (S. Joann., xvi, 19.)
Ces peines, en général, ne sont pas continuelles : Dieu,
pour ménager notre faiblesse, les tempère souvent par
de douces consolations. S'il permet que les adversités
nous éprouvent, c'est pour que nous tournions nos désirs
vers les choses célestes. Rendons grâce à la bonté divine,
(jiii mêle lcibsinthe et le fiel dans la coupe des biens de
ce monde, afin qu'elle ne nous enivre pas ; et supportons
l'épreuve avec courage, en pensant qu'une légère tribu-
lation, bientôt passée, nous prépare pour l'éternité une
gloire immense dans les deux. (II Cor., iv, 17.)
î . Ut probctfio vestraa fidei, multo pretiosior auro quod
per ignem proèatur, inveniatur i// laudem et gloriam et
honorent in revelatione Jesu Chrisii. Vous êtes mainte-
nant exposés à diverses tentations, afin que l'épreuve
Lruction du grec est un peu différente, h & àytùùtfads, èïfyov
n\) )>-r/;îvT-,-, in <{>'<' exsultabitis, modicum nunc (si
istati. Cette leçon parait trèa bonne, et il est probable
qu< la Vu I gâte a\;nt ainsi traduit. Mais des copistes qui ne
mprenaienl pas la parenthèse si oportet, auront changé contristati
en . confusion d'autant plua facile que, dans les anciens
manuscrit*, le l el IV ont une tri iblanc.
— 132 —
de votre foi, qui est beaucoup plus précieuse que l'or
éprouvé par le feu, soit trouvée digne de louange et de
gloire et d'honneur, au jour de la manifestation de Jésus-
Christ.
Les mots probatio fidei sont la même chose que fides
probata. La foi éprouvée par la tentation, comme fut celle
d'Abraham et celle des martyrs, est infiniment plus pré-
cieuse que l'or le plus fin, dont la pureté est reconnue
lorsqu'il est fondu par le feu dans le creuset, où l'or en
fusion se sépare de toute scorie et de tout alliage (1).
Tous les trésors de la terre ne valent pas un simple acte
de foi, par lequel on croit une vérité révélée de Dieu. A
plus forte raison, toutes les richesses du monde ne sont
pas comparables à la foi héroïque dont les plus terribles
tentations n'ont pu ébranler la fermeté ni altérer la pu-
reté. Omne aurum in comparât* 'one illins arena est exigua,
et tanquam latnm œstimabitur argenlam. (Sap., vu, 9.)
Saint Pierre nomme trois récompenses de notre foi : la
louange, la gloire et l'honneur. Ut inveniatur in landem.
Dieu louera publiquement ses saints : Tune lans erit tini-
cuique a Deo. (I Cor., iv, 5.) Chaque saint entendra Jésus-
Christ lui décerner, à la face de tout l'univers, l'éloge
d'avoir été un serviteur bon et fidèle. Enge, serve bone et
fidelis.
Et gloriam. Le Seigneur a dit : Je glorifierai ceux qui
me glorifient. Quicamque glorificaverit me, glorificabo
eum. (I Reg.; n, 30.) La gloire des élus, autant que nous
pouvons le comprendre en parlant des choses célestes,
consiste principalement à contempler l'essence divine,
à pénétrer dans cette lumière où l'âme transfigurée
(1) Auro quod per ignem probatur. En grec, on lit : ypuùoj -:sj
àrr^'//v//-'v5j, âtà. "upo; £-: eToxi/iaÇs/^svou, auro quod périt, per ignem
aulem probatur. Le mot xpusiov désigne une pièce d'or, un bijou d'or,
un objet d'art fait en or. *Ax6ÏÀvftévov veut dire que cet objet perd sa
forme, et foxi/wiÇo/révou que la pureté du métal est reconnue. — Cette
comparaison des tribulations qui éprouvent le juste, avec le creuset
où se purifie l'or, se trouve dans plusieurs livres de l'Ancien Testament.
(Job, xxiii, 10 ; Prov., xvn, 3 : Zach., xm, 9 ; Malaeh., m, 3 ; Eccli., n, 5:
et Sap., ni, 6 : Tanquam aurum in fornace probavit illos.)
— 133 — IPetr.9ié
voit Dieu face à face. In lumine tno videbimus lumen.
(Ps. xxxv, 10.) Plus un juste a été saint, plus il entrera
par son intelligence dans les profondeurs de Dieu. —
Et gloriam. On peut entendre aussi, par la gloire, celle
dont Dieu comblera les saints aux yeux de l'univers,
quand ils brilleront comme le soleil dans le royaume de
leur Père. Tune justi fulgebunt sicut sol in regno Patris
eorum. (S. Matth., xvm, 43.)
Et honorera. Enfin, l'honneur est le rang qui est assigné
à chaque saint dans la hiérarchie céleste. Car tout est
ordonné dans rassemblée des saints, comme dans les
chœurs des anges. L'Eglise du ciel est un grand édifice
dont chaque pierre est choisie et placée avec honneur par
l'architecte. L'honneur, c'est le trône où Jésus-Christ fait
asseoir chacun des saints : Qui vicerit, dabo ei sedere
meciira i?i trono meo. (Apoc, ni, 21.)
In revelatione Jesu Christi. Jésus-Christ, depuis dix-
huit siècles, est adoré du couchant à l'aurore, et cepen-
dant il est encore un Dieu caché. Quoiqu'il gouverne son
Eglise avec une sagesse admirable et qu'il la soutienne
par d'éclatants miracles, beaucoup ne reconnaissent pas
son action voilée sous les événements humains. Mais au
dernier jour, tous le verront lui-même, quand il appa-
raîtra dans les nues ; tous le contempleront sans voile,
et tous entendront la sentence éternelle qu'il prononcera
du haut de son tribunal.
8. Quem quum non videritis, diligilis ; in quem nunc
quoque non videntes creditis ; credentes aidera exsultabitis
lœtitia inenarrabili et glorifîcata. « Vous aimez Jésus-
( hrist, quoique vous ne l'ayez pas vu de vos yeux ; main-
tenant encore vous croyez en lui sans le voir ; mais cette
croyance vous fera tressaillir d'une joie ineffable et glo-
rifiée. » C'est comme s'il leur disait : Israélites habitants
de ces provinces éloignées de la Palestine, vous n'aviez
pas vu de vos yeux Jésus de Nazareth, et vous ne le con-
naissiez pas. Mais dès qu'on vous l'a annoncé, vous l'avez
aimé ; aujourd'hui même encore vous croyez en lui sans
le voir. Cette foi au Messie que vous ne voyez pas, mais
— 134 —
qui vous a été prêché par ses disciples, est très agréable
S Dieu, et c'est elle qui vous méritera de tressaillir d'une
joie ineffable en le contemplant, lorsqu'il vous admettra
dans sa gloire (1).
Cette parole de saint Pierre se rapporte à celle que
Notre-Seigueur dit à saint Thomas dans le Cénacle après
sa résurrection : « Vous avez cru, Thomas, parce que
vous avez vu : heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont
cru ! » (S. Joann.. xx, 19.)
Exsultabitis lœtitia inenarrabili. Il est impossible au
langage humain d'exprimer la joie que les élus goûteront
dans le ciel. « Car, dit saint Paul après Isaïe, l'œil de
l'homme n'a point vu, l'oreille de l'homme n'a point en-
tendu, et le cœur de l'homme n'a point conçu ni imaginé
ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment. » CI Cor., ir, 9.)
Dès ce monde, il y a des âmes pures que Dieu remplit
de joies ineffables, comme lorsque saint François Xavier
s'écriait : « C'est assez, mon Dieu, c'est assez ! car mon
cœur est un vase trop étroit pour contenir une joie si
grande. » Mais si la joie qu'éprouvent quelques saints
sur la terre est inexprimable, peut-on dire qu'ils tressail-
lent maintenant d'une joie « glorifiée ? » C'est ce que nous
allons examiner.
6 et 1. In quo exsultabitis... Exsultabitis lœtitia inenar-
rabili et (jlorificata. Les hellénistes modernes reprochent
ici à la Vulgateun double contre-sens. Il prononcent qu'il
faut deux fois le présent exsultatis, au lieu du futur exsul-
tabitis. Car, disent-ils, on lit en grec le présent àyaXXtaoOe,
et non pas le futur KfaXXtàoEvde. Saint Pierre déclarerait
donc, selon ces hellénistes, que les chrétiens auxquels il
écrit, non seulement seront transportés de joie à l'avène-
(1) Dans les éditions grecques, le verbe -i-j-vj-t-, creditis, est sup-
primé. On lit : 'Ov ni hSàvTtf y.yxr.ÙTz, tU &* XfiTl (ai icwvtcç, Ttioxevôvrti
ol, àyoùXt&zQe. Qicem qunm non videritis, diligitis ; in que m nunc non
ridentes, credentes autern, exsultabitis. — Plusieurs éditions grecques
donnent : ôv oj/ stâjrcc àyu-v^z, quenx quum non noveritis, diligitis.
Mais d'excellents manuscrits portent liévret (videritis), comme lisait l'au-
teur delaVulgate. Cette leçon est meilleure : c«r jour aimer quelqu'un,
•s'il n'est pas nécessaire de l'avoir vu, il faut du moins le connaître.
— 185 — IPetr.,1.
ment de Notre-Seigneur. mais que déjà, dès cette vie, au
milieu de leurs afflictions, ils tressaillent d'une joie glo-
rifiée : exsuitatis Lvtitia inenarrabili et (jloriftcata.
Nous savons bien que saint Paul était rempli de con-
solation et qu'il surabondait de joie dans ses tribulations :
Repletus sum consolatione, superabundo c/audio in omni
tribulatione nostra. (II Cor., vu, 4.) Mais d'abord c'est là
une faveur extraordinaire, qui n'est point accordée au
commun des chrétiens, et il n'est pas vraisemblable que
saint Pierre écrive indistinctement à ceux d'Asie : Vous
tressaillez de joie maintenant dans vos tribulations. L'au-
teur de la Vulgate nous paraît saisir mieux la pensée de
l'Apôtre en disant : Si vous êtes maintenant dans la tris-
tesse, vous serez plus tard dans la joie, exsultabitis, et
non exsuitatis. Saint Pierre met en regard niinc et tempns
novissimum ; il oppose le bonheur futur aux afflictions
présentes, comme faisait Notre-Seigneur. quand il disait
sur la montagne : lieati qui mine fletis, quia ridebitis.
S. Luc, vi.)
Mais en outre, quand même tous les chrétiens de l'Asie
goûteraient une joie ineffable au milieu des afflictions et
des persécutions, comment nos hellénistes expliqueront-
ils le mot qui suit : « Vous tressaillez maintenant d'une
joie glorifiée? » Exsuitatis Lvtitia qlorificata. Soutien-
dront-ils que saint Pierre dit aux Galates, aux Bithy-
niens, aux Cappadociens, qu'ils jouissent dès maintenant,
sur la terre, pendant leur vie mortelle, d'une joie glo-
rifiée, et qu'ils sont déjà en possession de la félicité que
les s;iints goûtent dans le ciel ?
L'auteur de la Vulgate a compris que ce sens n'était
pas possible, et il a traduit iya^i*^ par le futur exsul-
tabitis. 11 a eu raison ; car certainement ces Judéo-chré-
tiens, m fervents qu'ils pussent être, n'étaient pas encore
admis à la vision béatilique et ils ne tressaillaient point
de l'a Urgresse des saints dans la gloire.
Origène entend ce passage comme la Vulgate. « Vous
savez, dit-il, que selon saint Pierre vous devez un jour
tressaillir de joie (àyaWUowwôs)* après avoir été affligés, s'il
— 136 -
le faut, de diverses tentations passagères. » (Orig., t. I,
col. 614. Migne.)
Saint Irénée cite les mêmes paroles de saint Pierre pour
prouver que ceux qui croient en Jésus-Christ tressailli-
ront d'une joie ineffable au jour de la résurrection : cre-
dentes autem exsultabitis gaudio inenarrabili. (S. Iren.,
col. 1141. Migne.)
Deux commentateurs grecs, Œcumenius et Théophy-
lacte, qui lisaient comme nous iyaXXiaaOe, expliquent aussi
ce mot par àyaXXtàaeaOe, et ils attribuent à la forme àfaX-
Xtaoôe la double signification du présent et du futur (1). La
version syriaque donne aussi la même interprétation.
Il ne faut donc pas réformer ici la Vulgate. Mettre
exsultatis au lieu d' exsultabitis, comme veulent des gram-
mairiens modernes, serait faire, non pas une correction,
mais un contre-sens.
9. Reportantes finem fidei vestrœ salutem animarum.
En ce grand jour, vous atteindrez la fin proposée à votre
foi, et vous remporterez le prix qu'elle mérite, à savoir
le salut de vos âmes. Car le Messie n'est pas venu sur la
terre pour sauver Israël du joug des nations, comme le
croient vos docteurs, ni même pour sauver des misères
de la vie présente ceux qui croiront en son nom : il est
venu pour sauver les âmes, pour les purifier du péché,
pour les introduire dans la vie éternelle.
10 et 11. De qua salute exquisierunt atque scrutati simê
prophetœ qici de futura in vobis gratia prophetaverunt :
scrutantes in quod vel quale tempus significaret in eis
Spiritus Chris ti, prœnuntians eas quœ in Christo sunt
passiones, et posteriores glorias.
(1) Ta yàp « er/x^cstade » &m\ ftÙàovTOç ît')v}7rTaf, vj x«tk to évsuros. lllud
enim à-/oà\&'jOz pro futuro vel ut prœsens sumitur. (Œcum.) — Ou
observe dans le Nouveau Testament d'autres exemples de ce double
sens de la forme contracte. Ainsi, Gradum bonum sibi acquirent , itepi-
iroiov-JTxi (I Tim., m, 13); et novissima autem inïmica destruetur morsr
xy.TupyzÏTut. (I Cor., xv, 26.) On lit aussi dans saint Justin : Hœc pro-
bare aggrediar, xaura c/.ttooûÇxi TZ£tpûfj.at, au lieu de 7ist/-Aso/j.at. — De li»
on peut conclure que, du moins dans certaines provinces, les formes
oxjfx.ot.i et &pcti des verbes contractes servaient pour le présent et le futur.
— 137 — 1 Petr.,i.
C'est la connaissance de ce salut qu'ont recherchée
et scrutée les anciens prophètes, dont les prédictions
avaient pour objet la grâce qui vous était réservée. Ils
scrutaient et ils cherchaient avec attention, dans les
paroles divines, quels étaient les temps et les circon-
stances que leur indiquait l'Esprit du Christ, lorsqu'il
leur annonçait les souffrances du Christ et les gloires
dont seraient suivies ses douleurs. — Saint Pierre cite
aux Israélites les prophètes anciens, parce que le Christ
et le salut qu'il devait apporter au monde étaient l'objet
principal de leurs prophéties, et parce que ces prophéties
contenaient les signes auxquels on devait reconnaître le
Sauveur.
Ils soupiraient après sa venue. Abraham souhaitait
ardemment de voir son jour; il le vit et fut rempli de
joie. Jacob, bénissant ses fils, interrompait son discours
pour s'écrier: « 0 Seigneur, j'attendrai votre Salut! »
Moïse suppliait Dieu d'envoyer Celui qu'il devait envoyer
pour sauver le inonde ; enfin nous entendons la voix du
prophète Isaïe qui commande aux cieux de répandre leur
rosée pour faire descendre le Juste, et il ordonne à la
terre d'ouvrir son sein pour faire germer le Sauveur (1).
Qui de futur a in vobis gratia prophetaverunt. Ils sou-
piraient donc après cette grâce admirable qu'ils voyaient
dans le lointain des âges se répandre sur la surface de la
terre. Ils la prédisaient à leurs contemporains, et elle
vous était réservée.
Exquisierunt atque scrulati simt, tW^ws xa\ È;r,?su-
vipav. Ils ont fait des recherches concernant ce grand
événement qui domine toute l'histoire du genre humain.
Ils ont comparé entre elles toutes les paroles révélées
par l'Esprit de Dieu soit à eux-mêmes soit aux autres
prophètes, et ils en ont pesé tous les termes. Ils ont sup-
puté le nombre des années qui devaient s'écouler avant
(1) Salut are tuutn extpectabo, Domine. (Gen., xi.ix, 18.) — Obsecro,
'it. Domine, ,„itte quem mùêurus es. (Exod., iv, 13.) — Rorate
r, et nxtbes pluant Justum } aperiatur terra, et germinet
\torem, (la., xi.v, 8.)
— 138 —
la naissance du Messie, in quod iempns. Ils ont marqué
les circonstances qui précéderaient, accompagneraient,
suivraient sa venue, in quate tempus.
In quod tempus. Saint Pierre désigne surtout le pro-
phète Daniel qui désirait ardemment la venue du Messie,
et qui pour cette raison fut appelé par l'Ange Gabriel un
homme de désir, vir deskleriorum. Il se prépara par la
prière et le jeûne, dans le sac et la cendre, h la célèbre
vision où l'Ange lui révéla que le Saint des saints vien-
drait abolir le péché et apporter au monde la justice
éternelle, quand soixante-dix semaines se seraient écou-
lées après le décret qui ordonnerait de rebâtir Jérusa-
lem. (Dan., ix.) D'autres prophètes avaient connu et
marqué d'autres circonstances de temps. Isaïe avait
annoncé que la paix régnerait dans tout l'univers à la
naissance du Messie ; et Jacob avait déclaré que le
sceptre alors sortirait de Juda.
Saint Pierre insiste principalement sur deux points :
l'époque précise et les circonstances du temps, parce
qu'elles prouvaient aux Juifs que le Christ était certai-
nement venu. Il était manifeste que les soixante-dix
semaines d'années étaient accomplies, et l'on voyait le
sceptre d'Israël passé de Juda aux mains des étrangers.
In quod tempus signifîcaret in eis Spiritus Christi, en
grec il sv aùrctfç Uve\ju.7. Xpisrou, ille qui in eis erat Spiritus
Christi, « l'Esprit du Christ qui était en eux. » Donc le
Christ a précédé sa conception dans le sein de Marie,
puisque c'était l'Esprit du Christ qui inspirait les anciens
prophètes (1). Cette parole de saint Pierre se rapporte à
celle de Notre-Seigneur : « Avant qu'Abraham fût fait,
je suis. » Toutes deux font entendre que le Christ est
Dieu. Car « Je suis » désigne l'Eternel; et l'Esprit du
Christ qui parlait dans les saints prophètes n'est pas
différent de l'Esprit-Saint, comme le dira saint Pierre lui-
(1) Saint Barnabe dit de même du Christ : oî -npopôrcu, un' <*-jtoÎ>
è'/ojzs; tir» T&pw, eh K&Thv iTzpi'ffczvexv, prophetœ, ab ipso Christo
habentes donum, in illum prophetaverunt . (Epist. Barn., c. v.)
— 189 — J Petr., i.
même dans sa seconde Epître : Spiritu Sancto inspirati
locuti swit sancti Dei homines. (II Petr., i, 21.)
Prœnuntians, jcpofAOfTupdfAevov. L'Esprit-Saint annonçait
d'avance les faits qui devaient composer l'histoire du
Christ. Or la vie de Jésus racontée plusieurs siècles avant
sa naissance et avec les détails les plus circonstanciés,
fournissait une preuve irrécusable qu'il était le Messie
et le Sauveur du monde.
Passiones et posteriores glorias. Les prophètes ont spé-
cialement prédit deux choses : premièrement, les souf-
frances et les humiliations du Christ, sa passion et sa
mort ; secondement, ses gloires, c'est-à-dire sa résurrec-
tion, son ascension, et la conversion de tous les peuples
qui l'adoreront.
Remarquons cet ordre : les souffrances d'abord, puis
les gloires. Le Sauveur a eu soin de nous apprendre qu'il
avait été lui-même soumis à cette loi. « Est-ce qu'il n'a
pas été nécessaire que le Christ souffrit ces choses, et
entrât ainsi dans sa gloire? » disait-il aux disciples d'Em-
maiis. ( S. Luc, xxiv, 26.)
Il en est ainsi de tout chrétien : il faut souffrir et être
humilié pour entrer dans la gloire.
(13. Quibus revelatum est quia non sibimetipsis, vobis
autan ministrabant (1) ta quœ nunc nuntiata sunt vobis
per eos qui evangelizaverunt vobis, Spiritu Sancto misso
de cœlo.) Or, il fut révélé aux prophètes que ce n'était
pas pour eux, mais pour vous-mêmes que ces admirables
connaissances leur étaient données; Dieu les instituait
prophètes à cause de vous; Dieu leur faisait les grandes
lations pour qu'ils vous les transmissent; ils vous
ont attesté d'avance, par son ordre, les mêmes mystères
du Christ que vous ont annoncés dans ces derniers temps
(1) VobU autem. Quelque* manuscrits portent fytfv, nobis , mais la
suivie par la Vulgate a pour elle L'autorité du manuscrit du
Vatican, de l'Al-wandrin et du Sinaïlique. Aussi est-elle reconnue par
modernea comme la meilleure. •• Cela montre une foia de
plut combien la Vulga gué en considération aux yeux des vrais
savants. ■ i Drach.)
— 140 —
ceux qui vous ont prêché l'Evangile, après que le Saint-
Esprit a été envoyé du ciel.
Les révélations faites aux prophètes leur étaient moins
nécessaires qu'à vous, qui deviez lire leurs écrits. Ce
n'était pas pour leur utilité propre, mais pour la vôtre
qu'ils consignaient, par l'ordre de Dieu, ces grands évé-
nements dans leurs livres. Car ils vous indiquaient d'a-
vance les signes évidents auxquels vous deviez recon-
naître le Messie. En effet, pour être certains que Jésus
de Nazareth est le Christ, il vous suffit de comparer les
traits marqués par les anciens prophètes avec le récit des
faits que vous ont racontés les prédicateurs de l'Evangile.
Et vous ne pouvez récuser le témoignage de ces messa-
gers, d'abord, parce qu'ils sont remplis du Saint-Esprit,
qui est manifestement descendu sur eux; et parce qu'eux-
mêmes le font descendre visiblement sur ceux qui croient
à leur parole : Spiritu Sancto misso de cœlo. Ainsi donc
le même Esprit qui inspirait autrefois les prophètes,
parle aujourd'hui par les Apôtres.
In qaem desiderant angeli prospicere (1). Plusieurs
rapportent in quem au Saint-Esprit, et ils produisent ce
texte comme une preuve de sa divinité. Mais cette pensée
est en dehors du raisonnement de l'Apôtre; elle n'a point
de connexion avec le discours. Saint Pierre ne se propose
pas de prouver aux Juifs que le Saint-Esprit est Dieu,
mais que Jésus est le Christ. En outre, le mot grec iwtpa-
xityai, inclinato capite prospicere, ne se dit point de la con-
templation d'un objet tout spirituel, comme est l'essence
divine; ce verbe se dit d'un objet sensible, visible, sur
lequel on baisse et on fixe les yeux, pour le regarder
attentivement.
Si donc on rapporte le pronom in quem au Christ, qui
est nommé deux fois dans le verset précédent, le verbe
(1) In quem desiderant prospicere, c'est-à-dire desircmdo prospi-
ciunt. Car, dit saint Grégoire le Grand, Deum angeli vident et videre
desiderant. (Moral ,xvm , 28.) Un hébraïsme semblable se voit au Ps. ex vin :
Concupivi desiderare justificationes tuas, c'est-à-dire concupiscendo
desideravi, ou vehementer desiderari.
— 141 — lPetr.,i.
latin p?,ospicere et le grec roxpaxu<J/ai sont pris dans leur
sens propre. Il est vrai qu'avec cette construction, le rela-
tif paraît éloigné de son antécédent ; mais l'on peut regar-
der comme une parenthèse tout le commencement du
verset jusqu'à ce pronom in quem. Ceux qui sont habitués
au style de saint Paul ne s'étonneront pas de trouver
aussi dans saint Pierre de longues parenthèses. Or le
sens qu'on obtient ainsi est très beau. Saint Pierre nous
montre les anges qui, du haut des cieux, abaissent leurs
regards sur la terre et considèrent le Verbe incarné dans
le sein d'une Vierge, le Verbe posé dans une crèche, le
Verbe attaché sur une croix, le Verbe sortant du tombeau,
le Verbe montant aux cieux, le Verbe dans l'Eucharistie.
Voilà comme les souffrances et les gloires du Messie sont
un spectacle qui ravit les anges d'admiration et d'amour.
Tel est, croyons-nous, le sens de la Vulgate (1). Ainsi
l'entend le vénérable Bède, et aussi saint Bernard. Jésus,
dit-il, in quem non solum populi, sed ipsi quoque augeli
sancti desiderant prospicere (Serai, i et iv in fest. Omn.
Sanct.)
(1) Si les éditions grecques portaient d; o-j, in quem, comme aura lu
sans doute l'auteur de la Vulgate, le sens que nous venons d'exposer ne
serait pas douteux, parce que le masculin £v se rapporterait nécessaire-
ment au Christ, et non au Saint-Esprit, nviûfix, qui est du neutre. Mais
le grec aujourd'hui ne porte pas tU êv, in quem ; il donne si; «, in
quœ. Avec cette leçon, le pronom relatif ne se rapporte ni au Saint-
Esprit, ni ;i la personne du Christ, mais aux grands mystères et aux
laits divins que l'Apôtre vient d'indiquer : eu quœ nunc nuntiata sunt
rnhis. Les anges contemplent ces choses admirables qui vous ont été
racontées par Les Apôtres. Ce sens est correct aux yeux des théologiens.
et les grammairiens sont satisfaits de voir le relatif ainsi rapproché de
^oii antécédent. Cependant le mot grec n*puxv<pui, prospicere, se dit beau-
coup mieux d'une personne visible qu'on regarde, et c'est la personne
du Christ qui fait directement l'admiration et reçoit l'adoration deS
ang rvons aussi qu'un principe de critique littéraire conseille de
choisir, entre plusieurs leçons, la moins facile, lorsqu'elle est la plus
belle, parce que la tendance des copistes est d'altérer ce qu'ils ne com-
prennent pas. Nous croyons donc que la Leçon de la Vulgate, in quem,
D6 doit pas Btre corrigée comme vicieuse. Il est très possible que eli iv
ait été changé d'abord en si; 8 par un copiste qui voulait, joindre ce
pronom relatif au ueutre nvtô/ix, qui précède. Ensuite uo critique, sen-
tant le défaut de cette pensée, aura corrigé s?,- I en tU&. Ces conjecti,
ma fondement, puisqu'elles B'appuient sur la traduction
. qui est fort ancienne.
— 142 —
Ici se termine l'exorde de l'Epître. Il est digne du
prince des Apôtres par la grandeur des pensées.
Saint Pierre entre maintenant en matière, et la propo-
sition par laquelle il débute résume pour ainsi dire toute
l'exhortation qui fera l'objet de sa lettre.
13. Propter quod succincti lumbos mentis vestr ■#, sobrii,
perfecte sperate in eam quœ offertur vobis grattant, in re-
velationem Je su Cliristi. « C'est pourquoi, ceignant les
reins de votre âme, et vivant dans la tempérance, at-
tendez avec une espérance parfaite la grâce qui vous est
oilerte et qui vous sera donnée à l'avènement de Jésus-
Christ. »
Propter^ quod. Cette conjonction rattache le verset 13e
aux 5e, 6e et 7e. Voici la liaison : Puisque la puissance de
Dieu vous garde afin que vous héritiez du salut au der-
nier jour, où vous recevrez la louange, l'honneur et la
gloire, quand Jésus-Christ apparaîtra, attendez ce grand
jour avec confiance.
Succincti lumbos. Mais pour que cette confiance ne soit
pas trompée, ceignez vos reins. Il fait allusion à l'usage
des anciens qui, étant vêtus d'une longue robe, la rele-
vaient en la serrant contre les reins avec une ceinture,
afin d'être plus alertes pour marcher ou travailler (1).
Lorsque Notre-Seigneur dit à ses disciples : Sint lumbi
vestri prœcincti, « que vos reins soient ceints », il leur
ordonne d'être toujours prêts, comme des serviteurs, à
accomplir la volonté de leur maître. Et quand saint Pierre
nous dit de, ceindre nos reins, il nous exhorte à marcher
d'un pas libre vers le lieu de nos immortelles espérances.
Succincti lumbos mentis. Ceignez donc les reins de votre
âme ; c'est-à-dire, préparez-la, dégagez-la de tout ce qui
pourrait embarrasser sa marche vers le ciel. Ceignez les
reins de votre âme; c'est-à-dire aussi, fortiliez-la ; car
la ceinture serrée donne au corps de la solidité et de la
force. Ceignez les reins de votre âme ; c'est-à-dire enfin,
(1) De là ces expressions latines, notées par saint Augustin : succingi
ad iter, cinyi ad optes, accingi ad prœliwn, prœcingi ad lainisterium.
(In Ps. xcxn.)
— 143 — IPetr.,1.
soyez chastes dans vos pensées ; car la ceinture com-
prime les reins, qui sont le siège de la luxure. Succingit
lumbos mentis, qui liane ab impura cogitatione restringit,
dit le vénérable Bède.
Sobrii, vTj^povreç, étant sobres. C'est une explication de
la métaphore « ceignez les reins de votre âme. • Il ne
recommande pas seulement la chasteté et la sobriété en
général, mais il exige la répression de la cupidité, de
l'ambition, de tous les désirs désordonnés qui retardent
l'àme dans sa marche vers le ciel.
En outre, le mot vT^povrcç signifie aussi la vigilance d'un
esprit actif, qui n'est point appesanti par l'excès du vin.
Que votre àme, dit-il, soit toujours éveillée, attentive à
faire le bien dont l'occasion se présente, et prompte à
découvrir les embûches de l'ennemi.
Perfecte sperate in eam qu& offertur vobis gratiam.
Attendez avec une espérance parfaite la grâce qui vous
est promise. Or, une espérance parfaite est ferme, iné-
branlable, fondée sur des motifs certains. Pour que la
votre soit telle, pour être assurés autant qu'on peut l'être
de posséder le salut que les messagers de Dieu vous ap-
portent (çEpojjivTp 6(itv /7-p'-v), réprimez tout désir sensuel,
et vous recevrez la grâce et la gloire au jour de la révé-
lation de Jésus-Christ, in revelationemJesu Christi.
ite gloire, saint Pierre l'appelle une grâce, gratiam.
<• bien que la gloire éternelle soit la récompense de nos
bonne- œuvres, elle est cependant fondée sur la grâce de
Dieu. Gratia Dei vita œ tenta. (Rom., vi, 23.)
1 1. Quasi filii obedientÙBy non conftguratl prioribus
ignorantix vestrx desideriis. Espérez donc ce glorieux
héritage, « comme étant des enfants d'obéissance et
ii ai ii de vous conformer aux anciens désirs de votre
ignorance. »
Filii oèedientise, e'est un hébraïsme qui veut dire des
hommes qui obéissent.
Obedientim : l'obéissance à l'Evangile. La première
obéissance que l'on rend au Christ est de croire â sa
paru:, t la foi. Donc, ayant accepté sa doctrine.
— 141 —
vous la prendrez pour la règle de vos pensées et de votre
conduite. Désormais vous ne vous conformerez plus aux
maximes du monde, ni aux désirs que vous suiviez au
temps de votre ancienne ignorance.
No?i configurait prioribus ignorantiœ vestrœ desideriis.
Ces paroles s'adressent principalement aux fidèles venus
de la gentilité, qui avaient adoré les faux dieux et vécu
dans les désordres du paganisme ; mais cela peut s'en-
tendre aussi des Israélites, qui, malgré la connaissance
du vrai Dieu et de la loi de Moïse, s'abandonnaient à des
désirs coupables et à des passions mauvaises. — Igno-
rantiœ. Au fond tout péché vient d'ignorance, en un cer-
tain sens; car si l'on savait combien le péché est mauvais
en soi et combien il est funeste, on ne le commettrait pas.
Donc si l'on veut convertir les pécheurs, la première chose
qu'il faut faire, n'est pas d'exhorter, mais d'instruire. Et
si l'on veut se corriger soi-même, il faut éclairer son
esprit par la méditation sérieuse des grandes vérités de
la religion.
15. Sed secundum eum qui vocavit vos Sanctum, et ipsi
in omni conversatione sanctisitis. Mais soyez vous-mêmes
saints dans toute la conduite de votre vie, comme est
saint celui qui vous a appelés à la foi et à la grâce du
salut. Cette parole « Soyez saints » exige d'abord la fuite
de l'impureté et commande la chasteté des mœurs. Car
Dieu ne nous a pas appelés à une vie immonde, dit saint
Paul, mais à la sainteté. Non enim vocavit nos Deus in
immundiiiam, sed in sanctificationem. (I Thess., iv, 7.)
Et cette sainteté irréprochable doit s'étendre à toutes
nos actions, à toute notre vie.
In omni conversatione, ev 7cà<nr) àva^o^yj. Le chrétien se
conduit en chrétien en tous lieux, en tous temps et dans
toutes ses fonctions. Qu'il traite ses affaires, ou celles du
prochain, ou celles de l'Etat, il consulte la loi et la gloire
de Dieu son maître. Ni le citoyen ni le prince ne doivent
oublier qu'ils sont, avant tout, les serviteurs de Jésus-
Christ, et que leur règle est l'Evangile. Respecter l'auto-
rité de l'Eglise dans sa vie privée et l'oublier dans les
— 145 — / Petr., i.
fonctions de sa vie publique, cela n'est pas permis au
chrétien. (Léon XIII, Encycl. Admirabile.)
10. Quoniam scriptum est : Sancti eritis, quoniam ego
sanctus sum, « Car il est écrit : Vous serez saints parce que
je suis saint (1). » Puisque Dieu est saint en lui-même,
tout ce qui approche de sa majesté doit être saint. Il faut
être sans aucune tache pour entrer dans sa maison du
ciel. Non intrabit in cam allquod coinquinatum. (Apoc,
xxi.) Il faut être saint pour participer aux divins mys-
tères. Ne portons à la table sainte aucune faute, même
légère, sans l'avoir expiée par une vraie contrition. C'est
pour cela qu'avant de monter à l'autel, l'Eglise veut que
le prêtre se frappe la poitrine et récite le Confiteor. Tous
les fidèles font de même avant de communier. Ne convient-
il pas de purifier son cœur de toute affection au péché,
avant de recevoir le Saint des saints?
17. Et. Saint Pierre continue d'exhorter les chrétiens à
la sainteté par de nouveaux motifs.
Et si Patrem invocatis eum qui sine acceptione persona-
rum judicat secundum nniuscujusque opus, in timoré, in~
colatus vestri tempore, conversaniini. « Et puisque vous
invoquez comme votre Père celui qui, sans faire acception
de personne, juge chacun selon ses œuvres, vivez dans
la crainte pendant le temps que vous demeurez étrangers
sur la terre. »
Adorez saintement votre Dieu. Obéissez saintement à
votre Père. Servez saintement votre Maître. Craignez
saintement votre Juge ; car, tout en aimant Dieu, il faut
le craindre. Semper sanctorum securitas plena timoris Dei
exstitit, Imit. Chr., 1. I, c. xx.)
Si Patrem iuvocatis. Il fait allusion à la prière que
Xutre-Seigncur a apprise à ses disciples : « Notre Père
qui êtes dans les cieux. »
Eum qui judicat. Souvenez-vous que Dieu n'est pas
seulement notre Père, il est aussi notre Juge. Or, il juge
sans considérer la noblesse, ou la puissance, ou la for-
(1) Scriptum est. Ces paroles sont écrites au Lévitique, xi, 44 ; xix,
1 : et xxi, 8.
1 IITRKS CATHOUQrRS 10
— 140 —
tune de ceux qui comparaissent devant lui. Le riche et le
pauvre, le maître et l'esclave sont égaux devant son tri-
bunal. Il examine leur mérite, fondé sur leurs œuvres
bonnes ou mauvaises. 11 voit tout, il juge tout, il punit
tout ce qui est contre sa loi. Saint Clément rapporte que
saint Pierre répétait souvent cette parole : « Quel homme
pourrait pécher, s'il pensait au jugement de Dieu ? »
In timoré. Vivons dans la crainte de ce jugement pen-
dant tout le temps que nous marchons sur cette terre, où
nous devons nous regarder comme des étrangers.
lncolatus vestri tempore. Le mot incolatus* 7capoixfe, veut
dire le séjour que l'on fait dans un pays qui n'est pas le
sien. Incola dicitur qui habitat in terra aliéna, non in
civita/e sua. (S. Aug. in Ps. exix, n. 6.) La terre n'est
point la vraie patrie des chrétiens.
18. Scientes quod non corruptibilibus aura vel argento
redempti estis de vana vestra conversatione paternes tra-
ditionis. « Vivez dans la crainte d'offenser votre juge,
sachant que ce n'est point par des choses corruptibles,
comme l'or et l'argent, que vous avez été rachetés de la
vanité où. vous viviez selon la tradition de vos pères. »
La première raison pour laquelle nous devons craindre
notre Juge, c'est qu'il juge chacun selon ses œuvres; la
seconde, c'est que nous mériterons sa colère si nous som-
mes ingrats envers le Dieu qui nous a rachetés. En effet,
dit le vénérable Bède , plus est grand le prix de votre
rédemption,, plus vous devez craindre d'offenser votre
Rédempteur, et de rendre inutile la rançon immense qu'il
a payée pour vous. Or, c'est ce que vous feriez en retour-
nant à votre corruption primitive. Car, ce n'était pas une
vie sainte, mais vaine, mais coupable que vous meniez
autrefois.
Redempti estis de vana conversatione. Tout ce qu'on ne
fait pas pour Dieu et pour le salut éternel est vain. Amas-
sez une grande fortune, illustrez votre nom par des ou-
vrages admirés de l'univers, ceignez votre front d'une
couronne royale : vanité des vanités ! tout n'est que va-
nité, si Ton n'aime pas Dieu, s'écrie Salomon.
— 147 — IPetr.,y.
De vana vestra conversatione palernœ traditionis. Que
faut-il entendre par la tradition paternelle? Est-ce la loi
de Moïse dans sa partie cérémonielle? Non, saint Pierre
ne la blâmerait pas, car elle était encore permise aux
Juifs ; il ne songeait pas à les en détourner. Il ensei-
gnait seulement, comme saint Paul et les autres Apôtres,
qu'il fallait y joindre les préceptes de l'Evangile. La tra-
dition paternelle, autrement la tradition des anciens, dé-
signe les prescriptions ajoutées à la loi par les docteurs
juifs ; préceptes purement humains, usages inutiles et
quelquefois coupables, comme le déclare Notre-Seigneur.
(S. Matth., xv, et S. Marc, vu.)
La tradition paternelle s'entend mieux encore de la
fausse religion des Gentils, qui adressaient de vaines
prières à des idoles. Ainsi l'expliquent plusieurs saints
Pères (1).
Non corruptibilibus auro vcl argento redempti cstis.hes
choses les plus précieuses aux yeux des hommes sont
l'or et l'argent, métaux sujets à la corruption. On les
fond, ils s'altèrent, ils s'usent. Mais le prix qui a été
donné pour racheter vos âmes est incorruptible, c'est le
sang d'un 1 >ieu.
19. Sedpretîoso sanquine quasi agni immaculati Chris ti.
Voilà 1'' prix auquel vous avez été rachetés ! Rien de ce
qui est créé n'est comparable au sang de cet Agneau, dont
une seule goutte suffît pour effacer les péchés du monde.
Car cet Agneau est Dieu, et le sang d'un Dieu est d'un
prix infini.
Agni. Le Christ est comparé à un Agneau à cause de
la douceur de cet animal innocent, qui garde le silence
et ne s.- plaint pas. lors munie qu'on l'immole.
tmmaculati, Kpt&peu. Le mot grec signifie « sans défaut. »
L'agneau pascal ne devait avoir aucun défaut corporel,
afin .1 être digne «le figurer le Christ : Erit autan agnus
macula. (Exod., xn, 5.) Il ne devait donc être ni
()) u-ustin, in Pi, cxlvi, n. 18: et saint Théophile, ad Autol.,
1. II, 34. i
— 148 —
aveugle, ni boiteux, ni estropié, mais posséder l'intégrité
parfaite de ses membres.
Et incontaminati . Le mot incontamina tus, aouiXoç,
désigne l'absence de toute tache ; ce qui n'était pas exigé
de l'agneau pascal. Mais pour le Christ qui devait effacer
les péchés du monde, il fallait qu'il fût une victime sans
défaut et sans tache : a^wjAoç xaï àa7uXoç. Le Christ a fait
beaucoup d'immaculés, en effaçant les péchés des hom-
mes ; lui seul possède, par sa nature, une pureté sans
tache. Fecit multos immaculatos donando peccata; ipse
immaculatus non habendo peccata, dit saint Augustin.
20. Prœcoqniti quidem ante mundi constitutionem,
manifestati autem novissimis temporibits propter vos.
« Agneau connu par la prescience de Dieu avant la
création du monde, et manifesté à la fin des temps pour
l'amour de vous. »
Prœcoqniti. Dieu, qui voit de son immuable éternité
ce qu'il fait dans la suite des siècles, a toujours eu présent
par sa prescience, cet Agneau qu'il destinait, dans sa
miséricorde, à l'expiation du péché des hommes. — Prœ-
cogniti. La prescience de Dieu est ici, comme en d'autres
endroits de l'Ecriture, une connaissance efficace, qui veut
et prépare ce qu'elle voit. C'est ainsi que l'apôtre saint
Paul a pu dire, dans l'Epître aux Romains : Dieu n'a
point rejeté son peuple qu'il a connu dans sa prescience.
Non repulit Deus plebem suam, quam prœscivit. (Rom.,
xi. 2. — Voyez plus haut, v. 2.)
Ante mundi constitutionem, itph xaTaêoXvjç xocixou, ante
jacta mundi fundamenta. L'éternité seule précède la
création ; tout ce que Dieu voit, tout ce que Dieu décide,
il le voit, il le veut de toute éternité ; il a prévu que
l'homme créé pécherait, et en prévoyant son péché, il en
a préparé l'expiation dans l'incarnation du Verbe et dans
l'immolation du Christ. Saint Jean dit de même, dans
l'Apocalypse, que le Christ est l'Agneau égorgé dès le
commencement du monde, dans le décret divin. Qui oc-
cisus est ab origine mundi. (Apoc, xm, 8.)
Manifestati autem novissimis temporibus propter vos,
— 149 — / Petr., i.
Cet Agneau très saint, dont nos pères n'avaient vu que
la figure, a été manifesté à la fin des temps, pour vous,
pour votre salut, ô peuples de l'Asie, afin que, participant
à son sacrifice, vous soyez purifiés dans son sang. L'A-
gneau divin a été sans doute immolé sur l'autel de la
croix pour tous les hommes et pour tous les siècles ;
mais les fruits de son sacrifice ont été répandus sur le
genre humain avec plus d'abondance après qu'il a été
prêché dans le monde par les Apôtres. Car pour être
sauvé par le Christ, il faut croire en lui ; pour croire en
lui, il faut le connaître, et on le connaît par la prédication
de l'Evangile.
Novissimis temporibns, stt' ir/ixtov twv /povwv. Par cette
expression, l'Ecriture entend le dernier âge du monde,
qui est compris entre le premier et le second avènement
du Christ. C'est comme s'il leur disait : Vous êtes heu-
reux d'être nés à cette époque et dans ces pays, où la
trompette évangélique a retenti avec tant d'éclat, où l'om-
bre est remplacée par la lumière, et la loi par la grâce.
Proptcr vos, pour vous! Ce mot, placé a la fin de la
phrase, doit exciter l'amour et la reconnaissance des
chrétiens auxquels il s'adresse. Ils ont eu, préférable-
ment à tant de millions d'hommes, le bonheur d'entendre
la voix des Apôtres et de recevoir la grâce de l'Evangile.
21. Propter vos, qui fidèles esiis in Deo. La victime
cxpiatrice du péché a donc été manifestée au monde à
cause de vous qui croyez en Dieu, qui obéissez à Dieu et
qui portez le nom glorieux de ses fidèles. C'est pour vous
et pour votre salut que l'Evangile a retenti dans le
monde (1).
Per ipsum fidèles esiis. Vous êtes par lui fidèles. Ce
mot est retenu par les théologiens. Il nous fait entendre
que la foi, par laquelle nous croyons en Dieu comme
(1) l)es éditions grecques donnent : roôj sY v.'jzoj -tïrrJîvra,- di 8ffév.
qui per ipnttn creditis in Deum. Mais d'autres éditions, appuyées sur
lanuscrits A B, maintiennent la leçon conforme à la Vulgate, toù?
•V ij-o'j nmwi il; <->;-.., qui per ipsum fidèles estis in Deo. Vous ne
creyei | ;<^ Reniement en lui, vous <'-ies sea fidèles.
— 150 —
auteur de notre salut, surpasse la puissance de notre
nature. Pour faire un acte de foi salutaire et pour persé-
vérer dans la foi, il nous faut la grâce méritée par le
Christ, per ipsum fidèles estis.
Qui suscilavit eum a mortais. Le principal motif qui
nous fait admettre l'Evangile avec une certitude entière,
c'est que Dieu a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts.
Car il avait prédit lui-même sa résurrection et il l'avait
donnée comme preuve de sa doctrine.
Et dédit illi ç/loriam. Notre foi, appuyée sur la résur-
rection comme sur un fondement solide, est confirmée
par les autres gloires que Dieu a données au Christ,
gloires qui surpassent infiniment toutes celles qui ont été
accordées aux créatures. C'est la gloire de l'ascension,
lorsqu'il est monté au ciel en présence de ses disciples et
de ceux qui croyaient en lui. C'est la gloire de la descente
manifeste du Saint-Esprit, dont il a rempli ses Apôtres
et qu'il continue de communiquer à ceux qui croient à
sa parole. C'est la gloire de la prédication de son Evan-
gile annoncé et accepté dans tout l'univers. C'est la
gloire enfin qui lui est rendue par tous les peuples de la
terre, où il a des fidèles qui l'adorent, qui l'aiment, qui
observent ses commandements, qui vivent selon sa loi
et qui meurent pour lui. Jésus parle lui-même de cette
gloire dans saint Jean, lorsqu'il dit que « tous honoreront
le Fils comme ils honorent le Père. » Et dans un autre
endroit : « L'heure est venue, dit-il, où le Fils de l'homme
sera glorifié. » (S. Joann., v et xn.)
Ut fides vestra et spes esset in Deo. « Dieu a donc res-
suscité le Christ et il lui a donné la gloire, afin que votre
foi et votre espérance fussent en Dieu. » Car en voyant
le Christ ressuscité et glorifié au ciel et sur la terre,
vous avez un motif certain de croire à ses paroles et
d'espérer en ses promesses.
22. Animas vestras castificantes in obedientia chari-
tatisil). Mais pour croire en Jésus-Christ d'une foi qui
(1) Dans le grec, on lit in obedientia veritatis, h vTzx*y7j 7*js- ùlrfisia.ç
— 151 — / Petr.3 1.
justifie, et pour espérer avec confiance les biens qu'il
promet, il faut purifier vos consciences dans l'obéissance
de la charité, in obedientia charitat is. Cela veut dire,
en obéissant à la parole divine par l'adhésion de votra
esprit, et en aimant de tout votre cœur Celui en qui vous
croyez.
Ce membre de phrase, qui sert de transition, peut se
joindre à ce qui précède, et commencer aussi la phrase
suivante, dont le verbe est diligite, aimez.
Animas vestras castificantes in obedientia charitatis,
in fraternitatis amure simplici, ex corde, invicem diligite
attentius. « Ayant purifié vos âmes par la foi dans une
obéissance de charité, aimez-vous constamment les uns
les antres, en sorte que votre charité fraternelle soit
sincère et au fond du cœur. »
/// fraternitatis nmore simplici (1). Votre amour pour
vos frères doit être simple et non double, véritable et
non simulé. Mais cet amour sincère qui part du cœur,
ex corde, n'est pas une aifection seulement naturelle,
si une charité spirituelle dont la grâce est le principe.
Invicem diligite attentius ou inteniius, sxtevûç, aimez-
vous les uns les autres d'un amour diligent, courageux,
intense. Aimez les frères, malgré leurs défauts et malgré
les torts qu'ils auraient envers vous.
. RenaH non ex semine corruptibili, sed incorrupti-
bili. Il montre comment nous sommes frères. Sans doute,
les lmmines sont tous frères selon la nature, en Adam,
par leur première naissance. Mais les chrétiens ont une
fraternité plus heureuse : ils sont frères en Jésus-Christ
selon l;i grâce, par une seconde naissance. Aimez-vous
connu»' des frères, leur dit-il, parce qu'une nouvelle nais-
s;i: 18 a tous rendus enfants d'un même Père qui
ilai,- l,i vérité. C*es( une leçon très estimable, appuyée
•nr les meilleurs manuscrits. — Castificantes. En grec, il j a le passé,
aiti/icavistis. Voua avez déjà purifié vos âmes dans
1<- kij't' me : cooservei cette pureté.
(1) /" simplici, tU ptlacd&pferJ AvvitàtpiTêv. On
par le grec que le iii'>i simplici doit se construire avec et
DOQ
-- 152 —
est Dieu, frères de Jésus-Christ et héritiers de la vie
éternelle. Cette nouvelle naissance ne vient pas d'un
germe corruptible, mais d'une semence spirituelle et
incorruptible.
Saint Pierre explique comment s'est faite leur régéné-
ration : Per Verbum Dei vivi et permanentis in œternum.
Vous avez été régénérés, dit-il, par la parole du Dieu
vivant, qui demeure éternellement. L'Apôtre nous ensei-
gne donc que le germe d'où s'est formée notre seconde
génération est la parole de Dieu. C'est en effet cette parole
qui, donnant la fécondité aux eaux du baptême, nous a
fait renaître enfants de Dieu. Car ni le sang, ni la chair, ni
la volonté de l'homme ne sont pour rien dans cette nou-
velle naissance, dit saint Jean ; c'est Dieu qui l'opère tout
entière, en donnant la justice à nos âmes : Qui non ex
sanquinibus, neque ex voluntate camis, neque ex volun-
tate viri, sed ex Deo nati sant. (S. Joann., i.) L'Esprit-
Saint a formé le chrétien dans le baptême, comme il a
formé le Christ dans le sein de la Vierge, dit saint Chry-
sostome. (Hom. ad Col., vi.)
Saint Léon le Grand développe la même pensée. Le
Seigneur Jésus, dit-il, s'est fait homme en prenant notre
nature, afin que nous puissions nous-mêmes participer
à la nature divine. La génération qu'il a prise dans le
sein de la Vierge, il l'a mise dans la fontaine baptismale.
Il a donné à l'eau ce qu'il avait donné à sa Mère. Car la
vertu du Très-Haut et l'ombre du Saint-Esprit, qui a
rendu Marie capable d'engendrer le Sauveur, donne aussi
aux eaux la puissance de régénérer ceux qui croient (1).
Per Verbum Dei vivi et permanentis in œternum (2).
(1) Factus est homo nostri generis, ut nos cîivinœ naturœ possemus
esse consortes. Originem quant sumpsit in utero Virginis, posuit in
fonte baptismatis. Dédit aquœ quod dédit Malri : virtus enim Altis-
s'uni et obumbratio Spiritus Sancti, quœ fecit ut Maria pareret Sal-
vatorem, eadera facit ut regeneret unda credentem. (S. Léo, Serm. v,
de Nativ.)
(2) Per Verbum Dei vivi, &v. ïôyov Çwvtoj &-otj. Quelques-uns tradui-
sent : par le Christ, qui est le Verbe du Dieu vivant. Mais tout de suite,
au verset 25, l'auteur sacré explique lui-même làyoe par prjjtx, qui ne
désigne pas la personne du Verbe, mais la parole de Dieu.
— 153 — lPetr.,1.
Le chrétien étant engendré par la parole d'un Dieu vi-
vant qui demeure éternellement, cette parole lui com-
munique une vie immortelle comme Dieu son auteur,
au lieu que la chair soumise à la corruption ne donne
qu'une vie corruptible. C'est ce que l'Apôtre explique
aussitôt, en citant le prophète Isaïe.
24 et 25. Quia omnis caro fœnum, et om?iis qloria ejus
tanquam flos fœni : cxaruit fœnum, et flos ejus dccidit.
Verbum autem Domini manet in aeternum. « Car toute
chair est comme l'herbe, dit Isaïe, et toute la gloire de
la chair est comme la fleur de l'herbe. L'herbe sèche et
la fleur tombe. Mais la parole de Dieu demeure éternel-
lement. » Que veut dire le prophète par ce brillant lan-
gage ? Le voici : L'homme qui est engendré de la chair
fleurit dans son enfance, dans son adolescence, dans sa
jeunesse ; mais il est corruptible comme la chair dont il
tire son origine. La gloire de sa jeunesse s'efface bientôt.
Il se flétrit, tombe et se dissout en poussière. Or, si
l'homme est corruptible, tout ce qui nait de l'homme
est aussi corruptible et destiné à la mort. C'est la consé-
quence qui sort des paroles sacrées.
Verbum autem Domini manet in œternum. Mais, ajoute
le prophète, « la parole de Dieu demeure éternellement. »
Ainsi, le principe d'où le chrétien tire sa seconde vie est
éternel. Ce principe doit donc, conformément à sa nature,
faire germer une vie incorruptible ; et puisque Dieu de-
meure éternellement, il doit donner une force éternelle
a parole.
Mais quelle est cette parole ? C'est celle qui vous a été
trtée par la prédication de l'Evangile. Hoc est autem
verbum quod evangelizatum est in vos.
Oui, si nous acceptons l'Evangile, la fin de la vie pré-
sente ne sera que la lin de notre mortalité, à laquelle
succédera une vie éternelle.
— 154
CHAPITRE DEUXIÈME
ANALYSE
Dans ce chapitre, saint Pierre montre aux chrétiens les
glorieux titres que leur confère la régénération baptismale, et
les obligations qui en découlent
Premièrement. Puisqu'ils ont reçu une nouvelle naissance,
ils doivent, comme des enfants nouveau-nés, se fortifier et
croître en se nourrissant du lait de la pure doctrine.
Deuxièmement. Etant devenus frères par leur nouvelle
génération, ils doivent déposer tout vice contraire à la charité
fraternelle (1-3).
Troisièmement. Tous les chrétiens forment un temple spi-
rituel où Dieu habite. Jésus-Christ en est la pierre angulaire,
et ils sont eux-mêmes des pierres choisies posées sur cette
pi rro fondamentale.
Quatrièmement. Non seulement ils entrent comme des pierres
vivantes dans la structure du temple, mais ils en sont les
prêtres pour offrir à Dieu des hosties spirituelles.
Ils sont même rois, parce qu'un trône leur est préparé dans
les cieux (4-10).
Cinquièmement. L'Apôtre conclut de là que les chrétiens
doivent se regarder comme étrangers sur la terre, et mener
une vie irréprochable au milieu des Gentils, afin de confondre
leurs calomniateurs.
Sixièmement. En conséquence, ils se montreront soumis au
prince et aux magistrats; et ceux qui sont esclaves obéiront
à leurs maîtres en souffrant avec patience les mauvais traite-
ments (11-20).
11 les y encourage par l'exemple de Notre-Seigneur Jésus
Christ (21-fin).
— 155 —
/ Pe(r.% h.
1. Déponentes igitur omnetn
malitiam, et omnem cbolum, et
simulationes, et invidias, et om-
nés detractiones,
2. Sicut modo geniti infantes,
rationabile, sine dolo lac conçu-
piscite , ut in eo crescatis in
salutem :
3. Si tamen gustatis quoniam
dulcis est Dominus.
4. Ad quem accedentes lapi-
dent vivum, àb hominibus qui-
dem reprobatum, a Deo autem
electt'ni et honori/icatum,
5. Et ijisi tanquam lapides
vivi edificamini, domus
spiritualis, sacerdotium sanc-
tum\ offenre spirituales hostias,
aeceptabiles Deo per Jesum
Christum.
6. Propter quod
mo in Sion
lapident summum angularem,
'"m. [i, : et qui cre-
diderit in ■ um, non confun-
ur.
7. Vobis igitur honor creden-
ti>>"< ; credentibus autem,
hijiis qu* m reprobaverunt œdi-
. hic faCtUS est i>i ru put
s Et pis offensionis, et pe-
tra scandali his qui offendunt
verbo, < dunt in quo et
positi suht.
!'. tem genus electum,
ile xacerdotium, gens sancta,
quisitionis, vt
ntietis ejus qui de
■ in admira-
li». Q )opu-
pulus !)>/:
>j"i ecuti m i
\\ .( 'karissimi, 61 secro vos tan-
egrinoê abs-
ûibus d
1. Vous étant donc dépouillés de
toute espèce de malice, de trompe-
rie, de dissimulation, d'envie et de
médisance,
2. Semblables à des enfants nou-
vellement nés, désirez ardemment le
lait spirituel et très pur qui vous
fera croître pour le salut :
3. Si toutefois vous avez goûté
combien le Seigneur est doux.
-1. Et vous approchant de lui comme
de la pierre vivante, que les hommes
avaient rejetée, mais que Dieu a
choisie et mise en honneur,
5. Entrez vous-mêmes dans la
structure de l'édifice, comme étant
des pierres vivantes, pour composer
une maison spirituelle et un sacer-
doce saint, afin d'offrir à Dieu des
sacrifices spirituels qui lui soient
agréables par Jésus-Christ.
G. C'est pourquoi il est dit dans
l'Ecriture : Je vais poser en Sion la
principale pierre de l'angle, la pierre
choisie, précieuse, et quiconque met-
tra en elle sa foi ue sera [joint con-
fondu.
7. Honneur donc h vous qui croyez!
Mais pour les incrédules, la pierre
que les architectes ont rejetée est
devenue la tête de l'angle,
8. Une pierre contre laquelle ils
se heurtent, une pierre qui les fait
tomber, eux qui se heurtent contre
la parole, par une incrédulité h la-
quelle ils ont été abandonnés.
9. M ai 8 quant à vous, vous êtes la
race choisie, le sacerdoce royal, la
nation Bai d te, le peuple conquis,
destiné à publier les vertus de celui
qui vous a appelés <\r<, ténèbres b
son adniirab'(» lumière ;
10. Vous qui autrefois n'étiez point
peuple, mais qui êtes mainte-
nant le peuple de Dieu : vous qui
n\-i\ iez pas obtenu miséricorde, mais
qui maintenant avez obtenu miséri-
corde.
11. M<'s bien ai h !»'•>. je nous conjure
de voib abstenir, comme étrangers
et voyageurs que voua êtes, des
— 156 —
désirs charnels qui combattent con-
tre l'âme.
12. Conduisez-vous parmi les Gen-
tils d'une manière sainte, afin qu'au
lieu de médire de vous comme si
vous étiez des méchants, les bonnes
œuvres qu'ils vous verront faire les
portent à rendre gloire à Dieu au
jour de sa visite.
13. Soyez donc soumis, pour l'a-
mour de Dieu, à toute sorte de per-
sonnes : soit au roi, comme au sou-
verain ;
14. Soit aux gouverneurs, comme
à des hommes envoyés de sa part
pour punir ceux qui font mal et
pour louer ceux qui font bien.
15. Car c'est la volonté de Dieu
que, par votre bonne vie, vous fer-
miez la bouche aux hommes igno-
rants et sans sagesse.
16. Soyez libres, non pour user
de votre liberté comme d'un voile
qui couvrirait vos mauvaises actions,
mais pour agir en serviteurs de Dieu.
17. Hendez à tous l'honneur qui
leur est dû ; aimez vos frères ; crai-
gnez Dieu ; honorez le roi.
18. Serviteurs, soyez soumis a vos
maîtres avec toute sorte de respect,
non seulement à ceux qui sont bons
et doux, mais même a ceux qui sont
rudes et fâcheux.
19. Car c'est une grâce de Dieu si,
pensant qu'il nous voit, nous endu-
rons les maux et les peines qu'on
nous fait souffrir avec injustice.
20. En effet, quel sujet de gloire
aurez-vous, si c'est pour vos fautes
que vous endurez de mauvais trai-
tements? Mais si vous souffrez avec
patience en faisant le bien, c'est là
ce qui est agréable à Dieu.
21. Car c'est à quoi vous avez été
appelés, puisque Jésus-Christ même
a souffert pour nous, vous laissant
un exemple, afin que vous marchiez
sur ses pas ;
22. Lui qui n'a commis aucun
péché, et dans la bouche duquel ne
s'est trouvée aucune parole de trom-
perie.
deriis quœ militant adversits
animam :
12. Conversationem vestram
inter gentes habentes bonam, ut
in eo qnod detrectant de vobis
tanqiiam de malefactoribus, ex
bonis operibus vos considéran-
tes, glorificent Deum in die vi-
sitationis.
13. Subjecti igitur eslote om -
ni humanœ créatures propter
Deum ; sive régi, quasi prœcel-
lenti ; ^ om - n
14. Sive ducibusi tanquam ab
eo missis ad vindictam male-
factorum, laudem vero bono-
rum :
15. Quia sic est voluntas Dei,
ut benefacientes obmutescere fa-
ciatis imprudentium hominum
ignorantiam ;
1G. Quasi liberi, et non quasi
velamen habentes malitiœ liber-
tatem, sed sicut servi Dei.
17. Omnes honorate ; frater-
nitatem diligite; Deum timete;
regem honorificate.
18. Servi, subditi estote in
omni timoré dominis, non tan-
tum bonis et modestis, sed etiam
dyscolis.
19. Hœc est enim gratia, si
propter Dei conscientiam susti-
net quis tristitias, patiens in-
juste.
20. Quœ enim est gloria, si
peccanles et colaphizati suffer-
tis? Sed si bene facientes, pa-
tienter sustinetis, hœc est gratia
apud Deum.
21. In hoc enim vocati estis :
quia et Christus passus est pro
nobis, vobis relinquens exem-
plum ut sequamini vestigia
ejus.
22. Qui peccatum non fecit,
nec inventus est dolus in ore
ejus.
— 157 — lPetr.yu.
23. Qui quum malediceretur, 23. Quand on le chargeait d'in
non nailedicebat ; quum pâte- jures, il ne répondait point par des
retur, non comminabatur ; Ira- injures; quand on le maltraitait, il
débat autem judicanti se in- ne faisait point de menaces ; mais il
juste. se livrait entre les mains de celui
qui le jugeait injustement.
24. Qui peccata nostra ipse 24. Il a porté lui-même nos péchés
pertulit in corpore suo super dans son corps sur la croix, afin
lignum , ut peccutis mortui, qu'étant morts au péché nous vivions
justifia' vivamus ; eu jus livore pour la justice; et c'est par ses meur-
sanati estis. trissures que vous avez été guéris.
25. Eratis enim sicut oves 25. Car vous étiez comme des bre-
errantes, sed conversi estis nnne bis égarées; mais maintenant vous
ad pastorem et episcopv.m ani- êtes retournés au Pasteur et à l'E-
marum vestrarum. vêque de vos âmes.
COMMENTAIRE
1. Déponentes iqitur omnem malitiam, « déposant donc
toute malice. » Ce verset se lie au 23e du précédent cha-
pitre : Renati ex semine incorruptibili per Verbum Dei.
Vous avez reçu une vie nouvelle dans les eaux du bap-
tême fécondées par la parole de Dieu ; vous y avez été
engendrés d'un principe incorruptible ; et par cette nou-
velle génération vous êtes devenus frères. Déposez donc
toute malice, toute tromperie, toute dissimulation, toute
envie et toute médisance. Car ce sont là des choses con-
traires à la charité fraternelle.
« Toute malice » {omnem malitiam, Trïsav xaxt'av) est un
terme général qui désigne la volonté de nuire au prochain :
nocendi amor, (Aug. Hom. xx inter 50.) Les mots suivants
indiquent les différentes espèces de malice auxquelles il
faut renoncer. L'Apôtre énumère des vices qui ne sont
pas rares parmi les chrétiens et que certaines personnes
pieuses se pardonnent trop facilement.
Et omnem dolum. Renoncez à toute sorte de tromperie.
Un frère ne doit pas tromper un frère ; qu'il n'y ait point
de fraudes parmi vous.
Et simulationes, &icoxpfoetç. Ce terme désigne l'art de
— 158 —
feindre, soit dans ses discours, soit par ses manières, des
senti monts de bienveillance que l'on n'a pas dans le fond
du cœur. Une équité simulée, dit saint Augustin, est une
double iniquité. Simulata œquitas non est œquitas, sed
duplex iniquitas. (S. Aug. in Ps. lxiii.) L'Esprit-Saint
nous apprend que les hommes doubles attirent sur eux
la colère de Dieu. Simulator es et callidi provocant iram
Dei. (Job, xxxvi, 13.)
Et invidias. Que l'envie est donc funeste t C'est par l'en-
vie du diable que la mort est entrée dans le monde. Invi-
diadiabolimors introivit in orbem terrarum. (Sap., n, 25.)
C'est l'envie qui vendit Joseph. C'est l'envie qui dirigea
la lance de Saùl contre le jeune David. C'est l'envie des
prêtres d'Israël qui livra le Christ à la mort. Sciebat
enim Pilatus quod per invidiam tradidissent eum .
(S. Matth., xxvn, 18.)
L'envie est une passion extrêmement subtile : peu
d'âmes en sont exemptes et peu s'en accusent.
Comme l'envie distille souvent un poison qui noircit la
réputation du prochain, l'Apôtre ajoute aussitôt : inter-
disez-vous toute médisance, omnes detractiones.
2. Sicut modo geniti infantes. « Semblables à des
enfants nouvellement nés. » Il y a une enfance spirituelle
comme une enfance corporelle. Chez l'enfant qui vient
au monde, les organes se perfectionnent peu à peu et la
raison se développe par degrés. Il en est de même du
néophyte; à moins d'une grâce spéciale, la vertu ne
s'affermit pas subitement dans le nouveau chrétien. Il
faut des instructions, des prières, des communions et du
temps, pour qu'il passe de l'enfance à l'état d'homme
parfait en Jésus-Christ.
Lac concupiscite, désirez du lait. La nature a mis dans
l'enfant un désir qui lui fait rechercher le sein nourricier
de sa mère. De même le jeune chrétien rempli du Saint-
Esprit sent en son âme une faim qui lui fait chercher
avidement une nourriture spirituelle. L'amour de la pa-
role de Dieu est un signe de justice. Celui en qui règne la
grâce aime à entendre l'Evangile. Désirez donc la divine
— 159 - lPetr.,u.
parole, dit saint Chrysostome, avec le même empresse-
ment que l'enfant se précipite aux mamelles de sa mère.
Rationabile lac. C'est d'un lait spirituel que parle
l'Apôtre, Xoy.xov, un lait qui nourrit la raison, la foi et
l'âme du chrétien.
Sine dolo, àôoAov, sinceram, un lait qui n'est pas mélangé
de substances étrangères et fraudé.
Ce lait vivifiant que recommande saint Pierre est la
pure doctrine apostolique, et non une doctrine altérée
par des maximes judaïques, hérétiques ou mondaines.
Dès l'origine, il s'est trouvé des chrétiens qui n'ont pas
voulu recevoir la parole de Dieu toute pure, ils la corri-
geaient et la faussaient.
Ut in illo crescatis in salutem. Voulez-vous grandir en
vertu et vous affermir dans la sainteté ? voulez-vous
n'être plus de fragiles enfants que le moindre choc ren-
verse, mais devenir des hommes fermes, dont le salut
soit assuré ? nourrissez-vous de la doctrine de l'Evangile.
Imitez la bienheureuse Vierge, qui gardait les saintes
paroles et les méditait dans son cœur. Maria autem con-
servabat omnia verba hœc , conferens in corde suo.
(S. Luc, ii, 19.)
3. Si tamen gustastis quoniam dulcis est Dominas. Je
vous exhorte à désirer avec ardeur cette parole salutaire,
si toutefois vous avez goûté combien le Seigneur est
doux. Saint Pierre cite le Psaume xxxin, où le prophète
dit : t Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. »
Gustate et vidcte quoniam snavis est Dominas. Vous,
fidèles baptisés, qui croyez fermement à l'Evangile, n'avez-
vous pas quelquefois senti au fond de vos cœurs la pré-
sence de Dieu ? Il vous remplissait alors d'une joie secrète
et ineffable. Eh bien, nourrissez -vous de la parole sainte,
et le bonheur que vous avez ressenti, vous l'éprouverez
encore. Mais souvenez- vous que Dieu n'accorde ces pré-
cieuses faveurs qu'aux Ames pures et courageuses.
Outre le sens littéral que nous venons d'exposer, plu-
sieurs pensent que, sous ces paroles voilées, saint Pierre
désigne aussi la sainte Eucharistie, où la douceur de la
— 160 -
grâce divine est goûtée dans sa source. Ce sens paraît
d'autant plus naturel qu'aux premiers temps de l'Eglise
on donnait la sainte communion aux néophytes aussitôt
après leur baptême ; et dans les peintures des catacombes,
on voit l'Eucharistie symbolisée par un vase de lait (1).
Dulcis est Dominus. Un pieux auteur, qui savait par
expérience combien le Seigneur est doux, a écrit ces
belles paroles : « Quand Jésus est avec nous, tout est
bon et rien ne semble difficile. Mais quand Jésus est
absent, tout est dur. Quand Jésus ne parle point à notre
cœur, toute consolation est faible; mais si Jésus dit seu-
lement une parole, on sent une grande consolation. Etre
sans Jésus est un cruel enfer, et être avec Jésus est un
doux paradis. Si Jésus est avec vous, nul ennemi ne
pourra vous nuire. Celui qui a trouvé Jésus a trouvé un
bon trésor, ou plutôt il possède le bien suprême ; et celui
qui perd Jésus, perd plus que le monde entier. » (Imit.
Christ., 1. II, c. vin.)
4. Ad quem accedentes, lapident vivum, ab hominibus
quidem reprobatum, a Deo autem electum et honorifi-
catum. Approchez-vous du Seigneur qui est la pierre
vivante, que les hommes avaient rejetée, mais que Dieu
a choisie et mise en honneur.
Accedentes. On s'approche du Seigneur par la foi, on
s'attache à lui par l'espérance, on demeure en lui par la
charité.
Lapidem» Le Christ est nommé la pierre angulaire de
son Eglise, pour montrer l'union qu'il y maintient et la
solidité qu'il lui donne. — Lapidem vivum; mais c'est
une pierre vivante, qui communique la vie à toutes celles
qui composent l'Eglise où Dieu habite.
Ab hominibus quidem reprobatum, a Deo autem electum.
Cette parole mérite une grande attention.
(1) Dulcis est Dominus. Le Seigneur dont il parle est Jésus-Christ,
comme le prouve le verset suivant : Ad quem accedentes lapidem. Or,
dans le Psaume que saint Pierre applique à Jésus-Christ, le mot hébreu
rendu par Dominus est Jéhova, le nom incommunicable. 11 y a donc
ici une preuve de la divinité de Jésus-Christ, puisque l'Apôtre le nomme
Jéhova, le Seigneur suprême.
— 161 — lPetr.,iï,
David avait dit au Psaume cxvn : « La pierre que
les architectes ont rejetée est devenue la tête de l'angle. »
Lapidera quem reprobaverunt œdificantes , hic fadas est
in caput anguli. Notre-Seigneur, rappelant aux Juifs
cette parole de David, s'en faisait l'application. N'avez-
vous jamais lu ces mots dans l'Ecriture? leur disait-il :
« La pierre rejetée par ceux qui bâtissaient a été posée
à la tête de l'angle. » Et il ajoutait cette menace terrible :
* C'est pourquoi le royaume de Dieu vous sera ôté, et il
sera donné à une nation qui en fera les fruits. » Il disait
encore : « Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et
celui sur qui elle tombera sera broyé. » (S. Matth., xxi, 42.)
Saint Pierre amené devant le grand Conseil des Juifs,
pour avoir guéri au nom de Jésus le boiteux qui se tenait
à la porte du Temple, ne craignit pas de citer la même
parole aux Pontifes Anne et Caïphe et à tous ses juges :
« C'est Jésus de Nazareth, crucifié par vous, leur dit-il,
qui a guéri l'homme que vous voyez debout en votre pré-
sence. Or, ce Jésus est la pierre que vous, architectes,
avez rejetée, et qui a été laite la principale pierre de
l'angle. »
Maintenant, saint Pierre, écrivant cette Epître, se
souvient toujours de la même parole, et il la rappelle
aux Juifs chrétiens de l'Asie, i Approchez-vous de cette
pierre », dit-il, et venez à elle. Vos prêtres l'ont réprouvée,
et ils la rejettent encore : Ab hominibus quidem reproba-
tum. Mais aux yeux de Dieu, c'est une pierre d'élite, une
pierre d'un prix inestimable. Aussi Dieu l'a choisie et
tellement glorifiée qu'elle est aujourd'hui célèbre et adorée
dans tout l'univers \A Deo autem élection et lionorificalum.
5. Puis il ajoute, comme nous l'avons déjà dit : Vous
tes aussi des pierres vivantes et libres. Venez donc vous
placer sur la pierre fondamentale; laissez-vous poser et
cimenter par la main du divin architecte, afin d'entrer
dans la structure de cet édiiice spirituel : et ipsi tanquam
lapides vivi superœdificamini, du))ius spiritualis (1).
1 lificamini, Inatxoiifitïrit. En grec et en latin, on peut tra-
RBfl CATHOl KJ1 11
— 162 —
Mais une pierre n'est pas jetée brute dans la masse de
la muraille : elle est préparée, taillée, polie par les coups
du marteau, fabri polita maileo, puis adaptée à la place
que lui assigne l'architecte. Et toutes ces pierres choisies,
ciselées avec amour par la main de Dieu, ne font qu'un
seul temple mystique, qui est l'Eglise.
Nous observerons qu'en hébreu, en grec et en latin,
comme en français, le mot qui signifie « maison » ne dé-
signe pas seulement l'édifice, mais encore ceux qui l'ha-
bitent. C'est pourquoi saint Paul disait aux chrétiens
d'Ephèse : « Vous êtes les concitoyens des saints, les fa-
miliers de la maison de Dieu; vous êtes édifiés sur les
fondements des Apôtres et des prophètes, placés sur la
pierre même de l'angle qui est Jésus-Christ, sur lequel
tout l'édifice est posé, s'élève et s'accroît pour être un
saint temple consacré au Seigneur. Et vous-mêmes vous
entrez aussi dans la structure de cet édifice pour devenir
la maison de Dieu qui est construite et soutenue par le
Saint-Esprit. » (Eph., n, 19.)
Or saint Pierre, réunissant comme saint Paul le sens
physique et le sens moral, ajoute cette parole magnifique :
sacerdotium sanction. Que dis-je? vous n'êtes pas seu-
lement le peuple pieux, qui se tient dans le temple au-
tour de l'autel, pendant que le prêtre immole la victime :
vous formez vous-mêmes un sacerdoce saint; vous êtes
prêtres, vous êtes sacrés pour offrir des hosties spiri-
tuelles, qu; sont agréables à Dieu, parce qu'elles lui sont
présentées par Jésus-Christ, notre Médiateur.
Sacerdotium, fepàtTetrçxa, cœtus et chorus sacerdotum ; c'est
une assemblée, un ordre de prêtres. Saint Pierre n'entend
pas que les laïques soient prêtres dans le sens propre du
mot, ni qu'ils aient la puissance d'offrir sur l'autel la
grande Victime qui fut immolée sur la croix. Ils offriront
seulement ce sacrifice auguste par les mains du prêtre.
Mais ils présenteront eux-mêmes à Dieu des « hosties
<!uire par l'indicatif ou par l'impératif : « Vous êtes posés » ou « soyez
posés » sur la pierre fondamentale, pour entrer dans la structure du
palais divin.
— 163 — IPetr.,u.
spirituelles », l'encens de la prière et le sacrifice de la
louange : Sacrificium laudis honorificabit me. (Ps. xlix.)
Ils offriront des sacrifices de justice et de bonnes œuvres :
Sacrificate sacrificium justitiœ. (Ps. iv.) Leurs propres
corps seront des hosties vivantes, saintes et agréables
à Dieu, lorsque, dans leurs actions, ils travailleront pour
sa gloire : Obsecro vos. ut cxhibeatis corpora vestra hos-
tiam viventem, sunctam, Deo placentem. (Rom., xii, 1.)
Enfin des milliers de simples fidèles offriront à Dieu un
sacrifice réel, quand ils livreront leurs membres aux ty-
rans pour confesser la divinité de Jésus- Christ. C'est
pourquoi tout chrétien, dit saint Ambroise, reçoit l'onc-
tion de l'huile sacrée pour devenir prêtre et roi dans un
sens spirituel. Unusquisque ungitur in sacerdotium, un-
gitur et in rennum; sed spiritale regnum est, et sacerdo-
tium spiritale, (S. Ambr. de Sacram.,1. IV, c. i.)
Offerte spirituelles hostias. Mais que sommes-nous, dira-
t-on peut-être, pour que Dieu regarde nos offrandes? Nous
ne devons pas craindre que le Tout-Puissant dédaigne
nos hommages. Les louanges, les actions de grâces et les
hosties spirituelles que nous offrirons au Seigneur lui
seront agréables ; car elles seront présentées à sa majesté
par Jésus- Christ notre Médiateur : acceptabiles Deo per
Jesum Christ mu.
(i. Propter r/uod continet Scriplura : Ecce pono in
Si Oîi lapident summum angularem, electum, pretiosum,
et qui crediderit in eum non confundetur (1).
Comment ces paroles se lient-elles à ce qui précède?
Voici la suite des idées. 1° Saint Pierre avait dit : Appro-
chez-vous de la pierre fondamentale, pour être édifiés
bu • elle, $dificamini.2° II explique ce verbe sedificamini,
en disant qu'ils sont une maison spirituelle, domus spi-
ritualis. 3° Puis il interprète ce mot domus spiritualis par
(1) ' I Scriptura. Une variante donne --.^liyzi rt ypaph, leçon
Mais Les trois meilleurs manuscrits portent
■ il cette dernière leçon, !<■ verbe nsptéxet est pris
d neutre et l'on traduit littéralement : » il .se trouve contenu
— 164 —
sacerdothim sanctum, une assemblée de prêtres. 4° Enfin
après cette explication, il revient à la pierre vivante que
les hommes ont réprouvée, et il montre que cette pierre
est annoncée dans les écrits des prophètes, notamment
dans Isaïe qui s'exprime ainsi : « Voilà, dit le Seigneur,
que je vais mettre en Sion une pierre qui formera le som-
met de l'angle, une pierre choisie, précieuse. Et celui qui
croira en elle ne sera point confondu. » Hœc dicil Domi-
nus : Ecce ego mittam in fnndamentis Sion lapident ^
lapidemprob aluni, angularem, pretiosum, in fundamento
fundatum. Qui crediderit in eum non confundetur. (Is.,
xxviii, 16.)
Lapidem summum angularem, àxpoywvicaov, in summo
ponendum angnlo ; une pierre qui formera l'extrémité
de l'angle pour joindre deux murs. C'est le Christ. Il est
la pierre principale du fondement, placée à l'angle du
temple de la nouvelle Sion, où elle réunit les deux murs
du Judaïsme et de la Gentilité ; afin que ces deux murs,
autrefois opposés, ne forment plus désormais qu'un seul
édifice, qui sera l'Eglise du Christ. Saint Paul exprimait
fort bien la même idée, lorsqu'il disait que le Christ avait
réuni les deux peuples en un seul, fecit iitraqne iinum.
(Eph., ii, 14.)
Elcctum. C'est une pierre choisie entre toutes, parce
qu'aucune ne lui est comparable. L'épouse disait de même :
« Mon bien-aimé est choisi entre mille. » Dilectus meus
electus ex millibus. (Cant., v, 10.)
Pretiosum. Le prix de cette pierre est inestimable : l'hu-
manité seule du Christ, même considérée sans la divinité,
surpasse toute créature en grandeur et en perfection.
Et qui crediderit in eum non confundetur. Tous ceux
qui croiront aux paroles du Christ et qui espéreront un
royaume dans les cieux selon ses promesses, ne seront
point confondus, mais ils obtiendront la gloire qu'ils at-
tendent, s'ils font ce qu'il ordonne.
7. Des paroles d'Isaïe, l'Apôtre va tirer une conclusion
glorieuse pour les fidèles. « Honneur à vous qui croyez. »
Vobis igitur honor credentibus. Mais à ceux qui ne croient
— 165 — /Petr.,u.
pas, il applique cette parole de David : « La pierre rejetée
par ceux qui bâtissaient, est devenue la tête de l'angle ! »
Non credenlibns antem : Lapis quem reprobaveriint œdi-
ficantes, hic factus est in caput anquli (1).
8. Et lapis offcnsionis, et petra scandali his qui offen-
dunt verbo, nec credunt, in quo et positi sunt. « Et elle
est une pierre contre laquelle ils se heurtent; une pierre
de scandale qui les fait tomber. Car ils viennent se heur-
ter contre la parole divine qu'ils ont entendue, et ils ne
croient pas; ce à quoi ils ont été réservés. »
Qui offendunt. En grec, oï irpoaxdTrroufft xw Xoyto aTrstOouvTsç
iU o y.y). ÎTÉOTjffav, qui offendunt verbo non credentes in quod
et positi sunt. Il y a deux interprétations grammaticales,
selon que l'on joint in quod à non credentes, ou qu'on l'en
sépare (2).
Premier sens, irpoGX&rroutfi t<o Xoyco, àrietGouvTeç Etç touto etc. o
xal ÈTcOr^av, offendunt verbo, non credentes in illud in quo
etiam positi sunt. Ils se heurtent contre la parole divine,
en ne croyant pas à ce sur quoi ils étaient cependant
posés ; c'est-à-dire qu'ils tombent en ne croyant pas à
leurs prophètes et à leur religion même, qui les condui-
saient au Christ; car toutes les prophéties étaient pleines
du Christ, et toute la religion judaïque reposait sur le
Christ.
Second sens, icpooxo'irFOUfft t<o Àoyco a7r£'.QouvTEç, eiç o xal stsQt^xv,
offendunt verbo non credentes, in quod (vei in quo) etiam
positi sunt. « Ils se heurtent contre la parole évangélique
en n'y croyant pas : chose à laquelle ils ont été précisé-
ment réservés. » De cette manière on ne supplée rien;
l'antécédent du pronom relatif in quo est le participe non
credentes (àraiOoBvreç). Ne pas croire est le malheur même
et le châtiment auquel ils ont été réservés par un juste
jugement de Dieu.
(1) Saint Pierre joint la citation du psaume immédiatement à son dis-
cours, sans l'annoncer. On sous-entend dicimus ou un mot semblable,
après fi'oi crêdentibus.
(2) In quod ne peut Be rapporter à verbo qui précède; car le neutre
îli b ne peut pas s'accorder avec le masculin liyii.
— 166 —
Saint Pierre ne veut pas dire qu'ils ont été prédestinés
à l'incrédulité par un décret antécédent à leur malice. Ce
serait le blasphème de Calvin, qui fait de Dieu un tyran
et l'auteur du péché. Mais ils ont été destinés, à cause de
leur méchanceté prévue, à faire éclater la justice de Dieu
envers eux, et les merveilles de sa providence envers les
saints.
Les impies ont été destinés à l'incrédulité, parce qu'ils
l'ont librement choisie : comme Pharaon fut destiné à
faire éclater la puissance de Dieu ; comme Judas fut
destiné à préparer la rédemption du monde en trahis-
sant le Christ; comme Néron fut destiné à persécuter
l'Eglise, afin d'en prouver la divinité. Ces hommes ont
fait le mal dans leur pleine liberté ; et de ce mal que Dieu
leur permettait d'accomplir, sa sagesse tirait sa gloire
et le salut du monde. (Voyez Exod., ix, 16 ; Rom., n, 5;
et ix, 18.)
Les deux sens sont bons, justifiés par la grammaire et
conformes à la saine doctrine. Cependant, le second nous
paraît le meilleur ; il s'applique non seulement aux Juifs,
mais encore aux incrédules de la Gentilité (1).
9. Vos aulein genus élection, regale sacerdotium, gens
sancta, populus acquisitionis. Saint Pierre avait dit tout
à l'heure que les chrétiens étaient « une maison spiri-
tuelle et un sacerdoce saint. » Il revient à cette idée et la
développe en termes sublimes (2).
Moïse disait à Israël : Le Seigneur vous a choisi au-
jourd'hui pour que vous soyez son peuple spécial et chéri
entre toutes les nations de la terre. Dominus elegit te
hodie ut sis ei populus peculiaris. (Deuter., xxvi, 18.) De
(1) Corneille Lapierre explique in quo par ad credendum. Ils ne
croient pas, ilit-il, quoiqu'ils aient été destinés à croire. C'est un
contre-sens complet. Car en grec il n'y a pas où neiêovreç en deux mots,
mais AneiBoûvre*, increduli, en un seul mot. D'où il suit que in quo
représente nécessairement non-credunt ou increduli sunt, et non pas
simplement credunt.
(2) Il ne faut pas chercher en ce pêcheur de Galilée l'ordre et la
méthode qu'enseignaient les rhéteurs de la Grèce. Il écrit avec abandon
les grandes choses qu'il pense : il quitte une idée et la reprend pour
l'éclairer, la prouver, la compléter, comme on fait dans la conversation.
— 167 — / Pelr., il.
même saint Pierre dit aux nouveaux chrétiens: Vous
êtes une race choisie, élue de Dieu pour former une
grande famille qui couvrira toute la terre et dont l'ori-
gine est la fontaine baptismale, genus electum,
lier/ aie sacerdotium. Vous êtes des prêtres rois, comme
Melchisédech. Prêtres, nous l'avons dit, vous offrez à Dieu
des oblations saintes et des sacrifices d'agréable odeur.
Rois, vous possédez un trône comme Jésus-Christ ; il vous
le déclare. Je vous prépare un royaume, dit-il, comme mon
Père me l'a préparé à moi-même. Ego dispono vobis, sicut
disposait mihi Pâte)' meus, regnum. (S. Luc, xxn, 29.)
Votre royauté, il est vrai, n'est pas sur la terre ; mais
est-ce qu'un roi qui voyage dans un pays étranger a perdu
son sceptre et sa couronne? Voyageurs sur la terre, vous
êtes princes dans les cieux, fils du Roi des cieux, et rois
vous-mêmes (1). D'ailleurs, vous régnez dès maintenant
sur vos passions et sur vos volontés soumises cà la raison
et à la loi divine. C'est là le comble de la grandeur, aux
yeux mêmes des sages du monde.
Regale sacerdotium. Cette parole est tirée de l'Exode,
où le Seigneur dit aux Hébreux : Et vos eritis mihi regnum
sacerdotale, et gens sancta. (Exod., xix, 6.) On remarque
que Moïse appelle sa nation « un royaume sacerdotal »,
au lieu que saint Pierre retournant la phrase, nomme les
chrétiens « un sacerdoce royal. » C'est au fond la même
pensée, juste sous les deux aspects. Néanmoins, l'expres-
sion de saint Pierre nous fait entendre qu'avant tout
nous sommes prêtres, et que c'est de notre sacerdoce que
■sort notre dignité royale. Saint Jean dit aussi dansl'Apo-
calypse : Fecit nos regnum et sacerdotes Deo. (Apoc, I, (i.)
Gens sa art a, ïOvo; fcytov. L'Eglise est une nation sainte,
même sur la terre. (V titre lui est donné dans le symbole:
Sancta m Ecclesiam.
Les Hébreux étaient une nation sainte d'une sainteté
extérieure, parce qu'ils adoraient le vrai Dieu, obser-
• en ligne de cette royaut • qu'autrefois, dans la cérémonie dta
baptême, on imposait un-- couronne sur la tête <lu nouveau chrétien.
— 168 —
vaient sa loi, et ne rendaient pas, comme les Gentils,
un culte impur aux idoles. C'était une pureté légale. —
Mais l'Eglise catholique est sainte d'une sainteté inté-
rieure : Eleqit nos in ipso (Christo), ut essemus sancti et
immaculati in conspectu ejus. (Eph., i, 4.) Elle est sainte,
aux yeux de Dieu, dans sa doctrine et dans sa morale.
Elle possède les sacrements, sources de la sainteté. En
outre, elle renferme toujours un très grand nombre de
saints. Que si des pécheurs se trouvent chez elle mêlés
aux justes, elle les conserve patiemment dans l'espoir
qu'ils se convertiront ; et, en réalité, un très grand nom-
bre de pécheurs finissent par céder à la grâce, se repentent
et ne quittent point la vie sans avoir reçu le pardon su-
prême, qui les rétablit et les fixe pour toujours dans la
sainteté.
Populus acquisitionis, Xabç eîç wepwtoftrjfftv. C'est la même
chose que populus acquisiius, Xabç wepwceîrorrçj/ivoç. Vous
êtes un peuple conquis par la croix de Jésus- Christ.
Vous êtes l'Eglise qu'il a conquise par son sang, Eccle-
siam quant acquisivil sanguine suo. (Act. Ap., xx, 28.)
Ut virtutes annuntietis ejus qui de tenebris vos vocavit
in admirabile lumen suum. Mais pourquoi Jésus-Christ
a-t-il fait cette conquête ? Pourquoi vous a-t-il réunis à
son empire, ô peuples de l'Asie? C'est afin que vous
annonciez partout les vertus de Celui qui vous a appelés
des ténèbres à l'admirable lumière de son Evangile. Le
but que Jésus-Christ s'est proposé en fondant son Eglise,
c'est sa gloire. Il veut créer un peuple qui publie ses
louanges, qui annonce sa sagesse, sa justice, sa puis-
sance, sa miséricorde envers les hommes (1).
Vocavit, il vous a appelés par la parole des prédica-
teurs et par la douce influence de sa grâce.
De tenebris. Les Gentils étaient plongés dans les pro-
(1) Virtutes, r<z$ ùpe-cài, ne désigne pas seulement la puissance,
comme iîtvce/ui, mais toutes les perfections divines. Le mot virtus a
quatre fois cette signification dans le Nouveau Testament : ici, et
II Petr., i, 3 et 5 ; et Philipp., iv, 8. Dans ces quatre endroits virtu*
est la traduction (VàpsTî.
— 169 — IPetr.yn.
fondes ténèbres de l'idolâtrie. Ils ne connaissaient pas le
vrai Dieu, Créateur de l'univers. Ils ignoraient pourquoi
ils étaient au monde, et ce que l'homme devenait au sortir
de la vie.
Les Juifs eux-mêmes étaient en grand nombre assis
à l'ombre de la mort. C'est d'eux que saint Jean disait :
« La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne
l'ont pas comprise. La lumière est venue dans le monde,
et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lu-
mière. » Ils voyaient de leurs yeux les miracles de Jésus-
Christ, et ils ne croyaient pas à sa mission divine.
In admirabile lumen suuni. Mais le Christ a paru
comme un soleil dont l'admirable lumière a éclairé le
monde, et dissipé les ténèbres où étaient plongés tous
les peuples. Aujourd'hui si Socrate, si Platon, si Aristote
revenaient sur la terre, et entendaient un enfant réciter
notre symbole, ils seraient ravis d'admiration.
In admirabile lumen snum. Saint Pierre fait allusion
à cette parole d'Isaïe : Populus qui ambulabal in tenebris
vidit lucem magnam : habitanlibus in reqione umbrœ
mortis, lux orta est eis. (Is., ix, 2.) Vous êtes, leur dit-il,
ce peuple qui marchait autrefois dans les ténèbres, peuple
qui habitait dans les ombres de la mort, et qui mainte-
nant voit une grande lumière. Ce peuple, c'est vous,
chrétiens éclairés de la lumière évangélique.
10. Qui aliquando non populus, nunc autem populus
Dei ; qui non consecuti misericordiam, nunc autem mise-
ricordiam consecuti. Il vous a appelés à son admirable
lumière, vous qui autrefois n'étiez pas son peuple,
mais qui êtes maintenant le peuple de Dieu ; vous qui
n'asiex point obtenu miséricorde, mais qui maintenant
avez obtenu miséricorde.
Suint Pierre fait allusion à ce passage d'Osée où le
prophète reçoit du Seigneur l'ordre d'appeler sa fille
Lô-Ruchama (Non-misericordia), et de nommer son fils
Lô-Hammî y<)n-populus-meus),\>'àxç,Q que Dieu ne fera
plus miséricorde à Israël et qu'Israël, ayant rejeté le
Christ, ne sera plus son peuple. C'est un nouveau peuple
— 170 —
qui obtiendra miséricorde et qui sera son peuple, connue
il le déclare ensuite: Miserebor ejus quae fuit Absque
miser icordia; et dicam Non populo meo : Populus meus
es tu. (Os., i, 6 ; n, 23.)
Saint Paul, dans son Epître aux Romains (ix, 24), cite
les mêmes paroles du prophète Osée, pour montrer que
non seulement les Juifs, mais encore les Gentils seront
appelés à l'or mer le nouveau peuple de Dieu ; et qu'ils y
seront appelés par grâce, par miséricorde, sans aucun
mérite de leur part : misericordîam consccuti.
11. Cliarissimi, obsecro vos tanquam advenus et père-
(jrinos, abstinere vos a carnalibus desideriis, quœ militant
advenus animant. « Je vous exhorte, mes bien-aimés,
à vous abstenir, comme étant étrangers et voyageurs
en ce monde, des désirs de la chair qui combattent contre
l'âme. » Il revient à l'exhortation qu'il avait interrompue.
Tanquam advenus et pereqrinos^ &>ç wocpofaouç wà nopeTci-
8-^fxouç. Ces deux termes, à peu près synonymes, signifient
des hommes qui habitent dans un pays qui n'est pas le
leur. Les Juifs auxquels écrit saint Pierre étaient des
étrangers dispersés en différentes provinces, loin de Jéru-
salem leur patrie. Voilà ce que sont tous les chrétiens en
ce monde. Nous n'avons point ici-bas de cité permanente.
Notre patrie est le ciel. Nous demeurons peu de temps
sur la terre, vallée de larmes, où nous passons comme
des voyageurs.
Nul n'a commenté ces paroles avec plus d'éloquence
que le glorieux martyr saint Cyprien. « Nous chrétiens,
dit-il, nous regardons le ciel comme notre patrie. Là nous
attendent une foule de personnes qui nous sont chères,
des parents, des frères, des enfants, troupe nombreuse
maintenant sûre de son bonheur, mais encore pleine de
sollicitude pour notre salut. Allons dans notre patrie
saluer nos parents. Courons où ils sont. Désirons d'être
bientôt avec eux et bientôt avec le Christ (1). »
(1) Patriam nostram paradisum computamus : magnus nos illic
charorum numerus exspectat, parentum, fratrum, ftliorum copiosa
tarba desiderat, jam de sua incolumitate secura, et adhuc de nostra
— 171 — IPelr.,u.
« Etrangers et voyageurs. » C'est le signe qui distingue
ici-bas les élus des réprouvés, dit à son tour le vénérable
Bède. Les élus regardent cette terre comme un lieu d'exil, la
vie comme un voyage, et le ciel comme la patrie. Pour les
réprouvés au contraire, leurs pensées, leurs désirs, leurs
espérances se bornent à la vie présente et aux biens dont
ils pourront jouir en ce monde.
Obsecro vos... abstinere vos a carnalibus desïderiis, (juœ
militant advevsus animan. Je vous conjure de vous abste-
nir des désirs de la chair, qui combattent contre l'âme.
Ces désirs dépravés, qui naissent de notre chair corrom-
pue, et qu'irritent les biens du monde, forment en nous
comme une cohorte armée qui fait la guerre à notre âme
pour la précipiter dans la mort. Militant, (rrpovreuovTûw.
L'homme sur la terre est un soldat toujours en face de
l'ennemi. Militiaest vita hotninis super terram. (Job, vu.)
12. Conversationem vestram inter génies habentes bo-
nam : ut in eo quod detrectant de vobis ianquam de male-
factoribus, ex bonis operibus vos considérantes, glorificent
Deum in die visitationis. « Conduisez-vous parmi les
Gentils d'une manière honorable et sainte, afin qu'au lieu
de médire de vous comme si vous paraissiez des hommes
méchants, ils soient engagés par les bonnes œuvres qu'iK
vous verront faire, à rendre gloire à Dieu au jour de su
visite. »
Saint Pierre exhorte les iidèles à mener une vie irré-
prochable au milieu des païens. Les bonnes œuvres que
vous accomplirez sous leurs yeux, dit-il, produiront un
double effet. D'abord elles feront cesser les calomnies
dont on charge les chrétiens. Ensuite elles prépareront
les infidèles à embrasser eux-mêmes une religion qui
inspire de si beaux sentiments. Ils glorifieront Dieu au
jour où il les visitera par sa grâce et les appellera, comme
vous, à la lumière de l'Evangile.
'"{<■ sollicita. Quid igitur non properamus ut pairiam nottram
videre, et parentes talutare poeeimue t Ad hos properetnus } ut cum-
hiseito esse, ut cito ad Çhristum centre contingat optemtcs. (S. Cypr
de Mortel. — Voyei plus haut, c. i, v. 1 et 17.)
— 172 —
« Que votre lumière brille devant les hommes, avait
dit Notre-Seigneur, afin qu'ils voient vos bonnes œu-
vres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. »
(S. Matth., v, 16.)
Ut in eo quod detrectant de vobis, tanquam de male-
factoribus. Les plus graves imputations étaient portées
contre les chrétiens et acceptées parmi les Gentils. Les
chrétiens, dit Suétone, sont des sectateurs d'une super-
stition nouvelle et malfaisante. Christianigenus hominum
snperstitionis novse et maleflcœ. (In Néron. 16. Voyez II
Petr., ii, 2.) On les accusait de révolte contre les autorités
romaines, car les Apôtres étaient Galiléens d'origine, et
on les rangeait, sous ce nom, avec les partisans de Judas
de Galilée, qui avait excité des troubles en enseignant
que le peuple de Dieu ne devait pas payer l'impôt à des
infidèles, ni leur obéir. On racontait aussi que, dans leurs
repas communs, les chrétiens immolaient un enfant et en
mangeaient la chair. Le mystère de la sainte Eucharistie,
qui transpirait parmi le peuple, donnait occasion à cette
fable. On prétendait enfin que, dans leurs réunions noc-
turnes, les hommes et les femmes se livraient aux impu-
retés les plus abominables. Cela était vrai des Simoniens,
des Nicolaïtes et des autres hérétiques qui furent plus
tard connus sous le nom de Gnostiques. Ils désolaient
déjà l'Eglise, et on les confondait avec les véritables chré-
tiens, comme on le voit dans Tacite. (Ann., xv, 44.)
C'est pour réfuter ces calomnies que saint Justin, Ter-
tullien, Arnobe et d'autres écrivains publièrent d'élo-
quentes apologies. Mais la probité des fidèles, leur cha-
rité connue, l'innocence de leurs mœurs et leur constance
héroïque au milieu des supplices devaient réfuter ces
mensonges, mieux que tous les discours.
Ut ex bonis operibusvos considérantes, glorificent Dewn.
La première gloire que les infidèles rendront à Dieu sera
de croire à sa parole.
In die visitationis. Il n'y a pas d'homme que Dieu
ne visite par sa grâce. Heureux celui qui ouvre les
yeux au premier rayon de la lumière et qui suit l'im-
— 173 — / Petr., il.
pulsion que Dieu imprime à son cœur ! Mais il est dan-
gereux de résister à la grâce : celui qui la méprise ne
reverra peut-être pas le jour d'une nouvelle visite. « Si
donc vous entendez aujourd'hui la voix del'Esprit-Saint,
n'endurcissez pas vos cœurs. » (Ps. xciv.)
13. Subjecti igitur estote omni humanœ creaturœ, profi-
ter Deam. « Soyez donc soumis à toute créature humaine,
à cause de Qieu. »
Pour que votre conduite soit irrépréhensible aux yeux
des Gentils, il faut d'abord que vous montriez une sou-
mission parfaite aux magistrats.
Mais pourquoi le chrétien, qui possède un trône dans
les cieux, obéira-t-il à toute créature humaine, même à
des idolâtres, à des hommes pleins de vices? L'Apôtre en
donne aussitôt la raison : obéissez à cause de Dieu,
pr opter Dewn.
Ici se présente une observation d'une haute importance.
Tous les hommes étant égaux par leur nature, aucun
homme n'a de lui-même le droit de commander à un
autre homme. Ni la naissance, ni la science, ni la force,
ni le nombre ne peuvent donner ce droit. Je puis mépriser
tout ordre qu'on prétend m'imposer au nom de César ou
d'une loi simplement humaine. Qui donc est César, ou
que me fait votre loi ? Pourquoi une loi rédigée à Paris
m'obligerait-elle plutôt qu'une ordonnance faite au bout
du monde ? Vous pouvez m'enchaîner, me frapper, je
céderai à la force, en niant votre droit sur ma personne.
Mais si vous me dites : Obéissez au nom de Dieu, si vous
me montrez un précepte divin, j'obéis aussitôt, parce que
Dieu, et Dieu seul a le droit de me commander : Non est
potestas nisi a Deo, disait saint Paul aux Romains.
Combien donc sont insensés les législateurs qui pré-
tendent imposer, sans Dieu, des lois aux peuples! Sans
Dieu, leurs lois sont nulles; et les anarchistes qui ins-
crivent sur leur drapeau : « Ni Dieu, ni maître! » sont
conséquents avec eux-mêmes ; car s'il n'y a pas de Dieu,
il n'y a pas de maitre.
Subjecti... sive régi, quasi prœcellenti ; U)sive ducibus,
— 174 —
tanquam ab eo missïs advindictam malefactorum, laudcm
vero bonorum. Obéissez soit au roi comme au souverain
qui possède l'autorité suprême, soit aux gouverneurs et
aux magistrats comme à des chefs envoyés de la part du
roi pour châtier ceux qui font le mal, et pour louer ceux
qui font le bien (1).
Saint Pierre explique ces mots : « Soyez soumis à toute
créature. » Il entend le prince et les chefs quj dépendent
de lui : sive régi, sive ducibus (en grec, vpfouuévoi;) : deux
mots qui comprennent tous ceux qui participent à l'au-
torité sociale. Dieu l'a constituée pour la répression des
méchants, pour la protection des bons, et pour faire
régner l'ordre dans la nation. Sans doute les hommes qui
commandent peuvent user mal de leur autorité; mais en
elle-même cette autorité doit être respectée, parce qu'elle
prend sa source en Dieu. Voilà ce qu'enseigne la religion
catholique ; et cette doctrine est la colonne de la société.
Ad vindictam malefactorum. Le prince et les ministres
du prince doivent punir ceux qui font le mal, et c'est en
frappant les méchants qu'ils protègent les bons. Il n'y a
point de sécurité dans un pays où les scélérats comptent
sur l'indulgence ou l'impuissance des juges. Un des pre-
miers devoirs de ceux qui tiennent le glaive de l'autorité
publique est la répression des crimes.
Laudem vero bonorum. Ils doivent aussi louer les bons.
Ce mot renferme l'obligation de conférer les dignités de
l'Etat aux citoyens les plus probes et les plus capables.
15. Ce n'est point en vertu de son autorité apostolique
que saint Pierre ordonne d'obéir aux puissances tempo-
relles : il ne fait que proclamer une loi divine : Quia sic
est voluntas Dei. Telle est, dit-il, la volonté de Dieu. Cette
phrase explique les mots qui précèdent, propter Deum,
et rend raison de ce qui suit :
Ut bene facientes obmutescere faciatis imprudentium
hominum iqnorantiam. Dieu veut que par votre bonne
(1) Sainl l'aul avait dit de même : « Que toute âme soit soumise aux
puissances supérieures. » Omnis anima iiotestatibus sablimioribus sub-
dite sit, (Rom., xiu.)
— 175 — IPetr., n.
conduite et en faisant le bien, vous fermiez la bouche aux
hommes ignorants et insensés. On rencontre dans les
bas fonds de la société des misérables qui insultent ceux
qui font le bien. Mais il y a dans la nature humaine une
force de raison et d'honnêteté qui proteste contre de tels
outrages. Si donc on aperçoit en vous, dit saint Pierre,
une conduite pleine de droiture et de loyauté, les pervers
seront réduits au silence; ou, s'ils osent répandre sur
vous leur venin, ils seront confondus et méprisés (1).
Lmprudentium hominum ignorantiam, tyjv tôv àcppdvcov
àvOpoj-cov i-p/Wav. Voilà tous les ennemis de l'Eglise carac-
térisés en deux mots. D'abord ce sont des ignorants. La
doctrine qu'ils repoussent et qu'ils censurent, ils ne la
connaissent pas, ou du moins ils n'en ont pas examiné
les preuves. En second lieu, ce sont des hommes dérai-
sonnables, insensés, imprudentes, stulti. C'est bien le sens
du grec fcppoveç. N'exceptons pas ceux d'entre eux qu'on
regarde comme les plus spirituels. Voltaire connaissait
la religion : dans la corruption de son esprit et de son
cœur, il travailla pendant quatre-vingts ans à l'abolir.
Mais à l'approche de la mort, il reconnut avec stupeur
sa folie, poussa des hurlements, épouvanta tous ceux qui
l'entouraient et expira dans la rage du désespoir. Tous
les ennemis de l'Eglise s'écrieront un jour : « Nous avons
été des insensés! » Nos iiisensafi! N'est-ce pas en effet
une vraie démence que de mépriser un bonheur infini et
de se précipiter dans un malheur éternel, quand l'un et
l'autre sont attestés par des preuves certaines dont la
solidité n'a jamais été ébranlée?
16. Le verset 15e est une parenthèse. Il faut lier ainsi
le discours : Subjectt igitur estote omui ' hamame creaturœ,
isi liber i, et non quasi velamen habentes malitiœ tiber-
(1) (j'uinitrscere faciatis, eu <n*ec jm/juuv, verbe qui signifie os capïsti *o
. mettre un frein à la bouche, brider, bâillonner, museler;
d'où réduire au s.ltmce. — Saint Paul disait «le même : « Que vos pa-
•ii irrépréhensibles, afin que qos adversaires nous respectent,
:it point de mal à dire de nous. » Ut is <j"/ ex adverso est verea-
tuv, nihil habens maîutn dicere de m>l>i<. (Ta., n, 8.J
— 176 —
tatera, sed sicat servi Dei. Obéissez volontairement et de
bon cœur aux autorités sociales, comme obéissent des
hommes libres, mais d'une vraie et noble liberté; et n'al-
léguez pas cette liberté sainte pour couvrir comme d'un
voile la méchanceté de vos actions. N'allez pas excuser
des révoltes coupables sous prétexte que votre baptême
vous a rendus libres. Songez au contraire qu'affranchie
de l'esclavage du démon, vous demeurez les serviteurs de
Dieu, soumis à toutes les lois qu'il a faites. Or une de ces
lois vous commande d'obéir aux ministres qu'il a établis
pour gouverner soit son Eglise, soit la société civile (1).
17. Omnes honorate. « Rendez à tous l'honneur qui
leur est dû. » Saint Paul avait dit de même : Cui hono-
rera honorem. (Rom., xm.) Or non seulement les magis-
trats et nos supérieurs, mais les esclaves même, ont droit
à nos respects. Souvenons-nous que Jésus-Christ a donné
son sang pour tous les hommes. C'est pourquoi saint
Pierre dit sans restriction : Omnes honorate, « honorez
tous les hommes. » Nous garderons cette pensée au fond
de notre cœur, lors même que nous combattrons les
ennemis de la religion ; nous souhaiterons qu'ils se con-
vertissent, afin que nous puissions les respecter comme
les amis de Dieu.
Fraternitatem diligite. « Aimez les frères. » Fraternitas.
àSeXcpdTTfjç, est la même chose que cœtus fratrum ; c'est
l'assemblée des frères; les chrétiens ne forment tous
qu'une seule famille.
Dettm timete. « Craignez Dieu. » Grande leçon que le
pasteur répétera souvent aux fidèles. Car la crainte de
Dieu est le commencement de la sagesse ; la crainte de
Dieu est le seul frein qui puisse dompter les passions
de l'homme ; les crimes se multiplient là où la crainte de
Dieu s'efface. « Servez Dieu dans la crainte, dit le pro-
phète David, et que vos plus saintes allégresses soient
(1) Plus tard, saint Pierre flétrira de nouveau en ces termes les héré-
tiques de son temps : « Ils promettent la liberté à ceux qu'ils séduisent,
tandis qu'ils sont eux-mêmes les esclaves de la corruption. » Liberta-
tem illis promittentes , quum ipsi servi sint corruptionis. (Il Petr.. n, 19.)
— 177 — / Petr.,ii.
accompagnées de tremblement. » Servite Domino in timoré
et exsultate ei cwn tremore. (Ps. n.)
Deum timete, craignez Dieu. Toute société repose sur
ces deux mots.
Regem honorate. Honorez le roi. Par regem on entend
celui qui possède l'autorité publique, le chef de l'Etat.
Quand saint Pierre écrivait cette parole, le prince qu'il
commandait d'honorer, c'était Claude, qui n'a point laissé
un nom glorieux dans l'histoire.
18. Servi, subditi estote in omni timoré dominis, non
tantum bonis et modestis, sed etiam dyscolis. « Et vous
serviteurs, soyez soumis à vos maîtres avec toute sorte
de respect, non seulement à ceux qui sont bons et doux,
mais encore à ceux qui sont rudes et fâcheux (1). »
Servi, oi otxÉTat, famuli. Saint Pierre ne conseille pas. il
ordonne à l'esclave d'obéir à son maître. Quoique la fra-
ternité évangélique dût amener avec le temps la liberté
de tous les hommes, les Apôtres se gardèrent bien de
prêcher l'abolition de l'esclavage ; c'eût été bouleverser
tout l'Empire. La transformation devait s'opérer graduel-
lement et librement, avec la conversion du monde.
Sed etiam dyscolis, en grec sxoXio?ç, tortuosis, pravis,
asperis. Les maîtres dyscoles sont des hommes d'un
esprit faux, d'un caractère âpre et morose, d'une humeur
difficile à contenter. Que le sort d'un pauvre esclave était
triste avec de tels maîtres ! Cependant le christianisme
avait des consolations pour leurs infortunes. Ecoutons
saint Pierre :
19. Hœc enim est gratia, si propter Dei conscientiam
sustinet gais tristitias,patiens injuste. Car c'est une grâce
du ciel, si quelqu'un, pensant que Dieu le sait, supporte
avec patience les peines qu'on lui fait souffrir injustement.
Il est facile de dire à un infortuné : Soyez patient !
Malgré ce conseil, l'esclave maltraité fuira son maître ou
jsaiera de se venger. Mais saint Pierre donne à l'esclave
(1) La mémo leçon est inculquée par saint Paul aux esclaves chrétiens,
• lui- plu8ieuri de ses Epitres. (Eph., vi ; Col., m; I Tim., vi;Tite, II.)
ftpiTRRfl CATHOLIQUES 12
— 178 —
chrétien une parole admirable, qui lui rend précieuse la
souilïance même : fJœc est enim gratia! C'est une grâce
que Dieu nous fait, de souffrir de grandes peines, de les
souffrir sans les avoir méritées, de les souffrir en pensant
que Dieu voit et connaît ce que nous endurons pour son
amour, et soumis à sa volonté (1).
20. Quœ enim est cjloria, si peccantes et coiaphizati
suffertis ? Sed si ùc/te facientes patiente)* snstinetis, hœc
est gratia apad Deum. « En effet, quel sujet de gloire
aurez-vous, si c'est pour vos fautes que vous recevez des
soufflets et de mauvais traitements ? Mais si vous souffrez
l'injure avec patience, en faisant le bien, c'est là ce qui
est agréable à Dieu (2). »
Ce raisonnement sufiirait déjà pour consoler de toutes
les peines, mais saint Pierre ajoute l'exemple de Notre-
Seigneur Jésus-Christ.
21. In hoc enim vocati estis. « Car, c'est à la patience
que vous avez été appelés ! » Quoi ! vous ne voudriez pas
souffrir? Mais souffrir est la vocation même du chrétien.
On ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu sans
passer par les tribulations . Per multas tribulationes
oportet nos intrare in regnum Dei. (Act. Ap., xiv, 21.)
Pourquoi d'ailleurs êtes- vous devenus disciples de Jésus-
Christ, sinon pour l'imiter?
Quia et Christns passas est pro nobis, vobis relinquens
exemplum itt sequamini vestigia ejus. Est-ce que vous
pourriez vous plaindre de souffrir injustement, quand
Jésus-Christ lui-même a souffert pour nous, vous laissant
un exemple, afin que vous marchiez sur ses pas (3) ?
Le changement de personne dans cette phrase n'est
(1) Saint Paul écrivait de même aux Philippiens : Il vous a été donné,
par une faveur céleste, non seulement de croire en Jésus-Christ, mais
encore de souffrir pour lui. (Philipp., i, 29.) — Propter Dei conscien-
tiam est la même chose que Deo conscio, Deo sciente, ou propterea, quod
ipsi scimus Deum nasse quidquid propter eum patimur.
(2) En greC, TXO'lOJ -fV.p /J.ëoç, zl à//2/STC<VOV7£Ç XxJ XO/3Cp(Ç<3/*£VS£ U7TO//£V££r£ ;
à/À' £t y.-/xQor.oiol-j-£i xod —y.oyOsTn J^o//^v£'tTs• tçjto Yj P X^p1» Itstpà 0-ô>.
Quœ enim gloria, si peccantes et colaphizati suffertis ? Sed si bene
facientes et patientes suffertis. Hœc est enim gratia apud Deum.
(3) Les manuscrits varient entre nobis vobis, nobis nobis, et vobis vobis.
— 179 — IPetr.,u.
peut-être pas sans dessein. Jésus-Christ, dit saint Pierre,
a souffert pour nous tous, cela est vrai ; mais chacun de
vous doit se dire : il a souffert pour moi qui ne suis qu'un
pauvre esclave, et il m'a laissé un exemple que je dois
suivre.
Vobis relinquens exemplum. Le Christ est venu sur la
terre pour trois raisons principales. Premièrement, pour
nous racheter par sa mort ; secondement, pour nous ins
truire par sa prédication ; et troisièmement, pour nous
donner dans ses actions l'exemple parfait d'une vie sainte
que nous devons imiter.
Ut sequamini vestigia ejus. N'a-t-il pas dit lui-même
expressément : Ego sum via ? Je suis la voie par laquelle
doit marcher quiconque veut parvenir à la vie. Or, c'est
la voie des souffrances et non des plaisirs qu'il a choisie ;
il faut donc y marcher à sa suite, si l'on veut partager sa
gloire. Si tanien compalimur, ut et congloriftcemur.
(Rom., vin, 17.)
22. Il a souffert, lui qui n'avait commis aucun péché,
et dans la bouche duquel ne s'est jamais trouvée une
parole trompeuse. Qui peccatum non fecit, nec inventus
est dolus in orc ejus. Saint Pierre cite le prophète Isaïe.
(mi, 9.) Vous vous plaignez de souffrir des traitements
injustes : êtes-vous donc plus innocents que le Christ, lui
qui était irrépréhensible dans toutes ses actions et toutes
ses paroles? lui qui défiait les Juifs, ses ennemis, de le
convaincre de péché ? Quis ex vobis arguet me de peccato ?
(S. Joann., vin, 46.) Le Christ était impeccable, puisqu'en
lui la nature humaine était personnellement unie à la
divinité. Et cependant il a voulu souffrir !
Qui q u um malediceretur, non maledicebat ; quant
pateretur, non comminabatur : tradebat autem judicnnti
se injuste. « Quand on le chargeait d'injures, il ne répon-
dait point par des injures; quand on le maltraitait, il ne
taisait point de menaces ; mais il se livrait entre les mains
de celui qui Le jugeait injustement (1). »
( 1 | Tradebat amtêm jvdicanti »e injuste, On lit dans le grec : ttxps&iàov
— 180 —
Voilà l'exemple que vous a laissé un Dieu tout-puissant.
On l'insulte, et il garde le silence f On le frappe, et au
lieu de précipiter ses ennemis dans l'enfer, il ne prononce
pas môme une menace ! Pilate, qui reconnaît son inno
cence, le condamne à mort, et le Dieu suprême, le Créa
teur de l'univers, subit la sentence d'un tel juge I Vos
maîtres sont-ils plus violents que les bourreaux de Jésus,
et plus injustes que Pilate ?
Quum malediceretur . On l'a appelé un buveur de vin.
un Samaritain, un possédé du démon, un séditieux qui
bouleversait et pervertissait la nation.
Non maledicebat, en grec oùx àvxsXoiSdpei, non vicissim
maledicebat, il ne rendait point injure pour injure. Il a
prononcé quelquefois des blâmes véhéments et des me-
naces terribles, il a dit vœ ! malheur ! sur ceux qui reje-
taient sa parole ; mais c'était une prédiction adressée à
des coupables qu'il voulait convertir ; ce n'était pas une
récrimination contre des injures !
24. Qui peccata nostra pertulil in corpore suo super li-
g?ium. « Jésus a porté nos péchés dans son corps sur le
bois de la croix. » Lui, le Saint des saints, il s'est chargé
du poids des péchés du inonde; il a voulu que les crimes
de tous les hommes lui fussent imputés par son Père7
comme s'il était le seul coupable, le seul impur de tout
le genre humain ; et il a supporté dans son corps, sur
la croix, la peine due à ces innombrables iniquités.
Cette parole de saint Pierre reproduit celle d'Isaïe ;
Vere languores nostros ipse tidit, et dolores nostros ipse
portavit. (Is., lut, 4.) « Il a vraiment pris nos péchés, et il
oï tm xpiyovri oi/.u.îo)ç, tradebat autem judicanti juste, « il remettait sa
cause a celui qui juge avec justice » ; il se confiait h son Père, selon
cette parole du Psaume xlii : Judica me, Deics, et discerne causant
raeam. Ce sens est très bon. Saint Augustin et saint Fulgence lisaient
ainsi dans leurs exemplaires. (S. Aug. Tract, in Joann. xxi ; Fulg. ad
Trasim., c. xi.) Notre-Seigneur dit lui-même dans saint Jean : Ego autem
non quœro gloriam meam : est qui quœrat et judicet. (Joan., vm, 50.)
On peut supposer qu'un copisie qui pensait au jugement de Pilate et
ne comprenait pas le sens de juste, aura écrit injuste. La leçon de la
Yulgate est cependant fort ancienne, puisqu'elle se lit deux fois dans
saint Cyprien (de Bono patientise, c. iv ; Testim., 1. III, xxxix).
— 181 — / Pelr., n.
s'est chargé lui-même de nos douleurs (1). » Elle rappelle
aussi l'expression énergique de saint Paul : « Dieu, pour
nous justifier, a traité son Fils comme s'il eût été le
péché même. » Eum qui non noverat peccatum, pro nobis
peccatum fecit. (II Cor., v, 21.)
Enfin, Jésus est mort pour nos péchés, afin que mou-
rant nous-mêmes au péché, nous vivions désormais pour
la justice : utpeccatismortuijustitiœvivamus. Car le Christ,
qui est notre Chef, est mort pour nous, dit saint Ambroise,
afin qu'après être morts avec lui, nous vivions aussi avec
lui, comme étant membres de son corps ressuscité. Pro
nobis enim mortnus est Chris tus, ut nos in illius corpore
redicivo viveremus. (Apud Corn. Lap.)
Cujus livore sanati estis. « C'est par ses meurtrissures
que vous avez été guéris. » Ou tw uwAto7rt HO-^ts, cujus m-
bicibus sanati estis. Saint Pierre fait allusion aux coups
et aux meurtrissures que des maîtres barbares infligeaient
aux esclaves. Si donc, leur dit-il, vous êtes souffletés ou
battus de verges, pensez que votre âme a été guérie des
blessures du péché par les coups et les plaies qui ont
déchiré le corps de votre Rédempteur.
25, Eratis enim sicut oves errantes, sed conversi estis
nunc ad pastorcm et episcopum animarum vestrarum,
« Car vous étiez autrefois errants comme des brebis éga-
rées ; mais vous êtes maintenant retournés au Pasteur et
à l'Evèque de vos âmes (2). »
Errantes. Vous étiez autrefois égarés loin de la voie du
salut et vous marchiez dans les sentiers de la perdition,
vous Gentils, et vous aussi fils d'Israël. Mais, éclairés par
l'Evangile et touchés de la grâce, vous êtes venus au bon
(1) Saint Pierre cite Isaïe d'après les Septante, où on lit : tkj ù-jup-ziaç
fert peccatu nostra, au lieu de languores nostros. — On
remarque que saint Pierre ne corrige point les Septante sur l'hébreu :
il les cite comme exprimant la pensée du prophète.
(2) Saint Pierre fait allusion h ce texte d'Isaïe : Omnes nos quasi oves
erravùnuë ; untuquisque in viam suam declinavit (Is., lui, 6) ; et au
verset final du Psaume cxvm : Erravi sicut ovis quœ periit : quœre
servi/,/' tuum, Domine. Enfin, il rappelle la parabole de la brebis
perdue, cherchée, retrouvée, et rapportée au bercail par le bon Pasteur.
(S. Luc, xv.)
— 182 —
Pasteur qui conduit ses brebis dans des pâturages salu-
taires, qui veille sur elles, les défend contre les loups, et
les rapporte au bercail lorsqu'elles se sont égarées.
Pastorem. Jésus-Christ prend lui-même ce titre : Je suis
le bon Pasteur, dit-il, Ego sum Pastor ôo?ias. (S. Joann.,
x, 11.) Isaïe avait prédit que le Christ paîtrait ses brebis
comme un pasteur gouverne son troupeau. Sicut pastor
gregem smim pascet. (xl.) Ezéchiel avait aussi annoncé
que Dieu susciterait un Pasteur, plus grand que tous les
autres pasteurs, lequel paîtrait les brebis d'Israël. Et sus-
citabo super eas Pastorem imum, qui pascat eas; ipse
pascet eas. (c. xxxiv.)
C'est le Christ qui paît ses brebis par sa doctrine, les
nourrit de sa chair, et les abreuve de son sang dans
l'Eucharistie.
Et episcopum, lm'<îxo7rov, spéculai or em, inspectorem. Ce
terme est ajouté au mot pastor, pour en préciser la signi-
fication. Le pasteur est le guide, le gardien et le défenseur
du troupeau ; mais dans une maison opulente, au-dessus
des simples bergers qui conduisent les troupeaux, il y a
un intendant, un inspecteur en chef, brfoxoiroç", qui veille sur
tous les troupeaux et sur les pasteurs eux-mêmes. Tel est
^Notre-Seigneur Jésus-Christ, le divin Chef des pasteurs.
Le mot episcopus est encore emprunté par saint Pierre
au prophète Ezéchiel, qui dit au même endroit : Je
rechercherai moi-même mes brebis et je les visiterai,
et visitabo > eas. (xxxiv, 11.) Or, on lit ainsi dans les
Septante : cSoù iyù> ixC)r^riaou.y.i tx irpôêarà aou, xai imoxétyotJM
aura. Du verbe imsxéfcrepa, saint Pierre a formé le nom
s7u'<7xo7îoç, qui a passé dans la langue de l'Eglise.
Sans doute, lorsque saint Pierre, simple pêcheur, con-
duisait sa barque et maniait ses filets, il lisait peu les
prophètes ; mais, devenu chef de l'Eglise universelle, on
voit qu'il étudiait les Ecritures ; et il était parvenu à les
posséder si bien, qu'il les citait continuellement dans ses
discours, donnant ainsi l'exemple aux pasteurs de tous
les siècles.
183 —
CHAPITRE TROISIÈME
ANALYSE
1. Après avoir exposé les devoirs des chrétiens envers les
magistrats et ceux des esclaves à l'égard de leurs maîtres,
saint Pierre s'adresse aux femmes : elles seront soumises à
leurs maris, et modestes dans leurs vêtements.
Puis il recommande aux maris de traiter leurs femmes avec
honneur et avec bonté (1-7).
!. Il exhorte ensuite tous les fidèles en général à pratiquer
ki charité fraternelle les uns envers les autres.
Il veut qu'ils se tiennent toujours prêts à rendre raison de
leur foi à ceux qui les interrogent sur la religion.
Ils doivent s'estimer heureux, s'ils souffrent, à l'exemple de
Jésus-Christ, en faisant le bien (8-18).
:;. Il ajoute, trois pensées. L'âme du Christ est descendue
aux enfers pour visiter les esprits qui étaient retenus en
prison depuis le déluge. — Les eaux du déluge étaient la
ligure du baptême. — Enfin Jésus-Christ est au ciel, assis à
la droite de Dieu, où il règne sur les anges (19-fin). Comment
ces trois pensées se lient-elles au sujet, c'est ce que nous
verrons en son lieu.
1. Similiter et muliereê ntb~
rlit<r tint riris suis, ut et si qui
non < ■■■ I" Ut mnlir-
rum itionei n tine verbo
l>"ri/iunt,
tuiderante* in timoré ca-
■ m veetram,
> sir etctrin-
eeeui capillatura, oui cimmn*
1. Que les femmes soient pareil-
lement soumises a leurs maris, afin
que s'il y a * i»*s maris qui ne croient
pas ;i la parole, ils soient gagnés
par la bonne vie de leurs femmes,
sans le secours de la parole,
2. Lorsqu'il considéreront la con
duite pure qui vous est inspirée par
l.i craiate de Dieu.
3. Ne vous parez point au dehors
par de^ cheveux tresse-, [>ar des
184
ornements d'or, et par la beauté
des habits ;
4. Mais songez à parer l'homme
invisible et caché dans le cœur, par
la pureté incorruptible d'un esprit
paisible et modeste; ce qui est un
riche ornement aux yeux de Dieu.
5. Car c'est ainsi qu'autrefois les
saintes femmes qui espéraient en
Dieu se paraient, en demeurant
soumises à leurs époux :
6. Comme faisait Sara, qui obéis-
sait à Abraham, l'appelant son sei-
gneur ; Sara dont vous vous mon-
trez les filles en imitant sa bonne
vie, et en ne vous laissant troubler
par aucune crainte.
7. Et vous, maris, vivez de même
selon la science avec vos femmes,
les traitant avec honneur comme le
sexe le plus faible, et considérant
qu'elles sont aussi bien que vous
les héritières de la grâce qui donne
la vie : conduisez-vous de telle sorte
qu'il ne se trouve aucun empêche-
ment à vos prières.
8. Enfin, qu'il y ait entre vous
tous une parfaite union de senti-
ments, une bonté compatissante,
une amitié de frères. Soyez miséri-
cordieux, modestes et humbles.
9. Ne rendez point le mal pour le
mal, ni l'outrage pour l'outrage ;
mais répondez plutôt par des béné-
dictions, sachant que c'est à cela
que vous avez été appelés, afin de
recevoir l'héritage de la bénédiction.
10. Car si quelqu'un aime la vie
et désire voir des jours heureux,
qu'il empêche sa langue de médire,
et ses lèvres de prononcer des pa-
roles trompeuses.
11. Qu'il se détourne du mal et
fasse le bien ; qu'il recherche la paix
et s'efforce de l'acquérir.
12. Car le Seigneur a les yeux
ouverts sur les justes, et les oreilles
attentives à leurs prières ; mais il
regarde les méchants avec colère.
13. Et qui sera capable de vous
nuire, si vous êtes zélés pour faire
le bien?
datio auri, aut indumenti vesti-
mentorum cultus :
4. Sed qui absconditus est
cordis homo, in incorruptibili-
tate quieti et modesti spiritus,
qui est in conspectu Dei lo-
cuples.
5. Sic enim aliquando et
sanctœ mulieres, sperantes in
Deo, ornabant se, subjectœ pro-
priis viris :
6. Sicut Sara obediebat Abra-
hœ, dominum eum vocans ; cu-
jus estis filiœ benefacientes, et
non pertinentes ullam pertur--
bationem.
7. Viri similiter cohabitantes
secundum scientiam, quasi in-
firmiori vasculo muliebri im-
partientes honorem, tan quant
et cohœredibus gratiœ vitœ ; ut
non impediantur orationes ves-
trœ.
8. In fine autem, omnes una-
nimes, compatientes, fraterni-
tatis amatores, miséricordes,
modesti, humiles ;
9. Non reddentes malum pro
malo, nec malédiction pro ma-
ledicto, sed e contrario benedi-
centes : quia in hoc vocati estis,
ut benedictionem hœreditate
possideatis.
10. Qui enim vult vitam dili-
gere, et dies videre bonos, coer-
ceat linguam suant a malo, et
labia ejus ne loquantur dolum ;
11. Declinet a malo, et faciat
bonum ; inquirat pacem, et se-
quatur eam :
12. Quia oculi Domini super
justos, et aures ejus in preces
eorum : vultus autem Domini
super facientes mala.
13. Et quis est qui vobis no-
ceat, si boni œmulatores fue-
ritis ?
— 185
/ Pclr.t m.
14. Sed et si quid patimini
jpropter justitiam, beati. Timo-
rem autem eorum ne timiieritis,
et non conturbemini.
15. Dominum autem Christum
sanctificate in cordibus vestris,
parât i semper ad satisfactionem
omni poscenti vos rationem de
ea quœ in robis est spe :
16. Sed cunx modestia et ti-
moré, conscientiam habentes
bonam; ut in eo quod detrahunt
vobis, confundantur qui calum-
nianticr vestram bonam in
Christo conversationem.
17. Melius est enim benefa-
cientes (si voluntas Dei velit)
pati, qT.am malefacientes :
18. Qu'ui et Chrisfi's semel
pro peccatis nostris mortuus
est, jus tics pro injustis, ut nos
offerret Deo, mortificatus qui-
dem carne, vivificatus autem
spiritu.
19. In quo et his qui in car-
cere erant spiritibus veniens
prœdicavit ;
20. Qui increduli fuerant ali-
quando, quando exspectabant
Dei patientiam in diebus Noe,
qui',,} fabricaretur arca; in
qua pauci, id est, <>cto anima?
salvœ fact<r sunt per aquam.
21. Quod et vos nunc similis
formas salvos facit baptisma
(non carnis drpositio SOrdium,
sed conscientiœ bonœ interro-
gatio in Deum) per resurrec-
tionem Je su Christ i.
22. Qui est i>i dextera I),i,
deglutiem mortem ut vitœ
œternœ hœrede* efficeremur ;
profectus in cœlum, tubjectis
sibi angelis et potestatibus et
virtudbus.
14. Si néanmoins vous souffrez
pour la justice, vous serez heureux.
Ne craignez point ceux qui veulent
vous intimider et ne vous troublez
point de leurs menaces.
15. Mais rendez gloire dans vos
cœurs au Seigneur Jésus-Christ; et
soyez toujours prêts h satisfaire tous
ceux qui vous demanderont raison
de l'espérance que vous avez.
16. Faites-le toutefois avec dou-
ceur et avec retenue, conservant en
tout une couscience pure, afin que
ceux qui décrient la vie sainte que
vous menez en Jésus-Christ, rougis-
sent de vous diffamer comme ils font.
17. Car il vaut mieux être mal-
traités, si Dieu le veut, en faisant le
bien, qu'en faisant le mal ;
18. Parce que Jésus-Christ même
a souffert une fois la mort pour nos
péchés, et le Juste pour les injustes,
afin de nous offrir à Dieu, étant
mort en sa chair, mais rendu à la
vie par l'esprit.
19. Et c'est avec son esprit qu'il
est allé prêcher aux esprits qui
étaient retenus en prison ;
20. A ceux qui avaient été jadis
incrédules , lorsqu'ils comptaient
sur la patience de Dieu, au temps
de Noé, pendant qu'on bâtissait l'Ar-
che, en laquelle peu de personnes,
savoir huit seulement, furent sauvées
au milieu des eaux.
21. C'était une figure a laquelle
répond maintenant le baptême, non
pas celui qui consiste à purifier la
chair de ses souillures, mais le bap-
tême qui, selon l'engagement d'une
conscience sincère pris en préseace
de Dieu, nous sauve par la résur-
rection de Jésus-Christ ;
22. Qui est assis à la droite de
Dieu, après avoir détruit la mort,
afin que nous devenions les héritiers
de la vie éternelle, et qui est monté
au ciel où les Anges, les Puissances
et les Vertues lui sont assujetties.
186 —
COMMENTAIRE
1. Similiter et malieres subditœ sint viris suis. Les
chrétiens doivent obéir aux princes, et les esclaves à
leurs maîtres, comme nous venons de le voir. De même,
les femmes doivent être soumises à leurs époux (1). La
loi naturelle, la loi divine et la loi humaine ordonnent à
la femme d'obéir à son mari. Elle sera la reine de la
maison, mais l'époux sera son roi. Une femme qui,
forçant la nature, usurpe l'autorité ou les fonctions de
l'homme, ne s'élève pas, elle se rend ridicule.
Ut si qui non credunt verbo, per mulierum conversa-
tionem sine verbo lucrifiant. Elles se montreront sou-
mises, « afin que s'il se trouve des maris qui ne croient
pas à la parole du Christ, ils soient gagnés à Dieu, même
sans le secours de la parole, par la bonne conduite de
leurs épouses. » Car la femme exerce une influence con-
tinue et profonde sur son mari, par sa douceur, sa
modestie, son dévouement, sa patience. Quelle gloire
pour une femme de présenter à Jésus-Christ son époux
qu'elle a conquis à la religion !
On remarque qu'à cette époque les mariages entre
juifs et infidèles n'étaient pas rares. Saint Timothée
était fils d'un père gentil et d'une mère juive devenue
chrétienne.
Sine verbo. 11 n'est point d'éloquence qui l'emporte sur
la vertu silencieuse d'une femme. Sans doute, elle parlera
de l'Evangile à son époux ; mais, auparavant, elle gagnera
son affection et son estime par la douceur et la pureté
de ses mœurs. Hoc valet mulieris gravitas et pmiicitia,
et ejus bona conversatio, ut virum suit m vocet ad fidem
et ad devotionem. (S. Ambros. De Sacram., 1. VI, c. v.)
C'est par l'exemple persuasif de ses vertus que sainte
(1) Saint Paul donne un commandement semblable dans son Epître
aux Ephésiens : Mulieres viris suis subditœ sint, sicut Domino, (v, 22.)
— 187 — IPetr.,m.
Monique gagna son époux à Jésus-Christ. Sategit eum
lucrari loquens te illi moribus sais. (S. Aug. Conf., 1. IX,
c. ix.) C'est aussi la piété de Clotilde qui conquit à la
religion chrétienne Clovis et, avec lui, toute la nation
des Francs.
2. Considérantes in timoré castam conversationem ves-
tram (1). Vos maris se convertiront, parce qu'ils verront
avec admiration, ô femmes chrétiennes, votre conduite
pleine de respect et de chasteté. — In timoré. Ce mot ne
dépend pas de considérantes, mais de conversationem. Ti-
mor, synonyme de reverentia, exprime tout à la fois
la crainte de la femme envers Dieu qu'elle ne veut pas
offenser, et son respect pour son mari qu'elle regarde
comme son seigneur.
3. Qiianim non sit extrinsecus capillatura, ant cir-
cumdatio a?iri, aut indumenti vestimentorum cuit us (2).
Ne mettez point votre gloire à vous parer à l'extérieur
par des tresses de cheveux, à vous charger de bijoux
d'or, ni à vous revêtir d'habits précieux.
Saint Paul donnait aux femmes le même conseil.
Qu'elles s'ornent, disait -il, avec modestie et non pas
avec des cheveux frisés, ni avec des bijoux d'or, ou des
perles, ou des habits somptueux. (I Tim., n.)
Capillatura. Alors comme de nos jours, il y avait des
femmes qui chargeaient leur tête de cheveux empruntés.
Capillis alienis verticem struunt, disait saint Jérôme. (Ad
Marcell. Ep. xxxviii, 3.) — Capillatura, i^-nloy.^ désigne
des cheveux tressés avec art.
Circumdatio auri, rapfôeaiç gpucfaw. Quarum cultus ?wn
sit in circumpositione ornamentorum aureorum. Xp-Wa.,
ce sont des réseaux d'or, des chaînes d'or, des franges
d'or, des anneaux, des colliers, des bracelets d'or, en un
(1) Imi gQBC, inoirït\>9*vrii njv h peêu âyvïty à,aorcop/-,v Jw.wv, quùrri ijysi
consideraverint veetram in tin><>r<- conversationem. Ces mots sont
l'eiplicttioo il.- ju'f mulierutn eonoevsationem*
S OÏC1 le grec : Stj ;stw o^x i i%ot8tv iy.-'tOA?^ rçr/w xxl Ttsptdéazûf,
îy.y.7(ùjy nôeftoç, Quarum ornatus non sit exlcrnns ille
u qui situe eet in capillorum plicatttra, et in circumpositione
auri, hut i>< amictu vestium.
— 188 —
mot, des bijoux d'or. Le véritable ornement de la femme
n'est point tout cet or qu'elle met autour d'elle.
Aut indumenti vestimentorum cultus, y\ èvSussok iuoitûov
xdffjxoç, c'est-à-dire, guarum cultus non sit in amictu ves-
timentonim. Ne faites point consister votre beauté à vous
envelopper de riches vêtements. Le luxe des femmes était
alors porté à son comble dans l'empire romain.
4. Sed gui absconditus est cor dis homo, in incorrupti-
bilitate quieti et modesti spiritus (1). Tous ces ornements
étrangers, si précieux qu'ils soient, s'usent et se fanent.
Que votre parure véritable ne soit pas dans l'extérieur
de votre personne, mais dans l'homme invisible qui est
caché au fond du cœur. Mettez votre beauté dans la pu-
reté incorruptible d'un esprit paisible et modeste. Voilà
une richesse qui plaît aux yeux de Dieu, qui est in
conspectu Dei locuples.
Saint Pierre montre à la femme deux espèces d'orne-
ments : l'un, extérieur et corruptible, qui pare le corps
destiné à la corruption ; l'autre, intérieur et incorruptible,
qui embellit l'âme et la rend aimable au Seigneur. Que
les femmes chrétiennes recherchent donc l'ornement spi-
rituel, la beauté immortelle qui consiste dans la foi, la
pureté, la douceur, et qu'elles rejettent un luxe et des
atours condamnés par le Saint-Esprit.
Toutefois, l'austère saint Jérôme remarque lui-même
avec sagesse que l'Apôtre, en formulant ces préceptes,
n'ordonne point aux femmes de se couvrir de vêtements
sordides, il n'interdit que le luxe et la vanité. Hœc prœ-
cipiens Petrus non mulieres jubet sgualere sordibns, et
horrentibus pannorum assumentis tegi, sed immoderato
cultu et nimis exguisito interdicit ornatu. (Ep. cxlviii, ad
Celant.)
5. Sic enim aliguando et sanctœ mulieres, sperantes in
Deo, ornabant se, subjectœ propriis viris. Car c'est ainsi
que se paraient autrefois les saintes femmes qui espé-
(1) En grec, in incorruptibilitate spiritus niitis ac modesti (Tzpv.eoî),
et quieti sive placidi (^j/Joo). — Absconditus cordis homo, suppléez :
sit cultus vester.
— 189 -- / Pëtr., m.
raient en Dieu. Elles s'efforçaient d'orner leur âme de
vertus et de bonnes œuvres que Dieu voyait et récom-
pensait. Elles croyaient que c'était aussi le moyen de
s'attacher leurs époux, en se montrant soumises, leur
obéissant avec douceur et ne cherchant point à plaire à
des yeux étrangers.
6. Sicat Sara obediebat Abrahœ, dominum enm vocans;
cujus estis filiœ benefacient.es, et non pertimentes ullam
perturbationem. Ainsi faisait Sara, la mère de votre race.
Considérez cette femme vénérable : elle obéissait à Abra-
ham, le suivait dans ses pénibles voyages et l'appelait
son seigneur, comme le rapporte Moïse : Consenui,
disait-elle, et dominus meus vetidus est. (Gen., xvm, 12.)
( )r vous vous montrerez vraiment les filles de Sara votre
aïeule, si vous faites le bien, si vous imitez sa sagesse et
son respect pour son époux, sans vous laisser effrayer
par aucun trouble (1).
Perturbationem (en grec, 7rTÔ^atv, metum, terrorem).
Le sort de la femme est lié à celui de son mari ; elle par-
tage ses revers de fortune, comme ses prospérités. Une
des grâces du sacrement de mariage, lorsqu'il est sain-
tement reçu par les deux époux, est de prévenir les tri-
bulations amères. Si la bénédiction nuptiale ne préserve
pas toujours des grandes peines, elle les adoucit du moins,
et les sanctifie.
7. Viri similiter cohabitantes secundum scientiam, quasi
infirmiori vasculo muliebri impartientes honorem, tan
quant et cohœredibus gratiae vitœ : ut non impediantur
orationes vestrœ. « Et vous maris, vivez et habitez de
même avec vos femmes selon la science ; traitez-les avec
honneur et indulgence comme le sexe le plus faible ;
considérez qu'elles sont, aussi bien que vous, les héri-
t ières de la grâce qui donne la vie éternelle ; et conduisez-
(1) Saint Pieriv t'ait entendre que la femme doit obéir a son époux,
sans redouter les disgrâces que pourraient lui attirer ses entreprises.
Qu'elle s'abandonne à son autorité. Elle lui donnera toutefois de bons
conseils et l'aidera à gouverner sa maison avec sagesse. Quant au reste,
elle doit se confier en Dieu, connue faisait Sara dans les circonstances
les plu- délicates et les plus périlleuses.
— 190 —
vous avec elles de telle sorte qu'il ne se trouve aucun
empêchement à vos prières. »
Cohabitantes, habitant ensemble : mot qui fait entendre
que les époux doivent ordinairement partager le même
toit et le même lit.
Secundum scientiam, xatà yvûcnv. Le mari traitera sa
femme selon la science, c'est à-dire, selon la prudence ;
car la raison étant plus ferme en l'homme, l'autorité lui
a été donnée sur la femme. Il la traitera aussi selon la
science qu'il a apprise des saints Evangiles. Or ils lui
enseignent que, si la femme doit obéir à son époux, elle
est cependant sa compagne et non sa servante. Non es
dominus, sed maritus; non ancillam sorlitus es, sed nxo-
rent, dit saint Ambroise. (Hexaem., 1. V, c. vu.) Il doit la
traiter avec honneur et avec une telle chasteté que l'un
et l'autre puissent toujours, sans empêchement, élever
leur cœur à Dieu dans la prière.
Vasciilum est mis pour corpiisculnm. Le mot vas (en
grec ctxsuoç) a le sens de corpus dans l'Ecriture (I Reg. , xxi ;
II Cor., iv ; I Thess., iv), non parce que le corps humain
serait un vase qui contiendrait l'âme, mais parce qu'il en
est « l'instrument », signification de tnceOoç et de vas.
Muliebre vasculum. Le corps de la femme est moins
robuste que celui de l'homme, et il est sujet à de nom-
breuses infirmités. L'époux ménagera donc avec bonté
sa faiblesse.
lmpartientes honorent. C'est le christianisme qui a
rendu à la femme sa dignité, et c'est dans la religion
catholique que la femme atteint le plus haut degré de
respect. On voit l'estime, la liberté, l'honneur de la
femme baisser à mesure qu'on s'éloigne de l'Evangile.
Honorem. Sous cette expression chaste, on entend
aussi l'œuvre conjugale. (S. Hieron., 1. I contra Jovin.,
n. 7.) L'épouse chrétienne aura la gloire d'être mère,
sans que le mari exerce sur elle une domination brutale.
SU castus cum conjuge torus, dit saint Augustin ; et si est
cura propagandi liber os, non sit effrenata luxuries libidi-
num. (S. Aug. in Psalm. cxlvi, n. 2.)
— 191 — / Petr., m.
Tanquam cohœredibus gratiœ vitœ. Honorez donc et
respectez vos femmes, sachant qu'elles sont comme vous
les héritières des biens divins. Car le baptême les a
rendues pures et saintes; elles sont aimées, adoptées de
Dieu comme ses filles; il les orne et les fortifie de sa
grârce; il les destine, aussi bien que vous, à la gloire
céleste et à la vie éternelle.
Lit non impediantur orationes vestrœ. L'époux et l'é-
pouse, s'élevant au-dessus des affections grossières et des
pensées de la chair, s'agenouilleront ensemble devant le
crucifix matin et soir et offriront à Dieu l'hommage d'un
cœur pur. Saint Paul leur conseille même de se séparer
quelquefois d'un consentement mutuel, afin de vaquer
plus librement à l'oraison: Utvacetis orationî. (I Cor., vu, 5.)
L'Apôtre va maintenant adresser des préceptes à tous
les fidèles.
8. In fine autem omnes unanimes. Enfin n'ayez tous
qu'un même esprit (1).
Unanimes, ôao'vpovsç, se dit de plusieurs personnes qui
ont les mêmes pensées. On n'arrive à l'unité de senti-
ments que par l'union dans la foi. La concorde n'est
possible que dans la parfaite soumission à l'Eglise.
Adhérer fermement aux doctrines qu'elle enseigne ; con-
damner tout ce qu'elle réprouve ; écouter avec docilité la
voix du Souverain-Pontife au lieu de chicaner sur des
syllabes, comme faisaient les ariens et les jansénistes ;
enfin obéir avec respect aux supérieurs légitimes : voilà
le moyen de bannir la discorde et de conserver la paix
dans une société, dans une maison, dans un diocèse.
Oh ! qui nous rendra l'union qui régnait à l'origine
parmi les fidèles, quand tous ceux qui croyaient en Jésus-
Christ n'avaient qu'un cœur et qu'une âme, sous la direc-
tion des Apôtres ! Multitudinis autem credenlium eral
cor a?ia?/t et anima, una. Mais cette bienheureuse union
(1) In fine autem, rh £1 tûoç, est la même chose que denique, enfin.
Omneê unanimes, on sous-entend eatote. — Unanimes. Saint Paul
:\ent donné le méms précepte. Rom., ni, 1, et xv, 5; II Cor., xm, 11 ;
Philipp. ii, 2, et iv, 2.
-- 192 —
ne dura pas longtemps. Satan souffla la discorde, les
Grecs murmurèrent ; et ils ont tant murmuré qu'ils ont
fini par sortir de l'Eglise.
Compatientes, crupwtôéiç. Regardez les joies et les peines
du prochain comme les vôtres, partagez l'allégresse de
ceux qui se réjouissent et pleurez avec ceux qui pleurent,
disait saint Paul. Gandere cum gaudentibus, flere cum
ftentibus. (Rom., xn, 15.) Ainsi dans le corps humain,
qui est l'image de la société chrétienne, lorsqu'un membre
souffre, tous les autres membres souffrent avec lui : et si
un membre est honoré, tous les autres s'en réjouissent.
Si quid patitur unnm membrum, compatiuntur omnia
membra ; sive gloriatur unam membrum, congaudent
omnia membra. (I Cor., xn, 26.)
Fraternitatis amatores, <piXà$eA<pot, aimez-vous les uns
les autres comme des frères, puisque vous n'avez tous
qu'un même Père, qui est aux cieux. (Rom., xn, 10.)
Miséricordes, euOTrXay^vot. Vous devez avoir des entrailles
pleines de miséricorde et de tendresse pour les malheu-
reux. Que la pitié et la charité émeuvent facilement votre
cœur.
Modesti, humiles. Ces deux adjectifs rendent le mot
grec TOHteivocppoveç, ayant d'humbles et modestes sentiments
de vous-mêmes (1). C'est la première leçon que Notre-
Seigneur veut que nous apprenions de lui. Discite a me
quia mitis sum et humilis corde. (S. Matth., xi, 29.)
9. Non reddentes malum pro malo, neque maledictum
pro maledicto, sed e contrario benedicentes. Ne rendez
point le mal pour le mal, ni l'injure pour l'injure; mais,
au contraire, dites du bien de ceux qui vous insultent, et
bénissez ceux qui vous maudissent. On n'éteint pas le
feu avec le feu, mais avec l'eau, non extinguitur ignis
igné, sed aqua, dit saint Chrysostome. (Hom. xvni, 1, in
Matth.) De même on triomphe de l'injure, non par l'in-
jure, mais par la douceur et par l'humilité. Faire du bien
(1) Au lieu de zsinu'Jéppovgi, qui est la leçon des meilleurs manuscrits
(celui du Vatican, de l'Alexandrin et du Sinaïtique), d'autres exemplaires
donnent fiMfpoveç, bienveillants et affables.
— 193 — l Petr.,uu
à nos ennemis, c'est le moyen de les vaincre et de gagner
leur affection.
On peut remarquer ici trois degrés de vertu. Le pre-
mier est de ne pas rendre le mal pour le mal, quand on
le pourrait facilement : comme lorsqu'un vaillant homme
ne se venge pas d'un soufflet reçu.
Deuxième degré : si l'on est outragé, fermer ses lèvres
et ne pas répondre, quand on pourrait d'un seul mot
confondre l'insulteur.
Enfin, dire du bien de celui qui nous a calomniés, et
faire du bien à celui qui nous a fait du mal.
C'est là sans doute une vertu supérieure à la nature.
Mais pourquoi sommes-nous chrétiens, sinon pour nous
efforcer de devenir semblables à Dieu?
Quia in hoc vocati estis, ut benedictionem hxreditate
possideatis. Car, ajoute saint Pierre, c'est à bénir que
vous avez été appelés, alin qu'en bénissant ceux qui vous
offensent, vous receviez vous-mêmes la bénédiction en
héritage, selon cette parole de Notre-Seigneur : Venez
les bénis de mon Père, possédez le royaume, Venite bene-
dkti Palris mei, possidete reqnum. (S. Matth., xxv, 34.)
En effet, souhaiter du bien et faire du bien, même à
nos ennemis, est le précepte formel de Notre-Seigneur :
Bene facile lus qui oderunt vos, et orate pro persequentibus
et calumniantibus vos. En faisant du bien à ceux qui vous
haïssent, en priant pour ceux qui vous persécutent et
vous noircissent de leurs calomnies, vous montrerez que
vous êtes les fils de votre Père céleste, qui fait lever son
soleil sur les bons et sur les méchants, et qui répand sa
pluie féconde sur les justes et sur les injustes. (S. Matth.,
v. 14.)
Ut benedictionem hœreditate possideatis. C'est à ce
prix que vous hériterez vous-mêmes de la bénédiction.
« Vous hériterez », ce mot est juste, puisque c'est comme
enfants de Dieu que vous obtiendrez l'héritage de la
gloire céleste.
// wedictionem. Le royaume des cieux est appelé une
bénédiction, car il nous est donné par la bénédiction de
BP1TRBS CATHOLIQUES 13
— 194 —
Dieu, en qui bénir est faire du bien ; et toutes les grâces
que Dieu nous accorde ont pour fin le royaume des deux,
qui est la bénédiction suprême.
Après avoir exhorté à ne pas rendre injure pour injure,
saint Pierre montre aux Juifs que ce beau précepte n'était
pas inconnu à leurs pères. Car on le trouve exprimé dans
le Psaume xxxm.
10. Qui enim vult vitam diligere et dies videre bonos,
coerceat linguam suam a malo. « Que celui qui aime la
vie et désire voir des jours heureux, contienne sa langue
et l'empêche de prononcer des paroles méchantes. »
La vie et les jours heureux que promettait David aux
Israélites, s'entendaient, à la lettre, d'une vie longue
et d'une félicité temporelle sur la terre. Mais le sens
principal, qui était dans la pensée du prophète inspiré
de Dieu, c'était la vie éternelle et le royaume céleste.
Coerceat linguam suam, a malo, et labia ejus ne loquan
lur dolum. « Qu'il empêche sa langue de dire du mal, et
ses lèvres de prononcer des paroles trompeuses. » Il
prohibe ainsi l'injure prononcée en face, avec la médi-
sance ouverte ou cachée, celle qui éclate en discours
violents et celle qui distille son poison sous des paroles
douces et polies.
11. Declinet a malo et faciat bonum. « Qu'il évite le
mal et fasse le bien. » Des paroles, le prophète passe aux
actions. S'abstenir de faire le mal, ce n'est pas assez
pour être juste aux yeux de Dieu : il faut encore faire le
bien. Car tout arbre, dit Notre-Seigneur, qui ne porte
pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. Omnis enim
arbor quee non facil fructum bonum excidetur, et in ignem
mittetur. (S. Matth., m, 10, et vu, 19.)
lnquirat pacem et sequatuream. « Qu'il cherche la paix
et qu'il fasse tous ses elforls pour l'atteindre. » Scciuatur,
%va\imù,persequatur. Semblable à un chasseur qui ne se
contente pas d'avoir aperçu une proie magnifique, mais
s'élance après elle pour s'en emparer, il faut que le chré-
tien poursuive la paix jusqu'à ce qu'il en ait fait la
conquête. Non enim sufficit pacem quœrere, nisi inventam
— 195 — / Petr., m.
fuqientemque omni studio prosequatnr, dit saint Jérôme.
(Epist. ad Rust.) Saint Paul disait de même : Autant
qu'il est possible et selon qu'il dépend de vous, ayez la
paix avec tout le monde. Si fieri potest, quod ex vobis est,
eum omnibus pacem habentes. (Rom., xn, 18.)
12. Quia oculi Domini super justos, et aures ejus in
preces eorum. « Car le Seigneur a les yeux ouverts sur les
justes, et ses oreilles sont attentives à leurs prières. »
Ce verset confirme la pensée précédente. C'est comme
s'il y avait : Celui qui fera ce que je viens de dire, celui
qui évitera le mal et fera le bien, verra des jours heureux
et possédera la vie; car il sera juste; or Dieu regarde
les justes avec amour, il les protège et il exauce leurs
prières !
YuJtus auiem Domini super facientes mala. Mais le
Seigneur fixe ses regards sur ceux qui font le mal.
L'Apôtre en reste là : c'est une espèce de réticence mena-
çante, qui fait entendre que la colère divine éclatera sur
les pécheurs. Pour le prophète David, il achève sa pensée :
Utperdatde terra memoriom eorum. « Dieu regarde les
méchants avec indignation, pour faire disparaître leur
mémoire. » Leur nom sera aboli sur la terre, ou bien les
hommes ne s'en souviendront que pour le détester. Car
la gloire de l'impie n'est qu'un monceau de fumier, gloria
ejus s ter eus. (1 Mach., n. 62.)
I . El quis est qui vobis noceat, si boni demulatores fue-
ritis? « Et d'ailleurs qui i j ni pourra vous nuire, si
vous i és pour faire le bien (1)? » Sens littéral : Celui
qui veilla sur sa langue pour n'offenser personne, celui
qui aime la paix et s'applique à faire le bien, ordinaire-
ment passe une vie tranquille sur la terre. Sens spirituel
principal : Qui pourra vous nuire quand Dieu sera
tre protecteur, puisqu'il fait tourner toute chose au
bien d ceux qui l'aiment? Diligèntibus Deum omnia coo-
perantur m bonum. (Rom., vin. -28.) Cette parole donne
au chrétien une constance invincible. Il dit à Dieu comme
(1) Boni (ou bonitatiê) est BU génitif : t»C àyxôov Zyv:v.i.
— 196 —
David : « Quand je marcherais au milieu des ombres de
la mort, je ne craindrais aucun mal, parce que vous êtes
avec moi. » (Ps. xxn.) C'est ce que l'Eglise nous répète
dans une de ses belles oraisons : Nulla nocebit adversitas,
sinulla dominetiir iniquitas. « Aucune adversité ne pourra
nous nuire, si nous sommes exempts de toute iniquité. »
C'est aussi ce que disait aux empereurs le philosophe-
martyr saint Justin : « Vous pouvez nous tuer, mais non
pas nous nuire », uu.£"tç ôbcoxTEivai ;j.sv Buvaaôî, pXà'^ai 8' ou.
(ApoL, i, 2.)
C'est enfin la grande maxime que saint Jean Chry-
sostome a développée avec éloquence dans un beau traité,
où il montre que personne ne peut nous nuire, si ce n'est
nous-mêmes. Nemo lœditur, nisi a semetipso. (S. Chrys.,
t. III, p. 530, éd. Gaume.)
14. Sed et si quid patimini propter justitiam beati. Saint
Pierre répète la parole même de Notre-Seigneur Jésus-
Christ : Heureux ceux qui souffrent persécution pour la
justice ! Beati qui persecutionem patiuntur pr opter jus-
titiam. (S. Matth., v, 10.) Le chrétien seul prononce cette
admirable parole. Car lui seul espère une récompense
certaine au delà de cette vie. Pour celui qui n'attend rien
après la mort, la sagesse consiste à vivre en ce monde le
plus doucement et le plus longtemps possible. C'est la
philosophie de l'athée et du grossier matérialiste ; philo-
sophie animale, qui éteint tout dévouement et toute vertu,
comme toute consolation.
Timorem autem eorum ne timueritis. Ne craignez donc
point les maux dont ils veulent vous effrayer (1).
Notre-Seigneur a donné le même précepte : Ne craignez
pas ceux qui tuent le corps, nous dit-il, mais ne sauraient
perdre l'âme. Nolite timere eos qui occidunt co?tpusy ani-
mant autem non possunt perdere. (S. Matth., x, 28.)
Et non conturbemini. « Que rien ne vous trouble. »
Quand saint Pierre écrivait cette parole, le sang des
(1) Timere timorem, pâëov poëeïsSxi, est un hellénisme bien connu :
il consiste à donner au verbe actif ou neutre le nom de même origine,
comme à[,v.$ Apôtodeu, prononcer des malédictions. (Synt. 112.)
— 197 — / Petr., ht.
chrétiens et des Apôtres avait déjà coulé ; lui-même après
avoir été saisi par Hérode, enchaîné dans la prison de
Jérusalem et condamné à mort, n'avait été sauvé que par
un Ange; des menaces éclataient partout contre les chré-
tiens ; et cependant il dit : Non conturbemini, ne vous
troublez pas.
Il ne fait que répéter encore aux fidèles la parole qu'il
avait entendue de Notre-Seigneur : Non turbetur cor ves-
trum, neque formidet (S. Joann., xiv, 17.) Les peines que
les hommes peuvent nous faire souffrir sont au fond peu
de chose : elles passent vite et elles nous méritent une
gloire éternelle. Rien ne trouble un chrétien dont la con-
science est en paix avec Dieu.
15. Dominum autern Christian sanctificate in cor di bus
vestris. Mais au lieu de vous effrayer des menaces des
hommes, ne pensez qu'à « sanctifier le Seigneur Jésus
dans vos cœurs. * Lorsque nous disons dans l'Oraison
dominicale, « Que votre nom soit sanctifié », cela veut
dire qu'il soit loué, béni, prononcé avec respect et amour
comme un nom sacré. Ici de même, « sanctiliez le Christ
dans vos cœurs » signifie : honorez-le comme le Saint des
saints, par vos louanges, par la fermeté de votre foi, par
la pureté de vos pensées, par la ferveur de votre amour.
Saint Pierre fait allusion à ce texte d'Isa ïe : « Ne crai-
gnez point leurs menaces et qu'elles ne vous épouvantent
point ; mais rendez gloire à la sainteté du Seigneur
des armées ; qu'il soit lui-même votre crainte et votre
terreur. » Plus on craint Dieu, moins on craint les
hommes (1).
Parati semper ad satisfactionem omni poscenti vos ra-
tionnn de ea quae in vobis est spe. En adorant saintement
le Christ au fond de vos cœurs, « soyez toujours prêts à
donner » les raisons de votre foi et « les motifs de votre
espérance à tous ceux qui vous interrogent. »
Ad satisfactionem, icpoçàicoXo^ocv. Soyez prêts à la défense
(1) Timorem ejus (pcpuli) ne timeatis neque paveatis: Dominum
exercituum ipsum sancHflcate; ipse pavor rester et ipse terror rester.
(Is., vin, 12.)
— 198 —
et à l'apologie ; c'est-à-dire, ayez toujours une réponse
prête aux questions et aux objections que l'on pourra
vous faire touchant notre sainte religion.
Saint Pierre veut donc que tous les chrétiens con-
naissent les vérités de la foi et les preuves de la religion.
Il souhaite que chacun soit capable de répondre claire-
ment, solidement à ceux qui lui demanderont sur quoi
il fonde sa croyance et ses espérances. De là il résultera
deux avantages. D'abord les fidèles, étant bien pénétrés
des preuves delà religion, s'affermiront eux-mêmes dans
la foi. Ensuite, lorsque les païens attaqueront et raille-
ront leur croyance, ils la justifieront.
En effet les Gentils demandaient aux chrétiens pour-
quoi ils adoraient un Juif crucifié, au lieu de Jupiter?
pourquoi ils négligeaient les richesses, les plaisirs et les
biens que tous les hommes recherchent ? sur quoi ils se
fondaient pour espérer une autre vie dans les cieux
après leur mort? Les sages réponses que les chrétiens
faisaient à ces questions ébranlaient souvent les païens
et en convertissaient un grand nombre.
Ils prouvaient de même aux Juifs que Jésus était le
Christ promis à leurs pères et annoncé par les prophètes.
Ce que saint Pierre demandait aux fidèles de son temps
ne leur était pas très difficile. Car ils avaient tous été con-
vertis du judaïsme ou de l'idolâtrie au christianisme; il
leur suffisait donc de se rappeler à eux-mêmes et d'expli-
quer aux autres les raisons pour lesquelles ils avaient
embrassé la foi chrétienne.
Aujourd'hui que la religion est attaquée partout, il faut
aussi que la défense soit universelle. Fortifions ceux qui
croient et fermons la bouche aux incrédules. Que le père,
que la mère aient soin de préparer leurs enfants à la
lutte. Il faut que la religion soit prouvée partout, dans la
famille, dans l'école, dans la chaire.
Semper paroti. Sans doute les prêtres connaissent fort
bien les preuves de la religion : ils les ont étudiées
dans la théologie; mais cela ne suffit pas. Il faut qu'ils
soient toujours préparés à les exposer d'une manière
— 199 - l Petr.,m.
lucide. Car ce que saint Pierre recommande aux fidèles,
il l'exige à plus forte raison des pasteurs.
16. Sed cum modes lia et timoré. Mais en donnant
ces preuves de la religion chrétienne, ne les présentez
pas d'un ton superbe et comme en injuriant ceux qui
vous résistent : exposez vos raisons avec douceur et
modestie.
Ce batelier qui n'avait pas étudié la rhétorique donne
aux prédicateurs une excellente leçon d'éloquence. Toutes
les fois qu'on enseigne, il faut sans doute s'exprimer
nettement pour faire bien comprendre la vérité : mais on
doit aussi parler doucement pour attirer la sympathie de
l'auditeur, et modestement pour ne pas l'exciter à la ré-
sistance. Vous ne gagnerez point un adversaire auquel
vous jetez un défi.
Cum timoré, \xttk çdêou. Cela ne veut pas dire que vous
enseignerez timidement et comme paraissant douter de
ce que vous affirmez. Non, vous direz comme saint Paul :
« Je sais, je suis certain y>,scioetcertus sitm. (Il Tim., i, 12.)
Mais après avoir exposé avec clarté les vérités de la
religion et les faits qui sont le fondement de la foi. vous
laisserez vos auditeurs dans la main de leur conseil, et
Dieu fera le reste. Responsio mollis frangit iram, dit le
je, sermo du rus suscitât furorem. (Prov., xv, 1.)
Conscientiam habentes bonam. Gardant aussi une con-
science bonne (c'est-à-dire, une conscience pure selon les
mœurs et ferme selon la foi), vous ferez, par votre con-
duite irrépréhensible, une heureuse impression sur vos
adversaires. Alors ceux qui diffament la vie sainte que
vous meut/ selon .Jésus-Christ seront confondus, et vous
les forcerez à rougir de leurs calomnies : ut in eo quod
detrahnnt voôis. confundaniur qui calumniantur vestram
bonam in Christo conversationern,
s.iim Pierre ne dit pas que les calomniateurs seront
convertis, mais confondus. Insulter la religion, travestir
m. ut. noircir la réputation des prêtres, des
religieux, des évê [ues, des Papes, est un crime qui con-
duit presque toujours à la perdition. Ces loups ne devieu-
— 200 -
dront point des brebis. Il les faut combattre pour les em-
pêcher de dévorer le troupeau.
17. Mêlais est enim benefacientes (si vohintas Deivelit)
pati, quam malefacientes. Car il vaut mieux souffrir (si
Dieu le veut) en faisant le bien, qu'en faisant le mal.
Souffrir en faisant le mal, c'est la juste punition des mé-
chants ; souffrir en faisant le bien, est la condition même
de l'héroïsme.
Si voluntas Dei velit. Les méchants ne peuvent rien
contre les bons, sans la permission de Dieu. Lors donc
que les justes souffrent, Dieu le permet pour leur salut
et pour leur perfection. On peut même dire qu'il le veut
en un certain sens : comme il a voulu que le Christ souf-
frît et entrât ainsi dans sa gloire. Nonne hœc oportnit
pati Christnm, et ita intrare in gloriam suam ? (S. Luc,
xxiv, 26.)
C'est ce que saint Pierre ajoute.
18. Quia et Christus semel pro peccatis nostris mortuus
est. Car le Christ est mort lui-même une fois pour nos
péchés. Saint Pierre exhorte les justes à souffrir les ca-
lomnies et les persécutions, en leur présentant l'exemple
de Jésus-Christ, comme il avait tout à l'heure exhorté
les esclaves à la patience par le même motif (1).
Semel pro peccatis. Il est mort une seule fois pour les
péchés, parce qu'étant Dieu et homme, une seule oblation
de sa vie a suffi pour effacer tous les péchés du monde.
Una oblatione consummavit in sempiternum sanctificatos.
(Hebr., x, 4.)
Pro peccatis nostris. Non seulement il est mort pour
tous les hommes en général ; mais chacun de nous doit
se dire : il est mort spécialement pour moi ; il a vu mes
péchés et il les a expiés sur la croix. Dilexit me, et tra-
didit semet ipsum pro me. (Gai., n, 20.)
(1) Le chrétien innocent qui souffre avec patience les injures des
hommes ressemble au Christ outragé sur la croix. Le pécheur qui
accepte les souffrances comme le châtiment de ses fautes imite le
larron pénitent, qui passa de la croix au paradis. Mais l'impie que le
supplice ne convertit pas, c'est le larron blasphémateur, qui continue
de pécher sur la croix et tombe de la croix dans l'enfer. (Vén. Bède.)
— 201 — / Peir., m.
Justus pro injustis. Parfaitement juste, et la justice
même, il est mort pour les injustes. Qinim adhuc pecca-
tores essemus, pro nobis mortuiis est. (Rom., vin, 5.) Et
moi qui suis coupable, je ne consentirais pas à souf-
frir les injures des hommes pour expier mes propres
iniquités (1) !
Ut nos offerret Deo. Il est mort pour nous offrir à Dieu
son Père comme une nation pure, qu'il avait sanctifiée
par son sacrifice et lavée dans son sang.
Mortificatus quide?n carne, vivificatus autem spiritu.
Et si le Christ a été mis à mort, sa chair, il est vrai, a
été séparée de son âme ; mais son âme a repris son corps
le troisième jour, elle l'a ranimé, et en le ressuscitant,
lui a communiqué une vie glorieuse et immortelle.
C'est la pensée de saint Paul lorsqu'il dit : Adam le
premier homme devint une âme vivante, c'est-à-dire un
corps animé par une âme ; et le second Adam, Jésus-
Christ, fut au jour de sa résurrection un esprit puissant
qui vivifia son corps, le rendit spirituel, immortel, im-
passible, et devint le principe d'une vie semblable pour
tous les élus qui sont ses membres. Factns est primns
homo Adam in animam viventem, novissimns Adam in
spiritum vivificantem. (I Cor., xv, 45.)
19, 20. In quo et his qui in carcere erant spiritibus
veniens prœdicavit, qui incredidi f itérant aliquando,
quando exspectabant Dei patientiam in diebus Noe, quum
fabricaretur arca, in qua pauci, id est octo animée salvœ
factœ swit per aquam. C'est dans son esprit que le
Christ alla prêcher aux esprits qui étaient retenus en
prison, lesquels avaient été autrefois incrédules, lors-
qu'ils comptaient sur la patience de Dieu, aux jours de
Noé, pendant que l'arche se construisait sous leurs yeux ;
arche dans laquelle un petit nombre de personnes, savoir
huit seulement, furent sauvées au milieu des eaux.
(1) Mortuu» est. Les exemplaires grecs varient entre erraflîv, passits
ett, "t abrtâacvcv, mortuus est. Peu importe la leçon; car semel jxissvs
<>u mortUU» indiquent la Passion et la mort de Jésus-Christ.
— 202 —
Saint Pierre nous apprend ici un fait important : c'est
qu'au temps de Noé, plusieurs des pécheurs qui n'avaient
pas cru aux menaces du ciel que leur annonçait le saint
Patriarche, se repentirent quand ils virent le déluge inon-
der la terre ; ils demandèrent pardon à Dieu, et furent
sauvés selon leur âme, en périssant selon le corps. Ils
obtinrent donc la rémission de leurs péchés ; toutefois, il
leur resta une peine à subir pour satisfaire à la justice
divine, et leurs âmes furent détenues en une prison.
In carcere erant. Elles y étaient encore au jour où l'âme
de Jésus-Christ descendit aux enfers et les visita. Cette
prison était-elle un purgatoire ? Nous le pensons, car une
prison n'est point un lieu de joie, mais de tristesse et
de peine (1).
Prœdicavit, sxTjpul-ev. Qu'est-ce que l'âme de Jésus vint
annoncer à ces captifs ? Elle leur apprit qu'il était le Ré-
dempteur, qu'il avait expié les péchés du monde, et qu'il
venait les délivrer de leur prison pour les conduire avec
lui dans les cieux. On peut croire qu'il délivra toutes les
âmes du purgatoire ou la plupart d'entre elles, exerçant
lui-même le pouvoir qu'il a laissé à son Eglise, d'accorder
des indulgences. Car plusieurs appliquent aux âmes rete-
nues dans le purgatoire cette parole d'Isaïe : « L'Esprit du
Seigneur m'a envoyé annoncer l'indulgence aux captifs,
et l'ouverture de la prison à ceux qui étaient enfermés. »
(1) Ilis qui in carcere erant spiritibus. Lorsque Jésus-Christ des-
cendit aux enfers, il visita les limbes et le purgatoire. Dans les limbes
ou le sein d'Abraham, étaieut les âmes des justes, morts avant la venue
du Messie. Elles y attendaient en paix, sans ressentir aucune douleur,
la béatitude parfaite que devait leur apporter le Rédempteur en leur
ouvrant le ciel. Ibi sine ullo doloris sensu, beatœ redemptionis spe
sustentati, quieta habitatione fruebantur. (Catech. Cono. Trid.) Notre-
Seigneur dit lui-même en parlant de Lazare qui était dans le sein
d'Abraham : Hic consolatur. — C'est dans ce séjour, et non dans un lieu
d'expiation, que plusieurs commentateurs placent les âmes dont parle
saint Pierre. Nous avons préféré l'autre interprétation : car l'Apôtre,
en désignant, parmi les âmes que Jésus visita, celles des incrédules qui
avaient refusé de faire pénitence à la prédication de Noé, semble indi-
quer la cause pour laquelle ces âmes n'étaient pas dans un lieu de
consolation et de paix (comme Abraham, Moïse, David, saint Joseph)
mais enfermées dans une prison, in carcere.
— 203 — 1 Pelr.,m.
Spiritus Domini super me ;mi$itme utpnedicarem captlvis
indulgentiam, et clausis apertionem. (Is., lxi, 1.)
Quando exspectabant Dei paticntiam. Nous voyons ici
une des principales causes de la perdition des hommes:
ils comptent sur la patience de Dieu ; ils se flattent que
Dieu ne se lassera jamais de leurs iniquités et de leur
indifférence ; ils espèrent qu'ils partageront dans le ciel
la récompense des saints, après avoir toujours vécu
dans le péché sur la terre. Funeste illusion, qui perd
une foule de chrétiens (1) !
Qui nicredidi f uer ont. Les hommes qui vivaient au
temps de Noé le voyaient bâtir son arche. Il leur prédi-
sait qu'un immense déluge d'eaux viendrait submerger
la terre et les ferait tous périr, s'ils ne faisaient pénitence.
Ces prédictions répétées pendant cent ans ne touchèrent
point leur cœur; ils n'y crurent point. Ils mangeaient
et buvaient, se mariaient et mariaient leurs filles, ache
taient et vendaient, plantaient, bâtissaient, péchaient,
jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche. Alors vint le
déluge, et ils furent tous engloutis dans les eaux. Venii
diluvium et tulit omnes. (S. Matth., xxiv, 37; S. Luc,
xvn. 28.)
Jncreduli, ils étaient incrédules. Cela ne veut pas dire
qu'ils ne croyaient pas en Dieu, mais qu'ils rejetaient la
prophétie de Noé. Car. à cette époque, la connais>ance
du vrai Dieu était encore universelle. Le polythéisme et
L'idolâtrie ne parurent qu'après le déluge. La cause de
la submersion de la terre fut la corruption du genre
humain livré aux passions de la chair: comme plus tard
bant Dei patientiam, en grec, Sx* Aite&xexo r, -ri
• Dei patient ia, « pendant que la
patience tteodait ;'• résipiscence. " C'était peut-Atre la
primitive «l<- la Vulgate : on la retrouve dans saint Augustin
tiv) et dans saint Jérôme (m cap. liv, Isaïe). Un
copiste, qui M" la comprenait pas, aura pu croire qu'il manquait un
trait sur l'a Boa] d tabat, et «le patientia, et il aura écril exspec-
.;>>ii du grec présente un sens très beau. Dieu était
humain, parce que toute chair avait corrompu
at, il attendit avec patience, pendant cent an-, que
les pécheurs tissent pénitence.
— 204 —
les mêmes impuretés ensevelirent Sodome et Gomorrhe
sous une pluie de feu et de soufre.
Mais pourquoi saint Pierre, en parlant de la descente
de Notre-Seigneur aux enfers, mentionne-t-il spéciale-
ment les âmes de ceux qui s'étaient convertis à la vue
du déluge? Il nous semble qu'il y a là une leçon très
sérieuse. L'Esprit-Saint nous montre des âmes retenues
en prison pendant plus de deux mille ans. Craignons
cette prison nous-mêmes, et prions pour les âmes de nos
frères, de nos parents, de nos amis qui peut-être y sont
encore. Nous pouvons les délivrer par nos prières et
nos bonnes œuvres. Sancta et salubris est cogitatio pro
defwictis exorare, ut a peccatis solvantur. (II Mach.,
xii, 42.)
Quum fabricaretur arca, in qua pauci, id est octo ani>
mœ salvœ factœ surit per aquam. Huit personnes seule-
ment furent sauvées du déluge, savoir Noé, sa femme,
ses trois fils Sem, Cham et Japhet, et leurs femmes : tout
le reste du genre humain périt.
Per aquam, Si' uSaxoç. Ces huit personnes furent sauvées
du milieu des eaux. Quelques-uns traduisent : elles
furent sauvées par les eaux mêmes qui, en soulevant
l'arche, les empêchèrent de périr. C'est une ressemblance
avec les eaux du baptême, qui sauvent ceux qui y sont
plongés.
Pauci, octo animœ. Ces huit personnes qui, seules,
furent sauyées dans l'arche au temps de Noé, sont la
figure du petit nombre des justes qui parviennent au
salut, quand les infidèles, les juifs, les hérétiques, les
schismatiques, les hypocrites et les pécheurs obstinés,
sont engloutis dans l'abîme. Multo brevior est numerus
electorum, dit le vénérable Bède.
Que tous les hommes aient péri dans le déluge à l'excep-
tion de Noé et de sa famille, c'est ce que déclare le récit
de la Genèse pris dans son sens naturel. Il y est dit que
Dieu fera venir le déluge des eaux sur la terre pour
détruire toute chair qui a en elle le souffle de vie sous
les cieux. Tout ce qui vit sur la terre habitée par l'homme
— 205 — / Petr. .m.
expirera. Les termes sont absolus, plusieurs fois répétés.
Aucune exception n'est faite, sinon pour Noé. L'auteur
sacré déclare que la corruption du genre humain était
universelle et que le châtiment le fut de même. Ainsi l'a
compris toute l'antiquité (1).
21. Quod et vos mine similis formas salvos facit bap-
tisma. Cette vaste inondation était la figure du baptême
qui vous sauve maintenant. Comme la famille de Noé fut
sauvée dans l'arche, en étant soulevée par les eaux qui
couvraient la terre et en voguant sur les flots, de même
vous êtes sauvés en passant par les eaux du baptême (2).
Similis formas baptisma. Nous l'avons dit, les eaux du
déluge représentent celles du baptême ; l'Arche est
l'Eglise ; la famille de Noé contenue et sauvée dans
l'Arche, figure ceux que l'Eglise renferme et sauve; les
hommes qui sont hors de l'Arche et périssent repré-
sentent tous ceux qui ne sont pas réfugiés dans l'Eglise,
hors de laquelle il n'y a point de salut. Quiconque ne
sera pas dans l'Arche de Noé périra dans le déluge,
disait saint Jérôme, en comparant l'Eglise à l'Arche.
Saint Cyprien disait de même : Si quelqu'un a pu échap-
per à la mort, en étant hors de l'Arche de Noé, celui
qui sera hors de l'Eglise évitera la condamnation (3).
Non ca?mis depositio sordium. Les baptêmes ou ablu-
(1) Quelques-uns ont voulu, dans ces dernières années, sauver du
déluge la race de Caïn et restreindre l'inondation au pays habité par
les descendants de Seth. Les raisons qu'ils allèguent sont loin d'être
convaincantes. Nous continuons de croire, avec la tradition et les
Saints Pères, que toute la race humaine a péri dans le déluge, saut'
les huit personnes réfugiées dans l'arche.
En grec, 9 //-. up&i àvxlrunov vuv gïjÇu fi'y.TZTfj>j.x} c'est comme s'il y
avait S (tenrtefix, Avrlrunov &v, vïn sïjZsi y.v\ upy.s. Quod baptisma, similcm
ïibens formant, etiam r<js nunc salvos facit. « Et c'est ce baptême
qui, devenu celui du Christ dont il était la figure, vous sauve auss
vous-mêmes aujourd'hui. » Pour comprendre cette phrase, il faut dis-
tinguer Le type de l'antitype. Un cachet de métal est un type, et la
jure de ce cachet empreinte dans la cire en est l'antitype. De même
lei m «lu déluge fiaient le type qui figurait le baptême, et le baptême
du Christ est l'antitype ou la chose que figurait le déluge.
(3-) Si quis i<i Arca Noe non fuerit, peribit régnante diluvio. (Hieron.
Contra Jovin.) — Si potucrit evadere quisquam qui extra arcam Noe
fuerit, et qui extra Kcclesiam fuerit, evadet. (Cypr. De Unit. Eccl.)
— 206 —
tions judaïques ne lavent que le corps, mais le baptême
du Christ purifie les souillures de l'âme.
Sed conscientiœ bonae wterrogatio in Deum. « Le bap-
tême qui nous sauve est celui qui est conféré selon
l'interrogation faite à une bonne conscience en présence
de Dieu. »
lnterrogatio, BTCËpcoTT^a, désigne l'examen que, dès l'o-
rigine du christianisme, on faisait subir au catéchumène
avant de lui accorder le baptême. On lui demandait,
comme aujourd'hui, s'il croyait en Jésus-Christ et s'il
renonçait à Satan. Le mot interrogation comprend donc
et les questions posées par le ministre du sacrement et
les réponses du catéchumène. Ces réponses étant faites
avec une bonne conscience, c'est-à-dire avec sincérité, en
présence de Dieu et de l'Eglise, le baptême était conféré,
tous les péchés effacés et le ciel mérité. C'est le sens
qu'on trouve dans Tertullien : « L'âme est rendue sainte
non par la seule ablution, mais par la réponse du bap-
tisé. » Anima non lavatione, sed responsione sancitur.
(De Resurrectione, 48.)
Per resurrectionem Jesn Christi ex mortuis. L'on doit
rattacher ces mots à salvos facit. « Le baptême nous
sauve par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les
morts. » La phrase qui précède (non carnis depositio
sordium) est une parenthèse. Les heureux effets du bap-
tême sont dus à la résurrection du Christ. Car c'est en
vertu de sa résurrection que l'âme reçoit dans le baptême
une vie nouvelle, semblable en quelque manière à celle
de Jésus sortant du tombeau (1).
En effet, dit saint Paul, Jésus-Christ a été livré à la
mort pour expier nos péchés, et il est ressuscité pour
notre justification. Traditus est propter delicta nostra, et
resurrexit propter jnstificationem nostram. (Rom., rv,25.)
La vie incorruptible que le Christ a reçue dans sa résur-
rection est le modèle de la vie spirituelle que le chrétien
(1) Voyez plus haut, ch. 1, v. 3 : Regeneravit nos in spem vivam
per resurrectionem Jesu Christi ex mortuis.
— 207 — lPetr.tm.
doit mener après son baptême. Ut quomodo Christus sur-
rexit a mortuis per gloriam Patris, ita et nos in novitate
vitœ ambulemiis. (Rom., vi, 4.)
22. Qui est in dextera Dei. Le Christ est assis à la
droite de Dieu, comme l'avait annoncé le prophète au
Psaume eix : « Le Seigneur a dit à mon Seig.neur : As-
seyez-vous à ma droite. » Jésus l'avait déclaré lui-même
devant le grand prêtre et le Conseil des Juifs : Vous
verrez, leur disait-il, le Fils de l'homme assis à la droite
de la Majesté de Dieu. Videbitis Filium hominis sedentem
a dextris virtutis Dei. (S. Marc, xiv, 62.) Et saint Paul
nous dit que « Jésus est assis pour toujours à la droite
de Dieu. In sempiternum sedel in dextera Dei. (Hebr.. x,
12.) Cette expression, consacrée dans le Symbole des
Apôtres, signifie que le Christ, égal à son Père en tant
que Dieu, est assis comme homme dans le trône de Dieu
et règne avec lui sur toute créature.
Deglutiens mortem, ut vitœ œternœ hœredes efficere-
mur (1). Le Christ est allé s'asseoir à la droite de Dieu,
« après avoir absorbé la mort, afin que nous devinssions
les héritiers de Dieu. » Par sa mort, en effet, le Christ a
aboli la mort, et par sa résurrection il nous a rendus les
héritiers de la vie éternelle, comme le prophète Osée
l'avait prédit : Ero mors tua, o mors; morsus tuus ero,
infcrnr. (Os., xiii, 14.) C'est aussi ce que chante l'Eglise :
Qui moi lent nostram moriendo destruxit, etvitam resur-
gendo reparavit.
Profeclus in cœlum. Il est parti pour le ciel! Jésus-
Chrisl n't -t donc pas mort, mais plein de vie. Il a quitté
la terre pour aller habiter les cieux. Ainsi en est-il de
toutes Les âmes chrétiennes qui ont conservé la pureté
de leur baptême <>n qui l'ont recouvrée. On peut écrire
(1) C . donnée par saint Augustin (Ep. < lxiv) et d'autres
manque dans le grec. Elle rentre parfaitement dans la
I l'Apôtre. La supprimer Berail une hardiesse défendue par le
1 e et désavouée par la saine critique. De ce qu'on ne la
voit plus aujourd'hui dans le grec, il ne s'ensuit pas qu'elle n'y ait
jamais •
— 208 —
sur le tombeau du juste : Profectus in cœlum, « Parti
pour le ciel! »
Subjectis sibi Angelis, et Potestatibus et Virtutibus.
Tous les Anges, avec les Puissances et les Vertus, lui
sont assujettis et soumis par son Père. Ces paroles de
l'apôtre saint Pierre condamnent une superstition ré-
pandue alors en Phrygie. Certains hérétiques préten-
daient que la Majesté divine ne s'était pas incarnée; et
ils enseignaient que les Anges, et non le Christ, étaient
nos médiateurs auprès de Dieu. (Voy. Coloss., xi, 18.)
Saint Pierre, au contraire, nous montre les plus sublimes
esprits soumis au Christ qui règne au haut des deux.
— 209
CHAPITRE QUATRIEME
ANALYSE
1. Saint Pierre exhorte les chrétiens à souffrir courageuse-
ment, à l'exemple de Jésus-Christ. Car la souffrance préserve
du péché en donnant la victoire sur la concupiscence. — Il
ne faut pas imiter les Gentils qui s'abandonnent à leurs
passions. Ils rendront compte de leurs iniquités à Celui qui
viendra juger les vivants et les morts (1-6).
2. Comme ce jugement n'est pas éloigné et que la lin de
toute chose approche, l'Apôtre avertit les chrétiens de veiller
dans la prière et de persévérer dans la charité (7-9).
3. Parmi les devoirs que la charité impose, il distingue spé-
cialement l'hospitalité. Puis il recommande à ceux qui ont des
charges dans l'Eglise, de les exercer comme agissant au nom
de Dieu (10 et 11).
I. Il montre ensuite la glorieuse récompense qui est réservée
h ceux qui confesseront Jésus-Christ dans les persécutions.
Enfin, pour assurer leur salut, ils devront joindre les bonnes
oeuvres ;'i la patience dans les souffrances.
1. i /i)-is(<, igitur passo in
■ l vos eadcni cogitations
quia 'i»i })assus est
. desiit a peccati» :
t. Ut jam non desideriis ho-
. teâ voluntati Dci, quod
reliquwn eit in carne vivat
if.
* it enim prosteritum
ni voiuntatem gentium
,'tlini. hU qui ambu-
: RR8 C U tlOLIQUKS
1. Puis donc que le Christ a souf-
fert dans la chair, armez-vous aussi
de la même pensée ; car celui qui a
souffert dans la chair a cessé de
pécher :
2. En sorte qu'il ne vivra plus
désormais selon les désirs des hom-
mes, mais selon la volonté de Dieu
pendant le temps qu'il lui reste a
vivre dans la chair.
3. Vous avez en effet assez marché
selon la volonté des nations dans le
temps passé, du moins ceux d'entre
11
210
vous qui vivaient dans"'les impudi-
cités, les mauvais désirs, les festins
d'ivresse et de débauche, les excès
du vin et le culte criminel des idoles.
4. Ces infidèles trouvent mainte-
nant étrange que vous ne couriez
plus avec eux aux mêmes déborde-
ments de l'intempérance et de la
luxure, et ils vous maudissent.
5. Mais ils rendront compte à celui
qui est tout prêt à juger les vivants
et les morts.
6. Car c'est pour cela même que
la bonne nouvelle a été aussi portée
aux morts ; c'est afin que l'on sache
que, s'ils sont jugés selon les hom-
mes dans la chair, ils vivent selon
Dieu dans l'esprit.
7. Au reste, la tin de toute chose
approche. Conduisez-vous donc avec
prudence, et veillez dans la prière.
8. Surtout ayez une charité per-
sévérante les uns pour les autres ;
car la charité couvre beaucoup de
péchés.
9. Exercez entre vous l'hospitalité,
sans murmure.
10. Que chacun de vous emploie
au service du prochain le don qu'il
a reçu, comme étant de fidèles dis-
pensateurs des différentes grâces de
Dieu.
11. Si quelqu'un parle, que ce soit
comme les paroles de Dieu. Si quel-
qu'un exerce un ministère, qu'il
agisse comme par la vertu que Dieu
lui donne : afin qu'en toutes choses,
Dieu soit honoré par Jésus- Christ,
auquel appartient la gloire et l'em-
pire dans les siècles des siècles.
Amen.
12. Mes chers frères, ne soyez
point surpris lorsque le feu des
tribulations vous éprouve, comme
s'il vous arrivait une chose nou-
velle.
13. Mais réjouissez-vous plutôt de
ce que vous participez aux souffrances
de Jésus-Christ, afin d'être aussi
comblés de joie quand viendra la
.manifestation de sa gloire.
laverunt in luxuriis, desideriis,
vinolentiis, comessationib>ts, po-
tationibus, et illicitis idolorum
cultibus.
4. In qiw admirantuv non
concurrentibus vobis in camdem
Inxuriœ confusionem, blasphé-
mantes.
5. Qui reddent rationem ci
qui paratus est judicare vivos
et mortuos.
G. Propter hoc enim et mor-
tuis evangelizatum est : ut ju-
dicentur quidem secundum ho-
mmes in carne, vivant autem
secundum Deum in spiritu.
7. Omnium autem finis ap-
propinquavit. Estote itaque pru-
dentes, et vigilate in orationibus.
8. Ante omnia autem, mu-
tuant in vobismetipsis charita-
tem continuant habentes : quia
charitas operit multitudinem
peccatorum.
9. Hospitales invicem sine
murmurât ione .
10. Unusquisque, sicut acce-
pit gratiam, in alterutrum illam
administrantes, sicut boni dis-
pensatores multiformis gratiœ
Dei.
11. Si quis loquitur , quasi
sermones Dei; si quis ministrat,
tanquam ex virtute quam admi-
nistrât Deus : ut in omnibus
honorificetur Deus per Jesum
Christum, cui est gloria et im-
perium in sœcula sœculorum.
Amen.
12. Charissimi, nolite peregri-
nari in fervore qui ad tenta-
tionem vobis fit, quasi novi ali-
quid vobis contingat.
13. Sed communicantes Christi
passionibus gaudete, ut et in
revelatione gloriœ ejus gau~
deatis exsultantes.
211 —
/ Petr., iv.
IL Si exprobramini in no-
mine Chrisli, beati eritis : quo-
niam quod est honoris, glorice,
et virtutis Dei, et qui est ejus
Spiritus, super vos requiescit.
15. Nemo autem vestrum pa-
tiatur -nt homicida, aut fur,
aut maledicus, aut alienorum
appétit or.
16. Si autem ut Christianus,
non erubescat ; glorificet autem
Deum in isto no mine.
17. Quoniam tempus est -ut
incipiat judicium a domo Dei.
Si autem primum a nobis, quis
finis eorum, qui non credunt
Dei evangelio ?
18. Et si justus vix salvabitur,
impius et peccato r ubiparebuat ?
19. Ttaque et hi qui patiuntur
secundumvoluntatem Dei, fideli
Creatori comtnendeni animas
suas in benefactis.
14. Si vous souffrez des opprobres
pour le nom de Jésus-Christ, vous
serez heureux ; car l'honneur, la
gloire, la vertu de Dieu et son Esprit
reposent sur vous.
15. Que nul d'entre vous ne souffre
comme homicide, ou comme voleur,
ou comme médisant, ou [tour avoir
convoité le bien d'autrui.
16. Mais si quelqu'un souffre comme
chrétien, qu'iln'enait point dehonte;
au contraire, qu'il en glorifie Dieu.
17. Car voici le temps où le juge-
ment va commencer par la maison
de Dieu. Que s'il commence par
nous, quelle sera la lin de ceux qui
ne croient pas à l'Evangile de Dieu ?
18. Et si le juste même se sauve
avec peine, que deviendront les im-
pies et les pécheurs ?
19. Que ceux donc qui souffrent
selon la volonté de Dieu remettent
leurs âmes entre les mains de leur
fidèle Créateur, en faisant de bonnes
œuvres.
COMMENTAIRE
1. Christo igitur passo in carne, et vos eaclem cogita-
tione armamini. Ici l'Apôtre reprend la suite de la pensée
qu'il avait exprimée plus haut (m, 18). Ainsi donc,
puisque le Christ a souffert pour vous dans sa chair
mortelle, armez-vous aussi de la même pensée ; et, imi-
tant son exemple, soyez résolus à souffrir dans votre
chair.
Eadem cogitatione armamini, x^\ wMp iwotow b-ulî^Ji.
« Revètez-vous de cette pensée comme d'une armure. »
Cette belle expression nous fait entendre que la médita-
tion habituelle de la passion de Jésus-Christ est une
fiiiiiisse et un bouclier qui peut nous rendre invulné-
rables aux traits de Satan.
Qttia qui passas est in carne desiit a peccatis. « Car
— 212 —
celui qui a souffert dans sa chair a cessé de pécher »,
s'il a souffert pour le Christ, en confessant le Christ, à
l'imitation du Christ. D'abord, il a renoncé au péché par
une volonté sincère, puisqu'il a mieux aimé souffrir que
de pécher. En outre, la participation aux douleurs de
Jésus-Christ lui a donné la force de vaincre la concu-
piscence et les tentations du démon. Enfin, celui qui
s'inflige lui-même des mortifications et crucifie sa
chair, dompte ses passions et ne se laisse pas entraîner
au péché.
Desiit a peccatis. Des fautes légères pourront encore
échapper à son irréflexion et à sa fragilité ; mais sa vo-
lonté est fixée dans l'amour du bien et dans la haine du
mal, parce que Dieu protège et remplit de force celui
qui souffre pour sa gloire (1).
2. Ut jam non desideriis hominum, sed volunlati Dei,
qnod reliqaum est in carne vivat temporis ; c'est-à-dire :
ut per omne quod superest in carne tempus exigendum,
vivat non desideriis hominum, sed voluntati Dei subditus.
Il sera tellement purifié et fortifié par la croix, qu'il ne
vivra plus désormais selon les désirs et les passions
des hommes mondains, mais selon la volonté de Dieu,
pendant tout le temps qu'il lui reste à vivre dans la chair.
Sans doute, la concupiscence n'est pas éteinte en lui ;
mais il la domine et il en est le maître. L'énergie de sa
volonté et la grâce que Dieu lui donne avec abondance
le préservent du péché.
3. Sufficit enim prœteriturn tempus ad voluntatem gen-
tium consummandam, his qui ambulaverunt in luxuriis,
desideriis, vinolentiis, comessationibus, potationibus, et
illicitis idolorum cultibus. « Aimez donc la pénitence. Car
vous avez assez marché selon la volonté des nations
(1) Saint Paul disait de même aux Galates: « Ceux qui appartiennent
au Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences. »
Qui aatem sunt Christi, carnem suam crucifixerunt curr> vitiis et
concupiscentiis. (Gai., v, 24.) — Qui passus est, desiit. Ces temps
passés, mis pour le présent, indiquent ce qui arrive d'ordinaire.
(Synt. gr. 137.)
— 213 — I Petr., iv.
païennes durant le temps de votre vie précédente : je
parle de ceux d'entre vous qui vivaient alors dans les
impudicités, les désirs mauvais, les festins d'ivresse et
de dissolution, les excès du vin et le culte criminel des
idoles. »
bte phrase regarde spécialement les Gentils convertis
au christianisme. Le dernier trait, idolorwn cultibus. ne
s'applique pas aux Juifs ; car, bien que mêlés aux Gentils,
ils avaient en ce temps-là horreur des idoles.
Saffkit, « c'est assez », expression figurée qui signifie :
Vous n'avez que trop longtemps marché dans les voies
de l'iniquité. Ezéchiel disait de même : « Tous les crimes
que vous avez commis jusqu'à présent doivent vous suf-
fire, ù maison d'Israël. » N'en ajoutez pas de nouveaux.
Sufficiant vobis omnia scelera vestra., domus Israël,
(Ez., xliv, 6.)
In htxurîis, desideriïs, kozkyefaiç, Imôu^aiç. Le premier
terme signifie toute action déshonnête, contraire à la
pudeur ; et le second marque la volonté arrêtée de com-
mettre de telles actions. Lors même que le libertin ne
fait pas des choses impures, il le désire ; sa passion est
comme un feu intérieur qui brûle toujours : en sorte que,
dans son cœur, le péché est continuel, incessabile deli-
climt. (H Petr., n, 14.) Or, l'homme sera condamné non
seulement pour les fautes extérieures qu'il a commises,
mais encore pour les pensées mauvaises dans lesquelles
il s"est complu et pour le mal qu'il a voulu faire.
Vinolentiïs, olvo^Xuy^aiç. Ce mot désigne la passion d'ab-
sorber beaucoup de vin, la grossière ivrognerie.
Comessationibus, -/.<■>•,/,-. Ce sont les débauches de table,
les orgies,
Potationibus, -oto-.;, les parties de buveurs, où l'on se
provoquait à boire, où le roi du festin réglait les coupes
que chacun devait vider. Ces excès honteux étaient fré-
quents cho/ les nations païennes ; les hommes les plus
illustres n'en rougissaient pas, comme le témoignent les
les d Horace. Quem venus arbitrant Dicet bibendt?
Non ego sanius Bacchabor Edonis. (Il Od., v.)
— 214 —
Idolorum cultibus. Saint Paul écrivait aussi aux Corin-
thiens : Vous savez que lorsque vous étiez infidèles, vous
alliez aux idoles muettes et sans raison, comme Ton vous
y menait. Scitis quoniam, quum Gentes essetis, ad simu-
lacra 'imita, prout ducebamini, euntes. (I Cor., xn, 2.)
Hélas ! il en est encore de même : le monde est toujours
plein d'idoles et des chrétiens les adorent.
lllicitis idolorum cultibus, sdcp/Toiç eî8û>AoX<XTpe6xtç. Tout
culte rendu aux idoles est coupable. Pourquoi donc saint
Pierre ajoute-t-il ce mot illicitis? Pour faire entendre
que plusieurs de ceux à qui il parle avaient autrefois
honoré les idoles par des actions qui étaient elles-mêmes
de grands péchés. On sait de quelles infamies étaient
souillés les mystères de la Bonne-Déesse, et le culte de
plusieurs autres dieux, dont les noms mêmes sont obs-
cènes. (Corn. Lap.)
4. In quo admirantur non concurrentibus vobis in eam-
dem luxuriœ confusionem. Et maintenant ils s'étonnent
de ce que vous ne courez plus avec eux aux mêmes débor-
dements d'intempérance et de luxure (1).
Luxuride confusionem, àsom'aç kv&yymv. Le mot grec
àvà/uc.ç veut dire effusio. refusio, œstus, débordement tu-
multueux. Ce terme fait entendre que la passion de la
luxure, excitée par le culte impur des idoles, se déborde
comme une mer soulevée par les vents, et se répand en
toute sorte de débauches. Libido instar maris exœstuat
in omnes obscenitates. (Corn. Lap.)
Blasphémantes. Et comme votre vie sage et austère
condamne leur licence, ils se vengent de vous par des
injures et des calomnies. Nous voyons de même aujour-
d'hui des libertins, dont la vie est pleine de hontes, ré-
(1) In quo admirantur, h w fevi'Çsvrat. C'est-à-dire : et in ea re
insolens aliquid ac stupendum esse existimant, scilicet videntes quod
non amplius curritis cum ipsis ad impur as libidines. Us voient dans
votre conduite actuelle une chose étrange, quand vous refusez de par-
tager désormais leurs dissolutions. — Saint Jean nous présente une
phrase semblable. In hoc mirabile est, quia vos nescitis unde sit, et
aperuit meos oculos. (S. Joann., ix, 30.) C'est comme s'il y avait : In
hac re est aliquid mirabile, scilicet quia vos nescitis, ou simplement,
illud mirabile est quod vos nescitis unde sit.
— 215 — IPetr., iy.
pandre d'abominables accusations contre les plus saints
personnages et s'efforcer de ternir les vertus les plus
pures. La vue des hommes justes est odieuse aux mé-
chants, dit le Sage, parce qu'elle leur reproche leurs ini-
quités. Gravis est ?ioôis etiam ad videndam, quoniam
dissimilis est aliis vita ejus. (Sap., n, 15.) C'est pourquoi
ils imputent leurs propres ignominies aux hommes les
plus vénérables.
5. Qui reddent rationem ei qui parafais est judicare
vivos et morluos. Ces calomniateurs rendront compte à.
celui qui est tout prêt à juger les vivants et les morts.
Para tus est. Le souverain Juge voit tout, action, parole,
pensée. Il cite maintenant devant lui, en particulier, tous
les hommes l'un après l'autre, et fixe le sort éternel de
chacun. Mais en outre, à la fin des siècles, il descendra
des cieux avec majesté pour juger tous les hommes
assemblés devant son tribunal.
Vivos, il jugera ceux qu'il trouvera vivants lorsqu'il
descendra sur la terre ; — et mortuos, et ceux qui seront
morts depuis le commencement du monde ; car toutes les
générations sortiront des tombeaux et comparaîtront de-
vant lui pour entendre leur sentence.
Quand viendra-t-il? Le jour et l'heure sont inconnus;
mais nous savons que le Juge est prêt : parafas est.
6. Propter hoc enim et mortitis evangelizatum est, ut
judicentur quittent secundum homines in carne, vivant
autem secuudum Dewn in spiritu.
Ce passage est difficile à entendre. Sans relater les
diverses explications que l'on a essayées, nous donne-
rons colle qui nous paraît la meilleure.
Propter hoc. Saint Pierre vient de dire que le Christ
jugera les morts. C'est pour cela, ajoute-t-il, que l'Evan-
gile a été annoncé non seulement aux vivants, mais aux
morts eux mêmes. La bonne nouvelle de la rédemption
du genre humain a été portée par l'âme du Christ aux
morts (pii achevaient d'expier leurs fautes dans le pur-
gatoire, et aux esprits des justes qui attendaient sa venue
dans les limbes. Ceci est clair.
— 216 —
Pour entendre le reste, nous ferons deux observations.
D'abord, la première proposition est une parenthèse; la
conjonction ut, qui semble la régir, ne retombe que sur
la seconde. Ainsi, ut judicentur quidem, vivant autem,
équivaut à cette phrase : ut, dum judicantur, vivant (1).
En second lieu, on remarque que les deux phrases sont
symétriques. Chacune est, en effet, composée de trois
termes corrélatifs, savoir : 1° judicentur et vivant ; 2° se-
cundum homines et secundum Deum ; 3° in carne et in
spiritu. Comme il y a ici trois antithèses, la corrélation
des termes aide à éclaicir le sens de la phrase.
Nous traduirons donc : « C'est pourquoi la bonne nou-
velle de la rédemption a été aussi portée aux morts, afin
que l'on sache que, s'ils sont jugés dans la chair selon les
hommes, ils vivent selon Dieu dans l'esprit. »
Judicentur secundum homines in carne. Cette phrase
devient plus claire lorsqu'on la rapproche d'une parole
que nous venons de lire. « Les adorateurs des faux dieux
s'étonnent de ce que vous ne courez plus avec eux aux
voluptés de la chair, et ils vous accablent d'injures. » En
effet les justes auxquels l'âme de Jésus est allée annoncer
la délivrance, sont jugés et condamnés par les mondains :
ces homines jugent que les saints ont mené sur la terre,
dans les jours de leur chair, une vie insensée. Car la sa-
gesse du monde conseille de rechercher les honneurs, les
plaisirs et les richesses que les chrétiens méprisent.
Ut vivant. C'est-à-dire ut sciantur vivere, ut constet eos
vivere. Le Christ est donc descendu aux enfers pour
visiter les âmes des justes , afin qu'il soit prouvé au
monde que les justes ne sont pas morts, mais qu'ils sont
vivants selon Dieu et devant Dieu. Ils vivent, non pas
dans leur chair, qui ne ressuscitera qu'à la fin des siècles,
(1) On trouve une structure semblable dans saint Paul : Grattas
autem Deo quod fuistis servi peccati, obedistis autem ex corde in eara
formam doctrinœ. C'est-à-dire, Gratias Deo, quod, quum fuissetis
servi peccati, obedistis. (Rom., vi, 17.) Ce tour est familier aux Hébreux,
il se voit aussi chez les Grecs, les Latins, et même chez de bons auteurs
français.
— 211 — I Petr., îv.
mais dans leur esprit, dans leur Ame. Notre-Seigneur
disait de môme aux Juifs : N'avez-vous pas lu ces
paroles de l'Ecriture : « Je suis le Dieu d'Abraham, le
Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob? Or, il n'est pas le
Dieu des morts, mais des vivants. » Non est Deus mor-
tuorum, sed viventium. (S. Matth., xxn, 32.)
Voilà, ce nous semble, une explication naturelle d'un
verset qui a désespéré tant de commentateurs.
Saint Pierre insiste sur la descente de Jésus-Christ
aux enfers, et les Apôtres l'ont inscrite dans le Symbole
comme un fait très important. C'était afin de renverser
l'erreur des Sadducéens chez les Juifs, et celle des Epi-
curiens chez les Gentils : erreur très répandue alors.
qui niait l'immortalité de l'âme et prétendait que dans
l'homme tout périssait à la mort. Socrate et Platon
avaient combattu cette opinion, mais par des arguments
j>eu solides.
7. Omnium autem finis appropinquavil. « Au reste, la
fin de toutes choses est proche. » Instruits par Notre-
Seigneur, les Apôtres veulent que nous vivions en re-
gardant la lin du monde comme prochaine; ils nous
exhortent à nous tenir préparés, comme si la génération
présente devait voir Jésus-Christ descendre du ciel pour
juger les vivants et les morts. L'époque de sa venue est
eachée, afin qu'elle soit toujours attendue. Les vieillards
qui sont arrivés près de la tombe ne savent pas si la
génération qu'ils laissent sur la terre ne verra pas les
signes effrayants de la fin du monde (1).
Estote itaque prudentes, et vigilate in orotionibus.
Ainsi donc, pour n'être pas surpris par l'arrivée du
Juge redoutable, il faut que vous soyez prudents. Or, la
prudence ordonne de ne point s'exposer à un malheur
(1) x S' ■'•"'•- V",! el s. — Au reste, chaque homme doit se dire :
Pour m- h, la tin de toutes cho prochaine. Après un petit nombre
de jours qui sont comptés, l'univers sera pour moi comme s'il n'était
-i riche el aussi puisant que Salomon, bientôt viendra
Fheurs où il il- me restera que Je sépulcre. Solum mihi superest
■'ni. (Job, XVII.)
— 218 —
éternel. Ne péchons pas, ne gardons jamais une faute
grave sur notre conscience; et pour nous conserver purs,
veillons dans les prières, cela veut dire, prions souvent
et avec ferveur, afin que la venue du souverain Juge
nous trouve préparés.
Vigilate in orationibus. En donnant cet avertissement,
saint Pierre se souvenait de sa chute. Jésus lui avait dit
au Jardin des Oliviers : Veillez et priez, afin de ne pas
entrer en tentation. Pierre s'était laissé vaincre par le
sommeil et n'avait pas prié. La tentation vint et il renia
le Christ. Instruit par son malheur, il avertit les autres
d'éviter l'écueil qui lui a été funeste. Prions le jour et
prions la nuit, malgré la fatigue et le sommeil. Tout
péché vient de ce que l'on n'a pas prié. Le salut dépend
de la prière.
In orationibus, « dans les prières. » Ce pluriel fait en-
tendre qu'on ne doit négliger aucune des espèces d'orai-
son. Ne nous contentons pas de la demande : joignons-y
la louange de la grandeur et de la bonté divine, l'action
de grâce pour les bienfaits reçus, et l'humble suppli-
cation pour le pardon de nos péchés.
8. Ante omnia antem mutiiam in vobismetipsis chari-
tatem conlinaam habenlas. « Mais avant toute chose ,
ayez les uns pour les autres une charité persévérante. »
A nte omnia, avant tout. Car, sans la charité, les œuvres
les meilleures ne plaisent point à Dieu. Il faut vous récon-
cilier avec votre frère, avant d'apporter vos dons à l'autel.
Charitatem. La vraie charité est dans le cœur, elle
aime. Elle est aussi dans la bouche, elle parle. Elle est
dans la main, elle donne et elle secourt.
Charitatem continuant, acxevTj. Enfin, la vraie charité
ne se lasse pas d'aimer le prochain malgré ses défauts,
ni de le soulager malgré son peu de reconnaissance.
Continuant. Ce mot est l'épreuve de la charité sincère.
On peut aimer quelque temps par une sympathie natu-
relle; mais un moment vient où, pour continuer d'aimer,
il faut que l'amour ait son principe en Dieu. Saint Paul
disait de même aux Hébreux : « Que la charité frater-
— '219 — f Petr., iy.
nelle demeure et persiste parmi vous », maneat in voèis.
(Hebr., xm, 1.)
Quia charitas operit multitudinem peccatoram. Dieu
regarde comme fait à lui-môme le bien que nous faisons
à nos frères. C'est pourquoi il récompense généreuse-
ment l'aumône; une seule aumône faite pour l'amour de
Dieu couvre une multitude de péchés. Elle les couvre,
c'est-à-dire qu'elle les efface, et Dieu ne les voit plus.
Saint Pierre cite librement cette belle maxime des
Proverbes : Odium suscitât rixas , et universa delicta
operit charitas. < La haine excite les querelles, et la
charité couvre toutes les fautes. » Le sens littéral parait
un peu différent chez l'Apôtre et dans les Proverbes.
Selon saint Pierre, on couvre et on efface ses propres
péchés en exerçant la charité envers ses frères, et Salo-
mon dit que la charité couvre, dissimule, excuse les
fautes du prochain. (Trov., x, 12.) Mais ce n'est pas sans
raison que les deux écrivains ont choisi le verbe operit,
xoXikrei, parce que la double interprétation était voulue
par le Saint-Esprit.
Charitas operit multitudinem peccatoram. Toutes les
bonnes œuvres que nous faisons servent à couvrir nos
fautes, mais c'est ce qui arrive spécialement quand nous
remettons au prochain ses dettes envers nous. Car Dieu,
qui est la justice même, s'est engagé à nous traiter
comme nous traitons les autres, et à nous pardonner
comme nous pardonnons à nos frères. (Bède.)
9. Hospitales invicem sine murmuratione. « Exercez
entre vous l'hospitalité, sans murmure. » L'hospitalité,
chez les premiers fidèles, était le lien des églises. Ils
recevaient les Apôtres dans leurs voyages, les prédica-
teurs de l'Evangile, les évoques, leurs messagers et les
fidèles que l'intérêt de la religion appelait en diverses
provinces. Les recevoir et pourvoir à leurs besoins était
une œuvre nécessaire à la fondation et à l'administration
des églises; mais elle ne laissait pas d'être onéreuse.
si pourquoi saint Pierre ajoute : Sine murmuratione.
Ne gâtez pas une œuvre si belle par des murmures.
— 220 —
Cette recommandation regardait spécialement les habi-
tants du Pont., auxquels écrit saint Pierre. Ils s'étaient
fait une réputation séculaire de dureté envers les étran-
gers, et cette nation passait pour inhospitalière, comme
la mer dont elle habitait les rivages. (Tertull. contra
Marcion, 1. I, c. i.)
10. Unusquisque, sicut accepit gratiam, Main admi-
nistrantes, sicnt boni dispensatores midtiformis gratiœ
Dei. « Que chacun de vous emploie au service des autres
le don qu'il a reçu, comme étant de fidèles dispensateurs
des différentes grâces de Dieu. »
Gratiam, /àpi^aa. C'est la grâce que les théologiens
appellent gratiam gratis datant, une grâce gratuite ou
spécialement donnée pour le bien du prochain. Tel est le
don de guérir les maladies, de chasser les démons, d'ad-
ministrer avec intelligence les biens de l'Eglise, le don
de l'éloquence ou celui de la science des Ecritures, le
don même des richesses. Tous ces dons variés (midti-
formis gratia), Dieu les distribue comme il veut dans son
Eglise, afin que chacun ait besoin des autres, et que
tous s'entr'aident avec amour, comme les membres d'un
même corps.
Ainsi, le savant n'est pas savant pour lui seul, et le
riche n'est pas riche pour jouir de son opulence dans le
faste et la mollesse. Ils doivent employer fidèlement au
bien du prochain et de l'Eglise les dons que Dieu leur a
confiés pour qu'ils en soient les dispensateurs : ut boni
dispensatores.
11. Si guis loquitur, quasi sermones Dei. Saint Pierre,
entrant dans le détail, indique comment on doit user des
grâces gratuites et, spécialement, remplir deux des plus
importantes fonctions de la charité. Il commence par le
prédicateur qui est chargé d'enseigner la doctrine et
d'exhorter à la piété. « Que celui qui parle, dit-il, parle
comme si ses discours étaient ceux de Dieu. » Saint
Paul disait de même : Nous sommes les ambassadeurs du
Christ auprès des hommes. Quand nous prêchons l'Evan-
gile, c'est comme si Dieu même exhortait par notre
— 221 — / Petr., iv.
bouche, tanquam Deo exhortante per nos. (II Cor., v, 20.)
Oh ! si le prédicateur était bien pénétré de cette pensée,
il serait toujours éloquent. Avant d'ouvrir la bouche, il
faut que l'orateur sacré, dit saint Augustin, élève vers le
ciel son âme altérée, afin de répandre sur ceux qui l'écou
tent la lumière et la grâce que Dieu aura versées dans
son cœur. Ut cructet quod biberit, vel c/uod impleverit
fandat. (De Doctrina Christ., 1. IV, c. xv.)
Si guis ministrat, tanquam exvirtute quam administrât
Deus. Voici maintenant la fonction du diacre et des
mitres ministres. Le diacre avait dans les premiers
siècles une grande autorité dans l'Eglise, et sa charge
était très importante. Que celui qui exerce un minis-
tère, le remplisse avec courage et avec humilité, comme
agissant par la vertu, la puissance, la force que Dieu lui
donne. Surtout qu'il se souvienne que la passion de
l'homme ne fait point l'œuvre de Dieu.
Ut in omnibus honorificetur Deus. La fin que nous
devons nous proposer dans toutes nos actions est la
gloire de Dieu ; car c'est pour le glorifier qu'il nous a
créés et mis au inonde. Tout ce que nous avons et tout
ce que nous sommes, nous le tenons de Dieu : il est donc
juste que nous rapportions tout à sa gloire. Ad majorent
Dei gloriam. Voilà le fondement de la vraie philosophie
et de la piété chrétienne.
Per Jesum Chris tum. Mais pour que nos hommages
soient agréables à Dieu, il faut qu'ils lui soient présentés
par Jésus-Christ, notre Médiateur. C'est pourquoi cette
formule, per Jeswn Chris tum, termine toutes les oraisons
de l'Eglise.
Cui est (jh>ria et imperium in sœcula sxculorum. Amen.
L8-Christ possède la gloire et l'empire dans les siècles
des siècles, non seulement comme Dieu, mais même
comme homme ; car, au nom de Jésus, tout genou fléchit
au ciel, sur la terre et dans les enfers. S'il laisse pendant
quelque temps la puissance aux mains des impies, il fait
concourir leur haine même à l'accomplissement de ses
desseins.
— 222 —
12. Charissimi, nolite peregrinari in fervore qui ad ten~
tationem vobis fit, quasi novi aliquid vobis continuât.
Saint Pierre passe de la charité à la patience. « Mes
chers frères, dit-il, ne soyez point surpris lorsque vous
êtes éprouvés par le feu de la tentation, comme si quelque
chose d'extraordinaire vous arrivait. » C'est pour la troi-
sième fois que l'Apôtre revient sur les tribulations.
(Voyez i, 6, et n, 19.)
Noiite peregrinari. C'est un hellénisme : y.\ jjev^eofle,
nolite niirari ut rem novam et peregrinam. Le verbe
'hv;Zo[j.%i (de j-évoç, hospes ou peregrinus) veut dire ressem-
bler à un voyageur qui s'étonne des choses nouvelles
pour lui, qu'il voit dans un pays étranger. Ce même verbe
avait été rendu plus haut par admirari : h w ÇeW^ovrai,
in quo admirantur. (y. 4).
In fervore. C'est encore un hellénisme, h Tiupwcet. Le mot
^upcociç (de TTupow, igné exploro) signifie « épreuve par le
feu. » Ce mot rappelle celui de David : « Seigneur, vous
m'avez éprouvé par le feu de la tribulation », igné me exa-
minas ti. (Ps. XVI.)
Des chrétiens demandaient : puisque Jésus-Christ est
un Dieu tout-puissant, d'où vient donc qu'il laisse per-
sécuter ses adorateurs ? et pourquoi ne les délivre-t-il
pas de leurs ennemis ?
Saint Pierre répond : Si vous êtes persécutés, n'en soyez
pas surpris ; c'est la condition du chrétien en ce monde;
il faut qu'il soit éprouvé dans la patience. Saint Paul
dit la même chose à son disciple : Tous ceux qui veulent
vivre avec piété en observant la loi de Jésus-Christ,
souffriront persécution. Omnes qui volunt pie vivere in
Christo Jesu persecutionem patientur. (II Tim., m, 12.) Il
en était de même dans l'ancienne loi : l'ange déclarait à
Tobie qu'il avait dû être soumis à l'épreuve de la tribula-
tion, parce qu'il était agréable à Dieu. Et quia acceptus
erasDeo, necesse fuit ut tentatio probaret te. (ïob., xn, 13.)
Au contraire, si tout nous souriait en ce monde, c'est
alors que nous devrions craindre de ne pas appartenir
à Jésus-Christ.
— 223 — / Petr., îv.
Nous répéterons donc, comme saint Pierre, aux chré-
tiens de nos jours : Nolite percgrinari quasi novi aliquid
vobis contingat. Ne vous étonnez pas quand vous voyez
les hommes religieux opprimés. Depuis Abel tué par
Caïn, jusqu'au dernier juste qui paraîtra sur la terre à
la lin des siècles, les méchants persécuteront les servi-
teurs de Dieu. (Bède.)
13. Sed communicantes Christi passionibus, gaudete,
ut et in recelatione gloriœ ejus gaudeatis exsullantes.
« Mais réjouissez-vous plutôt de ce que vous participez
aux souffrances de Jésus-Christ, afin d'être aussi com-
blés d'allégresse au jour où sera révélée sa gloire. » Telle
est la loi : celui qui partage les souffrances de Jésus-Christ
partagera son bonheur. Souffrir pour le Christ est une
marque de prédestination. (S. Jac, i, 12.) Ainsi la per-
sécution que vous endurez ne doit point vous abattre. Au
contraire, dites avec le grand saint Ignace : c'est main-
tenant que je commence à être le disciple du Christ. Nunc
incipio Cliristi esse discipulus. (Brev. R.)
Ut et in revelatione gloriœ ejus gaudeatis exsultantes.
La manifestation de la gloire du Christ aura lieu en pré-
sence de l'univers assemblé au jour du jugement, jour de
terreur et de confusion pour les réprouvés, jour d'allé-
gresse et de triomphe pour les justes.
14. Si exprobramini in nomme Cliristi, beati eritis. « Si
vous êtes insultés pour le nom de Jésus-Christ, vous serez
heureux. »
I /Apôtre en ajoute aussitôt la raison : Qnoniam cjuod
est honoris, gloriœ et virtutis Dei (1), et qui est ejus Spi-
ritus super vos requiescit. « Car tout ce qu'il y a d'hon-
neur, de gloire, de vertu de Dieu, et son Esprit lui-même
repose sur vous. » Les hommes vous méprisent : Dieu
(1) ' ' fjl<>ri(f\ :•/ rtjj '.'c-,.-. esl un hellénisme bien connu ; c'est
la même **$«, la gloire. — Honoris et gloriœ, deux mots
latins qui rendent le seul mo4 v . —Plusieurs éditions grecques
suppriment * ttt*. D'autres les conservent ; ils se
lisent 'exemplaire alexandrin, dans saint Athanase, saint Cyprien
et plusieurs
— 224 —
vous décerne la gloire. Les hommes vous persécutent : la
vertu de Dieu vous couvre, sa puissance vous défend et
vous communique une force surnaturelle; l'Esprit-Saint
lui-même repose sur vous avec amour. Or celui que Dieu
honore et protège, celui en qui l'Esprit-Saint demeure,
est déjà heureux; ou, s'il ne Test pas encore, il le sera
certainement un jour. Beati eritis.
Saint Pierre en parlant ainsi ne fait que répéter la
parole de son divin Maître : « Vous serez heureux, disait
Jésus, quand les hommes vous maudiront, vous persé-
cuteront, et diront faussement toute espèce de mal contre
vous, à cause de moi. Réjouissez-vous alors et tressaillez
d'allégresse ; car votre récompense est grande dans les
cieux. » (S. Matth., v, 10.)
15. Nemo autem vestrum patiatur ut homicida, aut fur.,
aut maledicus, aut alienorum appetito?\ « Mais que nul
d'entre vous ne souffre comme homicide, ou comme vo-
leur, ou comme médisant, ou comme ayant convoité le
bien d'autrui. *
Fur, xXÉTTTYiç, est un filou qui dérobe frauduleusement.
Maledicus. Ce mot désigne un homme qui se livre à la
médisance, à la calomnie, à l'injure (1).
Alienorum appetitor, àÀAoTpis7rfoxo7roç, alienorum spécu-
lator. Ainsi traduit Tertullien. Ce mot désigne l'envie du
bien d'autrui manifestée par des actions coupables; car
les sentiments qui ne sortent pas du cœur ne tombent pas
sous la répression des lois humaines, et le mot patiatur
suppose une faute punie par les tribunaux. Longtemps
ces crimes contre lesquels s'élève saint Pierre furent
inconnus ou rares dans l'Eglise. Vers la fin du second
siècle, sous Marc-Aurèle, lorsqu'on torturait, à Lyon,
sainte Blandine pour lui faire avouer les crimes dont on
chargeait les chrétiens, elle répondait : « Je suis chré-
tienne, il ne se fait point de mal parmi nous. » Chris-
(1) En grec, on lit x2/o7rsti>, maie ficus, malfaiteur, leçon qu'on trouve
dans saint Cyprien et Tertullien. Un copiste a pu facilement changer
maleficus en maledicus. Toutefois l'exemplaire de Théophylacte portait :
vj À5t<?5y5oç, r) x>îtttvj;, ri X.ZXO 7T o Co i , aut maledicus, aut fur, aut maleficus.
— 225 — / Petr., iv.
tiana sum, nil mali apud nos geritur. (Corn. Lap., in
IPetr., ii, 12.)
15. Si autem ut Christianus. Les juifs et les idolâtres
faisaient aux chrétiens un crime d'être chrétiens : Obji-
ciebatur crimen christianis hoc ipsum quod christiani
essent. (S. Aug. in Ps. lxviii.) Le décret de Néron, qui
ne fut aboli que par Constantin, portait qu'il n'était pas
permis d'être chrétien, et ordonnait que celui qui s'avouait
chrétien fût, pour cela seul, puni de mort.
Si autem ut christianus, non erubescat. « Mais si quel-
qu'un est outragé comme chrétien, qu'il n'en ait point de
honte. Car Jésus-Christ a dit : « Celui qui rougira de
moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon
Père. » (S. Luc, ix, 26.)
Glorificet autem Deum in isto nomine. « Mais qu'il
rende plutôt gloire à Dieu de ce qu'il a le bonheur de
porter ce nom. » Car celui qui glorifiera Jésus -Christ
devant les hommes, Jésus-Christ le glorifiera devant son
Père qui est dans les cieux. (S. Matth., x, 32.)
Rougir de son père est une infamie, mais rougir de son
Dieu est infiniment plus lâche. Et ce crime n'est point rare.
Quoniam tempus est ut incipiat judicium a domo Dei.
« Car le temps est venu où Dieu va commencer son juge-
ment par sa propre maison. » La maison de Dieu est son
Eglise. (I ïim., ni, 15.) Saint Pierre fait donc entendre
que le temps approche où les chrétiens courageux seront
discernés des timides et des mondains par le jugement
de Dieu. La persécution sera le van qui séparera la paille
du bon grain. Saint Pierre fait allusion à cet endroit
d'Ezéchiel où Dieu dit à ses anges : « Passez au milieu
de Jérusalem, frappe/ sans pitié et commencez par mon
actuaire. » Et a sanctuario meo incipite. (Ezech., ix, 0.)
Dieu purge ainsi de temps en temps Faire de son
Eglise. Mais il ne sévit pas seulement contre les grands
pécheurs qui la déshonorent et les hérétiques qui la rava-
nt : il atteint aussi les justes et il les châtie pour qu'ils
c x p i • m . r leurs négligences. Qucm diligit Deus castigat.
Hebr., mi. I
i I ■ 1 1 1 . 1. s CATHOUQ1 i s 1.-)
— 2-26 —
Dieu n'épargne ni le juste ni le pécheur, dit saint Au-
gustin; mais tandis qu'il corrige l'un comme son enfant,
il punit et frappe l'autre comme un impie. (S. Aug. contra
Faust., 1. XXIII, c. xx.)
Si aidera primum a nobis, r/uis finis eorum qui non cre-
dunt Evangeliu ? Or si Dieu commence par nous, et si
son jugement est si rigoureux contre les chrétiens qui
tombent en des fautes légères, quelle sera la fin des incré-
dules qui repoussent l'Evangile? Saint Pierre ne parle
pas de l'infidélité simplement négative, qui consiste à
ignorer les vérités de la foi. Il parle des orgueilleux à qui
Jésus-Christ est annoncé et qui refusent de l'adorer. C'est
un grand péché. Mais il y en a un plus grand encore :
celui d'avoir été baptisé, élevé chrétiennement, participé
aux saints mystères, puis d'avoir renié la foi que l'on
avait professée, comme font aujourd'hui un grand nombre
de traîtres élevés sur les genoux de l'Eglise.
18. Et si justus vix salvabilur, impius et peccator ubi
parebunt? « Et si le juste même se sauve avec peine, que
deviendront les impies et les pécheurs? » Le juste est
celui qui obéit à l'Evangile, dont il accepte la doctrine et
observe les lois. Or si un tel chrétien a tant de peine à
se sauver, s'il lui échappe encore des fautes que Dieu
punit sévèrement, que deviendra l'impie qui ne veut ni
adorer Dieu, ni croire en Dieu? Et le chrétien même qui,
tout en gardant la foi, passe sa vie dans le péché, com-
ment osera'-t-il paraître devant le Juge terrible, et où se
cachera-t-il à ses yeux? Impius et peccator ubi parebunt?
Saint Pierre cite d'après les Septante ce verset des
Proverbes : Si le juste est puni sur la terre, combien plus
l'impie et le pécheur! Si justus in terra recipit, quanto
macjis impius et peccator! (Prov., xi, 31.)
Ce texte vix justus salvabitar, peut s'entendre aussi du
jugement particulier, où toutes les œuvres sont discutées.
Là le juste même est difficilement sauvé, parce qu'il est
difficilement justifié. 11 lui est échappé bien des fautes
durant sa vie, et ses bonnes œuvres elles-mêmes ont été
fréquemment défectueuses. Il faut cependant que tout ce
— 227 — / Pelr.y/iv.
qui n'est pas pur soit lavé par les larmes de la pénitence,
ou passe par le feu du purgatoire.
C'est pourquoi saint Augustin priant pour sa vertueuse
mère sainte Monique, disait qu'on devrait trembler poul-
ies chrétiens même dignes de louanges, si Dieu les jugeait
sans miséricorde : Vœ etiam laudàbili vitœ hominum, si
remota misericordia discutias eaml (S. Aug. Conf., 1. IX,
c. xiii.) Le saint Docteur ne fait que traduire la pensée
du prophète lorsqu'il disait : « Si vous observez nos ini-
quités, Seigneur, ah ! Seigneur, qui subsistera devant
vous? (Ps. cxxix.)
19. 1 toque et ht qui pathmtitr sccunditm voluntatem Dei,
fideli Creatori commendent animas suas in benefactis.
C'est la conclusion du discours : puisqu'on ne fait son
salut qu'avec peine, « ceux mêmes qui souffrent selon la
volonté de Dieu doivent recommander humblement leur
â me à leur fidèle Créateur, en faisant de bonnes œuvres. »
Creatori. Cette parole de l'Apôtre nous suggère deux
motifs de confiance. D'abord, en créant notre âme, Dieu
ne l'a pas destinée au malheur : nous devons donc espé-
rer en sa bonté.
Fideli. Ensuite il est fidèle à écouter nos prières et à
pardonner au repentir. C'est un second motif de lui
remettre nos âmes avec confiance, en lui disant comme
David : In manus tuas, Domine, commendo spiritum
meum.
Enfin nous souffrons pour lui, et selon sa volonté :
troisième raison qui diminue nos craintes.
Toutefois, lors même que nous souffrons pour Dieu de
la part des hommes, assurons mieux encore notre salut
en multipliant nos bonnes œuvres : in benefactis. Servons
Dieu, et travaillons pour sa gloire jusqu'à notre dernier
soupir.
— 228 —
CHAPITRE CINQUIÈME
ANALYSE
1. Saint Pierre exhorte les pasteurs à veiller avec zèle, dou-
ceur et désintéressement sur le troupeau qui leur est confié.
Ils doivent se rendre eux-mêmes les modèles de ceux qu'ils
gouvernent, afin de recevoir du Prince des pasteurs une
couronne qui ne se flétrira pas (1-4).
2. Il recommande aux jeunes gens le respect envers les
vieillards, puis à tous les chrétiens la confiance en la divine
Providence (5-7).
3. Il les avertit de se tenir en garde contre les embûches du
démon et de lui résister avec courage, en se fortifiant dans la
foi (8-9).
Enfin, il les salue et leur souhaite la grâce de Dieu (10-fin).
1. Je conjure donc les prêtres qui
sont au milieu de vous, étant prêtre
moi-même comme eux, et de plus
témoin des souffrances de Jésus-
Christ, et chargé de communiquer la
gloire quidoit être un jour manifestée,
2. Et je leur adresse cette prière :
Paissez le troupeau qui vous est
confié et veillez sur lui, non par
contrainte, mais spontanément et
selon Dieu; non pour un gain hon-
teux, mais de bon cœur ;
3. Non en voulant dominer sur
l'héritage du Seigneur, mais en
vous rendant les modèles du trou-
peau par un zèle sincère.
4. Et lorsque le Prince des pas-
teurs apparaîtra, vous recevrez une
couronne de gloire qui ne se flétrira
jamais.
1. Seniores ergo qui in vobis
sunt obsecro consenior, et testis
Christi passionum, qui et ejits
quœ in futuro revelanda est
gloriœ Communicator :
2. Pascite qui in vobis est
gregcm Dei, providentes non
coacte, sed spontanée secundum
Deum ; neque turpis lucri gra-
tta, sed voluntarie ;
3. Neque ut dominantes in
devis, sed forma facti gregis
ex animo.
4. Et quum apparuerit prin-
ceps pastorum, percipietis im-
marcescibilem gloriœ coronam.
/ Petr., v.
5. Siniiliter, adolescentes, sub-
diti estote senior ibus. Omnes
mitera invicem humilitatem in-
sinv.ate : quia Deus superbis
résistif, humilibus autem dat
gratiam.
G. Humiliamini igitur sub
potenti manu Dei, ut vos exàlr
tet in tempore visitationis.
7. Omnem sollicitudinem ves-
< projicientes in eum, quo-
niam ipsi cura est de vobis.
8. Sobrii estote. et vigilate ;
quia adversarius vester diabolus
tanquam leo rugiens circuit,
quœrens quem devoret :
9. Cui resistite fortes in fide.
scientes eamdem passionem ei
i[i>cr in mundo est vestree fra-
nitati f,ri.
10. Deus autem omnis gratiœ,
ij)'i vocavit nos in œternam
suam gloriam in Christo Jesu,
niodicum j)<w565 ipse perficiet,
confirmabit, solidàbitque.
11. Ipsi gloria et imperium
in tœcula sœcidonim. Amen.
12. Per Silvanutn fidelem
fratrem vobis, ut arbitror, bre-
r scripsi, obsecrans et con-
testons hanc esse veram gratiam
in qi'n statis.
13. Salutat vos Ecclesia quœ
in Babylone coelecta, et
"b£avcus filius meus.
1 1. Salutate invicem in oscxdo
a ri n'a rubis omnibus
ij">' estis in ChrUto Jesu. Amen.
5. Vous aussi, jeunes gens, soyez
soumis aux vieillards. Revêtez-vous
tous de l'humilité les uns à l'égard
des autres: parce que Dieu résiste
aux superbes et donne sa grâce aux
humbles.
G. Humiliez-vous donc sous la
main puissante de Dieu, afin qu'il
vous élève dans le temps de sa visite.
7. Jetez dans son sein toutes vos
inquiétudes, parce qu'il a lui-même
soin de vous.
8. Soyez sobres et veillez : cru- le
démon votre ennemi tourne autour
de vous comme un lion rugissant,
et cherche qui il pourra dévorer.
9. Résistez-lui en demeurant fer-
mes dans la foi, sachant que vos
frères qui sont répandus dans le
monde souffrent les mêmes afflictions
que vous.
10. Mais le Dieu de toute grâce,
qui nous a appelés en Jésus-Christ
à son éternelle gloire, nous perfec-
tionnera lui-même quand nous aurons
souffert un peu de temps, il nous
affermira et nous fortifiera.
11. A lui soit la gloire et l'empire
dans les siècles des siècles ! Amen.
12. Je vous ai écrit une lettre
assez courte, ce me semble, et je
vous l'envoie par Silvain, notre
frère fidèle, en vous conjurant de
croire et vous attestant que la vraie
grâce de Dieu est celle dans laquelle
vous demeurez.
13. L'Eglise qui est dans Baby-
lone et qui est élue comme vous,
ainsi que mon fils Marc, vous salue.
14. Saluez-vous les uns les autres
par un saint baiser. Que la grâce soit
en vous tous qui êtes en Jésus-Christ !
Amen.
COMMENTAIRE
1 Ergo, « donc. » Ce dernier chapitre est la conclusion
■t s enseignements qui précèdent. Puisque le jugement
— 280 —
approche, où les justes eux-mêmes ne seront pas sans
frayeur, il faut que tous s'y préparent.
Senior es obsecro, « je conjure les prêtres », -pscÊuTepouç.
Le mot TtpssoÛTepoç a la double signification de prêtre et de
vieillard (1). Ici le sens de prêtre est certain, puisque
saint Pierre exhorte ceux qu'il nomme ainsi, à paître le
troupeau de Dieu : Pascite gregem Dei.
Or 7rps<j6uT£poç, dans le sens de prêtre, désigne tous ceux
qui ont reçu le sacerdoce, soit complet, comme Févêque,
soit incomplet, comme le simple prêtre. En cet endroit
l'Apôtre s'adresse spécialement aux évoques ; car eux
seuls ont la pleine puissance de paître un troupeau ou de
gouverner une église.
Néanmoins l'exhortation de saint Pierre regarde aussi
les prêtres, qui sont les coopérateurs des évêques dans
l'administration des églises de l'Asie. Senior es qui in
vobis snnt.
Obsecro, TiapaxotXû, je les exhorte tous et je les supplie.
Consenior, moi prêtre, évêque et vieillard comme eux,
moi qui dois bientôt rendre compte de mon ministère
apostolique et de ma vie entière au souverain Pasteur et
au Juge suprême, qu'ils écoutent l'exhortation que je
leur adresse avant de quitter ce monde.
Consenior, Saint Pierre avait le droit de se nommer
Prince des Apôtres, Evêque des évêques, Chef de l'Eglise
universelle, Vicaire de Jésus-Christ. Il possédait ces
titres qui rélevaient au-dessus de tous les hommes de
l'univers. Mais par humilité, il se nomme simplement
consenior, au^irpscêuTepoç. Il se confond avec tous les prêtres
de Jésus-Christ.
Et testis Chinsti passionum. Je suis témoin des souf-
frances par lesquelles le Christ a racheté le monde. Je
les ai vues de mes yeux, je les raconte, je les atteste à
mes frères d'Israël et aux peuples de la gentilité, afin
que tous sachent que leurs péchés sont effacés par le
sang du Christ. Je vous rappelle sa passion, spéciale-
(1) Voyez Act. Ap., xx, 17 et 28 ; et I Tim., v, 19.
— 331 — / Petr., v.
ment à vous évoques et piètres, afin de vous animer à
souffrir comme lui pour le salut des hommes.
Et ejus qux in futuro revelcuida est cjlorix Communi-
cator. Faites attention à mes paroles, car j'ai reçu la
puissance et la charge de communiquer aux hommes la
gloire qui doit être un jour révélée et manifestée aux
yeux de tout l'univers. La gloire réservée aux justes
est aujourd'hui cachée et couverte comme d'un voile. On
les méprise comme les derniers des hommes; mais au
jour de la résurrection et du jugement, le voile sera ôté
et ils brilleront comme le soleil dans le royaume de Dieu,
leur père.
Glorix Communicator, Le terme grec xotvwvbç signifie
particeps. C'est pourquoi la plupart des interprètes sup-
posent que saint Pierre dit ici qu'il est appelé à participer
un jour à la gloire céleste. Mais l'auteur de la Vulgate,
en rendant xocvuv&c par Communicator, donne un sens qui
nous paraît plus beau. La gloire immense et éternelle du
royaume des cieux, saint Pierre affirme qu'il a le pouvoir
de la communiquer, et il l'offre à tous les hommes. Glorix
Communicator ! Cette admirable puissance, saint Pierre
et ses successeurs la possèdent : ils la tiennent de Jésus-
Christ. De là elle passe à tous les évêques, et les évoques
la transmettent aux prêtres. Tout prêtre qui baptise, qui
sacrifie, qui prêche ou absout, offre et donne réellement
aux hommes un trône de gloire dans les cieux.
En effet, le mot xoivuv&ç ne signifie pas seulement celui
qui reçoit une part de quelque chose, comme plus bas,
Os-.'a; mot* :;<.>;, divinx participes naturx{\\ Petr., i, 4) ;
mais xotwûv&c se prend aussi dans le sens actif et désigne
un agent qui participe à une action. Ainsi Sophocle a dit
MKwmAc xflucoO, auctor mali Trach. 730), celui qui participe
à une chose mauvaise en y coopérant, « der die Uebel
mit veruraacht liât», comme traduit Passow. L'auteur
de la Vulgate a donc pu rendre ici xora>v&< par Communi-
cator. Ce sens d'ailleurs complète l'idée de consenior,
;, votre collègue dans le sacerdoce. Pourquoi
saint Pierre est-il prêtre? Est-ce seulement pour jouir
— 232 —
lui-même de la gloire ? Non, c'est afin de la communiquer
aux autres hommes (1).
2. Pascite qui in vobis est gregem Dei. Quel est l'objet
de l'exhortation pressante qu'adresse saint Pierre aux
évêques et aux prêtres ? Il leur recommande de paître le
troupeau de Dieu qui leur est confié. Ce mot pascite
retentit sans cesse aux oreilles des pasteurs qui ont
charge d'àmes. Leur office est de les nourrir de la parole
sainte, de les fortifier par les sacrements, de les défendre
contre les mauvaises doctrines et les scandales, de les
édifier par une vie sainte et de prier pour eux. Pascas
vcrbo, pascas exemplo, pascas sanctarum fructu oratio-
numy leur crie saint Bernard.
Si la foi diminue, si l'indifférence et la corruption s'éten-
dent, il faut que le pasteur puisse se rendre devant Dieu
le témoignage que sa négligence n'en est point la cause.
Oh ! si l'on eût prêché assidûment, simplement, solide-
ment, est-il bien sûr que l'ignorance des vérités de la
religion serait si commune et si déplorable ? Il y a des
diocèses où le peuple fréquente l'église en foule : pour-
quoi la chaire est-elle souvent muette ? ou pourquoi des
improvisations vagues s'y font-elles entendre, au lieu
d'une explication nette et brève des dogmes et des pré
ceptes de la religion ? C'est la parole sainte qui a converti
le monde : c'est elle qui peut le sauver encore.
Gregem Dei. Paissez le troupeau de Dieu, vous souve-
nant qu'il n'est pas le vôtre, mais qu'il appartient au
Seigneur. Ceux qui veulent paître les brebis du Christ,
comme si elles leur appartenaient, n'aiment pas le Christ.
(1) Ceux qui veulent ici corriger la Vulgate et donner le sens de
particeps à xotv&ivàj, expliquent ce ternie en disant que saint Pierre par-
ticipa à la gloire de Jésus transfiguré sur le Thabor, gloire qui était
semblable à celle dont les élus jouiront dans les cieux. Mais cette inter-
prétation manque de justesse. L'Apôtre fut témoin de la gloire du
Thabor, comme il fut témoin de la Passion du Christ ; mais il n'eut
part ni à Tune ni à l'autre. Aussi le mot « témoin « qu'il vient d'em-
ployer pour la Passion, ne lui suffit plus pour la gloire future, parce
qu'il veut dire qu'il ne l'a pas seulement vue, mais qu'il la donne. C'est
pourquoi il ajoute à test in le mot Communicator, sens qu'attribue à
xoivfijvàs l'habile helléniste qui est l'auteur de la Vulgate.
— 233 — / Petr.,v.
mais s'aiment eux-mêmes. Qui hoc animo pascunt oves
Christi, ut suas velint esse, non Christi, se convincuntur
amare, non Christian. (S. Aug. Tract. 123 in Joann.)
Gregem qui in vobis est, c'est-à-dire, qui in potestate et
sub auctoritate vestra est. Le troupeau qui vous est confié
sera l'objet spécial de vos soins.
Saint Pierre va maintenant dire comment les pasteurs
doivent s'acquitter de leur charge.
Provident es. Ce mot condamne le pasteur sans zèle,
qui attend chez lui qu'on vienne recourir à son ministère.
Il doit veiller sur tous les chrétiens soumis à sa juridiction
et pourvoir à leurs besoins spirituels. Hommes, femmes,
enfants, vieillards, justes et pécheurs, il se doit à tous.
Que pas un ne se perde par sa faute : il en rendra compte
au souverain Juge. — Providentes, en grec, èicwxoTrouvTeç,
invigilantes. Ce mot signifie proprement, dans le style
apostolique, « remplir la charge d'évêque. » L'évêque
(!m'(rxo7TO; , inspector) était alors le chef d'une église,
formée de la chrétienté d'une ville et de son territoire.
Un diacre et quelques prêtres l'aidaient à l'administrer.
(Act. Ap., xx, 28.) Aujourd'hui les diocèses, souvent
très étendus, sont divisés en paroisses que l'évoque
pourvoit de pasteurs; et sur ces pasteurs de second
ordre retombe la charge de veiller au salut des âmes.
Non coacte, sed spontanée. Que les pasteurs ne s'ac-
quittent point de leurs fonctions par contrainte (àvarpiaMoç,
ex necessitate); qu'ils ne se considèrent point comme des
esclaves à qui l'on impose une tâche; mais qu'ils rem-
plissent leur devoir de bon cœur, beouefoç, libenter. Le
prêtre doit se montrer toujours prêt à confesser, à prê-
cher la parole de Dieu, à visiter les malades. Quelque
pénibles que soient ses fonctions, la charité lui en fait
surmonter les fatigues.
Secundum Deum. Les pasteurs paîtront leurs brebis
selon Dieu, en faisant ce qu'il veut et en cherchant uni-
quement sa gloire, ("est la règle du zèle, c'en est le sou-
tien et la force. Une ardeur naturelle, qui n'a pas la loi
de Dieu pour guide et sa gloire pour principe, s'agite
— 234 —
inutilement. Le bien qui n'est pas fait en vue de Dieu et
selon Dieu ne sera pas récompensé de Dieu (1).
Neque turpis lucri gratia, sed vohintarie. Il est juste que
le prêtre qui sert à l'autel vive de l'autel; mais il ne
remplit point ses fonctions sacrées en vue du gain, comme
un ouvrier mercenaire. L'honoraire fixé par l'Eglise lui
est dû et ne peut lui être refusé sans injustice; mais lors-
qu'il répand la grâce dans les âmes, il ne travaille point
pour un salaire : c'est la gloire de Dieu et le salut des
hommes qu'il se propose. Rien ne lui acquiert plus d'au-
torité que son désintéressement. Les Apôtres, dit un pieux
auteur, ont moins frappé les hommes d'admiration par
leurs prodiges, que par leur mépris des biens de la terre.
Sed vohintarie. Que les pasteurs remplissent donc
leurs devoirs en s'y portant avec affection et zèle (2).
3. Neque ut dominantes in cleris. Vous ne gouvernerez
point le peuple chrétien avec fierté, comme font des maî-
tres impérieux. En grec, <I>ç xaxaxupisuovreç, ut superbe do-
minantes.
Saint Pierre répète la leçon qu'il a apprise de son
divin Maître. Les rois des nations, disait Notre-Seigneur,
exercent leur empire sur leurs sujets : parmi vous, il
n'en sera pas ainsi. Que celui d'entre vous qui veut être
le premier, soit le serviteur des autres. Qui voluerit inter
vos primus esse, erit vester servus. (S. Matth., xx, 27.)
C'est l'exemple que nous donne le Souverain-Pontife, le
Vicaire même de Jésus-Christ, lorsqu'il se nomme « le
serviteur des serviteurs de Dieu. »
In cleris. Ne serait-il pas odieux de vouloir dominer
avec arrogance sur le peuple chrétien, comme s'il était
votre domaine, au lieu qu'il est l'héritage du Seigneur?
Non dominentur clero, id est populo, qui sors Domini est,
dit saint Cyrille. (lu Isaiam, 1. I, Or. 3.)
(1) Les mots secundum Deum manquent dans plusieurs éditions
grecques; mais on doit les maintenir; car ils se lisent dans le manuscrit
d'Alexandrie, dans le sinaïtique, dans Théophylacte , dans la version
syriaque, et ailleurs encore.
(2) C'est le sens du grec npoO-j/j-Ui, terme qui dit plus que h-^-i^i, li-
benter : il marque l'empressement et l'ardeur, prompto et alacri animo.
— 235 — !Petr.,Y.
In devis. Le mot xXf,po'., sortes, signifie les portions d'un
héritage qui sont échues aux héritiers. Ici xA^poe, en
style apostolique, désigne les églises particulières, les
portions de l'Eglise universelle qui sont confiées à cha-
que évoque. Ce sens est déterminé par le mot gregis,
troupeau, qui suit immédiatement.
In devis. Néanmoins par le mot clerus on entend aussi
très bien « le clergé », parce qu'il est l'héritage spécial et
sacré du Seigneur. Les évêques n'exerceront donc pas
une domination hautaine sur le clergé qui leur est sou-
mis. On met le pluriel devis, les clergés, parce qu'il y
en a plusieurs gouvernés chacun par son évêque.
Sed forma facti gregis, « soyez les modèles de votre
troupeau. » Que vos actions s'accordent avec vos paroles.
Faites avant d'enseigner. C'est une parole vivante et
efficace que l'exemple donné par les oeuvres, dit saint
Bernard. Opeva verdis conciliant, ut cuves pvius facere
quam docere. Sermo vivus et efficax exemplum est operis.
(S. Bern. Ep. cci.) Il faut que le prêtre puisse répéter au
peuple ce que Notre-Seigneur disait à ses Apôtres : « Je
vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez comme j'ai
fait. » (S. Joan., xm, 15.) Les fidèles en voyant l'humilité,
la piété, la charité de leur pasteur, se diront à eux-mêmes :
Nous n'avons qu'à l'imiter pour ressembler à Jésus-
Christ. Faisons ce qu'il fait et nous serons sauvés. Saint
Paul donnait le même précepte à ses deux disciples saint
Tite et saint Tnnothée. Montrez-vous vous-même en
toute chose un modèle de bonnes œuvres, disait- il au
premier. In omnibus te ipsum prœbe exemplum bonorum
operum. (Tit., n, 7.) Et au second : « Soyez l'exemple des
fidèles dans vos paroles, dans votre conduite, dans la
charité, dans la foi, dans la chasteté. Exemplum esto fide-
Uum in verbo, in conversatione, in charitate, in fuie, in
castitate. * (ITim., îv, 12.)
Ex animo(l). L'imitation de Jésus-Christ ne sera pas
seulement extérieure chez le prêtre et l'évèque, maissin-
(1) Si ces m mima qui ne se trouvent pas aujourd'hui dan- 1<>
grec, sont un.' glose, <-\>>t sse glose excellente.
— 236 —
cère, dans le cœur. Le pasteur, sentant le devoir de don-
ner le bon exemple, purifiera toutes ses affections; il se
sanctifiera pour se sauver lui-môme, et avec lui son trou-
peau. Il dira comme Notre-Seigneur Jésus-Christ : Pro
eis ego sanctifico me ipsum, ut sint et ipsi sanctifîcati in
veritate. (S. Joann.. xvn, 19.)
4. Et quum appartient princeps pastorum, percipietis
immarcessibilem gloriœ coronam. Le ministère pastoral
entraîne bien des sollicitudes. La prédication seule est
un fardeau très pesant, dit saint Chrysostome, le plus
éloquent des saints Pères ; mais si le travail est pénible,
la récompense est magnifique. Si tabor terret, merces in-
vitet. Lorsque le Prince des pasteurs apparaîtra pour
rendre à chacun selon ses œuvres, vous qui aurez veillé
constamment sur le troupeau, et soutenu les fatigues du
ministère pastoral, vous recevrez une couronne de gloire
qui ne se flétrira jamais.
Un bon pasteur mérite d'être comparé aux martyrs,
selon le même saint Chrysostome. En effet, dit-il, le mar-
tyr donne une fois sa vie pour le Christ, et le bon pasteur
offre chaque jour la sienne pour son troupeau. (S. Chrys.,
Hom. xxx in Rom. sub fin.)
Ne soyons pas surpris que saint Pierre insiste avec
tant de force sur un sujet si important; il sait que de la
sainteté de l'évêque et du zèle du prêtre dépend le salut
du monde.
Gloria? coronam. La couronne de gloire est commune
à tous les bienheureux ; mais les théologiens assignent,
en outre, une magnifique auréole à trois ordres de saints :
aux martyrs, aux vierges et aux docteurs. Il est dit en
particulier des docteurs qu'ils brilleront comme la splen-
deur du firmament. Qui autem docti fuerint, fulgebunt
guasi splendor firmament i ; et qui ad justitiam erudiunt
multos, quasi stell& in perpétuas œternitates. (Dan., xn, 8.)
5. Simili ter adolescentes, subditi estote senioribus. Après
avoir donné des conseils aux pasteurs, saint Pierre s'a-
dresse aux jeunes gens : « Soyez soumis aux vieillards »,
eur dit-il. En grec, veorrepot b-zoxi^r^t icpearêoTÉpoiç. Ici, -kç,s<j&6-
— 237 — / Petr., v.
Tspo; indique la dignité de l'âge ; car nulle part vswTepoç, qui
est le mot corrélatif, ne signifie un laïque. Saint Pierre
veut donc que, dans les assemblées chrétiennes, les plus
jeunes soient pleins de respect et de déférence, non seu-
lement pour les prêtres, mais encore pour les hommes
âgés : ils leur obéiront même, les considérant comme
leurs chefs.
C'est un précepte fort utile de nos jours ; car, dans la
société moderne, souvent le jeune homme méprise le vieil-
lard, comme le vieillard avait méprisé dans sa jeunesse
ceux qui étaient plus âgés que lui. Nous sommes infatués
de ce que nous appelons nos progrès; nous croyons avoir
plus d'esprit que nos pères. Il y a longtemps que cette
vanité règne en France. Au xvne siècle, les hommes let-
trés considéraient le moyen âge comme une époque de
barbarie. A leurs yeux, les grands génies de la scolas-
tique, comme saint Thomas, pâlissaient devant les sim-
ples lecteurs de Descartes. Le siècle suivant se proclama
lui-même le siècle des lumières, et prétendit que le genre
humain avait été jusque-là dans les ténèbres. Et mainte-
nant la jeunesse, rendue par nous insolente, nous traite
comme nous avons traité nos aïeux. L'Eglise seule con-
serve le culte de l'antiquité et le respect du vieillard.
Adolescentes, subditi estote senioribus, dit-elle par la
bouche de saint Pierre ; et elle rappelle à tous ce pré-
cepte de Moïse : Honora personam senis. (Lev., xix, 22.)
Maintenant, l'Apùtre va parler à tous les chrétiens.
Omnes autrui invicem humilitatem insinuate, ou induite.
En grec : icavrec os kXX^Xoiç t^v Ta-s'.vo^po-rjvYjV ÈYxoy.GotTa'jOs :
ce qu'on pourrait rendre ainsi littéralement : Dans vos
rapports mutuels, revêtez-vous tous du manteau de l'hu-
milité les uns à l'égard des autres (1).
(1) Le verbe tyMfi&Ofuu est un terme assez rare. 11 vient <le x4/t6o;,
nœud : d'où se forme fyxé/urêu/ia, étoile grossière qu'on jetait sur ses
épaules et qu'on retenait par un nœud, «ervi/ûamtctu*. De là, iyxop€4ofuat
'l'un manteau de peu de valeur. Saint Pierre veut donc
dire : Tenez-vous les lins devant les autres dans l'attitude humble et
modeste d'un serviteur devant son maître.
— 238 —
Quia Deus supe?*bis resistit, humilibus autem dat gra-
tiam. C'est une citation littérale des Proverbes, selon les
Septante : Ktîptoç &7rep7)<pavoïç avTtTOHraeTai, TCttteivoïç os Sfôoxn yâptv.
(Prov., m, 34.) Le principe de tout péché est l'orgueil,
dit ailleurs le Sage, initium omnis peccati superbia. L'or-
gueil, dit-il encore, est une rébellion contre Dieu, c'est
une apostasie. Initium superbiœ hominis apostatare a Deo.
(Eccli., x, 14 et 15.) Aussi, « Dieu résiste à l'orgueilleux,
tandis qu'il donne sa grâce aux humbles » et pardonne
aux pécheurs qui s'humilient.
6. Eumiliamini iqitur sub potenti manu Dei. S'il vous
en coûte de vous abaisser devant les hommes, qui sont
de faibles créatures comme vous, au moins humiliez-
vous sous la main puissante de Dieu. Est-ce qu'il doit
vous être pénible de reconnaître que le Créateur des cieux
et de la terre est votre maître? Courbez votre front de-
vant ce Dieu éternel et infini, qui vous a tirés du néant.
D'ailleurs si, rentrant en vous-mêmes, vous considérez
votre conscience, combien n'y découvrez- vous pas de
misères, de souillures, de hontes! La vérité nous oblige
à nous humilier, selon la très juste définition que saint
Bernard nous donne de l'humilité : L'humilité, c'est une
vertu, dit-il, qui fait que l'homme, en se connaissant
véritablement lui-même, devient vil à ses propres yeux.
Eumilitas est virtus qua quis ex verissima sui coqnitione
sibi ipsi vilescit.
Ut vos exaltet in tempore visitationis. S'humilier est le
moyen d'arriver à la gloire. Si vous vous humiliez devant
Dieu, « il vous élèvera au jour de sa visite (1). » C'est ce
que chantait la plus humble des vierges. Le Seigneur,
disait-elle, a confondu les pensées des orgueilleux, il a
renversé les puissants de leurs trônes, et il a exalté les
(1) In tempore visitationis, en grec h xaupû, in tempore opportune.
Le mot visitationis, àntoxoTtfj;, qui manque dans le grec, et qui semble
a plusieurs une glose empruntée au chap. n, 12, n'est pas à rejeter. On
trouve ce mot dans le manuscrit d'Alexandrie, dans le syriaque et dans
saint Ephrem. Au reste, le temps opportun et le temps de la visite sont
la même chose; car l'une et l'autre expression indique le jour que Dieu
choisira pour consoler et glorifier ses serviteurs.
— 239 — lPetr.,\.
humbles, exaltavit Inimités. Elle avait lu chez son aïeul,
le prophète David, que le Seigneur sauvera le peuple des
humbles et humiliera les yeux des superbes. (Ps. xvn,
28.) Enfin, Notre-Seigneur a prononcé que tout homme
qui s'élève sera humilié, et que celui qui s'humilie sera
exalté. (S. Luc, xiv? 11.)
7. Omnem sollkitiidinem vestram projicientes in eum,
quoniam ipsi ciwa est de vobis. Humiliez-vous donc sous
la puissante main de Dieu, « et jetez dans son sein toutes
vos inquiétudes. » Par là, vous confesserez humblement
que vous êtes incapables de pourvoir à vos nécessités,
et vous reconnaîtrez en même temps que Dieu, dans sa
bonté, « prend soin de vous » comme un père. C'est Dieu
qui revêt la nudité du roi et du berger; c'est Dieu qui
donne à l'un et à l'autre le pain de chaque jour, panem
nostrum guotidianwn.
Projicicntcsin eum. Saint Pierre fait allusion au Psaume
de David : « Abandonnez au Seigneur le soin de tout ce
qui vous regarde, dit le Prophète, et lui-même vous
nourrira. » (Ps. liv, 23.) Jacta super Dominum caram
tuam, et ipse te enutriet (1). Saint Paul recommandait
de même aux Philippiens de bannir de leur esprit toute
inquiétude. Nihil solliciti sitis. (Philipp., iv, 6.)
Mais c'est Notre-Seigneur surtout qui a développé cette
belle leçon dans l'Evangile avec une éloquence divine.
« Ne vous inquiétez point de ce que vous mangerez ni des
vêtements qui vous sont nécessaires. Est-ce que l'âme
n'est pas plus que la nourriture, et le corps plus que le
vêtement .' Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment
point, ne moissonnent point, n'amassent point de provi-
sions dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit.
-ce que vous n'êtes pas devant lui plus que des pas-
sereaux ? Et quant au vêtement, voyez les lis : ils ne tra-
vaillent, point, ils ne filent point, et cependant Salomon
dans toute sa gloire n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux.
(1) Saint Piene : itSixv ~(. ■■■> ùytfiv imèptyzvrti ï-^xlrh-, -.-.-
emblânce est manifeste.
— 240 —
Si Dieu prend soin de vêtir ainsi une herbe des champs,
combien plus aura-t-il soin de vous, hommes de peu de
foi ? Bannissez donc l'inquiétude, et ne dites pas : Que
mangerons-nous? Que boirons nous ? De quoi nous vêti-
rons-nous? Car votre Père sait bien que vous avez besoin
de ces choses. » (S. Matth., vi.)
Omnem sollicitudinem. Le mot sollicitudo, uépiuva, dé-
signe un trouble et une anxiété de l'esprit. Ni David, ni
les Apôtres, ni Jésus-Christ ne nous défendent de prendre
un soin prudent et modéré des choses de la vie. Ce qu'ils
condamnent, c'est une inquiétude qui nous distrait de la
pensée du salut. Ce que la religion blâme, c'est de nous
tourmenter comme si nous n'avions pas un Père dans les
cieux. Nous prierons et nous travaillerons en paix: Dieu
exaucera nos prières en subvenant à nos besoins par les
moyens naturels, au nombre desquels il faut d'abord
compter notre diligence.
8. Sobrii estote. Saint Pierre nous recommande la tem-
pérance ; car celui qui nourrit délicatement sa chair la
sentira bientôt rebelle à l'esprit. L'excès du vin allume
la concupiscence.
Sobrii estote et vigilate. « Soyez sobres et veillez. »
L'Apôtre unit ces deux préceptes ; car la sobriété est la
mère de la vigilance et de la sagesse.
Vigilate. Il avait déjà dit au chapitre précédent : Veil-
lez dans les prières, vigilate in orationibus. Maintenant,
il revient sur ce précepte, afin de le développer et d'en
persuader la nécessité.
Sobrii estote et vigilate ; quia adversarius vester diabo-
lus, tanquam leo rngiens circuit, quœrens quem devoret.
« Soyez donc sobres et veillez; car le démon votre ennemi,
semblable à un lion rugissant, tourne autour de vous, et
cherche qui il pourra dévorer. » Ces paroles sont si im-
portantes, que l'Eglise, dans sa liturgie, les fait entendre
chaque soir aux prêtres, aux religieux et aux fidèles qui
assistent à l'office divin. C'est le cri de la sentinelle avan-
cée qui, de son poste, jette l'alarme en annonçant l'ap-
proche de l'ennemi.
— 241 — l Petr.ty.
Et vigilate. Ayez toujours l'esprit éveillé, soyez atten-
tifs à remplir exactement tous vos devoirs, et tenez-vous
bien sur vos gardes, de peur que l'ennemi ne vous sur-
prenne à l'improviste. C'est ce que Notre-Seigneur re-
commandait à ses Apôtres au jardin des Oliviers. Mais
parce qu'ils dormirent, au lieu de veiller et de prier,
selon son ordre, ils manquèrent de courage et de force
quand vint la tentation.
Quia adversarins veste?' diabolus. « Car le diable, votre
adversaire. » Le mot grec àvxtèixoç est un terme de justice ;
il désigne l'adversaire qui plaide contre nous dans un
procès, et qui s'efforce de nous faire condamner par le
juge. Le démon, condamné à l'enfer, travaille sans relâche
à faire prononcer contre nous la même sentence. Au reste,
le mot Kvrôucoç se prend aussi dans le sens général d'ad-
versaire et d'ennemi. C'est pourquoi saint Pierre com-
pare ici le démon à un lion terrible, furieux, rugissant,
qui menace de nous dévorer.
Léo rugiens. Quand une pensée d'orgueil, de jalousie,
d'impureté s'élève dans votre esprit et sollicite votre
cœur, c'est le lion qui rugit. Priez, armez-vous de la croix,
et ne tremblez pas. Le lion peut rugir, mais il ne saurait
vous blesser malgré vous. Rugirepotest, ferire nonpotest,
dit saint Bernard.
Circuit. Pourquoi donc tourne-t-il, et ne s'élance-t-il
pas d'un bond sur vous? Parce qu'il vous voit protégés
par la grâce de Dieu ; vous repousseriez sa violence, et il
serait vaincu. Cette bête, aussi rusée que cruelle, tourne
donc autour de vous : comme un général ennemi, faisant
le tour d'une place qu'il assiège, cherche l'endroit le plus
facile par où il pourra livrer l'assaut. Prenez garde, il y
a dans votre âme un côté faible ; Satan l'explore depuis
votre enfance, et peut-être a-t-il déjà plus d'une fois pé-
nétré par là dans la place. Fortifiez donc ce point mal
sur, et ne vous endormez pas. Lorsque le démon semble
vous laisser en paix, croyez bien qu'il tourne et prépare
une attaque. Circuit ille nos shigulos, et tanquam hostis
clausos obsidenSy muros e.rplorat, et tentât an sit pars ali-
ÉPITIUH CATBOl \Q\ M 10
— 24> —
qua minus stabilis et minus fula, eu jus aditu ad interiora
penetretur. (S. Cyprian. De zelo et livore, c. i.)
Circuit quœrens quefn deeoret. Le démon tourne autour
d'un monastère de religieux, autour du clergé d'un dio-
cèse, autour d'une famille chrétienne, cherchant qui il
pourra saisir et dévorer. A Sébaste en Arménie, quarante
soldats chrétiens confessaient généreusement la foi ; ils
étaient exposés nus sur un étang glacé, près de cueillir la
palme du martyre. Mais le démon tournait autour d'eux :
il en saisit un, l'effraya par la crainte de la mort, et en fit
un apostat. Le démon tournait autour du collège des Apô-
tres : il en saisit un, et en fit un avare et un traitre. Le
démon rôdait autour des sept premiers diacres ; il saisit
un des compagnons de saint Etienne, et il en fit un impu-
dique et un hérétique. Que de tristes exemples n'avons-
nous pas vus nous-mêmes! Qu'ils nous corrigent de notre
imprudence, de notre négligence et de notre présomption.
9. Cui resistite fortes inp.de. « Résistez au démon, étant
forts dans la foi. » L'Apôtre saint Paul donnait le même
précepte aux Ephésiens : « Prenez dans toutes vos tenta-
tions, disait-il, le bouclier de la foi, sur lequel viendront
s'éteindre tous les traits enflammés de l'ennemi. » (Ephes.,
vi, 15.)
Fortes in fide, <rrepeol ttj icfora, solides dans la foi et ren-
dus fermes par la foi. Or la foi, qui est une vertu surna-
turelle produite en nous par la grâce, s'enracine profon-
dément, croit, se fortifie par la méditation des grandes
vérités de la religion. Pensez souvent au jugement de
Dieu, aux récompenses des justes, aux châtiments que
subiront les pécheurs. Votre foi, nourrie de ces grandes
vérités, s'affermira et vous rendra inébranlables ; vous
prierez, vous combattrez, vous vaincrez.
Scientes eamdem passionem eiqaœ in mundo est vestrx
fraternitati fieri. Que si le démon vous suscite des tenta-
tions et des persécutions, n'en soyez pas surpris : sachez
que, partout, vos frères qui sont répandus dans le monde
sont obligés de lutter comme vous, et qu'ils éprouvent
des afflictions semblables aux vôtres.
— 243 — lPetr.,v.
Vestra: fratcmitati <juœ in mundo est. Saint Pierre dé-
signe l'Eglise, qui forme une société de frères. A cette
époque, elle était déjà répandue dans le monde entier,
et partout elle avait des ennemis, quoique la sanglante
persécution de Néron n'eût pas encore éclaté. L'Apôtre
exhorte les chrétiens d'Asie à soutenir la lutte avec cou-
rage, à l'exemple des fidèles de Rome, de Jérusalem, et
de tout l'univers. Est-ce que les chrétiens du Pont, de
l'Asie et de la Bithynie auraient moins de constance?
Eamdem passionem. Il en est encore ainsi de nos jours.
Où irions-nous pour trouver la paix? La guerre est par-
tout. Le démon soulève en tous lieux la haine contre les
disciples du Christ Résistons vaillamment, chacun au
poste où la Providence nous a placés.
10. Deus aulem omnis qratiœ, qui vocavit nos in œter-
nam suant qloriam in Christo Jesu, modicum passos ipse
perficiet, confirmabit, solidabilque. Ne vous découragez
point, comme si ces combats étaient au-dessus de vos
forces. Sans doute vous êtes faibles devant un tel ennemi,
et vous ne pourriez pas résister seuls à sa fureur. Mais
le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ
à posséder son éternelle gloire, vous rendra lui-même
parfaits quand vous aurez souffert un peu de temps, il
us affermira, il vous fortifiera, et vous fera remporter
la victoire.
Deus omnis qratiœ. Le Dieu de toute grâce donne
abondamment la grâce à quiconque la demande; en
sorte que chaque chrétien peut dire avec saint Paul :
Je puis tout en celui qui me fortifie; et comme David :
Le Seigneur est avec moi, je ne craindrai aucun mal.
Qm pocavii nos in œtmiam suam qloriam. Puisqu'il
nous a lui-même appelés à M gloire, il est donc certain
qu'il veut nous donner le moyen d'\ parvenir.
In Christo Jesu. Il nous a appelés par Jésus-Christ,
qui nous a fait entendre ses promesses et nous ;i enrichis
de ses mérites: il nous a appelés en Jésus-Christ dont
notlf devons partager la gloire, puisque nous somn
devenus ses frères et ses membres.
— 244 —
Modicum passos. Dieu permet, il veut même que nous
souffrions un peu, afin d'expier nos fautes, afin de prouver
notre constance, afin d'imiter notre modèle et afin de
gagner des mérites. Mais ces souffrances sont légères et
de peu de durée, en comparaison de la récompense qui
nous est promise.
Modicum. Cette expression nous rappelle celle de
saint Paul, qui écrivait aux Corinthiens : La tribula-
tion légère et momentanée que nous souffrons en cette
vie opère en nous un poids immense de gloire éternelle.
(II Cor., îv, 17.)
Jpse perficiet, aù-ro; xaTaprfeet. Si bien des vertus nous
manquent, il nous perfectionnera lui-même. Nous nous
sentons faibles et près de perdre la patience, la douceur,
la pureté : il nous soutiendra et nous aidera à corriger
nos vices, afin que nous soyons des chrétiens complets,
achevés et parfaits comme notre divin modèle.
Confirmabit, trouée, il nous affermira dans la foi, dans
l'espérance et dans la charité, comme sur un fondement
solide, en sorte que nulle tempête ne nous renversera, et
que rien ne pourra nous arracher à son amour. Quis nos
separabit a charitate Christi?
Solidabitque, v-ctvûiv.. Dieu nous donnera de telles forces
que nous ne tremblerons point devant ce lion rugissant.
Semblables à Samson et à David qui, fortifiés par l'esprit
du Seigneur, saisissaient et étouffaient des lions, nous
terrasserons nous-mêmes le lion infernal.
11. Jpsi gloria et imperium in sœcula sœculorum. Amen.
C'est un souhait d'amour, comme dans l'Oraison domi-
nicale. Que le nom du Seigneur soit glorifié, béni, sanc-
tifié par toute la terre ! que toute créature soit soumise à
son empire ! et que sa volonté soit faite dans les siècles
des siècles ! Ainsi soit-il !
12. Per Silvanwn fidelem fratrem vobis, ut arhitror,
br éviter scripsi. « Je vous ai écrit une lettre que vous
trouverez courte, je pense, et je vous l'envoie par Silvain,
notre frère fidèle (1). »
(1) C'est le sens que donne le syriaque : Hœc pauca, vl arhitror,
— 245 — lPetr.,v.
Fidelem. Ce mot a son importance. Ceux que les Apô-
tres chargeaient de leurs lettres non seulement les por-
taient, mais souvent ils en donnaient l'explication.
Brevitcr scripsi. La lettre de saint Pierre est courte en
effet, si l'on considère l'abondance des instructions que
l'on y voit renfermées. Saint Paul disait de même à la
fin de son Epître aux Hébreux, qui est beaucoup plus
longue : Perpancis scripsi vobis. (Hebr., xm, 22.)
Per Silvanum. Silvain est le même que Silas, le com-
pagnon de saint Paul, dont il est souvent parlé dans les
Actes des Apôtres. (Ch. xv, xvi, xvn et xvin.) Il est
aussi appelé Silvanus par saint Paul. (II Cor., i, 19;
I Thess., i, 1 ; II Thess., i, 1.) Silas était considéré par
les Apôtres mêmes non seulement comme un des chré-
tiens les plus illustres, mais comme leur auxiliaire dans
la prédication de l'Evangile. (Act. A.., xv, 22.) Son nom
est inscrit dans le Martyrologe au 13 juillet.
Scripsi obsecrans et contestans hanc esse veram gratiam
Dei, in qua statis. La phrase régulière et complète serait :
obsecrans ut credatis liane esse veram gratiam Dei, in
qua statis, et illud vobis contestans. C'est-à-dire : en vous
écrivant cette lettre, je vous conjure (itapaxaXS) de croire
fermement que la grâce dans laquelle vous êtes établis,
est la vraie grâce de Dieu; et je vous atteste qu'il en est
ainsi (È7rtaapTupôo).
Par la vraie grâce de Dieu,, il entend la vraie religion
qu'ils ont embrassée. Il la nomme ainsi, car la religion
chrétienne, avec ses dogmes, ses sacrements et ses lois,
est la grâce la plus admirable que Dieu ait faite aux
hommes, puisqu'elle est la source de toutes les autres
grâces et du salut éternel. Qu'ils observent donc fidèle-
ment cette religion, étant assurés que Jésus de Nazareth
est vraiment le Sauveur promis dès le commencement
du monde et le Messie annoncé par les prophètes.
scripsi vobii per 8ilvanum fratrem fidelem. D'autres font rapporter
Ml arbitrai- a fidelem, et le sens serait : Je vous ai écrit par Silvain qui
je pense, un frère Adèle. Ce serait une litote ironique, figure qui
n'est point dans le ton de la lettre, et que rien n'appelle en ce lieu.
— 246 —
Ces deux mots obsecrans et conlestans résument toute
la lettre de saint Pierre et montrent le but qu'il s'est pro-
posé. Je vous ai écrit, leur dit-il, pour vous exhorter à
demeurer fermes dans la foi que vous avez embrassée, et
pour vous attester que la religion de Jésus est la vraie
religion qui sauvera vos âmes.
Salutat vos ecclesia quœ est in Babylone, « l'Eglise qui
est dans Babylone vous salue. » C'est Rome qu'il désigne
sous le nom de Babylone, comme fait saint Jean dans
l'Apocalypse, où il nous montre cette Babylone assise
sur sept collines. (Apoc, xvn et xvin.) Papias, disciple
de saint Jean, Clément d'Alexandrie et saint Jérôme
nous déclarent que par Babylone il faut entendre Rome.
Théophylacte, Œcumenius et tous les interprètes anciens
en conviennent. Au xvie siècle, Erasme éleva des doutes
contre cette persuasion traditionnelle. Théodore de Bèze
et d'autres protestants la combattirent à leur tour. Leur
but était de se débarrasser d'un texte qui prouve que
saint Pierre a résidé à Rome, tandis qu'ils voudraient
établir qu'il n'y est jamais venu et que le Pape n'est pas
son successeur. Mais cette opinion a été si bien réfutée
qu'aucun homme sérieux n'ose plus la reproduire.
Or saint Pierre nomme ainsi la ville de Rome, parce
qu'elle était pleine de corruption, comme l'ancienne Ba-
bylone, et parce qu'elle méritait ce nom à cause de toutes
les erreurs qui s'y trouvaient rassemblées. Omnium nen-
tium serviebat erroribus, dit saint Léon.
Cette appellation était en usage parmi les premiers
chrétiens. Ils évitaient par là de faire connaître aux Juifs
et aux païens le lieu où résidait le Chef de l'Eglise. C'est
pour cette raison peut-être que saint Luc, après avoir
raconté comment saint Pierre fut sauvé de la prison et
de la mort à Jérusalem, ajoute que, « sortant de cette
ville, il s'en alla dans un autre lieu », ne voulant pas dire
qu'il se rendit à Rome.
Ecclesia coelecta. Peuple d'Israël, enfants d'Abraham,
vous fûtes les premiers élus du Seigneur. Vous avez reçu
la vérité de sa bouche divine et des lèvres de ses pre-
— 247 — IPetr.,y,
miers disciples. Aujourd'hui, au sein de la nouvelle Ba-
bylone, il y a une Eglise composée de chrétiens qui sont
élus comme vous et avec vous, pour recevoir la foi, la
grâce du Christ et la gloire éternelle. Or cette Eglise, qui
est élue aussi bien que les enfants d'Abraham, vous salue
comme des frères.
El Marcus filins meus. « Et Marc, mon fils. » C'est saint
Marc, l'évangéliste : nous n'avons aucune raison d'en dou-
ter, et saint Jérôme l'atteste formellement : Meminit hujus
Marci et Peints in Epistola prima. (De Vir. ill., c. vm, 8.)
Filins meus. Il l'appelle son fils parce que, dans la pré-
dication évangélique et dans la fondation de l'Eglise de
Rome, saint Marc avait rendu à saint Pierre les mêmes
services qu'un fils rend à son père. Saint Paul donne le
même titre pour la même raison à Timothée.
Saint Marc, après avoir été à Rome le secrétaire de
saint Pierre et avoir composé sous ses yeux l'Evangile
qui porte son nom, alla fonder l'Eglise d'Alexandrie, vers
l'an 45 ; et il y souffrit le martyre, la huitième année du
règne de Néron, l'an 62 ou 63 de Jésus-Christ.
Salutat vos Marcus. Puisque saint Marc était encore
auprès de saint Pierre, quand cette lettre fut écrite, on
en conclut avec raison qu'elle n'est pas postérieure à
l'an 45. Unde patet, dit le vénérable Bède, quod prius-
quam Marcum Alexandriam de Roma Petrus ad evanqe-
lizandum mitteret, Epistolam hanc scripsit. Il suit de là
que cette Epître est la plus ancienne de toutes les Epitres
apostoliques.
14. Salutate invicem in osculo sancto. « Saluez-vous les
uns les autres par un saint baiser. » Cette même phrase
se trouve quatre fois répétée dans les Epitres de saint
Paul. Rom., xvi ; ICor., xvi; II Cor., xm; IThessaL, v.)
On voit que l'usage était dès lors établi de se donner mu-
tuellement le baiser de paix dans les saintes assemblées,
rite qui s'est conservé dans la liturgie. Nous le trouvons
mentionné dans saint Augustin : « Post orationem domi-
nicam dicitur: Pax vobiscum, et osculantur sese invicem
christiani in osculo sancto. (Serm. lxxxiii.)
— 248 —
Gratia vobis omnibus qui estis in Christo Jesu. Amen,
« Que la grâce de Dieu soit à vous tous qui êtes en Jésus-
Christ. Amen. » Etre en Jésus-Christ, c'est lui être uni
par la foi et le baptême, c'est être membre de son Eglise,
qui est son corps mystique. Saint Pierre veut donc que
tous les fidèles conservent en eux la grâce sanctifiante ou
qu'ils la recouvrent, s'ils l'avaient perdue ; et il leur sou-
haite en même temps toutes les grâces actuelles dont ils
ont besoin pour mener une vie sainte.
Gratia vobis. Saint Pierre a commencé sa lettre par la
grâce, il la termine par la grâce, après en avoir pour
ainsi dire parfumé toutes les pages, afin de nous appren-
dre que l'Eglise de Dieu ne peut être sauvée que par la
grâce. A gratia cœpit Epistolam, in gratia consummavit,
mediam gratia respersit (i, 13, et iv, 10), ut Ecclesiam
Christi non nisiper gratiam ejus salvari posse doceret.
(Bède.)
Gratia vobis omnibus qui estis in Christo Jesu. Cette
Epître n'est adressée directement, selon son inscription,
qu'à un petit nombre d'Eglises : à celles du Pont, de la
Galatie, de la Cappadoce, de l'Asie et de la Bithynie. Mais
cette dernière formule, « à tous ceux qui sont en Jésus-
Christ », nous fait entendre que saint Pierre, en l'écri-
vant, se propose d'avertir les fidèles répandus dans tout
l'univers, et d'instruire en même temps ceux des siècles
futurs.
Gratia vobis omnibus. Nous souhaitons de même la
grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ à tous ceux qui
liront ces pages ; et nous les prions d'implorer sa miséri
corde pour celui qui les a écrites.
COMMENTAIRE
SUR LA
DEUXIÈME ÉP1TRE DE SAINT PIERRE
PREFACE
1. La seconde Epître de saint Pierre n'a pas été d'abord
reconnue comme authentique par toutes les églises. Mais au
ive siècle, elle figure dans le catalogue des saintes Ecritures
dressé par le concile de .!.:•. odicée en 364, et dans le me concile
de Carthage tenu l'an 3l>~ . Enfin le pape saint Innocent I dans
sa lettre à Exupère, et le pape saint Gélase dans son décret
célèbre de l'an 414, ont attesté et fixé la tradition de l'Eglise
romaine touchant cette Epître. D'ailleurs elle est citée par un
grand nombre de Pères d'Orient et d'Occident. On peut nom-
mer saint Cyrille de Jérusalem, saint Athanase, saint Jean
Ghrysostome, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint
Augustin, saint Jérôme, saint Hilaire, saint Ephrem, saint Jean
Damascène. Aussi fut-elle comprise dans le catalogue des saintes
Ecritures que les Grecs et les Latins rédigèrent à Florence d'un
commun accord, en 1437. Enfin, après le concile de Trente et
celui du Vatican, les catholiques ne peuvent plus disputer sur
l'auteur de cette Epître : il est de foi qu'elle est de saint Pierre
et qu'elle fait partie des Ecritures canoniques.
La principale raison qui avait autrefois suggéré des doutes
à plusieurs, c'est La différence de stylo qu'on remarque entre
k ''U\ Kpîtres. Mais suint Jérôme fournit lui-même la solu-
tion de cette difficulté. Suint Pierre, dit-il. aura fait écrire l'une
et l'autre par des secrétaires différents. Dnœ epistolœ quœ
feruntur Pétri stylo interse et charactere discrepant, stmtc-
erberum .■ eœ qua intejligimus pre nécessitais
wi diversiseum uêum interpretibus. (AdHedib. Ep. 120j
— 252 —
quœst. 11.) En clïet saint Marc, son premier secrétaire, l'avait
depuis longtemps quitté, et Clément d'Alexandrie nous apprend
qu'il en eut un autre du nom de Glaucias.
Mais il n'est pas même besoin de recourir à la supposition
de saint Jérôme. Entre la première et la seconde Epître, il s'était
écoulé une vingtaine d'années. Le style d'un écrivain peut se
modifier dans un si long intervalle. D'ailleurs, est-ce qu'un
écrivain n'a qu'un style ? Dans sa première Epître, saint Pierre
donne des préceptes avec calme. Dans la seconde, sachant qu'il
va mourir, et voyant les églises d'Asie menacées par des héré-
sies déplorables, est-il étonnant que son discours s'anime, qu'il
exhorte avec des paroles émues les chrétiens à demeurer fermes
dans la foi, et qu'il trouve des termes énergiques pour stigma-
tiser ceux qui veulent les corrompre ? Le péril de tant d'âmes
et la charité qui remplit son cœur suffisent pour rendre son
éloquence plus vive et plus entraînante.
Nous ajouterons que des hommes instruits pensent qu'on
a beaucoup exagéré la différence de style entre les deux écrits
de saint Pierre.
2. Cette Epître contient trois chapitres. Dans le premier,
saint Pierre recommande aux chrétiens de s'attacher fortement
à la doctrine qu'ils ont reçue, et à la pratique des vertus qu'elle
exige. Il donne pour premier fondement à leur foi, la parole
céleste qu'il a entendue lui-môme sur la montagne et qui disait :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. » Il s'appuie en
second lieu sur le témoignage des anciens prophètes, qui démon-
tre que Jésus est le Christ.
Dans le second chapitre, il les exhorte à fuir les hérétiques,
dont il décrit les vices en termes pleins de force, et il prédit
qu'ils seront punis avec les démons, avec les coupables qui
furent engloutis par le déluge, et avec les habitants impurs
de Sodome.
Dans le troisième chapitre, il fait souvenir les chrétiens que
la destruction du monde et le jugement général approche. Ils
doivent donc vivre dans la sainteté, afin d'être toujours prêts
à paraître devant Dieu.
3. Saint Pierre a écrit cette Epître à Rome, l'an &j ou 67 de
Notre-Seigneur, quelque temps avant sa mort. Peut-être n'était-
— 253 —
il pas encore enfermé dans la prison Mamertine, où il passa
les neuf derniers mois qui précédèrent son glorieux martyre.
Saint Jude, qui écrivait après saint Pierre, a reproduit
plusieurs pensées de cette Epitre, et presque dans les mêmes
termes. Il semble qu'il avait pour but de rendre témoignage
aux prédictions de l'Apôtre. Saint Pierre dit, par exemple :
« Il \iendra des hommes menteurs qui introduiront des
sectes de perdition » : et peu d'années après, saint Jude
déclare « qu'ils sont venus. »
Cette seconde Epître de saint Pierre est un des morceaux
les plus éloquents du Nouveau Testament.
DEUXIÈME ÉPITRE DE SAINT PIERRE
CHAPITRE PREMIER
ANALYSE
1. Saint Pierre, bâchant que la fin de sa vie est proche,
exhorte les fidèles d'Asie à la pratique des vertus chrétiennes,
afin qu'ils assurent le salut de leurs âmes (1-15).
2. Il prouve la certitude de la religion chrétienne d'abord par
la voix du Père qu'il a entendue sur la montagne, ensuite par
le témoignage des prophètes (IG-lin).
1. Simon Petrus, servus et
apostolus Jesn Christ i, Us qui
coœqualem nobiscum sortiti
s\>.nt fidem in justifia Dei nostri
et Salvatoris Jesu Christi.
2. Gratia vobis et pax adim-
pleatur in cognitione Dei, et
Christi Jesu Domitti nostri.
3. Quomodo omnia nobit di-
vinœ virtutis suœ, quœ ad vi-
t \m et pietateiii, donata sunt,
per cognitionem ejusqui vocenrit
nos propria gloria et rirtute ;
\. Per g na et pre-
promiata donavit :
ut per hœr êfftciafmni <iiri,,,r>
consortes natures*, fugientes ejus
quœ i>i mundo est concupiscen-
ruptione
"nxnem
1. Simon Pierre, serviteur et apô-
tre de Jésus-Christ, à ceux qui ont
reçu la même foi que nous, avec la
justice de notre Dieu et Sauveur
Jésus-Christ.
2. Que la grâce et la paix augmen-
tent en vous de plus en plus par la
connaissance de Dieu et de Jésus-
Christ Notre-Seigneur.
3. Vous savez comment la puis-
sance de Dieu nous a donné tous les
biens qui concernent l;i vie et la
piété, en nous faisant connaître celui
qui nous a appelés par sa gloire
et sa vertu :
4. Celui par qui il nous a donné
les grandes et précieuses grâces qu'il
avait promises; afin que par ce*
mêmes grâces vous deveniez partici-
pants de la nature divine, en fuyant
la corruption de la concupiscence
qui régne dans le monde.
5. Apportez de votre part tous vos
— 256
sitbinfer entes, ministrate in fide
vcstra virtutem, in virtute au-
tem sci'entiam,
6. In scientia autem abstinen-
titttn, in abstinent ici autem pa-
tientiam, in patientia autem
pictatem,
7. In pietate autem amorem
fraternitatis, in amore autem
fraternitatis charitatem .
8. II œc enim si vobiscum ad-
vint et superent , non vacuos
nec sine fructu vos constituent
in Domini nostri Jesu Christi
cognitione.
9. Oui enim non prœsto 8unt
hœc, cœcus est et manu tentans,
oblivionem accipiens purgatio-
nis veterum suorum delictorum.
10. Quapropter, fratres, magis
satagiteutper bona opéra certain
vestram vocationem et electio-
nem faciatis : hœc enim facien-
tes, non peccabitis aliquando.
11. Sic enim abundanter mi-
nistrabitur vobis introitus in
œternum regnum Domini nos-
tri et Salvatoris Jesu Christi.
12. Propter quod incipiam vos
semper commonere de his, et
qv.idem scientes et confirmatos
vos in prœsenti veritate.
13. Justum autem arbitror
quamdiu sum in hoc taberna-
culo, suscitare vos in commoni-
tione :
14. Certus quod velox est de-
positio tabernaculi mei, secun-
dum quod et Dominus noster
Jésus Christus significavit mihi.
15. Dabo autem operam et
fréquenter habere vos post obi-
tum meum, ut horum memo-
riani faciatis.
16. Non enim doctas fabulas
secuti notant fecimus vobis Do-
mini nostri Jesu Christi virtu-
tem et prœsentiam, sed specu-
latores facti illius magnitudinis.
soius pour unir à votre foi la vertu ;
ii la vertu, la science;
0. A la science, la tempérance; a
la tempérance, la patience ; à la
patience, la piété ;
7. A la piété, l'amour de vos frères ;
à l'amour de vos frères, la charit*',
8. Car si ces vertus sont en vous
et. si elles y abondent, elles feront
que la connaissance de Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ ne sera point en
vous stérile et infructueuse.
9. Mais celui qui n'a point ce*
vertus est un aveugle, il marche à
tâtons et il oublie qu'il a été purifié
de ses anciens péchés.
10. Efforcez-vous donc de plus en
plus, mes frères, d'affermir votre
vocation et votre élection par de
bonnes œuvres; car en agissant ainsi
vous ne pécherez jamais ;
11. Et cette conduite vous donnera
une entrée favorable au royaume
éternel de notre Seigneur et Sauveur
Jésus-Christ.
12. C'est pourquoi je ne cesserai
point de vous faire ressouvenir de
ces choses, quoique vous les con-
naissiez et que vous soyez confirmés
dans la vérité dont je vous parle.
13. Car je pense que c'est un de-
voir pour moi, pendant que je suis
dans cette tente, de vous réveiller en
vous rappelant ces vérités.
14. Or, je sais que dans peu de
temps je dois quitter cette tente,
comme Notre-Seigneur Jésus-Christ
me l'a fait connaître.
15. Mais j'aurai soin que, même
après ma mort, vous puissiez tou-
jours vous remettre ces choses en
mémoire.
16. Au reste, ce n'est point en
suivant des fables ingénieuses que
nous vous avons fait connaître la
puissance et l'avènement de Notre-
Seigneur Jésus-Christ ; mais c'est
après avoir été nous-mêmes les
spectateurs de sa majesté.
— 257 —
II Petr., 1.
17. Accipiens entra a Deo
Pâtre honorent et gloriam, voce
delapsa ml eum hujnscemodi a
magnifica gloria : Hic est filins
métis dileetns, in qno mihi com-
placui : ipston audite.
18. Et hanc vocan nos audi-
ius (!>■ coslo allatam, quum
essetnns cum ipso in monte
sancto.
li>. Et habetnus firmiorem
propheticum sermonem ; cui be-
nefacitis attendentes, quasi lu-
cerna' lucenti in caliginoso loco,
donec (lies elncescat, et lucifer
oriatur in cordions vestris :
20. Hoc priraum intelligen-
tes qv.od o>nnis prophetia Scrip-
turœ propria interprétât ione
non fit.
21. Non enim voluntate hu-
na allât a est aliquando pro-
phetia ; sed Spirittt, sancto in-
spirât i, locuti sunt sancti Dei
hotnines.
17. Car il a reçu de Dieu le Père
l'honneur et la gloire, lorsque du
sein de la nuée glorieuse et magni-
fique a retenti cette voix : « Celui-ei
est mon fils bien-aimé en qui j'ai
mis mes complaisances ; écoutez-le. »
18. Or nous avons entendu nous-
mêmes cette voix qui venait du ciel,
lorsque nous étions avec lui sur la
sainte montagne.
19. Mais nous avons aussi les paro-
les des prophètes, dont la certitude
est plus ferme encore ; et vous faites
bien de fixer sur elles votre attention,
comme sur une lampe qui luit dans
un lieu obscur, jusqu'à ce que le
jour commence à paraître et que
l'étoile du matin se lève dans vos
cœurs.
20. Mais comprenez avant toutes
choses que nulle prophétie de l'Ecri-
ture ne s'explique par une interpré-
tation particulière.
21. Car ce n'est point par la vo-
lonté des hommes que les prophéties
nous ont été anciennement apportées ;
mais c'est par l'inspiration du Saint-
Esprit que les saints hommes de
Dieu ont parlé.
COMMENTAIRE
1. Simon Petrus (1), servus et apostolus Jesu Christi.
•■ Simon Pierre, serviteur et Apôtre de Jésus-Christ, d Ce
titre nous assure que cette lettre est de saint Pierre. Elle
Mirait être l'œuvre d'un faussaire; car, en l'étudiant,
on y reconnaît une autorité si élevée et une sainteté si
vraie et si noble, qu'il n'est pas possible de l'attribuer à
un imposteur.
lis gui coaequaLem nobiscum sorti ti s mit fidem. « A ceux
I exemplaires grecs varient entre It/iùv etSv/ueùv, qui
esl la forme la plus rapprochée de L'hébreu sobimbhon, 'indiens ou
lufititv, Act. A., xv, 1 1.
i rn m v cm lU'Uyr-RS
17
— 258 —
qui ont reçu la même foi que nous. » D'après ces termes,
saini Pierre adresse sa lettre à tous ceux qui possèdent
le don précieux de la foi. Cependant, on voit plus loin
(en. ni) qu'il écrit spécialement à ceux qui ont déjà reçu
de lui une première lettre, c'est-à-dire aux Eglises d'Asie,
de Bithynie, de Galatie, du Pont, de Cappadoce, et plus
particulièrement encore aux Juifs de ces provinces qui
ont embrassé l'Evangile.
Cocequalcm /Idem. Ils ont tous été instruits des mêmes
dogmes et des mômes mystères; ils ont connu les grandes
vérités de la foi, qui est la même en tous quant à son objet,
una //des. (Eph., îv. 5.) Mais saint Pierre ne veut pas dire
que tous possèdent la vertu de la foi dans le même degré.
Cocequalcm fidem, lcréw{*w 7cfcmv, œque pretiosam fidem.
La foi est d'un prix inestimable, premièrement parce que
ce don est le prix du sang de Jésus-Christ; secondement
parce que cette foi nous ouvre le royaume des deux.
Sortili sunt, Va/yj. ils n'ont point mérité la foi par
leurs œuvres, mais ils l'ont reçue comme une grâce de la
bonté divine.
InjustitiaDcinostrictSalvatorisJesu Christi. « A tous
ceux qui, avec la foi, ont participé à la justice de notre
Dieu et Sauveur Jésus-Christ. » C'est-à-dire, nous
écrivons à tous ceux qui, en croyant à l'Evangile, sont
devenus justes non de la justice légale et judaïque, mais
justes devant Dieu, justes de la justice que Jésus-Christ
nous a enseignée, méritée et conférée. Car le baptême a
lavé nos âmes de la souillure du péché, et nous a com-
muniqué la grâce sanctifiante à cause des mérites de
Jésus-Christ (1).
2. Gratin uoùis et pax adimpleatur ; c'est-à-dire assidue
crescens ad pleniludinem pertingat. Que la grâce et la paix
augmentent en vous jusqu'à ce qu'elles atteignent leur
(1) En <;Tir, |v $t.»v.v>QÙvA ~r/j (ôztj q/uSm v.y\ ï.otr%po$ 'l/,3^û Xpiaroû. L'on
traduit ainsi : » A tous ceux qui, avec la foi, ont reçu la justice de
Jésus-Clfcifisi, qui est notre Dieu et notre Sauveur. « En e.Tet, l'article
roli n'éiaut mis qu'une fois avec &-oj et £s*r%s«s, unit ces deux mots et
en fait deux épithètes de \rpoù fy&wrwiv.
— 259 — U Petr.,u
perfection. Selon la belle doctrine de saint Thomas, notre
vie spirituelle suit des lois conformes à celles de la vie
naturelle. Nous sortons du sein de nos mères avec la vie
du corps ; ensuite les aliments, le temps, l'exercice nous
perfectionnent et affermissent nos membres. De même,
après que nous sommes engendrés à la Tk spirituelle par
le baptême, nous avons besoin des mitres sacrcments.de
la prière et des bonnes œuvres, pour croître et nous for-
tifier dans la grâce. C'est alors seulement que nous som-
mes établis dans cette bienheureuse paix qui règne sui-
tes affections de l'àme, et qui maintient avec joie toutes
ses puissances sous l'empire de Dieu. (Voyez I Petr..
ii. a.)
Les Apôtres commencent et Unissent ordinairement
leurs Epitres en souhaitant la grâce, parce que c'est de
la grâce que dépend la sainteté de la vie présente et le
bonheur de la vie future.
In CDfj/tifione Dei et Chrisli Jesn Doinini //os/ri. Que la
grâce et la paix croissent donc en vos âmes avec la con-
naissance de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Nous avons dans cette parole le secret de la perfection
chrétienne. La racine du salut est dans la connaissance
de Dieu, comme nous le dit Notre-Seigneur : Uœc est vita
astema, ut cognoscant te sohnn lïeuni wentm,êt r/t/em mi-
sis/i Jes/u/f Ckrntium. (S. Joann., xvn. •">.
' ("est par finl^lligence que commence et croit en nous
la vie éternelle. L'Esprit-Saint fait d'abord luire à notre
esprit sa lumière, puis il échauffe notre cœur. Il faut donc
nous appliquer à connaître Dieu, sa bonté, sa justice. Si
nous connaissons aa Justin-, nous le craindrons, et le
craignant, nous ne ['©Penserons pas. Si nous connaissons
sa bonté, nous l'aimerons: l'aimant, nous serons aimés
de lui. et il nous donnera la vie éternelle.
Mais comment connaître Dieu?Sai»l Pierre nous le
dit : in cognitione Jesu Christi. Persoanc n'a vu Dieu;
mais le l-'ils. qui §«j dans le sein du Père, nous l'a lui-
îii' • bviim iiemo vidit unquam : uniqenitus
Filins, ifiii rst m simi Patris, ipse enarravit. Ecoutons les
— 260 —
paroles de Jésus-Christ, méditons ce qu'il a dit et ce
qu'il a fait, et nous connaîtrons Dieu comme on peut le
connaître en cette vie.
In cognitione Dei, en grec, èv iw.^n^v. tou h£ou, in agni-
tione Dei. Ce terme, in agnitione, fait entendre que plus
on pense à Dieu, mieux on le connaît. Car, en méditant
ses perfections et ses bienfaits, nous recevons de nouvelles
lumières qui éclairent notre esprit ; et nous « reconnais-
sons » en Dieu des merveilles de sa bonté, que nous
n'avions entrevues que d'une manière confuse.
Et Christi Jesn Dornini nostri. Jésus-Christ est notre
Roi, notre Seigneur et notre Maître : voilà le titre qui lui
est aujourd'hui disputé par la philosophie du siècle et par
l'hérésie libérale. Ces sectes veulent abolir le règne de
Jésus-Christ sur la société. Mais nous chrétiens, nous
protestons contre cette impiété, nous reconnaissons Jésus-
Christ comme notre Dieu, comme notre Seigneur, et
comme le Roi de toutes les nations : à lui l'empire sur
tous les hommes et sur tous les peuples, qu'il a rachetés
de son sang.
3. Quomodo omnia nobis divinœ virtutis suœ, quœ ad
vitam et pietatem, donata sunt. « Vous savez comment la
puissance de Dieu nous a donné toutes les grâces qui
concernent la vie et la piété. »
Quomodo. Cette conjonction se lie au mot cognitione,
et l'on peut ainsi exposer la phrase : Gratia vobis et
pax adimpleatur in cognitione Dei et Christi. Nostis
enim quomodo omnia bénéficia potentiœ Dei, quœ ad
vitam œternam et ad pietatem 'pertinent, nobis donata
sunt. Scilicet collata sunt nobis per cognitionem Jesu
Christi, qui vocavit nos gloriosa sua bonitate ; quo-
niam per hune Jesum Chris tum Deus maxima et pretiosa
bona quœ pollicitus erat olim patribus nostris, nobis do-
navit : ita ut vos ipsi per hœc do?ia efficiamini divine
consortes naturœ.
Chacune de ces pensées mérite notre attention.
Omnia divinœ virtutis suœ. La puissance de Dieu a
multiplié les prodiges pour nous donner la vie spirituelle :
— 261 — Il Petr.,i.
prodiges de l'incarnation, prodiges de la rédemption, pro-
diges de la prédication évangélique, prodiges des sacre-
ments, prodiges de l'institution et de la conservation de
l'Eglise.
Omnia quœ ad vitam et pietatem. Aucun secours ne
nous manque pour acquérir la vie de la grâce, et pour
l'entretenir en nous par la piété, c'est-à-dire par le culte
que l'on rend à Dieu. Car lorsque nous l'adorons en
esprit et en vérité, sa puissance nous donne la force de
soumettre nos passions, d'extirper nos vices, de pratiquer
toutes les vertus et de triompher des persécutions.
Chaque chrétien fidèle peut dire de lui-même : Le Tout-
Puissant a fait en moi de grandes choses. Fecit mihi
magna qui potens est.
Donata sunt. Ce texte prouve, contre les Pélagiens, que
l'homme ne peut par ses forces naturelles faire aucune
œuvre utile au salut, mais que tout ce qui produit, con-
serve et augmente en nous la vie spirituelle, est un don
de la grâce : Omnia nobis, quœ ad vitam et pietatem,
donata sunt,
Per cognitionem ejus qui vocavit ?ios propria gloria et
virtute. Or, tous ces biens admirables nous sont venus
par la connaissance de Jésus-Christ : c'est elle qui en est
le principe. Jésus-Christ par sa glorieuse bonté nous a
appelés à la foi, et en nous donnant la foi, il nous a
rendus capables de participer à toutes les autres grâces
avec lesquelles nous mériterons la vie éternelle.
Vocavit nos propria gloria. La plus grande gloire de
Dieu, ce n'est pas de créer des mondes, c'est de faire des
saints et de justifier des pécheurs; c'est de prendre un
persécuteur de son Eglise, comme Saul, et d'en faire un
Apôtre ; c'est de rendre chaste un libertin, humble un
orgueilleux, généreux un avare, et fervente une âme
tiède (1).
(1) Propria gloria et virtute, làiq £é£» xai àptrfy. Les commentateurs
remarquent ce mot àc*rr;, qui est assez rare dans le Nouveau Testament.
Nous l'avons déjà vu dans la première Epitre de saint Pierre : Ut vir-
tài àptràç) annuntietiê ejus (I Petr., n, 9), afin que vous annon-
— 382 —
1. Per quem (1) maxinia et pretiosa nobis promissa
donavit : ut per liœc efficiamini divinee consorles naturœ,
fugientes ejus qxix in mundo est concapiscentiœ corrup-
tionem. « C'est par Jésus-Christ que Dieu nous a donné
les grandes et précieuses grâces qu'il avait promises ;
afin que par ces mêmes grâces vous deveniez participants
de la nature divine, en fuyant la concupiscence et la cor-
ruption qui régnent dans le monde. »
Max? ma et pretiosa promissa. Le Père nous a donné
par Jésus-Christ les grandes et précieuses promesses
qui avaient été faites dès le commencement du monde h
Adam, à Abraham, à nos pères : savoir, la promesse
d'un Sauveur qui effacerait les péchés des hommes et
leur ouvrirait les cieux. Jésus-Christ nous a apporté ces
dons magnifiques, et il vous les offre à vous, mes frères,
qui êtes répandus parmi les nations. Si vous les acceptez,
vous deviendrez participants de la nature divine, mais
à condition que vous fuirez la corruption de la concupis-
cence qui règne dans le monde. Vous serez immortels
comme Dieu, heureux comme Dieu ; vous le verrez face
à face : vous l'aimerez et il vous aimera sans fin pendant
l'éternité. Car, ne faisant qu'un avec Dieu, vous partici-
perez à la nature de Dieu, qui vous a déjà adoptés pour
«es enfants.
Ut per hsec efficiamini divinœ consortes naturœ, Ozh.;
xoivcovo- cpuaauç. Expliquons cette parole.
D'abord, la nature humaine ne sera pas changée en la
nature divine, que possèdent seuls le Père, le Fils et le
Saint-Esprit. En second lieu, la nature humaine ne sera
pas unie personnellement à la nature divine, comme elle
l'est dans Jésus-Christ seul.
ciez les miséricordes du Seigneur. C'est encore ici le même sens. Jésus-
Christ vous a appelés à la foi par sa bonté et sa miséricorde, virtute.
(1) Per quem, oV ôv. Presque tous les exemplaires grecs portent cV wv,
per quœ, pluriel neutre qui se rapporte à gloria et virtute. Cette leçon
est moins satisfaisante que celle de la Vulgate. En effet, c'est par
Jésus-Christ et à cause de Jé-ni—Hinst (ot' ôv) que Dieu nous a donné
les promesses. Estius préfère per quem et déclare ce sens tout à fait
digne de l'P>angile.
— 208 — // Petr., i.
Mais l'homme juste participe dès maintenant à la
nature divine par l'infusion de la grâce sanctifiante. Car
cette grâce est un don admirable, qui élève l'homme au-
dessus même de la nature angélique : en sorte que, d'après
les théologiens, il n'y a pas de créature dont on puisse
dire que la grâce lui soit naturelle. C'est un don sublime,
ineffable, qui approche de Dieu la créature. Selon saint
Thomas, la grâce n'est rien moins qu'une participation
réelle, quoique créée, de la nature divine. La grâce nous
élève à l'être même de Dieu, et, par les vertus qui lui
sont inhérentes, elle dispose l'âme aux opérations de la
vie surnaturelle et divine. Aussi est-elle la semence de
la gloire : comme le fruit naît de l'arbre, la gloire naît
de la grâce.
En outre, lorsque le juste est orné de la grâce sancti-
fiante, le Saint-Esprit descend en lui ; non seulement il
lui communique ses dons les plus précieux, mais il réside
en lui personnellement comme dans son temple. C'est
l'enseignement de plusieurs théologiens, appuyés sur les
saints Pères.
Et nous l'avons dit, cette participation à la nature
divine, qui atteindra sa plénitude dans le ciel, commence
dans le baptême. Faut-il s'étonner d'entendre saint Léon
s'écrier : Reconnais ta dignité, ô chrétien, et devenu
participant de la nature divine, prends garde qu'une
conduite indigne de ta grandeur ne te fasse retomber
dans ton ancienne bassesse (1) ?
Saint Denys est plus expressif encore. On ne peut être
sauvé, dit-il, qu'en devenant des dieux. Or, l'on devient
des dieux, autant que cela est possible, pat l'imitation de
; et par f union avec Dieu (2).
o chrUtiane, dignitatem luam, et divinas consors factus
>io(i in oeterem Hlitatem (L-çjenevi conversatione /••dire.
(S, 1 in \'<ttr. 1),,
-■/:(',- l-7i t r, npài h:ov, '.,,- iporrfrv, àfep<tiU i* «mA Iv*Ws. (S. Dion.
Ar#op. H Mr., «-. i, c. >. S+ltu <>.,,< aliter taister* pote*tt *»#• ii gui
talutt tquuntwr dit fkmt, ùêi/icatiû autmn est ipsius l)>-i. q\
ejv.s firri potest, imitatio et unio.
— 264 —
Fugientes concupisceyitiœ corruptionem. Mais vous ne
deviendrez semblables à Dieu, qu'en fuyant la corruption
de la concupiscence qui règne dans le monde. Car cette
concupiscence impure, qui satisfait les désirs de la chair,
souille l'âme et lui ôte toute sa beauté.
5, 6, 7. Vos autem curam omnem subinf er entes > minis-
trate in fide vestra virtiitem, in virtute autem scientiam, in
scientia autem abstinentiam, in abstinentia autem patien-
tiam, in p atientia autem pietatem, in pietate autem amorem
fraternitatis, in amore autem fraternitatis charitatem (1).
Jésus-Christ vous offre les grâces abondantes qu'il
vous a méritées par son sang, mais il faut y correspon-
dre. Apportez donc de votre part tout votre soin pour
orner votre foi de la vertu active qui fait le bien. A la
vertu qui opère, joignez la science qui dirigera vos actions
selon la prudence et la sagesse. A la science, ajoutez la
tempérance. A la tempérance, unissez la patience : elle
vous fera supporter avec courage toutes les peines qui
nous viennent soit de la nature soit des hommes. Avec
la patience, cultivez la piété qui soutient et console. A la
piété, ajoutez l'amour des frères ; car ce n'est point une
vraie religion que celle qui néglige le prochain. Enfin,
à l'amour des frères, unissez la charité qui remplit nos
cœurs de l'amour de Dieu ; sans la charité, vous le savez,
toutes les autres vertus ne serviraient de rien pour le
ciel : Si charitatem autem non habuero, nihil mihi prodest.
(I Cor., xin, 3.)
Vos autem curam omnem subinfer entes. En grec, -acc.;-
evéyxavTsç, simul cum gratia Dei et vos omnem curam
afférentes. Il n'y a point de vertu chrétienne sans la grâce
de Dieu et sans la coopération de l'homme. Donc en de-
mandant à Dieu son secours pour éviter le mal et pour
accomplir le bien, il faut de notre côté employer cons-
(1) Vos autem. La pensée contenue dans cette nouvelle phrase est
la conséquence de celle qui précède. On pourrait les ordonner ainsi :
Quomodo Deits in vos maxima contulit bénéficia, ita et vos studete
vt hœc dnna in* vobis permaneant et crescant. Puisque Dieu vous a
comblés de bienfaits, conservez ces dons admirables et croissez en
vertus.
— 265 — // Petr., i.
tamment tous nos soins et tous nos efforts, "irasav «tou&qV,
omnem curam, oinne studium.
Snbinferentes. Saint Augustin explique ce mot et cette
doctrine avec beaucoup de précision. Nous devons prier,
dit-il, afin que Dieu nous aide à ne pas pécher. Mais la
prière ne suffît pas : il faut y joindre de notre part une
volonté efficace. « Dieu est notre aide » ; mais on n'aide
que celui qui fait lui-môme des efforts (1).
Reprenons cette belle gradation, qui est comme une
échelle des vertus chrétiennes. Cette échelle a huit degrés,
dont le premier est la foi, et le plus éminent la charité.
Ministrate in fide. L'Apôtre nomme d'abord la foi, parce
qu'elle est le fondement de toutes les vertus chrétiennes.
Ministrate in fide vestra virlutem. Vous avez une foi
pure et intègre, vous croyez sincèrement toutes les vérités
qui vous ont été enseignées. Mais ce n'est pas assez d'avoir
une croyance orthodoxe : il faut manifester sa foi par
des actions. C'est ce que signifie le mot grec âp£T7j, qui
exprime l'énergie d'une bonne volonté.
In virtute scientiam. Or, l'activité et le zèle sans la
science et la prudence, n'édifient point l'Eglise, mais la
troublent. La science que recommande saint Pierre est
celle qui fait le bien avec discernement, selon les prin-
cipes de la sagesse. Faire le bien est une science qu'il
faut apprendre, nous dit Isaïe : Discite bene facere.
(Isaï., i, 17.) Sans cette science, sans cette prudence,
sans cette intelligence, saint Bernard nous déclare que
la vertu même devient un vice. Toile hanc, et virtus
vitiwn erit. (In Cant. Serai, xlix.) Ce fut le malheur des
Juifs : ils avaient le zèle ; mais parce qu'ils n'avaient pas
(1) Repellamus ab attribut et mentibus nostvis eos qui dicunt, accepta
semel libéra roluntatis arbitrio, nec orare nos debeve ut Deus nos
adjuvet ne peccemus... Nec ideo tamen solis hac de re votis agendion
est, ut non subinferatur adnitendo etiam nostrœ vohintatis efficacia.
» Adjutor enim noeter Dette ■ dicitur, nec adjuvari potest, nisi qui
etiam aliquid sponte conaixir : qvia non sicut in lapidibi's insensatis,
ni>t sirvt in ris i)i quorum n<it>>rn rationem vohintate»iqne non con-
didit, salutem nostram Dens operatur in nohis. (S. Aug., 1. II de
Peccat. merit., c. vi.)
— m\ -
la science, ils crucifièrent Celui qu'ils devaient adorer.
/Emulationem Dei habent, se cl non secundum scicnliam.
(Rom., x, 2.)
6. In scientia autem abstiiwntiam, in abstincntia au-
tem patientiam. L'abstinence ou la tempérance (en grec,
lyxpTEia) est une force d'âme qui réprime tout désir de
ce qui est contraire à l'honnêteté, à la raison, à la reli-
gion ; et lorsque cette force s'élève à son plus haut degré,
elle renonce même aux plaisirs permis pour mieux con-
damner ceux qui ne le sont pas : elle se prive des choses
qui ne sont pas nécessaires pour s'affranchir de la
tyrannie des sens.
Patientiam. La patience, bi^cN^, est aussi une force
d'âme qui nous fait supporter avec courage, pour notre
salut et pour la gloire de Dieu, toutes les peines qui
nous viennent de la nature ou des hommes. La patience
des saints était si admirable qu'ils acceptaient avec joie
la tribulation et même la mort. Superabundo gandio in
omni tribulatione nostra, disait saint Paul (II Cor.,
vu, 4) ; et saint Jacques exhortait les chrétiens à se
réjouir dans les tribulations : Omne gaudium existi-
?7iate, fratres, quum in tentationcs varias incideritis.
(S. Jac, i, 2.) Si la joie dans les peines exige une vertu
trop sublime pour notre faiblesse, au moins souffrons
avec résignation.
Un philosophe ancien, Epictète, résumait les préceptes
de la sagesse en deux mots : supporter et s'abstenir,
àvspu, oLTtiyou, sustine, abstine. Celui, disait-il, qui gra-
vera ces deux mots clans son cœur, et y conformera sa
conduite, commettra peu de fautes : is erit pleraque im
peccabilis. (Aulu-Gell., xvn, 19.) Mais cette belle maxime
de la sagesse païenne demeurait stérile ; car ceux mêmes
qui la proclamaient, trouvaient plus commode de suivre
la nature que de la vaincre.
Aussi, saint Pierre ajoute-t-il : in patientia autem
pietatem. C'est dans la piété, dans le culte de Dieu, c'est
dans la prière, dans la religion, que se trouve le motif
et la force de pratiquer la tempérance et la patience.
— 267 — HPetr.,1.
7. In pietate autem amorem fraternitatis. Par ce terme
amor fraternitatis, en grec iptfcoBeXf&i, l'on entend l'amour
qui unit entre eux tous les chrétiens, non seulement d'une
même ville, mais de tout l'univers. L'Eglise ne fait qu'une
famille de frères : quand les catholiques d'un pays loin-
tain sont persécutés, nous leur envoyons des secours et
des consolations. C'est ainsi qu'au temps des Apôtres,
les chrétiens d'Antioche, de Macédoine et d'Achaïe re-
cueillaient d'abondantes aumônes qu'ils portaient aux
fidèles de Jérusalem.
In amore autem fraternitatis charitatem. Mais il n'y a
point de véritable amour des hommes, sans l'amour de
Dieu. On le voit bien dans les épidémies. Les philan-
thropes prennent la fuite, tandis que les prêtres, les reli-
gieux, les religieuses, qui portent le crucifix sur leur
cœur, affrontent tous les périls pour secourir ceux qu'at-
teint le fléau de la contagion.
8. Hœc enimsi voois adsint et sapèrent, non vacuos nec
sine fructu vos constituent in Domini nostri Jesu Christi
cognitione (1). Si vous possédez ces vertus, si elles abon-
dent dans vos cœurs et se manifestent par vos actions,
la connaissance de Jésus-Christ Notre-Seigneur ne vous
laissera pas stériles et sans fruits, mais elle vous fera
paraître devant Dieu les mains pleines de bonnes œuvres.
La connaissance de Jésus-Christ est le commencement
du salut, mais elle ne suffit pas : il y faut joindre les
œuvres.
9. Oui enini non prirsto simt haec, cœcus est et manu
tentans, oblivionem accipiens purgatio?iis veteriun suorum
(h'iictorum. i Mais celui qui n'a point ces vertus est un
aveugle, qui marche à tâtons et qui oublie comment il
a été purifié de ses anciennes fautes. »
Cœcus est, il est aveugle, il ne voit pas le ciel qui de-
(1) VAX grec, :z>:z yàp J/IÏV jzycy/,,zy. KCt\ -'/ lOvâÇovra o'j/. àpy9\iÇ oùSl
t îL r^vTàC Ktipfev^pOv \tpov Iptavov iietymst*. Le pré-
sent mUttmprw oblige b rendre ainsi : « Lorsque vous possédez ces vertus,
et qu'elles sont es rena lui un degré éminent, elles ne raw lai-
poinf stériles et san fruit- &*ec te connmtssxBee de Wena-Chrisl Notrt-
Seigneur. «
— 268 —
vrait être le but de ses pensées et de ses actions ; il ne voit
pas l'enfer où le conduisent son relâchement et ses péchés.
Et manu tentans. Quoique privé de lumière, il marche
cependant, mais comme un homme qui erre dans les ténè-
bres et ne sait pas où il va.
Cette parole rappelle la malédiction prononcée dans le
Deutéronome contre celui qui viole la loi. « Le Seigneur
te frappera d'aveuglement, et tu marcheras à tâtons en
plein midi, comme fait l'aveugle dans les ténèbres. » Per-
cutiat te Dominns cœcitate, et palpes in meridie sicut pal-
pare solet cœcus in tenebris. (Deuter., xxviii, 28.)
Manu tentans, en grec fxutDTràÇcov (de auw cty, fermer ou
cligner les yeux). Ce verbe signifie proprement avoir la
vue courte, de manière à ne distinguer que les objets qui
sont très proches. Tels sont les mondains : ils ne voient
que les choses de la terre. Par extension, ce verbe signi-
fie aussi avoir la vue tellement faible qu'on s'aide de la
main pour discerner les objets en les palpaut. C'est bien
l'état des pécheurs dominés par leurs passions. Chez eux
la foi est couverte comme d'un nuage, et ils ne voient les
grandes vérités de la religion que dans une obscurité con-
fuse. Ambulabunt ut cœci, quia Domino peccaverunt. (So-
phon., i, 17.)
Oblivionem accipiens purgationis suorum delictorum*
Celui qui ne cherche pas à acquérir ces vertus oublie
avec quelle bonté Jésus-Christ lui a pardonné ses anciens
péchés; il a perdu la mémoire des promesses solennelles
qu'il avait faites avant d'être admis au baptême : en sorte
qu'il devient parjure et ingrat.
10. Quapropter, fratres, magis satagite ut per bona
opéra cerlam veslram vocationem et electionem faciatis.
« C'est pourquoi, mes frères, efforcez-vous de plus en
plus à rendre certaine votre vocation et votre élection,
en faisant de bonnes œuvres (1). »
(1) Per bona ojiera, m' «yaflwv {p/wv, Ces mots importants manquent
dans beaucoup d'exemplaires grecs ; mais ils se lisent dans le sinaïtique
et dans l'alexandrin. D'ailleurs ils ressortent de tout le contexte ; le rai-
sonnement de l'Apôtre les suppose ; Calvin n'ose pas le nier, et le Con-
cile de Trente les cite : il faut les conserver.
— 269 — // Petr., i.
Quapropter. C'est la conclusion de ce qui 'précède.
L'homme qui ne possède pas les vertus qu'on vient d'é-
numérer, est un aveugle qui marche vers l'abîme. Il faut
donc qu'il tâche de les acquérir. Saint Pierre ne dit pas
qu'elles manquent aux chrétiens d'Asie ; il reconnaît
même leur ferveur ; mais ils doivent faire de nouveaux
efforts pour croître en ces vertus, et pour les mettre en-
core mieux en pratique : magis satagite. Car c'est par
leurs bonnes œuvres qu'ils rendront ferme et certaine
leur vocation et leur élection.
Ce texte prouve clairement contre lesl protestants que
la foi ne suffit pas au salut. Vous avez été appelés à la
foi, dit saint Pierre, et vous avez été élus pour la gloire
du ciel. Mais cette vocation et cette élection ne seront
rendues fermes, efficaces, certaines, que par vos bonnes
œuvres, puisqu'il est écrit que Dieu rendra à chacun, non
selon sa croyance, mais selon ses œuvres : Quia tu reddes
unicuiqite juxta opcra sua. (Ps. lxi.)
Satagite utper bona opéra certam vestram vocationem
et electionem faciatis. Les théologiens qui pensent que
l'élection à la gloire n'est pas antécédente aux mérites,
produisent ce texte en leur faveur. L'élection à la gloire
et au salut est du moins conditionnelle, disent-ils, puis-
qu'elle a besoin d'être confirmée et rendue certaine par
les bonnes œuvres, qui dépendent du libre arbitre.
Ainsi l'exprime clairement ïhéophylacte. « Les appelés
sont nombreux, dit-il, puisque Dieu appelle tous les
hommes. Mais il y a peu d'élus ; car c'est le petit nombre
qui travaille à se sauver et qui se rend digne d'être élu
de Dieu : en sorte que l'appel vient de Dieu, et que l'élec-
tion ou la non élection dépend de nous. » Dei est vocare,
electos autem fieri aut non fieri, nostrum. (Theophyl.
in Matth., xxn, 14.) Saint Ambroise enseigne la même
doctrine, lorsqu'après avoir cité cette parole : Quos prœ-
Suivit, et prœdestinavit, il ajoute : Dieu n'a pas Iprédes-
tiné avant de prévoir; mais il a prédestiné à la récom-
i'« use ceux dont il a prévu les mérites. Non enim anle
destinavit quam prœsciret; sed quorum mérita prœ-
— 270 —
scivit. eomnn prœmia praedestinavit. (S. Ambr. de Fide,
1. V. r. vi.)
Suint François de Sales, dans une lettre à Lessius, féli-
cite ce religieux d'avoir embrassé l'opinion de la prédes-
tination à la gloire en prévision des mérites, post prœvisa
mérita. Le saint docteur déclare cette opinion très illus-
tre par son ancienneté, sa suavité, et l'autorité des Ecri-
tures prises dans leur sens naturel ; pour lui il l'a tou-
jours regardée comme la plus conforme à la miséricorde
et à la grâce de Dieu, comme la plus vraie et comme la
plus aimable. Sententiam illani antù/uitulc, suavitate,
ac Scriplurarum nativa auctoritate nobilissimain... Eam
semper rit Dei miser i cor diœ ac çjraticV mar/is consenta-
neam, veriorem ac amabiliorem existimavi. (Voyez Feller,
art. Lessius.)
Néanmoins l'autre opinion est libre, et l'on cite même
en sa faveur les grandes autorités de saint Augustin et de
saint Thomas.
Saint Augustin, en admettant la prédestination anté-
cédente aux mérites, corrigeait par les paroles suivantes
ce qu'elle semble avoir d'effrayant : Vous devez espérer,
disait-il, que Dieu vous donnera la persévérance dans
l'observation de sa loi, et il faut demander tous les jours
cette grâce dans vos prières. Si vous le faites, ayez con-
fiance, croyez que vous n'êtes pas exclu du peuple des
prédestinés. Car c'est Dieu même qui vous donne la grâce
d'espérer et de prier. Que si vous êtes obligés de mettre
en Dieu votre espérance, ce n'est pas certes une raison
de désespérer de votre salut : c'est tout le contraire, puis-
que le prophète déclare maudit quiconque metfson espé-
rance dans un homme. Maledictus homo qui confiait in
homine, et ponit carnem brachium suu?n.
Mais sans entrer dans ces profondeurs, une vérité in-
contestable suffit : Tout homme qui veut être sauvé, se
sauve, et nul n'est perdu que par sa faute (1 .
(I) Jerem., xvn, 5. — S. Auy. de Dono perse ver., xxn. — Vovez
notre Commentaire >ur S. Paul. II ïim., n, VJ.
— 271 — /lPelr.,1.
IJœc enim facientcs non peccabitis aliquando. « Car si
vous êtes zélés pour les œuvres saintes, vous ne pécherez
jamais. » Voici le raisonnement de saint Pierre : Celui
qui se conserve exempt de péché rend sa vocation et son
élection certaines et efficaces. Or celui qui s'applique aux
œuvres pieuses évite le péché. Donc il rend certaines sa
vocation à la grâce et son élection à la gloire.
Non peccabitis aliquando, « vous ne pécherez jamais »,
ou du moins il ne vous échappera que des fautes légères.
C'est le sens du grec : ou ^ ~-y.<rr-z -o-i. vous ne bron-
cherez jamais de manière à faire une chute grave. S'ef-
forcer de faire le bien est le moyen sûr d'éviter le péché
et la perdition.
11. Car, ajoute saint Pierre, ces bonnes œuvres vous
mériteront le salut. Sic enim abundanter ministrabitur
vobis introitus in & ter nom regnum Domini ?wstri et Sal-
vataris Jesu ( hristi. A chaque effort que vous ferez pour
accomplir une bonne action, des grâces abondantes et
riches vous seront données, avec un titre de plus pour
entrer dans l'éternel royaume de Jésus- Christ notre Sei-
gneur et notre Sauveur (1).
1"2. Propter quod incipiani vos semper monere de lus.
1 pourquoi je ne cesserai de vous faire ressouvenir
de ces importantes vérités dont je vous parle aujour-
d'hui (2).
Et qxddem scientes et conftrmatos vos in preesenti veri-
tatê. (Quoique vous connaissiez les vérités dont je parle,
que vous n'en doutiez pas et que vous y soyez affermis,
(1) ( irre répète ici à dessein 1<- même verbe
Istrceri, qu'il a employé plus haut (v. 5}; il marque ainsi ia rela-
tion entre le mérite »-t la récompense. (Test comme ^'il disait : S
tes œuvres, et vous recevrez u: _ aéieuse :
'strate, ministrabitur vobis.
(2) Tncipiai . Le grec, peïlijaai bpâç î/^saty.v^szîjv
veut dire sim] mmonebo. Car le verbe //e'Mw avec
un infinitif marque Le futur : pillai ffjjtirccv, je vais envoyer, mùsurus
rend ordinairement ce verbe par încipere,
( un futur prochain. "H/nUcv &nod*iexsiv, ineipiebal mort
., iv, 41 ■ iliûat, in r>. ,'. (Act. A.,
\\,
— 272 —
je ne cesserai de vous les rappeler. Car il ne suffit pas
de connaître la loi, il faut en faire l'objet de ses pensées,
et la mettre en pratique.
Semper monebo, je vous avertirai toujours : grande
leçon donnée aux pasteurs des âmes, que l'Apôtre va
développer encore dans les versets suivants.
13. Justum aulem arbitror, quamdiu sum i?i hoc taber-
naculo, suscitare vos in commonitione . « Car je pense que
c'est un devoir pour moi, pendant que je suis dans cette
tente, de vous réveiller par des avertissements. » En effet,
il y a toujours, dans un troupeau, des brebis égarées qu'il
faut ramener au bercail, ou blessées qu'il faut panser,
ou malades qu'il faut guérir, ou saines qu'il faut soigneu-
sement nourrir, défendre et garder. (Ezech., xxxiv, 16.)
Suscitare vos in commonitione. Mais pour que le pasteur
réveille les fidèles en leur prêchant les grandes vérités
du salut, il doit se réveiller lui-même en les méditant
chaque jour. Vigila super le ipsum, excita te ipsum ;
admone te ipsum ; et quidquid de aliis sit, non negligas
te ipsum. (Imit. Christ., 1. I, c. xxv.)
Suscitare, o'.syacE'.v. Saint Pierre se rappelle ce funeste
sommeil auquel il se laissa aller sur la montagne des
Oliviers et qui fut cause de sa chute. Nous de même
croyons que nous avons besoin d'être réveillés par nos
supérieurs et par nos amis, pour ne pas nous laisser en-
dormir au milieu des périls.
Quamdiu sum in hoc tabernaculo. Notre corps, séjour
passager de notre âme, n'est point une maison solide ;
c'est une tente, que le voyageur dresse le soir pour y
passer la nuit, et qu'il plie le matin avant son départ (1).
14. Certus quod velox est depositio tabernaculi mei. Or
je sais que bientôt je déposerai ma tente, et c'est un mo-
tif pour moi de redoubler de vigilance (2).
(1) Saint Paul avait dit de même : « Nous qui sommes ici dans cette
tente, nous gémissons d'être appesantis par le poids de notre corps. »
Qui sumus in hoc tabernaculo, ingemiscimus gravati. (II Cor., v, A.)
(2) Depositio tabernaculi mei, vj dniOî-jiç toû <7x-/)vw//aTiï pou. La tente
où j'habite est maintenant encore dressée, mais bientôt elle sera, non
— 278 — I/Petr.,1,
Secundum quod et Dominus no s ter Jésus Christus signi-
ficavit mihi. Je dois bientôt quitter cette terre, mon âge
m'en avertit ; la persécution qui ravage l'Eglise de Rome
doit Unir par m'atteindre ; j'en suis d'ailleurs certain
parce que Jésus-Christ Notre-Seigneur me l'a révélé.
D'après ce texte, il semblerait que saint Pierre n'était
pas encore en prison, lorsqu'il écrivit cette lettre: car il
est probable qu'il n'eût pas manqué de le dire, comme
avait fait saint Paul en écrivant de sa première prison
aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et à
Philémon.
Dominus significavit mihi. Saint Ambroise rapporte,
comme une tradition certaine, que saint Pierre étant
recherché par les païens qui voulaient le mettre à mort,
parce qu'il enseignait la loi chrétienne et spécialement
la chasteté, fut supplié par les fidèles de céder pour un
temps à l'orage. Quoiqu'il désirât le martyre, il se décida,
suivant leur conseil, à sortir de Rome pendant une nuit.
A peine était-il hors des murs, qu'il rencontra Jésus.
Seigneur, où allez-vous? demanda saint Pierre. — Je
vais à Rome, pour y être crucilié de nouveau, répondit
Jésus. Saint Pierre comprit que le Christ, désormais im-
mortel, ne pouvait être crucilié qu'en son serviteur. Il
rentra dans Rome, fut aussitôt pris, et mourut sur la
croix. (S. Ambr. Serm. contr. Auxent., n. 13.) Hégésippe,
historien du iv,! siècle, fait le même récit. (Excid. Jeros.,
1. [II, c. n.) On voit à Rome, sur la voie Appienne, une
petite chapelle, érigée en mémoire de ce fait : elle s'ap-
pelle Domine quo vadis?
15. Dabo autem operam et fréquenter haùerc vos post
obitum meum, ut horion memoriam faciatis. Mais j'aurai
soin que, même après mon départ de ce inonde, vous
ayez le moyen de vous remettre fréquemment ces choses
en mémoire (1;.
pas pliée pour être portée ailleurs, mais déposée et kiissée sur la terre,
pendant que mon àme partira seule pour le ciel.
^1) Vos habo;j ut faciatis, :.yiu 'jpSLi noiftiOzt, ("est an hellénisme
c|ui veut dire vos habere potestatem facienâi ou vos posse facere. Car
Kl'l rRB8 ' \ 1 HO] [QVB9 18
— 274 —
Quelle était la mesure que voulait prendre saint Pierre
pour que les fidèles pussent se rappeler souvent les gran
des vérités de la religion ? On l'ignore.
(,)uelques-uns disent qu'il songeait à choisir pour coad-
jutour saint Clément ou saint Lin, qui continueraient
après sa mort de veiller sur toutes les églises et d'y
faire entendre la parole du salut. Mais il ne dit pas
qu'il prendra des moyens pour qu'on annonce aux
fidèles cette bonne parole, il dit qu'il veut que les
fidèles puissent se la rappeler eux-mêmes.
D'autres pensent qu'il désigne ses propres Epîtres : il
suffira aux chrétiens de les relire pour se ranimer dans
la pratique de toutes les vertus. Mais il semble qu'il en-
tend parler d'autre chose, puisque cette lettre est la der-
nière et qu'il dit au futur : Je prendrai soin, dabo operam.
Peut-être saint Pierre s'occupait-il de faire copier
les livres du Nouveau Testament qui existaient alors.
C'étaient les trois Evangiles de saint Matthieu, saint
Marc et saint Luc, avec treize Epîtres de saint Paul, celle
de saint Jacques et les deux de saint Pierre lui-même.
Ne serait-ce point dans ce but que saint Paul écrivait de
Rome à Timothée, vers la même époque, de lui apporter
d'Asie « surtout des parchemins », maxime autem mem-
branas? (II Tim., iv, 13.) Un exemplaire de ces livres
divins, copié avec soin, sous les yeux des deux Apôtres
et de leurs disciples, serait lu dans les assemblées des
fidèles et leur rappellerait chaque fois (lyAizoTz) les gran-
des vérités du salut.
16. Non enim doctas fabulas secuti notam fecimus uobis
Domini nostri Jesu Christi virtutem et prœsentiam, sed
speculatorcs facti illias magnitudinis. « Au reste ce n'est
point en suivant des fables habilement inventées, que
nous vous avons fait connaître la puissance et l'avène-
ment de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais nous vous
e^co suivi d'un infinitif signifie avoir le moyen de ou « pouvoir », e'xo)
TtouVuQai, possum facere. La phrase serait donc plus clairement rendue
en latin de cette manière : Dabo opérant ft vos, post eocitum mettni,
fréquenter horum memoriam facere possitis.
— 275 — IIPctr.,i.
l'annonçons après avoir été nous-mêmes les spectateurs
de sa majesté. »
Saint Pierre vient d'exhorter les fidèles à mériter, par
de saintes œuvres, l'entrée dans le royaume éternel,
promis aux hommes par Jésus-Christ. Maintenant il
appuie son exhortation sur la certitude de la divinité
de Jésus-Christ, et il la prouve en leur déclarant qu'il
a été lui-même le témoin oculaire de sa gloire sur la
montagne, et qu'il a entendu le Père éternel lui rendre
témoignage du haut des cieux.
Doctris fabulas, GE5«pioj*ivouç [xuôouç, fabulas arte compo-
siias. Je ne vous raconte pas d'ingénieuses fictions, comme
sont les récits mythologiques de la Grèce, ou les fables
de certains hérétiques, mais j'ai vu de mes yeux, j'ai
entendu de mes oreilles ce que je vous atteste.
Notam fecimus vobis Domini nostri Jesu Christi vir-
tutem. La puissance de Jésus-Christ a éclaté dans les
grands miracles dont tous les Apôtres ont été les témoins.
Notam fecimus, iyva>pfox{i£v, nous vous avons fait con-^
naître d'une manière certaine la puissance absolue avec
laquelle il commandait à la nature.
Et praesentiam, en grec -apo-Wav, adventum. Ce mot se
lie surtout à Christi, Saint Pierre veut dire : Nous vous
avons prouvé que le Christ est venu, et qu'il a été pré-
sent au milieu de nous. Le Christ promis à nos Pères,
c'est Jésus de Nazareth, dont nous avons été les disciples.
Speculatores facti illius magnitudinis, i-xô-xxv. yeufiévreç
r?\z beefrou \u,y*Xti4rr[Toç, « nous avons contemplé sa gran-
deur. » Il parle d'un fait, dont il a été le témoin oculaire.
Ce grand événement où s'est manifestée la gloire de Jésus-
Christ, lorsque sa face devint plus brillante que le soleil,
si la transfiguration, dont furent témoins saint Pierre,
saint Jacques et saint Jean.
L7. Accipiens enim a Deo Pâtre honorem et gloriam,
• ' c delapsa ad eum hujusccmodi a magnifica qloria :
Hic est Fitius meus dilectus, in quo mihi complacui ; ipsum
audite. Car il a reçu de Dieu le Père un témoignage
d'honneur et de gloire, lorsque du sein de la majesté et
— m -
de la gloire cette voix s'est fait entendre et est descendue
vers lui : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai
mis mes complaisances ; écoutez-le (1). »
Voce delapsa ad eum liujuscemodi a maqnifica gloria.
11 reçut l'honneur de la part du Père, quand une voix,
retentissant du sein de la gloire magnifique, lui adressa
cette parole : « Celui-ci est mon Fils. » La gloire magni-
fique , c'est la nuée lumineuse que mentionne l'Evan
géliste, nubes lucida. (S. Mat th., xvn, 1.)
Delapsa a gloria, en grec bttyUi<rr^ oin oo;y,;, prolata a
gloria} cette voix était proférée par la gloire. On no
voyait personne : c'était la nuée lumineuse qui semblait
faire retentir les paroles que prononçait le Père.
Voce hujuscemodi. cpwvvjç roiasSe. La voix disait les paro-
les que voici :
Hic est Filius meus dilectus, ô uléç [/.ou ô ày-y-r^ôc. L'article
ainsi répété fait entendre que Jésus n'est point seulement
fils de Dieu comme les prophètes et les saints, mais qu'il
est le Fils unique par excellence, par nature égal à son
Père. Hic est Filius meus dilectus, quem a me non séparât
deitas, non dividit potestas, non discernit œternitas. Hic
est Filius meus non adoptio?iis, sed proprius ; non aliunde
creatus, sed ex me g en i tus ; nec de alia natura mihi fac-
tus comparabilis, sed de mea essentia mihi natus œqualis.
(S. Léon. Serm. de Transfig.;
Jn quo mihi complacui. C'est l'explication du mot dilec-
tus, mon Fils bien-aimé. en qui j'ai mis toutes mes com-
plaisances. De là il suit que le Fils absorbant l'amour
infini du Père, c'est en son Fils et à cause de son Fils
(1) Aoclplens honorera. La phrase semble inachevée : c'est un hé-
braïsme. Accipiens est mis pour accipiens fuit ou accepit, « il reçut. »
Les Hébreux emploient le participe pour le verbe. — Au lieu de recou-
rir à un hébraïsme, on peut encore expliquer la phrase par l'anacoluthe.
Saint Pierre en la commençant se proposait peut-être de l'ordonner
ainsi : Accipiens a Deo honorem declaratns est esse Filius Del. Mais
\x citation des paroles du Père a rendu cette terminaison superflue.
( "est pourquoi après avoir rapporté cette grande parole, il ajoute qu'il
;i lui-même entendu la voix qui descendait du ciel. — La transfiguration
de Notre-Seigneur Jésus-Christ est racontée par saint Matthieu (xvn, 1),
par saint Marc (ix, 1), et par saint Luc (ix, 28).
— 377 — Il Peti\rh
que le Père nous aime. Il aime les saints, parce qu'ils
sont semblables à son Fils, et parce qu'ils ne font qu'un
avec son Fils, dont ils sont les membres.
Ipsum audite. Ces mots ne se lisent pas ici dans le
grec ; mais ils sont dans les trois évangélistes saint Mat-
thieu, saint Marc et saint Luc. Par cette parole, le Père
qui a donné son Fils au monde comme Rédempteur, com-
mande de l'écouter comme Docteur, et de lui obéir comme
au Législateur suprême. Cette parole répond à la prédic-
tion de Moïse, inscrite au Deutéronome : « Dieu, disait-
il, vous suscitera un Prophète comme moi, il sera de
votre nation et d'entre vos frères. C'est lui que vous écou-
terez. » (Deuter., xvnr, lo.)Prophetam de g ente tua et de
fratribustuis, sicut me, suscitabit tibi Dominus Deus tnus.
Ipsum audies, Jésus est le grand Prophète qu'annonçait
Moïse.
18. Et ha ne vocem nos audivimus de cœlo allatam,
quum essejnus cum ipso in monte sancto. Saint Pierre
ne décrit point la splendeur qui brilla sur la face et toute
la personne de Jésus-Christ, l'éclat éblouissant de ses
vêtements, et la présence de Moïse et d'Elie ; car son but
est de prouver que Jésus est le Fils de Dieu, et c'est la
voix céleste qui le prouve. « Or, cette voix qui venait du
ciel, nous l'avons entendue nous-mêmes, dit-il, lorsque
nous étions avec lui sur la sainte montagne. »
Nos. Je n'étais pas seul : nous étions trois, Jacques,
Jean et moi. Jean, qui est près de vous en Asie, vous
l'attestera comme je le fais ici dans Rome.
In monte sancto. La tradition nous apprend que la
sainte montagne de la Transfiguration est le Thabor.
Saint Cyrille de Jérusalem l'atteste : Moïses et Elias illi
transfigurato présentes facti in monte Thabor dicebant
discipulis excessum cjus. (Catech., xn, 6.) Saint Jérôme
(Epitaph. Marcell.), saint Jean Damascène (Serm. de
Transf.), Euthymius (in Ps. lxxxviii), et le vénérable
Bède (De locis sanct., vu) le déclarent de même.
Quum essemus cum ipso in monte. D'après cette parole.
L'Epître que nous examinons a pour auteur l'un des trois
— 278 —
témoins de la Transfiguration. Or, elle n'est pas de saint
Jacques le Majeur, qui était mort depuis longtemps ;
elle n'est pas non plus de saint Jean, dont le style est
tout différent ; elle est donc de saint Pierre.
19. Ft kabemus firmiorem propheticum sermonem.
Notre témoignage est véridique et certain. Nous vous
annonçons ce que nous avons vu, et nous vous rapportons
ce que nous avons entendu. Mais si l'on hésitait à nous
croire, il y a une autorité plus ferme encore, et un témoi-
gnage qu'il est impossible de récuser : c'est la parole des
prophètes. Leurs oracles sont dans les mains de tout le
monde. Consultez-les et vous reconnaîtrez que tout ce
que les prophètes ont prédit touchant le Messie qui
devait venir, s'est accompli exactement dans Jésus de
Nazareth (1).
Firmiorem propheticum sermonem. La parole de saint
Pierre est en elle-même aussi ferme que celle des pro-
phètes, puisque l'une et l'autre viennent du Saint-Esprit.
Mais pour des Juifs ou pour des Gentils, le témoignage
de saint Pierre pouvait sembler n'être pas une preuve
assez convaincante : tandis que l'accomplissement des
prophéties anciennes dans la personne de Jésus démon-
trait par un argument irrésistible qu'il était le Messie.
Car, ils tenaient entre leurs mains ces vénérables par-
chemins qu'ils avaient reçus en héritage de leurs aïeux :
et sur ces volumes séculaires, authentiques, qu'on lisait
dans toutes les synagogues au temps de leurs ancêtres,
ils voyaient racontés d'avance et décrits avec exactitude,
les faits qui venaient de s'accomplir dans Jésus de Naza-
reth. Tout y était marqué d'avance, depuis sa conception
dans le sein d'une Vierge et sa naissance à Bethléhem,
jusqu'à sa passion, sa mort, sa résurrection et son ascen-
sion dans les cieux.
(1) C'est ce que firent les plus illustres habitants de Thessalonique
et de Bérée, quand saint Paul leur annonça l'Evangile. Ils passaient
les jours à lire et à scruter les anciennes prophéties, les comparant
avec ce que l'Apôtre leur racontait de Jésus. Quotidie scrutantes
Scripturas, si hœc ita se haberent. (Act. A., xvn, 11.)
— 279 — f/Petr.,i.
Gui bene facitis attendentes, quasi luceriuu lucenti in
caliginoso loco, clonec dies elucescat, et hœifer oriatur
in cordibus vestris. « Et vous faites bien de fixer votre
attention sur les écrits des saints prophètes, comme sur
une lampe qui luit dans un lieu obscur, jusqu'à ce que
le jour commence à paraître, et que l'étoile du matin se
lève dans vos cœurs. »
Saint Pierre montre combien est importante l'étude de
l'Ecriture sainte. La vie présente est une nuit obscure.
Les livres de l'Ancien Testament, comme ceux du Nou-
veau, sont une lampe qui luit dans les ténèbres de ce
monde ; elle répand la lumière sur toutes les choses de
la terre et des cieux ; elle éclaire les pas du voyageur
et l'empêche de s'égarer, comme l'exprime le prophète
royal : « Votre parole est une lampe qui guide mes pas,
et une lumière qui éclaire mes sentiers. » Lucernapedi-
bus meisverbum tu uni, et lumen semitis meis. (Ps. cxviii.)
Cette lampe nous est nécessaire pendant la marche péni-
ble de cette vie, jusqu'à [ce que le jour de l'éternité ap
proche : alors la nuit étant passée, les rayons de la majesté
divine, figurés par l'étoile du matin, commenceront à
briller dans nos intelligences et rempliront nos cœurs
de joie. In his velut nocturnis laboribus et doloribus, pro-
phetia nobis accensa est, sicut lucerna in obscuro loco,
donec dies lucescat et lucifer oriatur in cordibus nostris.
(S. Aug. in Ps. lxxxix, n. 15.)
20. Mais cette lampe elle-même pourrait nous égarer,
comme elle en a perdu plusieurs. C'est pourquoi saint
Pierre, inspiré de Dieu, pose un grand principe qui nous
préserve de l'erreur et nous sauve de l'hérésie. Vous
<l. ve/. dit-il, savoir et comprendre avant toutes choses,
que nulle prophétie de la sainte Ecriture ne s'explique
par une interprétation privée. Hoc primum intelligentes
(iw></ mnnis propheiia Scripturœ propria interpretatione
non fit. Eu grec, îâfa; èxtàûesuc ou ffasou, non est pmvaiae
solu/iouis. C'est-à-dire que les difficultés qui naissent du
texte de L'Ecriture sainte ne doivent pas être résolues
par l'interprétation particulière. Ne guis ad libitum suum
— 280 —
Scriphiras exponere audeat, dit le vénérable Bède. Non.
c'est à l'Eglise qu'appartient ce droit. Chaque fidèle n'est
point le juge du sens des Ecritures, spécialement dans
les passages qui concernent le dogme et la morale. Les
Ecritures sont un flambeau placé sur le chandelier public
de l'Eglise infaillible, et non sous le boisseau ténébreux
de l'intelligence individuelle. Le saint Concile de Trente l'a
expressément déclaré. Nemo suœ prudentiœ innixus, in
rébus fidei et morum... sanctam Scripturam adsuos sensus
contorquens, contra eum sensum quem tenxrit et tenet
sancta mater Ëcclesia {eu jus est jndicare de vero sensu et
interpretatione Scripturarum sanctarum)... interpretari
audeat. (Conc. Trid. Sess. IV. — Voyez plus bas, ch. m,
v. 16.)
Tout habile que soit un helléniste, un hébraïsant, un
érudit quelconque, il doit incliner son savoir devant
l'autorité de l'Eglise et de la tradition.
Prophetia Scripturœ. Par ce mot il faut entendre non
seulement les prédictions de l'avenir, mais tout l'ensei-
gnement dogmatique et moral donné sous l'inspiration
divine et déposé dans les saintes Ecritures. (Voyez
Rom., xii, 6 : I Cor., xm, 2, et xiv, 3; Apoc, xi, 3.)
Si l'on avait 3uivi le principe formulé par saint Pierre
à l'origine du christianisme et consigné par l'ordre de
Dieu dans sa dernière lettre, il n'y aurait jamais eu d'A-
rianisme, de Luthéranisme, ni de Jansénisme. Pétri sen-
tentia flagellât hœreticos, dit Estius. L'Eglise écoute vo-
lontiers les savants, mais elle les juge, et aucun de ses
jugements n'a été réformé par la science.
21. L'Apôtre ne se contente pas de poser le principe,
il en donne la raison : Non enim voluntate humana allata
estaliquando prophetia; sed Spiritu Sancto inspirati locuti
sunt sancti Dei hommes . « Car ce n'est point par une volonté
humaine que la prophétie nous a été autrefois apportée.
Les prophètes ne parlaient point de leur propre mouve-
ment ni selon leur science privée ; mais c'est par l'inspi-
ration même du Saint-Esprit que tous les saints hommes
de Dieu ont parlé. »
— 281 — // t'elr., i.
A on voluntate humana. Les faux prophètes disaient ce
qu'ils conjecturaient, ce qu'ils inventaient, ce qu'ils vou-
laient. Mais les vrais prophètes ont annoncé les choses
que Dieu leur a révélées, ils ont écrit ce que Dieu leur a
ordonné d'écrire, et Dieu les a assistés pour l'écrire.
De là on tire deux conclusions d'une grande importance.
Voici la première : Puisque la parole des livres saints
est une parole inspirée de Dieu, elle ne peut rien contenir
de faux, non seulement en ce qui concerne le dogme et la
morale, mais encore en ce qui touche à l'histoire, à la
philosophie, aux sciences humaines. Tout ce que dit l'E-
criture divine, bien comprise, est vrai. Les historiens
mêmes qui racontent, par l'ordre de Dieu, les faits qu'ils
ont vus, n'écrivent que sous l'impulsion et sous la di-
rection du Saint-Esprit : en sorte que leur récit est une
œuvre divine. Par là sont condamnés les hommes témé-
raires qui osent supposer des erreurs historiques ou
scientifiques dans la Bible.
Seconde conclusion. Puisque c'est le Saint-Esprit qui
parle dans l'Ecriture, c'est à lui qu'il appartient d'expli-
quer sa parole ; et il a institué dans l'Eglise une autorité
infaillible, que nous devons écouter. Car il l'assiste selon
la promesse de Jésus-Christ; il l'éclairé et la dirige, lors-
qu'elle interprète la sainte parole. Cette autorité vivante,
c'est le Pape et le Concile uni au Pape.
C'est aussi la Tradition ; car l'assistance du Saint-Es-
prit est perpétuelle. L'Eglise redira jusqu'à la fin du
monde ce que les Apôtres lui ont enseigné. Elle pourra
éclaicir et développer sa doctrine, elle ne la réformera
jamais.
Ainsi se trouve renversé par le fondement le libre exa-
men du protestantisme.
282 -
CHAPITRE DEUXIÈME
ANALYSE
1. Saint Pierre annonce que des docteurs de mensonge vont
s'élever dans l'Eglise. Il décrit d'avance leur caractère et leurs
mœurs, et il prédit leur châtiment (1-10).
2. Il montre ensuite combien sont coupables ceux qui, après
avoir connu l'Evangile et professé la religion chrétienne,
retournent à leurs anciens désordres (20-fin).
Saint Jude traite le même sujet dans son Epître. Il est bon
de l'avoir sous les yeux en lisant celle de saint Pierre : Tune
éclaircit l'autre.
1. Mais il y eut aussi de faux
prophètes parmi le peuple, comme
il y aura parmi vous des maîtres de
mensonge, qui introduiront des sectes
pernicieuses, et qui, reniant le Sei-
gneur qui les a rachetés, attireront
sur eux une prompte perdition.
2. Beaucoup suivront leurs dé-
sordres, et la voie de la vérité sera
blasphémée a cause d'eux.
3. Ils trafiqueront de vos âmes
par des discours artificieux, pour
satisfaire leur avarice. Mais leur
condamnation, depuis longtemps ré-
solue, s'avance a grands pas, et. la
perdition qui les attend ne s'endort
point.
4. Car si Dieu n'a point épargné
les anges qui ont péché, mais si,
après les avoir précipités dans l'abî-
me, il les y a enchaînés et livrés
aux supplices de l'enfer, où il les
réserve pour le jugement ;
1. Fuerunt vero et pseudo-
prophetœ in populo, sicut et in
vobis erunt magistri mendaces,
qui introducent sectas perdi-
tionis, et eu m qui émit eos Do-
rainum negant, superducentes
sibi celerem perditionem.
2. Et multl sequentur eoruni
luxurias, per quos via veritatis
blasphemabitur.
3. Et in avaritia fictis verbis
de vobis negotiabunUn- : quibus
judicium jam olim non cessât,
et perditio non dormitat.
4. Si enim Deus angelis pec-
cantïbus non pepercit, sed ru-
dentïbus inferni detractos in
t art arum tradidit cruciandos,
in jt'.dicium reservari ;
— 283
// Petr., h.
5. Et origincUi mundo non
pepercitt sed octavum Noe jus-
titias prceconem custodivit, di-
lurii'/,) mundo impiorum in-
ducens ;
6. Et ûivitates Sodomorum et
Qcmorrhœorum i<> dnerem ré-
digent, eversione damnavit,
extmplu m qui ùnpii ac~
turi sunt ponem : £+**/■ yii'
7. Et jufstum I. -t oppression
a nefandorum injuria ac Ivxu-
riosa coi"-' rsationc eripuii :
v. [Adsped ,' (lilm. et av.dilv.
justus erat, habitons npud eos
/ji<i de die in diem anisnam
justam iniquis operibus cru-
eiabant :)
'.'. Surit Domi/ins pios de ten-
tatione eripeve . iniqvos vero
iii die, h judicii reservare crv-
<iayidos :
10. Magis tw.tem eos qui post
came m in concupiscent ia im-
munditiœ ambulant, domina-
tionemque contemnunt. Auda-
. sihipbn -cites, sectas non i
tmi.it introducere blasphéman-
tes :
11. Ubi ontjcli fortitudine et
virtute quum sint majores, non
portant advertum se \bile
j\idi< in
12. Jli vero relut irrationa-
bilia . naturalitt r in cap-
• pemiciein, in his
quœ ignorant blasphi n ■■
corruptione sua peribunt,
13. Percipû ■ "cèdent in
just
- : coinquin i
■'<f deliciis affluen-
ian-
14. Oculoi hàbente
adulterii, • \ 'ili\ de!
peli, instabiles,
5. Et s'il n'a point épargné l'ancien
monde, mais s'il a sauvé seulement
sept personnes avec i\'oé, prédica-
teur de la justice, lorsqu'il amenn
le déluge sur le monde des impies ;
6. Et s'il a condamné à la des-
truction et réduit en cendres les
villes de Sodome et de Gomorrhe,
pour laisser un exemple à ceux qui
\ ivraient dans L'impiété :
7. Et -"il a délivré le juste Loth
de l'oppression de ces hommes in-
lïunes, qui l'outrageaient par leur
vie abominable.
8. (Car il gardait ses yeux et ses
oreilles dans la justice, en demeurant
au milieu d'hommes qui chaque jour
affligeaint son âme innocente par
leurs actions criminelles.)
9. Le Seigneur fait voir par là
qu'il sait délivrer les bons de la
tentation et réserver les pécheurs
au jour du jugement pour les livrer
au supplice.
10. j\lai> surtout il punira ceux
qui suivent les mouvements de la
chair pour s'abandonner aux désirs
impurs de leur concupiscence, ceux
qui méprisent toute domination, qui
sont audacieux, épris d'eux-mêmes,
osent introduire des sectes, et blas-
phèment :
11. Au lieu que les anges, qui
>ont plus grands en force et en
puissance, ne portent point de juge-
ment les uns contre les autres avec
des paroles de malédiction.
12. Mais ceux-ci, pareils a. des
animaux sans raison qui sont nés
pour être capturés et périr, blasphè-
ment ce qu'ils ignorent : ils périront
dans leur corruption.
13. Recevant ainsi le salaire de
leur injustice. Ils mettent La félicité
.1 passer le jour dans les volupt
hommes souillés, immondes, aban-
donnés a l'intempérance, et dissolus
jusque dans le> repas qu'ils prennent
avec vous.
14. Leurs yeui tont pleins d'adul-
tère et d'un péché qui oe cesse jamais
IU Béduisent lésâmes inconstantes:
•284 —
ils ont le cœur exerce à l'avarice; ce
sont des fils de malédiction.
15. Ils quittent le droit chemin et
s'égarent en suivant la voie de Ba-
laam de Bosor, qui aima la récom-
pense de l'iniquité.
16. Mais il fut. repris de son injuste
dessein, lorsqu'un animal muet, sou-
mis au joug, parla d'une voix hu-
maine et réprima la folie du pro-
phète.
17. Ce sont des fontaines sans eau,
des nuées agitées par des tourbillons,
et l'obscurité des ténèbres leur es1
réservée.
18. Car en tenant des discours vains
et pleins d'orgueil, ils attirent, par les
plaisirs charnels et impurs, ceux qui
commençaient h s'éloigner des hom-
mes qui vivent dans l'erreur,
19. Leur promettant la liberté .
lorsqu'ils sont eux-mêmes les esclaves
de la corruption ; car on est esclave
de celui par qui on a été vaincu.
20. Que si, après s'être retirés des
souillures du monde par la connais-
sance de notre Seigneur et Sauveur
Jésus-Christ, ils se laissent vaincre
et s'y engagent de nouveau, leur der-
nier état devient pire que le premier:
21. Et il leur eût été meilleur de
n'avoir point connu la voie de la
justice, que de retourner en arrière
après l'avoir connue, et de renoncera
la loi sainte qui leur avait été donnée.
22. Ils ont, en effet, éprouvé la vé-
rité de ce proverbe : Le chien est
retourné a son vomissement, et Le
pourceau lavé s'est vautré de nouveau
dans la boue.
cor exercitatum avaritia />"-
bentes, màledictionis filii;
15. Derelinquentes rectum
viam erraverunt, secuti viam
Balaam ex Bosor, qui merct-
dem iniquitatis amavit :
16. Correptionem. vero habuii
suce vesaniœ : subjugale mutum
animal, hominis voce loquens,
prohibuit prophetee insipien-
tiam.
17. Hi snnt fontes sine aqa"-
et nebulœ turbinibus eccagit<>t<p,
quibus caligo tenébrarum reser-
oatur.
18. Svperba enini vanitatis
loquentes, pelliciunt in desi-
deriis carnis luxuriœ eos qui
pauluium effugiv.nt qui in cr-
rore conversantur :
19. Libertatem illis promit-
tentes, quv.m ipsi servi sint
corraptionis ; a quo enim qvis
super atus est, hujv.s et se)
est.
20. Si enim réfugient es <-,,.
quinationes mundi in cognitio
ne Domini nostri et Salvatoris
Jesu Christi, liis rursus impli-
cati superantur, facta sunt eis
posteriora détériora prioribus.
21. Melius enim erat illis
non cognoscere viam justitiœ,
quam post agnilionem retror-
sum converti ab eo, qnod illis
tradition est, sancto mo.ndato.
22. Contigit enim eis illud
veri proverbii : Canis reversus
ad suum vomit um : et Sus Jota
in rob'tabro luti.
COMMENTAIRE
1. Fuerunt vero et pseudoproplietœ in populo. « Il y eut
aussi de faux prophètes chez le peuple de Dieu. »
Je vous ai exhorté, dit saint Pierre, à lire les saints
Prophètes, et je vous ai montré comment vous devez les
— 285 — // Petr., n.
entendre. Mais je dois vous rappeler qu'il y eut aussi,
comme vous le savez, de faux prophètes parmi le peuple
d'Israël. Car le Seigneur disait par la bouche de Jérémie :
Ils couraient et je ne les envoyais pas; ils prophéti-
saient et je ne leur parlais pas. » Et ailleurs : « Je ne les
ai pas envoyés, dit le Seigneur, et ils prophétisent en mon
nom des mensonges. Et ailleurs encore : « N'écoutez pas
les paroles de certains prophètes qui vous font des pro-
phéties et qui vous trompent. Us vous débitent les visions
de leur cœur et non ce qu'a prononcé la bouche du Sei-
gneur, non de ore Domini. (Jerem., xxm, 21 ; xxvn, 15:
xxiii, 16.)
Sicut et in vobis erunt magistri mendaces. Or comme il
\ «ut chez le peuple ancien des prophètes menteurs, il
\ aura de même parmi vous des maîtres de mensonge.
Et in vobis erunt. Dès les temps apostoliques il y en
avait dans l'Eglise, et ils se perpétueront jusqu'à la fin
des siècles. Quand saint Pierre écrivait cette lettre, il
venait de confondre Simon le magicien; mais l'imposteur
laissait des disciples. Saint Paul, dans ses courses évan-
^<Miques, avait du souvent lutter aussi contre de faux apô-
tres. Ne soyons donc pas étonnés si des erreurs falla-
cieuses se propagent aujourd'hui au sein de l'Eglise. Cela
est prédit; il faut qu'il y ait des hérésies, afin que l'on
connaisse ceux dont la foi est assez ferme pour soutenir
L'épreuve. Oportet et hœreses esse, ut qui probati sunt ma
ni festi fiant. (I Cor., xi, 19.)
Prophetœ, magistri. Saint Pierre distingue entre les
prophètes et les docteurs. L'ancien Testament était le
temps des prophètes, qui prédisaient le Christ et ses mys-
■s. La loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean, dit
Xotre-Seigneur. (S. Luc, xvi, 10.) Le Nouveau Testament
;i «les docteurs : ils expliquent ce qui a été prédit et en-
seigné par lea prophètes, par Jésus-Christ et par les
Apôtres.
Magistri mendaces. Toute hérésie, ayant pour premier
auteur le démon, s'établit et se soutient par le mensonge.
Erunt, Déjà, «lit ^aint Pierre, il y a de faux docteurs;
— 28H —
mais un plus grand nombre s'élèveront prochainement
et désoleront l'Eglise (1).
Qui introducent sectas perditionis. Ils introduiront des
sectes pernicieuses. — Introducent, en grec wapet<rai|ou<itv,
clam etsubdole inducent. En général, c'est par la fraude
que s'introduit l'erreur, et c'est par l'équivoque qu'elle
gagne du terrain. Ils parlent comme nous, mais ils ne
pensent pas comme nous, disait saint Irénée des héré-
tiques du second siècle, ofiotoi y.h XscXouvraç, b.vw.orj. ol
tppovouvxaç. (S. Iren. Prsef.)
Sectas, cupsseiç, hœreses. Le mot otfpemç signifie choix, car
l'hérétique choisit lui-même la doctrine qu'il veut croire,
au lieu que le chrétien reçoit de Dieu la sienne. Le chré-
tien fait deux questions à l'Eglise : Dieu a-t-il parlé et
qu'a-t-il dit? L'Eglise lui répond, et il sait avec certitude
que la réponse de l'Eglise est la vérité.
Perdilionis. Toute hérésie conduit à la perdition celui
qui l'invente et ceux qui l'embrassent. Car ce sont des
esprits superbes, révoltés contre Dieu et sa parole. « Te-
nez pour absolument certain, dit saint Fulgence, que tout
hérétique et tout schismatique, même baptisé, fit-il d'abon-
dantes aumônes et donnàt-il son sang pour le nom du
Christ, ne peut être sauvé, s'il meurt séparé de l'Eglise
catholique. » (S. Fulg. de Fi de ad Petrum.)
Et eum qui émit eos Bominum negant. Et ils renient
celui qui les a rachetés; ils nient son autorité sur eux;
ils refusent de le reconnaître pour leur Maître. Bominum
negant, Becnrotriv àpvouptevot", ils se proclament libres et indé-
pendants de Jésus-Christ qui a versé son sang pour eux.
Saint Jude explique clairement la parole de saint Pierre :
Ils renient Jésus-Christ, qui est notre seul Maître et Sei-
gneur. (S. Jud., 4.)
Emit eos. Parole touchante ! Vous vous êtes donné
vous-même tout entier pour m'avoir, disait saint Anselme.
(1) Dix ans auparavant, saint Paul prédisait de même aux ehefs
des églises d'Asie réunis à Milet, qu'il s'élèverait du milieu d'eux des
hommes pervers qui enseigneraient de fausses doctrines et entraîneraient
après eux des disciples. (Act., xx, 30.)
— 287 — // Petr., n.
Vous avez acheté mon corps, vous avez acheté mon âme.
Que l'un et l'autre vous servent ! Totum te dedisti pro me.
Emisii tibi spiritum meum, emisti tibi corpus meum,
utrumque servum tuum. (Sermo de pass. in Suppl.)
Emit eos. Le Christ a racheté ces hérétiques. De ce
texte on conclut avec raison que Jésus-Christ n'est pas
mort pour les seuls élus, mais encore pour les réprouvés.
Superducentes sibi cclerem perditionem. Qu'ont-ils ga-
gné ces inventeurs d'hérésies, ces fondateurs de sectes?
Ils se sont préparé une prompte perdition. On les voit
dogmatiser quelque temps, entraîner après eux des
hommes ignorants ou flétris par le vice, puis périr
d'une mort sinistre, comme Simon le magicien, Manès,
Arius, Nestorius, et d'autres qu'ont vus les siècles sui-
vants (1).
2. Et multi sequentur eorum luxurias. Et beaucoup
suivront leurs débauches et leurs luxures. L'artifice de
leurs distours peut en séduire plusieurs; mais saint
Pierre indique la vraie cause qui multiplie leurs parti-
sans : c'est la facilité de leur morale. En flattant leurs
passions elle leur amène une foule de disciples. Est-ce
que Luther a prouvé aux peuples que l'Eglise romaine
s'était trompée en un seul point de doctrine? Non, mais
il a aboli les vœux monastiques et le célibat des prêtres.
Lui moine, donnant l'exemple, a pris pour femme une
religieuse. Selon l'expression de saint Jude, il a changé
en luxure la grâce admirable de l'Evangile. Alors tout
<:e qui était impur s'est précipité à sa suite, imitant son
orgueil, son insolence et sa corruption.
Eorum luxurias. Il est difficile de trouver un hérétique
qui aime la chasteté, dit saint Jérôme. Difficile est hœre-
ticurn reperire qui diligat castitatem; non quod eam prœ-
ferre désistai in labiis, sed quod non servei in conscientia,
aliud loquens, aliud faciens. (S. Hier, in Os., ix, 11.)
(1) -s"y Saint Pierre répète à dessein deux verbes similaires
introém u perdition**, euperducenteê sibi perditionem), afin
Dntrerqa'ea travaillant à répandre l'erreur, Lis travaillent à leur
— 288 —
Per quos via veritatis blasphemabitur. La voie de la
vérité sera blasphémée à cause d'eux. Il en fut ainsi dès
les premiers temps. Saint Paul reprochait à des Juifs
devenus chrétiens de commettre des vols et des adultères,
et par là d'être cause que le nom de Dieu était blasphémé
parmi les Gentils. Fur ans , mœcharis, per vos nomen De/
blasphematur inter Gentes. (Rom., n, 21-24.) Un des plus
grands obstacles à la conversion des infidèles, c'étaient les
infamies des hérétiques, parce qu'on les confondait avec
les véritables chrétiens, et les honteux désordres des sec-
taires faisaient que la sainte religion était décriée et per-
sécutée. Leurs débauches obscènes étaient attribuées à
tous les chrétiens, nous dit Eusèbe. De là venaient ces
accusations répandues contre eux, parmi le peuple, d'u-
nions criminelles avec leurs sœurs et avec leurs propres
mères. (Euseb. H. E. iv, 7.) L'historien Tacite, écrivain si
grave, était lui-même persuadé que les chrétiens étaient
une secte abominable. Nero, dit-il, quœsitissimis pœnis
affecit quos, per flacjitia invisos, vulgus christianos ap-
pellabat. (Ann., xv, 44. — Voyez I Petr., n, 11.)
3. Et in avaritia fictis verdis de vobis negotiabuntur.
Et tâchant de vous séduire par des paroles artificieuses,
ils trafiqueront de vos àrnes pour satisfaire leur avarice.
Ces misérables ne craindront pas de vous damner pour
quelques pièces de monnaie; peu leur importe que les
âmes tombent par milliers dans l'enfer, pourvu qu'ils
fassent leur fortune (1).
Fictis verbis. Pour répandre l'erreur dans le monde,
Satan choisit des hommes astucieux, beaux parleurs,
hypocrites, semblables au serpent dont il prit la figure
pour séduire Eve. Saint Paul dépeignait aux Romains
ces esprits dangereux et leur ordonnait de les éviter,
parce qu'ils séduisaient les cœurs des simples par leurs
discours pleins de douceur et de bénédictions. Declinatc
(1) Saint Paul montrait de même à son disciple saint Tite, de pareils
corrupteurs qui, poussés par l'amour d'un gain honteux, enseignaient
ce qu'il ne fallait pas : âocentes qv.w non oportet, tv/rpis lucri gratia.
ait., i, 11.)
— 289 — II Petr.,u.
ab Mis... Per clulces sermones et benedictiones sedncunt
corda innocentium. (Rom., xvi, 18.)
Quibus judiciam jam olim non cessât, oùx àpysl, non
tardât. Mais leur jugement, depuis longtemps prononcé
dans le ciel et marqué dans les Ecritures, ne ralentit
point sa marche. Cette expression hardie personnifie le
jugement divin. L'Apôtre nous le représente comme un
ministre parti du tribunal de Dieu pour frapper le cou-
pable. Sans doute la sentence définitive n'est prononcée
qu'à la mort pour le pécheur, comme pour le juste. Mais
de même qu'il y a des saints tellement affermis dans la
vertu, qu'on peut regarder leur salut comme assuré, de
même, il y a des pécheurs tellement fixés dans le mal et
dans la haine de Dieu, que leur conversion, quoique
possible, n'est pas probable. Or, parmi les criminels les
plus endurcis, on doit ranger les inventeurs et les pro-
pagateurs de l'hérésie : ils suivent dans l'enfer ceux
qu'ils y précipitent.
Aussi l'Apôtre ajoute-t-il : Et perditio eorum non dor-
mitât. Et leur perdition n'est pas endormie, la colère qui
doit les punir éternellement veille sur sa proie.
Il va le prouver par trois exemples : le châtiment des
anges rebelles, le déluge, et l'embrasement de Sodome.
4. Si enim Dens annelis peccantibus non pepercit, sed
rudentibus inférai detractos in tartarum tradidit cru-
ciandos, in judicium reservari... « Car si Dieu n'a point
épargné les anges qui ont péché, mais s'il les a précipités
dans l'anime du tartare et les a livrés aux chaînes de
l'enfer, pour être tourmentés dans les ténèbres et tenus
en réserve jusqu'au jugement », est-ce que les hommes
révoltés contre son Christ ne doivent pas attendre un
châtiment semblable (1)?
La syntaxe <le cette phrase est compliquée, mais elle devient
claire, si l'on joint au verbe tradidit ses divers compléments, de cette
manière : Si tradidit detractos rudentibus inferni in tartarum, H
tradidit cruciandos, si tradidit in judicium reservari ou reservandus.
— Les mots detractos in tartarum rendent le seul mot grec T«^Toyoiff««,
quum t., tartarum prafcipitastet,
i iiir.i- ,;\ rHOl iq\ ; .■
— 290 -
An g élis peccantibus. Quel fut le péché des anges? Vu
péché d'orgueil, selon le sentiment commun des théolo-
giens ; et leur opinion est conforme à ces paroles de
l'Ecriture : « Le commencement de tout péché est l'or-
gueil » ; et « C'est par l'orgueil que toute perdition a
commencé. » (Eccl., x, 15; Tob., iv, 14.)
In tartarum (1). Par le tartare, on entend le lieu le
plus profond de l'enfer, où régnent les ténèbres, la mort,
le trouble et l'horreur éternelle : Ubi timbra marti$ et
nuilus ordo, sed sempiternus horror inhabitat. (Job. x, 22.)
Au lieu de rudentibus infcrni, le grec porte ffstpotç £<fy«j,
catenis tenebrarum. Dieu a livré Satan et ses complices
aux chaînes des ténèbres. Ces ténèbres sont la privation
de la lumière où Dieu se manifeste. C'est proprement la
peine du dam, exprimée par ces mots que Jésus Christ
prononcera contre les réprouvés : Retirez -vous de moi,
maudits. — Rudentibus. Les démons sont retenus dans
ces prisons ténébreuses par des chaînes qu'ils ne rom
pront jamais, car ces chaînes sont la sentence immuable
qui les sépare de Dieu et de tout bien.
Cruciandos, xoAaÇofiivouç, c'est le tourment et la peine du
sens, que font éprouver aux démons les feux où ils sont
plongés (2).
In judicium reservari. Les démons, déjà séparés de
Dieu et précipités dans les ténèbres, sont réservés pour le
jour du jugement universel, afin d'entendre prononcer leur
sentence en présence de toutes les créatures, et pour être
(1) In tartarûm. Le mot grec vâproipos est dérivé du verbe zz.py.57w,
(troubler), par réduplication de la syllabe radicale rap.
(2) Ce mot KolaÇopivous ne se trouve pas dans le manuscrit du Vatican;
mais il se lit dans celui d'Alexandrie et dans le sinaïtique. — Voici la
leçon que paraît avoir eue sous les yeux l'auteur de la Vulgate : el yy.p b
Qzb; ày/ù.oyj c/.p.y.p-cr^y.v-zw où/. IpîtaxTtf, c/Xty. azipoûi Çàfou Ta.pTCtpû'zy.ç
-y.pév<j}/.z. xo>«Çoy*^voys sic xptocv Typsiv. Si enitn Deus an g élis peccantibus
non pepercit, sed quum projecisset eos in tartarum. tradidit eos cate-
nis tenebrarum cruciandos, ut servaret eos in judicium. Cette leçon
est conforme à de très bons exemplaires. Les éditions communes donnent :
netpéêùixàv d; xpistv zr,povy.évouç, tradidit in judicium reservatos. La
leçon xQka&fJLëvàiti rrip&y semble à plusieurs être une note marginale,
faite par un lecteur, qui l'aurait prise au verset V.
— 291 — tIPetr.,m
condamnés dans l'enfer à de nouveaux supplices qui ne
finiront jamais.
5. Et (si) originali mundo non pepercit, sed octavum
Noe, justitîœ prœconem custodivit, diluvhim mundo im-
piomm inducens... « Et si Dieu n'a point épargné l'ancien
inonde, mais s'il n"a gardé que sept personnes avec Noé,
prédicateur de la justice, lorsqu'il noya dans les eaux
du déluge le monde des impies... » C'est le second exem-
ple que saint Pierre cite pour montrer que les maîtres
de mensonge n'éviteront pas la colère de Dieu. Le genre
humain avait péché, le genre humain fut englouti sous
les eaux. Le nombre des coupables n'arrêta point la
justice de Dieu. Au contraire ce fut leur multitude qui
excita sa colère. Mais Dieu, plein de longanimité et de
patience, n'exécuta sa menace qu'au bout de cent ans. Il
attendait la conversion des pécheurs, il leur faisait prê-
cher sa justice. Pendant cent ans, Noé, qui bâtissait l'arche
sous leurs yeux, les avertissait de faire pénitence; il leur
prédisait qu'ils périraient s'ils continuaient d'offenser
Dieu. Le temps venu, et les crimes se multipliant tou-
jours, le châtiment éclata. Tous les hommes périrent;
seul et sa famille furent sauvés pour repeupler le
monde et pour apprendre à toutes les générations com-
ment Dieu punit le péché. (I Petr., m, 20.^
Et (si) civilates Sodomprum et Gomorrk&orum in cine-
rem redigens eversione damnamt, exemplum eorum gui
impie acturisuntponens.. .Troisième exemple. « S'il a con-
damné, renversé, réduit en rendres les villes de Sodome
et de Gomorrhe. en Laissant, dans leur ruine, un exemple
terrible à tous ceux qui se livreraient à l'impiété (1)... »
Exemplum ponens. Cette pluie de feu et de soufre qui
suma Les villes infâmes de Sodome, Gomorrhe. Séboïm
(1) ! phrase est aussi élégant qu'énergique : Kx\ it&ttç,
i - tttostf mtt*axpof9[ tLuxiKpivsv' bnôitr/pa fuXk&vxw
) toute L'Epttre était ainsi écrite, la main d'un secré-
Bez probable. Mais la phrase qui précède, comme
tant une grande élévation de ; . ;i pu
par le \ • taliléen,
— 292 -
et Adama, s'est conservée dans la mémoire des peuples.
Le lac étrange qui en recouvre les ruines, et la désolation
qui règne autour de cette Mer qu'on appelle Morte, attes-
tent depuis quatre mille ans la colère de Dieu contre le
vice impur.
Mais le Seigneur, qui avait sauvé Noé du déluge des
eaux, ne permit pas que Loth pérît dans le déluge de feu.
7 et 8. Et (si) justum Loth, oppression a nefandorum
injuria ac hixuriosa coneersatione, eripuit : (aspectu
enim et auditu justus crat, habitans apud eos qui de die
in diem animam justarn iniquis operibus cmciabant)... Et
s'il a délivré au contraire le juste Loth, que ces pécheurs
abominables outrageaient par leurs vexations et par leur
vie infâme : (car il conservait purs ses yeux et ses oreilles,
en demeurant au milieu d'hommes qui, chaque jour,
tourmentaient son âme innocente par des actions détes-
tables)... Comme David, il séchait de douleur en voyant
les crimes des impies : Vidi prœvaricantes et tabescebam.
(Ps. cxviii, 158.)
Justum Loth. L'Ecriture nous montre suffisamment la
justice et la vertu de Loth, en nous apprenant qu'il
abandonna son pays natal pour suivre Abraham, et qu'il
exerçait généreusement l'hospitalité envers les étrangers,
au point qu'il mérita de recevoir des anges dans sa
maison. Aussi fut-il sauvé de l'embrasement de Sodome
avec sa femme et ses deux filles, et la ville de Ségor fut
préservée de la destruction par sa prière.
Justus erat, habitans apud eos. C'est une difficile et rare
vertu que de se conserver juste et pur au milieu de la
corruption générale.
Nous venons d'expliquer la Vulgate. Mais voici le grec :
BAéucaaTi yàp xai àxovj 6 86caioç ÈvxaTOixcov tv aùrotç, ^[xépav il
vjuspaç ^XV ûtxai'av àvo[xo».; Ipyoi; sêasaviÇev. Aspectu enim et
auditu justus y inhabitans apud eos, de die in diem animam
justarn iniquis operibus cruciabat. Le grec nous dit litté-
ralement que « Loth, habitant au milieu d'hommes impurs,
tourmentait une âme juste par des œuvres iniques. »
Qu'est-ce que cela veut dire ? N'est-ce pas là un discours
— 293 — // Petr.tn>
inintelligible? Les exemplaires grecs sont évidemment
corrompus. Gardons la Vulgate (1).
9. Novit Domimis pios de tentatione eripere, iniquas
vero in die m judicii reservare cruciandos. Si les impurs
habitants de Sodome ont été consumés par la pluie de
teu, et si le juste Lotli a été sauvé, cela prouve que le
Seigneur sait délivrer de la tentation les hommes pieux
et réserver les pécheurs pour le jugement général, où ils
seront condamnés aux tourments éternels. Les méchants
sont déjà punis dans l'enfer : mais après la résurrection
ils subiront un surcroit de supplices, étant désormais
tourmentés dans leur corps et dans leur âme. Cette
phrase est comme l'apodose. je veux dire la seconde
partie de la grande période commencée au verset 4e. En
voici l'analyse :
Si Dieu a puni les anges rebelles, le genre humain
coupable et les villes impures de Sodome et de Gomorrhe,
en sauvant les innocents, il montre par là qu'il sait déli-
vrer les justes et réserver les pécheurs pour le jugement
et le supplice.
10. M agi s aatem (cruciandos reservabit) eos qui post
carnem in concupiscentia immunditiœ ambulant. Ces
exemples anciens nous assurent qu'à plus forte raison
(1) La vraie leçon peut se rétablir. Au lieu d'écrire ENEATOIKQN en
un seul mot, séparez et écrive/ h xserotxfiw ; puis au lieu de h prononcez
?,•■>. vous aurez ijv xsrouôv, erat habitons. < 'n voit combien ce changement
e>t facile à faire. Enfin mettez iGxs&viÇn h la place d'iâxeâvtÇsv. Le sens
devient alors parfaitement naturel, tùéfipxrt yàp xa\ y.rir. àixoctoj vjv, y.xrotx&v
ï- »./T',ïi, &î qftipvLit éï TtfAsp*i ty'jyr,v âuctlav Avô/ioti Spyiti fôscvdcvtÇov. Ainsi
portait l'exemplaire que traduisait L'auteur de la Vulgate. C'est la bonne
leçon. M:ti> an copiste a lu BNKATOIKQ3 en un seul mot; prenant cela
pour an barbarisme, il a mis ENKATOI&QN. Apres cette prétendue cor-
rection, comme la phrase était inintelligible, il a changé en E 1*0 de
'<Çr;, et supprimé le conjonctif Ol pour avoir un sens quelconque.
L'orthographe BN&ATOIKQ*, au lieu d'i i'katoimin, est donnée par le
sinaïtique et favorise notre explication. Combien de leçons véritables
établie! dans les auteurs classiques par d'heureuses conjectures,
maigre les anciens exemplaires ! Ici nous ne donnons pas seulement une
conjecture appuyée lur la raison, mais nous avons l'autorité d'un très
8 témoignage, celui de la Vulgate, antérieur de plus de deux siècles
m Les manuscrits grecs qui non- restent, et qui présentent tous
une leçon absurde.
— 294 —
Dieu punira par des châtiments terribles ceux qui s'a
bandonnent aux concupiscences de la chair, pour satis
faire leurs passions honteuses.
Ambulant. Plus haut il disait : Il y aura des docteurs
de mensonge ; et maintenant il dit au présent : Ils mar-
chent après la chair, ils suivent leur brutale concupis-
cence. Il y en avait donc déjà plusieurs qui dogmatisaient
et scandalisaient par leurs dissolutions (1).
Domiiiationemque contemnunt, « et ils méprisent la
domination. » Non seulement ils rejettent les lois hu-
maines, mais ils secouent même l'autorité souveraine de
Dieu. Dominationem, xup'.orrjTa. Ces hérétiques suppri-
maient tout titre de seigneur et de maître, comme l'ont
aujourd'hui nos révolutionnaires. Les Simoniens, précur-
seurs des Gnostiques, s'affranchissaient des lois saintes
en rabaissant la grandeur et la puissance du Christ; ils
refusaient de l'appeler « Seigneur », Dominum, Kyptov ;
et par leurs fables sur la création et le gouvernement du
monde ils reléguaient dans le ciel le Dieu suprême,
pour se livrer, loin de ses yeux, à toutes les passions de
la chair.
Audaces, sibiplaceutes, sectas non metuunt iniroducere
blasphémantes. Audacieux, épris d'eux-mêmes, ils ne
craignent pas d'introduire des sectes dans l'Eglise du
Christ, et ils blasphèment nos dogmes et nos institutions
sacrées (2).
Audaces, xo\\xr(i^., ils sont audacieux, téméraires, ils se
portent aux entreprises les plus coupables et ne reculent
devant aucun forfait pour atteindre leur but.
Sibi placentes, aùGaost; (R. avroç, àvS-ivto), ils se complai-
sent en eux-mêmes, sont superbes, présomptueux, inso-
lents. L'audace et l'arrogance sont bien le caractère de
(1) In concupiscentia immunditiœ, èv è-ib^^ncç pxsajLoxt^ in concupis-
centia pollutionis. Saint Jude dit avec concision la même chose : carnein
'maculant, ac/.p/x p.ex.ivroart. Saint Paul flétrit les mêmes hérétiques :
« Ce qu'ils font dans l'ombre, écrit-il, est honteux même à dire. »»
(Eph., v, 12.)
(2) Audaces et sibi placentes sont deux nominatifs du verbe metuunt.
— 295 — // Petr., h.
tous les hérétiques. Omnes tument, dit Tertullien. (De
Praescript., c. xli.)
Sectas non metuunt inlroducere. Ils ne craignent pas
de former des sectes, en introduisant des opinions nou-
velles (oo;ac) qui sont le fruit de leur imagination. — Blas-
phemantes,ei lorsqu'ils exposent leurs propres inventions,
ils railleut et blasphèment la sainte doctrine reçue dans
l'Eglise.
Tel est le sens de la Vulgate. Mais le grec en présente
un autre : &ôjjaç ou rpéjjiowxt pfotayyiiL&bmç, glorias non metuunt
blasphemare. « Ils ne craignent pas de blasphémer les
gloires » ou les majestés. Ce sens paraît déterminé par le
verset 8 de L'Epître de saint Jude : SdÇoçSè SXao^ooùVn, ma-
jeslates autem blasphémant. Par maj estâtes on entend
anges. Les Gnosti nies débitaient en effet sur les anges
des fables indignes de purs esprits. Ce sens nous paraît
préférable à celui de la Vulgate, d'autant plus qu'il se
lie mieux avec la suite.
11. L'ai angeli fortitudine et virtute quum suit majores,
non portant adversum se exsecrabile judicium. « Et ce-
pendant les anges, quoique plus grands qu'eux en force
et en puissance, ne portent point les uns contre les autres
des sentences de malédiction. » Ils se contentent d'aban-
donner les rebelles au jugement de Dieu, le Maître su-
prême. Cette pensée est encore éclaircie par celle de saint
Jude. L'archange saint Michel, dit-il, contestant avec
Satan au sujet du corps de Moïse, n'osa pas prononcer
contre lui une sentence de malédiction, il dit seulement :
Que Le Seigneur te réprime !
Vie. Ili vero vint irratWHaàilia preora, naturaliter in
captionem et in perniciem, in his guœ ignorant blasphe-
manteSy in corruptione sua peribunt. i Mais ceux-ci, pa-
reils à des animaux sans raison, qui sont nés pour être
capturés et périr, blasphèment ce qu'ils ignorent, et ils
périront dans leur corruption. »
\ élut irratiounhUia pecora. La raison même se perd
chez les hérétiques et chez les philosophes qui renoncent
à h» foi : parce qu'ils n'ont pas voulu croire la vérité en-
— 296 -
seignée par un Dieu, ils croient l'absurde, et ils descen-
dent au-dessous des païens qui n'avaient pas connu
l'Evangile. Ainsi, on les voit se glorifier de n'avoir point
d'àme et de ressembler aux brutes. Ils sont pareils, dit
David, au cheval et au mulet, qui sont des bêtes sans
intelligence. Sicut equus et malus, quibus non est intel-
lectus. (Ps. xxxi.)
Maturaliter in captionem et peimiciem (1). Comme il y
a des animaux qui sont nés pour être pris par d'autres
animaux et devenir leur pâture, de même ces impies
semblent nés pour devenir la proie des démons. Ils pro-
noncent des blasphèmes contre les vérités qu'ils ignorent.
Blasphèmes stupides, ignorance honteuse. Les rayons
de l'Evangile illuminent le monde ; les plus beaux génies
exposent les dogmes et les preuves de la religion chré-
tienne avec une éloquence incomparable ; de simples ou-
vriers connaissent, admirent et aiment ces vérités qui
font leur noblesse et leur bonheur. Pour les incrédules,
plongés dans leurs désordres, ils ferment les yeux et
blasphèment. Ils périront dans leur corruption, in corritp
tione sua peribunt. Une mort honteuse les précipitera
dans le supplice éternel.
Cette prophétie redoutable s'accomplit de siècle en
siècle. Ainsi est mort Galère ; ainsi est mort Voltaire ;
ainsi de nos jours viennent de mourir plusieurs insulteurs
de l'Eglise.
13. Percipientes mercedem hijustitiœ. Recevant le sa
laire de leur injustice. Souvent les méchants reçoivent
ici-bas la peine de leurs crimes et de leurs blasphèmes.
Mais quand la Providence les épargne, leur prospérité
(1) Avec naturaliter on sous-entend genita. Les éditions grecques
donnent : ois 'Ooyx Çwa •/syswrlfiévsi fuiiKÙ ii$ iïi'jizvj xot pOopâv, velat irra-
t-lonabilia animalia genita natv.roAia in captionem et perniciem. Le
participe ye/ew^iiva, n'est pas nécessaire ; yjziAy. îU Slusiv veut dire
naturalia in captionem, et cela suffit. Mais des manuscrits portent
ïj-jixô*:, naturaliter, comme la Vulgate. C'est cet adverbe qui aura fait
ajouter ysyswrj/Jiév». comme une glose. — In corruptione sua peribunt.
L'énergie de l'expression grecque est impossible à rendre : ht rft 'r0o[-.v.
stÔT&v au\ pBxpifarjTea, In ipsa s7ta corruptione corrupti peribcn/ .
— 207 — // Pète., xi.
même est un châtiment. Car si Dieu les humiliait, ils se
repentiraient peut-être et obtiendraient miséricorde. Au
contraire, lorsque tout leur sourit, ils s'affermissent dans
le péché, et ils tombent sous la malédiction que le Pro-
phète a prononcée contre eux : « Qu'ils descendent tout
vivants dans l'enfer ! » Descendant in infernum viventes!
(PS. LIV.)
Voluptatem existimantes diei delicias. Ils mettent leur
bonheur à passer le jour dans les festins et les délices,
interdiu comissanles. C'était contraire à l'usage des an-
ciens, dont le principal repas était le souper, cœna ; l'on
réservait le jour aux affaires (1).
Mais pour les hérétiques, moins sobres que les honnêtes
païens, ils aimaient à passer le jour à table, et ils désho-
noraient leurs festins par des débauches ; c'est pourquoi
saint Pierre les flétrit, en les appelant « des souillures
et des opprobres, », <nriXot xae jjlûjjwi, coinquinationes et ma
cuLv. Ces substantifs sont beaucoup plus forts que les
adjectifs coinquinati et maculât?. Ils font entendre que,
dans ces hommes méprisables, tout est souillure et impu-
reté: en sorte qu'étant immondes eux-mêmes, ils souillent
encore tout ce qui les approche.
Delici/'s affluentes in conviviis sais, èVrpoîpcovTsç sv taîç
v/'v-aT,- iuTûv, ils se livrent à l'intempérance et à toutes
les délices dans leurs agapes. Les premiers fidèles nom-
maient « agapes » ou charités les modestes repas qu'ils
prenaient ensemble après avoir célébré les saints mys-
tères. Mais des chrétiens indignes corrompaient cette
admirable institution. Ils apportaient des mets délicats
< [if ils mangeaient à part, et ils buvaient avec excès, comme
saint Paul le leur reproche dans sa première Epître aux
Corinthiens : Unusquisque enim suam cœ?iam prœsumit
ad manducandum ; et alius quidem esurit, al?'??s autem
ebrius est. (Y Cor., xi, 21. »
Saint Paul fait allusion à cel usage universel dans l'antiquité,
lorsqu'il 'lit : « Ceux qui B'enivrent, -'enivrent pendant la nuit. » Qui
ebrii rua?, nocte ebrii sunt. 1 Thess , v, 7.) Les voluptueux seuls se
i table .'ivant le coucher du soleil, comme on le voit dans
\ p tri ■>■ tolido derrière de die spernit. (I Od. 1.)
— -irn —
In convivns suis. Ces mots peuvent se rapporter aussi
bien à ce qui suit qu'à ce qui précède : in conviviis suis
luxuriantes vobiscum. Ils ne craignent pas de déshonorer
par leurs dissolutions les repas même qu'ils prennent
avec vous dans vos saintes assemblées (1).
14. Oculos habentes plenos adultéra (2), et incessa bi lis
delicti. Leurs yeux sont pleins d'adultères, et d'un péché
qui ne cesse point. Tel est le caractère de la luxure : elle
pousse sans cesse à des actions honteuses. La bouche de
l'impudique est un sépulcre d'où sortent des paroles em-
pestées ; une flamme impure jaillit de ses yeux ; un feu
immonde brûle dans son cœur; sa pensée se complaît
dans des images déshonnetes ; le mal qu'il ne fait pas, il
désire le faire ; en sorte qu'il ne vit que pour pécher, et
pèche toujours : incessabile delictum. Voilà où conduit
eette passion fatale, lorsqu'elle n'est pas combattue.
Pellicientes animas ùistabiles, oeXexÇovteç '}j/^ç àsT^pt'xxo'jç.
Ils attirent à eux et prennent comme par des amorces les
âmes qui sont mal affermies dans la religion. De là vien-
nent des défections parmi les chrétiens encore peu instruits
des vérités de la foi, et dont la vertu est chancelante. Ils
quittent l'Eglise, et vont grossir le parti des novateurs.
Cor exercitatum avaritia habentes. Ils ont le cœur
exercé à l'avarice. Ils inéditent les moyens de s'enrichir;
ils connaissent et mettent en œuvre toutes les ruses qui
procurent de l'argent: puis ils dissipent en luxe, en bonne
chère et en plaisirs ce qu'ils amassent par la fraude.
Maledictionis filii. La malédiction leur est préparée. Le
souverain Juge leur dira : « Allez, maudits, au feu éter-
nel. » Car ils ont perdu, pour un gain misérable, des âmes
rachetées au prix de son sang.
(1) Saint Jude dit de même : lit suut in epidis suis maculœ, <:on-
vivantes .sine timoré.
(2) Plenos adulterii,/j.-77'si>; uir/'Atôo;. Des manuscrits portent iioiyx\l%t.
C'est indifférent ; car pwtjfaîiiç, qui signifie habituellement adultéra, se
prend aussi comme synonyme de fatj^Aèx, adulterium. — Plenos in-
cessabilis delicti, à:/.s.-:u.-yJj--coj Aftétprioti. De bonnes éditions grecques
donnent AœrairxÛTrov; àaa^Ttx;, oculos incessoubiles delicti. Cette leçon
est très élégante.
— 299 - Il Pétrin.
15. Derelinquentes rectam viam crraverunt, secuti viam
Balaam ex Boso?\ qui mercedem miquitatis amavit. Ils
ont quitté le droit chemin et se sont égarés en suivant la
voie de Balaam de Bosor, qui aima le salaire de l'ini-
quité (1). Au livre des Nombres, Moïse rap porte com-
ment le prophète Balaam, séduit par les présents de
Balac, roi de Moab. se montra disposé à maudire le
peuple d'Israël, qu'il savait béni de Dieu ; et il aima le
salaire de l'iniquité, c'est-à-dire la récompense que
lui offrait Balac pour son injuste malédiction.
16. Correptionem vero habuit sage vesanise (2) : suôju-
qale mutton animal, hominis voce loquens, prohibait pro-
phrtx insipietitiam. Mais il fut repris de son pervers des-
sein : un animal muet, soumis au joug, réprima la folie
du prophète, en parlant d'une voix humaine. Quelle
leçon pour les superbes : un prophète confondu par
une ànesse ! Dieu emploie les instruments les plus vils
pour perdre la sagesse des sages, et réprouver la pru-
dence des prudents : perdani sapientiam sapientiam^ et
prudentiam prudenlium reprobabo. (I Cor., i, 19.) Nous
voyons souvent dans l'Eglise des savants confondus par
des ignorants. Sicat asina redargait Balaam, dit le véné-
rable Bède, sic ssepe parjani redarguunt et confutanl
hxreticos, laici clericos, subditi praslatos, iadocti doctos,
mulieres viros, plèbe ii sapientes.
(1) Balaam ex Bosor. Le grec, n-Ax-sy. -o~j w-jz-jï, permet de traduire?
« Balaam, fils de Bosor. « Mais, au livre des Nombres (xx.ii, 5), Balaam
est appelé fil- de Béor. C'est pourquoi plusieurs pensent qu'il faut tra-
duire, comme la Vulgate : » Balaam de Bosor. » Bosor, qui BÎgnîfie
nue ville du paya des Ammonites. Saial Jude «.lit de
même : Y. - comme Balaam, étant emportés par le désir
Tcede cfft'ti sunt (v. 11). — Balaam était
'•ien et consultai) le démon ; cependaol Dieu l'inspira, et lui fit
prononcer la célènre prophétie (pu eommence ainsi : Orietur Stella ex
Jacob. (Xum., wiv, 17.,) Dieu, dit saint Thomas, se sert des mauvais
pour L'utilité dea bons. (2« 2«, q. 172, a. 6.)
(2) Suas vesaniœ, -m grec Wltej nxp$t»ofiixst propriœ iniquitatis. Le
«lot - -mlie la transgression libre et volontaire d'une loi
lit d'un violateur et d'un contempteur
Plusieurs exemplaires donnent, conformément à la VnL
^2C3rj.c5>:'^ç. m'on lit aussi dans Ortgeae «*t ailleurs.
— m) —
17. Ht sunt fontes sine ar/ua. Ce sont des fontaines sans
eau. Fontaines, parce qu'ils promettent de faire jaillir
les flots d'une science merveilleuse : omnes scientiam
pollicentur (Tertull.) : mais fontaines sans eau, parce
qu'aucune vérité salutaire n'en découle.
On trouve rarement de saines idées religieuses dans
les livres des hérétiques. Ce sont des philologues et non
des philosophes, disait fort justement Corneille Lapierre ;
ils donnent des feuilles et non des fruits; des mots et non
la science ; des sophismes et non de solides raisons : ils
ont sans cesse à la bouche la sainte Ecriture, mais ils ne
l'entendent pas; ils en ôtent les miracles et en affaiblis-
sent les dogmes ; au lieu de l'expliquer, ils la perver-
tissent.
Et nebulœ turbinibus agitatœ. Ce sont des nuées qui
voilent le soleil et sont agitées par des tourbillons. Nebu-
lœ : comme cette expression est juste! Ecoutez leurs dis-
cours, lisez leurs écrits : tout est confus, incohérent, in-
saisissable ; tout est nébuleux. Et ces nuées vaporeuses
sont poussées en tous sens par des tourbillons qui leur
donnent les formes les plus bizarres. N'est-ce pas la pein-
ture du protestantisme changeant perpétuellement sa
doctrine, et divisé en mille sectes, au point que dès le
temps de Bossuet, l'histoire de cette hérésie s'appelait
déjà l'histoire des variations?
Quibus (hominibus) caligo tenebrarum reservata est.
L'épaisse nuit des ténèbres leur est réservée dans les
prisons éternelles, en punition des ténèbres qu'ils ont
répandues sur la terre.
1S. Superbaenimvanitatis loquentesy pelliciunt in desi-
deriis ca?mis Inxuriœ eos qui paiilulam effugiunt qui i?i
rrrore conversantur. Car en tenant l'orgueilleux langage
de la vanité, ils amorcent, par les passions de la chair et
par la volupté impure, des hommes qui déjà s'éloignaient
de ceux qui vivent dans l'erreur.
Superba enim vanitatis loquentes. Ils se vantent de pos-
séder seuls la science des choses sublimes, touchant la
plénitude de l'Etre, la formation du monde et la gêné-
— 301 — UPetr., iï.
ration des esprits. Ils prononcent là-dessus des discours
brillants, dont la pompe cache le vide, mais qui sédui-
sent les simples (1).
Pelliciunt in desideriis carnis luxuriœ. L'expression
caro luxurix est la même chose que caro luxuriosa. Tra-
duisons donc : à ces discours fastueux ils joignent l'amorce
des plaisirs convoités par une chair luxurieuse, et ils
autorisent la satisfaction de la concupiscence. C'est un
puissant moyen de persuasion. Car, on écoute volontiers
un docteur qui vous dit : Prenons du plaisir, mangeons,
buvons, et nous posséderons le royaume des cieux. Quis
enim non libenter audiat : manducemus et bibamus, et in
seternum regnabimus? (Hieron. adv. Jovin., 1. II. 3.)
Si de telles maximes n'ébranlent pas les chrétiens
fermes, elles séduisent des hommes qui se disposaient à
accepter l'Evangile. Car, on voyait des Gentils, touchés
de la grâce, commencer à quitter l'erreur. Déjà ils aban-
donnaient les idoles pour s'instruire de la religion chré-
tienne, quand d'impurs sectaires les ont entraînés avec
eux dans la perdition. Pelliciunt eos qui paululum effu-
giunt (eos) qui in errore conversantur (2).
Liber la tem illis promittentes. « Ils les attirent à eux en
leur promettant la liberté. » Il n'y a point de charme plus
puissant que ce mot : liberté ! les novateurs s'en empa-
rent et il fait leur succès. Ils cachent sous ce voile leur
perversité, comme saint Pierre le disait déjà dans sa
première Epître. Yelamen habentes malitiœ liber ta tem.
(I Petr., iï, 16.) Saint Paul avertissait de même les Ga-
lates que la liberté chrétienne ne devait pas être pour
eux une occasion de vivre selon la chair : Tantum îw
libertatem in occasionem detis carnis. (Gai., v, 18.)
La liberté que Jésus-Christ nous a apportée, c'est la
(1) Superba oanitatis, jnipoytut pax*lmftoi% est la même chose que
/ ba ' i vana.
(2) Voici le grec, <jui parait un peu plus clair que le latin de la Vul-
jrate : ^ùv^jz^ h Imdufiutii tapnbç àaû.ytistf tout s/i'yw,- dtoopcûyovTffs
>x.rt à^zvrptfoftivouf. Inescani i,i desideriis carnis luxuriosœ
eos qui paululum effugiunl ab his qui in errore conversantur.
— 302 —
délivrance du joug du démon, c'est l'affranchissement de
la servitude du péché. Mais la liberté que les hérétiques
promettent à leurs adeptes est une licence impie qui foule
aux pieds les commandements de Dieu, déchire les saintes
lois de l'Eglise et déclare permises toutes les voluptés
charnelles. C'est la liberté de la concupiscence. Telle est
celle qu'ont prèchée les auteurs de la Réforme : ils pro-
mettaient le ciel à tous ceux qui acceptaient leur doctrine,
quels que fussent les péchés qu'ils commissent.
Quum i))si sint servi corritptionis. Mais comment pour-
raient-ils donner la liberté aux autres, quand ils sont eux-
mêmes les esclaves de la corruption, quand ils obéissent
à la tyrannie de la concupiscence, quand ils sont liés
comme des captifs par les chaînes des plus tristes pas-
sions ?
A quo enim. quis superatus est, hujus et servus est.
Qu'ils soient esclaves, saint Pierre le prouve par l'usage
de la guerre. À cette époque, lorsqu'une ville était prise
d'assaut, le vainqueur avait le droit de réduire en escla-
vage tous ses habitants. Saint Pierre dit donc : Ils sont
esclaves de la corruption ; car on est esclave de celui par
qui l'on a été vaincu. « Tout homme qui commet le péché
est esclave du péché » , dit aussi l'Apôtre saint Jean; car il
se soumet au péché comme à son maitre, et il laisse en
chaîner sa liberté par sa passion. Omnis qui facit pecca-
tum servus est peccati. (S. Joann., vin, 34.)
20. Si enim refuqientes coinquinationes mundi in
cognitione Domini nostri et Salvatoris Jesu Christi, his
rursus implicati super antur, facta sunt eis posteriora
détériora prioribus.
En effet, si après s'être retirés des souillures du monde.,
lorsqu'ils ont connu Jésus-Christ notre Seigneur et Sau-
veur, ces hommes se laissent vaincre de nouveau par les
désirs de la chair, et s'engagent dans les mêmes iniquités
qu'auparavant, leur dernier état devient pire que le pre-
mier, selon la parole de Notre-Seigneur : Fiunt novissima
hominis illius pejora prioribus. (S. Matth., xir, 45.) Cela
est facile à comprendre ; car leur faute est plus grave.
— 303 — // Petr.t h.
étant commise avec une connaissance plus grande et une
volonté plus forte ; ils s'enfoncent plus avant clans l'affec-
tion du péché, et leur ingratitude les rend indignes de la
miséricorde.
21. « En sorte qu'il eût mieux valu pour eux de n'avoir
point connu la voie de la justice, que de retourner en
arrière après l'avoir connue., et que de renoncer à la loi
sainte qui leur avait été donnée. » Melius cnim erateis non
cognoscere viamjustitix,quarn post agnitionem retrorsum
converti aà en, <juod Mis tradition est,sancto mandato.
La voie de la justice, viamjnstitiœ, est la vraie religion.
~t un grand malheur de l'ignorer, mais c'est un plus
grand malheur encore de la connaître et de l'abandonner
en-uite, comme font les hérétiques et les infortunés qu'ils
séduisent (1).
L'infidèle qui n'a pas entendu annoncer l'Evangile sera
traité moins sévèrement que celui qui a repoussé la
parole de Dieu, ou qui, après l'avoir acceptée, l'a rejetée
de nouveau. C'est ce que Notre-Seigneur nous enseigne,
lorsqu'il déclare que Tyr et Sidon, Sodome et Gomorrhe
seront punies avec moins de rigueur au jour du jugement
que Bethsaïde et Corozaïn qui, ayant entendu sa parole
et vu ses miracles, sont demeurées impénitentes. (S.
Matth., xi. -21.)
32. Contigit cnim eis Mud veri proverbii : Ca
reversus ad suum vomiium; et Sus Iota in volutabro lut).
Il est arrivé, en effet, à ces hommes qui se sont replongés
dans leurs anciennes impuretés ce que dit un proverbe
qu'ils ont vérifié : < Le chien est retourné à son vomisse-
ment, i Cette image fait horreur. Qu'est-ce donc que le
pécheur qui retourne à son péché infâme, après l'avoir
vomi .'
Et cette autre parole s'accomplit ;m>si en eux: « Le
pourceau lavé s'est vautré de nouveau dans La fange. »
tiat. La voie de I (pression hébraïque, dési-
ce iju'il faut faire pour être juste opter
lut, qui commande la foi et les bonnes œuvres. —
'></,/. Le saint commandement est celui qui nous or-
rloi ttiquités du monde.
— 304 —
Le premier proverbe est tiré de l'Ecriture (Prov., xxvi,
11 », et le second est un adage vulgaire. Le poète Horace
les a réunis en un seul vers : Vixisset canis immimdus,
vel arnica luto sas. (Hor., II Ep., ;i. 26.)
Ces deux proverbes peuvent s'appliquer à tous ceux
qui retombent dans le péché mortel que Dieu leur avait
pardonné; mais ils conviennent d'une manière spéciale
aux chrétiens qui, après avoir été lavés des souillures de
l'impureté, se vautrent de nouveau dans cette fange im-
monde. C'est ce que faisaient les Unostiques. Une de
leurs sectes mérita même le nom de Borborites, mot tiré
du grec fiôpCjo^oç, qui signifie camion, boue (1).
(1) Nonnulli eos etiam Borboritas vocant, quasi cœnusos, yropler
nimiam turpitudinem quant in suis mysteriis '.rercere dicuntur.
(S. Aug. Hser. G.)
— 30:> —
CHAPITRE TROISIÈME
ANALYSE
Les faux docteurs qui troublent l'Eglise essaient de jeter
des doutes sur l'enseignement du Christ. Car, disent-ils, le
Christ avait annonce sa venue prochaine et la fin du monde
suivie du jugement universel. Or le monde continue de sub-
sister, et le Christ ne vient point.
Saint Pierre répond premièrement, que mille ans devant
Dieu sont comme un jour.
Secondement, si Jésus-Christ diffère sa venue, c'est afin de
donner aux pécheurs le temps de se convertir, car il veut le
salut de tous les hommes.
Troisièmement, la fin du monde, que le Christ a prophétisée,
arrivera en son temps. Comme le monde a déjà péri par le
déluge des eaux, de même il périra par le feu.
De là saint Pierre conclut qu'il ne faut pas s'attacher à la
terre, mais se sanctifier de plus en plus, afin d'être trouvés
irrépréhensibles, quand Jésus-Christ viendra juger les hommes.
1. liane ecce vobis, charissimi,
secundam scribo epistolam , in
quibus vestntm excita in com-
nitione rineeram ,/ientem :
l. Ut ntêtnoreê sitit eorurn
quœ prœdixi verborufn a tandis
prophettSt et apostolorum vet-
trorum preeceptorum^ Domini
Salvatorû :
.'.. Hoc primum teientet quod
penient in novissimis diebus
deceptiont illutores, juxta
ntias ambu-
lante*:
1. Voici, mes bien-aimés, la se-
conde lettre que je vous écris, et
dans toutes les deux je tâche de
réveiller vos âmes sincères par des
avertissements :
2, Afin que vous vous souveniez
des paroles des saints Prophètes que
je vous ai déjà rappelées, et des pré-
ceptes de vos Apôtres, qui sont les
préceptes du Seigneur et Sauveur.
•'!. Sachez avant toutes choses
qu'aux derniers jours il viendra des
imposteurs artificieux qui marche-
ront selon leurs propres con voit i
KI'l rRBR CA1 H<
tf)
- 306 —
4. Ils diront : Qu'est devenue la
promesse de son avrnement? Car
depuis que nos pères se sont en-
dormis, toutes choses persévèrent
comme au commencement de la
création.
."). Mais dans leur ignorance vo-
lontaire, ils ne considèrent pas que
les cieux furent faits d'abord par la
parole de Dieu, aussi bien que la
terre oui sortit de l'eau et qui sub-
siste par l'eau.
6. Et ce fut par ces choses mêmes
que le monde d'alors périt, étant
submergé par le déluge des eaux.
7. Or les cieux et la terre qui
subsistent maintenant sont conservés
par la même parole et réservés au
feu pour le jour du jugement et de
la perdition des hommes impies.
8. Mais il y a une chose que vous
ne devez pas ignorer, mes bien-
aimés : c'est qu'aux yeux du Sei-
gneur un jour est comme mille ans,
et mille ans sont comme un jour.
P. Le Seigneur ne retarde pas sa
promesse, comme quelques-uns se
l'imaginent ; mais il agit avec pa-
tience envers vous, ne voulant point
qu'aucun homme périsse, mais que
tous reviennent à la pénitence.
10. Or, le jour du Seigneur vien-
dra comme un voleur. Alors les
cieux passeront avec impétuosité,
les éléments embrasés se dissou-
dront, et la terre sera brûlée avec
les ouvrages qu'elle contient.
11. Ainsi, puisque toutes ces
choses sont destinées a périr, quelle
sainteté et quelle piété ne devez-
vous pas montrer dans votre vie ?
12. Attendez et hâtez par vos
désirs l'avènement du jour du Sei-
gneur, où l'ardeur du feu dissoudra
les cieux et fera fondre les éléments.
13. Car nous attendons, selon sa
promesse, de nouveaux cieux et une
nouvelle terre, où la justice habitera.
14. C'est pourquoi, mes bien-aimés,
vivant dans l'attente de ces choses,
4. Vicentes : Ubi est promis-
sio, aut adventus ejus f ex que
enim patres dorraierunt, omnia
■sic persévérant ab initia erea-
i "rœ.
5. Latetenim eos hoc volent
quod cœli erant prius, et terra,
de aqua et per aquam consistens
Dei verbo :
6. Per quœ Me tune mundus
aqua inundatus periit.
7. Cœli autetn qui nunc sunt,
et terra, eodem verbo repositi
sunt, igni réservât i in dicm
judicii et perditionis impiorum
hominum.
8. TJnura vero hoc non lateat
vos, charissbni, quia unus dies
apud Dominumsicut mille anni,
et mille anni sicut dies unus.
9. Non tardât Dominus pro
missioncm suant, sicut quidam
existimant ; sed patienter agit
propter vos, nolens aliquos pe-
rire, sed omnes ad pœnitentiam
rererti.
10. Adveniet autetn dies Do-
mi ai ut fur : in quo cœli magno
impetu transient , elernenta vero
calore solventur, terra autan
et quœ in ipsa snnt opéra exu-
rentur.
11. Quum igitur hœc omnia
dissolvenda sint, quales oportet
vos esse in sanctis conversatiu-
nibus et pietatibus :
12. Exspectantes et pr opéran-
tes in adventum diei Domini,
per quem cœli ardentes solven-
tur, et elernenta ignis ardore
tabescent ?
13. Novos vero cœlos et no-
vara terrain secundum promissa
ipsius exspectamus, in quibus
justifia habitat.
14. Propter quod, charissbni,
hœc exspectantes, satagite im-
307 —
// Pctr., nr.
maculati et inviolati ei inveniri
in pace.
15. FA Domini nostri longani-
iriitatem, salutem arbitremini :
sicut et charissimns (rater nos-
ter Paulus secundum datam sibi
sapientiam scripsii robis;
1<>. Sievt et in omnibus epi-
stolis, loquens in eis de his : in
quibus sunt qucedaan difficili"
mtellectu, <j"i" indocti et in-
stabiles dépravant, sicut et cap-
teras Scripturas, ad saam ipso-
runt perditionem.
17. Vus igitur, fratres, prœ-
scientes custodite, ne insipien-
thnn crrore traditcti excidatis
a propria firmitate.
18. Crescite vers in gratin,
et in cognitione Domini >wstri
et Salratoris Jesic Christ i. Ipsi
gloria et rtunc, et in àiem œter-
nitatis. Amen.
travaillez afin que vous soyez trouvés
purs et irrépréhensibles aux yeux
de Dieu, dans la paix :
15. Et croyez que la longue pa-
tience dont use Xotre-Seigneur est
pour votre salut, comme Paul, notre
frère, vous l'a écrit lui-même selon
la sagesse qui lui a été donnée ;
1(3. Ainsi qu'il fait en toutes ses
lettres, où il parle de ces mêmes
choses : lettres dans lesquelles il y
a certaines paroles difficiles à en-
tendre, que des hommes ignorants
et légers détournent, aussi bien que
les autres Ecritures, à de mauvais
sens, pour leur propre ruine.
17. Vous donc, mes frères, qui
connaissez d'avance toutes ces choses,
prenez garde a vous, de peur qu'en-
traînés par l'erreur des insensés,
vous ne tombiez de l'état ferme où
vous êtes établis.
18. Mais croissez de plus en plus
dans la grâce et dans la connais-
sance de Notre-Seigneur et Sauveur
Jésus-Christ. A lui soit la gloire et
maintenant, et jusqu'au jour de l'é-
ternité ! Amen.
COMMENTAIRE
1. Banc ecce vobis, charissimi, secundam scribo episto-
lam. « Mes bien-aimés, voici la seconde lettre que je vous
écris. » Elle est donc adressée, comme la première, aux
Eglises du Pont, de la Galatte, de la Cappadoce, de l'Asie
et de la Bithynie; et quoique saint Pierre désigne les
Israélites de ces provinces qui s'étaient convertis au
christianisme, on reconnaît qu'il parle en même temps
aux chrétiens venus de la Gentilité.
/// [quitus vestram cxcito m commonitione shiceram
mentem. Et dans ces deux lettres, je tâche de réveiller,
par d'utiles avertissements, vos âmes sincères et dociles.
Les bons- chrétiens, les religieux même qui servent Dieu
-- 808 —
dans les monastères, ont besoin d'être avertis, encou-
ragés, réveillés, pour être maintenus dans la ferveur ;
car nous sommes tous portés au relâchement par notre
nature. Que le prêtre s'applique donc à soutenir les jus-
tes, et qu'il rallume chaque jour le feu de la charité sur
l'autel de son propre cœur.
Sinceram menlem, votre pensée pure. Cette expression
désigne une foi orthodoxe et l'intention vraie de plaire à
Dieu. Telles sont les âmes que saint Pierre se propose de
réveiller et d'exciter à croître en vertus (1).
2. Ut rnemores sitis ; « afin que vous vous souveniez. »
C'est l'explication du mot in commonitione. L'Apôtre va
marquer l'objet spécial de ses avertissements.
Ut rnemores sitis eomm quœ prœdixi verborum a sanclis
prophetis (2), et apostolorum vestrorum prœceptorum, Do-
mini et Salcatoris. Je vous exhorte à vous souvenir des
paroles des saints prophètes que je vous ai déjà rappelées.
Je vous engage aussi à méditer les préceptes de vos apô-
tres, qui sont en même temps les préceptes de Jésus-Christ
notre Seigneur et Sauveur.
Verborum a sanclis prophetis quœ prœdixi. Toute la
première Epître de saint Pierre est pour ainsi dire com-
posée de textes pris dans l'Ancien Testament. Si les
fidèles relisent et étudient ces saintes paroles, elles se-
ront pour eux une lumière qui les guidera et une force
(1) Sinceram mentem, t^v ethxpwT} 6iû.voixv, Le mot latin sincerus
(quasi sine cerpt) désigne proprement une substance sans mélange,
comme mel sincerum, du miel pur ; vinitm sincerwn, du vin qui n'est
pas fraudé. Le mot eiïiy.pi-<ï,i (veiut èv tu?, xpivôftevoç, examiné à la clarté
du soleil) a la même signification.
(2) Voici le grec : A'£-/îî/îc.>y(uwv... 7r,v 6iy.voiv.v, p.'jri<;9?)va.i twv Tzposip-sty-îvoy;
pr,u6(7co'j bnb twv «yt'wv 7r/55j?y;Twv. Il semble au premier coup d'œil que
le grec signifie simplement : Je vous exhorte à vous souvenir des paroles
qui ont été précédemment dites par les saints prophètes. Mais l'auteur
de la Vulgate a pensé que, dans le langage ordinaire, xv. irpottpvipïvx
indique ce qu'a déjà dit celui qui parle, et il a traduit quœ prœdixi.
Mais d'un autre côté bnb twv Ttpoptrr&v dépend aussi de Ttpoetpqftévx, et
signifie ce qui a été dit par les prophètes. Le sens complet du grec
comme du latin serait donc : « Je vous exhorte à vous souvenir des
paroles que je vous ai dites précédemment et que j'ai puisées dans- les
saints prophètes. »
— 309 — // Peir., m.
qui les soutiendra. Il répète la même pensée qu'il avait
exprimée plus haut, lorsqu'il les exhortait à lixer leur
attention sur les discours des prophètes, comme sur une
lampe qui luit dans un lieu ténébreux. (II Petr., i, 19.)
Et apostolorum vestrorum prœceptorum, en grec, xal
TT,ç T(ov XTrosTÔAiov OuàW svTOAïjç, et manda ti apostolorum VeS-
trorum; mais vous ne devez pas non plus oublier les pré-
ceptes de vos apôtres. Par leurs apôtres il entend non
seulement ceux qui ont été immédiatement institués Apô-
tres par Notre- Seigneur, mais encore les prédicateurs
que les premiers Apôtres, ou les églises fondées par eux,
ont envoyés prêcher l'Evangile dans ces provinces.
Prœceptorum Domini et Salvatoris. Les préceptes que
vous ave/, reçus de vos apôtres sont les préceptes mêmes
du Seigneur et Sauveur Jésus (1).
Ce texte est fort important : il nous apprend que c'est
par les Apôtres et par leurs envoyés ou leurs succes-
seurs, que nous connaissons la doctrine et les lois de
Jésus-Christ. Ce qu'ils ordonnent ou enseignent, c'est
Jésus-Christ même qui l'enseigne et l'ordonne.
3. Hoc primum scientes, quod venient in novissimis die-
bus in deceptione illusores, juxta proprias concupiscentias
ambulantes. « Car sachez avant toutes choses que, dans
les derniers jours, il viendra des imposteurs artificieux,
qui suivront leurs propres convoitises. »
Hoc primum scientes. L'avertissement le plus important
que l'Apôtre doit donner aux fidèles avant de mourir, c'est
de ne pas se laisser séduire par les faux docteurs qui
pervertiront la saine doctrine. Car la foi est la racine
même du salut, et sans la pureté de la foi il est impossible
de plaire à Dieu.
Venient in novissimis diebus. Les derniers jours sont,
comme on sait, tout l'Age compris entre la venue du
Christ et la fin du monde.
(I) Comme on le voit, le mot prœceptorum, qui n'est écrit qu'un»1
fois, doit se construire d'abord avec apostolomon, qui est son prenier
régime, pui- »e répéter avec Domini. C'est comme s'il y avait en grec :
tffi rw> dhrorrdtav It/kûv ivro)ifc, hroi^s reC Kvjeiou xa\ Surif/so;, Ap<>-
ttotorum vestrorum mandat/', mandati Domini et Salvatoris.
— MO —
lllusores. Saint Pierre désigne les hérétiques qui de-
vaient prochainement paraître et dont quelques-uns déjà
murmuraient leurs impiétés dans l'ombre. Ce sont des
imposteurs.
In deceptione ilhisores. Ces fourbes, habiles à tromper,
se jouent de la crédulité de ceux qu'ils abusent (1).
Comment se fait-il que, dans tous les siècles et dans
tous les pays, les imposteurs séduisent si facilement les
peuples ? Nous l'avons dit : c'est qu'ils flattent les pas-
sions des hommes. L'orgueil, l'amour de l'indépendance,
le plaisir secret de penser par soi-même et de se débar-
rasser d'une règle sévère, tout cela fait secouer le joug
de l'autorité et accueillir avec enthousiasme les nouveaux
docteurs. Ainsi naissent et se propagent les hérésies.
A la même époque, saint Paul écrivait à son bien-aimé
disciple Timothée : Sachez qu'aux derniers jours il vien-
dra des temps pleins de périls. Puis il lui dépeint les
hommes perfides qui ravageront l'Eglise. (II Tim., ni.)
Les deux Apôtres se rappelaient cette parole de Notre-
Seigneur : a Prenez garde aux faux prophètes qui vien-
nent à vous sous des vêtements de brebis, mais qui, au
dedans, sont des loups ravissants. » (S. Matth., vu, 15.)
Aujourd'hui, comme à l'origine, le monde est plein de
faux docteurs, qui rejettent l'enseignement de l'Evangile
et de l'Eglise, ou veulent le plier à leurs idées.
Juxta proprias concupisccntias ambulantes . Voilà le
motif secret qui fait embrasser les nouvelles doctrines.
On croit ce que l'on veut pour faire ce que l'on désire.
4. Dicentes : Ubi est promissio aut adventus ejas ? Ex
quo enim patres dormiernnt, omnia sic persévérant ab
initio creaturœ. Et ces docteurs vous disent : Qu'est de-
venue la promesse du Christ? Où donc est son avènement
qu'il nous faisait attendre ? N'annonçait-il pas que nous
le verrions bientôt descendre sur les nuées du ciel?
(1) In deceptione illusores, èv èfjLTtcuyficvy ê/tTraïxrat, in illusiune illu-
sores. Cette réunion de deux mots qui ont la même origine ou qui son-
nent de même, est une figure très familière aux hébreux et qui donne
«le la force a la pensée.
— 311 — // Petr. ,111.
Cependant il ne vient pas, et toutes choses continuent d'al-
ler comme au commencement du monde. Il y a bien de
l'apparence que les années futures ressembleront à celles
qui sont passées. Alors, que deviennent la résurrection
des morts, et le jugement universel des hommes, et le
royaume qu'il nous promettait dans les cieux? Ainsi rai-
sonnaient Philetus et Hyménée. (II Tim., n.)
C'était une objection assez répandue. On lisait, en effet,
dans l'Evangile cette parole : Vous verrez bientôt le Fils
de l'homme venir sur les nuées du. ciel. Amodo videbitis
Filium hominis venientem in ?iabibascœli.(S. Matth.,xxvi,
64.) Cependant les vieillards qui avaient vu et entendu
Jésus mouraient les uns après les autres, et Jésus ne pa-
raissait point, et tout dans les saisons, aux cieux et sur
la terre, marchait dans le même ordre. Cette prophétie du
Christ, qui ne s'accomplissait pas, répandait sur ses autres
promesses un nuage d'incertitude qu'il fallait dissiper.
5. Latet enini eos hoc volentes, quod cœli erant prias,
et terra, de agita et per aquam consistens Dei verbo. Ces
docteurs vous disent que rien n'a jamais changé dans le
monde; mais ils sont dans une ignorance volontaire. Est-
ce qu'il n'est arrivé aucun bouleversement dans les siè-
cles passés ? Ils oublient que les cieux furent faits à l'ori-
gine par la parole de Dieu, aussi bien que la terre qui
sortit de l'eau et qui subsiste par l'eau.
Latet eos hoc volentes. Qu'un Dieu ait fait le monde, la
saine raison le prouve. Mais sans les raisonnements de
la philosophie naturelle, nous avons entre les mains les
livres de Moïse, qui nous font le récit de la création du
monde. Les novateurs ignorent donc volontairement que
Dieu, qui a fait les cieux et la terre quand il a voulu, les
détruira quand il voudra. Ils ignorent aussi que, depuis
la création de l'homme, les choses n'ont pas toujours
marché comme au commencement : Dieu a déjà une fois
englouti la terre sous les eaux du déluge.
Cœli erant prias. Ce mot prias (bataXcur, jam olim) sem-
ble favoriser l'opinion des savants, qui pensent que Dieu
avait tiré du néant la matière longtemps avant l'organi-
— 312 —
sation du monde actuel. Ils croient même que des mondes
détruits ont précédé celui que nous voyons. On lit, en
effet, dans les entrailles de notre globe des créations de
végétaux et d'animaux, qui paraissent antérieures à l'état
où se trouvait la terre avant l'œuvre des six jours racontée
dans la Genèse.
Cœli erant. Ne croyons pas que saint Pierre ait voulu
dire que les cieux étaient par eux-mêmes : ce serait ab-
surde et impie. Avec erant, il faut joindre Dei verèo, aussi
bien qu'avec terra : les cieux subsistaient autrefois,
comme la terre, ayant été faits par la parole de Dieu.
Terra de aqua consistens Dei verbo. C'est aussi la parole
de Dieu qui a fait sortir la terre du milieu des eaux,
lorsqu'elles la recouvraient presque tout entière. C'est la
parole de Dieu qui a creusé les immenses bassins où elle
retient les mers emprisonnées, leur défendant de franchir
leurs limites et d'inonder les terres qui les enferment.
Terra per aquam co?isistens,oC u'Soctoç auveorbKra. La terre,
la partie du globe que l'Ecriture appelle l'aride, subsiste
par l'eau et au milieu de l'eau ; elle est arrosée par des
rivières qui la fertilisent, et par des courants d'eaux sou-
terraines qui circulent dans ses veines et jaillissent en
sources fécondes ; en sorte que la terre, avec l'eau qui
l'environne et la pénètre, ne fait qu'un seul globe com-
posé de deux éléments nécessaires l'un à l'autre. C'est là
ce qu'on peut entendre par Be' uZ-j-toç^ per aquam.
Verbo Dei. Les cieux et la terre subistaient « par la
parole de Dieu », qui les a fait sortir du néant. Car Dieu
a dit et tout a été fait, il a commandé et toutes choses
ont été créées. Ipse dixit et facta swit ; ipse mandavit et
creata sunt. (Ps. xxxn et cxlviii.) Et celui qui a tout créé
a tout ordonné.
6. Per quœ ille tune mundus aqua inundatus periit.
« Et le monde d'alors périt, étant submergé sous les eaux
qui tombèrent du ciel et accoururent des mers par l'ordre
de Dieu. »
Per quœ. Ces mots se rapportent aux choses qui pré-
cèdent. Or, trois choses précèdent : la parole de Dieu,
— 313 — // l'etr., m.
les cieux et les eaux qui enveloppent la terre. Telles sont
les trois causes du déluge. Sur l'ordre de Dieu, les mers
franchirent leurs rivages : les cataractes du ciel, où étaient
suspendus d'immenses réservoirs d'eaux, s'ouvrirent;
la pluie tomba pendant quarante jours et quarante nuits,
et l'inondation couvrit les sommets des montagnes (1).
Me tune mundus periit. Il ne dit pas que les hommes
seuls périrent, mais que « le monde d'alors périt. » Cela
nous fait supposer qu'un assez grand changement fut
opéré par le déluge dans la terre et peut-être aussi dans
l'atmosphère : en sorte que le monde d'aujourd'hui n'est
plus tout à fait le même que le monde d'alors (2).
7. Cœli autem qui nunc surit, et terra [quœ nunc est)
eodem verbo repositi sunt. Or, les cieux d'à présent et la
terre actuelle sont gardés par la même parole, comme
dans le trésor de Dieu.
Repositi, T6ÔTf|«aupiGpivoe. La parole de Dieu qui les a dis-
posés comme ils sont, les conserve jusqu'au jour qu'elle
a marqué.
Les mots cœli qui nunc sunt et terra (quœ nunc est),
rapprochés de l'expression die tune mundus (6 tare xcwjjaoç
et oi II v3v o-jpavol xx\ 7] y-?,), font entendre de nouveau que
la face du monde a déjà été changée par le déluge; et
saint Pierre déclare que, comme il a été une fois détruit
par l'eau, il le sera encore par le feu. La terre et les cieux
que nous voyons, dit-il. sont réservés pour être consumés
par le feu au jour du jugement universel et de la perdi-
tion des hommes impies. Igni réservait in diem judicii
et perditionis impiorum hominum, xoe&ov àvOpoWtov. Par
les impies que Dieu perdra en ce jour terrible, on n'en-
(1) Nulle part il n'est dit que toutes les régions de la terre aient
été simultanément submergées par les eaux. L'inondation a pu être
successive et dépasser les ânes après les autres les cimes des monta-
gnes. La Bible dit même que « les eaux allaient et venaient. » (Gen.,
vin, 3.) Ainsi tombe la principale objection que Ton fait contre l'uni-
• lité du déluge.
(2) Il est probable que des des ont surgi du fond des mers, tandis
que des continents sont restés sous les eaux. Periit terra, dit le véné-
rable Bède, qui<i diêtimilem plertsque in l<>'-is ab eay quam primo
acceperat, facicm recepit.
— 814 —
tend pas seulement les incrédules et les hérétiques, mais
tous ceux qui refusent à Dieu le culte qui lui est dû et
violent ses commandements.
8. Unum vero hoc non lateat vos, charissimi, quia anus
dies apud Dominum sicut mille amii, et mille anni sicut
dies unus. Ne croyez donc pas que le monde soit établi
dans un ordre immuable ; et si le Christ semble différer
sa venue, il y a une chose que vous ne devez pas ignorer,
mes bien-aimés, c'est qu'aux yeux du Seigneur, un jour
est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour.
L'Apôtre vient de dire que le monde périra par le feu,
et il observe que cette prophétie ne doit pas surprendre,
puisque le monde a déjà péri une fois par le déluge des
eaux. Quant à l'époque de l'universel embrasement, elle
est inconnue ; Dieu s'en est réservé le secret (1) ; et s'il a
dit que la ruine finale du monde est proche, il faut se
ressouvenir que, devant l'Eternel, mille ans sont comme
un jour. Est-ce que le prophète David ne disait pas au
Seigneur : Mille ans sont devant vos yeux comme le jour
d'hier, qui est passé ? Mille anni ante oculos tuos tam-
guam dies hesterna quse prœteriit. Ou plutôt mille ans
sont comme une simple veille de la nuit qui dure si peu,
et enstodia in nocte. (Ps. lxxxix, 4.)
Nombrez des milliers de siècles, dit saint Augustin,
tout cet espace de temps que vous embrassez dans votre
imagination n'est rien en comparaison de l'éternité. Con-
siderent nihil esse diuturnum in quo est aliquid extre-
mum, et omnia sœculorum spatia definila, si œternitati
intermi?iatce comparenlur, non exigua existimanda esse,
sedmdla. (Civ. Dei, 1. XII, c. xii.) Tout ce qui finit est
court.
9. No7i tardât Dominus promissionem suam, sicut qui-
dam existimant. Ne dites donc pas que le Seigneur re-
tarde l'accomplissement de sa promesse, comme quel-
ques-uns l'imaginent. Non, il ne diffère pas sa venue
au delà du temps prédit, mais il montre sa patience à
(1) Cœlnm et terra transibnnt... De die aiitern Mo vel hora nemo
scit, neque angeli in cœlo, neque Filins, nisi Pater. (S. Marc, xnr, 31.)
— 315 — // Petr.,m.
votre égard, ne voulant pas qu'aucun homme périsse,
mais que tous fassent pénitence. Sed patienter agit pro-
pter vos, nolens aliquos perire, sed omnes ad pœnitentiam
reverti.
Cette parole, écrite par saint Pierre pour les pécheurs
de tous les siècles, doit inspirer une confiance absolue
aux plus grands coupables, s'ils se repentent. Parmi
tous les hommes qui respirent, quelque pécheurs qu'ils
soient, il n'y en a pas un que Dieu ait définitivement
condamné. L'homme le plus criminel peut dire : Si mes
péchés m'effraient, j'ai cependant une ferme espérance
en Dieu, parce que je suis certain qu'il n'a pas résolu
ma perte. Il me sauvera, si je le veux. Ce texte prouve,
contre l'impiété calviniste, que Dieu veut le salut de tous
les hommes. Nolens aliquos perire.
10. Adveniel autem clies Dominint fur. Saint Pierre a
déclaré que le monde actuel serait détruit par le feu,
mais que l'époque de ce grand événement nous est in-
connue, et il nous avertit que le jour du Seigneur viendra
comme un voleur. Saint Paul l'avait écrit aux Thessa-
loniciens : Vous savez bien, leur disait-il, que le jour du
Seigneur viendra comme un voleur qui vient dans la
nuit, quand on ne l'attend pas. (I Thessal., v, 2.) Jésus-
Christ nous l'apprend lui-même dans l'Evangile. Au
temps de Noé, dit-il, les hommes mangeaient, buvaient,
se mariaient, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche :
alors vint le déluge qui les fit tous périr. De même au
temps de Loth, les hommes mangeaient, buvaient, ache-
taient, vendaient, plantaient et bâtissaient ; mais au jour
où Loth sortit de Sodome, une pluie de feu et de soufre
tomba du ciel et les fit tous périr. Il en sera de même au
jour où paraîtra le Fils de l'homme. (S. Luc, xvn, 26.)
Les justes verront les signes prédits, ils comprendront
que le grand .luge va venir, et ils se tiendront prêts. Les
pécheurs superbes ne croiront pas ; les savants raison-
neront sur les phénomènes ; et tandis qu'ils les expli-
queront, ils seront surpris et jetés par les anges devant
le tribunal <!<• Dieu.
— 316 —
In quo cœli magno impetu transient. « En ce jour les
cieux passeront avec une grande impétuosité. » En grec,
poi^Bov, cwn stridente impetu. Que signifie cette parole ?
Peut-être la terre tournera-t-elle avec une rapidité extraor-
dinaire, en sorte que les étoiles sembleront se précipiter
du ciel. Que si Ton entend pot^Sov dans son sens propre,
cwn strtdore, avec un bruit strident (pareil à celui des
corps qui sifflent en fendant l'air), on peut croire que des
débris de planètes traversant l'atmosphère s'enflamme-
ront, éclateront, et tomberont sur la terre comme des
étoiles filantes ; ce qui rappelle la parole de Notre-Sei-
gneur : Stellœ cadent de cœlo. (S. Matth., xxiv, 29.)
Quoi qu'il en soit, la terre sera embrasée; les éléments
dont le globe se compose seront fondus par la chaleur du
feu ; la terre enfin sera brûlée, consumée avec tous les
ouvrages des hommes. Elementa vero calore solventur,
terra autem et qnœ in ipsa snnt opéra exurentur.
11. Qunm igitur hœc omnia dissolvenda si?it, quales
oportet vos esse in sanctis conversationibus et pietatibus ?
Ainsi donc, puisque toutes les choses que vous voyez
doivent se dissoudre, quelle ne doit pas être la sainteté
et la piété de votre vie? C'est la conclusion de ce qui
précède. La terre doit périr avec ses villes, ses monu-
ments, ses habitants, et tous les ouvrages des hommes ;
elle doit elle-même être fondue avec ses roches les plus
dures ; elle ne sera plus qu'une immense lave embrasée.
Pourquoi donc s'y attacher et vouloir y perpétuer sa mé-
moire? La sagesse nous conseille de vivre saintement et
de servir Dieu fidèlement pendant le peu de temps que
nous y passons, afin d'acheter par nos bonnes œuvres un
palais éternel dans les cieux.
12. Exspectantes et properantes in advenlum diei Do-
mini (1). Vivons dans la piété, attendant et hâtant par
nos désirs l'avènement de ce grand jour. Non seulement
il faut veiller pour n'être pas surpris par l'arrivée du
Seigneur, mais saint Pierre veut que l'on s'empresse
(1) On traduit comme s'il y avait : exspectantes adventum diei Do-
mini, et properantes in adventwn ejus.
— 817 — Il Petr.,m.
d'aller à sa rencontre. Si l'on vous annonce que votre
départ de ce monde est prochain, dites comme David :
« Une heureuse nouvelle m'a comblé d'allégresse : j'irai
dans la maison du Seigneur. » Lœtatus sum in his quœ
dicta simt miJii : in domam Domini iôimus.
Sans doute le jugement sera terrible pour les pécheurs
impénitents ; mais il sera glorieux pour les justes, puis-
qu'ils entendront de la bouche du Seigneur cette douce
parole : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume
qui vous a été préparé.
Nous devons tout à la fois craindre ce jour et le désirer :
le craindre pour n'être pas trouvés coupables ; le désirer
parce qu'il sera le triomphe de Jésus-Christ et le nôtre ;
en un mot, il faut nous y préparer pendant la vie pour
ne pas le craindre à la mort. Gaudeat judicandus qui
timuit judicaturum, dit saint Augustin. (In Ps. lxvi.) Et
ailleurs : Numquid jadicium Dei tantummodo formi-
dandum est, et non amandum? Formidandum malis
proptcr pœnam, amandum bonis propter coronam. (In
Ps. c.) Disons donc avec confiance, comme saint Jean :
Vent, Domine Jesu! (Apoc, xxn.) Votre Eglise est op-
primée, vos serviteurs sont persécutés sur toute la terre.
< ) Seigneur Jésus, venez !
Per quem (adventum) cœli ardentes solventur, et ele-
menta ignis ardoise labescent. « Au jour du Seigneur et à
son arrivée l'ardeur du feu dissoudra les cieux embrasés,
et les éléments seront mis en fusion par la chaleur. » Ce
ne sera donc pas seulement la terre qui sera fondue ; la
flamme parcourra les cieux et la région des astres (1).
Alors s'accomplira cette parole d'Isaïe : Voici que je crée
des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Ecce eqo erro
cœlos novos et terram novam. (Is., lxv, 17.)
(1 Que 1'' monde doive finir par le feu, c'est une tradition antique,
qui se trouve jusque dana 1<-^ écrits de plusieurs auteurs profanes. Lu
cain en parle, Sénèque aussi, et l'on voit la-dessus trois beaux rers
dans Ovide. Jupiter, dit -il (Metamorph., 1. I),
te i/Koque in fatis reminiscitur, affore tempus
<ji>u mare, quo lellus, correptaque regia cœli
Arileat. e> mvndi moles opcvoia laborct .
— 318 —
13. Aussi l'Apôtre ajoute-t-il cette parole : Novos vero
cœlos et novam terrain secundum promissa ipsfus cxspec-
tamas. Nous attendons de nouveaux cieux et une terre
nouvelle, selon la promesse du Seigneur. Saint Jean
même, dans l'Apocalypse, nous apprend que cette terre
nouvelle et ces nouveaux cieux lui ont été montrés :
Et vicli cœlum novwn et terrain ?20i;tf/??.(Apoc.,xxi, 1.)
L'univers ne sera point détruit dans sa substance, mais
transformé. Il sera purifié par le feu et rendu digne des
justes qui l'habiteront; car les nouveaux cieux et la nou-
velle terre seront leur séjour : in quitus justitia habi-
tat. Le monde entier sera le domaine et le royaume des
élus(l).
Habitat. L'auteur sacré met le présent : « où la justice
habite », parce que son esprit prophétique regarde comme
accomplies les grandes choses qu'il annonce; et, en outre,
ce présent désigne l'éternité, qui n'est qu'un jour sans fin.
14. Pr opter quod, charissimi, hœc exspectantes , satagite
immaculati et inviolati ei inveniri in pace. « C'est pour-
quoi, mes bien-aimés, vivant dans l'attente de ces grands
événements, travaillez afin d'être trouvés purs et irré-
préhensibles aux yeux de Dieu, dans la paix d'une bonne
conscience. » L'attente du jugement nous inspirera des
sentiments de pénitence pour nos fautes anciennes, nous
les effacerons et nous les couvrirons par des œuvres
saintes.
Immaculati, ownnXoi. Que chacun fasse tous ses efforts
pour être, en ce grand jour, trouvé « sans tache » et puri-
fié des péchés qu'il a commis. — Inviolati, àuwu-r|Tou On
doit éviter les fautes même légères, afin de paraître * irré-
prochables » en la présence du Seigneur. — Ei. Ne négli-
geons rien pour être irrépréhensibles non seulement de-
vant les hommes, mais aux yeux du Juge qui voit tout,
(1) Le monde actuel est fait pour des hommes revêtus d'une chair
corruptible : il passera par le feu et sera renouvelé, selon le sentiment
de saint Augustin, pour convenir à des habitants immortels. Ut mundus
in melius innovatus apte accommodetur ho minibus etiarti carne in
meliits innovatis. (S. Aug. Civ. D., xx, 16.)
— 319 — // Petr.t m.
qu'on ne peut tromper, et dont personne ne peut éviter
ni le jugement ni la puissance.
In pace, sv Kp^wj, alors, notre âme étant pure, nous
serons en paix avec notre conscience et avec Dieu.
15. Et Domini nostri longanimitatem sahilem arbitre*
mini* Et croyez que la longue patience dont use le Sei
gneur est pour votre salut et pour celui des pécheurs.
Car, je vous l'ai dit, s'il diffère de venir juger les hommes,
il veut leur donner le temps de se convertir et de mériter
le ciel par de dignes fruits de pénitence. C'est aussi ce
que Paul, notre très cher frère, vous a écrit selon la
sagesse qui lui a été donnée d'en haut. Sicul et charissi-
mus f rater noster Paulus secundum datam sibi sapientiam
scripsit vobis.
En effet, dans son Epître aux Hébreux, saint Paul
exhorte les Juifs devenus chrétiens à persévérer dans la
foi et les bonnes œuvres, au milieu des tribulations et des
persécutions ; et il les encourage en leur annonçant que
la venue du Seigneur et le jour de leur délivrance est
proche. « Ne perdez point la confiance en Dieu que vous
avez acquise par vos bonnes œuvres : elles vous assu-
rent une grande récompense, leur dit-il. Mais la patience
vous est nécessaire pour obtenir les biens qui vous sont
promis, si vous faites la volonté de Dieu. Car il est écrit :
Encore un peu de temps, et celui qui doit venir viendra,
et il ne tardera point. » (Hébr., x, 35 ; Habac, n, 3.)
Et dans TEpître aux Romains, saint Paul disait encore :
« Est-ce que vous méprisez les richesses de la bonté de
Dieu, de sa patience et de sa longanimité? Ne savez-
vous pas que cette bonté vous invite à la pénitence ? »
(Rom., ii, 4.)
Secundum datam sibi sapientiam. Paul vous parle selon
la sagesse qui lui a été donnée de Dieu. — Saint Pierre
reconnaît donc que saint Paul a écrit ses Epîtres sous
l'inspiration divine. 11 n'en désigne aucune en particu-
lier, mais il les comprend toutes : Sicut et in omnibus
epistolis. Et il les égale aux autres Ecritures de l'Ancien
et du Nouveau Testament : Sicul et cœteras Scripluras.
— 320 —
Or, quand saint Pierre écrivait ces paroles, toutes les
Epîtres de saint Paul étaient publiées et lues dans l'E-
glise, sauf peut-être la seconde à Timothée, qu'il écrivit
de sa prison, quelques mois avant sa mort.
Saint Pierre nous donne ici un admirable exemple de
modestie et d'humilité. Lui. chef de l'Eglise et Vicaire
de Jésus-Christ, après avoir été publiquement repris par
saint Paul dans Antioche, il loue saint Paul, il le nomme
son très cher frère, il fait l'éloge de ses Epîtres, et parmi
ses Epîtres il y en a une (celle aux Galates) où cette répri-
mande est racontée et justifiée. Oh ! comme ces hommes
divins s'oubliaient eux-mêmes, pour ne penser qu'à la
gloire de Jésus-Christ et de la vérité î
16. Sicut et in omnibus epislolis, loqnens de his : in qui-
dus sunt quœdam difficilia intellectu, quœ indocti et in~
stabiles dépravant ad suam ipsorum perditionem. « Paul
écrit ainsi, selon la sagesse de Dieu, dans toutes ses
lettres, où il parle des mêmes choses dont je viens de
vous entretenir (1). Or, dans ces lettres, il y a quelques
endroits difficiles à entendre, que des hommes ignorants
et mal affermis dans la foi torturent et détournent en de
mauvais sens, aussi bien que les autres Ecritures, dont
ils abusent pour leur propre ruine. »
Sunt quœdam difficilia intellectu. Il y a dans les Epî-
tres de saint Paul des passages difficiles à comprendre :
saint Pierre l'affirme, et il suffit de les lire pour s'en con-
vaincre. Les ignorants, dit-il, ne les entendent pas, et des
hommes qui sont peu affermis dans la foi en pervertis-
sent le sens. Il ajoute que cette fausse interprétation des
Ecritures est chez eux téméraire et coupable, puisqu'elle
les mène à la perdition : dépravant ad suam ipso?*u?n per-
ditionem. Donc, d'après saint Pierre, c'est-à-dire d'après
le Saint-Esprit même, il n'est pas vrai que les saintes
Ecritures soient assez claires pour que tous les fidèles
(1) Les principales choses que saint Pierre a exposées dans cette Epî-
tre, c'est qu'il faut attendre avec confiance et patience les promesses de
Jésus-Christ, et fuir les maîtres de mensonges qui entraînent les fidèles
dans Terreur.
— 321 — // Petr., m.
puissent les entendre, si on ne les leur explique. D'où il
résulte que tous les fidèles ne sont point juges du sens
des Ecritures. Cette parole de saint Pierre ruine le pro-
testantisme par sa base.
Quœ indocti et instabiles dépravant; en grec, a oi àpaOsTç
xa\ y.nrr^'.y-oi orpeêXoOfft. Les hommes ignorants qui con-
naissent mal la religion et qui ne sont point solidement
établis sur les principes de la divine doctrine, torturent
les textes sacrés et leur font violence pour les plier à
leurs conceptions erronées.
Indocti. Ces orgueilleux, peut-être habiles dans les
lettres humaines, sont au fond des ignorants. Ils ne
comprennent pas les hautes vérités que l'Esprit-Saint
enseigne aux âmes pures et humbles.
Instabiles, à<mfaixTot, non firmi. N'étant point enracinés
dans la foi, ils ne saisissent pas le vrai sens des Ecritures,
se disputent entre eux, et changent sans lin leurs propres
interprétations.
Dépravant, srpeêAouat, torquent, ils torturent la parole
divine pour la fausser. A l'origine de l'Eglise, au temps
même de saint Pierre, les hérétiques tourmentaient les
paroles des saints livres, et les forçaient, par une violence
sacrilège, à enseigner leurs erreurs. C'est encore ce que
font les novateurs modernes : en sorte que les divines
Ecritures, qui sont une source de vie, deviennent pour
ces faux docteurs une source de mort. Salanas de Scrip-
turis ipsis divinis sœpe laqueum fidelibus parât. Sic
hœreticos facit, sic eviscerat fidem , sic jura pietatis
impuqnat. (S. Ambr. in Luc, 1. IV, c. xxvi. — Voyez
plus haut, c. 1, v. 20.)
Quœ dépravant. Quels sont les passages auxquels saint
Pierre fait allusion? Ce sont probablement les endroits
où saint Paul enseigne que l'homme n'est pas justilié
par les œuvres de la loi de Moïse, mais par la foi en
Jésus-Christ. (Rom., m, 20, 21, 28; et Gai., ir, 1G.) Les
Simoniens, corrompant cette doctrine, enseignaient que
les bonnes œuvres n'étaient pas nécessaires au salut et
qu'il suffisait de croire. .Saint .Jacques fait aussi entendre
I PITRES CATnOLIQLKs ?|
que plusieurs chrétiens étaient imbus de cette fausse
opinion. Les protestants l'ont renouvelée de nos jours et
ils allèguent ce texte de saint Paul : Justificati gratis per
gratiam ipsias. (Rom., ni, 24.) Cela signifie seulement que
nous n'avons pas mérité notre justification par nos bon-
nes œuvres, mais que Dieu nous a prévenus par sa grâce.
17. Vos igitur, fratres, prœscientes custodite, ne iyisi-
pienthim errore traducti excidatis a propria firmitate.
Vous donc, mes frères, qui connaissez d'avance toutes
ces choses, vous qui êtes prévenus que des docteurs de
mensonge essaieront de vous séduire, prenez garde à
vous, de peur qu'entraînés par l'erreur des insensés vous
ne tombiez de l'état ferme où vous êtes établis.
Custodite vos, cpuÀàccsaôs, cavete, tenez-vous bien sur
vos gardes. — Ne insipientium errore traducti, \k\ xr, twv
àOicutov wAàvfl auvaTra/OévTEç. N'écoutez pas ces novateurs,
qui interprètent les Ecritures autrement que l'Eglise. Ce
sont des insensés et des impies, àôecjxoc — Errore, %k&nfa
ils s'égarent, ils n'entendent pas les textes sur lesquels
ils raisonnent, ils les falsifient, ils les corrompent, dépra-
vant. Ne vous laissez donc pas entraîner dans l'erreur
par leurs vaines subtilités.
Ne excidatis a propria firmitate. Votre foi est établie
sur un fondement inébranlable, puisqu'elle repose sur
l'enseignement apostolique et sur la parole même de
Dieu. Vous avez le bonheur d'y être fixés : que rien ne
vous en arrache.
18. Crescitevero ingratia et in cognitione Domininostri
et Salvatoris Jesu Christi. « Mais croissez de plus en plus
dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur
et Sauveur Jésus-Christ. »
Croître dans la grâce, c'est se perfectionner et se for
tifier dans toutes les vertus avec l'aide de Dieu. Or le
moyen d'augmenter en nous la grâce, c'est de croître en
la connaissance de Jésus-Christ. Et cette connaissance,
gage de la vie éternelle, le Saint-Esprit la donne à ceux
qui méditent les paroles du Sauveur et s'efforcent d'imiter
ses actions.
— 323 — // Petr., m.
Crescite. 11 ne dit pas seulement persévérez, mais
croissez. L'ordre en a été donné par Notre-Seigneur,
quand il a dit : « Soyez parfaits, comme votre Père
céleste est parfait. » (S. Matth., v, 48.) Que celui donc
qui est juste devienne plus juste encore, et que celui qui
est déjà saint se sanctifie davantage. Qui jus tus est justi-
ficetur adhuc, et qui sanctus est sanctificetur adhuc.
(Apoc, xxn, 11.) Si vous dites : ma sainteté me suffit,
vous êtes perdu. Si dixeris : sufficit, periisti. Semper
adde, semper ambula, semper profice, vous répète saint
Augustin. (Serm. clxix, 18.) Car, ajoute saint Léon, ne pas
augmenter son trésor, c'est faire une perte, gui non proficit,
déficit. (Serm. vin de Passione.)
Ipsi gloria et nunc, et in diem œternitatis. « A lui soit
la gloire, et maintenant, et jusqu'au jour de l'éternité ! »
Le but que se proposent les chrétiens, c'est de glorifier
Jésus-Christ sur la terre et de le faire glorifier par les
hommes. Il le sera par les fidèles jusqu'à la fin des
siècles, et par les élus durant le jour de l'éternité qui ne
finira jamais : in diem œternitatis .
Saint Pierre ferme sa lettre sur cette parole. Il fixe nos
regards sur le grand jour de l'éternité, où nous louerons
Dieu en partageant sa gloire. Déjà même les saints de la
terre commencent à goûter ce bonheur, quand ils répètent
avec l'Eglise triomphante : « Que la gloire soit au Père,
au Fils et au Saint-Esprit, comme elle était au commen-
cement, et aujourd'hui, et toujours, et dans les siècles
des siècles ! Amen ! Ainsi soit-il ! »
COMMENTAIRE
8ULI LA
PREMIÈRE ÉPITRE DE SAINT JEAN
PRÉFACE
Saint Augustin, expliquant aux fidèles d'Hippone la premiers
Epître de saint Jean, leur disait que cette lecture serait pour
plusieurs d'entre eux comme l'huile versée sur le feu : elle
nourrirait leur charité et la rendrait plus ardente : lanquara
oleum in fin m ma. Pour les autres, en qui la charité ne brûle-
rait pas encore, elle serait comme une flamme qu'on approche
d'un foyer préparé et qui l'embrase : tanquam flamma ad
fomitem ; ut si >iO)i ardebat, accedenle sermone accendalar.
C'est le but que nous nous proposons en étudiant cette Epî-
tre. La bien lire, ce n'est pas seulement la comprendre et l'ad-
mirer, c'est aimer Dieu et le prochain davantage après l'avoir
méditéi'.
1. La première Epître de saint Jean figure dans tous les
canons ou catalogues des Livres saints qui remontent aux pre-
miers siècles de l'Eglise. Elle est citée par Tertullien. Il dit, en
perlant des Marcionites, que saint Jean les appelle des ante-
christs, parce qu'ils nient que Jésus-Christ soit venu dans la
chair. Et ailleurs: Ce que nous avons vu. dit saint Jean, ce que
nous avons entendu, ce que nos yeux ont vu et ce que nos
mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l'annonçons (1).
De même on lit dans saint Cvprien : L'apôtre saint Jean, se
souvenant du précepte «lu Seigneur, écrit dans son Epître :
(1) Tertulli.-n. MarcionitO*\ r;,,,,* apostolat Joannes antichristos
pronuntiavit, negantet Chrittum in carne venisse. (Adversus Mar-
CMmem, 1. III, c. vm. — I Joan., ix, 2, 3.) — Quod vidimus, inquit
Joannes, quod audivimus, <<ci>lis nostris vidûnus, rt ma*** nostrm
•uni <h- sermone vitœ. (Adr. Praxeam, 15. — I .loann., i, 1.)
— 328 -
Nous savons que nous aimons Dieu, si nous observons ses
commandements. Et encore : Le bienheureux apôtre Jean a
nommé antechrists tous ceux qui sont sortis de l'Eglise et qui
La combattent. Vous avez appris, dit-il, que l'Antéchrist vient:
or beaucoup sont déjà devenus des antechrists (1). Enfin s;ùnt
Polycarpe, disciple de saint Jean, cite Librement un passage de
cette Epître dans sa lettre aux Philippiens : -*%: -jàp 8; m u.yj
6{/.oXG*p<rr) 'Ir.ooôv Xpiarôv èv aap>ci èXrjXuôévai, àvTÎ^pKJTo; ecr».. (Ad Philip..
c. vu.) Omnis qui non con/îteatur Jesam Christum in carne
venisse, antickrlttus est. (Comparez I Joan., iv, 2 et 3.) On
la montre encore citée par saint Denys d'Alexandrie qui cuvante
le mérite littéraire, par saint Irénée, Clément d'Alexandrie,
Origène, s;iint Cyrille de Jérusalem, saint Epiphane. Aussi a-
t-elle toujours été reçue dans l'Eglise comme Ecriture divine
et attribuée à l'apôtre saint Jean. Canonica est ista Epistola:
per omnes gentes recitatur, orbis auctoritate retinetur, dit
saint Augustin. (In I Joan. Tract, vu, 5.) Les écrivains catho-
liques n'ont élevé là-dessus aucun doute, et il est inutile de
réfuter les vaines subtilités qu'ont suscitées quelques nova-
teurs. Les protestants conviennent que ces objections n'ont
aucune valeur aux yeux de la science. Le style seul de cette
Epître suffirait pour démontrer que son auteur est le même qui
a écrit l'Evangile.
2. On ignore le lieu où saint Jean l'a rédigée, et la date en
est incertaine. Nous présumons qu'elle fut composée vers le
temps où les erreurs des Cérinthiens, des Ebionites et des
Nicolaïtes prenaient de l'extension, et lorsque les Gnostiques
commençaient à dogmatiser. Les uns niaient la divinité de
Jésus-Christ, les autres son humanité et la réalité de sa chair :
plusieurs combattaient la nécessité des bonnes œuvres. Or saint
Jean semble avoir un double but en écrivant sa lettre : d'abord
il tâche d'affermir les chrétiens dans l'intégrité de la foi, en les
(1) Saint Cyprien. Joannes apostolus mandati memor in Epistola sua
ponit : In hoc, inqxiit, inlelligimus quia cognovimus eum, siprœcepta
tjus custodiamus. (Epist. xxvm. — I Joann., n, 3.) — Beatus Joan-
nes apostolus universos qui de Ecclesia émissent, quique contra Eecle-
siam facerent, antichristos appcllavit, dicens : Audistis quia Anti-
christus renit ; nunc autem antichristi multi facti sunt. (Epist. lxix.)
— 329 —
prémunissant contre les hérésies naissantes, que nous venons
de signaler; ensuite il veut les exhorter à pratiquer la charité
mutuelle en s'adonnant aux bonnes œuvres, selon le comman-
dement du Seigneur.
De là nous pouvons induire que l'Apôtre a écrit cette Epître
dans les dernières années de sa vie, et qu'elle a dû précéder
son Evangile. Car elle est connue un premier coup porté aux
hérésies qui apparaissaient alors dans l'Eglise, et l'Evangile
en est la pleine réfutation.
<:<>mme (railleurs on voit que saint Jean parle à des fidèles
qui lui sont parfaitement connus et qu'il appelle ses chers
enfants, on ne doute pas qu'elle ne soit spécialement adressée
aux églises de l'Asie Mineure : il les gouverna jusqu'à la tin
de sa vie, et elles étaient alors infestées par les hérésies qu'il
combat.
:;. Deux idées principales composent le fond de cette Epître.
La première esi le dogme qui forme la base de la religion:
savoir, que Jésus est le Christ, vrai Dieu et vrai homme, le
^••ul qui efface les péchés du monde, notre avocat auprès du
Père et notre Sauveur. — La seconde idée sur laquelle il
insiste, est le grand commandement de Jésus-Christ, l'amour
du prochain. — On peut y joindre la haine du monde, parce
que le monde s'oppose au règne de Jésus-Christ.
Ces sujets ne sont pas traités à part. Il ne faut pas chercher
clans cette lettre un ordre méthodique. Saint Jean passe sans
transition apparente d'un objet à l'autre: il revient sur l'idée
qu'il a émise, pour la développer et la compléter; il la repreiel
pour la lier à une autre, ou pour en tirer une conséquence, ou
pour la montrer sous un nouveau jour. Rien de plus libre que
Ba marche, tantôt simple et familière, tantôt sublime eomme
le vol de l'aigle.
PREMIÈRE ÉPITRE DE SAINT JEAN
CHAPITRE PREMIER
ANALYSE
1. Saint Jean commence par se poser en témoin irrécusable
des faits évangéliques. Gomme tous les autres Apôtres, il at-
teste ce qu'il a vu. entendu, examiné, touché de ses mains;
et il l'annonce aux nommes, afin qu'ils soient admis dans la
société du Père et du Fils.
2. Ce que saint Jean et les Apôtres ont d'abord appris du
Verbe incarné, c'est que Dieu est toute lumière et qu'il n'y a
point en lui de ténèbres. Il veut dire que Dieu est le bien pur,
sans mélange d'imperfection.
•">. Aussi, pour être uni à Dieu faut-il être, comme lui, dans
la lumière, c'est-à-dire aimer la vérité et la vertu.
\. Or, celui qui marche dans la lumière de la vérité doit
a va ni tout confesser qu'il est pécheur, afin d'obtenir, par cet
humble aveu, que le san^ de Jésus-Christ efface ses péchés.
Car nous somme-, tous pécheurs, et nous devons être purifiés
de nos souillures, pour entrer en société avec Dieu.
1. Quod fuit ab initia, quod 1. Ce qui était dès le commence-
audivimus, quod vidimus oculis ment, ce que nous avons entendu
w, quod perspeximus, et de nos oreilles, ce que nous avons
manu» nottrœ contrectaverunt vu de nos yeux, ce que nous avons
de Verbo vitœ : considéré attentivement, et ce que
nos mains ont touché du Verbe de
rie, nous vous l'annonçons.
(2. Et vita manifestata est, et 2. Car la vie s'est manifestée, nous
vidimus, et testamur, et annun- l'avons vue et nous en rendons té-
tobi» vit<x>n ceternant, moignage : nous v..us annonçons la
— 832 —
Aie éternelle qui était dans le Père
et qui s'est montrée à nous.
3. Ce que nous avons vu et ce
que nous avons ouï, c'est ce que
nous vous prêchons, afin que vous
entriez vous-mêmes en société avec
nous, et que notre société soit avec
le Père et avec son Fils Jésus-Christ.
4. là nous vous écrivons ces choses
afin que vous soyez dans la joie, et
que votre joie soit pleine et parfaite.
ô. < >r, voici ce que nous vous an-
nonçons, Tayant appris de Jésus-
Christ : nous vous enseignons que
Dieu est lumière, et qu'il n'y a point
en lui de ténèbres.
<j. Si nous disons que nous avons
société avec lui lorsque nous mar-
chons dans les ténèbres, nous men-
tons et nous n'agissons pas selon la
vérité.
7. Mais si nous marchons dans la
lumière, comme il est lui-même
dans la lumière, il y a société entre
lui et nous, et le sang de Jésus-
Christ son Fils nous purifie de tout
péché.
8. Si nous disons que nous som-
mes sans péché, nous nous séduisons
nous-mêmes, et la vérité n'est point
en nous.
9. Mais si nous confessons nos
péchés, Dieu est fidèle et juste pour
nous les remettre, et pour nous
purifier de toute iniquité.
10. Si nous disons que nous n'a-
vons point commis de péché, nous
le faisons menteur, et sa parole
n'est point en nous.
quœ erat apv.d Patrem, et ap-
pariât nobis :)
3. Quodvidimuset audivimus,
annuntiami's vobis, ut et vos
societatem hàbeatis nobiscum,
et societas nostra sit cum Pâtre,
et cum Filio ejus Jesu Christo.
4. Et hœc scribimus vobis ut
gaudeatis, et gaudium vestrum
sit plénum.
5. Et hœc est annuntiatio
quant audivimus ab eo, et an-
mmtiamus vobis : quoniam Deus
lux est, et tenebrœ in eo non
sunt ullœ.
6. Si dixerimus quoniam so-
cietatem habemus cum eo, et in
tenebris ambulamus, mentimur,
et veritatem non facimvs.
7. Si autem in luce ambula-
mus sicut et ipse est in luce,
societatem habemus ad invicem,
et sanguis Jesu Christi filii ejus
emundat nos ab omni peccato.
8. Si dixerimus quoniam pec-
catum non habemus, ipsi nos
seducimv s , et veritas in nobis
non est.
9. Si confiteamur peccata nos-
tra, fidelis est et justus, ut re-
mittat nobis peccata nostra, et
emundet nosab omni iniquitate.
10. Si dixerimus quoniam
non peccavimus, mendacem fa-
cimus eum, et verbum ejus non
est in nobis.
COMMENTAIRE
1. Quod fuit ab initio, en grec, o y,v x~ ' àp/vjç, quod erat
a principio. Ce qui a été dès le commencement, ce qui
même était déjà quand le temps a commencé, c'est ce
— 333 — / Joan., 1.
que nous vous annonçons. La lettre de l'Apôtre débute
comme son Evangile, en affirmant l'éternité du Verbe :
In principio erat Verbiim; « au commencement était le
Verbe » ; quand tout a commencé, il était.
Quod fuit. Sur ce mot fuit, saint Augustin fait un beau
commentaire. Quoique une nature immuable, dit-il, n'ad-
mette pas en elle le passé et le futur, mais le présent
seul, néanmoins, à cause de notre mortalité et de notre
mutabilité, nous pouvons dire sans erreur que cette
nature ineffable a été, qu'elle sera et qu'elle est. Elle
a été dans les siècles passés, elle est dans le siècle pré-
sent, elle sera dans les siècles à venir (1). »
Quod audivimus. Ce que nous avons entendu de nos
oreilles pendant que le Verbe nous parlait, c'est ce que
nous vous prêchons. Nous vous rapportons fidèlement
ses discours, nous vous exposons exactement sa doc-
trine.
Quod vidimus ocidis nostris. Ce que nous avons vu de
nos yeux, c'est ce que nous vous attestons. Les merveilles
que nous vous racontons, nous les avons nous-mêmes
vues. Nous avons vu les malades guéris, les tempêtes
apaisées, les morts sortir du tombeau. Nous avons vu
Jésus cloué sur la croix, et le sang jaillir de son côté
percé d'une lance. Nous l'avons vu mort, nous l'avons
vu ressuscité, nous l'avons vu monter au ciel.
Quod perspeximus, o ÈQsaixuiEOa. Comme ces faits étaient
de la plus haute importance, nous les avons considérés
avec soin, examinés attentivement, et ce que nous
avons constaté nous vous l'annonçons comme pleine-
ment certain.
Quod audivimus, quod vidimus, quod perspeximus. Le
sens que nous venons de donner est vrai, mais il ne
suffit pas. Ce pronom quod (ce que) désigne la personne
même que nous avons vue, entendue, considérée. Le
(1) Qtuunvis enim natura Ma immutabilis et ineffabilis non accipiat
fuit et erit, sed tantum est, tamen proptev mutabilitatem temporum
in quibuê versatur noêtra mortalita* et nostra mutabilitas, non rnen-
•■ dieimuë et fuit, et tritt et est. (S. Aug. in Joan. Tract, xcix, 5.)
- 334 —
Verbe divin, l'Homme-Dieu que nous avons entendu, vu,
et considéré, nous vous l'annonçons (1).
Et {quod) manns nostree contrectaverunt, xom ai yèipeç
7,'j.oW e^Xà(p7i<jav. Ce que nous avons touché de nos mains,
nous vous l'annonçons. Il ne dit pas : l'homme que nous
avons touché, parce que celui qu'ils ont touché était plus
qu'un homme. 11 ne dit pas non plus : le Dieu que nous
avons touché, parce qu'ils ne Font pas touché en tant que
Dieu, mais seulement comme un homme uni person-
nellement à un Dieu. C'est pourquoi il dit simplement :
Ce que nos mains ont touché, c'est ce que nous vous
annonçons.
Quod manus nostrœ contrectaverunt. Cette expression
énergique réfute Basilide et les Docètes, qui prétendaient
que le Christ n'avait pris qu'une chair fantastique et
disaient que sa mort avait été seulement apparente.
Mais la chair du Verbe était réelle : Verbum caro factum
est. Les Apôtres l'ont touchée et palpée, sur l'ordre même
de Jésus-Christ, pour s'assurer qu'elle était véritable :
Voyez aux cicatrices de mes mains et de mes pieds, que
c'est bien moi, leur dit-il après sa résurrection; touchez,
voyez, et reconnaissez que mes membres sont une sub-
stance corporelle. Car un fantôme n'a point de la chair et
des os, comme vous voyez et comme vous sentez que j'en
ai, quand vous me touchez avec vos mains. Videte manus
meas et pedes, quia ego ipse sum, Palpate et videte, quia
spiritus carnem et ossa non habet, sicut me videtis habere.
(S. Luc, xxiv, 39.)
De Verbo vitae. On croyait que l'Apôtre allait écrire,
nempe Verbum : ce que nous avons vu et touché, c'est-à-
dire le Verbe, nous vous l'annonçons. Mais il n'ose pas
dire qu'il a touché le Verbe, quoique celui qu'il a touché
soit le Verbe. Il dit seulement : Nous vous racontons ce
que nous avons connu du Verbe de vie, par nos oreilles,
par nos yeux et par nos mains. Nous avons vu, entendu
(1) Ipsum Verbum vitœ quod fuit ab initio, quodque indutum carne
audivimus, et vidimus, et perspeximus, et contrectavimus , annuntia-
mus vobis. (Estius.)
— 385 — / Joan., i.
et touché l'homme qui était Dieu; car ce Verbe, ce Dieu
inaccessible à nos sens, a pris une chair afin que nous
puissions le voir, l'entendre et le toucher.
Le mot verbum, Àoyo;. est la parole intérieure, ce que
l'esprit se dit à soi-même avant de le manifester au
dehors; c'est la pensée. Le terme grec Xoyoç signifie non
seulement une parole et un discours, mais encore l'in-
telligence et la raison. L'Apôtre saint Jean nomme ainsi
le Fils de Dieu, pour nous donner quelque idée de son
essence. En effet, 1° comme notre verbe intérieur ou
notre pensée s'engendre dans notre âme qui la conçoit,
de même le Fils de Dieu est engendré dans le sein du
Père, qui est l'Esprit éternel. 2° Comme notre pensée en
naissant de notre âme demeure dans notre âme, de
même le Fils, qui naît du Père, demeure chez le Père.
Comme la pensée, par laquelle nous connaissons et
comprenons notre âme, est la fidèle image de notre âme,
de même encore le Fils de Dieu, Pensée du Père, est la
parfaite image du Père.
Verbum vitœ. Il est le Verbe de vie; car il est vivant
par lui-même, il est la vie essentielle, et il communique
la vie à tous les êtres qui vivent, en sorte que tout ce qui
vit, vit par le Verbe. C'est par lui que vivent les hommes
et les anges. C'est lui qui donne la vie de la grâce aux
justes de la terre, et la vie de la gloire aux bienheureux
du ciel.
2. Et vita manifestata est. « Car la vie a été mani-
festée. » Ce verset est une parenthèse. La vie, cette puis-
lice mystérieuse qui agit dans la nature, où donc en
est la source? D'où vient la vie dans l'homme, dans
l'animal, dans la plante même? Nous apercevons des
phénomènes admirables, mais leur principe nous échappe.
La matière, inerte en soi, ne peut produire la vie : il faut
quun esprit intelligent et puissant la lui donne.
Eh bien, la vie essentielle, la vie subsistante, qui est
use de la vie dans la nature, et cause de la vie surna-
turelle dans l'homme, nous l'avons vue ; car elle s'est ma-
nifestée. La vie éternelle, qui était chez le l'ère, nous a
— 336 —
apparu dans la chair qu'elle a prise. Nous vous l'attes-
tons et nous vous l'annonçons. Et vita manifestata est,
et vidimus, et testamur, etannuntiamits vobis vitam œter-
nam, quœ erat apud Patrem, et appariât nobis.
Vidimas. Or je ne suis pas le seul témoin, dit saint
Jean : nous sommes douze qui vous racontons ce que
nous avons entendu, vu, examiné, touché de nos mains.
Testamur. Nous vous attestons des faits sensibles, pu-
blics, opérés devant des multitudes ; et nous sommes prêts
à verser notre sang pour certifier notre témoignage.
Testamur. Nous qui sommes encore vivants, nous attes-
tons ce que nous avons vu; mais les martyrs, qui ont
donné leur vie pour soutenir la vérité, n'ont pas cessé de
l'attester quand ils sont morts. La voix d'Etienne et de
Jacques mon frère, celle de Pierre et de Paul, celle de
Barthélémy, de Philippe, de Thomas, d'André, n'est pas
éteinte. Leur tombe n'est pas muette. Ils continuent, et
nous continuerons avec eux jusqu'à la fin des siècles, de
rendre témoignage au Verbe manifesté dans la chair.
Et annuntiamus vobls vitam œternam quœ erat apud
Patrem. « Et nous vous annonçons la vie éternelle, in-
créée, qui était chez le Père. » C'est bien la môme expres-
sion céleste que saint Jean met en tête de son Evangile :
Et Verbum erat apud Deum, « et la personne du Verbe
était chez la personne de Dieu le Père. » Le Roi prophète
avait dit de même : Apud te est forts vitœ, et in lamine
tuo videbimus lumen, « La source de la vie est chez vous,
Seigneur, et c'est dans votre lumière que nous verrons la
lumière. » (Ps. xxxvi.)
3. Quod vidimus et audivimus, annuntiamus vobis. La
parenthèse qui remplit le second verset étant close, saint
Jean résume la première partie de sa période par ces
deux mots, quod vidimus et audivimus, et il la termine
enfin par cette phrase : hoc annuntiamus vobis : « Ce que
nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons. »
Sur quoi saint Augustin fait cette réflexion : « Nous
devons croire fermement ce que nous ne voyons pas ; car
ce que nous ne voyons pas nous est annoncé par ceux qui
— 837 — Uoan.9i.
ont vu. » Firme tenecmais quod non videmus. quia illinun-
tiant qui vider unt. (In Joan. i, 3.)
Ne pas croire au témoignage des hommes dans les
aifaires de la vie, serait une chose insensée. Refuser de
croire des témoins oculaires, dignes de foi, lorsqu'ils
attestent des faits miraculeux qu'ils ont soigneusement
constatés, n'est pas plus sage.
Ut et vos societatem liabeatis nobiscum. Ce que nous
avons vu, nous vous l'annonçons, « afin que vous soyez
vous-mêmes en société avec nous » : nobiscum, avec
nous les Apôtres de Jésus-Christ et avec son Eglise.
Et societas nostra sit cum Pâtre et cum Filio cjus Jesu
Christo. Voilà, dit-il, le but de notre prédication et le
motif de notre témoignage. Nous vous offrons, à vous
comme à tous les hommes, d'entrer en société avec nous.
Or notre société est avec le Père qui habite les cieux, et
avec son Fils Jésus-Christ. Par l'acte de cette société,
nous sommes certains de partager la vie bienheureuse
de Dieu, de posséder avec lui la gloire éternelle, et de
devenir participants de la nature divine. Lorsque nous
vous annonçons l'Evangile, nous vous invitons à jouir
avec nous de ces mêmes biens célestes qui nous sont pro-
mis et assurés (1).
Vt societatem liabeatis nobiscum, et societas nostra sit
cum Pâtre. On tire de ces paroles une conclusion contre
schismatiques : pour entrer en société avec Dieu, il
faut, selon saint Jean, être en société avec le collège des
Apôtres, et avec l'Eglise fondée par eux. Quicumque socie-
tatem cum Deo Itaberc desiderant primo Ecclesix societati
debent adunari, dit le vénérable Bède. Saint Cyprien le
déclare de même. (Quiconque abandonne l'Eglise, dit-il,
est un étranger, un profane, un ennemi. Nul ne peut avoir
Dieu pour père, s'il n'a l'Eglise pour mère. Qui relinquit
(1) Et societas nostra sit. Le verbe n'est pas exprimé dans le grec. Il
y a simplement : Et societas nostra cum Pâtre et cum Filio ejus Jesu
Christo. Limlicatif est, que suppléent la plupart des commentateurs,
t( aussi naturel que le subjonctif sit, si revient au même Bena :
»8l arec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. »
i ri.: . loi IQ1 ES 22
— 338 —
Ecclesiam Christi alienus est, profanus est, hostis est.
Haberc jam non potest Deum patrem qui Ecclesiam non
habet matrem. (S. Cypr. de Unit. Eccl., c. v.)
Ici finit le prologue de la lettre.
On demande pourquoi saint Jean ne met pas son nom
d'Apôtre dans ce prologue. Il y est si on sait l'y voir.
Quand il dit : Qnod vidimus annuntiamus, il se présente
non pas seul, mais il se montre environné du cortège des
autres Apôtres ; et de concert avec eux il atteste les faits
de l'Evangile qui sont prêches dans tout l'univers.
4. Et hœc scribimus vobis ut cjaudcatis, et gaudium ves-
trum sit plénum. « Et nous vous écrivons ces choses, afin
que vous soyez dans la joie, et que votre joie soit pleine
et parfaite. » Une vie bienheureuse et immortelle dans
les cieux est offerte aux hommes : telle est la bonne nou-
velle que nous publions dans le monde entier, nouvelle
qui doit remplir de joie tous les peuples.
En effet les Apôtres, les évêques, les prêtres ne sont
que des messagers de bonnes nouvelles. Ils annoncent
aux hommes la résurrection des corps et la vie éternelle.
Ne sont-ce pas là des motifs d'une joie incomparable ? Ut
gaudeatis. Sans doute ils parlent de supplices destinés aux
pécheurs, mais c'est pour leur apprendre le moyen de les
éviter. Ils offrent à tous les pécheurs du monde la rémis-
sion de leurs péchés, remissionem peccalorum.
Vobis. A qui saint Jean écrit-il? D'anciens manuscrits
delà Vulgate portaient : EpistolaJoannis ad Par thos. C'est
le titre que saint Augustin donne au commentaire qu'il a
fait de cette Epître. Saint Jean aurait donc spécialement
adressé sa lettre aux chrétiens répandus dans le vaste
empire desParthes. Mais ce titre, inscrit sur un très petit
nombre d'exemplaires latins, est abandonné par la cri-
tique. Nous l'avons dit, saint Jean s'adresse en général
à tous ceux qui ont reçu la prédication apostolique, mais
spécialement aux églises de l'Asie, où l'erreur faisait des
progrès.
5. Et hœc est annuntiatio quam audivimus ab eo, et
annuntiamus vobis : quoniam Deus lux est, et tenebrœ in
— 339 — / Joan., i.
eo non sunt ullœ. « Or, ce que nous avons appris de Jésus-
Christ et ce que nous vous annonçons de sa part, c'est
que Dieu est lumière et qu'il n'y a point en lui de ténè-
bres, d Dieu est une lumière spirituelle et éternelle, où
habite la plénitude de la vérité et de la justice, sans ombre
d'ignorance ou d'imperfection.
Saint Jean aborde ici le principal sujet de sa lettre : il
réfute les impies qui faisaient remonter jusqu'à Dieu le
principe du mal, et d'autres hérétiques qui prétendaient
qu'on peut être agréable à Dieu en satisfaisant les désirs
de la concupiscence.
Or, Dieu est lumière, Deus lux est. Cette expression
revient souvent dans la sainte Ecriture. Comme rien n'est
plus pur que la lumière qui illumine tout ce qui nous
environne, cette métaphore nous présente deux attributs
de la nature divine : la science et la pureté. Dieu est une
intelligence infinie qui connaît toute vérité; Dieu est une
volonté sainte, qui aime tout ce qui est juste, et hait tout
ce qui est injuste ou impur. Tel est le sens de ce mot :
Dieu est lumière.
C'est encore ce que saint Jean affirme au commencement
de son Evangile, où il dit pour combattre les mêmes
hérétiques : « Le Verbe était la vraie lumière qui illu-
mine tout homme venant en ce monde. » Erat lux vera
</ua' illuminât omnem hominem venientem in hune mun-
duiii. s. Joan., i, 9.)
Et tenebrx in eo non sunt ullœ. Dieu étant la source
de la lumière, il ne peut y avoir en lui de ténèbres d'au-
cune sorte : ni ombre d'ignorance, ni ombre d'injustice.
Jjir. ri teneàrœ. Ces deux expressions se disent des
hommes, dans le langage chrétien : ils sont enfants de
lumière ou enfants de ténèbres, c'est-à-dire bons ou mau-
vais. Elles se disent des actions des hommes :les œuvres
de lumière sont des oeuvres saintes, et les œuvres de
ténèbres sont les péchés, peccata teneàrœ sunt. (S. Aug.)
Elles se disent des esprits : on nomme les bons anges
espriN de lumière, et les démons esprits de ténèbres.
(Voyez plus bas, n.
— 340 —
Ces locutions familières aux Apôtres nous rappellent
cette parole de Notre-Seigneur : « Moi qui suis la lumière,,
je suis venu en ce monde afin que tout homme qui croit
en moi ne demeure point dans les ténèbres », ni dans les
ténèbres de l'erreur, ni dans celles du péché. (S. Joan.,
xii, 46.)
6. Si dixerimus cjuoniam societatem habemus cum co,
et in tenebris ambulamns, mentimur, et veritatem non
facimus. « Si nous disons que nous avons société avec
Dieu, et si cependant nous marchons dans les ténèbres,
nous mentons, et nous n'agissons point selon la vérité,
car nos œuvres ne sont point faites selon la lumière di-
vine. » Ces paroles visent les Gnostiques. Ils se vantaient
de posséder la connaissance de l'ineffable Majesté, et ils
prétendaient que cette connaissance était la vraie rédemp
tion, qu'elle les unissait à Dieu et les rendait impecca-
bles, quelques choses qu'ils fissent. Car, disaient-ils.
comme l'or, quoique couvert de boue, ne perd pas sa
beauté propre, de même ce qui est spirituel ne saurait
être atteint par la corruption. (Voyez plus bas, ni, 4.)
La continence pouvait être nécessaire aux autres mor-
tels qu'ils appelaient des « psychites » ; mais pour eux,
hommes « spirituels », ils n'étaient pas astreints à la
chasteté ; car la « science » qu'ils possédaient les rendait
incorruptibles. Telles étaient les immondes rêveries de
ces insensés qui prenaient le titre de savants (1).
Saint Jean déclare qu'ils sont des menteurs, lorsqu'ils
prétendent qu'ils ont société avec Dieu. Or, si nous vi-
vons comme eux dans les ténèbres du vice et du péché,
nous mentons aussi, et nos actions prouvent que nos pa-
roles sont fausses quand nous nous vantons d'être les
amis de Dieu : mentimur et veritatem non facimus. Car,
pour être uni à Dieu, il est nécessaire d'être pur. En
effet, quelle société peut-il y avoir entre la lumière et les
ténèbres ? Et quel accord est possible entre le Christ et
Bélial?(IICoi\, vi, 14.)
(1) Psychites, <\>v/s/.o<.> était l'opposé de spirituels, nvsuiixTtxo\ ; et
yvûwrtxo\ (dérivé de yv&ais, science) voulait dire savants.
— 341 — I Joan., i.
Trois devoirs nous sont imposés pour mériter l'alliance
avec Dieu : croire la vérité dans notre cœur ; la confesser
devant les hommes sans en rougir, et y conformer nos
actions.
Toutefois, selon la pensée de l'Ecriture, être dans les
ténèbres suppose un état où le péché domine. Le juste
peut donc être dans la lumière sans être exempt de toute
faute. Saint Paul disait aux Ephésiens : Eratis aliquando
tenebrx, nunc autem lux in Domino. (Eph., v, 8.) « Vous
étiez autrefois ténèbres », quand vous viviez dans l'infidé-
lité, « et vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur »,
depuis que vous êtes devenus chrétiens par la foi et le
baptême. En leur parlant ainsi, l'Apôtre ne les déclarait
pas exempts des fautes légères.
7. Si autem in luce ambulamus, sicut et ipse est in luce,
societatem habemus ad invicem. Mais si nous marchons
dans la lumière de la vérité et de la sainteté, comme Dieu
est lui-même dans la lumière, nous avons ensemble une
société mutuelle.
Lorsque nous aimons la vérité, la pureté, la sainteté,
et que nous haïssons l'iniquité et le mensonge, alors Dieu,
à qui nous ressemblons, nous aime et nous communique
ses biens; il nous enrichit de la grâce sanctifiante et nous
admet dans sa gloire. Nous sommes donc unis en société
avec Dieu et avec tous ceux qui marchent aussi dans la
lumière : Societatem habemus ad invicem.
Sans doute, pour être uni parfaitement à Dieu, il faut
être parfaitement pur. Mais si nous avons commis quel
que faute même grave, ne nous décourageons pas : « le
sang de Jésus-Christ, Fils de Dieu, nous purifie de tout
péché. * Car, il a versé son sang pour les péchés du monde.
Et sanguis Jesu Cliristi, Filii ejus. Ces mots réfutent
trois hérésies. Premièrement, celle des Manichéens qui
niaient que le Christ eût pris véritablement la nature
humaine. Secondement, celle des Ebionites qui niaient
l;i divinité du Christ. Et troisièmement celle des Nesto-
riens qui divisaient la personne du Christ en personne
du Verbe divin et en personne humaine.
— 342 —
S an-gui s Jesu Christi emundat nos ab omni peccato.
Tout péché, originel ou actuel, mortel ou véniel, est eflacé
dans notre âme, en vue des mérites de Jésus-Christ, et
par l'application qui nous est faite de son sang répandu
sur la croix.
Emundat nos. Non seulement la peine du péché nous
est remise, mais la tache même de notre âme est purifiée,
notre cœur est changé par une vraie contrition, et renou-
velé par l'infusion de la charité et de la grâce sancti-
fiante. Dieu, selon l'expression de David, crée dans nous
un cœur nouveau. Il lave notre âme et elle devient plus
blanche que la neige. (Ps. l.)
8. Si dixerimus quoniam peccaturn non habemas, ipsi
nos seducimus et veritas in nobis non est. Mais, si nous
disons, comme certains hérétiques superbes, que nous
sommes sans péché et que nous n'avons pas besoin d'être
purifiés par le sang de Jésus-Christ, nous nous séduisons
nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous. Car, outre
le péché originel qui infecte tous les enfants d'Adam, il
n'y a point sur la terre un homme tellement juste qu'il
fasse toujours le bien et ne pèche pas. Non est homo jus-
tits in terra, qui faciat bonum et non peccet, dit Salomon.
(EccL, vu. 21.) Et saint Jacques affirme aussi qu'il nous
échappe à tous beaucoup de fautes : in multis offendimus
omnes. (S. Jac, m, 2.) Appuyés sur ces textes, les théolo-
giens prouvent que nul, sans un privilège spécial, sem-
blable à celui de la très sainte Vierge, ne peut éviter toute
espèce de faute dans le cours de sa vie. Homines enim
justi, quamdiu in hac carne corruptibili mortaliter vivunt,
justi qnidem esse possimt, sed contagio adpœ omnino ca-
rere non possunt. (S. Greg. M. in Job, lib. XVIII, 71.)
Ce point, défini par le Concile de Trente (Sess. VI,
can. xxin), avait déjà été parfaitement éclairci par celui
de Carthage tenu l'an 418, contre l'hérésie de Pelage et
de Célestius. Il prononça l'anathème contre quiconque
prétendrait que le juste, en récitant l'Oraison dominicale,
ne dit pas pour lui, mais pour les autres : Remettez-nous
nos dettes. (Conc. Carth. Can. vu et vin.)
— 343 — / Joan.,1.
Ipsinos seducimns, eauToùçicXavôjttv. Si nous nous croyons
irréprochables devant Dieu, et si nous prétendons n'a-
voir aucune faute à expier, nous nous séduisons nous-
mêmes ; nous employons notre raisonnement à nous
persuader ce qui est faux et ce qui doit nous perdre.
Ne nous rassurons point en considérant comme peu
de chose des fautes qui nous paraissent légères : leur
nombre peut former une dette effrayante. Ista levia quds
dicimus, nolicontemnere, dit saint Augustin. Si contem-
nis quando appendis, expavesce quando mimeras. Levia
multa faciunt nnum grande ; midtœ guttœ implent flu-
men. (Voyez S. Jac, ni, 2.)
Après avoir établi contre certains hérétiques que per-
sonne n'est sans péché sur la terre, et que tous ont besoin
de la grâce du Sauveur, l'Apôtre indique le moyen géné-
ral d'obtenir le pardon de toutes les fautes graves ou
légères que l'on a commises : c'est de les confesser.
9. Si confite amur peccata nostra, fidelis est et justus,
ut remittat nobis peccata nostra. « Mais, dit-il, si nous
confessons humblement nos péchés. Dieu est fidèle et
juste pour nous les remettre, i II est fidèle dans ses pa-
roles, parce qu'il accomplit toujours ce qu'il a promis.
Or, il a promis le pardon au pécheur pénitent ; car le
prophète Jérémie déclare au nom du Seigneur que, si
l'impie fait pénitence de ses péchés et s'il garde ses com-
mandements, il ne mourra point. Si antem impius egerit
pœnitcntiam ab omnibus peccatis suis, quœ operatus est,
et custodierit omnia prœcepta mea, et fecerit judichim
et justitiam : vita vivetet non morietur. (Ezech., xvm, 21.)
Et justus. Dieu nous pardonne par une sorte de jus
tice, à cause de sa promesse. Nous sommes cependant
justifiés gratuitement, parce que ni la foi ni les œuvres
qui précèdent la justification ne méritent la grâce de la
justiiication : elles y disposent seulement. Gratis autem
justificari ideo dicimur, quia nihil eorum quai justification
nct/i jj/cvcedu?it}sive fides,sive opéra, ipsam justificationis
gratiam promerctur. (Conc. Trid. Sess. VI, de Justif.,
c. VIII.)
— 344 —
Le pécheur ne peut réclamer le pardon en vertu de son
seul repentir; mais il invoque avec confiance la promesse
de Dieu et les mérites de son Sauveur.
JJt remittat nobis peccata nostra. Un prince remet une
peine à un coupable, c'est-à-dire qu'il consent à ne pas
le punir ; mais il le laisse souillé de son crime. Dieu au
contraire ne pardonne pas seulement la faute, mais il
l'efface ; la tache disparaît, et nos âmes, lavées dans le
sang de Jésus-Christ, deviennent parfaitement pures :
Et emundrl nos ab omni iniquitate.
Si confiteamnr peccata ?iostra. « Si nous confessons nos
péchés. » Ce texte, considéré en lui-môme, ne déciderait
pas si la confession des péchés doit être faite au prêtre,
ou s'il suffit de la faire à Dieu. Mais d'autres textes, unis
à la tradition qui interprète l'Ecriture d'après les ensei-
gnements apostoliques, nous apprennent que les péchés
graves doivent être confessés au prêtre.
Peccata. Ce terme insinue qu'il ne suffit pas de se
reconnaître pécheur en général, mais qu'il faut confesser
au prêtre les divers péchés que l'on a commis et en dire
l'espèce et le nombre.
C'est là un usage et une doctrine qu'on voit remonter
aux premiers siècles de l'Eglise. On lit en effet dans saint
Cyprien que, de son temps, « les chrétiens ouvraient avec
simplicité leur conscience aux prêtres, déposaient à leurs
pieds le poids de leur âme, et allaient chercher auprès
d'eux un salutaire remède à leurs blessures graves ou
légères. » Tertullien écrivait auparavant que « la confes-
sion des péchés décharge l'âme, autant que la dissimula-
tion l'accable ; qu'il y a dans l'Eglise une discipline qui
apprend à l'homme à se prosterner et à s'humilier, en
tenant une conduite qui attire la miséricorde ; et qu'une
loi du christianisme ordonne de s'agenouiller devant les
prêtres et les hommes chers à Dieu (1).
i (1) Apud sacerclotes Del dolentes ac simpliciter confitentes exomolo-
gesim consclentiœ fâchent, animi siti pondus exponunt, salut arem
medelam parvis licet ac modicis viilneribus eœquirunt. (S. Cypr.,
Sermo de Lapsis.) — Tantum relevât confessio dcfîctorum, quantum
— 345 — / Joan., 1.
10. Saint Jean disait tout à l'heure : que « si nous préten-
dons n'avoir point de péchés, nous nous séduisons nous-
mêmes, et la vérité n'est point, en nous. » Maintenant il
répète la même idée, pour montrer combien une telle
prétention est coupable : Si dixerimus quoniam non pec-
cavimus, mendacem facimus eum, et verbum ejus non est
in nobis. « Si nous disons que nous n'avons point péché ».
non seulement nous nous séduisons nous mêmes, mais,
ce qui est beaucoup plus criminel, « nous faisons Dieu
menteur », puisque Dieu déclare dans plusieurs endroits
de l'Ecriture que tous les hommes sont pécheurs. « Nous
nous sommes tous égarés comme des brebis errantes, dit
Isaïe ; chacun de nous s'est détourné du droit chemin
pour suivre sa voie mauvaise ; et le Seigneur a placé sur
la tête du Christ l'iniquité de nous tous. » (Is., lui, 6.)
Si donc nous disons que tout est pur dans notre âme.
la vérité n'est point en notre bouche, et notre parole con-
tredit la parole de Dieu. Et verbum ejus non est in nobis,
La conclusion est que nous devons tous frapper nos poi-
trines, avouer nos péchés devant Dieu et, s'ils sont gra-
ves, les confesser aux pieds de ses ministres.
dissimidatio exaggerat... Exomologesis prosternendi et humilificandi
horninis disciplina est, conversationem injungens misericordiœ illi-
cetn... Mandat pvesbyteris advolvi et charis Dei adgeniculari. (Tert. de
Pœnit., S et 9.)
346
CHAPITRE DEUXIÈME
ANALYSE
1. Nous avons donc tous commis des péchés, et souvent il
nous en échappe encore. Cependant nous devons avoir con-
fiance en Dieu ; car Jésus-Christ est notre avocat auprès du
Père et notre victime de propitiation.
2. Mais, pour être justifiés par Jésus-Christ, il faut suivre
ses exemples et observer ses commandements. Or, le comman-
dement principal qu'il nous a donné, c'est d'aimer nos frères.
3. L'Apôtre désigne ensuite deux choses qui empêchent les
hommes de marcher dans la justice, savoir : la concupiscence
et l'hérésie. C'est pourquoi il exhorte affectueusement les
fidèles de tous les âges, premièrement à ne pas aimer le
monde, parce que le monde passe avec tous ses faux biens
qui excitent notre concupiscence; secondement à persévérer
dans la sainte doctrine qui leur a été annoncée, et à fuir les
erreurs des hérétiques, qui sont les précurseurs de l'Antéchrist.
1. Mes chers enfants, je vous écris
ces choses afin que vous ne péchiez
point. Mais si quelqu'un pèche, nous
avons un avocat auprès du Père :
c'est Jésus-Christ, qui est juste.
2. Et il est lui-même propitiation
pour nos péchés, et non seulement
pour les nôtres, mais encore pour
ceux du monde entier.
3. Or, ce qui nous assure que nous
le connaissons, c'est si nous gardons
ses commandements.
4. Celui qui dit qu'il le connaît et
ne garde pas ses commandements
est menteur, et la vérité n'est point
en lui.
1. Filioli met, hœc scribo vo-
bis, ut non peccetis. Sed et si
quis peccaverit, advocatum ha-
bemus apud Patrem , Jesum
Christum justum ;
2. Et ipse est propitiatio pro
peccatis nostris : non pro nos-
tris autem tantum, sed etiam
pro totius mundi.
3. Et in hoc scimus quoniam
cognovimus eum, si mandata
ejus observemus.
4. Qui dicit se nosse eum, et
mandata ejus non custodit, men-
dax est, et in hoc veritas non est.
347
/ Joan., H.
5. Qui autem serrât vcrbum
ejus, vere in hoc charitas Dei
perfecta est; et in hoc scimus
quoniam in ipso sumus.
6. Qui dicit se in ipso manere,
débet, sicut ille ambulavit, et
ipse ambulare.
7. Charissinti, non mandatum
novum scribo vobis, sed man-
datum vêtus, quod habuistis ab
initio : mandatum vêtus est
vcrbum quod audistis.
8. Iterum mandatum novum
scribo vobis, quod verum est et
in ipso et in vobis : quia tenebrœ
transierunt, et vernm lumen
jam lucet.
9. Qui dicit se in luce esse,
et fratrevà sinon odit, in tene-
bris est usque adhuc.
10. Qui diligit fvatrem suurn,
in lumine manet, et scandalvm
in eo non est.
11. Qui autem odit fratrem
m, in tenebris est, et in
tenebris ambulat, et nescit quo
eat : quia lenebrœ obcœcaverunt
oculos ejus.
12. Scribo vobis, filioli, quo-
niam remittuntur vobis peccata
proptcr nomen ejus.
13. Scribo vobis, patres, quo-
niam cognovistis cum qui ab
initio est. Scribo vobis, ado-
lescentes, quoniam vicistis ma-
ligm
11. >v rilio vobis, infantes, quo-
niam cognovistis Patron. Scri-
bo vobis, jttvenes, q>'oniam for-
tes estis, et verbwn Dei manet
in vobis, et vicistis malignum.
15. Nolite diligere mundusn
\ue eu quœ in mundo sunt.
Si qvis diligit mundum, non
est charitas Patris in eo.
16. Quoniam omne quod est
in mundo, concupiscentia carnis
5. Mais pour celui qui garde sa pa-
role, l'amour de Dieu est vraiment
parfait en lui. Et c'est par où nous
connaissons que nous sommes en lui.
6. Celui qui dit qu'il demeure en
Jésus-Christ doit marcher lui-même
comme Jésus-Christ a marché.
7. Mes très chers frères, je ne
vous écris point un commandement
nouveau, mais un commandement
ancien que vous avez reçu dès le
commencement. Cet ancien com-
mandement est la parole que vous
avez entendue.
8. Et néanmoins je vous écris un
commandement nouveau, qui est vrai
dans le Christ et dans vous; parce
que les ténèbres sont passées et la
vraie lumière luit déjà.
9. Celui qui prétend être dans la
lumière, et hait son frère, est encore
dans les ténèbres.
10. Celui qui aime son frère de-
meure dans la lumière, et il n'y a
point en lui de scandale.
11. Mais pour celui qui hait son
frère, il est dans les ténèbres, il
marche dans les ténèbres, et il ne
sait où il va, parce que les ténèbres
ont aveuglé ses yeux.
12. Je vous écris, mes chers en-
fants, parce que vos péchés vous
sont remis à cause du nom de Jésus-
Christ.
13. Je vous écris, à vous pères,
parce que vous avez connu celui qui
est dès le commencement. Je vous
écris, à vous adolescents, parce que
vous avez vaincu l'esprit malin.
14. Je vous écris, à vous enfants,
parce que vous avez connu le Père.
Je vous écris, h vous jeunes hommes,
parce que vous êtes forts, parce que
la parole de Dieu demeure en vous,
et parce que vous avez vaincu l'es-
prit malin.
15. N'aimez pas le monde ni les
choses qui sont dans le monde. Si
quelqu'un aime le monde, l'amour
du Père n'est point en lui.
16. Car tout ce qui est dans le
monde est concupiscence de la chair,
— 348 —
et concupiscence des yeux, et orgueil
de la vie ; ce qui n'est point du Père,
mais du monde.
17. Or le monde passe, et la con-
cupiscence du monde passe avec lui;
mais celui qui fait la volonté de Dieu
demeure éternellement.
18. Mes petits enfants, c'est main-
tenant la dernière heure ; et comme
vous avez entendu dire que l'Anté-
christ doit venir, il y en a déjà plu-
sieurs qui sont devenus des ante-
christs ; ce qui nous fait connaître
que nous sommes dans la dernière
heure.
19. Ils sont sortis d'avec nous,
mais ils n'étaient pas d'avec nous.
Car s'ils avaient été d'avec nous, ils
seraient demeurés avec nous. Mais
ils sont sortis, afin qu'ils soient ma-
nifestés et que l'on sache que tous
ne sont pas d'avec nous.
20. Mais quant à vous, vous avez
reçu l'onction du Saint, et vous con-
naissez toutes choses.
21. Je ne vous ai pas écrit comme
à des personnes qui ne connaissent
pas la vérité, mais comme à ceux
qui la connaissent, et qui savent que
nul mensonge ne vient de la vérité.
22. Qui est-ce qui est menteur, si
ce n'est celui qui nie que Jésus est
le Christ? Celui-là est un antechrist,
et il nie le Père et le Fils.
23. Quiconque nie le Fils, ne re-
connaît point le Père ; et celui qui
confesse le Fils, reconnaît aussi le
Père.
24. Pour vous, ayez soin que ce
que vous avez entendu dès le com-
mencement demeure en vous. Si ce
que vous avez entendu dès le com-
mencement demeure toujours en
vous, vous demeurerez aussi dans
le Fils et dans le Père.
25. Et c'est là ce que lui-même
nous a promis, en nous promettant
la vie éternelle.
26. Voilà ce que je voulais vous
écrire touchant ceux qui s'efforcent
de vous séduire.
27. Mais pour vous, faites que
est, et concupiscentia oculorum,
et superbia vitœ ; quœ non est
ex Pâtre, sed ex mundo est.
17. Et mundus transit, et
concupiscentia ejus : qui autem
facit voluntatem Dei, manet in
œternum.
18. Filioli, novissima hora
est : et sicut audistis quia Anti-
christus venit , et nunc anti-
christi multi facti sunt ; unde
scimus quia novissima hora est.
19. Ex nobis prodierunty sed
non erant ex nobis. Nam si
fuissent ex nobis, permansissent
utique nobiscum ; sed ut mani-
festi sint quoniam non sunt
omnes ex nobis.
20. Sed vos unctionem habetis
a Sancto, et nostis omnia.
21. Non scripsi vobis quasi
ignorantibus ver itatem, sed qua-
si scientibus eanx : et quoniam
omne mendacium ex veritate
non est.
22. Quis est mendax, nisi is
qui negat quoniam Jésus est
Chrislus ? Hic est antichristus,
qui negat Patrem et Filium.
23. Omnis qui negat Filium,
nec Patrem habet. Qui confitetur
Filium, et Patrem habet.
24. Vos quod audistis ab ini-
tio, in vobis permaneat. Si in
vobis permanserit quud audistis
ab initio, et vos in Filio et Pâtre
manebitis.
25. Et hœc est repromissio
quant ipse pollicitus est nobis,
vitam œternam.
26. Hœc scripsi vobis de his
qui seducunt vos.
27. Et vos unctionem quant
149 —
/ Joan.j il.
accepistis ab eo, raaneat in vobis.
Et non necesse Jtabetis ut aliquis
doceat vos : sed sicut nnctio ejvs
docct vos de omnibus, et verum
est, et non est mendaciv.m. Et
sicut docuit vos, manete in eo.
28. Et nunc, filioli, manete
in eo ; ut quum apparuerit,
habeamus fiduciam, et non con-
fundamur ab eo in advenue
ej"s.
89, Si scitis quoniam justus
est, scitotc quoniam et omnis
qui facit justifiant, ex ipso
natifs est.
l'onction que vous avez reçue du Fils
de Dieu demeure en vous. Et vous
n'avez pas besoin que personne vous
instruise. Mais comme cette onction
du Christ vous enseigne toutes cho-
ses, de même son enseignement est
vrai et pur de tout mensonge. De-
meurez en lui et dans sa doctrine
telle qu'il vous l'a enseignée.
28. Maintenant donc, mes petits
enfants, demeurez en lui, afin que,
lorsqu'il apparaîtra, nous ayons con-
fiance et que nous ne soyons pas
confondus par lui au jour du juge-
ment.
29. Si vous savez qu'il est juste,
sachez aussi que tout homme qui
fait des œuvres de justice est né
de lui.
COMMENTAIRE
1. Filioli mei, hœc scribo vobis, ut non peccetis. Sed et
si guis peccaverit, advocatum habemus opud Patrem,
Jesum Christum justum. « Mes chers enfants, je vous
écris ces choses afin que vous ne péchiez pas. Mais si
quelqu'un de vous pèche, nous avons un avocat auprès
du Père : c'est Jésus-Christ, qui est juste. »
Filioli, mes chers petits enfants. Cette expression de
tendresse a été employée par Notre-Seigneur à l'égard
de ses disciples. (S. Marc, x, 24, et S. Jean, xiii, 33.)
Saint Paul appelait aussi les Galates ses petits enfants :
Filioli, quos iterttm partwio. (Gai., iv, 19.) Pour saint
Jean, il répète jusqu'à huit fois filioli dans cette Epître,
où il parle tout à la fois avec l'autorité d'un Apôtre, et
avec la tendresse d'un père.
Uœc scribo vobis. Il désigne ce qu'il vient d'écrire dans
'fsets qui terminent le précédent chapitre : savoir
que nous tombons tous dans des fautes plus ou moins
graves et que nous avons tous des péchés à expier; mais
— 350 —
si nous les confessons humblement, nous en sommes
purifiés par Jésus-Christ. Maintenant il va développer
cette dernière pensée.
« Je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez
point. » Car si nous rappelons souvent à notre mémoire
les bienfaits de Jésus-Christ, nous serons pénétrés de sa
bonté à notre égard, et nous veillerons sur nous-mêmes
pour ne pas l'offenser. Mais l'Apôtre, qui connaît la fragi-
lité humaine, a soin d'ajouter : Néanmoins, si quelqu'un
d'entre vous pèche, qu'il ne perde point courage, mais
qu'il ait recours à Jésus-Christ : il est notre puissant
avocat auprès du Père ; il plaidera notre cause et il la
gagnera, parce qu'étant parfaitement juste, il est agréable
au Père, qui ne lui peut rien refuser. D'ailleurs, tout ce
qu'il demande comme homme, il a le droit de l'obtenir
de son Père : et comme Dieu, il nous le donne avec son
Père.
Advocatum. Souvent en ce monde un accusé confie sa
cause à l'éloquence d'un avocat, qui le sauve. Et vous,
dit saint Augustin, si vous confiez votre cause au Verbe
lui-même, est-ce qu'il vous laissera condamner?
Justum. Pour être avocat auprès de Dieu, il faut être
juste soi-même ; car un coupable n'est pas admis à inter-
céder pour un criminel. C'est pourquoi saint Paul disait
aux Hébreux que nous avions besoin d'un pontife saint,
pour être médiateur entre Dieu et le peuple. Talis enim
decebat ut nobis esset pontifex, sanctus, innocens, impôt-
lutus, segregatus apeccatoribus. (Hebr., vi, 26.)
Quelles raisons emploie-t-il quand il plaide notre
cause? Il montre ses plaies, dit Bossuet. (Serm. sur
rAscens.) En effet, l'Apôtre ajoute :
2. Et ipse est propiliatio pro peccatis ?iostris ; non pro
nostris autem tantnm, sed pro totius mundi. Or, non seu-
lement il est notre avocat, « mais il est encore lui-même
victime de propitiation pour nos péchés, et non seulement
pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier. » Voilà
une doctrine qu'il faut enseigner aux autres et nous prê-
cher à nous-mêmes. Quelque graves que soient nos pé-
— 351 — /Joan., u.
chés, quelque nombreuses que soient nos rechutes, nous
ne devons jamais désespérer de notre salut. « Car Jésus-
Christ lui-même est notre propitiation. » Toutes nos
fautes ont été expiées par le sacrifice qu'il a offert sur la
croix ; notre rançon est payée d'avance. Pour devenir
justes, il nous suffit d'avoir le regret de nos fautes pas-
sées, avec le ferme propos de ne les plus commettre. Si
nous en faisons l'aveu dans cette disposition, le prêtre
nous absout et tous nos péchés sont remis.
lpse est propitiatio pro peccatis . Qu'aucun péché, même
véniel, ne puisse être effacé que par Jésus-Christ notre
Rédempteur, cela est certain. Car il a dit à saint Pierre,
qui était pur de fautes graves : « Si je ne te lave pas, tu
n'auras pas de part avec moi. » Si non lavero te, non
habebis partem mecum. (S. Joan., xm, 8.)
Mais d'un autre côté, il n'y a point de péché si énorme
que le sang d'un Dieu n'efface. Jésus-Christ nous a tous
aimés, et il nous a tous lavés dans son sang : Dilexit ?ws,
et lavit nos in sanguine suo. (Apoc. i, 5.)
Or, continue l'Apôtre, quand je dis que le Christ est
propitiation pour nos fautes, je n'entends pas seulement
les nôtres, mais celles du monde entier. Non pro nostris
autem tantum,sed etiam pro totius mundi. Ce texte prouve
que Jésus-Christ n'est pas mort pour les seuls prédes-
tinés : cela est de foi. Il prouve, en outre, que Jésus-
Christ n'est pas mort seulement pour tous les fidèles,
mais encore pour tous les hommes : cela est certain.
Tous les hommes cependant ne sont pas justifiés par
son sacrifice, parce que tous ne veulent pas l'être.
3. El in /toc scimus quoniam coqnovimus eum, si man-
data ejus observemus. « Or, ce qui nous assure que nous
connaissons Jésus-Christ, c'est l'observance de ses com-
mandements. »
On oe peut recourir à Jésus-Christ, si on ne le connaît
pas: maisi] ne suffît pas de le connaître comme les scribes
et les pharisiens, qui ne l'ont connu que pour le faire
mourir. Cette connaissance, loin de les justifier, les a
rendus plus coupables.
— 352 —
Il faut le connaître et croire en lui: il faut le connaître
et lui obéir. La connaissance dont parle saint Jean est un
acte de l'intelligence qui fait agir la volonté, comme lors-
que le Sage dit à Dieu : Vous connaître, Seigneur, est la
parfaite justice, Nosse te consummata jastitia est. (Sap.,
xv, 3.) C'est encore d'une semblable connaissance que
Jésus-Christ a dit : Je connais mes brebis et elles me
connaissent; elles entendent ma voix et elles me suivent.
(S. Jean, x, 27.) La vraie foi, dit saint Grégoire, est celle
de l'homme en qui la conduite ne contredit point les
paroles Vera fides est, quœ in hoc qnod verbis dicit, mo-
riôus non contradicit. (Homil. in Evang. xxix.j
4. Quidicit se ?iosse enm, et mandata ejus non custodit,
mendax est, et in hoc veritas non est. Pour celui qui dit
qu'il connaît Jésus-Christ et ne garde pas ses commande-
ments, il est un menteur, et la vérité n'est point en lui. »
S'il connaissait la bonté de Jésus-Christ, sa puissance,
sa justice, est-ce qu'il l'offenserait ? On peut vraiment
dire de tous les pécheurs qu'ils ne connaissent ni Dieu
ni son Fils Jésus-Christ. Non noverunt Patremnequeme.
(S. Joan., xvi, 3.) Tout homme qui n'aime pas Dieu mon-
tre par là même qu'il ne le connaît pas et qu'il ne sait
pas combien il est aimable, dit le vénérable Bède. Quis-
qnis Denm non amat, profecto ostendit quia quam sit
amabilis non novit.
5. Qui autem servat verbwn ejus, vere in hoc charitas
ûei perfecta est. « Mais celui qui garde sa parole et obéit
à ses préceptes, montre que l'amour de Dieu est vraiment
parfait en lui. » Le raisonnement appelait cette série
d'idées : Celui qui garde la parole de Dieu le connaît. Or
celui qui connaît Dieu, l'aime. Car la vraie connaissance
de Dieu produit l'amour de Dieu. Celui donc qui garde la
parole de Dieu aime Dieu, et celui qui la garde parfaite-
ment l'aime parfaitement. Saint Jean supprime les idées
intermédiaires, qu'il laisse suppléer à l'intelligence du
lecteur, et il dit tout de suite : L'amour de Dieu est par-
fait dans celui qui garde sa parole. — Et in hoc scimus quo-
niam in ipso samus. « Et c'est en gardant sa parole que
— 353 — / Joan., u.
nous savons que nous sommes en lui. » Cette crainte de
lui déplaire, cet amour qui nous fait accomplir sa volonté,
nous attestent que nous sommes en Jésus-Christ, c'est-à-
dire ses vrais disciples, unis à lui comme les membres le
sont à leur chef, et comme les branches ne font qu'un
avec la vigne (1).
G. Qui dicit se in ipso manere, débet, sicut ille ambula-
vity et ipsc ambulare. Celui donc qui prétend qu'il de-
meure en Jésus-Christ et qu'il est son fidèle disciple, doit
marcher lui-même comme Jésus-Christ a marché. Car
Jésus- Christ ne s'est pas contenté de promulguer des
lois, comme fit autrefois Fange du Seigneur qui parlait
du haut de la montagne aux Israélites. Jésus a vécu au
milieu de nous et il nous a montré par ses actions ce que
nous devons faire nous-mêmes. Exemplum enim dedi
vobis, ut quemadmodum ego feci, ita et vos faciatis.
(S. Joan., xin, 15.)
( )r L'exemple qu'il nous a donné, celui qui résume toute
sa vie et toutes ses leçons, est d'aimer Dieu et le prochain.
7. Cliarissimi, non mandatum novum scribo vobis, sed
mandatum vêtus, r/uod habuistis ab initio : mandatum
vêtus est verbum cjuod audistis. Mes bien-aimés, je ne
vous écris point un commandement nouveau, que vous
ne connaissiez pas, mais un commandement ancien que
vous avez reçu dès le commencement. Ce précepte ancien
est la parole que vous avez déjà entendue.
Saint Jean vient d'exprimer le précepte de l'amour de
Dieu, et il va tout de suite inculquer l'amour du prochain.
Ces deux commandements sont semblables et ils n'en
font qu'un. L'on ne peut en effet aimer Dieu sans aimer
Le prochain, que Dieu aime. Et si l'on aime le prochain
comme on doit l'aimer, c'est-à-dire en lui souhaitant
l'éternelle possession de Dieu, on aime Dieu.
I double commandement n'est pas un précepte nou-
.: que les chrétiens entendent pour la première fois.
(1) Etre an vrai disciple de Jésus-Christ et un vrai chrétien, être en
s-Christ, demeurer en lui, être uni a lui par le baptême, par la foi
et la charité, c'est la même chose ou du moins ce sont des i lées connexes.
1 PITOU s CATHOLIQUES
— 354 —
C'est un commandement ancien, donné par le Seigneur et
qu'ils ont reçu dès l'origine, ab initio. Lorsqu'on les a
préparés au baptême, on a eu soin de leur apprendre
cette parole inscrite dans l'Evangile : « Tu aimeras le
« Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton cœur et
« de tout ton esprit. Voilà le plus grand et le premier
« commandement. Et le second est semblable : Tu aime-
« ras ton prochain comme toi-même. Toute la loi et
« les prophètes se résument en ces deux préceptes. »
(S.Matth., v, 37.)
8. Iterummandatumnovumscribo vobis. « Et cependant
je vous écris un commandement nouveau » pour le monde.
Il est vrai que Moïse avait dit aux Israélites : Tu aimeras
le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme
et de toute ta force. » Mais ce précepte, inconnu aux
Gentils, était presque oublié des Juifs. La crainte domi-
nait chez ce peuple, et il tremblait plutôt devant Dieu
comme un esclave, qu'il ne l'aimait comme un fils. Quant
à l'amour des hommes, on lisait dans le Lévitique : « Tu
aimeras ton ami, comme toi-même » (Lév., xix, 18): d'où
les docteurs juifs concluaient qu'on n'était pas obligé
d'aimer les étrangers, et qu'on pouvait haïr ses ennemis.
(S. Matth.,v, 43.)
Notre-Seigneur promulgua de nouveau le commande-
ment qui ordonne d'aimer Dieu de tout son cœur ; et il
perfectionna celui qui prescrit d'aimer les hommes, en
déclarant qu'il faut aimer non seulement ses amis et ses
proches, mais ses ennemis mêmes, ceux qui nous calom-
nient, ceux qui nous persécutent : Diligite inimicos ves-
tros, bene facile his qui oderunt vos, et orale pro perse -
quentibus et calumniantibus vos. (S. Matth., v, 44.) Nous
devons aimer nos ennemis et prier pour eux, afin qu'ils
deviennent nos frères, dit saint Augustin. Sic dilige ini-
micos tuos, ut fratres optes. (In Epist. Jo. tract, i, c. 9.)
Voilà un précepte admirable, que la terre n'avait jamais
entendu. Aussi Notre-Seigneur l'appelle-t-il un comman-
dement nouveau : Mandatum novum do vobis., atdiligatis
invicem sicat dilexi vos. (S. Joan., xm, 34.)
— 355 — / Joan., n.
Qaod verwn est in ipso et in vobis. Ce commandement
est véritable en Jésus-Christ, il est accompli en lui, puis-
qu'il a aimé tous les hommes et qu'il a versé son sang
même pour ses ennemis.
Et in vobis. Ce commandement est aussi véritable en
vous ; car, en devenant chrétiens, vous avez accepté le
commandement de la charité, et vous l'accomplissez
comme vous l'avez promis (1).
Quia tenebrœ transierunt et verwn lumen jam lucet.
Lorsque les hommes étaient plongés dans les ténèbres de
l'ignorance et du péché, ils se haïssaient mutuellement.
Mais ces ténèbres sont passées pour vous; la vraie lumière
de l'Evangile brille à vos yeux, et elle s'étend de plus en
plus dans le inonde, en y répandant la charité.
9. Qui dicit se in luce esse, et fratrem suum odit, in
tenebris est usque adliuc. Mais quiconque prétend être
dans la lumière, et cependant hait son frère, celui-là est
encore jusqu'à présent dans les ténèbres.
Pour bien comprendre ce passage et d'autres sem-
blables, il faut se rappeler ce que saint Jean et les autres
Apôtres entendaient par le mot lumière. Ils le prenaient
dans un sens spirituel, employé par les prophètes et par
Notre-Seigneur lui-même. Il y a la lumière de la vérité et
la lumière de la grâce. Une âme est dans la lumière, pre-
mièrement lorsqu'elle connaît, aime et croit les vérités
célestes que la foi nous révèle; secondement lorsqu'elle
est purifiée du péché et ornée de la grâce sanctifiante.
Alors elle brille, étant toute lumineuse de vérité et de
beauté. Au contraire, elle est dans les ténèbres, lors-
qu'elle ne connaît pas les vérités de l'Evangile, et qu'elle
est souillée du péché. L'ignorance et l'erreur l'envelop-
pent d'une nuit sombre, et le péché la couvre des ombres
de la mort, jusqu'à ce que Jésus Christ, qui est le divin
(1) Mai novum scribu vobis, quod est verutn in ipso, ivreXigv
Mctvqv ypoçoj bf£b% c ïz-.u v.'/r/jki iv bùtô. Le pronom 5, quod, ne s'accorde
<<.v, qui est du féminin. <m traduit donc : « Je vous écris
un commandement nouveau, et la chose qui est prescrite par ce com-
ment est vraie, c'est-a-dire réalisée, dans le Chris! el en vous. »
— 356 —
soleil de justice, l'éclairé en répandant sur elle la lumière
de la vérité et la splendeur de sa grâce.
Car ces deux choses sont distinctes : on peut, en ayant
la lumière de la foi, être plongé dans les ténèbres du
péché. Ainsi un nègre voit avec ses yeux la lumière du
soleil; mais il est lui-même ténébreux; car la noirceur
de son visage et de tout son corps repousse les rayons de
la lumière qui éclaire le monde. (Voyez plus haut, i, 5.)
Fratrem silum. Dans le Nouveau Testament et dans le
langage de. l'Eglise, le titre de frère est, en général, ré-
servé aux chrétiens, qui sont frères en Jésus- Christ.
Néanmoins il peut s'étendre à tous les hommes, qui
sont frères selon la nature, puisqu'ils descendent tous
d'Adam et de Noé.
In tenebris est usque adhuc. Si quelqu'un hait son
frère, en vain l'Evangile a brillé à ses yeux; quoiqu'il
ait la foi, les ténèbres enveloppent encore son âme : il ne
sera illuminé de la grâce sanctifiante, que lorsqu'il
aimera son frère.
10. Qui diligit fratrem sumn, in lumine manet, et scan-
dalum in eo non est. Pour celui qui aime son frère, il
demeure dans la lumière de l'Evangile et de la justice.
Il connaît la doctrine du salut et possède la grâce divine.
Celui-là est vraiment disciple du Christ, et il ne craint
point de scandale. Car le flambeau de la vérité éclaire
ses pas, et rien ne le fait tomber pendant qu'il court dans
la voie des saints commandements (1).
11. Qui autem odit fratrem smim, in tenebris est, et in
tenebris ambulat, et nescit quo eat : quia tenebrœ obcœca-
verunt oculos ejus. « Mais celui qui hait son frère est dans
(1) L'Apôtre fait allusion à la parole du prophète David : Pax multa
diligentibus legem tuam, et non est Mis scandalum . . (Ps. cxvm,
165.) Il n'y a point de scandale pour ceux qui, selon la loi, aiment
vraiment Dieu et le prochain, parce que nulle séduction ne les entraîne
au péché, nulle menace ne les fait dévier du sentier de la justice. —
Scandalum, vxik'jàxk'jv. Ce mot, qui revient souvent dans l'Ecriture, si-
gnifie, au sei'S propre, un piège tendu pour un animal qui y pose le pied,
ou encore un obstacle placé frauduleusement sur le chemin pour faire
tomber celui qui passe.
— 357 — / Joan., n.
les ténèbres, et il marche dans les ténèbres, et il ne sait
pas où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux. »
In tenebris est, il est dans les ténèbres de l'ignorance
et dans celles du péché. Il ne voit pas quelle laideur ré-
pand sur son àme la haine qu'il nourrit contre le pro-
chain, et il n'aperçoit pas les châtiments qu'elle mérite.
In tenebris arnbulat. Toutes ses actions faites dans
l'état du péché sont sans mérite pour le ciel. Parfois
même elles sont des œuvres mauvaises, dont lé principe
est une pensée coupable.
Et nescit quo eat, « et il ne sait pas où il va. » C'est la
condition des mondains aveuglés par leurs passions; ils
ne savent pas qu'ils vont à l'abîme. On a beau leur crier
qu'ils se perdent, ils ne le croient pas. Car les ténèbres
offusquent les yeux du pécheur. Celui qui garde la haine
dans son cœur va sans le savoir dans l'enfer, dit saint
Cyprien : it nescius in gehennam. (S. Cypr. de zelo et
liv.j n i.
12, 13, 1 i. Scribo vobis, filioli, quoniam remittuntur'
vobis peccata pnopter nomen ejus. — Scribo vobis, patres,
quoniam cognovistis eum qui ab initio est. Scribo vobis,
adolescentes, quoniam vicistis maligmim. — Scribo vobis,
infantes, quoniam cognovistis Patrem (1). Scribo vobis, ju-
venes, quoniam fortes estis; et verbum Dei manet in vo-
bis, et vicistis malignum. « Je vous écris, mes chers en-
fants, parce que vos péchés vous sont remis à cause du
nom de Jésus-Christ. — Je vous écris, à vous pères, parce
que vous avez connu celui qui est dès le commencement.
Je vous écris, adolescents, parce que vous avez vaincu
l'esprit malin. — Je vous écris, enfants, parce que vous
z connu le Père. Je vous écris, jeunes hommes, parce
S obis infantes, en grec sypctf* b/îi-j nauiet. L'auteur de la
Vulgate a rendu L'aoriste iypovpx (scripsi) par le présent scribo, parce
qu*il pense avec raison que saint Jean ne parle point d'une lettre qu'il
aurait précédemment écrite, mais de celle qu'il écrit maintenant. En
mettant fy»«tf*» il se transporte au moment où sa lettre sera
lue. — I de nouveau : ïypoufa Ei/tlv, notréptg, &xi èyvùx-xzs
I cette répétition qui parait superflue. Les
«enl trois fois -, I roia lois ïypx'pa.
— 358 —
que vous êtes forts, parce que la parole de Dieu demeure
en vous et parce que vous avez vaincu l'esprit malin. »
Scribo vobis, filioli. Je vous écris, mes chers enfants,
T£xvfo. C'est le même mot que nous avons vu en tête de
ce chapitre, filioli mei. Saint Jean, Apôtre et vieillard,
appelle tous les chrétiens ses chers petits enfants. Il leur
écrit pour les féliciter de ce que leurs péchés leur sont
remis et pardonnes à cause du nom du Christ. Il dit
propter nomen ejus, au lieu de pr opter nomen Christi;
car, bien que le nom du Christ n'ait pas été prononcé
depuis le commencement du chapitre, il est toujours dans
le cœur de l'Apôtre.
Maintenant il va s'adresser d'une manière spéciale aux
différents âges : et d'abord aux pères de famille, ensuite
aux adolescents, puis aux enfants, et enfin aux jeunes
hommes.
Il écrit d'abord aux pères, que leur âge, leur autorité,
leur science de la religion rendent vénérables ; et il les
félicite de ce qu'ils ont connu celui qui est dès le com-
mencement, c'est-à-dire le Verbe qui était avant toute créa-
ture et par lequel a été fait tout ce qui a été fait. Scribo
vobis, patres, quoniam cognovistis eum qui ab initio est.
Après avoir salué les vieillards qui connaissent et ado-
rent le Verbe éternel, il félicite les adolescents, parce
qu'ils ont repoussé toutes les tentations d'orgueil, d'indé-
pendance et de volupté que le démon suggère à cet âge.
Vicistis malignum.
Il n'oublie pas les enfants, tojuSAx, Les enfants sentent
qu'ils ont besoin de leur père selon la nature : c'est de
lui qu'ils attendent la protection et tout ce qui est néces-
saire à la vie; aussi leur devoir est- il d'aimer l'auteur
de leurs jours. Mais les enfants des chrétiens savent qu'ils
ont dans les cieux un Père plus puissant et meilleur que
celui qui est sur la terre ; ils l'aiment, ils l'adorent, ils l'in-
voquent avec confiance. Cognovistis Patrem. Charmante
attention de l'Apôtre qui écrit aux petits enfants, et qui
veut qu'on leur apprenne à bégayer le nom de « notre
Père qui est dans les cieux ! »
— 359 — i Joan.} n.
Enfin, il écrit aux jeunes hommes, juvene s, parce qu'ils
sont dans la vigueur de l'âge et qu'ils consacrent cette
force à la vertu ; parce que la parole de Dieu demeure
fermement enracinée dans leur cœur, et qu'ils gardent
ses commandements; il leur écrit surtout parce qu'après
avoir vaincu l'esprit mauvais dans leur adolescence, ils
l'ont dompté dans leur jeunesse. Scribo vobis, jiwenes,
quoniam fortes estis, et verbum Dei manet in vobis, et
vicistis malignum.
Les vieillards sont par leur prudence le sénat de l'Eglise ;
les enfants en sont l'espoir; les adolescents pieux en font
l'ornement, et les jeunes hommes sont ses soldats et ses
héros.
Saint Jean leur écrit donc à tous, et voici l'importante
leçon qu'il leur donne :
15, 16, 17. Nolite diligere mundiim, neque ea quœ in
itiundo swit. Si quis diligit mundam, non est charitas
Patris in eo. — Quoniam omne qnod est in mwido, con-
cupiscentia carnis est, et concupiscentia oculorum, et su-
perbia vitœ ; quœ non est ex Pâtre, sed ex mnndo est. —
— Et mundus transit et concupiscentia ejus ; qui autem
facit voluntatem Dei manet in œternum.
« N'aimez pas le monde ni les choses qui sont dans le
monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père
n'est point en lui. — Car tout ce qui est dans le monde
est concupiscence de la chair, et concupiscence des yeux,
et orgueil de la vie ; ce qui n'est point du Père, mais du
monde (1). — Or, le monde passe, et la concupiscence du
monde passe avec lui; mais celui qui fait la volonté de
Dieu demeure éternellement. »
Nolite diligere mundum. Dieu ne veut pas que nous
attachions notre cœur au monde, parce qu'il n'est pas
notre patrie, mais un lien de passage : et nous ne devons
(1) Voici la traduction littérale du texte grec : Quoniam omne quod
concupiscentia oculorum, et
■. mm est §x Pâtre, $ed ex mundo est. « Car tout ce qui
ina le monde, savoir : la concupiscence de la chair, la concupis-
cence des veux, et l'orgueil de la vie, n'est point du Père, mais du
le. »
— 360 —
point faire servir à nos passions ce que Dieu nous a
donné pour nos besoins. Ut non vos illiqent ista dilectione,
dit saint Augustin, ne ad fruendum hoc ametis, quod ad
utendum habere debetis. (In Epist. Joann. tr. il, c. 12.) User
des créatures pour s'élever à Dieu, voilà l'ordre (1).
Neqae ea quœ in mundo sant, « n'aimez point non plus
les choses qui sont dans le monde », n'y placez point
votre bonheur ; et cela pour deux raisons : premièrement
parce que « l'amour du Père n'est point en celui qui met
sa félicité dans les faux biens du monde. » Si quis diligit
mundum, non est charitas Patris in eo. Il faut rejeter de
votre cœur l'affection au monde pour y faire entrer l'amour
de Dieu. Votre cœur est un vase, dit saint Augustin ; s'il
est plein du monde, l'Esprit-Saint n'y peut entrer. Versez
donc la vanité qu'il contient, afin qu'il reçoive la charité
qu'il n'a pas. Funde quod habes, ut accipias quod non
habes.
16. En second lieu, n'aimez point ce qui est dans le
monde ; car tout ce qui est dans le monde et ce que les
mondains recherchent, porte au péché en excitant la con-
cupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et
l'orgueil de la vie. Qiioniam omne quod est in mundo,
concupiscentia carnis est, et concupiscentia oculorum, et
superbia vitœ.
Saint Jean nous avertit que, parmi les objets qui sont
dans le monde, les uns charment les sens, amollissent le
cœur par la volupté et enflamment la concupiscence de
la chair, c'est-à-dire la gourmandise et la luxure. — Les
autres excitent l'avarice, irritent la concupiscence des
yeux, et entraînent l'homme à vouloir posséder toutes
les richesses qu'il voit. L'avare, dit Salomon, ne cesse
de travailler, et ses yeux ne sont jamais rassasiés de
richesses : laborare non cessât, nec saturantur oculi ejus
divitiis. (Eccl., iv, 8.) — Enfin les autres choses qui peuvent
(1) Saint Paul exprimait la même pensée lorsqu'il disait : « Que ceux
qui usent de ce monde en usent comme n'en usant pas ; car la figure
de ce monde passe. » Qui ittuntur hoc mundo, tanquam non utantur .
prœterit enim figura hujus mundi. (I Cor., vu, 31.)
— 361 — / Joan., n.
nous séduire sont les dignités, la puissance, le faste, les
honneurs, et toute cette gloire mondaine qui allume
l'ambition et nourrit l'orgueil de la vie.
Or, cette concupiscence qui nous entraîne vers les plai-
sirs, les richesses et les honneurs n'a point été déposée
dans le cœur de l'homme par le Père et le Créateur des
hommes : non est ex Pâtre. A l'origine, toutes les choses
que Dieu a faites élevaient l'homme vers leur auteur, et
aucune par elle-même ne le sollicitait au péché. Mais
Adam a désobéi à son Créateur, et de sa révolte est née
la funeste concupiscence, qu'il a désormais portée en lui
et transmise à toute sa postérité.
Voilà comment l'inclination au mal que nous ressentons
en nous-mêmes ne vient pas du Créateur. Elle vient de la
faute originelle et des objets du monde, qui maintenant
irritent nos désirs malgré la loi divine. Non est ex Pâtre,
sed ex mundo est.
17. Cependant l'homme qui aime le monde ne saurait
y trouver son bonheur. Car le monde passe et sa concu-
piscence passe avec lui. Et mundus transit et concupi-
scentia ejus. Le monde et ce qui est dans le monde, plai-
sirs, richesses, puissance, tout nous échappe ; mais celui
qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. Le
juste et ses œuvres ne passent point. S'étant attaché à
Dieu, il le possède et le possédera toujours. Qui autem
faeit voluntatem Dei manet in sternum-. L'homme res-
semble à l'objet de son amour. S'il aime la terre, il est
corruptible comme tout ce qui est terrestre; s'il aime
I >ieu, il participe à la nature divine et en reçoit l'immor-
talité dans la pureté et le bonheur.
18. Filîolii novissima hora est: et sicut audistis quia
Antichristus venit, et nunc antichristi multi facii sunt;
unde scimus (juif/ novissima hora est. Mes chers enfants,
st maintenait la dernière heure; et comme vous avez
entendu dire que l'Antéchrist doit venir, il y a dès main-
tenant plusieurs antechrists; ce qui nous fait connaître
que nous sommes arrivés à la dernière heure.
a seulement le monde passe et nous passons avec le
— 362 —
monde ; mais nous sommes à la dernière heure de ce
monde qui passe. Saint Jean le prouve. Vous avez appris,
dit-il, que l'Antéchrist doit venir à la fin des temps :
les Apôtres vous Font annoncé de la part du Seigneur.
(II Thess., ii, 4.) Eh bien, vous voyez dès maintenant
sur la terre plusieurs antechrists qui attaquent la reli-
gion du Christ, sa personne, sa divinité, son humanité,
la réalité de sa passion et de sa mort. Ils sont les pré-
curseurs du dernier Antéchrist, le fils de perdition qui
les surpassera tous en impiété. Puisque ces pervers le
précèdent et qu'il doit les suivre, nous devons conclure
qu'il paraîtra bientôt.
La dernière période des siècles est commencée : après
elle, il n'y aura plus de temps; le monde finira, et ce
sera l'éternité.
Mais dix-huit siècles se sont écoulés depuis cette pa-
role ; et rien n'annonce encore la fin du monde comme
prochaine. Saint Jean s'est donc trompé ? A Dieu ne
plaise que nous supposions une seule erreur dans l'en-
seignement des Apôtres et dans les Livres saints f Toute
l'Ecriture est la parole de Dieu ; par conséquent, elle ne
renferme rien qui ne soit vrai. Scripturam esse veracissi-
mam nemo dubitat, nisi infidelis aut impius, dit saint
Augustin. (Gen. ad litt., liv. VII, c. xxviii, n. 42.) Cette
difficulté apparente se résout par une parole de saint
Pierre que nous avons entendue : « Mille ans sont devant
Dieu comme un jour. » (II Petr., m, 8.)
Novissima ,hora est. Saint Jean dit aux fidèles que la
dernière heure du monde s'écoule, afin qu'ils ne soient
pas surpris de voir tant de funestes doctrines s'élever
dans le sein de l'Eglise. Car cela est annoncé : Notre-
Seigneur a prédit que beaucoup de faux christs et de
faux prophètes paraîtraient dans les derniers temps.
(S. Matth., xxiv : S. Marc, xm.)
Audistis. Ces prédictions de Notre-Seigneur vous ont
été redites par les Apôtres, et vous les lisez dans les
Evangiles qui sont entre vos mains.
Antichristi multi. Parmi les hérétiques ou antechrists
— 363 — / Joan., 11.
auxquels saint Jean fait allusion, nous comptons Simon
le magicien; Ménandre, son disciple; Cérinthe, Ebion et
Nicolas d'Antioche, l'un des sept premiers diacres. On y
peut joindre Hy menée et Philetus dont parle saint Paul.
En outre, les premiers Gnostiques commençaient à dog-
matiser.
19. Ex nobis prodierunl, sed non erant ex nobis. Na?n
si fuissent ex nobis, permansissent utique nobiscum; sed
ut manifesti suit quoniam non sunt omnes ex nobis. Ces
hommes funestes sont sortis d'avec nous, mais ils n'é-
taient pas d'avec nous. Car s'ils avaient été sincèrement
d'avec nous, ils seraient demeurés avec nous. Mais ils
sont sortis, afin que leur perversité soit manifestée et
que l'on sache que tous ceux qui paraissent être avec
nous, ne sont pas d'avec nous.
Ex nobis prodierunt. Les antechrists dont il parle sont
des hérétiques sortis du sein de l'Eglise. Ils avaient reçu
le baptême et professé la même foi que nous, puis ils
l'ont abandonnée.
Sed non erant ex nobis. Ils fréquentaient nos assem-
blées, ils participaient à nos saints mystères ; mais ce
n'étaient pas des frères pieux et humbles. Leur cœur
était plein d'orgueil et de corruption. Ils étaient la pous-
sière mêlée au bon grain dans l'aire du Seigneur : le
vent de la tentation a soufflé sur eux et les a emportés.
C'étaient des arbres sans racine, la première tempête les
a jetés à terre. Nemo existimet bonos Ecclesia posse disce-
dere, dit saint Cyprien. Triticum non rapit ventus, nec
arborcm solida radiée fundatam }>rocella subvertit. lna-
nes paleœ tempestate jactantur, invalidœ arbores turbinis
incursione evertuntur. (De Unit. Eccl. 9.)
« Ils sortent du milieu de nous, dit à son tour saint
Jérôme, pour adorer publiquement ce qu'ils adoraient
déjà dans leur cœur. » Foras prodeunt, ut publiée colant
quod intus venerabantur. « Pécheur, crie saint Augustin
à l'avare et à l'adultère, réprime tes passions coupables,
si m ne veux pas corriger tes vices, si tu aimes tes pé-
chés, tu es l'ennemi du Christ. Sois dans l'Eglise ou hors
— 364 —
de l'Eglise, tu es un antechrist. bitus sis, foris sis, anli-
christus es. (In I Joan. tract, m, 9.) « Ces hommes im-
purs , dit-il encore, sont dans l'Eglise comme des hu-
meurs malsaines : lorsqu'elles sont évacuées, le corps
est soulagé. » Quando evomuntuv, tune relevatur corpus.
(Ib., 4.) '
Nam si fuissent ex ?iobis, permansissent utique nobis-
cum. L'Apôtre ne veut pas dire que tous ceux qui déser-
tent l'Eglise n'ont jamais eu la foi ni possédé la grâce ;
mais il fait entendre qu'un esprit de superbe et une vie
désordonnée ont précédé leur apostasie. Les âmes hum-
bles et ferventes ne font point de telles chutes, ou si elles
chancellent par surprise, Dieu, dans sa bonté, les relève
aussitôt.
Non erant ex nobis. Selon quelques-uns, saint Jean
voudrait dire que ces hérétiques n'étaient pas du nombre
des élus. Mais nous ne croyons pas que ce soit la pensée
de l'Apôtre. Rien n'indique qu'il ait voulu toucher ici au
profond mystère de la prédestination.
Sed ut manifesti sint. Mais il est bon que les hypo-
crites soient démasqués. Ces hommes vicieux publient
eux-mêmes leur honte, quand ils se séparent de nous;
et les scandales qui éclatent de temps en temps font voir
que tous ceux qui sont membres de l'Eglise ne sont pas
des saints. Exeundo manifestantur, dit saint Augustin
(in hune 1.). Leur chute nous instruit nous-mêmes : elle
nous apprend à ne pas nous enorgueillir, mais à vivre
dans l'humilité et la vigilance, pour ne pas tomber comme
ces présomptueux.
20. Sed vos unctionem habetis a Sancto, et nostis om-
nia. « Mais pour vous, vous avez reçu l'onction du Saint
des saints, et vous connaissez toutes choses. » L'onction
que vous avez reçue du Christ vous a communiqué dans
un haut degré la science et l'intelligence. C'est pourquoi
vous connaissez tout ce que vous devez croire, et vous
êtes capables de discerner la vérité du mensonge. Il vous
est donc facile d'éviter la séduction des antechrists.
Unctionem habetis, /y-vp- e^ere, le Christ vous a faits
— 365 — / Joan.f n.
participants de son onction. Or, l'onction du Christ est
la grâce du Saint-Esprit qui a rempli son humanité dans
un degré inaccessible à toute créature. Unxit te, Deas,
Deits tuus oleo lœtitiœ prœ consortibus tuis. (Ps. xliv.)
De môme, le Christ a répandu dans vos âmes le Saint-
Esprit qui les a arrosées de lumière et de sainteté; et
vous êtes ainsi vous-mêmes devenus des christs en par-
ticipant à Fonction du Christ, Fils de Dieu ; car, nous
ses disciples, nous avons tous reçu de sa plénitude : de
eu jus pleniludine nos omnes accepimus. (S. Joan., v, 1G.)
Et nostis omnia. Chaque fidèle connaît toutes les choses
nécessaires au salut ; car on a eu soin de l'en instruire
avant de l'admettre au baptême, et il connaît par là
même, avec la lumière du Saint-Esprit qui éclaire les
humbles, tout ce qu'il doit savoir pour se garder des an-
techrists et dicerner les faux prophètes. Que si, par ces
mots nostis omnia, l'on entendait une connaissance de la
religion plus étendue, cette parole ne s'adresserait plus
à chaque fidèle, mais aux églises. C'est comme si l'Apô-
tre leur disait : Vous avez des prêtres et des docteurs,
versés dans la science de l'Evangile et très capables de
vous en instruire : écoutez-les.
21. Non scripsi vobis quasi iqnorantibus veritatem, sed
quasi scientibus eam, et quoniam omne mendacium ex
veritate non est. « Aussi je ne vous ai pas écrit comme
à des hommes qui ignorent la vérité, mais comme à ceux
qui la connaissent et qui savent que nul mensonge ne
vient de la vérité. » J'ai donc seulement voulu rappeler
à votre mémoire ce que vous avez appris, afin que vous
vous attachiez fermement à ces vérités pour les mettre
dans votre cœur et y conformer votre conduite. Je n'ai
pas non plus besoin de réfuter les mensonges des héré-
tiques : vous comprenez vous-mêmes que leurs erreurs
ne peuvent se concilier avec la vérité qui vous a été
annoncée. Car celui qui voit clairement une vérité dis-
tingue l'erreur qui lui est contraire, comme une ligne
droite accuse tout ce qui dévie de sa rectitude.
82. Quis est mendax, nisi is qui uegat quoniam Jésus
— 366 —
est Chris tus ? Or qui est-ce qui est menteur, si ce n'est
pas celui qui nie que Jésus est le Christ, l'Homme uni à
la divinité?
Hic est antichristus, qui negat Patrem et Filium. Celui
qui nie que Jésus est le Christ est un antechrist : il
nie à la fois le Père et le Fils. Car dans la divinité, il n'y
a point d'autre Père que le Père de Jésus, comme il n'y a
point d'autre Fils que Jésus.
Quis est mendax? tc'ç è(mv 6 <J/eu<m;ç; quel est le plus
funeste et le plus criminel des menteurs? Tel est le sens
que l'article (6) donne à la phrase. En effet, dit le véné-
rable Bède, tous les autres mensonges n'approchent pas
de celui-là : in hujus comparalione me?idacii, caetera aut
parva videntur aut nulla. Car en niant que Jésus est le
Christ, l'Homme-Dieu, le Rédempteur, le Sauveur des
hommes, on ôte aux hommes toute espérance de salut.
Cette parole de saint Jean réfute Cérinthe et Ebion,
qui niaient que Jésus, fils de Marie, fût le Christ. En
soutenant qu'il n'était pas le Christ, ils niaient aussi
qu'il fût le Fils de Dieu. Car tous les Juifs étaient alors
persuadés que le Christ serait le Fils de Dieu, comme le
prouve cette parole du Grand Pontife adressée à Notre-
Seigneur : Je vous adjure par le Dieu vivant de nous dire
si vous êtes le Christ, Fils de Dieu. Adjuro te per Deum
vivum, ut dicas nobis si tu es Christus, Filius Dei.
(S. Matth., xxvi, 68.)
Mais ceux qui nient le Fils rejettent aussi le Père.
23. Omnis qui negat Filium, nec Patrem habet. Qui
confite tur Filium, et Patrem habet. C'est en vain que ces
hérétiques, issus du judaïsme, se flattent de reconnaître
le Père et de lui rendre des hommages qui lui soient
agréables. Celui qui rejette le Fils n'a point le Père, il le
nie. Comment en effet le Père serait-il Père, s'il n'a pas
un Fils? Et celui qui confesse le Fils a aussi le Père. Car
en reconnaissant le Fils comme Fils de Dieu, il admet
qu'en la divinité il y a un Père, puisque ces deux termes
sont corrélatifs.
C'est ce que Notre-Seigneur déclarait aux Juifs. « Vous
— 367 — / Joan., u.
ne connaissez ni moi ni mon Père », leur disait-il « Car.
si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon
Père. » (S. Jean, vin, 19.)
Nec Patrem habet. Celui qui nie le Fils n'admet pas le
Père dans sa profession de foi, il ne le reconnaît pas
comme vrai Dieu et comme vrai Père; il ne saurait pro-
noncer avec nous cette parole du symbole : Credo in
Deum Patrem.
24. Vos quod audistis ab initio, in vobis permaneat.
« Pour vous, ayez soin que la doctrine que vous avez
apprise dès le commencement demeure toujours en
vous. » Voilà le grand principe qui doit diriger les
docteurs et les fidèles. Vous, docteurs, continuez d'ensei-
gner ce qui a été enseigné dès le commencement; et
vous, fidèles, croyez ce que vos pères vous ont appris.
Cette parole de saint Jean est un glaive qui frappe
Arius, Nestorius, Pelage, Luther, et tous les novateurs
modernes (1). »
Si in vobis permanserit quod audistis ab initio, et vos
in Pâtre et Filio permanebitis. Si ce que vous avez appris
dès le commencement de la prédication évangélique, si
l'enseignement que vous avez reçu des Apôtres et de
leurs disciples, demeure toujours en vous, si vous le
croyez et le pratiquez, vous demeurerez vous-mêmes
dans la bienheureuse société du Père et du Fils. Comme
vous serez en eux, ils seront en vous. Car, dit Notre-
Seigneur, celui qui garde ma parole est aimé de mon
Père : nous viendrons en lui et nous demeurerons en
lui : Ad eum venienius et mansioncm apud eum faciemus.
(S. Joann.. xiv, 23.) Le cœur du chrétien est le temple
de Dieu.
. Et hxc est rcpromissio qnam ipse pollicitus est
nobis, vitam xternam. « Et telle est la promesse que
lui-même nous a faite: c'est la vie éternelle. »(S.Matth.,
mx, 29; S. Joann., ni, 15.) Car la vie éternelle consiste
(1) Vos quod audistis, in vobis permaneat. Il n'y a point ici d'irré-
gulai le sujel d'audistis. De même au v. 27, vos est le sujet
ttis.
— 368 —
à être associé au Père, au Fils et au Saint-Esprit, à les
voir, à les aimer, à être aimé d'eux et à participer sans
fin à leur gloire (1).
26. Hœc scripsi vobis de his qui seducunt vos. Voilà ce
que je voulais vous écrire touchant ceux qui s'efforcent
de vous séduire et de vous entraîner dans l'erreur.
Seducunt. On séduit par des promesses, ou par des
menaces, ou par de faux raisonnements. Pour les pro-
messes, quels biens peut-on vous offrir qui soient compa-
rables à la vie éternelle? Quant aux menaces, si des
hommes veulent vous contraindre à commettre un péché,
songez au Tout-Puissant, et vous ne craindrez rien. De
quoi ces hommes vous menacent-ils? Est ce de la prison,
des chaînes, du bûcher, des bêtes féroces? Ne vous
laissez point effrayer par ceux qui tuent le corps et ne
peuvent rien faire davantage. Est-ce qu'un homme peut
vous menacer des feux éternels? Craignez les menaces
du Tout-Puissant, aimez les promesses du Tout-Puissant,
et vous compterez pour rien les promesses et les menaces
du monde. Exhorresce quod minatur Omnipotent, ama
quod pollicetur Omnipotens : et vilescit mundus sive pro-
mittens sive terrens. (S. Aug. in Ep. Joan., tract, ni, c. 12.)
Quant aux raisonnements des hérétiques, la divine
lumière que vous avez reçue dans le baptême vous mon-
trera le faux de leurs vaines subtilités.
27. Et vos unctionem quam accepistis ab eo maneat in
vobis. Et non necesse habetis ut aliquis doceat vos; sed
sicut unctio ejus docet vos de omnibus, et verum est, et
non est mendacium. Et sicut docuit vos, manete in eo.
Ayez donc soin que l'onction que vous avez reçue du
Christ demeure en vous ; et vous n'avez pas besoin que
personne vous instruise ; mais comme cette onction du
Christ vous enseigne toutes choses, de même son ensei-
gnement est vrai et pur de tout mensonge. Demeurez
(1) Vitam œternam. Cet accusatif n'est pas une faute; la phrase est
correcte et même élégante. Au lieu de dire scilicet est vita œtema,
l'auteur joint tout de suite vitam œternam à pollicitv.s est, qui est censé
mis deux fois : scilicet pollicitiis est nobis vitam œternam.
— 369 — /Joan.,n.
donc en lui et dans sa doctrine, telle qu'il vous l'a
enseignée.
Vnctionem quant accepistis ab eo. Le Christ, l'Oint du
Seigneur, vous a communiqué son onction, et vous êtes
devenus oints et sacrés comme lui. Car une admirable
effusion de lumière et de grâce s'est faite en vos âmes
par le baptême, et cette onction spirituelle vous a donné
l'intelligence des vérités que l'on vous avait apprises : en
sorte qu'il n'est plus nécessaire maintenant que quel-
qu'un vous instruise : Non necesse habetis ut aliquis
doceat vos.
Saint Jean ne prétend pas que le chrétien, une fois
baptisé, n'a plus besoin que personne lui enseigne la
religion, parce que le Saint-Esprit serait désormais son
seul maître. C'est le faux sens qu'adoptent les protes-
tants. Ils se fondent sur ce texte pour refuser à l'Eglise
le droit d'interpréter les Ecritures; et ils prétendent que
chaque fidèle, recevant directement l'inspiration du
Saint-Esprit, est lui-même l'interprète légitime de la
parole divine et le juge de ce qu'il doit croire.
Saint Jean veut dire seulement aux fidèles qu'ils n'ont
pas besoin de nouveaux docteurs, qui viendraient leur
enseigner des vérités ajoutées à celles qu'ils ont apprises.
Car toute la religion est contenue dans le Symbole qu'on
leur a expliqué et dans les instructions qui les ont pré-
parés au baptême. Il veut dire aussi que le Saint-Esprit
lui-même a été leur maître. Lorsqu'ils ont reçu le sacre-
ment, l'onction du Christ les a illuminés ; elle leur a donné
une profonde conviction de toutes les vérités qu'on leur
avait exposées, et ils ont compris qu'elles étaient certai-
nes. C'est là un des admirables effets du baptême. Aussi,
dans les temps apostoliques, on l'appelait le sacrement
de l'illumination.
Quant à rendre chaque fidèle interprète et juge du sens
(1) Vnctionem quant accepistis, maneat. Virgile a dit de même :
Urbem quam ttatuo, restra est. Le pronom conjonctii' q>>am est censé
mis entre deux cas du même nom. C'est comme s'il y avait : Unctio,
<P< a vos accepistis, maneat.
i i nui s CATHOl IQ -ji
— 370 —
des Ecritures, saint Jean n'y pense pas. Il se contredirait
lui-même. Car si le Saint-Esprit est le seul docteur des
fidèles, pourquoi donc le même saint Jean entreprend-il
de les instruire en leur écrivant cette lettre? C'est ce
qu'observait saint Augustin, qui réfutait cette vicieuse in-
terprétation, tant de siècles avant Luther. Ecoutez comme
il raisonne. « Il n'est pas nécessaire que quelqu'un vous
instruise, dit l'Apôtre, parce que l'onction du Saint-Esprit
vous enseigne toutes choses. » Mais que faisons- nous
donc, mes frères, lorsque nous vous instruisons? Si
l'onction vous apprend tout, notre travail est superflu.
Pourquoi tant d'efforts de paroles ? il suffit de vous aban-
donner à l'onction qui vous instruira elle-même. Mais je
me fais une question et je la fais aussi à l'Apôtre. Qu'il
daigne répondre à mon humble demande. Ceux à qui
vous parliez, ô bienheureux Apôtre, n'avaient-ils pas
l'onction? Or vous leur dites que l'onction leur enseigne
tout : pourquoi donc leur avez-vous écrit cette lettre ? Et
que prétendez-vous leur enseigner ? — Il faut reconnaître
ici, mes frères, une doctrine mystérieuse. Le son de nos
paroles frappe les oreilles, le maître est au dedans de
vous. Somis verborum nostrorum auras percutit, magister
intus est. Ne croyez pas qu'un homme puisse apprendre
à un autre homme une seule vérité du salut. Nous vous
avertissons par le bruit de nos voix ; mais ce bruit serait
inutile, s'il n'y avait pas au dedans de vous un maître
qui vous parle. Ainsi s'exprime saint Augustin. (In h. 1.)
D'ailleurs le principe protestant est absurde. Peut-on
en effet dire à tous les hommes de l'univers, laboureurs,
bergers, forgerons, soldats : « Voilà une bible hébraïque
et un Nouveau Testament grec : lisez-les; c'est sur cet
hébreu et sur ce grec que vous devez régler vous-mêmes
votre foi? » Est-ce que tout le monde doit apprendre le
grec et l'hébreu pour être sauvé ? Que si vous donnez à
chaque peuple une bible traduite en sa langue, ne voyez-
vous pas que ces traductions mêmes sont des interpréta-
tions humaines? Les protestants ne veulent pas écouter
l'Eglise, qui est instituée de Dieu pour enseigner la vérité
— 871 — / Joan., n.
aux hommes, et ils se confient à des orgueilleux, à des
ignorants, à des individus sans mission et sans autorité.
Unctio ejus docet vos. Saint Jean répète ici la parole
qu'avait prononcée Notre-Seigneur : Et erunt omnes doci-
biles Dei. (S. Joann., vi 45.) Le prophète Isaïe avait aussi
prédit que Jérusalem, c'est-à-dire l'Eglise, verrait tous
ses enfants instruits par le Seigneur : Universos filios titos
doctos a Domino. (Is., liv, 13.)
Docet vos de omnibus. C'est encore ce que Notre-Sei-
gneur avait promis à ses disciples : Le Saint-Esprit, leur
disait-il, vous enseignera toute chose, c'est-à-dire toute
ma doctrine : llle vos docebit omnia. (S. Joann., xiv, 26.)
Sicut unctio ejus docet vos de omnibus, et verum est et
non est mendacium. Or, comme c'est l'onction du Christ
qui vous enseigne toute chose, de même tout ce que vous
avez appris du Christ est vrai et il n'y a point de men-
songe dans sa doctrine. Vous n'écouterez donc pas ceux
qui veulent la changer.
Unctio ejus docet vos de omnibus. C'est l'Esprit-Saint
qui par sa lumière intérieure fait comprendre et croire
les vérités de la foi. Cependant, selon l'ordre de la Provi-
dence, il est nécessaire que la parole de l'homme précède
la grâce de Dieu ; car, dit saint Paul, comment les nations
croiront-elles à Jésus-Christ, s'il ne leur est pas annoncé
par la voix des prédicateurs ? Quomodo credent ei quem
non audieruntl aut quomodo audient sine prœdicante?
(Rom., x, 14.)
Et sicut docuit vos, manete in eo. Et puisque l'onction
du Christ ne vous enseigne que la vérité, demeurez donc
inébranlables dans sa doctrine, telle qu'il vous l'a
enseignée.
28. Et mine, filioli, manete in eo. 11 répète une seconde
fois le même précepte, avec une expression de tendresse,
pour le leur inculquer davantage. Et maintenant, mes
chers enfants, je vous en supplie de nouveau, demeurez
en Jésus-Christ et fermes dans sa doctrine : afin que,
lorsqu'il apparaîtra, nous soyons tous remplis de con-
Qance en sa présence, et que nous ne soyons pas con-
u I -v —
fondus au jour de son avènement. Ut, qmim apparuerit,
habeamas fiduciam, et non confundamur in adventa ejus.
Or le moyen de n'être point confondu en présence du
juste Juge, c'est d'être juste soi-même et de se présenter
devant lui avec le titre d'enfant de Dieu.
29. Siscitis quoniam justus est, scitote quoniam et omnis
qui facit jnstitiam ex ipso natns est. Si vous savez que
Dieu est juste et la justice même, sachez aussi que tout
homme qui fait des œuvres de justice est né de lui selon
la grâce. Dieu le regarde comme son fils et il en fait un
prince de son royaume.
Qui facit justitiam. Remarquez avec soin qu'il ne suffit
pas de croire la vérité pour être juste : il faut en outre
accomplir la justice.
Or tout homme qui fait des oeuvres de justice est né de
Dieu par une nouvelle naissance, qu'on appelle la régé-
nération. Omnis qui facit justitiam ex ipso natus est. Car
une œuvre de justice, une de ces œuvres qui méritent la
vie éternelle, exige une puissance supérieure aux forces
de la nature. Cette puissance nécessaire réside dans la
grâce qui nous rend enfants de Dieu et que l'Esprit-Saint
répand dans nos âmes. C'est ce qui fait comprendre pour-
quoi l'on voit fleurir dans l'Eglise catholique des vertus
et des œuvres qui ne naissent point ailleurs.
L'Apôtre va, dans le chapitre suivant, dépeindre le
caractère de la vraie justice.
— 873 -
CHAPITRE TROISIÈME
ANALYSE
Au premier coup d'œil, les pensées de ce chapitre semblent
détachées :jl faut les examiner attentivement pour en décou-
vrir la liaison. Saint Jean se propose d'indiquer les conditions
requises pour être véritablement juste et saint devant Dieu.
Voici comment il procède :
1. D'abord il rappelle que Dieu nous a adoptés pour ses
enfants. Gomme enfants de Dieu, nous verrons notre Père tel
qu'il est et nous serons semblables à lui.
2. Quiconque a l'espérance de voir Dieu et d'être semblable
A Dieu, doit dès maintenant s'efforcer d'être saint comme Dieu.
3. La sainteté exclut le péché. Or, on pèche en violant non
seulement les lois que Dieu a promulguées extérieurement,
mais encore celles qu'il a écrites dans nos consciences.
4. Pour être saint et juste, il faut observer les commandements
de Dieu. Ils se résument en ces deux préceptes : Croire ce que
Jésus-Christ nous enseigne, et nous aimer les uns les autres.
5. L'amour du prochain nous oblige, premièrement à donner,
s'il le faut, notre vie temporelle pour le salut éternel de nos
frères ; secondement à secourir nos frères dans leurs besoins,
par l'aumône, selon nos facultés.
<*.. si nous observons ainsi le précepte de la charité frater-
nelle, nous aurons une grande confiance en Dieu, et cette con-
fiance nous obtiendra de lui toutes les grâces que nous lui
demanderons. Nous demeurerons en lui et il demeurera en
nou>.
"/. C'est ainsi qne nous ;injuerrons la parfaite justice, et la
société avec Dieu en sera la nVompense.
Telle nous semble ôtre la suite des principales idées que
sainl Jean expose dans ce chapitre.
— 874 —
Au reste les pensées qu'il exprime peuvent se lier entre
elles de diverses manières, qui toutes sont vraies : en sorte
qu'elles forment un sujet inépuisable de saintes méditations.
1. Considérez quel amour le Père
nous a témoigné, en voulant que
nous fussions appelés enfants de
Dieu, et que nous le soyons en effet.
C'est parce qu'il n'est pas connu du
monde, que le monde ne nous con-
naît pas nous-mêmes.
2. Mes bien-aimés, nous sommes
déjà enfants de Dieu : mais ce que
nous serons un jour ne paraît pas
encore. Nous savons que lorsque
Dieu apparaîtra, nous serons sem-
blables à lui, parce que nous le
verrons tel qu'il est.
3. Et quiconque a cette espérance
en Dieu se sanctifie comme Dieu
lui-même est saint.
4. Tout homme qui commet un
péché commet aussi une violation
de la loi ; car le péché est la viola-
tion de la loi.
5. Et vous savez que le Fils de
Dieu s'est manifesté au monde, afin
de se charger de nos péchés, et qu'il
n'y a point de péché en lui.
6. Quiconque demeure en lui ne
pèche point, et quiconque pèche ne
l'a point vu et ne l'a point connu.
7. Mes chers enfants, que per-
sonne ne vous séduise. Celui qui vit
selon la justice est juste, comme le
Christ est juste.
8. Celui qui commet le péché est
fils du diable, parce que le diable
pèche dès le commencement. Et c'est
pour détruire les oeuvres du diable
que le Fils de Dieu est venu au
monde.
9. Tout homme qui est né de
Dieu ne commet point de péché,
parce que la semence de Dieu de-
meure en lui ; et il ne peut pécher,
parce qu'il est né de Dieu.
10. C'est en cela que l'on recon-
1. Videte qualem charitatem
dédit nobis Pater ut filii Dei
nominemur et simus. Propter
hoc mnndus non novît nos, quia
non novit eun'.
2. Charissimi, nicnc filii Dei
sumi's ; et nondum apparuit
quid erimus. Scimus quoniam
quum apparuerit , similes ei
erimus : quoniam videbimus
eum sicuti est.
3. Et omnis qui habet hanc
spem in eo, sanctificat se, sicut
et ille sanctus est.
4. Omnis qui facit peccatum,
et iniquitatem facit', et pecca-
tuni est iniquitas.
5. Et scitis quia ille apparuit
ut peccata nostra tolleret ; et
peccatum in eo non est.
6. Omnis qui in eo manet,
non peccat ; et omnis qui peccat,
non vidit eum, nec cognovit
OJ'ni .
7. Filioli, nemo vos seducat.
Qui facit justitiam, justus est,
sicut et ille justus est.
8. Qui facit peccatum, ex dia-
bolo est : quoniam ab initio
diabolus peccat. In hoc apparuit
Filins Dei, ut dissolvat opéra
diaboli.
9. Omnis qui natus est ex Deo,
peccatum non facit : quoniam
semen ipsius in eo manet ; et
iion potest peccare, quoniam ex
Deo natus est.
10. In hoc manifesti sunt filii
375
/ Joan., m.
Dei, et filii diaboli. Ornais q>>i
non est justus, non est ex Deo,
et qui non diliglt fratrem suum.
11. Quoniam hœc est annun-
tiatio quant audistis ab initio,
ut diligatis alterutrum :
12. Xon sicut Cal)), qui ex
maligne erat, et occidit fratrem
suum. Et propt-er quid occidit
ré,,/ i quoniam opéra ejas ma*
ligna erant, fralris autem ejus,
jasta.
13. Nolite mira.ri, fratres, si
odit vos mundus.
14. Xos s cimv. s quoniam trans-
lata sumus de morte ad vitam,
quoniam diligimus fratres. Qui
non diligit, manet in morte.
15. Omnis qui odit fratrem
suum, homicida est. Et scitis
quoniam omnis homicida non
habci vitam œternam in semet-
ipso manentem.
16. In hoc cognovimus chari-
tatem Dei, quoniam ille animam
suam pro nobis posuit : et nos
debemus pro fratribus animas
paner e.
17. Qui habuerU substantiam
hujus mundi, et viderit fratrem
tuum necessitatem h.abere, et
cUtus'erit oiscera sua ab eo ,
quornodi) charitas Dei manet in
eo ?
18. Fîlioîi met, nondiliga,,nis
verbo neque lingua, sed opère
ritutr.
19. In hoc cogaoscimus quo-
nia\ ! in
]),•!■> tjusmetdébùnus < orda
/lOS' .
20. Quoniam si reprehenderit
nos cor nostrum, major est Deus
corde ■ l naoit onmia.
2L Charis*imit si cor nostrum
non rtprehtmderii now, fldnciam
fmbemus ad Dewm :
naît les enfants de Dieu et les en-
fants du diable. Tout homme qui
n'est pas juste, n'est point de Dieu,
non plus que celui qui n'aime point
son frère.
11. Car ce qui vous a été annoncé
et ce que vous avez entendu répéter
dès le commencement, c'est que
vous vous aimiez les uns les autres :
12. Loin de faire comme Cain, qui
était (ils de l'esprit mauvais, et qui
tua son frère. Et pourquoi le tua-
i-il i parce que ses oeuvres étaient
mauvaises, et que celles de son
frère étaient justes.
13. Ne vous étonnez pas, mes
frères, si le monde vous hait.
14. Nous savons que nous som-
mes passés de la mort à la vie,
parce que nous aimons nos frères.
Celui qui n'aime point demeure
dans la mort.
15. Tout homme qui hait son
frère est homicide ; et vous savez
que la vie éternelle ne réside point
en quiconque est homicide.
16. Nous avons reconnu l'amour
de Dieu envers nous, en ce qu'il a
donné sa vie pour nous. Et nous
aussi nous devons donner notre vie
pour nos frères.
17. Si un homme qui a des biens
de ce monde voit son frère dans la
nécessité, et s'il ferme ses entrailles
à son égard, comment l'amour de
Dieu demeure-t-il en lui ?
18. Mes chers enfants, n'aimons
pas en paroles et des lèvres, mais
m d'uvres et en vérité.
19. C'est par là que nous connais-
sons que nous sommes enfants de
la vérité, et, que nous persuaderons
nos cd'urs en présence de Dieu.
20. Car >i notre cœur nous con-
damne, Dieu est plus grand que
notre cœur, et il connaît toutes
choses.
21. Mes bien-aimés, si notre cœur
ne nous r-'proche rien, nous avons
de la confiance devant Dieu ;
— 376 —
22. Et tout ce que nous lui de-
manderons, nous l'obtiendrons de
lui, parce que nous gardons ses
commandements, et que nous fai-
sons ce qui lui est agréable.
23. Et son commandement, c'est
de croire au nom de son Fils Jésus-
Christ, et de nous aimer les uns les
autres, comme il nous l'a commandé.
24. Or, celui qui garde les com-
mandements de Dieu demeure en
Dieu, et Dieu en lui ; et si nous
connaissons que Dieu demeure en
nous, c'est par l'Esprit qu'il nous a
donné.
22. Et quidquid petieritws,
accipiemus ab eo : quoniam
mandata ejus custodimus, et
ea quœ sunt placita coram eo
facimus.
23. Et hoc est mandatum ejus:
Ut credamus in nomine Filii
ejus Jesu Christi : et diligamus
alterutrum, sicut dédit manda-
tum nobis.
24. Et qui servat mandata
ejus, in Mo manet, et ipse in
eo ; et in hoc scimus quoniam
manet in nobis, de Spiritu quem
dédit nobis.
COMMENTAIRE
1. Videte qualem charitatem dédit nobis Pate?\ ut filii
Dei nominemur, et simus. Saint Jean venait de dire que
Celui qui accomplit la justice est né de Dieu. Maintenant
il explique la gloire et les effets de cette bienheureuse
naissance, pour nous exciter à nous en montrer dignes.
« Considérez en effet, dit-il, quel amour le Père nous a
témoigné, en voulant que nous fussions appelés enfants
de Dieu, et que nous le soyons en vérité. » Instituer quel-
qu'un son héritier, c'est lui montrer une grande affection ;
mais le choisir et l'adopter pour son fils, c'est un témoi-
gnage incomparable d'estime et d'amour. Et le Père, qui
possède un Fils éternel comme lui, veut bien nous appe-
ler ses enfants : il nous en donne et le titre et la réalité,
en nous faisant participants de la nature divine, par la
grâce qu'il répand dans nos âmes : Ut filii Dei nomi-
nemnr. C'est une allusion à la parole d'Osée, qui s'accom-
plit dans les chrétiens : « Ils seront appelés fils du Dieu
vivant, dit le prophète. Dicetur eis, Filii Dei viventis.
(Os., i, 10.)
Et sirnus. Nous sommes vraiment les enfants de Dieu.
Car Jésus-Christ a donné à tous ceux qui croient en son
— 377 — / Joan.} in.
nom le pouvoir de le devenir. Dédit eis poiestatem filios
Dei fieri, his qui credunt in nomine ejus (1).
Propter hoc mundus non novit nos, quia non novit
eum. Ne soyez pas surpris si le monde ne connaît pas
notre dignité d'enfants de Dieu, et si, ne voyant en nous
que des hommes simples et pauvres, il nous méprise :
c'est qu'il ne connaît pas Dieu, notre Père. Car s'il con-
naissait sa grandeur, il estimerait aussi la nôtre.
Mundus. Par le monde, saint Jean entend la multitude
des hommes qui suivent leur concupiscence. Un jour ces
mondains verront dans la gloire les justes qu'ils dédai-
gnent, et ils s'écrieront avec étonnement : Insensés que
nous étions, nous regardions leur conduite comme une
folie, et voilà qu'ils sont au nombre des enfants de Dieu !
(Sap., v, 4.)
2. Charissimi, nnnc filii Dei snmus; et nondum appariât
quid erimus. Mes bien-aimés, quoique méprisés du monde
et chargés de sa haine, nous sommes dès maintenant les
enfants de Dieu, aimés de notre Père ; mais ce que nous
serons un jour ne paraît pas encore. Nous sommes mor-
tels et infirmes comme tous les autres hommes; et rien
dans notre état présent n'annonce la gloire qui nous
est réservée. Mais quand Jésus-Christ apparaîtra, nous
serons transformés. Nous serons alors semblables à lui
selon notre corps et selon notre à me. Scimus quoniam,
quum apparuerit, similes ei erimus. Saint Paul parlait
de même aux Colossiens : « Lorsque le Christ apparaîtra,
leur disait-il, alors vous apparaîtrez vous-mêmes avec
lui dans la gloire. » (Coloss., m, 4.)
Similes ei. Nous ne serons pas seulement semblables,
dans nos corps, à l'humanité glorifiée de Jésus -Christ
ressuscité; nous ressemblerons à Dieu même, dans notre
Ame.
(1) Et simus, en grec xs! fo/uv, et sumus. Quelques éditions omettent
ces deux mots: mais les quatre meilleurs manuscrits les donnent
(A B C et le sinaïtique). Ils se lisent dans saint Augustin, Théophylacter
CEcumeniut, le syriaque. Aussi la saine critique les adopte. 11 ne faut
pas attribuer à. une faute de copiste la belle théologie contenue dans
ce mot.
— :]/8 -
EL Nous participerons à la nature divine, comme
l'affirme saint Pierre. Nous serons spirituels, incorrup-
tibles, immortels et heureux comme Dieu.
Quoniam videbimas eum sicuti est. Nous lui serons
semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est. Nous
ne voyons maintenant que son image ; nous le voyons
dans un miroir, en énigme : per spéculum in œnigmate.
Nous le voyons dans ses œuvres qui nous donnent une
idée de sa nature et de ses perfections, comme on connaît
l'ouvrier par son ouvrage. Enfin nous le voyons par la
foi, dans sa parole. Mais un jour nous le verrons immé-
diatement lui-même et face à face.
Videbimuseum sicuti est. Alors nous verrons une grande
vision. Nous contemplerons ce que l'œil de l'homme n'a
point vu, ce que l'oreille de l'homme n'a point entendu,
ce que le cœur de l'homme n'a point conçu. Nous verrons
une beauté qui surpasse toutes les beautés de la terre et
des cieux ; car toutes les beautés créées ne sont que de
faibles rayons qui tirent leur lumière de cette beauté
infinie.
Similes ei erimus, quoniam videbimus eum sicuti est.
Nous serons semblables à Dieu, parce que nous le ver-
rons comme il est. Comment cette ressemblance se fera-
t-elle en nous? La splendeur de la Gloire viendra se
peindre en notre âme, comme lorsque la lumière du so-
leil tombe sur un pur cristal, et notre âme sera ainsi
transformée en une admirable image de la divinité.
Voyant Dieu comme il se voit, nous l'aimerons comme
il s'aime. L'aimant comme il s'aime, nous serons saints
comme il est saint. L'homme en entrant dans la gloire,
dit saint Bernard, devient un même esprit avec Dieu,
non seulement parce qu'il veut la même chose, mais
parce qu'il ne peut pas vouloir autre chose. Cette vue,
cet amour, cette sainteté nous rendent, non pas égaux,
mais semblables à Dieu, participants de sa nature et heu-
reux de son bonheur. Nous serons alors pleinement ras-
sasiés de félicité. Satiabor quum apparuerit (jloria tua.
(Ps. xvi.)
— 379 — / Joan.y ni.
Sci?nus. Nous le savons avec certitude, parce que nous
l'avons appris de sa bouche. Mais nous ne faisons que
balbutier, quand nous parlons de ces grandes choses.
3. Et omnis qui habet hanc spem in eo sanctificat se,
sicut et ille sanctus est. « Et quiconque a cette espérance
en Dieu se sanctifie dès maintenant, comme Dieu est
saint lui-même. » Car l'enfant d'un Dieu saint doit être
saint. N'est-il pas écrit : Vous serez saints, parce que je
suis saint? Sancti estote, quia ego sanctus sum. (Lev.,
xi, 44, et I Petr., i, 16.) Et nous savons que nul ne verra
Dieu s'il n'a le cœur pur. Beati mundo corde, quoniam
ipsi Deum videbunt. (S. Matth., v, 8.) Enfin l'on nous
avertit que rien de souillé n'entrera dans la cité que
Dieu habite. Non intrabit in eam aliquid coinquinatunu
(Apoc., xxi, 27.)
Sanctificat se, xyWÇet éototov, castificat se, comme traduit
saint Augustin. Nous ne pouvons nous conserver purs et
nous sanctifier qu'avec l'aide de la grâce, et non par nos
propres forces. Dieu non plus ne nous sanctifie pas sans
nos efforts. Quis nos castificat, nisi Deus? Sed Deus te
nolentem non castificat. (S. Aug., in I Ep. Joan.ïr. iv, n. 7.)
La sainteté de l'homme est l'eflet de la grâce de Dieu, qui
aide la libre volonté de l'homme.
Saint Jean presse le sens de ce mot, sanctificat se, et
il insiste sur la sainteté pour protester contre les héré-
tiques qui regardaient l'impureté comme chose légère.
4. Omnis qui facil peccatum, et iniquitatem facit; et pec-
catum est iniquité». « Tout homme qui commet un péché
commet aussi une violation de la loi ; car le péché n'est
qu'une violation de la loi. » Ces hérétiques établissaient
une différence entre peccatum et iniquitas. Par iniquitas,
wjJ.x, ils entendaient la violation d'une loi positive; et
peccatum. Kpoprfa, était seulement une déviation de la par-
lait e rectitude; c'était, disaient-ils, une simple imper-
fection qui ne tombait pas sous uue défense promulguée.
Or. ils prétendaient que seule la violation d'une loi
itive privait de La sainteté et de la justice exigées de
Dieu. Ainsi il est dit dans la loi : Non mœchaberis, ou
— 380 —
[xoi/i^i'.;, « tu ne commettras pas d'adultère » ; mais il
n'est pas dit : Non fornicaberis, ou Tzopvzôïv.; », tu ne com-
mettras pas de fornication. » Ils en concluaient que la
fornication n'étant interdite ni par la loi divine écrite, ni
par la loi civile, n'était pas la violation d'une loi. La
chasteté absolue pouvait être meilleure, mais la forni-
cation n'était pas un crime. Ce serait peut-être iaaprta,
peccatitm ou defectus, un manque de perfection ; mais ce
n'était pas avorta, iniqidtas, une faute grave, digne de
châtiment (1).
Mais saint Jean dit aux fidèles : Ne vous y trompez
pas, tout ce qui est fait contre la lumière de la raison ou
contre la conscience offense Dieu. Car la conscience est
l'interprète de la loi divine qui est gravée dans le cœur
de l'homme, et tout péché n'est pas autre chose que la
violation de cette loi. Le péché, selon la définition de saint
Augustin, est une parole, une action ou un désir contraire
à la loi éternelle. Peccatum est factnm, vel diction, vel
concupitum aliquid contra œternam legem. (Aug. contra
Faust., 1. XXII, c. xxvii.) L'Apôtre ajoute : Peccatum est
iniquitas , \ mapria £<7t!v 7j àvouta. Le péché est la viola-
tion de la loi ; péché et violation d'une loi, c'est la même
chose.
Cet avertissement était fort important. Car toutes sortes
d'impuretés se commettaient sans honte parmi les Gen-
tils. Des hérétiques, comme les Simoniens, les Nicolaïtes
et les Gnostiques, autorisaient d'infâmes débauches. Une
licence affreuse régnait chez tous les peuples (2). C'est
(1) Ces hérétiques pressaient avec subtilité le sens étymologique des
mots «//a/erra et &voy.ta. La distinction de ces deux noms, comme des
verbes Skvo/iéu et eqtutfrày», doit être retenue pour bien comprendre les
versets suivants, où saint Jean continue de réfuter les vains hellénistes
qui se prétendaient justes et irréprochables, tant qu'ils ne violaient pas
le texte formel d'une loi positive.
(2) Les Gnostiques, nous l'avons dit, prétendaient qu'étant devenus
spirituels par la connaissance de la Majesté ineffable, ils étaient inacces-
sibles à la corruption, quelque chose qu'ils tissent. Quod spiritale est
(quod semetipsos esse volunt) impossibile esse corruptelam percipere,
licet in qvÂbuscumque fuerint factis. (S. Iren., 1. I, c. vi. — Voyez plus
haut, i, 6.)
— 381 — / Joan.y m.
pourquoi le concile de Jérusalem s'était vu obligé de
porter un décret contre la fornication, et saint Paul, en
divers endroits de ses Epîtres, déclare que l'adultère
n'est pas la seule impureté qui exclut du royaume de
Dieu. (I Cor., vi, 10 ; Rom., i, 27 : 1 Tim., i, 10; Gai., v, 19.)
Saint Jean à son tour, exhortant les chrétiens à la sain-
teté, les avertit de ne pas se faire illusion. Si l'adultère
seul est puni par les lois, toute impudicité, même secrète,
souille l'âme et la rend abominable aux yeux de Dieu.
5. Et scilis quia Me apparuit, ulpeccata nostra tôlier et.
C'est une seconde raison qui doit nous faire éviter toute
espèce de fautes. « Vous savez aussi que le Fils de Dieu
a apparu dans le monde, afin de se charger de nos
péchés (1). » Nous étions accablés sous le poids de nos ini-
quités ; le Christ est venu, il a pris cet immense fardeau
sur ses épaules avec sa croix, et il nous en a délivrés,
comme l'avait annoncé le prophète Isaïe : Vere langaores
nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit. (Is.,
lui, 4.)
Saint Jean-Baptiste, en montrant Jésus à ses disciples
et aux multitudes, le leur avait désigné comme le divin
Agneau dont l'immolation devait effacer les péchés du
monde. Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatum miindi.
3. Joan., i. 29.)
Et peccatum in eo non est. Et le Christ était propre à
effacer nos iniquités, parce qu'il n'y avait point de péché
en lui. (n, 1.) Son humanité, personnellement unie à la
nature divine, était substantiellement sainte, elle possé-
dait une pureté parfaite, supérieure à celle de toute créa-
ture, et l'ombre même d'une tache était impossible dans
un Homme-Dieu.
6. Omnis qui in eo manet non peccat. « Quiconque
demeure en lui ne pèche pas. » Demeurer en Jésus-Christ,
veut dire lui rester attaché par les liens d'une foi vive,
d'une «sj.érance ferme et d'une charité efficace. Celui qui
111 Toll -. Le verbe grec ai'cw, comme le latin tollerc, a tantôt
is de foyer un porter, et tantôt celui d'enlever, ôter, faire dispa-
raitre. Ici lea deui -eus se trouvent réunis.
— 382 —
demeure ainsi uni à Jésus-Christ ne pèche pas. Car la foi
lui fait redouter les châtiments terribles du péché, l'espé-
rance élève son âme au ciel, et la charité l'empêche d'of-
fenser le Dieu qu'il aime.
Non peccat, il ne veut pécher en aucune manière, il
évite avec soin les fautes même vénielles. S'il en échappe
au juste par surprise ou fragilité, du moins sa volonté
constante hait tout ce qui ,est mauvais.
Et omnis qui peccat, non vidit eum nec cognovit eum.
« Et quiconque pèche ne l'a point vu et ne l'a point connu. »
Cette parole semble difficile à comprendre. Judas n'a-t-il
pas vu et connu Jésus? Cependant il a péché. On dira
peut-être qu'il l'a vu sans le voir et connu sans le connaî-
tre, parce qu'il n'avait pas une foi vive. Mais la foi vive
de saint Pierre est louée par Notre-Seigneur lui-même,
et cependant il a péché.
Quelle est donc la pensée de l'Apôtre ? La voici :
L'homme qui commet, avec une pleine volonté, une faute
réprouvée par sa conscience, n'a point vu Jésus-Christ et
ne Ta point connu par une foi lumineuse et vive ; ou, s'il
l'a ainsi vu et connu, il n'a pas gardé cette vue claire ;
elle s'est effacée de son esprit. Car s'il avait conservé cette
lumière dans sa splendeur, il n'eût pas voulu pécher et
offenser un Dieu si grand et si puissant, si juste et si bon.
Si gustasset et vidisset qiiam suavis est Dominas, nequa-
quam se peccando a videnda ejus gloria segregaret. (Bède.)
Il n'a péché que parce qu'il a laissé s'obscurcir cette di-
vine lumière et que les ténèbres ont offusqué son âme(l).
Omnis qui peccat, non vidit eum nec cognovit eum.
Calvin alléguait ce passage pour prouver que la justifica
tion une fois reçue est inamissible. Le concile de Trente
a condamné en termes formels cette absurde interpréta-
tion. Si quis hominem semel justificatam dixcrit amplius
peccare non posse, ne que gratiam ami t ter e, atque ideo
(1) Ce sens est indiqué par les deux parfaits grecs êûpxxsv et eyvwy.sv,
qui expriment, non simplement une vue fugitive, mais un effet qui dure,
une connaissance qui persévère. C'est le sens habituel de eyvwxs, novit
ou notvm habet.
— o8o — / Joan., ni.
eum qui labitur et peccat, nunquam vere fuisse justifi-
cation..., anathema sit. (Conc. Trid. Sess. VI, can. xxiii.)
7 et 8. Filioli, nemo vos seducat. « Mes chers enfants,
que personne ne vous séduise. » N'écoutez pas ceux qui
prétendent que la justice peut se concilier avec l'ini-
quité, ou que la foi tient lieu des bonnes œuvres et sauve
malgré les péchés.
Qui facit juslitiam justus est, sicut ille justus est.
Qui facit peccatum ex diabolo est, quoniam ab initio
diabolus peccat. Celui qui accomplit la justice et en fait
les œuvres, n'est pas seulement juste, parce que la jus-
tice du Christ lui serait imputée ; il est vraiment juste,
comme Dieu lui-même est juste. Pour celui qui commet
le péché, il vient du diable, parce que le diable pèche
dès le commencement.
Dans ces deux phrases, saint Jean met en opposition
le juste et le pécheur. Le juste est enfant de Dieu et sem-
blable à Dieu, comme un fils est semblable à son père.
Le pécheur est fils du démon et semblable au démon.
L'un fait les œuvres de justice à l'exemple de Dieu, et
l'autre1 lait les œuvres d'iniquité à l'exemple du démon.
Dans le langage des Hébreux, il y a une paternité et une
filiation morale. Ainsi, Jubal est appelé le père de ceux
qui touchent de la guitare, parce qu'il inventa cet instru-
ment ; et les disciples des prophètes sont nommés leurs
fils, parce qu'ils suivent leurs leçons. C'est ainsi que
Jésus-Christ disait aux Juifs : Vous êtes les fils du diable,
votre père ; car vous voulez faire ce qu'il désire et ce
qu'il vous inspire. Vos ce pâtre diabolo estis, et desideria
patris nstri riillis fai ère . (S. Joan.. VIII, 44.
Le diable n'a engendré personne, dit saint Augustin ;
mais celui qui imite son exemple devient son fils, non
par une naissance proprement dite, mais par l'imitation.
Quû umquefuerit imita tus diaôolum, quasi de illo nalus,
fit filins d iaboli, imitando, non proprie nascendo. (S. Aug.
in h. l.i ( "est eue. ire ainsi que, selon saint Paul, nous
QOUS-mêmi s les vrais enfants d'Abraham, en
iin: i fui : t. que les Juifs, nés d'Abraham selon
— 384 -
la chair, ne sont point réputés ses fils, parce qu'ils sont
•devenus incrédules en rejetant la foi du saint Patriarche.
(Gai., iv, 28; Rom., xi, 20.)
C'est en ce sens que l'homme qui pèche est le fils du
diable, parce que le diable est l'auteur et l'inventeur
du péché. C'est lui qui a péché le premier en se révoltant
contre Dieu. Il a ensuite entraîné une partie des anges
dans sa rébellion; puis il a fait pécher le premier homme,
et il est ainsi devenu la cause de tous les péchés qui ont
été commis et se commettront dans le monde jusqu'à la
fin des siècles. Ab initio diabolus peccal. Il pèche tou-
jours, il hait toujours Dieu, il veut toujours le mal, et sa
volonté fixée dans le péché est, pour ainsi dire, un péché
éternel. Ex quo peccare cœpit, niinquam peccare desinit,
dit le vénérable Bède.
Mais le Fils de Dieu est venu du ciel sur la terre et il
a apparu dans le monde pour détruire les œuvres du
diable, c'est-à-dire pour abolir le péché des hommes,
réconcilier le genre humain avec son Père, justifier les
pécheurs et en faire des saints qui loueront Dieu éter-
nellement dans les cieux. In hoc appariât Films Dei, ut
dissolvat opéra diaboli.
Le Verbe s'est incarné pour réparer la faute du premier
homme. Si donc Adam n'avait pas péché, le Verbe se
serait-il incarné ? Plusieurs saints docteurs ne le pensent
pas. Nulla causa fuitveniendi Christo Domino, nisi pecca-
tores salvos facere. Toile morbos, toile vulnera, et nulla
erit causa medicinse, dit saint Augustin. (Serm. clxxv.)
Saint Léon est encore plus explicite : Si homo non de-
viasset, Creator creatura non fieret. (S. Léo M. in Pent.
Serm. ni.)
9. Omnis qui natus est ex Deo peccaliun non facit;
quoniam semen ipsius in eo manet ; et non potest peccare,
quoniam ex Deo natus est. « Tout homme qui est né de
Dieu ne commet point de péché, parce que la semence
de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu'il
est né de Dieu. »
Saint Jean avait dit plus haut (n, 29), que tout homme
— 385 — I Joan. , ni.
qui fait des œuvres de justice est né de Dieu, ex ipso
natus est ; il revient maintenant sur cette pensée pour la
compléter. 11 ajoute que celui qui est né de Dieu ne pèche
pas. Il ne veut pas dire qu'il soit absolument rendu im-
peccable ; mais qu'il ne pèche pas en tant qu'il est né de
Dieu. Dans le chrétien, il y a deux hommes, l'un engendré
d'Adam, et l'autre né de Dieu. L'homme fils d'Adam
hérite d'Adam la concupiscence et la corruption, il pèche.
L'homme né de Dieu ne pèche point, tant qu'il agit selon
sa nouvelle génération. La grâce sanctifiante, qui est
une divine semence de vie et d'incorruption, lui donne
la vertu de ne pas pécher : Quoniam semen ipsius in eo
manet.
L'Apôtre va même jusqu'à dire que le juste ne peut
pas pécher, parce qu'il est né de Dieu. Non potest peccare,
quoniam ex Deo ?iatus est. Nous le répétons, ce mot veut
dire que le chrétien ne peut pas pécher en restant fidèle
à sa naissance divine : quoniam ex Deo natus est. Vivre
en enfant de Dieu et pécher, sont deux choses incompa-
tibles. En tant qu'il agit comme enfant de Dieu, le chré-
tien ne viole aucune loi, il ne pèche pas ; il ne peut même
pécher; car le péché est une œuvre du diable, et lès
enfants de Dieu ne font point les œuvres du diable.
Un langage semblable se trouve dans saint Paul. « La
sagesse de la chair est ennemie de Dieu, dit-il ; car elle
n'est pas soumise à la loi de Dieu, et même elle ne
peut pas l'être : nec enim potest. » Car, si elle était sou-
mise à Dieu, elle ne serait plus la sagesse de la chair.
(Rom., vin, 7.)
Saint Augustin explique cette parole d'une manière
fort ingénieuse lorsqu'il dit : Ce que le juste ne peut faire
justement, il ne peut pas le faire ; car, en se déterminant
à. faire ce qui est injuste, il commence par perdre la jus-
tice, afin de pouvoir faire, étant injuste, ce qu'il ne peut
faire comme juste. Quod non potest juste, non potest jus-
tas ; ; quoniam hœc decernendo prias amittit justitiam, ut
quod non potest justus possit injuslus.
lue comparaison rend la chose encore plus sensible.
ÉriTKKS CATHOLIQIKS 25
— 386 —
La glace est froide de sa nature et elle ne peut pas être
chaude. Pourtant elle peut se fondre, et fondue elle peut
devenir chaude ; mais alors elle n'est plus de la glace.
Enfin, l'on peut dire que, par sa naissance divine, le
chrétien possède une grâce qui le préserve du péché,
tellement qu'il serait impeccable, s'il usait toujours bien
de cette grâce. C'est ainsi qu'Adam créé dans la justice
était immortel tant qu'il était innocent, et il ne pouvait
mourir qu'en perdant son innocence par un acte libre
de sa volonté.
10. In hoc manifesli sunt filii Dei et filii diaboli. « C'est
en cela que l'on reconnaît les enfants de Dieu et les
enfants du diable. « Les premiers font des œuvres de
justice, et les autres font des œuvres d'iniquité.
Omnis qui non est justus non est ex Deo. « Ainsi, tout
homme qui n'est pas juste, n'est point de Dieu. « C'est la
conclusion de ce qui précède.
Et qui non diligit fratrem suum. En outre, parmi ceux
qui ne sont point enfants de Dieu, il faut compter celui
qui n'aime point son frère. C'est la charité qui distingue
les enfants de Dieu des enfants du diable. Que, dans une
grande ville, tous fassent le signe de la croix ; que tous
soient baptisés; que tous entrent dans les églises et les
remplissent : que tous répondent Amen et chantent Allé-
luia : les enfants de Dieu ne seront discernés des enfants
du diable que par la charité. Ainsi parle saint Augustin
en commentant ce texte. (Tract, yi, n. 7.)
L'Apôtre va développer cette idée dans tout le reste du
chapitre, afin de faire bien comprendre que le vrai carac-
tère de la justice se trouve dans la charité.
11. Quoniam hœc est annuntiatio quam audistis ab
initio, ut diligatis alterutrum. « Car ce qui vous a été
annoncé, et ce que vous avez entendu répéter dès le
commencement, c'est que vous devez vous aimer les uns
les autres. » Voilà, mes chers enfants, le grand pré-
cepte que nous avons appris du Seigneur : Hoc est
prœceptum ?neu??i, ut diligatis invicem, sicut dilexi vos.
(S. Joann., xv, 12.) Nous prêchons ce commandement
— 387 — 1 Joan., m.
partout où nous annonçons l'Evangile ; et l'on a eu soin
de vous en instruire lorsqu'on vous a préparés au baptême .
12. Non sicut Coin, qui ex maligno erat, et occidit fra~
trcm sinon. Et pr opter qui cl occidit etim ? quoniani opéra
ejus maliqna erant, fralris autem ejus justa. Aimez-vous
donc les uns les autres. « N'imitez point Gain, qui était
fils de l'esprit mauvais, et qui tua son frère. Et pourquoi
le tua-t-il? parce que ses œuvres étaient mauvaises, et
que celles de son frère étaient justes. »
Ex maliqno erat. Caïn était fils de Satan, parce qu'il
l'imita. Satan fut jaloux des grâces dont Dieu comblait le
premier homme; il le tenta, le fit mourir et avec lui perdit
tout le genre humain ; car, dit saint Paul, la mort est en-
trée dans le monde par l'envie du diable. De même, Caïn fut
jaloux de ce que les offrandes d'Abel étaient agréables à
Dieu, tandis que les siennes ne l'étaient pas. Au lieu d'imi-
ter son frère, il le tua. Quia imitari notait, necare voluit.
(S. Aug., ib., 8.) — Respexit Dominas ad Abel et ad mimer a
ejus, dit l'Ecriture, ad Caïn autem et ad mimera ejus non
respexit. Selon la version de Théodotion, conforme à une
tradition hébraïque, le Seigneur envoya du ciel une
flamme qui consuma le sacrifice d'Abel et ne toucha
point à celui de Caïn. La jalousie et la haine entrèrent
alors dans le cœur de Caïn, et il tua son frère.
Opéra ejus maliqna erant. Caïn n'aimait pas Dieu
dans son cœur, et il n'offrait que ce qu'il avait de plus
chétif parmi les fruits qu'il récoltait. Abel, au contraire,
plein d'amour pour Dieu, choisissait dans ses troupeaux
ce qu'il y avait de plus beau, et l'offrait au Seigneur.
(Test pourquoi le Seigneur regardait les présents d'Abel
et ne regardait pas ceux de Caïn. f Voyez Hébreux, xi, 4.)
1:'). Xolite mirari, fratres, si odit vos mandas. « Ne
vous étonnez donc pas, mes frères, si le monde vous
liait. » Ce n'est pas une chose nouvelle que la haine du
monde pour les justes ; cette haine remonte à l'origine
môme de la race humaine. Le monde, plein de corruption
et de méchanceté, ne peut souffrir votre justice, comme
Caïn m* pouvait supporter l'innocence et la piété d'Abel.
— 388 —
Le méchant persécute l'homme de bien, parce que l'homme
de bien ne partage point les pensées du méchant. Omnis
malus ideo persequilur bonum, quia non illi consentit
bonus ad malum. (S. Aug. in Ps. cxxvm.) C'est pourquoi
saint Paul nous avertit que tous les hommes religieux
souffriront persécution : Omnes qui volunt pie vivere in
Christo Jesu persecutionem patientur. (II Tim., m, 12.)
Le disciple n'est pas au-dessus du maître. Consolons-
nous, si nous sommes haïs du monde : il a haï notre
Dieu. Si mundus vos odit, scitote quia me priorem vobis
odio habuit. (S. Joann., xv, 18.) La vérité est la condam-
nation de l'erreur, et la vertu est la censure du vice.
Voilà pourquoi le chrétien, le prêtre, le religieux le plus
innocent et le plus charitable, seront, jusqu'à la fin des
siècles, en butte à la haine du monde.
14. Nos scimus quoniam translati sumus de morte ad
vitam, quoniam diligimus fratres. Mais ce qui nous con
sole, c'est que « nous savons que nous sommes passés
de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. »
Nous étions sans charité avant d'avoir reçu l'Evangile,
et nous demeurions dans la mort du péché, n'aimant ni
Dieu ni les hommes. Maintenant, notre conscience nous
rend témoignage que nous aimons nos frères. — Scimus.
Nous sommes donc assurés, autant qu'on peut l'être,
que nous sommes passés de la mort du péché à la vie de
la grâce.
Translati sumus, en grec usraêeê^xaasv, transivimus.
Cet heureux passage ne doit pas être attribué à nos
mérites, mais à la grâce de Dieu. C'est Dieu qui, dans
sa miséricorde, nous a arrachés à la puissance des ténè-
bres où nous étions retenus captifs, et nous a trans-
portés dans le royaume de son Fils bien-aimé : Eripuit
nos de potestate tenebrarum, et transtulit in regnum Filii
dilectionis suœ. (Coloss., i, 13.)
Le signe qui nous apprend que nous sommes passés
de la mort à la vie, c'est la charité fraternelle. Exami
nons donc notre cœur. Si nous aimons nos frères, si
nous désirons leur salut éternel, si nous prions pour
— 389 — / Joan., m.
ceux mômes qui nous haïssent, soyons rassurés : nous
sommes passés de la mort à la vie. Redeat anusquisqiie
ad cor suum, dit saint Augustin. Si ibi invenerit chari-
talem fraternam, securus sit, quia transiit a morte ad
vitam. (Tract, v, n. 10. — Voyez plus loin, v. 24, et ch. iv,
v. 13.)
Qui non diligit manet in morte. Mais celui qui n'aime
pas son frère demeure dans la mort, il est constitué
dans l'état du péché mortel. Saint Jean, selon sa cou-
tume, éclaircit et complète sa première idée en lui oppo-
sant l'idée contraire : Celui qui aime son frère est
passé de la mort à la vie ; mais celui qui n'aime pas son
frère demeure dans la mort.
Qui non diligit. Quelques-uns expliquent « ne pas
aimer » par haïr. C'est altérer la pensée de l'Apôtre :
il parlera tout à l'heure de la haine. Mais il déclare ici
que ne pas aimer le prochain dans son cœur, et ne pas
le secourir dans ses besoins, lorsqu'on le peut, est un
signe que l'on demeure dans la mort ; car, l'amour du
prochain accompagne toujours la grâce sanctifiante, qui
est la vie de l'âme.
15. Omnis qui odit fratrem suum homicida est. Et
scitis quoniam omnis homicida non habet vitam eeternam
in semet ipso manentem. Si l'homme habite la région de
la mort quand il n'aime pas son frère, à plus forte raison
quand il le hait. Car « tout homme qui hait son frère est
homicide ; or, vous savez que nul homicide ne possède
la vie éternelle. » Le sang de son frère, comme celui
d'Abel, crie de la terre et appelle contre lui la vengeance
de Dieu.
Qui odit fratrem suum homicida est. Il ne s'agit pas
d'une légère aversion, mais d'une haine véritable, comme
était celle de Caïn contre Abel ; celui qui hait ainsi, sou-
haite la mort à celui qu'il déteste. Quem odit quis, periisse
cupit, dit saint Jérôme. (Epist. lxii.) Or, souhaiter la
mort à quelqu'un, c'est commettre un homicide dans
son cœur; et l'homme qui est coupable d'un homicide,
accompli ou voulu, ne possède point la vie éternelle.
— 590 —
Non habet vilam œlcrnam in se manentem. La vie éter-
nelle c'est la pleine vie de la grâce, par laquelle est con-
sommée l'union de l'âme avec Dieu. Or le juste étant,
dès ce monde, uni à Dieu par la grâce, possède par là
même la vie éternelle dans son principe. Au ciel, cette
vie sera parfaite, glorieuse, inamissible ; mais dès à pré-
sent, elle est de même nature, et le juste est libre de la
conserver toujours, puisque personne ne peut la lui
ravir.
Saint Jean vient de montrer la nécessité de la charité
fraternelle pour être juste : il va maintenant dire à quoi
elle oblige.
16. In hoc cognovimus cliarilatem Dei, quoniam Me
animam suam pro nobis posuil: et nos debemus pro
fralribus animas ponere. « Nous avons reconnu l'amour
de Dieu à notre égard, en ce qu'il a donné sa vie pour
nous ; et nous aussi nous devons donner notre vie pour
nos frères. »
Nous l'avons dit, il ne suffit pas de ne pas haïr le
prochain, il faut encore l'aimer; et jusqu'où doit aller
notre amour? Dieu nous l'enseigne par son exemple : il
fait lever son soleil sur les bons et sur les mauvais, et
il répand une pluie féconde sur les champs de ceux
mêmes qui blasphèment son nom. Solem sunm oriri facit
super bonos et malos, et pluit super justos et injustos.
(S. Matth., v, 45.) Mais cela ne suffit pas à son amour;
Jésus-Christ, Fils de Dieu et lui-même un seul Dieu
avec son Père, est mort pour nous qui ne l'aimions pas,
pour nous pécheurs qui l'avions offensé. Telle est la
preuve qu'il nous a donnée de sa charité, et tel est aussi
l'exemple qu'il nous a laissé pour que nous l'imitions.
Ut diligatis invicem sicut dilexi vos. (S. Joan., xm, 34.)
Or, saint Jean qui comprenait bien cette parole de son
bon Maître, l'explique en disant que nous devons aussi
donner notre vie pour nos frères: Et nos debemus pro
fratribus animas ponere.
Quoi ! serait-ce une obligation? — Oui, dans certaines
circonstances nous devons hasarder notre vie pour
— 391 -- / Joan., nu
celle de nos frères ; tel est souvent le devoir du soldat.
Mais surtout il faut être prêts, s'il en est besoin, à exposer
notre vie temporelle pour leur salut éternel ; cette loi de
la charité oblige spécialement les pasteurs des âmes.
Bonus pastor animani suam dat pro ovibus suis.
Si l'obligation de donner sa vie pour le prochain est
rare, celle de lui faire l'aumône est fréquente.
17. Qui habitent substantiam hujus mundi, et viderit
fratreni suum necessitatem habere, et clauserit viscera
sua ab eo, quomodo charitas Dei manet in eo ? Car, si
un chrétien qui possède des biens de ce monde, voit son
frère dans la nécessité, et s'il ferme ses entrailles k son
égard, comment peut-on dire que l'amour de Dieu de-
meure en lui ? Vous n'êtes pas disposé à mourir pour
votre frère, au moins faites-lui part de vos biens, don-
nez-lui un peu de votre superflu, dit saint Augustin. Si
nondum es idoneus mori pro fratre, jam idoneus esto
darede tuis facultatibus. (S. Aug. in hune 1.). Jésus-Christ
n*a-t-il pas déclaré comme faite à lui-même l'aumône que
nous ferions au pauvre ? Et n'est-ce pas refuser du pain
à Jésus- Christ, que d'en refuser à celui (im&îàimy Esurivi
enim, et non dedistis milii ?7ianducare.(S. Matth.. xxv, 30.)
La théologie enseigne que c'est une faute mortelle de
refuser l'aumône au prochain qui est dans une nécessité
extrême ou très grave, à moins qu'on ne se trouve soi-
même da os une nécessité semblable. Grandis culpa est, dit
sa in t Ambroise, sisciente tefidelis egeat, si scias eum famé
laborare, œntmnam perpeti, qui prœsertim egere erube-
scat. (De Officiis, 1. I. c. xxxix.) Pour sauver la vie de
son prochain, l'on prendra sur son propre nécessaire,
et dans les besoins ordinaires des pauvres, on donnera
généreusement de son superllu. Telle est la règle (1).
18. Filioli mei, non diligamus verbo ne que lingua, sed
opère et veritate. « Mes chers enfants, n'aimons pas seu-
(1) ' qtumtmn Deus tibi dederit, toile quod tufficit; oeetem
quœ super/tua jacent, aliorutn sunt necessaria. Superflua divitum,
necessavia sunt j um. lien alienœ possidmtvr, quum guperflua
pouidentur. (S. Aug. m Psalm. c\i.\ n, n. 12.
— 392 —
lement en paroles et des lèvres, mais en œuvres et en
vérité. » Beaucoup disent qu'ils aiment le prochain, mais
ils se font illusion à eux-mêmes. S'ils l'aimaient, ils le
consoleraient, ils le secourraient. Probatio amoris, exhi-
bitio est operis, dit saint Grégoire le Grand (1).
19. In hoc cognoscimus quoniam ex veritate sumus. et
in conspectu ejus suadebimus corda nostra. C'est en ai-
mant ainsi que nous connaissons que nous sommes les
enfants de la vérité, et c'est par cette preuve que nous
pouvons rassurer nos cœurs en présence de Dieu.
Ex veritate sumus, « nous sommes les enfants de la
vérité » : phrase hébraïque qui signifie que nous sommes
sincères, et que notre amour n'est pas hypocrite et men-
songer, mais véritable.
Suadebimus corda nostra. Celui qui dit qu'il aime et
ne fait pas les œuvres de l'amour, ne persuade ni les
autres, ni son propre cœur.
In conspectu ejus(Dei). Mais celui qui opère les œuvres
de la charité se rend témoignage à lui-même qu'il aime
réellement, et il ne craint pas de dire en présence de
Dieu : Vous voyez, Seigneur, que j'aime mon prochain,
selon votre commandement. Au contraire, celui qui est
dur aux malheureux a tout à craindre du jugement de
Dieu.
20. Quoniam si reprehenderit nos cor nostrum, major
est Deus corde nostro, et novit omnia. Car, si notre
propre cœur nous reproche notre dureté, si notre con-
science nous accuse lorsque nous refusons d'assister le
pauvre, que ne fera pas Dieu, qui est une majesté autre-
ment redoutable, Dieu qui scrute nos plus intimes senti-
ments, et aux yeux de qui tout est à nu et à découvert?
Omnia nuda et aperta sunt oculis ejus. (Hebr., iv, 13.)
21 et 22. Charissimi, si cor nostrum non reprehenderit
nos , fiduciam habemus ad Deum; — et quidquidpetierimus,
accipiemus ab eo : quoniam mandata ejus custodimus, et
ea quœ sunt placita coram eo facimus. Mes bien-aimés,
(1) Nous avons vu, dans saint Jacques, le même précepte exposé avec
une grande éloquence. (S. Jac, u, 15.)
— 393 — / Joan., m.
si notre cœur ne nous reproche rien, nous avons une
bonne assurance en présence de Dieu, et nous pouvons
croire qu'il ne nous condamne pas. — Nous lui adressons
alors nos prières avec confiance, et quelque chose que
nous demandions, nous l'obtiendrons de sa bonté, parce
que nous gardons ses commandements et parce que nous
faisons ce qui lui est agréable.
En effet, lorsque notre conscience examinée ne nous
fait point de reproche, et lorsqu'elle nous atteste que
nous aimons sincèrement notre prochain pour Dieu, nous
avons une légitime assurance d'être exempts de péchés
graves. Car un péché mortel fait une telle blessure à
l'âme qu'elle ne peut pas en ignorer la présence. Si donc
notre mémoire ne nous rappelle aucune faute considé-
rable qui n'ait été effacée par une vraie pénitence, nous
avons raison de nous confier en la miséricorde de Dieu,
tout en le priant, comme David, de nous purifier de nos
fautes cachées : ad occultis meis manda me.
Or, nous apprenons aussi de David que Dieu fait la
volonté de ceux qui le craignent : Volantalem timentium
se faciet. (Ps. cxliv.) Nous avons donc l'espérance qu'il
exaucera nos prières et qu'il nous accordera, en temps
opportun, toutes les grâces que nous lui demanderons
pour notre salut, puisque nous voulons garder ses com-
mandements et que nous faisons ce qui plaît à ses yeux.
Et quidquid petierimns , accipiemus ad eo : quoniam
mandata ejus eustodimus, et ea quœ sunt placita coram
eo facimus. Nous sommes, en ce cas, appuyés sur la
promesse du Christ, car il a dit : Si vous gardez mes
paroles, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et
cela vous sera fait. » (S. Joan., xv, 17.)
D'ailleurs, quand la charité gémit et prie en nous, c'est
le Saint-Esprit qui forme ces prières et ces gémissements
dans nos cœurs. Il ne peut donc pas refuser d'écouter les
prières qu'il inspire lui-môme. (S. Aug. Tract, vi, 8.)
23. Et hoc est mandatum ejus : ut credamus in nomine
Filii ejus Je su Christi, et diligamus alterutrum, sicut dé-
dit mandatum nobis. Or, le commandement qu'il nous a
— 394 —
fait, c'est de croire au nom de son Fils Jésus-Christ, et
de nous aimer les uns les autres. Le Père a lui-môme
ordonné de croire en Jésus-Christ, lorsqu'il a fait en-
tendre cette voix du haut des cieux : « Celui-ci est mon
Fils bien-aimé : écoutez-le. » Croyez ce qu'il enseigne et
laites ce qu'il ordonne. (S. Matth., m, 17; et S. Luc, ix, 35.)
Et quant au commandement de nous aimer les uns les
autres. Notre-Seigneur Jésus-Christ l'a plusieurs fois
répété dans l'Evangile.
Hoc est mandalum. Il n'y a qu'un précepte, mais il
ordonne deux choses inséparables : c'est la foi, et la cha-
rité qui découle de la foi , ou la foi qui opère par la
charité : fides quœ pcr charilatem operalur. (Gai., v, 6.)
:24. Et qui serval mandata cjus in illo manet, et ipse in
eo. Et celui qui garde les commandements de Dieu
demeure en Dieu, et Dieu habite en lui.
Si nous gardons les commandements, nous demeurons
en Jésus-Christ, comme le rameau demeure dans la
vigne, d'où il tire sa sève, son beau feuillage et les excel-
lents fruits qu'il porte. Et Jésus-Christ demeure en nous
comme dans son temple. Son esprit réside en nous et
vivifie notre àme, comme notre âme anime notre corps.
Il l'a dit dans l'Evangile : « Si quelqu'un m'aime, il gar-
dera ma parole; et mon Père l'aimera, et nous viendrons
en lui, et nous ferons en lui notre séjour. Et mansionem
apud eum faciemus. (S. Joann., xiv, 23.) Heureuse parole
qui exprime la société ineffable qui unit à Dieu ceux qui
aiment Dieu !
Et in hoc scimus quoniam manet in nobis, de Spiritu
quem dédit iiobis. « Nous savons donc que Dieu demeure
en nous; et nous le savons par le témoignage du Saint-
Esprit qu'il nous a donné. * Saint Paul avait dit aussi :
« L'Esprit de Dieu lui-même rend témoignage à notre
esprit que nous sommes les enfants de Dieu. » Ipse enim
Spiritus testimonium reddit spiritui nostro quod sumits
filii Dei. (Rom. vm, 16.)
Scimus. L'Esprit-Saint ne parle pas toujours même
aux plus justes; mais, lorsque l'âme est pure, humble,
— o95 — / Joan., m.
recueillie et sincèrement vouée à la piété, souvent
l'Esprit-Saint lui fait entendre une voix intérieure qui la
console, l'éclairé, et lui donne une conviction intime de
s'a présence.
Cette persuasion que Ton plaît à Dieu ne va pas
jusqu'à la certitude absolue. La confiance, même chez
les saints, est mêlée de crainte. Saint Paul écrivait aux
Philippiens : Cum me tu et tremore vestram salit tem
operamini. (Philip., n, 12.) Dans quelques-uns cependant,
la crainte semble exclue par l'amour. Pour moi, disait
saint Antoine, j'aime mon Dieu, je ne le crains pas. Ego
Deum meum amo, non timeo. Je l'aime comme mon père,
et, me confiant dans sa miséricorde, je ne le crains pas
comme mon juge. (Voyez plus haut, v. 14.)
Scimus quoniam manet in nobis. « Nous savons que
Dieu demeure avec nous. » La signification rigoureuse
de cette parole est justifiée lorsqu'on l'applique à l'Eglise
catholique. Au temps des Apôtres, le Saint-Esprit mani-
festait sa présence dans les assemblées des fidèles par
toute espèce de prodiges. Et maintenant, si ces manifes-
tations merveilleuses ont cessé, comme n'étant plus
nécessaires, Dieu prouve encore sa présence dans
l'Eglise catholique par des miracles incontestables et par
les saints qu'elle engendre dans tous les siècles. C'est
chez elle seule qu'on voit des saints : en sorte que la
sainteté est une des notes de la véritable Eglise. Nous
donc, catholiques, répétons sans aucune hésitation :
t Nous savons avec une pleine certitude que Dieu
demeure chez nous. » Scimns quoniam manet in nobis.
— :396 —
CHAPITRE QUATRIÈME
ANALYSE
1. Au second chapitre (18-96), saint Jean avait exhorté les
fidèles à fuir les hérétiques : maintenant il revient sur ce sujet,
le développe et marque les erreurs de ces impies. Ceux, dit-il,
qui divisent la personne de Jésus-Christ, ceux qui nient sa
divinité ou son humanité sont de faux prophètes, inspirés par
l'esprit mauvais; ce sont des antechrists, précurseurs du der-
nier Antéchrist qui est prédit pour la fin des temps (1-6).
2. Le reste du chapitre est consacré à l'obligation d'aimer le
prochain. L'Apôtre insiste principalement sur cette raison que,
Dieu nous ayant beaucoup aimés, nous devons aussi nous
aimer les uns les autres.
1. Mes bien-aimés, ne croyez pas
■a tout esprit, mais examinez si les
esprits sont de Dieu ; car plusieurs
faux prophètes se sont élevés dans
le monde.
2. Voici à quoi Ton reconnaît si
un esprit est de Dieu. Tout esprit
qui confesse que Jésus-Christ est
venu dans la chair est de Dieu ;
3. Et tout esprit qui divise Jésus
n'est point de Dieu ; celui-là est
l'Antéchrist, dont vous avez ouï dire
qu'il doit venir ; et il est déjà dans
le monde.
4. Pour vous, mes chers enfants,
vous êtes de Dieu, et vous avez
vaincu l'Antéchrist ; parce que celui
qui est en vous est plus grand que
celui qui est dans le monde.
5. Ces hommes sont du monde ;
l.Charissimi,nolite onvni spi-
ritui credere, sed probate spi-
ritus si ex Deo sint : quoniam
multi pseudoprophetœ exierunt
in mundum.
2. In hoc cognoscitur spiritus
Dei : omnis spiritv.s qui confi-
tetur Jesum Christum in carne
venisse, ex Deo est ;
3. Et omnis spiritus qui solvil
Jesum, ex Deo non est ; et hic
est Antichristus, de quo audistis
quoniam venit, et nunc jam in
mando est.
4. Vos ex Deo estis, filioli,
et vicistis eum : quoniam major
est qui in vobis est, quam qui
in mundo.
5. Ipsi de mundo sunt : ideo
— 397 —
/ Joan., îv.
de tnundo loquuntur, et nnindus
eos audit.
6. Nos ex Deo sumns. Qui
novit Deum, audit nos; qui non
est ex Deo, non audit nos : in
hoc cognoscimvs Spiritum veri-
tatis, et spiritum erroris.
7. Charissiin i, diligamus nos in-
vicem : quia rharitas ex Deo est.
Et omnis qui diligit, ex Deo
natus est, et cognoscit Deum.
8. Qui non diligit, non norit
Deum : quoniam Deus charitas
est.
9. In hoc apparuit charitas
Dei in nobis, quoniam Filium
s)' un) unigenitum misit Deus in
mundum, ut vivamus per eum.
10. In hoc est charitas : non
quasi nos dilexerimus Deum,
sed quoniam ipse prior dilexit
nos, et misit Filium suum pro-
pitiationem pro peccatis nostris.
11. Charissimi,si sic Deus di-
lexit nos, et nos debemus alter-
l'trum diligere.
12. Deumnemo viditunquam.
Si diligamus invicem, Deus in
nobis manet, et charitas ejus in
nobis perfecla est.
13. In koe cognoscinms quo-
niam in eo manemus, et ipse in
nobis : quoniam de Spiritu suo
dédit nobis.
14. Et nos vidimus et testifi-
camur quoniam Pater misit Fi-
Hum suum Salvatorem mundi.
1."). Quisquis confessus fuerit
quoniam Jésus est Filius Dei,
Deus in eo manet, et ipse in Deo.
16. Et noë cognovimut, et cre-
didimus charitati qtni>/> habet
Deus in nobis. Drus charitas est;
et qui manet in charitate, in Deo
manet, ■ t Drus in eo*
17. Tnhoi perfecta est charitas
Dei nobiscutn, ut fiduciam ha-
beamus in die judicii : quia
c'est pourquoi ils parlent des choses
du monde, et le monde les écoute.
6. Mais pour nous, nous sommes
de Dieu : celui qui connaît Dieu nous
écoute ; et celui qui n'est point de
Dieu ne nous écoute point. C'est en
cela que nous connaissons l'Esprit
de vérité et l'esprit d'erreur.
7. Mes bien-aimés, aimons-nous
les uns les autres; car la charité
est de Dieu, et tout homme qui aime
est né de Dieu, et connaît Dieu.
8. Celui qui n'aime point ne con-
naît point Dieu ; car Dieu est amour.
9. Voici en quoi Dieu a fait pa-
raître son amour envers nous : c'est
en envoyant son Fils unique dans
le monde, afin que nous vivions par
lui.
10. L'amour de Dieu est tel que
ce n'est pas nous qui l'avons aimé,,
mais que c'est lui qui nous a aimés^
le premier : et il a envoyé son Fils
afin de satisfaire pour nos péchés.
11. Mes bien-aimés, si Dieu nous
a aimés de la sorte, nous devons
aussi nous aimer les uns les autres.
12. Nul homme n'a jamais vu Dieu.
Si nous nous aimons les uns les au-
tres, Dieu demeure en nous, et sa
charité est parfaite en nous.
13. Ce qui nous fait connaître que
nous demeurons en lui et lui en
nous, c'est qu'il nous a donné de
son Esprit.
14. Nous avons vu, et nous en
rendons témoignage, que le Père a
envoyé son Fils pour être le Sau-
veur du monde.
15. (Quiconque aura confessé que
Jésus est le Fils de Dieu, Dieu de-
meure en lui, et lui en Dieu.
16. Nous avons connu l'amour que
Dieu a pour nous, et nous avons cru
à cet amour. Dieu est amour: et
celui qui demeure dans l'amour,
demeure en Dieu, et Dieu demeure
en lui.
17. L'amour de Dieu est parfait
en nous, afin que nous soyons pleins-
de confiance pour le jour du juge
398 -
ment, parce que nous .sommes en ce
monde tels qu'il est lui-même.
18. La crainte ne se trouve point
avec la charité : mais la parfaite
charité bannit la crainte : enr la
crainte est accompagnée de la peine,
et celui qui craint n'est point par-
fait dans la charité.
19. Aimons donc Dieu, puisque
Dieu nous a aimés le premier.
20. Si quelqu'un dit qu'il aime
Dieu, et ne laisse pas de haïr son
frère, il est menteur. Car comment
celui qui n'aime pas son frère qu'il
voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne
voit pas ?
21. Et nous avons reçu de Dieu
ce commandement : Que celui qui
aime Dieu doit aimer aussi son
frère.
sicut ille est. et nos suraus in
hoc mundo.
18. Tvmornon est in diaritate;
sedperfecta cliarit as foras mittit
timorem : quoniam timor pœ-
nam habet ; qui autem timet,
non est perfectus in charitate.
1!'. Nos ergo diligamus Deum :
quoniam Deus prior dilexit nos.
80. Si qiiis dixerit quoniam
diligo Deum, et fratrem suum
oderit, mendaœ est. Qui enim
non diligit fratrem suum quem
videt, Deum quem non videt
qi'omodo potest diligere ?
21. Et hoc mandatum habe-
mnsaDeo : Ut qui diligit Deum.
diligat et fratrem suum.
COMMENTA] RE
1. Charissimi, nolite omni spiritui credere. Saint Jean
venait de dire : « Nous savons par le témoignage de
l'Esprit-Saint que Dieu demeure en nous. » Afin de pré-
munir les fidèles contre les séducteurs qui enseignaient
de fausses doctrines en se disant inspirés de Dieu, il a
soin d'ajouter aussitôt : « Mais il ne faut pas croire à
tout esprit, mes chers enfants. » Il y a l'esprit de vérité
et l'esprit de mensonge ; sachez discerner l'un de l'autre,
éprouvez si les esprits sont de Dieu : Sed probate
spiritus si ex Deo sint. Car beaucoup de faux prophètes
se sont produits dans le monde, quoniam multi pseudo-
prophetœ exierunt in mundum. Ils se disent inspirés du
ciel ; plusieurs même essaient d'imiter la Vertu divine ;
ils font des choses surprenantes et abusent les simples
par leurs prestiges. Ces hypocrites enseignent des doc-
trines pernicieuses en disant : Voici ce que dit l'Esprit-
Saint. Mais l'esprit qui leur parle est l'esprit de men-
songe.
— 399 — / Joan.y iv.
Probate spiritus. Le mot spiritus désigne ici un homme
qui parle sous l'influence d'un esprit bon ou mauvais.
Tous les hérétiques anciens et nouveaux sont, en effet,
inspirés, mais par le démon, qui est Fauteur de toutes
les hérésies. Le conseil d'éprouver les esprits n'est pas
moins nécessaire de nos jours, qu'il l'était au siècle des
Apôtres (1).
Quoniam multi pseudoprophetœ exicrunt in mundum.
Avant la mort de saint Jean, on comptait déjà un grand
nombre de sectes diverses, dont nous avons nommé plus
haut les auteurs (n, 8).
Probate spiritus, si ex Deo si?it. Il appartient aux chefs
des Eglises, aux évêques. d'éprouver et de discerner les
esprits, d'examiner les doctrines de ceux qui enseignent
et de juger si elles viennent de l'Esprit de lumière ou de
l'esprit de ténèbres. Les simples fidèles ont eux-mêmes
le droit et le devoir d'examiner si la doctrine qu'on leur
prêche est conforme à celle que l'Eglise a toujours ensei-
gnée. Alors ils l'acceptent ; si elle est contraire, ils la re-
jettent. Saint Paul s'adressait non seulement aux évêques,
mais encore aux simples fidèles, lorsqu'il disait : Si vous
voyez descendre du ciel un ange qui vous annonce un
autre Evangile que celui que nous vous avons prêché,
qu'il soit anathème! (Gai., i, 8.) Ce n'est point là le libre
examen des protestants ; c'est, au contraire, la soumis-
sion de l'intelligence à la règle de foi, qui est la croyance
de l'Eglise.
Au reste, l'Apôtre n'invite point les simples fidèles à
discuter les doctrines en raisonnant sur les Ecritures :
cela n'appartient qu'aux théologiens versés dans l'étude
àe la religion. Mais il leur donne deux règles : l'une par-
ticulière, l'autre générale. La première, dirigée contre les
(1) Saint Paul avait aussi averti son disciple Timothée que, dans ie%
derniers temps, plusieurs abandonneraient la loi et sortiraient de l'E-
glise pour suivre les esprits d'erreur; ils s'attacheraient a des doctrines
«le démons, enseignées par des hommes pleins d'hypocrisie et de mcn-
e. In novis.si/nis temporibus, discedent quidam a fide, attendante*
spiritibus errorU et doctrinû dcemoniorum, in hypocrisi loquentiurn
mendaciwn. (I Tim., i\\ 1.)
— 400 —
erreurs de son temps, c'est qu'ils doivent rejeter et con-
damner celui qui ne reconnaît pas Jésus de Nazareth
pour le Christ, et comme vrai Dieu et vrai homme.
La seconde, qui est une règle générale, c'est que tout
homme qui n'écoute pas l'Eglise, est un hérétique.
2. In hoc cognoscitur Spiritas Dei. Omnis spiritus qui
confitetur Jesum Christum in carne venisse, ex Deo est.
Voici la marque à laquelle on reconnaît qu'un esprit vient
de Dieu. Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est le
Verbe éternel, venu du sein de son Père en ce monde, et
qu'il a pris une chair véritable, est de Dieu.
Objection. — Il y a des hérétiques qui confessent la divi-
nité de Jésus-Christ, comme les pélagiens, les luthériens,
les jansénistes, et cependant ils ne sont pas de Dieu.
Réponse. — A l'époque de saint Jean, tous les hérétiques
combattaient la divinité de Jésus-Christ ou son huma-
nité, en sorte que confesser l'incarnation du Fils de Dieu
était le signe auquel on distinguait alors ceux qui appar-
tenaient à la vraie foi et à la véritable Eglise.
Jesum Christum in carne venisse. « Jésus-Christ est
venu dans la chair. » Cette expression nous fait entendre
que Jésus-Christ existait avant d'être homme, et qu'il est
plus qu'un homme.
3. Et omnis spiritus qui solvit Jesum ex Deo non est.
« Et tout esprit qui divise Jésus n'est pas de Dieu. »
Jésus de Nazareth est le Christ; il est le Fils de Dieu;
il est Dieu, il est homme; il est un Homme-Dieu; car
l'humanité et la divinité ne sont en lui qu'une seule per-
sonne. Celui qui divise Jésus en deux personnes, savoir :
une personne humaine et une personne divine, celui-là
est un hérétique. De même, nier sa divinité ou nier son
humanité, c'est une égale erreur.
Solvit Jesum. Saint Jean réfute spécialement Cérinthe,
et c'est pour le combattre qu'il a composé son Evangile,
comme nous l'apprend saint Irénée. (Hser., 1. III, c. xi.)
Cérinthe prétendait que Jésus était né de Joseph et de
Marie comme naissent tous les autres hommes, seule-
ment son âme était douée d'une sagesse supérieure. Au
401 — / Joan., iv.
moment de son baptême, le Christ ou le Fils de Dieu
était descendu en lui sous la forme d'une colombe et lui
avait donné le pouvoir de faire des miracles. Mais au
temps de la passion, le Christ s'était retiré de Jésus pour
retourner au Père. Ainsi, Jésus seul avait souffert, était
mort et était ressuscité ; car le Christ, pur esprit, était
incapable de souffrir. Cérinthe commença à dogmatiser
en Palestine et dans l'Asie-Mineure, vers l'an 88, sous le
règne de Domitien. (Bergier, Dict. théol.)
Ce mot solvit, Xt5e»., ne condamne pas seulement Cé-
rinthe, il frappe aussi Nestorius, comme le remarque fort
bien l'historien Socrate. Car Nestorius distinguait deux
personnes en Jésus-Christ, l'homme et le Dieu, le Christ
et le Verbe; et il soutenait, en conséquence, que l'on ne
devait pas appeler Marie, mère de Dieu, mais seulement
mère du Christ. On confondait l'hérésiarque en lui mon-
trant les anciens exemplaires de cette Epître qui por-
taient : Omnis spiritas qui solvit Jesum ex Deo non
est (\).
(1) Omnis spiritus qui solvit Jesum. Les exemplaires grecs varient.
Les uns donnent : -y.-; irvefyia h fiii bpokoyil tôv l/iiovv, omnis spiritus qui
non confitetur Jesum. D'autres manuscrits donnent : 7t«v irveû/ta o pi\
bpio\oy$i t£v 'LrflOÏtv h ra/SJtt ËkiikvQixct, omnis spiritus qui non confitetur
Jesum in came veaisse. Ces deux leçons paraissent des gloses margi-
nales, explicatives de )ûei, et de la marge elles seront passées dans le
texte. Nous ne doutons pas qu'il ne faille lire : t.v.j it+svpa b ïùst ràv
'bpsuv, omnis spiritus qui solvit Jesum. D'abord, c'est la leçon repro-
duite par saint Irénée (Hier., 1. III, c. xvi) et par Origène (in Matth.
interpr. 65). Saint Augustin réunit les deux leçons : Et omnis spiritus
qui solvit Jesum in carne venisse (in Epist. Joan. Tract, vi, 14). Et
ailleurs : Omnis qui solvit Jesum Christian et negat eum in carne ve-
nisse, non est ex Deo (Tract, vu, 2). Tertullien avait de même réuni la
double leçon (adv. Marcion., 1. V, c. xvi). Mais nous avons en outre un
témoignage décisif. L'historien Socrate déclare que lùu xbv 'I/.gg&v est
la leçon des anciens exemplaires, et il nous apprend que des héré-
tiques qui voulaient, comme Nestorius, séparer l'homme du Dieu dans
le Christ et en faire deux personnes, avaient gratté, enlevé ce passage
des anciens manuscrits : raùr^v tîjv ftAvotatv è< twv 7r«),sctwv ivrvypàfow
trc/sicftov. Le même historien rapporte qu'avant lui d'anciens interprètes
avaient déjà signalé cette corruption du texte sacré faite par les héré-
tiques (Socr., I. VII, <•. xxxn). Ainsi donc la sage critique ne permet
pas de rejeter la leçon Xbttt solvit, que lisait l'auteur de la Vulgate.
C'est la leçon primitive.
KIMIRES CATHOLIQUES 20
— 402 —
Ne pus accepter Jésus tout entier, comme Christ, comme
Dieu et comme homme, c'est être l'Antéchrist dont vous
avez entendu dire qu'il doit venir. Il est même venu ; car
il est déjà dans le monde. Et liic est Antichristus, de quo
audistis quoniam venit, et mine jam in manda est (1).
L'Antéchrist, qui doit venir à la fin des temps, est déjà
dans le monde. Sans doute, il n'y est pas en personne,
mais son esprit anime ses précurseurs (2).
4. Vos ex Deo estis, filioli, et vicistis eum , quoniam
major est qui in voôis est quam qui in mundo. « Vous,
mes chers enfants, vous êtes de Dieu; et vous avez vaincu
l'Antéchrist, parce que celui qui est en vous est plus
grand et plus fort que celui qui est dans le monde. »
Vicistis eu?n, vous avez vaincu l'Antéchrist et son
esprit d'erreur, de mensonge et de corruption. Mais
cette heureuse victoire, sachez- le bien, n'est pas due
à vos seules forces. Vous l'avez remportée par la grâce
du Saint-Esprit qui est en vous ; c'est lui aussi qui vous
maintiendra victorieux, car il est plus puissant que l'es-
prit d'erreur auquel obéit le monde. Quoniam major est
qui in voôis est, quam qui in mundo.
5. lpsi de mundo siint : ideo de mundo loquuntur, et
mundus eos audit. Ces hommes sont du monde ; c'est
pourquoi ils parlent des choses du monde selon l'esprit
du monde, et le monde les écoute. Le succès des héré-
sies est expliqué par cette parole. Ceux qui les inventent
et les propagent sont du monde : ils en ont l'orgueil et la
dépravation ; ils veulent légitimer leurs vices par leur
doctrine ; et les mondains, ravis de voir leurs propres
passions justifiées, écoutent ces faux prophètes et em-
brassent avec avidité leurs erreurs.
(1) Et hic est Antichristus. En grec, on lit : xal tov-cô imv ib rot/
*AvTtypicroi>, h dbugxâeere oti ëpxeuu, et hic est Antichristi sjoiritus, quem
spiritum audistis quoniam venit. Mais il est probable qu'au lieu de i,
il faut lire ©v, quem Antichristum, et traduire : « et c'est là l'esprit de
l'Antéchrist, duquel Antéchrist vous avez entendu dire qu'il vient. »
(2) Jean-Baptiste est de même appelé Elie dans l'Evangile, parce
qu'il précédait Notre-Seigneur avec l'esprit et la vertu d'Elie. (S. Matth.,
xi, 14 ; S. Luc, i, 17.)
— 403 — / Joan. , iv.
De tels discours ne sont tenus et écoutés que par ceux
qui aiment le monde, dit saint Augustin. Nec diciint ista,
nisi qui diligunt miindum ; neque audiuntur ista, nisi ab
his qui dilicjitnt mundum. (Tract, vu, 3.)
6. Nos ex Deo sumus. Saint Jean parle ici au nom des
Apôtres. Nous, dit-il, nous disciples de Jésus-Christ, for-
més par ses leçons et ses exemples, nous ne sommes pas
du monde, mais de Dieu. Nous vous annonçons l'Evangile
que nous avons reçu de sa bouche.
Qui novit Deum, audit nos ; qui non est ex Deo non
audit nos. In hoc cognoscimus Spiritum veritatis et spi-
ritum erroris. Nous sommes donc de Dieu. « Celui qui
connaît Dieu nous écoute ; celui qui n'est point de Dieu
ne nous écoute point. C'est par là que nous connaissons
l'Esprit de vérité, et que nous le discernons de l'esprit
d'erreur. »
Le monde se partage en deux races : l'une qui est de
Dieu, et l'autre qui est de Satan. La première est dirigée
dans ses croyances et dans ses actions par l'Esprit-Saint
qui habite en elle ; l'autre obéit à l'esprit du diable. Or,
celui qui reconnaît Dieu pour son maître et son père nous
écoute, parce que nous sommes les ministres de Dieu ; il
croit, il comprend, il accepte la doctrine que nous annon-
çons de la part de Dieu : audit nos. Mais celui qui n'est
pas de la race de Dieu ne nous écoute pas ; il contredit
et rejette nos paroles : non audit nos.
Qui novit Demn audit nos ; qui non est ex Deo non
audit nos. Voilà un texte qui confond tous les hérétiques,
Cérinthe, Arius, Nestorius, Luther. A quel signe recon-
naît-on l'esprit de vérité et l'esprit d'erreur ? Saint Jean
le dit clairement. Les enfants de Dieu, ceux qu'anime
l'Esprit de vérité, nous écoutent; et ceux qui ne sont pas
enfants de Dieu, ceux qui suivent l'esprit de mensonge,
ne nous écoutent pas. Nos désigne les Apôtres et leurs
successeurs légitimes. Le Pape et les évoques unis au
Pape sont la colonne inébranlable de la vérité, columna
et prmamentum veritatis. (I Tim., m, 15.) Cette règle a
été posée par Notre-Seigneur lui-même : « Celui qui
— 404 —
vous écoute m'écoute ; et celui qui vous méprise me mé-
prise », disait-il à ses Apôtres. (S. Luc, x, 16.)
Il est donc facile de distinguer l'enseignement divin de
la doctrine des démons. Ecoutez le Pape et les conciles ;
leur parole vient du Saint-Esprit, et ceux qui la contre-
disent obéissent aux esprits d'enfer.
C'est une chose remarquable que l'Eglise, dans tout le
cours des siècles, n'élève jamais la voix pour enseigner
aux peuples les vérités les plus certaines et les plus salu-
taires, sans que des voix s'élèvent contre la sienne. Voilà,
dit saint Jean, un signe qui nous fait distinguer l'Esprit
de vérité et l'esprit d'erreur ; l'Esprit de vérité rend les
hommes dociles à la parole de l'Eglise, et l'esprit d'er-
reur les entraîne dans la rébellion. In hoc cognoscimus
Spiritum veritatis et spiritum erroris.
Cognoscimus. Nous l'avons dit, ce ne sont pas seule-
ment les Apôtres et les chefs de l'Eglise qui peuvent con-
naître où est la vérité, où est l'erreur ; mais les simples
fidèles peuvent le savoir avec certitude. La vérité, c'est
ce qu'enseigne l'Eglise; l'erreur, c'est ce que l'Eglise
condamne.
7. Charissimi, diligamus nos invicem : quia charitas ex
Deo est. Et omnis qui diligit, ex Deo natas est, et cognos-
cit Denm. Un premier signe qui discerne les enfants de
Dieu des fils de Satan est la docilité à recevoir l'en-
seignement apostolique. Un second signe est la charité
fraternelle., Mes bien-aimés, dit saint Jean, nous qui
connaissons la vérité, nous qui sommes unis dans la
même foi, « aimons- nous les uns les autres ; car la cha-
rité est de Dieu, et tout homme qui aime est né de Dieu
et il connaît Dieu. »
Charitas ex Deo est. C'est de Dieu que vient la charité
aussi bien que la vérité. Sans la grâce, nous ne pouvons
aimer ni Dieu, ni les hommes, ni nous-mêmes, d'ui>amour
chrétien. L'amour naturel peut être innocent, comme
celui d'une mère pour son fils, mais ce n'est pas la cha-
rité; le Saint-Esprit seul la répand dans nos cœurs. C'est
pourquoi saint Jean dit, que tout homme qui aime d'un
— 405 — / Joan., îv.
amour de dilection ou de charité (-jt5cç o vfamiï»), est enfant
de Dieu. Omnis qui diligit, ex Deo natus est.
Il ajoute : Et cognoscit eum, « et celui-là connaît Dieu »
comme un fils connaît son père, qu'il aime et dont il est
aimé. Il connaît Dieu, car Dieu se manifeste à ceux qui l'ai-
ment, en les éclairant par une lumière intérieure; et cette
lumière les confirme dans la foi, dans l'espérance et dans
la charité, en même temps qu'elle les remplit de conso-
lation. Qui diligit me diligetur a Pâtre meo, et ego dili-
gam eum, et manifestabo ei me ipsum. (S. Joan., xiv, 21.)
8. Qui non diligit, non novit Deum, quoniam Deus cha-
ritas est. Selon sa méthode, saint Jean achève d'éclaircir
et de compléter son idée en la présentant sous la forme
négative. Il vient de dire : Tout homme qui aime connaît
Dieu. Maintenant il ajoute : Celui au contraire qui n'aime
pas ne connaît pas Dieu. Et il en donne la raison : Car
Dieu est la charité même; celui donc qui ne l'aime pas ne
le connaît pas, puisqu'on ne peut pas connaître la charité,
sans l'aimer ; et celui qui n'aime pas la charité n'aime
personne. — Quoniam Deus charitas est. Quand la charité
ne serait pas célébrée dans toutes les pages de cette Epî-
tre, quand même elle ne serait pas nommée ailleurs dans
les Ecritures, cette unique parole du Saint-Esprit suffi-
rait pour nous en montrer l'excellence, dit saint Augustin.
Dieu est charité. Il est la charité même, comme il est
la sagesse même, la puissance même, la vérité même. En
Dieu, qui est un être parfaitement simple, les attributs
ne sont pas en réalité (in ré) distingués de la substance.
Or, le Père est charité, le Fils est charité, et le Saint-
Esprit est charité ; tous les trois sont charité. Cependant
la charité est attribuée ici au Père, parce que sa charité
s'est manifestée en envoyant son Fils dans le monde pour
sauver le genre humain.
9. In hoc appariât charitas Deiin nobis, quoniam Filium
sinon unigenitum misit Deus in mundum, ut vivamus per
eum. Dieu est donc la charité ou l'amour substantiel : les
philosophes le prouvent ; mais nous n'avons pas besoin
d'étudier leurs raisonnements. Dieu nous a montré son
— 406 —
amour par une preuve manifeste : cette preuve, c'est qu'il
a envoyé du ciel en ce monde son Plis unique, afin que
nous vivions par lui.
Ut viva?nus per eum. Il est venu du ciel nous apporter
la vie de la grâce, qui est le gage de la vie éternelle. Car
si nous conservons sur la terre cette vie spirituelle, qui
nous unit à Dieu, nous la posséderons sans fin dans la
gloire. Saint Jean répète ici la parole queNotre-Seigneur
avait dite presque dans les mêmes termes : « Dieu a tant
aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que
tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais possède
la vie éternelle. » Sic Deus dilexit mundum, ut Fithtm
smnn itnigenitum daret; ut onwis qui crédit iu eum non
pereat. sed habeat vitam œternam. (S. Joan.. m, 16.)
10. In hoc est charitas : non quasi nos dilexerimus Deum,
sed quoniam ipse prior dilexit nos, et misit Filium suum
propitiationem pro peccatis nostris. Mais ce qui montre
encore mieux la grandeur de cet amour, c'est que nous
en étions indignes. Car ce n'est pas nous qui avons pré-
venu Dieu par notre obéissance et notre amour ; c'est
Dieu qui nous a aimés le premier, lorsque nous étions
pécheurs ; et il ne s'est pas contenté de nous envoyer son
Fils pour nous montrer la voie du salut : il nous l'a donné
comme une victime de propitiation pour effacer nos pé-
chés dans son sang. O mira circa nos tuas pietatis dirjna-
tio ! s'écrie l'Eglise. Ut sercum redimeres, Filium tradi-
disti! (Bened. cerei pasch.)
11. Charissimi, si sic Deus dilexit nos. et nos debemus
alterutrum diligere. « Mes bien-aimés, si Dieu nous a
aimés de cette sorte, nous devons aussi nous aimer les
uns les autres. » Que rendrons-nous à Dieu pour ses
bienfaits ? Il n'a pas besoin de nos sacrifices : depuis que
son Fils a été immolé pour nous sur la croix, il ne veut
plus qu'on égorge en son honneur des taureaux et des
béliers ; mais il nous ordonne d'aimer notre prochain, et
il regarde comme fait à lui-même ce que nous aurons
fait pour nos frères. Il veut qu'imitant l'exemple de
notre Père, nous aimions non seulement ceux qui nous
— 407 — / Joan., iv.
aiment et nous font du bien, mais encore nos ennemis et
nos persécuteurs.
Soyons les imitateurs de Dieu, comme étant ses enfants
bien-aimés, dit saint Paul. Soyons pleins de charité pour
nos frères,, comme Jésus-Christ nous a aimés et s'est
livré lui-même pour nous, en s'offrant à Dieu comme une
oblation et une victime d'agréable odeur (1).
12. Deum nemo vidit unquam, « jamais personne n'a
vu Dieu. » C'est un raisonnement commencé. L'Apôtre
voulait dire : Notre affection se porte naturellement vers
les choses sensibles, et difficilement vers celles qui échap-
pent à nos sens. D'où il résulte qu'il nous est difficile
d'aimer Dieu que nous ne voyons pas. Mais nous voyons
les hommes, et il nous est plus facile de les aimer. Saint
Jean éclaircira plus loin sa pensée en reprenant ce rai-
sonnement (v. 20). Il l'interrompt ici pour développer
l'idée qu'il vient d'émettre, savoir que nous devons nous
aimer les uns les autres. Il continue donc :
Si diligamas invicem, Deits in nobis ma?iet, et charitas
ejus in nobis perfecta est. Mais si nous nous aimons les
uns les autres, nous qui nous voyons les uns les autres,
Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous.
Là sont montrés deux effets de la charité fraternelle. Le
premier, c'est qu'elle attire Dieu dans nos cœurs ; le
second c'est que son amour est en nous parfait et accom-
pli f Charitas ejus in nobis perfecta est. L'amour de Dieu
pour le pécheur n'est pour ainsi dire qu'un amour com-
mencé. L'indignité du pécheur fait obstacle à ce que
l'amour de Dieu soit pleinement efficace. Mais lorsque le
pécheur aime vraiment le prochain, il est justifié par
sa charité; Dieu l'aime alors d'un amour parfait, con-
sommé, entier, et il habite en son cœur comme dans son
temple (2).
(1) Estote ergo imitatores Dei, sicut filii charissimi, et ambulate in
(lilrctioiie, sicut et Christus dilexit nos, et tradid.it szmetipstcm pro
nabi* oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis. (Eph., v, 1.)
(2) On peut entendre aussi par charitas ejus notre amour pour Dieu ;
il n'est parfait que lorsque nous aimons le prochain ; car l'amour du
prochain est le complément nécessaire de l'amour de Dieu.
— 408 —
13. Saint Jean confirme cette pensée en répétant la der-
nière parole du chapitre précédent : « Nous savons que
nous demeurons en Dieu et Dieu en nous, parce qu'il
nous a fait part de son Esprit. » Il répète donc : In hoc
cognoscimus quoniam in eo manemus, et ipse in nobis.
quoniam de Spiritu suo dédit nobis. Les dons excellents
que l'Esprit-Saint répand dans les cœurs des fidèles et
dans l'Eglise, indiquent, en effet, sa présence.
De Spiritu suo dédit. « Il nous a donné de son Esprit. »
Il nous a même donné son Esprit; car le Saint-Esprit
ne se divise, pas. L'Apôtre dit cependant qu'il nous a
donné de son Esprit ; car l'Esprit-Saint distribue en di-
verses mesures ses dons aux hommes. Divisiones gra-
tiarum sunt, idem antem Spiritus dividens singulis proat
vult. (I Cor., xn.)
De Spiritu suo dédit nobis. Voulons-nous savoir si le
Saint-Esprit habite en nous ? interrogeons notre cœur.
Si nous y trouvons la charité pour nos frères, soyons
sans inquiétude : nous possédons l'Esprit de Dieu. Car
saint Paul nous atteste que la charité a été répandue
dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné.
Ainsi raisonne saint Augustin. (Tr. v, 10.) lnterroga cor
tuum : si est ibi dilectio fratris, securus esto; quia Paulus
clamât : Charitas Dei diffusa est in cordibus nostris per
Spiritum sanctum, qui datus est nobis. (Rom., v, 5.)
14. Et nos vidimus et testificamur quoniam Pater misit
Filiiim sinon Salvatorem mundi. « Et nous, nous avons
vu, et nous en rendons témoignage, que le Père a envoyé
son Fils pour être le Sauveur du monde. »
Et nos. Tous les fidèles reconnaissent que Dieu nous
a donné le Saint-Esprit, car les prodiges qu'il opère dans
nos assemblées manifestent sa présence. Mais pour nous,
dit saint Jean, nous sommes les témoins spéciaux d'un
autre don admirable de Dieu. Nous, disciples de Jésus-
Christ, nous ses Apôtres, nous qui avons vécu avec lui
pendant plusieurs années, nous avons vu de nos yeux,
vidimus, nous avons acquis la certitude par un examen
sérieux et prolongé, 7EÔsày.s0a, que Dieu le Père a en-
— 409 — / Joan., iv.
voyé son Fils sur la terre pour être le Sauveur du
monde, et nous rendons témoignage de cette vérité, testi-
ficamar.
Et nos. Pour moi, le dernier survivant des Apôtres,
je l'atteste. Mais tous mes collègues du fond de leurs
tombeaux continuent de l'attester par le sang qu'ils ont
versé : et, tous ensemble, nous attesterons jusqu'à la fin
des siècles que Jésus est le Sauveur du monde : testifi-
camur Salvatorem miindi.
15. Quisquis confessus fuerit quoniam Jesns est Films
Dei, Deus in eo manet, et ipse in eo. « Tout homme qui
confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en
lui, et lui en Dieu. » C'est la conclusion de ce qui pré-
cède. En effet, puisqu'il est démontré par le témoignage
du Saint-Esprit et par le nôtre que Dieu le Père a en-
voyé Jésus, son Fils, pour être le Sauveur des hommes,
il s'ensuit que tous ceux qui croient en Jésus, Fils de
Dieu, sont sauvés. Or, le salut consiste dans l'union
avec Dieu, union commencée en cette vie, pour être con-
sommée dans l'éternité.
Saint Jean venait de dire que Dieu demeure en ceux
qui aiment leurs frères : Si diliqamus invicem, Deus in
nobis manet. Mais la vraie charité n'est point dans ceux
qui n'ont point la foi, comme les hérétiques qui préten-
dent que Jésus est simplement fils de Joseph et de Marie.
C'est pourquoi il a soin d'ajouter que Dieu demeure, par
sa présence et son amour, en celui qui croit et confesse
que Jésus est le Fils de Dieu.
Mais, d'un autre côté, il ne suffit pas de croire en Dieu
pour qu'il demeure en nous; il faut aussi l'aimer. C'est
ce qu'il ajoute.
10. Et nos cognovimus, et credidimus charitati quant
habet Deus in nobis. Et nous tous chrétiens, nous Apô-
tres et vous fidèles, nous avons connu la charité que
Dieu a pour les hommes, et nous avons cru à cette
charité. Chose étrange î les hommes ont une peine in-
finie à croire à l'amour d'un Dieu pour eux; c'est même
de cette difficulté que viennent la plupart des hérésies.
— 410 —
Les Juifs ne pouvaient croire qu'un Dieu eût été ouvrier
dans l'atelier d'un charpentier de Nazareth. Cérinthe et
Arius ne pouvaient croire qu'un Dieu fût mort pour les
hommes. Calvin refusait de croire qu'un Dieu voulût
devenir lui -môme la nourriture des hommes dans le pain
eucharistique. Mais nous, nous avons reconnu l'immense
charité que Dieu a pour nous, et nous avons cru à cet
amour sur des preuves certaines. Et nos cognovimus et
credidimus charitati quant habet Dens in nobis.
Deus charitas est. L'Apôtre exprime la cause pour la-
quelle nous croyons à l'amour de Dieu pour les hommes,
c'est qu'en effet, « Dieu est amour. » De là, il tire cette
conclusion : h Celui qui demeure dans l'amour demeure
en Dieu, et Dieu en lui », puisque Dieu et l'amour sub-
stantiel sont une même chose : Et qui manet in charitate
in Deo manet, et Deus in eo.
Il est en nous, nous sommes en lui : expressions qui
marquent l'union du juste avec Dieu. Si vous aimez Dieu
et le prochain, Dieu entre en votre cœur, il réside en
votre âme et il se complaît en vous. Car le propre de
l'amour est d'unir intimement celui qui aime à celui qui
est aimé.
Saint Jean, entièrement occupé de l'amour de Dieu et
du prochain, tourne, retourne, répète les mêmes idées.
Du Père qui nous a aimés, il vient au Christ; du Christ,
à la charité mutuelle ; de la charité, il retourne à Dieu,
au Christ, au Saint-Esprit, et conclut toujours : Aimons
Dieu, aimons-nous les uns les autres.
17. In hoc perfecta est charitas Deinobiscum {!), ut fidu-
ciam habeamus in die judicii. « La charité de Dieu a été
parfaite à notre égard, afin que nous soyons pleins de
(1) On lit dans le grec : h toî/tw Tsreîsiuzcu r> àystnn //£0'vj,uwv, in hoc
perfecta est charitas nobiscum. Le mot Dei, qui manque dans le grec
et ne se trouve pas non plus dans de bons exemplaires de la Vidgate,
ni dans saint Augustin, est peut-être une glose ; mais elle est bonne :
car elle donne un sens heureux à ce passage difficile. — Remarquons
aussi que le mot perfecta n'est pas ici un adjectif, mais un participe
qui veut dire : La charité a été consommée ou portée au degré suprême
a notre égard.
— 411 — / Joan., iv.
confiance pour le jour du jugement. » L'Apôtre veut dire
que Dieu a manifesté son amour pour nous par des effets
si admirables, que cet amour doit nous inspirer une
grande confiance pour le jour où nous paraîtrons devant
son tribunal. Puisqu'il nous a tant aimés, croyons qu'il
ne veut pas nous condamner. Il nous jugera, mais nous
devons attendre son jugement avec un bon espoir.
Cette confiance n'est point une présomption, car elle
est encore fondée sur un autre motif très solide. « C'est
que nous sommes en ce monde tels que Dieu est lui-
même. » Quia sicut Me est, et nos sumus in hoc mundo.
Cette parole s'entend de la charité. En effet, Jésus-Christ
nous a dit : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui
vous persécutent, afin d'être les vrais enfants de votre
Père céleste qui fait luire son soleil sur les bons et sur
les méchants, et qui répand la pluie sur les justes et les
injustes. (S. Matth., v, 45.) Si donc nous aimons nos
ennemis, si nous leur souhaitons du bien, si nous prions
pour ceux qui nous persécutent, nous imitons la charité
de notre Père céleste; et notre Père céleste, nous voyant
semblables à lui, ne nous condamnera pas.
Ut fiduciam habeamus. Cette confiance en notre Juge,
si nous ne l'avons pas encore, faisons tous nos efforts
pour l'acquérir. Le moyen d'y parvenir, c'est de croître
dans la charité jusqu'à ce que notre conscience nous rende
un bon témoignage, et que nous puissions dire à Jésus-
Christ comme saint Pierre : Seigneur, vous savez que je
vous aime et que j'aime mon prochain.
18. Timor non est in cJiaritate ; sed perfecta charitas
foras mittit timorcm : quoniam timor pœnam habet ; qui
autan fi///et non est perfectus in charitate. En effet, con-
tinue saint Jean, la crainte ne se trouve point dans la
charité ; mais la charité, quand elle est parfaite, chasse
la crainte. On ne tremble pas devant celui qu'on aime
de tout son cœur. Car la crainte renferme la vue d'une
peine ; et celui qui craint une peine, celui qui se dirige
par la frayeur d'un châtiment, n'est point parfait dans la
charité. Cependant la crainte du Seigneur est bonne puis-
— 412 —
qu'elle est le commencement de la sagesse, mais elle n'en
est pas la perfection.
Timor pœnam habet, b^6^; xôAasiv l/v.. La crainte envi-
sage une peine, un châtiment. Le mot x&anc veut dire
punition. L'Apôtre désigne donc un serviteur négligent
ou infidèle qui redoute un châtiment de la part de son
maître, ou un coupable qu'effraie la sévérité de son juge.
L'amour parfait exclut cette terreur. Néanmoins, les
justes mêmes ne sont pas sans crainte ; car nul ne sait
s'il est digne d'amour ou de haine. C'est pourquoi le
saint roi David disait : « Seigneur, transpercez mes
chairs de votre crainte, car je crains vos jugements. »
Confige timoré tuo carnes meas : a judiciis enim luis
timiii. (Ps. oxviii.)
Ecoutons saint Augustin expliquer cette doctrine im-
portante : « La crainte n'est pas dans la charité. » De
quelle charité parle l'Apôtre ? Ce n'est pas de la charité
commencée, mais de la charité parfaite ; car il ajoute :
« La charité parfaite met dehors la crainte. » Que la
crainte commence donc ; car la crainte du Seigneur est
le commencement de la sagesse. La crainte prépare pour
ainsi dire l'entrée à la charité ; mais quand la charité
habite un cœur, la crainte qui lui avait préparé la
place en est éliminée. A mesure que la charité croît,
la crainte décroît. Plus la charité pénètre dans le cœur,
plus la crainte s'en éloigne. Mais, sans la crainte, la cha-
rité n'entrerait pas. C'est ce que fait comprendre une
comparaison vulgaire. Ainsi, dit-il, lorsque l'on coud une
étoffe, le filest introduit par l'aiguille : l'aiguille entre la
première ; mais, si elle ne sortait pas, le fil n'entrerait
pas. De même, la crainte entre d'abord dans l'âme, mais
elle n'y reste pas; car elle n'y entre que pour y introduire
la charité. » (Tract, ix, 4.)
19. Nos ergo diligamus Deu?n, quoniam Deus prior di-
lexit nos. Il conclut tout son discours par cette belle
parole qui sort de son cœur : « Aimons donc Dieu. » Et il
en ajoute le motif : « Aimons Dieu, parce qu'il nous a
aimés le premier. » Il est désolant de voir Dieu aimer les
— 413 — / Joan., rv.
hommes, et ne pas en être aimé. Nous, du moins, aimons-
le : nos diligamus.
Prior dilexitnos. Nous ne l'aurions jamais aimé s'il ne
nous avait pas aimés le premier. C'est en nous aimant
quand nous ne l'aimions pas, qu'il nous a donné la grâce
de l'aimer. Prior dilexit nos, et donavit nobis ut dilige-
remus eum. (S. Aug. Tr. ix, 9.)
Prior dilexit nos. Quoi ! Dieu aime donc les pécheurs ?
Certainement : il les aime pour en faire des saints; et s'il
n'en fait pas des saints, c'est qu'ils ne le veulent pas.
Dilexit impios, ut faceret pios; dilexit injustos, ut faceret
justos ; dilexit œgrotos, ut faceret sanos. (Ibid., 10.)
11 faut donc aimer Dieu ; mais, encore une fois, ne
séparons pas l'amour de Dieu de l'amour du prochain.
20. Si guis dixeril quoniam diligo Deum., et fratrem
suxnn oderit, mendax est. « Car, si quelqu'un dit qu'il aime
Dieu et ne laisse pas de haïr son frère, il est menteur. »
Saint Jean le prouve en reprenant le raisonnement qu'il
avait commencé plus haut (v. 12). « En effet, dit-il, celui
qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut il aimer
Dieu qu'il ne voit pas ? » Qui enim non diligit fratrem
suum gitem videt, Deum quem non videt, quomodo potest
diligere? Le raisonnement est juste, puisqu'il est plus
facile d'aimer ce que l'on voit que ce que l'on ne voit pas.
Nous pouvons cependant aimer Dieu sans le voir, parce
que nous le connaissons du moins par notre raison, en
voyant reluire sa puissance, sa sagesse, sa bonté dans
ses œuvres ; nous le connaissons mieux encore par la foi, de*
puis que le Fils, qui est dans le sein du Père, nous a ra-
conté ses infinies perfections. Deum nemo vidit unquam:
l'nigenitus Dei Filius qui est in sinu Patris, ipse enar-
ravit. (S. Joann., i, 18.) Enfin, nous le sentons au fond
de nos cœurs, surtout lorsqu'il y descend dans la sainte
communion.
21. Et hoc mandatum habemus a Deo : Ut qui diligit
Dcwn, diligat et fratrem suum. C'est de Dieu même que
nous avons reçu ce commandement : Quiconque aime Dieu
doit aussi aimer son frère ; car toute la loi se résume er*
— il4 —
ces deux préceptes : in his duobiis mandatis universa lex
pende t et prophetœ. (S. Matth., xxu, 40.)
Ne croyons donc pas que nous puissions aimer Dieu
sans aimer nos frères, puisqu'il est impossible d'aimer
Dieu en violant sa loi. Quomodo diligis eum cujus odisti
prœceptwn? nous dit saint Augustin. (Tract, ix, 11.)
— 415
CHAPITRE CINQUIÈME
ANALYSE
1. Saint Jean donne une nouvelle raison d'aimer le prochain :
c'est notre naissance divine. Car celui qui croit en Jésus-Christ
est enfant de Dieu. Or, un enfant de Dieu, s'il aime Dieu son
Père, aime aussi ceux qui sont enfants de Dieu comme lui.
Nous devons donc aimer nos frères (1-2).
2. De la foi en Jésus-Christ, saint Jean tire une autre con-
clusion. Celui qui croit en Jésus -Christ est vainqueur du
monde, et il possède la vie éternelle. Or, nous devons croire
en Jésus-Christ. Car nous savons par un témoignage certain
qu'il est le Fils de Dieu. En effet, il y a trois témoins au ciel
et trois témoins sur la terre qui attestent sa divinité. Celui qui
croit à ce témoignage infaillible, possède la vie éternelle. Car
Dieu donne la vie éternelle à celui qui croit en son Fils (4-13).
3. De là saint Jean revient encore à la charité fraternelle,
pour nous montrer la plus excellente manière de l'exercer.
Nous savons, dit-il. que Dieu nous exauce en toutes nos
prières qui sont conformes à sa volonté. Si donc un de nos
frères commet un de ces péchés qui ne vont pas à la mort,
prions pour lui et il sera sauvé (14-17).
4. Enfin, notre qualité de chrétiens doit nous inspirer une
grande confiance en Dieu. Car quoique le monde entier soit
sous l'empire du démon, notre naissance divine nous préser-
vera du péché et nous assurera la vie éternelle.
5. Mais gardons-nous des idoles.
1. Omnis qui crédit quoniam 1. Tout homme qui croit que
Jésus est Christus, ex Deo na- Jésus est le Christ, est né de Dieu ;
ta* est. Et omnis qui diligit et quiconque aime celui qui a en-
•Um qui genuit, diligit et eum gendre aime aussi celui qui est né
qui natus est ex eo. de lui.
— 416 —
2. Nous connaissons que nous ai-
mons les enfants de Dieu, quand
nous aimons Dieu et que nous gar-
dons ses commandements.
3. Car notre amour pour Dieu
consiste à garder ses commande-
ments ; et ses commandements ne
sont point pénibles ;
4. parce que tous ceux qui sont nés
de Dieu sont vainqueurs du monde;
et cette victoire qui triomphe du
monde, c'est notre foi qui la remporte.
5. Quel est le vainqueur du monde,
sinon celui qui croit que Jésus est
lé Fils de Dieu ? '
6. C'est le même Jésus-Christ, qui
est venu avec l'eau et avec le sang ;
non seulement avec l'eau, mais avec
l'eau et avec le sang. Et c'est l'Esprit
qui rend témoignage que le Christ
est la vérité.
7. Car il y en a trois qui rendent
témoignage dans le ciel, le Père, le
Verbe et le Saint-Esprit ; et ces
trois sont une même chose.
8. Et il y en a trois qui rendent
témoignage sur la terre : l'esprit,
l'eau et le sang ; et ces trois sont
une même chose.
9. Si nous recevons le témoignage
des hommes, le témoignage de Dieu
est plus grand. Or, c'est Dieu même
qui a rendu, touchant son Fils, ce
témoignage plus grand.
10. Celui qui croit au Fils de
Dieu, a dans lui-même le témoi-
gnage de Dieu. Celui qui ne croit
pas au Fils fait' Dieu menteur, parce
qu'il ne croit pas au témoignage
que Dieu a rendu de son Fils.
11. Et ce témoignage est que
Dieu nous a donné la vie éternelle ;
et cette vie est en son Fils.
12. Celui qui a le Fils a la vie ;
celui qui n'a point le Fils n'a point
la vie.
' 13. Je vous écris ces choses, afin
que vous sachiez que vous avez la
vie éternelle, vous qui croyez au
nom du Fils de Dieu.
2. In hoc cognoscimus quo
niam diligimus natos Dei, quum
Deuni diligamus, et mandata
ejus faciamvs.
3. Hœc est enhn char it as Dei,
ut mandata ejus custodiamus :
et mandata ejus gravia non
sunt.
4. Quoniam omne quod na-
tion est ex Deo, vincit mundum :
et hœc est Victoria quœ vincit
mundum, /ides nostra.
5. Quis est qui vincit. mun-
dum, nisi qui crédit quoniam
Jésus est Filius Dei ?
6. Hic est quivenitper aquam
et sanguinem, Jésus Christus,
non in aqua solum, sed in aqua
et sanguine. Et Spiritus est qui
testificatur quoniam Christus
est veritas.
7. Quoniam très sunt qui tes-
timonium dant in cœlo : Pater,
Verbum, et Spiritus sanctus ;
et hi très unum sunt.
8. Et très sunt qui testimo-
nium dant in terra ; spiritus,
et aqua, et sanguis ; et hi très
unum sunt.
9. Si testimonium hominum
accipimus, testimonium Dei ma-
jus est : quoniam hoc est testi-
monium Dei, quod majus est,
quoniam testificatus est de Filio
suo.
10. Qui crédit in Filium Dei,
habet testimonium Dei in se.
Qui non crédit Filio, mendacem
facit eum, quia non crédit in
testimonium quod testificatus
est Deus de Filio suo.
11. Et hoc est testimonium,
quoniam vitam œternam dédit
nobis Deus. Et hœc vita in Fi-
lio ejus est.
12. Qui habet Filium, habet
vitam ; qui non habet Filium,
vitam non habet.
13. Hœc scribo vobis, ut sciât is
quoniam vitam habetis œter-
nam, qui creditis in nomine
F ilii Dei.
417 -
/ Joan.f v.
14. Et hœc est fiducia quant
habemus ad eum : quia quod-
cumque petierimus secundum
voluntatem ejus, audit nos.
15. Et scimus quia audit nos
quidquid petierimus : scimus
quoniam habemus petitiones
qaas postulamus ab eo.
16. Qui scit frai rem suum
peccare peccatum non ad mor-
tem, pet ut, et dabitur ei vita
peccanti non ad mortem. Est
peccatum ad mortem : non pro
illo dico ut roget quis.
17. Omnis iniquitas peccatum
est ; et est peccatum ad mortem,
18. Scimus quia omnis qui
natus est ex Deo, non peccat :
sed generatio Dei conservât eum,
et malignus non tangit eu.ni.
19. Scimus quoniam ex Deo
sumus ; et mundus totus in ma-
ligno positifs est.
20. Et sci7mis quoniam Filins
Dei venit, et dédit nobis sensum
ut cognoscamus verum Dev,,i,
et si mus in vero Filio ejus.
Hic est verus Deus et vita œterna.
21. Filioli, custodite vos a
nmulacris. Amen.
14. Et ce qui nous donne de la
confiance devant Dieu, c'est qu'il
nous exauce en tout ce que nous
lui demandons de conforme h sa
volonté.
15. Car nous savons qu'il nous
exauce en tout ce que nous lui de-
mandons ; et nous le savons, parce
que nous avons déjà reçu l'effet des
demandes que nous lui avons faites.
16. Si quelqu'un sait que son frère
commet un péché qui ne va point
à la mort, qu'il prie, et la vie sera
donnée à ce frère dont le péché ne
va point à la mort. Mais il y a un
péché qui va à la mort : je ne dis
pas qu'on doive prier pour celui-là.
17. Tout ce qui est injuste est
péché ; mais il y a un péché qui va
à la mort.
18. Nous savons que quiconque
est né de Dieu ne pèche point ; mais
la naissance qu'il a reçue de Dieu
le conserve, et l'esprit mauvais ne
lui touche point.
VJ. Nous savons que nous sommes
de Dieu, et que le monde entier est
sous l'empire du mauvais.
20. Et nous savons aussi que le
Fils de Dieu est venu, et qu'il nous
a donné l'intelligence pour connaître
le vrai Dieu, et pour que nous soyons
en son vrai Fils. C'est lui qui est le
vrai Dieu et la vie éternelle.
21. Mes petits enfants, gardez-
vous des idoles. Amen.
COMMENTAIRE
1. Omnis qui crédit quoniam Jésus est Chrisius, ex Deo
nain* est. Tout homme qui croit que Jésus est le Christ.
est né de Dieu. Saint Jean continue de nous exhorter à
la charité fraternelle. Il vient de dire que c'est le com-
mandement du Seigneur, maintenant il ajoute une nou-
velle raison : savoir que tous les chrétiens sont enfants
de Dieu.
1IT1UES CATHOLIQUES
27
— 418 —
Aucun des Apôtres n'a autant insisté, que saint Jean,
sur l'idée que le chrétien est né de Dieu par une géné-
ration spirituelle. C'est une des premières vérités qu'il
énonce dans son Evangile, où il dit : « Le Christ a donné
la puissance de devenir enfants de Dieu à tous ceux qui
croient en son nom ; et ceux-Là ne tirent pas leur géné-
ration de la volonté de la chair, mais ils naissent de
Dieu », sed ex Deo nati sant. La même idée revient
souvent dans cette Epître. C'est qu'en effet le titre d'en-
fants de Dieu n'est pas seulement une gloire incompa-
rable : il nous impose des devoirs, et il nous donne la
force de les accomplir.
Et omnis qui diligit eum qui genuit, diligit et eum qui
?iatus est ex eo. Il tire de cette naissance divine l'obliga-
tion d'aimer nos frères dans la foi. Car, dit-il, quiconque
aime le père qui a engendré, aime aussi le fils qui est né
de lui. Nous ne pouvons donc aimer Dieu sans aimer
tous les chrétiens qui sont nés de Dieu ; nous le devons,
parce que nous sommes tous des frères ayant un père
commun dans l'ordre de la grâce. Nous n'excluons pas
de notre amour ceux qui ne sont pas encore nos frères
en Jésus-Christ ; nous les aimons afin qu'ils le devien-
nent ; car la génération chrétienne est offerte à tous les
hommes. S'ils le veulent, tous ont la puissance de deve-
nir enfants de Dieu : Dédit eis potestatem filios Dei fîeri.
2. In hoc cognoscimus quoniam diligimus natos Dei,
quum Deum diligamus, et mandata ejus faciamus. « Il
y a un signe auquel nous connaissons que nous aimons
les enfants de Dieu : c'est lorsque nous aimons Dieu et
que nous accomplissons ses commandements. » Sans
doute, nous savons bien si nous aimons une personne
d'une affection naturelle : notre cœur nous le dit. Mais
il n'est pas aussi facile de reconnaître si nous aimons
nos parents et nos amis d'un amour surnaturel. Les
aimons-nous comme des enfants de Dieu, natos Dei? Si
nous aimons Dieu et si nous accomplissons ses com-
mandements, rassurons nos consciences : nous aimons
aussi le prochain du saint amour que Dieu demande.
— 419 — / Joan., v.
L'Apôtre disait tout à l'heure : celui qui n'aime pas le
prochain, n'aime pas Dieu (îv, 20). Maintenant il retourne
la pensée et dit: celui qui aime Dieu, aime le prochain.
C'est qu'en effet ces deux amours sont inséparables.
3. Hœc est enim charitas Dei, ut mandata ejus custo-
diamus. Voilà encore une parole que saint Jean ne se
lasse pas de répéter, après Notre - Seigneur : L'amour
que nous avons pour Dieu consiste à observer ses com-
mandements. Si vous craignez d'offenser Dieu parce
qu'il est bon, la charité règne en votre cœur; si vous
voulez sincèrement ce que Dieu veut, vous aimez Dieu
et Dieu vous aime.
Et mandata ejns gravia non sunt. « Et ses comman-
dements ne sont point pénibles. » Ils ne sont un joug et
un fardeau pesant que pour une âme esclave du péché ;
mais lorsqu'on aime Dieu, son joug est doux et son far-
deau est léger, dit le Seigneur. Jngnm enim menm suave
est, et onus menm levé. L'amour adoucit, en effet, toutes
les peines, et l'on aime les peines mêmes que l'on souffre
pour celui qu'on aime. Aussi, le Prophète disait-il : Sei-
gneur, j'ai couru dans la voie de vos commandements,
lorsque vous avez dilaté mon cœur. (Ps. cxvm.)
Ce texte de saint Jean, mandata ejus gravia non sunt,
réfute la première proposition de Jansénius ainsi conçue :
* Il y a des commandements de Dieu impossibles aux
justes, et la grâce leur manque pour les accomplir. »
Puisque les commandements de Dieu ne sont pas péni-
bles, à plus forte raison ils ne sont pas impossibles (1).
4. Quoniam omne quod natum est ex Deo, vincit mun-
dum ; et liane est Victoria quse vincit mundum, fides nostra.
« Car, tous ceux qui sont nés de Dieu trouvent dans
cette naissance une force qui les rend victorieux du
monde ; et cette victoire qui triomphe du monde, nous
la devons à notre foi, c'est elle qui la remporte. »
(1) Si (pas dixerit Dei prœcepta homini etiam justificato et sub
gratta cunstituto, esse ad observandum ùnpossibilia, anathema sit.
(Conc. Trid. Sess. IV, c. xvin.) — Deus im)>ossibilia non jubet, dit
saint Augustin, sed jubendo raonet, et facere quod possis, et peterc
d iion possis, et adjurât ut possis.
— 420 —
Selon une loi de la nature, un fils ressemble à son
père ; il hérite de sa vigueur. Fortes creantur fortibus
et bonis, disait le poète. Il en est de même dans la géné-
ration spirituelle. 11 y a plus que de l'homme, il y a du
divin dans un chrétien baptisé. La foi et le sacrement
l'élèvent au-dessus de la nature; son intelligence est
éclairée d'une lumière céleste qui lui montre la vérité
avec une pleine certitude, et sa volonté est en même
temps fortifiée dans l'amour du bien et dans la haine du
mal. Une vertu divine le fait triompher du monde. Or,
cette heureuse victoire, il la puise dans la foi qui l'a
rendu enfant de Dieu. C'est la foi qui donne une force
héroïque aux martyrs, et une pureté angélique aux
vierges; c'est par la foi, dit saint Paul, que les saints
ont vaincu toute la puissance des maîtres du monde,
opéré les œuvres de la justice et conquis les promesses.
(Hébr., xi, 33.)
5. Qais est qui vincit mundum, nisi qui crédit quoniam
Jésus est Filius Dei? En effet, « quel est celui qui est
victorieux du monde, sinon celui qui croit fermement
que Jésus est le Fils de Dieu ? » Jésus protège celui qui
croit en lui, et avec ce secours divin l'on triomphe du
monde et de ses menaces. Quand saint Jean écrivait cette
parole, toute la puissance de l'Empire Romain échouait
devant un chrétien qui faisait le signe de la croix. Du
bûcher, il montait au ciel.
L'Apôtre va maintenant prouver que notre foi en
Jésus-Christ, Fils de Dieu, repose sur un fondement
inébranlable.
6. Hic est qui venit per aquam et sanguinem, Jésus
Christus ; non in aqua solum, sed in aqua et sanguine.
Et Spiritns est qui testificatur quoniam Christus est Veri-
tas (1). — 7. Quoniam très sunt qui teslimonium dant
in cœlo : Pater, Verbum, et Spiritns sanctus ; et Jii très
(1) Spiritus est qui testificatur, quoniam Christus est veritas. En
grec, au lieu de Christus, on lit rb irseû/jM, Spiritus, et le sens est :
» L'Esprit rend témoignage » à la divinité du Christ, et cela lui appar-
tient, « parce que l'Esprit est la vérité. »
— 421 — / Joan., v.
unum sunt. — 8. Et très sunt qui testimonium dant in
terra : spiritus, et aqua, et sanguis ; et hi très unum
sunt.
« C'est lui, en effet, c'est ce même Jésus-Christ qui est
venu avec l'eau et avec le sang; je dis non seulement
avec l'eau, mais avec l'eau et avec le sang. Et c'est
l'Esprit qui rend témoignage que le Christ est la vérité »,
c'est-à-dire véritable en toutes ses paroles. — « Car, il y
en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père,
le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois sont une seule
chose. — « Et il y en a trois qui rendent témoignage sur
la terre : l'esprit, l'eau et le sang ; et ces trois sont une
seule chose. »
L'Apôtre continue : « Si nous recevons le témoignage
des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Or,
c'est Dieu même qui a rendu témoignage de son Fils.
Ainsi celui qui croit au Fils de Dieu a pour lui le témoi-
gnage de Dieu : celui qui ne croit pas au Fils de Dieu fait
Dieu menteur, parce qu'il ne croit pas au témoignage que
Dieu même a rendu de son Fils. Or ce témoignage nous
assure que Dieu nous a donné la vie éternelle, car c'est
dans son Fils que se trouve cette vie. Celui donc qui a le
Fils a la vie, et celui qui n'a point le Fils n'a point la vie.
Je vous écris ceci afin que vous sachiez bien que vous
avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils
de Dieu. »
Comme ce qui précède et ce qui suit les trois versets
6, 7 et 8, peut aider à les mieux entendre, nous avons
donné d'abord tout le morceau auquel ils se rattachent.
En lisant attentivement ce passage l'on voit s'en dé-
gager la pensée suivante : Le moyen de posséder la vie
éternelle est de croire en Jésus-Christ, Fils de Dieu. Car
celui qui croit fermement que Jésus-Christ est le Fils
de Dieu triomphe du monde. Sa foi le rend invincible,
et rien ne peut l'empêcher d'acquérir la vie éternelle,
comme le dit saint Paul. Sancti per fidem vicerunt
régna, operati sunt justitiam, adepti sirnt repromissiones.
(Hebr., xi, 23.)
— 422 —
Telle est la proposition que saint Jean veut établir pour
fortilier les fidèles et pour confondre les hérétiques.
Il faut, dit il, croire en Jésus Fils de Dieu pour triom-
pher du monde. Qais est qui vincit mundum, nisi qui
crédit quoniam Jésus est Filius Dei? Mais comment savons-
nous qu'il est le Fils de Dieu? Saint Jean nous l'enseigne
en nous présentant des témoignages qui ne peuvent nous
tromper.
I. Ce sont d'abord les trois personnes de la sainte Tri-
nité. Car premièrement, le Père a déclaré du haut du
ciel, sur les rives du Jourdain et sur le Thabor, que
Jésus était son Fils bien-aimé : Hic est Filius meus
dilectus, in quo mihi bene complacui. Ipsum audite. (S.
Matth., xvn, 5; S. Marc, ix, 6; S. Luc, ix, 35.)
Secondement, le Verbe fait homme s'est rendu témoi-
gnage, comme la lumière s'atteste elle-même en se mani-
festant. Ego sum qui testimonium perhibeo de me ipso,
dit-il, et testimonium perhibet de me qui misit me Pater.
(S. Joan., vii, 18.) Il a déclaré formellement devant ses
Apôtres, devant le Grand Prêtre et devant le Conseil des
Juifs, qu'il était le Fils de Dieu. C'est pour cela qu'ils
l'ont condamné à mort comme blasphémateur et qu'ils
l'ont livré à Pilate. Secundum legem débet mori, quia
Filium Dei se fecit. (S. Joan., xix, 7 : S. Matth., xvi, 17,
et xxvi, 64.) Enfin il s'est lui-même ressuscité et il s'est
élevé dans les cieux à la vue de tous ses disciples, après
avoir prouvé sa divinité par ses œuvres : Ipsa opéra quœ
ego facio testimonium perhibent de me. (S. Joan., vi, 36.)
Troisièmement, le Saint-Esprit a rendu témoignage en
descendant sur Jésus en forme de colombe, comme le
rapporte l'Evangile. (S. Matth., m, 16; S. Marc, i, 10;
S. Luc, m, 22.) Or saint Jean-Baptiste affirme que cette
colombe est le Saint-Esprit : Vidi Spiritum descendentem
quasi columbam de cœlo, et mansit super eum. (S. Joan.,
i, 32.) Et le saint prophète ajoute qu'il lui a été révélé du
Ciel que celui sur qui il verrait descendre le Saint-Esprit
est le Fils de Dieu. Qui misit me baptizare in aqua, ille
mihi dixit : Super quem videris Spiritum descendentem
— 423 — / Joan., v.
et manentem super eum, hic est qui baptizat in Spiritu
sancto. Et ego vidi et testimonium perhibui quia hic est
Filius Dei.
Mais le témoignage le plus éclatant rendu par le Saint-
Esprit, ce fut le jour de la Pentecôte. Il descendit sur le
Cénacle avec le bruit d'un vent impétueux, qui émut toute
la ville de Jérusalem, et il apparut en langues de feu sur
les disciples de Jésus, qui, subitement transformés en
d'autres hommes, louaient Dieu dans toutes les langues
de l'univers, et déclaraient que Jésus était le Christ et le
Seigneur, en présence de milliers de Juifs accourus à ce
spectacle.
Voilà trois témoignages qui viennent du ciel et qui
n'en font qu'un, parce que ces trois témoins attestent
une même chose, savoir que Jésus est le Fils de Dieu.
Très sunt qui testimonium dant in cœlo, et hi très unum
sunt.
Selon ce premier sens, les mots très unum sunt veulent
dire que les trois témoins du ciel rendent au Christ un
même témoignage, unum testimonium. Mais il y a un
sens plus profond, donné à cette parole dès les pre-
miers siècles et adopté par tous les théologiens catho-
liques. Le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, qui habitent
au haut des cieux, sont trois personnes, très sunt in cœ!o,
et ces trois personnes sont une seule chose, un seul Dieu
par leur nature, très unum sunt. D'où il suit que le Verbe,
qui s'est incarné et se nomme Jésus-Christ, est vrai Fils
de Dieu et vrai Dieu par sa nature, qui lui est commune
avec le Père et le Saint-Esprit.
II. A ces trois témoignages célestes, entendus et rap-
portés par les disciples de Jésus, comme par les foules
de la Judée, de la Galilée et de Jérusalem, l'Apôtre ajoute
que la divinité de Jésus est encore prouvée par trois
témoins qui lui rendent témoignage sur la terre, savoir
l'esprit, l'eau et le sang.
Cet endroit est difficile à entendre. Aussi les commen-
taires abondent et se partagent. Essayons d'y faire péné
trer un peu de lumière.
— 424 —
Nous ferons d'abord remarquer que le verset Ge se lie
intimement au 8e, qui semble n'en être que la répétition et
le complément. Au verset 6e saint Jean commençait à prou-
ver la divinité de Jésus-Christ par l'eau et par le sang, et
il ajoutait : « L'Esprit atteste aussi que le Christ est la
vérité. » Mais avant d'achever cette preuve, tout à coup
il s'est élevé de la terre et nous a montré dans le ciel
trois témoins qui publient la divinité du Christ. Le Père,
le Fils et le Saint-Esprit rendent témoignage au fils de
David, à Jésus de Nazareth. Puis, quittant les cieux, il
revient aux témoins de la terre, dont il parlait d'abord.
Ce sont trois témoins dont la voix se fait toujours enten-
dre et se prolonge jusqu'à la fin des siècles.
Comment donc l'esprit, l'eau et le sang rendent-ils
témoignage au Christ sur la terre? Et comment prou-
vent-ils aux hommes que Jésus est le Fils de Dieu? C'est
ce que nous allons voir.
Témoignage de l'esprit. Le prophète David avait an-
noncé que l'Esprit de Dieu, envoyé du ciel, créerait un
nouveau monde et renouvellerait la face de la terre :
Emittes Spiritum tuum, et creaôuntur, et renovabis faciem
terrœ. (Ps. cm.) Jésus avait de même promis l'Esprit-
Saint en disant : « Je prierai mon Père, et il vous enverra
un autre Consolateur, qui demeurera avec vous toujours,
l'Esprit de vérité qui demeurera chez vous et sera en
vous. (S. Joan, xiv, 16.) Il ajoutait formellement: « Lorsque
viendra le Consolateur que je vous enverrai de chez le
Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra
témoignage de moi. » (S. Joan., xv, 26.)
Or, l'Esprit-Saint est venu sur la terre et il a rendu
témoignage au Christ dans les premiers temps de l'Eglise
par les grands prodiges qu'il opérait quand il remplissait
les fidèles. Le don de prophétie, le don des langues, le
don de guérir les malades, le don des miracles étaient
communs dans l'Eglise et frappaient tous les yeux, puis-
que Simon le magicien offrait de l'argent aux Apôtres
pour obtenir le pouvoir de donner comme eux le Saint-
Esprit et d'opérer les mêmes prodiges. (Act. Ap., vin, 18.)
— 425 — / Joan., v.
Aussi saint Pierre ne craint pas de dire au Conseil des
Juifs : « Nous sommes les témoins de Jésus, que Dieu a
établi Seigneur et Sauveur pour la rémission des péchés;
nous attestons cette vérité, nous et le Saint-Esprit que
Dieu a donné à tous ceux qui lui obéissent. » (Act. Ap.,
v, 32.)
En outre le Saint-Esprit demeure parmi nous sur la
terre depuis la première Pentecôte ; il réside au sein de
l'Eglise catholique, il l'instruit, il l'inspire et la dirige;
il y conserve la doctrine du Christ pure de toute erreur :
en sorte qu'elle ne s'est jamais altérée en aucun siècle et
n'a jamais varié en aucun pays. L'Esprit-Saint ne rend-il
pas un magnifique témoignage au Christ, en accomplis-
sant sa promesse, en planant sur les conciles, en rendant
le Vicaire du Christ infaillible dans tout ce qu'il enseigne,
et en renouvelant la face de la terre sanctifiée de siècle
en siècle par sa grâce ? Ne prouve-t-il pas que l'Eglise
fondée par Jésus-Christ est une œuvre indestructible,
incorruptible, et par conséquent une œuvre divine?
Voilà comment l'Esprit témoigne sur la terre, par ses
dons et par son assistance perpétuelle, que Jésus est le
Christ et le Fils de Dieu (1).
Cette interprétation nous paraît satisfaisante. Cepen-
dant nous devons avertir que beaucoup d'excellents inter-
prètes entendent ici par spiritus le souffle même que
Notre- Seigneur exhala sur la croix en mourant : Clamans
voce magna emisit spirilum. (S. Matth.) En effet, cette
manière extraordinaire d'expirer, en poussant un grand
cri, frappa d'étonnement le Centurion, qui le regardait,
au point qu'il s'écria : Vraiment cet homme était Fils de
Dieu. Videns autem Centurio, qui ex adverso stabat,
(1) On doit faire ici une remarque sur le sens du mot spiritus. Au
7« verset, Spiritus Sanctus est la personne même du Saint-Esprit qui
rend témoignage au Christ. Au 8e, spiritus, nommé avec le sang et
l'eau, désigne d'abord le Saint-Esprit parlant parla bouche des Apôtres
et des hommes apostoliques: il indique ensuite les dons admirables du
Saint-Esprit avec les effets de sa grâce dans les âmes, et enfin la pro-
tection manifeste avec laquelle il gouverne et sanctifie l'Eglise. C'est la
cause pour l'effet. (Voyez Franzelin, p. 84.)
— 426 —
quia sic damans cxspirasset, ait : Vere hic homo Filius
Dei erat. (S. Marc.)
Mais il y a encore deux autres témoignages, ceux de
l'eau et du sang : Hic est qui venit per aquam et sangui-
nem Jésus Chris tus. En grec, ouxoç &<mv 6 LXOùv Si ttotxoc ml
aïfMtToç. On remarque que ce mot grec eXôùv, accompagné
de l'article, désigne le Messie. Car les prophètes et les
docteurs de la Synagogue l'appelaient « Celui qui doit
venir », 6 ioyvxzvoq, ille quiventurus est. (S. Matth., xi, 3.)
Pour saint Jean, il le nomme 6 IXOùv, ille qui jam venit.
Autrefois il était « Celui qui devait venir », aujourd'hui
il est « Celui qui est venu. »
Qui venit per aquam et sanguinem. « Jésus est venu
avec l'eau et le sang. » Le Seigneur avait annoncé dans
Ezéchiel, qu'il répandrait sur le peuple une eau pure, et
que cette eau laverait les hommes de toutes leurs souil-
lures. Effundam super vos aquam mundam, et mundabi-
mini ab omnibus inquinamentis vestris. (Ez., xxxvi, 25.)
Le Messie devait donc venir avec l'eau.
Mais il ne devait pas venir seulement avec l'eau,
comme Jean -Baptiste : il devait venir aussi avec le
sang. D'après Zacharie, on le verrait percé, crucifié :
Aspicient ad me quem confixerunt, dit-il du Messie.
(Zach., xn, 10.) Et plus loin le Prophète demande avec
stupeur : Quelles sont donc ces plaies que je vois au mi-
lieu de vos mains ? Quid sunt plagœ istœ in medio ma-
nuum tuarum? David disait aussi du Messie : « Ils ont
percé mes mains et mes pieds. » Foderunt manus meas
et pedes meos. (Ps. xxi.) Et ailleurs : a Ils tendront des
pièges à l'âme du Juste, et ils condamneront le sang inno-
cent. » Captabuntin animamJusti, et sanguinem innocen-
tent condemnabunt. (Ps. xcin.) Isaïe n'avait-il pas dit
expressément : « Il sera conduit à la mort, comme une
brebis qu'on va immoler ? » Sicut ovis ad occisionem du-
cetur (lui, 7). Et Daniel n'avait-il pas déclaré que « le
Christ serait tué? » Occidetur Christus (ix, 26). Le Messie
devait donc venir non seulement avec l'eau, mais aussi
avec le sang : Non in aqua solum, sed in aqua et san-
— 427 — ÏJoan.,v.
guine. Il était, selon saint Jean- Baptiste, l'Agneau de
Dieu, qui devait, par son sang, effacer les péchés du
monde.
C'est là ce que Moïse avait figuré dans la confirmation
solennelle de l'ancienne Alliance. Car, dit saint Paul,
a Moïse tenant un faisceau d'hysope lié avec de la laine
rouge, prit du sang des veaux et des boucs, avec de l'eau,
et il en arrosa le livre de la Loi, ainsi que tout le peuple. »
(Hébr., ix, 19.) Ce rite prophétique faisait entendre qu'un
jour le Messie confirmerait la nouvelle Alliance avec le
sang et avec l'eau.
Eh bien, dit saint Jean, c'est ce qui s'est accompli dans
Jésus de Nazareth. « Il est venu avec l'eau et avec le
sang ; et non pas avec l'eau seule, mais avec l'eau et avec
le sang. » Car lorsque le soldat eut ouvert son côté d'un
coup de lance, « il en sortit aussitôt du sang et de l'eau.
Celui qui l'a vu en rend témoignage, et son témoignage
est véritable. »
Là-dessus Tertullien, si voisin des traditions aposto-
liques, qu'il reproduit dans ses ouvrages, raisonne ainsi :
Jésus est venu, dit-il, avec l'eau et avec le sang, comme
saint Jean l'a écrit, afin d'être baigné dans l'eau et glo-
rifié dans le sang : Ut aqua t ingère tur, sanguine glorifi-
caretuv. C'est pourquoi voulant que nous fussions appelés
dans l'eau et élus dans le sang, il a fait sortir ces deux
baptêmes de la plaie de son côté percé : hos duos bap-
tismos de vulnere perfossi lateris emisit. Deux sacre-
ments admirables coulèrent alors de son cœur, afin que
ceux qui croiraient en son sang fussent lavés dans l'eau,
et qu'après avoir été lavés dans l'eau, ils bussent encore
son sang : Quia qui in sanguinem cjus crederent aqua
lavarentur, gui aqua lavissent etiam sanguinem potarent .
(Tertul. de Bapt., c. xvi.)
Nous disons donc que l'eau et le sang qui coulèrent sur
la croix du côté de Jésus, et qui de là coulent perpétuel-
lement dans l'Eglise de la terre, sont deux témoins qui
déposent que Jésus est le Fils de Dieu.
Témoignage de l'eau. En effet l'eau mystérieuse qui
— 428 —
coula du flanc de Jésus ouvert sur la croix, donna aux
eaux de la mer, des fleuves et des fontaines, la vertu de
purifier les âmes en lavant les corps ; et désormais dans
tout l'univers des millions de pécheurs plongés dans l'eau
baptismale, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-
Esprit, en sortent purs et sanctifiés. Maintenant les im-
pudiques deviennent chastes ; les orgueilleux sont hum-
bles ; les avares distribuent leurs biens aux pauvres; et
tous ces hommes baptisés mènent sur la terre une vie
céleste, surnaturelle, qui atteste la divinité du Christ,
auteur de ce sacrement régénérateur. Car un Dieu seul
pouvait donner à une goutte d'eau la puissance de
faire germer dans tant de pécheurs les vertus les plus
héroïques.
Témoignage du sang. A son tour, le sang qui jaillit du
côté de Jésus pour racheter le monde, continue de couler
sur les autels, dans le sacrifice eucharistique (1). Il abreuve
les justes, il multiplie les vierges dans l'Eglise : et d'in-
nombrables martyrs fortifiés par ce sang divin attestent,
en versant le leur, que Jésus est le Fils de Dieu. Non,
les millions de martyrs qui ont sacrifié leur vie pour
Jésus-Christ, ne se sont pas laissé déchirer, brûler,
égorger pour un homme mort. Ils ont donné leur sang
pour le Christ ressuscité et régnant dans les cieux; ils
sont morts pour un Dieu.
Voilà trois preuves sensibles, perpétuelles et toujours
présentes, qui démontrent la divinité de Jésus-Christ et
celle de la religion qu'il a fondée. Sans doute elles ne
sont qu'indiquées en trois mots par l'Apôtre ; mais ces
trois mots, gravés dans l'Epître de saint Jean, rappelaient
et résumaient l'enseignement que l'on donnait alors par-
tout aux fidèles.
Les trois derniers témoignages que nous venons d'expli-
quer, — celui de l'Esprit, qui maintient la pure doctrine
et toujours crée des saints dans l'Eglise; celui de l'eau,
(1) Approximat miles, dit saint Chrysostome, latus lancea percussit
et exInde aqua fluxit et sanguis : unum baptismatis symbolum,
alind sacramenti. (Brev. R.)
— 429 — Moan.,v.
qui ne cesse de rendre enfants de Dieu les enfants
d'Adam ; et celui du sang répandu par Jésus-Christ pour
les hommes et versé par les hommes pour Jésus-Christ ;
— ces trois témoignages qui frappent les yeux et les
oreilles de tous les hommes de la terre, ne forment qu'un
même témoignage et concourent à attester la même vérité,
savoir que Jésus-Christ est le Fils de Dieu : wuim sunt (1).
Ce sont là trois preuves invincibles, prises sur la terre,
comme les trois précédentes sont prises dans le ciel. Ces
preuves se fortifient l'une l'autre ; elles donnent à la foi
du chrétien une pleine assurance, elles le rendent victo-
rieux du monde, et lui font attendre avec certitude la vie
éternelle, promise à ceux qui croient en Jésus-Christ
Fils de Dieu.
Ainsi donc, nous le répétons, saint Jean prouve, dans
le verset 8e, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, et il
en donne trois preuves sensibles et faciles à constater.
Ce sont 1° les effets miraculeux de la présence du Saint-
Esprit, qui se manifestaient alors partout dans le bap-
tême, dans la confirmation et dans les assemblées des
fidèles, où le don des langues et l'esprit de prophétie
étaient communs ; 2° l'efficacité merveilleuse de l'eau du
baptême : elle faisait fleurir toutes les vertus dans une
foule d'hommes qui étaient auparavant des pécheurs
pleins de vices ; 3° les flots de sang qui coulaient dans
le monde entier pour attester que Jésus-Christ était un
Dieu. Ce sont là trois preuves excellentes que l'on donne
encore aujourd'hui pour démontrer la divinité de la reli-
gion chrétienne.
Toutefois nous ne pouvons passer sous silence une
autre interprétation fort remarquable et très ancienne.
Elle a même pour elle l'autorité du pape Innocent III.
(1) Unv.m nint, cela ne veut pas dire ici una et eadem res ; car
l'esprit, l'eau et le sang évidemment ne sont pas une même chose,
mai- trois choses de nature différente. Union sunt veut dire ici unum
teitimonium. Dans les éditions grecques on lit oc rpûi eu rb fv tloiv.
hi très in unutn sunt, c'est-à-dire, in unam rem testandam conve-
', cea trois témoins s'accordent a attester la même chose, en sorte
que leurs témoignages n'en font qu'un.
— 430 -
Les trois témoins du ciel, dit-il, le Père, le Verbe et le
Saint-Esprit, attestent que le Christ est vrai Dieu ; et les
trois témoins de la terre, savoir le souffle que le Christ
expira sur la croix, ainsi que l'eau et le sang qui jailli-
rent de son côté, attestent qu'il n'était pas un fantôme,
mais un vrai homme (1). Selon cette interprétation, qui
est simple et naturelle, saint Jean réfute les simoniens
et les docètes.
Mais une grande discussion s'est élevée sur l'authen-
ticité du 7e verset : Très sunt qui testimonium dant in
cœlo : Pater, Verbum et Spiritus Sanctus ; et hi très iinum
sunt. Plusieurs critiques le considèrent comme une phrase
interpolée.
Car, disent-ils, ce texte manque dans les anciens exem-
plaires grecs qui nous restent. Il manque dans les ver-
sions syriennes, arméniennes et coptes. Il manque dans
de bons exemplaires anciens de la Vulgate. Les Pères de
l'Eglise grecque ne le citent point. Beaucoup de Pères
latins paraissent l'ignorer. Enfin, ce n'est que fort tard,
qu'il a été universellement reçu dans les Eglises d'Orient
et d'Occident.
Ce sont là des objections sérieuses ; mais elles ne de-
meurent pas sans réponse.
D'abord les exemplaires grecs qui nous sont parvenus
ne présentent pas toujours le texte véritable des saintes
Ecritures. Ils diffèrent en plusieurs points de manuscrits
plus anciens et meilleurs, auxquels on recourait autrefois
pour vérifier le texte primitif. Mais ces précieux exem-
plaires sont aujourd'hui perdus. Les hérétiques muti-
laient ceux qui tombaient entre leurs mains, effaçant les
mots ou les passages qui condamnaient leurs erreurs.
C'est un fait attesté par l'histoire (2).
(1) Joannes apostolus in Epistola sua loquitur, dicens : Très sunt
qui testimonium dant in cœlo, Pater, Verbum et Spiritus sanctus, et
hi très unum sunt, per hoc intendens ostendere quod Christus sit
verus Deus. Et très sunt qui testimonium dant in terra, spiritust
aqua et sanguis ; per hoc intendens ostendere quod Christus sit verus
humo. (Innoc. III, cité par Franzelin, p. 86.)
(2) Voyez Isidore de Péluse, 1. IV, Ep. 60; Socrate, 1. VII, c. xxn ; et
— 431 - / Joan., v.
Du reste, il n'est point nécessaire de supposer ici une
mutilation coupable. Le 7e et le 8e versets commençant et
finissant de la même manière, il est facile de joindre, par
inadvertance, la fin du 8e au commencement du 7e. On le
reconnaît à la simple vue.
TRES SVNT QVI TESTIMON1VM DANT [iN CŒLO PATER VER
BVM ET SPIRITVS SANCTVS ET HI TRES VNVM SVNT ET
TRES SVNT QVI TEST1MONIVM DÀNï] IN TERRA SPIRITVS
ET AQVA ET SANG VIS ET III TRES VNVM SVNT
L'œil du copiste, errant du premier très sunt qui testi
monium da?it, au second ires sunt qui testimonium dant,
peut facilement omettre tout ce qui est dans l'intervalle,
et un exemplaire fautif en produit une foule d'autres.
Cette explication naturelle montre comment un verset
authentique a pu disparaître des exemplaires grecs qui
nous sont parvenus, et manquer par la même raison dans
beaucoup d'exemplaires de la Vulgate. Il est donc plus
raisonnable d'admettre ici une distraction de copiste, que
d'accuser une frauduleuse interpolation (1).
Mais ce verset fut-il inconnu aux premiers siècles ?
Non, tous les Pères ne l'ont pas ignoré. Longtemps avant
les luttes de l'arianisme, saint Cyprien en a fait usage.
Il l'invoque dans son beau livre de Unitate Ecclesiœ, pour
montrer que l'Eglise est une à l'image de la sainte Trinité.
Voici ses paroles : Dicit Dominus : Ego et Pater wium
sumus. Et. iterum de Paire, et Filio, et Spiriiu Sancto scri-
ptum est : Et hi très union sunt. (De Unit. Eccl., c. v.) Le
premier texte est une parole du Seigneur, consignée dans
Le Hire, t. II, p. 78. — On sait d'ail leurs qu'Eusèbe fut chargé par Constantin
de présider à la transcription de cinquante exemplaires des saintes
Ecritures, destinés aux principales églises de l'Empire. (Eus., VitaConst.,
c. xxxvi et xxxvn.) Ces beaux exemplaires, très soignés, ont servi de
modèles a un grand nombre de copies qui en ont reproduit le texte.
Or, pour peu qu'Eusèbe, arien fanatique, ait rencontré quelque manuscrit
où le 7e verset ne se lisait pas, il l'aura supprimé. Et de là une lacune
dans tant d'exemplaires.
(1) On montre dans saint Matthieu (xxxvm, 35, texte grec) une omission
attribuée à deux finales semblables : B&tavrcf xlfffov, et iSv^ov /.>»j/îov
[mit tentes sortent et miseront sortern). La seconde phrase : fva Tr/vj/swflij..
t&ikov />7,cov, manque dans un grand nombre de manuscrits.
— 432 —
l'Evangile : Dicit Dominas. Le second texte est de même
une parole de la sainte Ecriture : Et iteritm scriptum est.
Or cette parole est écrite dans la première Epître de saint
Jean, chapitre v, verset 7e, et nulle part ailleurs.
Ainsi donc, au milieu du me siècle, vers Fan 250, saint
Cyprien, évêque de Carthage, lisait notre verset dans
l'exemplaire latin des saintes Ecritures qu'il avait entre
les mains, et il l'insérait dans l'un de ses écrits les plus
célèbres.
Je sais qu'on a voulu prêter au saint évêque de Car-
thage une interprétation mystique, qu'il appliquerait au
verset 8e. Mais il ne dit pas : Scriptum est de sanguine et
aqua ; il dit formellement : Scriptum est de Pâtre, et Filio,
et Spiritu Sancto : Uniim sunt. Comment veut-on qu'un
lecteur devine que spiritus signifie le Père, si on ne l'en
avertit pas ? que sanguis est le nom du Fils, si on ne l'in-
dique pas ? et qu'enfin aqua doit se traduire par le Saint-
Esprit, si on ne le dit pas ? Ce serait là un discours inintel-
ligible. Ne prêtons point à saint Cyprien, cet esprit si
clair, une ténébreuse énigme. Sans doute le verset 8e a pu
recevoir cette interprétation mystique deux cents ans plus
tard ; mais du moins ceux qui la donnaient l'expliquaient,
et l'on comprenait ce qu'ils voulaient dire (1).
Le verset des trois témoins célestes est donc certaine-
ment désigné par saint Cyprien.
Nous pouvons remonter plus haut. Tertullien combat
l'hérétique Praxéas, qui admettait l'unité de Dieu, mais
niait la distinction des personnes. Tertullien lui prouve
d'abord que le Père et le Fils sont deux personnes, et il
apporte ce texte : Ego et Pater unum sumus . Puis il mon-
tre la distinction des trois personnes divines dans l'unité
de substance. Ita connexus Patris in Filio, et Filii in Pa-
racleto très efficit cohœrentes, alterum ex altero, qui tiïes
(1) On nous répète que Facundus d'Hermiane, dans sa défense des
Trois Chapitres, en 547, imputa au passage de saint Cyprien le sens
allégorique que nous venons de réfuter. L'autorité de Facundus est
médiocre, et cette imputation, pour être vieille, n'en est pas plus rai-
sonnable. Ou saint Cyprien cite notre texte, ou son langage est absurde.
— 433 — IJoan.,\.
unum sunt, non iinus : qnomodo dictum est : « Ego et
Pater unum sumus », ad substantiœ iinitatem, non ad
nnmeri singularitatem. Il faut bien voir, dans ces mots
Très unum sunt, une citation de l'Ecriture, comme dans
la phrase Ego et Pater unum sumus. sans quoi le raison-
nement serait vicieux et la preuve nulle : on aurait une
simple affirmation (1).
A l'autorité irrécusable de saint Cyprien, et à celle
de Tertullien, nous joindrons Cassiodore, écrivain du
vic siècle. On sait qu'il recherchait avec soin le meilleur
texte de la divine parole. Il recueillait et collationnait les
exemplaires latins et grecs les plus anciens et les plus
estimés. Or il a donné une brève explication des Epîtres
apostoliques qu'il avait étudiées spécialement (2). Sa
méthode lui est particulière. Elle consiste à interpréter
le texte en l'analysant, en changeant les termes, en ajou-
tant parfois un mot pour éclaircir la pensée. Voici com-
ment il reproduit le passage qui nous occupe. Cui rei
testificantiir in terra tria mijsteria : aqua, sanguis et
spiritus, quœ in passione Domini leguntur impleta ; in
cœlo autem Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus ; et hi très
unus est Deus. — Voilà bien le 7e verset manifestement
cité et interprété, il y a douze cents ans, par un écrivain
d'Italie, très instruit, consciencieux, qui avait sous la
main les plus anciens et les plus excellents exemplaires
grecs et latins qu'il avait pu se procurer. On est sûr qu'il
n'avait point emprunté ce texte à des faussaires de son
temps : il l'avait lu dans de bons manuscrits.
(1) Saint Phébade d'Agen, au iv° siècle, fait de même une allusion
sensible au texte «le saint Jean. Sic alius a Filio Spiritus, sicut alins
,i "Pâtre Filins. Sic tertia in Spiritu, ut in Filio secundo, persona :
unus tamen Deus omnia, quia très unum sunt. A moins d'un parti
pris, L'on doit reconnaître que saint Phébade cite l'Ecriture, en disant
Très unum sunt, puisqu'une autorité divine pouvait seule taire fléchir
des esprits rebelles et confirmer les catholiques dans la vraie foi.
(2) In épis toits Apostolorum studium maximum laboris impendi, ut
senex potui, sub collât ione priscorum codicum. — Cassiodore, ministre
du roi Théodoric, consul on 514, ami des lettres et fort savant lui-même,
avait amassé une bibliothèque aussi riche que bien choisie. Voyez
Patrol., t. LXX, col. 1107, 1109, 1375.
ÉPITRES CATHOLIQ1 ES 28
— 434 —
Mais comment ne pas mentionner la célèbre conférence
de Carthage qui eut lieu entre les catholiques et les ariens
par l'ordre du roi Hunéric ? C'était l'an 484. Plus de
quatre cents évêques orthodoxes, dont nous avons les
noms, y furent présents. Ils étaient venus non seule-
ment de l'Afrique, mais des îles soumises aux Vandales,
notamment de la Sardaigne et de la Corse. Ces évêques
rédigèrent une profession de foi contre l'hérésie arienne :
elle fut lue en public et présentée au roi persécuteur.
Nous y lisons : Et ut adhuc luce clarhis iinius divinita-
tis esse cum. Pâtre et Filio Spiritum Sanctum doceamus,
Joannis evangelistœ testimonio coniprobatur. Aitnamque ;
« Très sunt qui testimonium perhibent in cœlo, Pater, Ver-
bum et Spiritus Sanctns, et hi très anum sunt. » Donc, en
l'année 484, ce verset était reconnu comme parole divine
par les catholiques et, sans doute aussi, par les ariens
d'Afrique. Ils le lisaient dans la version qui était chez
eux en usage (1).
Quelques années plus tard, l'illustre docteur saint Ful-
gence citait le même texte et rappelait qu'il avait été
employé par saint Cyprien. In Pâtre ergo, disait-il, et
Filio et Spiritu Sancto unitatem substautiae accipimus,
personas confundere non audemus. Beatus Joannes apo-
stolus testatur dicens : « Très sunt qui testimonium perhi-
bent in cœlo, Pater, Verbum et Spiritus Sa?ictus, et hi très
unum sunt. » Quod etiam beatus Cyprianus martyr, in
Epistola de Unitate Ecclesiœ, confitetur, atque hœc con-
festim testimonia de Scripturis inserit : « Dicit Dominus :
Ego et Pater unum sumus » ; et iterum de Pâtre et Filio et
Spiritu scriptum est : Et très unum sunt.
Nous citerons encore une pièce qui a son importance.
Elle a été découverte par le cardinal Angelo Mai dans une
bibliothèque de Rome. C'est un Spéculum ou Recueil de
textes de la sainte Ecriture rangés par ordre de matières.
(1) Victor Vit., Persecut. Vandal., 1. II, n. 18. — On peut lire dans la
collection des Conciles de Hardouin (t. II, p. 869) les noms des évoques
catholiques venus à la conférence : ils sont au nombre de 461.
— 435 — / Joan . , v .
Au chapitre n, de distinctione personarum, on lit : Item
illic : Quoniam très sunt qui testimonium dicwit in terra,
spiritus, aqua et sanguis ; et hi très unum sunt in Christo
Jesn. Et très sunt qui testimonium dictait in cœlo, Pater,
Verbum et Spiritus, et hi très unum sunt. — Puis au cha-
pitre m, de Spiritu Sancto, on lit encore : Item Joannis
in epistola I : Spiritus est qui testimonium reddit, quia
Spiritus est veritas. Item illic : Très sunt qui testimonium
dictait in cœlo, Pater, Verbum et Spiritus, et hi très unum
sunt.
Plusieurs savants n'hésitent pas à reconnaître en ce
Recueil le vrai Spéculum de saint Augustin. Cinq sus-
criptions de mains différentes, qu'on voit en tête du ma-
nuscrit, l'attribuent au saint Docteur. Le manuscrit lui-
même est fort ancien ; il est du vie ou au plus tard du
vne siècle, et il représente le texte de la Vulgate usité en
Afrique avant les corrections de saint Jérôme.
Mais voici un argument que les partisans de l'interpo-
lation nous opposent avec confiance. Les Pères d'Orient
et d'Occident, qui ont lutté au ive siècle avec tant de force
contre les ariens, n'ont jamais employé ce texte. Ils ne le
connaissaient donc pas; il ne se trouvait donc alors dans
aucun exemplaire grec, latin, syrien.
La conclusion ne semble pas rigoureuse. Ils pouvaient
le connaître et n'en pas faire usage, puisqu'ils en avaient
d'autres où la divinité du Verbe était bien plus clairement
•exprimée (1-).
Je dirai même qu'ils avaient une raison de ne point
alléguer ce passage. Car ce texte, précieux pour les ortho-
doxes, a peu de valeur contre les ariens. Si les Pères
avaient essayé de leur prouver, par ces mots très unum
sunt du 1° verset, que le Père, le Verbe et le Saint-Esprit
ont la même nature, ces hérétiques subtils n'auraient
pas manqué de riposter qu'au verset 8e, dans la phrase
(1) Par exemple, le début de L'Evangile selon saint Jean, où on lit :
et D> bion ; et a la fin de ce chapitre même nous verrons :
Hic < si vertes Dcus.
— 436 —
parallèle qui suit immédiatement, saint Jean applique
ces mêmes paroles, 1res ùniim sunt, à l'esprit, au sang et
à l'eau, qui sont bien trois choses de nature différente.
Que leur répondre ? Le génie de saint Augustin lui-môme
s'embarrassait devant cette objection. (Contra Maxim..
1. II, c. XXII.)
Le silence des saints Athanase, Ambroise, Hilaire,
Basile, Chrysostome, ne prouve donc pas que le texte
des trois témoins célestes leur fût inconnu.
Si saint Phébade, saint Fulgence et d'autres évêques ont
fait valoir ce texte dans leurs ouvrages contre les ariens,
on ne doit pas les en blâmer; car ils se proposaient moins
de convaincre des hérétiques obstinés, que de fortifier
dans la vraie foi les catholiques sincères ; et, appuyés sur
la tradition antique, ils leur montraient avec raison
comment l'unité de nature était exprimée par les mots
imiim sunt, affirmés du Père, du Verbe et du Saint-Esprit.
Arrivons aux correcteurs de la Vulgate. Ils ont main-
tenu ce texte par deux fois, dans l'édition sixtine et dans
l'édition clémentine. Qu'on ne dise pas que c'est un de
ces endroits qu'ils ont respectés par prudence, quoiqu'ils
leur parussent devoir être corrigés. Le P. Angelo Rocca,
l'un de ces savants, a écrit sur l'exemplaire dont il se ser-
vait pour la revision, cette note : Hœc verba (I Joan., v, 7)
sunt certissime de textu. In grœco etiam antiquissimo
exemplari, quod habetur Venetiis, lequntur. Ce verset a
donc été spécialement examiné par les judicieux cor-
recteurs, et ils ont reconnu qu'il appartenait au texte
apostolique.'
Enfin, le Concile de Trente a porté sur la Vulgate un
décret qu'il faut examiner.
Rappelons d'abord un principe admis de tous les catho-
liques : L'Esprit de vérité, qui assiste l'Eglise, ne saurait
permettre qu'elle accepte et qu'elle propose au peuple
chrétien comme Ecriture divine ce qui ne l'est pas.
Or. le saint Concile, après avoir énuméré les livres
saints, ordonne de les recevoir dans leur intégrité, avec
toutes leurs parties, tels qu'ils ont coutume d'être lus
— 437 — / Joan., v.
dans l'Eglise catholique et tels qu'ils se trouvent dans
l'ancienne Vulgate latine.
Le Concile restreint-il son décret aux passages qui ont
toujours été lus dans la plupart des exemplaires grecs,
syriens, latins ? Oblige -t-il les théologiens et les prédica-
teurs à s'armer d'une polyglotte et à consulter les vieux
manuscrits de la Vulgate (comme le Fuldensis eiYAmia-
tinus) avant d'appuyer un dogme sur un texte de la
Vulgate? Non, un usage de plusieurs siècles justifie am-
plement l'expression : « tels que ces livres ont coutume
d'être lus dans l'Eglise catholique. » En outre, au temps
du Concile, la Vulgate était partout la même, sauf quel-
ques variantes sans importance doctrinale, et tous les
exemplaires contenaient depuis longtemps le célèbre
verset des trois témoins célestes.
Il en résulte que ce verset parait compris dans le dé-
cret. C'est l'opinion d'illustres théologiens. Car le Con-
cile prescrit de recevoir la Vulgate, non seulement avec
tous les livres qu'elle renferme, mais encore avec toutes
leurs parties (1).
Or, l'on doit regarder comme parties intégrantes les
textes dogmatiques : premièrement, parce que le saint
Concile déclare qu'il veut prendre ces textes mêmes pour
fondement de ses décisions ; secondement, parce qu'il
défend de rejeter la Vulgate, sous quelque prétexte que
ce soit, dans les prédications et dans les discussions
théologiques (2).
Mais rejeter la Vulgate, qu'est-ce autre chose, dans
la pensée du Concile, que de rejeter les textes que l'on y
(1) Si quis autan libres ipsos integros, cum omnibus suis partibuSj
prout in Ecclesia catholica legi consueverunt, et in veteri Vulgata
editione habentur (et non pas semper et ubique habita sunt) pro sacris
et canonicis non susceperit,... anathema sit.
(2) Omnes itaque intelligant... quitus jwtissimum testimoniis ac
prœsidiis (ipsa synodus) in confîvmandis dogmatibus et instai'.randis
in Ecclesia moribus, sit usura. — Statuit et déclarât... ut in publicis
lectionibi's, disputationibus, prœdicationibus et expositionibus (hœc
ipsa vêtus et vulgata editio),pro authentica habeatuv, et ut nemo illam
rtjicere quouis prœtexh> audeat >-el prœsumat. Concil. Trid.
— 438 —
puise pour établir les règles de la morale ou prouver le
dogme (1)?
Nous ne pouvons donc pas, dans une discussion théo-
logique, repousser comme faux ou interpolé un texte de
la Vulgate que l'on produit pour établir un point de
doctrine. Nemo illam rejicere qnovis prœtextu audeat vel
prœsumat.
Le Concile aurait-il voulu faire une exception pour le
verset des trois témoins célestes? En protégeant tous les
autres comme parole divine, aurait-il abandonné celui-
là au libre. examen des critiques? Que les théologiens
répondent (2).
Les raisons qu'apporte l'érudition moderne, pour com-
battre l'authenticité du verset des trois témoins célestes,
sont nombreuses, spécieuses, mais elles ne nous pa-
raissent point décisives. Nos pères, qui admettaient
ce texte comme Ecriture sacrée il y a douze cents ans,
avaient certainement d'antiques manuscrits que nous
n'avons plus. Tout soigneusement examiné, nous ne
trouvons rien qui nous autorise à répudier un texte
vénéré comme parole divine depuis tant de siècles par
les plus saints docteurs et par toute l'Eglise catholique (3).
9. Si testimonium hominum accipimus, teslimonhim
Dei majas est : quoniam hoc est testimonium Dei, quod
majus est, quoniam testificatus est de Filio suo. Si nous
recevons le témoignage des hommes, le témoignage de
Dieu est plus grand et plus ferme. Or Dieu, dont le témoi-
gnage l'emporte infiniment sur celui des hommes, a rendu
témoignage à son Fils.
Le témoignage des hommes, revêtu de certaines con-
ditions, forme une preuve qui exclut le doute ; à plus
(1) Manifestissïmum videtur declarari canonicas partes omnes prout
in veteri Vulgata editione habentur, quœ dogma aliquod vel morum
regulam per se et directe enuntiant . (Franzelin, p. 47.)
(2) Le cardinal Franzelin répond : Nefas putamus genuitatem textus
upostolici (I Joan., v, 7) in dubium vocare (p. 44).
(3) On peut lire sur l'authenticité de ce verset une savante disserta-
tion du cardinal Franzelin, dans son traité de Deo irino et uno, et un
travail précieux, quoique inachevé, de M. l'abbé Le Hire, t. IL
— 439 — / Joan., v.
forte raison le témoignage de Dieu produit-il une certi-
tude pleine et invincible, puisque Dieu, qui est toute
science et toute vérité, ne peut se tromper ni tromper
personne. Or, Dieu même a attesté, sur les rives du Jour-
dain et sur le mont Thabor, que Jésus est son Fils bien-
aimé.
10. Qui crédit in Filium Dei, habet testimonimn Dei in
se. « Celui qui croit au Fils de Dieu a dans lui-même le
témoignage de Dieu » : il possède dans son esprit la con-
viction d'une vérité certaine, qu'il croit sur l'autorité
infaillible de Dieu.
Qui non crédit Filioy mendacem facit eu?n : quia non
crédit in testimonium qnod testificatus est Deus de Filio
sno. « Mais celui qui ne croit pas au Fils de Dieu, fait
Dieu menteur; parce qu'il ne croit pas au témoignage
que Dieu lui-même a rendu de son Fils. » Or, si l'on fait
une injure très grave à un homme, en l'accusant de men-
songe, quelle injure n'est-ce pas faire à Dieu que de le
supposer menteur? C'est pourtant le péché dont se rend
coupable celui qui refuse de croire que Jésus est le Fils
de Dieu (1).
Il commet, en outre, une ingratitude ; car il nie le plus
grand bienfait de Dieu envers les hommes.
11. Et hoc est testimonium y quo?iiam vitam œternam
dédit nobis Deus. Et hœc vita œterna in Filio ejus est. Que
nous apprend, en effet, ce témoignage? C'est que Dieu,
en nous donnant son Fils, nous a donné la vie éternelle ;
car la vie éternelle est en son Fils qui nous la mérite et
nous l'apporte, comme nous le disions tout à l'heure :
Dieu nous a envoyé son Fils unique, afin que nous vivions
par lui. Filium suum uniqenitum misit Deus in mundum,
ut mvamus per eum (iv, 9).
(1) Dans les versets i» et 10, saint Jean dit que nous devons recevoir le
témoignage de Dieu, et que celui qui refuse de croire au témoignage
que Dieu a rendu ;i son Fils, l'ait Dieu menteur. Ces deux versets s'ap-
puient sur le 7e : Très sunt qui testimonium dont in cœlo, Pater, etc.
Car si Ton retranche le 7« verset, où trouver la mention de ce témoi-
gnage du Père? Le 7e verset n'est donc pas une interpolai
— 440 —
Vltam œternam dédit. Il nous a donné la vie éternelle,
pour en posséder l'espérance, le droit et le principe pen-
dant notre passage sur la terre, en attendant que nous la
possédions pleinement dans les cieux.
12. Qui habet Filium habet vitam ; qui non habet Filium
vitam non habet. De là il résulte que « celui qui a le Fils
a la vie, et que celui qui n'a point le Fils n'a point la
vie. » Mais par quel moyen peut-on avoir le Fils ? Notre-
Seigneur lui-même nous l'apprend : on le possède par la
foi, en sorte que celui qui croit en lui ne périra pas, mais
aura la vie éternelle. Ut omnis qui crédit in ipsum non
pereat, sed habeat vitam œternam. (S. Joan., ni, 15.)
Saint Jean-Baptiste avait dit une parole semblable :
« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; pour celui qui
ne croit point au Fils, il ne verra point la vie, mais la
colère de Dieu demeure sur lui. » Qui crédit in Filium
habet vitam œternam; qui autem incredulus est Filio non
videbit vitam, sed ira Dei manet super eum. (S. Joan.,
m, 36.)
13. Hœc scribo vobis, nt sciatis quoniam vitam habetis
œternam, qui creditis in nomine Filii Dei. Je vous écris
ces choses afin que vous sachiez que non seulement vous
pourrez obtenir un jour la vie éternelle, mais que déjà
vous la possédez, vous qui croyez au nom du Fils de
Dieu. Si vous croyez avec une foi non pas inerte mais
agissante, vous possédez dès maintenant, sur la terre,
la vie éternelle. C'est un bien qui vous appartient, car
Jésus, l'auteur et la source de cette vie, réside en vous ;
son séjour en vos âmes est déjà la vie divine commencée.
Comprenez donc votre bonheur et ne le perdez pas. Gar-
dez bien cette ferme foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu,
et qu'elle règle toutes vos actions. Ut sciatis quoniam
vitam habetis.
14. Et hœc est fiducia quam habemns ad eum : quia
quodcumque petierimus secimdum voluntatem ejus, audit
nos. Et ce qui nous inspire aussi une grande confiance
en Dieu, ce qui nous donne l'espérance que nous pos-
séderons réellement la vie bienheureuse pendant toute
— 441 — / Joan., v.
l'éternité, c'est qu'il nous exauce en tout ce que nous lui
demandons de conforme à sa volonté. Or nous savons
qu'il veut notre sanctification, notre persévérance dans la
piété, notre salut. Demandons-lui qu'il nous sauve, et,
quelque faible que soit notre nature, quelque puissants
que soient nos adversaires, nous posséderons éternel-
lement la vie bienheureuse.
15. Et scimus quia audit nos quidquid petierùnus :
semais quoniam habemus petitiones quas postulamns
ab eo. * Et nous savons en effet qu'il nous exauce en
tout ce que nous lui demandons. Nous le savons, parce
que nous avons déjà reçu les grâces que nous lui avons
demandées. » Saint Jean répète la même chose pour l'in-
culquer davantage. Il affirme d'abord que Dieu exauce
toutes nos prières; il dit ensuite que nous le savons; et il
ajoute enfin que nous le savons par notre expérience (1).
Mais, pour être exaucée, la prière exige des conditions.
Il faut demander avec confiance et persévérance des
choses utiles au salut. (S. Jac, i, 5.)
Lorsqu'on prie ainsi pour soi-même, on reçoit toujours
ce qu'on demande : c'est le sentiment formel de saint
Augustin : Exaudiuntur omnes sancti pro se ipsis. Mais
la prière que l'on fait pour les autres n'est pas toujours
exaucée ; car leur volonté mauvaise peut résister à la
grâce de Dieu. Non autem pro omnibus exaudiuntur vel
amicis, vel inimicis, vel quibuslibet aliis : quia non ut-
cumque dictum est dabit,sed clabit vobis. (In Joan. Ev.
Tract, en, 1.)
(1) Et scimus. Le texte grec est un peu différent : le verset entier ne
forme qu'une période, que l'on rend ainsi : Et si scimus qui", audit nos
quidquid petierimits, scimus quoniam habemus petitiones quas pos-
tulavimus ab en. « Et si nous savons », — par la promesse de Dieu,
— « qu'il nous écoute en tout ce que nous lui demandons, nous savons
aussi, par notre expérience, que nous avons reçu l'effet de toutes les
demandes que nous lui avons adressées. » Il faudrait donc, selon le grec,
ajouter un si devant le premier scimus, et mettre le parfait postula-
oimus, au lieu du présent postulamus. Voici le grec : K«\ l«v otfafuv
c-.i àxoùet fyufiiv i «> uho'jy.zOx, old&fiv Sri ïyoy.iv t« «l:^«a:« a rpr^'j^u . Un
copiste a pu oublier si devant le premier scimus de la version latine.
Rien n'est plus facile que d'écrire et scimus, au lieu de et si scimus.
La leçon grecque nous paraît ici la meilleure.
— [.['> —
16. Qui scit fratrem suum peccare peccatum non ad
mortem, petat, et dabitur ei vita peccanti non ad mor-
tem. Est peccatum ad mortem : non pro illo dico ut
roget quis.
Saint Jean venait de dire que Dieu nous accorde tout
ce que nous lui demandons, audit nos quidquid petit-
rimus ; en grec, àxousi vjp&v, o av atroWOa. L'on pourrait
traduire ainsi littéralement : « Il nous écoute en ce que
nous lui demandons pour nous. » C'est ce que peut faire
entendre le verbe moyen atxwaeOa. Mais saint Jean s'expli-
que : notre prière n'obtient pas seulement des grâces
pour nous, elle est encore salutaire pour les autres.
« Si donc, ajoute-t-il, quelqu'un voit son frère com-
mettre un péché qui ne va point à la mort, qu'il prie, et
la vie sera donnée à ce pécheur, dont le péché ne va
point à la mort. Mais il y a un péché qui va à la mort :
ce n'est pas pour la rémission de ce péché que je dis
de prier. » Ce texte, qu'il faut expliquer, présente une
doctrine importante.
D'abord il est manifeste que saint Jean parle ici des
péchés mortels, puisqu'ils ôtent la vie à l'âme. Mais il
en distingue deux sortes : l'un va de soi-même à la mort
et à la réprobation éternelle ; l'autre n'y va point de
soi-même. Il est vrai, tout péché grave sépare l'âme de
Dieu et lui fait une blessure qui serait définitivement
mortelle, si elle n'était pas guérie. Mais l'Eglise a des
remèdes assez puissants pour rendre la vie à l'âme qui
l'a perdue. Est-ce qu'il n'y a pas du baume et des méde-
cins dans Galaad?dit le prophète. Numquidnon est résina
in Galaad? aut médiats non est ibi? (Jerem., vin, 32.)
Cependant il est des péchés si funestes qu'ils vont d'eux-
mêmes à la mort finale, et aucun baume ne les guérira.
Notre -Seigneur l'affirme, lorsqu'il parle d'un péché qui
ne sera remis ni dans ce monde ni dans l'autre : neque
in hoc sœculo neque in futuro. (S. Matth., xn, 32.)
Ce péché irrémissible, c'est le péché contre le Saint-
Esprit ; il consiste à combattre avec opiniâtreté la vérité
connue : impugnatio veritatis agnitœ. (S. ïhom. Summ.
— 1 1-) — / Joan., y.
Theol. 2a 230, q. li, a. 2.) C'était le péché des Juifs, qui
voyaient de leurs yeux les miracles de Jésus-Christ, qui
les avouaient, et qui voulaient cependant le faire mourir,
au lieu de croire à sa parole. (S. Jean, xi, 47 et 53.)
C'est le péché de l'apostat qui, après avoir professé la
religion chrétienne, l'abandonne et la persécute. C'est
l'endurcissement dans l'impiété ; c'est l'affermissement
dans l'athéisme ou dans un orgueilleux déisme; c'est le
serment fait dans les loges maçonniques de renverser
l'œuvre de Jésus-Christ et d'abolir sa religion. Ce péché
va à la mort, car il ôte la foi et jusqu'à l'aptitude à la
foi, qui est le principe du salut. Aussi les grâces ordi-
naires ne peuvent rien contre ce péché diabolique. Ceux
qui s'en rendent coupables se ferment volontairement la
source de la grâce et marchent à la damnation éternelle.
Voit-on en effet ces hommes se convertir? presque jamais.
Il faudrait pour les toucher une grâce si puissante qu'elle
les convertît pour ainsi dire malgré leur volonté perverse :
ils en sont indignes. Aussi l'Apôtre ne promet pas que la
prière qu'on ferait pour eux fût exaucée : Non pro Mo
dico ut roget quis.
Arius en particulier offre un exemple frappant du
péché qui va à la mort. Le bienheureux Pierre, évêque
d'Alexandrie, l'excommunia pour avoir embrassé le
schisme de Mélèce. Peu de temps après, le saint évêque
fut pris et condamné à mort par Maximin. Les prêtres
Achillas et Alexandre allèrent le trouver dans sa prison
pour lui demander le pardon d'Arias. 11 leur répondit
que Jésus lui était apparu pendant la nuit et qu'il lui
avait annoncé qu'Arius déchirerait l'Eglise. Ayant en-
suite prédit à ces deux prêtres qu'ils lui succéderaient
eux-mêmes dans l'épiscopat, il leur enjoignit de ne
jamais recevoir Arius dans leur communion, parce qu'il
savait qu'il était mort devant Dieu : Prœcepit ne unguam
Arùmt in commwtionem reciperent, quem Deo mortuum
esse sciret. (Brev. K., 26 nov.)
Toutefois ce serait une erreur de croire que les prières
pour de tels pécheurs ne sont pas permises ou ne seront
— Ui —
jamais exaucées. De quocumque pessimo in hac vita con-
stituto non est u ligue desperandum, dit saint Augustin.
Ncc pro Mo imprudenter oratur de quo non desperatur .
(S. Aug., Retract., 1. I, c. xix.) Tant qu'un homme vit, il
ne faut pas désespérer absolument de son salut (1). On
pourra donc prier même pour les grands pécheurs dont
nous avons parlé, mais on ne le fera pas avec la même
confiance que pour ceux dont le péché ne va pas à la
mort; car leur méchanceté obstinée pose un obstacle
presque insurmontable à leur conversion.
17. Omnis iniquitas peccatum est, et est peccatum ad
mortem. « Toute injustice est péché; mais il y a un
péché qui va à la mort », et un péché qui ne va pas à la
mort. L'Apôtre ajoute ce mot pour éclaircir et mainte-
nir la distinction qu'il a faite entre les deux sortes de
péchés.
Omnis iniquitas, en grec, Trïsa kov/J.v., omnis injustitia ;
toute injustice est un péché, et l'on peut dire aussi que
tout péché est une injustice commise envers Dieu, notre
Maître.
18. Scimus quia omnis qui natus est ex Deo non pec-
cat ; sed generatio Dei conservât en?n, et malignus non
tangit eum. * Nous savons que quiconque est né de Dieu
ne pèche point, mais la naissance qu'il a reçue de Dieu le
conserve pur, et l'Esprit mauvais ne lui touche point (2). »
Saint Jean répète ici la même pensée qu'il avait déjà
exprimée plus haut : Omnis qui natus est ex Deo pecca
tum non facit; quoniam semen ipsius in eo manet (c. m,
v. 9). Celui qui, par la foi et le baptême, est devenu un
véritable enfant de Dieu, celui qui a reçu les dons for-
tifiants du Saint-Esprit et s'est nourri du pain céleste à
(1) Non prœcluditur via remittendi et sanandi omnipotentiœ et
misericordiœ Dei, per quam aliquando taies, quasi miraculose, spiri-
tualités- sanantur. (S. Thom., Summ. Theol., 2a 2œ, q. 14, a. 3.)
(2) Generatio Dei conservât eum. On lit dans le grec : o yzwtfiiis èx
0êou TTipsl kuuTbv, qui genitus est ex Deo servat seipsum. C'est-à-dire
que celui qui est engendré de Dieu se conserve lui-même dans la jus-
tice, car il trouve dans le principe de sa naissance divine la force de
■/rotéger et de garder la vie qu'il possède.
— 445 — / Joan., v.
la table divine, ne pèche pas, parce qu'il ne veut pas
pécher, parce que la vertu de la génération divine qui
est en lui le conserve, et parce que l'esprit méchant, qui
tient sous son empire les enfants du siècle, n'a point de
pouvoir sur les enfants de Dieu. Il peut solliciter le
juste, le tenter, l'insulter, mais il ne peut le blesser dans
son âme; et, selon l'expression d'un saint Docteur, la-
trare potest, mordere non potcst. Dans le duel que le
démon livre au juste, celui-ci, couvert par l'armure de
la foi, est invulnérable, si bien que l'ennemi ne parvient
pas à le toucher, non tangit eum.
19. Scimus quoniam ex Deo sumus ; et mundus tot.us
in maligno positns est. « Nous savons que nous sommes
de Dieu, et que le monde entier est placé sous l'empire
du mauvais. »
Cette pensée est comme l'épilogue et la conclusion de
toute la lettre. Mes chers enfants, leur dit-il, le genre
humain se partage en deux royaumes : celui de Dieu et
celui du démon. Il y a deux cités qui se font la guerre :
l'une où règne Jésus-Christ, et l'autre où commande
Satan. Pour nous, nous savons que nous appartenons à
Jésus-Christ, par notre foi, par notre baptême, par notre
volonté ; le reste obéit à Satan.
20. El scimus quoniam Films Dei venit, et dédit nobis
sensum ut cognoscamus verum Deum, et simus in vero
Filio ejus. Hic est vents Deus et vita seterna. « Et nous
savons encore, que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous
a donné l'intelligence, afin que nous connaissions le vrai
Dieu et que nous soyons en son vrai Fils. C'est ce Fils
qui est le vrai Dieu et la vie éternelle. » Avant la venue
de Jésus-Christ sur la terre, le vrai Dieu était ignoré des
nations les plus civilisées; ni les sages de l'Inde, de la
Perse et de l'Egypte, ni les célèbres philosophes de la
Grèce et de Rome ne le connaissaient. Quelques-uns
l'avaient entrevu, mais ils n'osaient le confesser ; et, en
punition de leur ingratitude, ils retombaient dans les
ténèbres, en sorte que leur sagesse se changeait en folie.
(Rom., i.) Mais le Fils de Dieu nous a donné l'intelli-
— 44(3 —
gence ; il a fait luire à nos yeux une lumière admirable,
et il nous a montré le vrai Dieu avec une pleine certitude.
Et simus in vero Filio ejus (1). Non seulement nous
avons maintenant la gloire de connaître le vrai Dieu,
mais nous devenons, par la foi et par la charité, intime-
ment unis à son vrai Fils : en sorte que nous ne faisons
qu'un avec lui. Le Christ est le vrai Fils, égal au Père ;
et nous, nous sommes unis au Christ comme les membres
à leur chef, et son Père est aussi notre Père.
Et comme le Fils est le vrai Dieu et la vie éternelle,
nous devenons nous-mêmes participants de la nature di-
vine et de la vie éternelle, autant que le peut la créature.
In vero Filio ejus; hic est vents Deus, h oJ^Givoç 0soç. « Il
est le vrai Fils de Dieu, et il est lui-même le vrai Dieu. »
Voilà un texte clair et décisif qui prouve la divinité de
Jésus- Christ. Aussi les saints Pères le citent-ils souvent
contre les ariens. Saint Ambroise rapporte cette parole :
Et simus in vero Filio ejus Jesu Christo Domino noslro :
hic est vents Deus etvita seterna ; puis, il ajoute : Saint
Jean appelle Jésus vrai Fils de Dieu et vrai Dieu. Si donc
il est vrai Dieu, il n'a pas été créé. Verum Joannes Fi-
lium Dei et verum Deum dicit. Ercjo si vents Deus, ittiquc
non creatus. (De Fide, 1. I, c. xvn.) Saint Athanase cite
jusqu'à sept fois ce texte pour confondre les ariens. Deus
vents est Pater, Deus verus est quoque Films, dit-il. lta
enim scripsit Joannes : « Sumus in vero, in Filio ejus
Jesu Christo. Hic est verus Deus etvita œterna. » (S. Athan.,
p. G8±, ad Serapion., éd. Bened.)
(1) Et simus, en grec «où iï/j.v;, plusieurs traduisent : et sumus, « et
nous sommes dans son vrai Fils. » lis regardent cette proposition
comme indépendante, et ils pensent que la Vulgate est inexacte. Mais
les meilleurs manuscrits (celui du Vatican, l'alexandrin et le sinaï-
tique) portent : Sé&autev hf^v $i&voux.j} fvft ytv(àax.Ofi.ev tôv à.) r,0 ivb ; , /.ai èo/xsv
iv tôj c/.ïr,9i,c>. D'après cette leçon, saint Jean construit ?v« avec les deux
indicatifs yivûaxopev et èofiév. La conjonction Lu, construite avec le
subjonctif, marque une chose voulue, un but que Ton veut atteindre,
au lieu qu'avec l'indicatif elle désigne tout à la fois un but vers lequel
on tend et un fait réel. On peut donc entendre le texte présent comme
s'il y avait : îva ytvtàcxùi/xtv xa\ ytvûàxofÂSv, et tvst Zftev /ai é7//£v, c'est-à-
dire : ut co g 'no s camus, dum rêvera cognoscimus verum Deum ; et ut
simus in vero Filio ejus, sicut in eo vere sumus.
— 447 — / Joan.y v.
21. Filioli, custodite vos a simulacris. « Mes chers en-
fants, gardez-vous des idoles. » Vous, enfants du vrai
Dieu, associés à sa divinité, non seulement vous n'ado-
rerez pas des statues de bois ou d'argile, mais vous évi-
terez avec soin de prendre part, même indirectement, à
leur culte.
Les fidèles, vivant au milieu de parents et d'amis
païens, étaient souvent exposés au péril de manger des
viandes immolées aux idoles, comme nous le voyons
dans la première Epître aux Corinthiens (c. vin et x).
C'est pourquoi saint Paul leur disait : Fuyez le culte des
idoles. Fugue ab idolorum cullura (ib., x, 14) ; et encore :
Si un frère honore les idoles, ne mangez'pas avec lui. Si
is qui f rater nominatur , est idolis sermens, cum ejas-
modi nec cibum sumere (ib., v, 11). Il ne faisait d'ailleurs
que rappeler le décret du concile de Jérusalem, qui or-
donnait de s'abstenir des viandes immolées aux idoles.
Ut abstineatis vos ab immolatis simulaerorum. (Act. Ap.,
xv, 29.)
Cette parole détachée, qui finit subitement l'Epître de
saint Jean, est une leçon vive qui reste comme un trait
fixé dans l'esprit.
L'Apôtre, sortant de la chaudière brûlante où l'avait
plongé Domitien, adresse cette parole à tous les chrétiens
de l'univers.
Elle a retenti pendant trois siècles dans le monde
entier, quand les papes, les évoques, les vieillards, les
vierges et les jeunes enfants même étaient menacés du
glaive et des plus horribles supplices, s'ils ne brûlaient
de l'encens devant les idoles. .
a Gardez-vous des idoles! » cette parole a fait des
millions de martyrs.
Aujourd'hui, le monde est encore plein d'idoles. Il y
en a d'or, de chair, et de plus vils encore. Chrétiens,
gardons-nous des idoles. Custodite vos a simulacris. N'a-
dorons <jue Dieu, n'aimons que Dieu, et ne craignons
que Dieu.
COMMENTAIRE
SUR LA
* T
DEUXIEME EPITRE DE SAINT JEAN
A ÉLECTE
i s
PREFACE
Saint Jean adresse sa seconde Epîtreàune dame chrétienne
nommée Electe ; il l'exhorte à persévérer dans la foi avec ses
fils, et lui recommande de n'avoir aucun commerce avec les
nouveaux hérétiques.
L'Apôtre écrivit cette lettre vers le même temps que la
première; elle contient, dans sa brièveté, à peu près les
mêmes idées, exprimées souvent dans les mêmes termes.
Ainsi, dans la première, il dit : Non mandatant novum
scribo vobis, sed mandatant vêtus (n, 7) ; et dans la seconde :
No)i tanquara mandatum novum scribens tibi, sed quod
kabuimus ad initio, ut diligamus alteruirum (5). — Dans
La première : Omnis qui ner/at Filium, nec Patrem habet ;
qui con/îtetur Filium, et Patrem habet (n, 23); dans la
soconde : Omnis qui recedit, et non permanet in doctrina
Christi, Deum non habet; qui permanet in doctrina, hic
et Patrem et Filium habet (0). — Dans la première : Mulii
pseudoprophetœ exierunt in mundum. Inhoc cognoscitur
Spiritus Dei : Omnis Spiritus qui con/îtetur Christum in
carne venisse, ex Deo est; et omnis qui suivit Jesum ex
Deo non est, et hic est Antichristus (iy. 2) ; dans la seconde:
Mu ni seductores exierunt in mundum, qui non cou/îtentin'
Jesum Christum venisse in carnem ; hic est seductor et An/i-
christus (7). — Dans la première: Hœc est enim charitas
Dei. ni mandata ejus custodiamus (v, 3); dans la seconde :
Tlœc est charitas, ut ambulemus secundum mandata
ejus (G).
Il est peu probable que suint Jean ait écrit cette Epltre
de l'île de Patmos, durant son exil, puisqu'il annonce qu'il
— 452 —
espère aller bientôt visiter Electe et ses fils. On conjecture
qu'il l'écrivit peu de temps après son retour à Ephèse.
L'authenticité de cette Epttre n'est pas douteuse ; elle a
été citée par saint Augustin : Joannes enim dicit aliène1
duel fine hominïbus Ave non esse dicendum. (S. Aug. de
Bapt. contra Donat., 1. VII, ch. xlix, n. £0.) Et dans son bel
ouvrage de Doclrina christiana, dressant le catalogue des
livres canoniques, il compte « trois Epîtres do saint Jean »
(1. Il, ch. vin).
Saint Jérôme la nomme avec la troisième : Clan gai tuba
Evangelica .filius tonitrui, dit-il, quem Jésus amavit plu-
rimum, qui de pectore Salvaloris doctrinarum fluenta
potavil : « Presbyter Eleclœ Dominer et flliis ejus, quos
ego diligo in veritate. » El in alla Epislola : « Presbyter
Gaio carissimo, quem ego diligo in verilate. » (S. Hieron.
Ep. 146 ad Evangel.)
Saint Irénée la cite de même : 'Iwocwyîç o toû K-jçicj u-aO/irr,;
ir.i-t'.vz 77,7 xstTaot&rjV c.Gtwv, u.riiïz Xa'.ûciv aùrcï; ucp' r,y.Ôjv Xs-Yscôat [jCjay,6s':.
'O *j'àp as^mv aùroï;, or.a'tv, Xxîpc'.v, /.cvaiveï roï; êp'voiç aùrcôv r:or/;o&ï;.
Joannes enim Dornini discipulus intendit damnation em
in eos (hœrelieos), ne Ave quidem eis a Jiobis diei volens :
Qui enim, inquit, dicit eis Ave, communicat operïbus
eorura malignis. (S. Iren. Hier., 1. I, ch. xvi, n. 3.)
Au concile de Carthage, présidé par saint Cyprien, l'an 256,
un des Evêques nommé Aurelius dit : « Joannes Arposlolus
in Epislola sua posuil dicens ; Si quis ad vos venit et
docirinam Christi non habel, nolite eum admittere in
domum vestram, et Ave illi ne diœeritis. Qui enim dixerit
illi Ave, communicat faclis ejus malts. Cette sentence de
l'évêque Aurelius, est la quatre-vingt-unième dans les actes du
concile. La seconde Epître de saint Jean, d'où ces paroles sont
tirées, était donc alors regardée comme Ecriture divine par
tous les Evêques d'Afrique.
Quelques anciens écrivains attribuaient, il est vrai, cette
Epître à un certain prêtre Jean d'Ephèse : mais à partir du
Ve siècle elle a été unanimement reconnue comme l'œuvre
de l'Apôtre saint Jean.
DEUXIÈME ÉPITRE DE SAINT JEAN
A ELEOTE
ANALYSE
Saint Jean félicite la dame chrétienne Electe et ses fils de ce
qu'ils ont conservé la vraie foi. Puis il leur rappelle le précepte
de la charité fraternelle, et il les exhorte à persévérer dans la
saine doctrine. Pour cela, ils éviteront avec soin les hérésies
nouvelles, qui attaquent la vérité de l'incarnation du Christ,
ils fuiront ceux qui répandent ces erreurs, et ils ne les salue-
ront pas.
1. Senior Electœ dominœ et
natis ejus, quos ego diligo in
veritate, et non ego soins, sed
et omnes qui cognoverunt veri-
tatem,
2. Propter veritatem quœ
permanet in nabis, et nobiscum
rrit in œternum.
3. Sit vobiscwn gratin, mise-
ricordia, pax a Deo Pâtre, et
a Christo Jesu Filio Patris in
veritate et charitate.
4. Gavisus su. m valde, quo-
niam inveni de filiis tuis ambu-
lantes in veritate, sicut rnan-
datum accepimus a Votre.
~>. Et mine rogo te, domina.
non tanquam mandatum nomm
scribens tibi, sed quod iinbui-
mus ab initio, nt diligamus
alterutrum.
>'>. Et hase est char il a . ut am-
bulemus se < ndum mandat"
ej>'s. Hoc est enim mandatum,
1. Le Vieillard à la dame Electe
et à ses enfants, que j'aime dans la
vérité, et qui ne sont pas aimés de
moi seul, mais de tous ceux qui
connaissent la vérité;
2. Et nous les aimons à cause de
cette même vérité qui demeure en
nous et qui sera en nous éternelle-
ment.
3. Que la grâce, la miséricorde et
la paix vous soient données dans la
vérité et la charité par Dieu le Père
et par Jésus-Christ Fils du Père.
4. J'ai eu bien de la joie de trouver
de vos enfants qui marchaient dans
la vérité selon le commandement
que nous avons reçu du Père.
5. Et ce que je vous écris à pré-
sent, madame, n'est pas un com-
mandement nouveau, mais le même
précepte que nous avons reçu dès le
' cinmencement, qui est de nous
aimer les uns les autres.
6. Or la charité consiste à marcher
selon les commandements de Dieu.
Cnr tel est le commandement que
— i:,i
vous ave/ ivru dès le commencement,
afin que vous l'observiez.
7. Je vous écris ces choses" parce
qu'il s*e>t élevé dans le monde beau-
coup d'imposteurs, qui ne confessent
point que Jésus-Christ est venu dans
la chair. Quiconque le nie est un
séducteur et un antechrist.
8. Prenez garde à vous, afin de
ne pas perdre les bonnes œuvres
que vous avez faites, mais de rece-
voir une pleine récompense.
9. Quiconque ne demeure point
dans la doctrine du Christ, mais
s'en éloigne, n'a point Dieu en lui;
mais celui qui demeure dans sa
doctrine possède le Père et le Fils.
10. Si quelqu'un vient vers vous
et n'apporte pas cette doctrine, ne
le recevez pas dans votre maison,
et ne le saluez point.
11. Car celui qui le salue participe
à ses actions mauvaises.
12. J'aurais encore plusieurs cho-
ses à vous écrire, mais je n'ai pas
voulu les traiter avec le papier et
l'encre : car j'espère aller vous voir
et vous entretenir de vive vois, pour
que votre joie soit parfaite.
13. Les fils de votre sœur Electe
vous saluent.
ut quemadmodum audistis ab
initio, in eo ambuletis.
7. Quoniam multi seductores
exierunt in mundum, qui non
confitentur Jesum Christ u m
venisse in carnem : hic est
seductor et antichristus.
8. Videte vosmetipsos, ne per-
datis quœ operati estis, sed ut
mercedem plenam accipiatis.
9. Omnis qui recedit, et non
permanet in doctrina Christi,
Deum non habet : qui permanet
in doctrina, hic et Patrem et
Filium habet.
10. Si quis venit ad vos, et
hanc doctrinam non affert, no-
lite recipere eum in domum,
nec Ave ei dixeritis.
11. Qui enim dicit illi Ave,
communicat operibus ejus ma-
lignis.
12. Plura habens vobis scri-
bere, nolui per chartam et atra-
mentum : spero enim me futu-
rum apud vos, et os ad os loqui,
>>( gaudium vestrum plénum sit.
13. Salutant te filii sororis
tuœ Electœ.
COMMENTAIRE
1. Senior Electœ dominœ, et natis ejus, quos ego diligo
in veritate, et non ego soins, sed et omnes qui cognove-
runt veritaiem. « Le Vieillard écrit à la dame Electe et à
ses enfants ; il les aime dans la vérité ; et ils ne sont pas
aimés de lui seul, mais de tous ceux qui connaissent la
vérité. »
Senioi*, 6 ^pscêurepoç, « le Vieillard. » Tous les Apôtres
étaient morts depuis longtemps. Il restait encore, à la fin
— 455 — // Joan.
du premier siècle, bon nombre d'anciens qui avaient vu
Notre-Seigneur, notamment saint Siméon, évêque de
Jérusalem ; mais saint Jean demeurait le seul qui put
raconter, comme témoin, les actions, les discours et les
miracles de Jésus pendant sa vie publique, sa passion,
sa résurrection et son ascension. Il méritait donc d'être
appelé dans toute l'Eglise le Vieillard.
Electœ dominée. On se partage sur l'interprétation de
ces deux mots. Les uns y voient une noble dame nommée
Elecla; les autres, une dame « élue » ou chrétienne, dont
le nom est inconnu. Selon d'autres, ce n'est point à une
femme qu'écrirait saint Jean : Electa domina serait une
Eglise.
Ce dernier sentiment, quoique soutenu aujourd'hui
par des écrivains sérieux, nous parait difficile à admettre.
Si saint Jean écrivait à une Eglise, qui donc l'empêchait
de le dire simplement comme font les autres Apôtres,
et notamment saint Paul lorsqu'il écrit à l'Eglise de
Thessalonique, à l'Eglise de Corinthe, aux Eglises de
Galatie, etc.?
Au lieu de cela, saint Jean recourrait à une perpétuelle
allégorie. C'est une dame Electa, qui a des enfants dont
plusieurs sont chrétiens ; et cette dame a une sœur chré-
tienne, qui elle-même a des fils, lesquels saluent leur
tante. Pas un mot dans toute la lettre qui nous fasse
soupçonner que les deux dames sont deux Eglises ; une
pareille allégorie est forcée, invraisemblable.
On veut s'appuyer sur saint Jérôme; mais un mot du
saint Docteur, mot obscur et jeté en passant, ne saurait
être une autorité décisive (1).
Saint Jean, selon nous, écrit certainement à une femme.
Mai> K/.ÀEKTY, est-il son vrai nom ? Plusieurs en doutent.
(1) Voyez saint Jérôme, Epître cxxiu ad Ageruch., n. \2. Après avoir
appliqué h rEglise cette parole du Cantique des cantiques : Una est
columba mea... una est matri suatt electa. g enitr ici suœ, il ajoute : Ad
quant geribil idem Joanne* epistolam : Senior Electœ Domina' et filiis
■jus. ' point la un de ces rapprochements spirituels, une de ces
pieuses Allusions dont bous trouvons tant d'eiemples dan- les Saints
Pèr
— 456 —
L'auteur delà Vulgate traduit ce mot par sa signification
latine, electa : ce qui semblerait en faire un adjectif:
electa domina voudrait dire une dame « élue » du Sei-
gneur pour recevoir la lumière de l'Evangile et la grâce
du baptême.
On ajoute qu'à la fin de la lettre, saint Jean dit : Salu-
tant te filil soroiis tuœ electœ. En grec, ôuntaÇeTa^ nt Tà
TÉxva ttJç <x8eX<p7jç cou T'?jç exXexTîjç. Est-ce que deux sœurs
porteraient le même nom? L'on propose donc de traduire
au dernier verset : Les fils de votre sœur, qui est élue,
c'est-à-dire chrétienne, vous saluent. Mais si electa est
un adjectif à la fin de la lettre, pourquoi ne l'est-il pas
aussi au commencement?
Nous ferons observer que, si electa (exXexrirj) n'était la
première fois qu'un adjectif, l'inscription de la lettre
serait bien vague : « Le Vieillard à une dame élue. » Une
telle inscription n'est guère admissible. Il faut un nom ;
or, Electa semble un nom chrétien. En effet, lorsque des
dames romaines d'un rang distingué recevaient le bap-
tême, quelques-unes prenaient, par piété et par prudence,
un nom religieux sous lequel elles étaient connues parmi
les fidèles. Ce nom, qui était une leçon continuelle de
sainteté, servait en même temps à les dérober à la per-
sécution. C'est ainsi que l'illustre Pomponia Grœcina,
femme de Plautius, le conquérant de la Bretagne, se
nommait dans les assemblées chrétiennes Lucina, c'est-
à-dire l'Illuminée. (Tacit. Ann., III, 37. Dom Guéranger,
Vie de sainte Cécile.) De même, Electa serait le nom
chrétien de la dame à qui saint Jean adresse sa lettre.
Quant à la difficulté tirée du nom de sa sœur, elle s'expli-
querait facilement : hCtex.x\, electa^ ne serait la seconde
fois qu'un adjectif, et saint Jean dirait en jouant sur le
mot : Les fils de votre sœur vous saluent; de votre sœur,
dis-je, qui, sans porter le nom d? Electa, est cependant
« élue » aussi bien que vous.
Nous devons encore mentionner une interprétation
donnée par quelques modernes. Ils prennent Ulsxrq pour
un adjectif, et Kupfa pour un nom. Selon eux, l'inscription
— 15} — // Joan.
serait : « à l'élue Cyria. t Mais Kupfe n'est point un nom
propre usité chez les anciens Grecs, pas plus que Domina
chez les Latins, et une femme chrétienne n'aura point
choisi ce nom ambitieux.
La traduction ordinaire de l'inscription : « à la dame
Electa ou Electe » nous paraît donc en somme la meilleure.
Dominœ, xupfaf. Ce titre indique que la dame à qui saint
Jean adresse sa lettre était une personne de distinction.
Et natis ejus qttos ego diligo in veritale. « Et à ses en-
fants que j'aime dans la vérité. » Quel est celui qui aime
en vérité? Ce n'est point celui qui aime par intérêt, sym-
pathie ou passion. Aimer ainsi n'est pas aimer le pro-
chain, mais soi-même. Aimer quelqu'un en vérité, c'est
l'aimer pour Dieu, pour qu'il loue Dieu dans les siècles
des siècles, et pour qu'il soit éternellement aimé de Dieu.
Aimer vraiment un ami, dit saint Augustin, c'est aimer
Dieu en cet ami, ou parce que Dieu est en lui, ou afin
qu'il y soit. Me veraciter ainat amicwn, qui Deuni amat
in amico, aut quia est in illo, aut ut sit in illo. (Serm.
cccxxvi, n. 2.)
Et non ego solus, sed et omnes qui cognoverunt venta-
ient. « Et vos enfants ne sont pas aimés de moi seul,
mais de tous ceux qui connaissent la vérité. » Car tous
les chrétiens, unis dans la même foi, s'entr'aiment et
s'aident mutuellement à parvenir au ciel (1).
2. Propter veritatem quge permanet in nobis, et nobis-
cum erit in œlernum. « Nous les aimons à cause de la
vérité qui demeure en nous, et qui sera éternellement
avec nous. » La raison qui fait que nous vous aimons
vous et vos enfants, est notre foi commune. C'est là un
motif qui ne cessera jamais. Car votre foi est vraie en
(1) Et natis eji's. Le datif natispeût venir de nota aussi bien que de
nati's ; mais le pronom quos ôte l'équivoque. Saint Jean adresse sa
lettre à. Electe et h ses lils. Le grec n'e>t pas moins clair : au neutre
•cc'zvsf,-, l'auteur joint le masculin bu*, faisant l'accord avec l'idée, et
non avec Le terme ; c'est ce que les grammairiens appellent une syl-
lepse. Toutefois, Les masculins quos et 5Ô5-,en exigeanl les Mis, n'excluent
pas le> QUes. Aussi, pour demeurer fidèles, nous traduisons : « a la
dame Electe e1 a ses enfants. »
— 458 —
elle-même, et elle sera toujours reconnue comme vraie
par l'Eglise de la terre et du ciel. Ce que nous croyons
maintenant est vrai pour l'éternité.
3. St't vobiscum qratia, ?nisericordiai pax a Deo Pâtre,
et a Cltristo Jesn Filio Patris, in veritate et charitate.
« Que la grâce, la miséricorde et la paix soient avec vous
de la part de Dieu le Père, et de Jésus-Christ Fils du
Père, et que ces dons habitent en vous dans la vérité et
la charité. »
Gratia. Que la grâce sanctifiante réside et croisse en
vous par l'effusion abondante des grâces actuelles.
Misericordia. Que la miséricorde divine pardonne les
fautes qui vous échappent, guérisse vos infirmités et
subvienne à vos faiblesses.
Pax. Que la paix, accompagnée des biens spirituels
dont elle est la plénitude et la confirmation, règne entre
Dieu et vous, et que la concorde soit parfaite entre vous
et tous les frères. (I Petr., i, 2.)
A Deo Pâtre et a Cliristo Jesn Filio Patris. C'est du sein
de Dieu le Père que découlent la grâce, la miséricorde et
la paix; c'est Jésus-Christ Fils de Dieu qui nous mérite
ces biens, et nous les donne de la part du Père.
In veritate et charitate. Que la grâce, la miséricorde et
la paix soient donc en vous; mais ces dons précieux ne
descendent que dans une âme où habitent la vérité et la
charité. Il n'y a point de paix pour celui qui n'accepte
pas toute la vérité évangélique, ni pour celui qui n'aime
pas ses frères. On ne trouvera point la charité dans un
orgueilleux,, révolté contre l'enseignement de l'Eglise.
L'amertume règne dans son cœur, et ses paroles sont
pleines de fiel.
In veritate et charitate. La vérité éclaire l'intelligence,
et la charité embrase le cœur. Ces deux mots résument
cette petite lettre, où saint Jean détourne de l'erreur et
exhorte à la charité.
4. Gavisus sum valde, quoniam inveni de filiis luis
ambulantes in veritate, sicut mandatum accepimus a
Pâtre. « J'ai éprouvé bien de la joie, parce que j'ai trouvé
— 459 — UJoan.
de vos enfants qui marchaient dans la vérité, selon le
commandement que nous avons reçu du Père. »
Gavisus sum. La joie qu'il a éprouvée est une joie spiri-
tuelle et selon Dieu, la seule qui convient à un Apôtre
rempli du Saint-Esprit.
Inveni. 11 ne dit pas : J'ai appris par des récits que plu-
sieurs de vos enfants marchaient dans la vérité; il dit :
Je les ai trouvés, je les ai vus moi-même, et j'ai reconnu
avec joie qu'ils acceptaient dans son intégrité la vraie
doctrine de Jésus-Christ, qu'ils la croyaient, la profes-
saient, la pratiquaient : ambulantes in veritate. Ils obéis-
sent ainsi à l'ordre du Père, qui a fait entendre du haut
des cieux cette parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
écoutez-le. » Sicut mandatum accepimus a Pâtre.
Inveni. Saint Jean écrit à cette dame « qu'il a trouvé
ses enfants. » Ils n'étaient donc pas avec leur mère quand
il les a vus. Peut-être les avait-il rencontrés à Ephèse,
chez leur tante dont il est question à la fin de cette lettre.
Ambulantes, « ils marchent. » On ne doit pas s'arrêter
et se reposer dans la voie du bien : il faut y marcher, il
faut avancer dans les vertus : Ibunt de virtute in viriutem.
Un païen même nous avertit que nous devons chaque
jour corriger quelque chose de nos défauts. Quotidie
aliquid de vitiis demendum, nous dit Senèque. (De Vita
beata, 17.)
5. Et nunc roejo te, domina, non tanquam mandatum
novam scribens tibi, sed quod habuimus ab initio, ut dili-
gamus alteriitrum. « Et si je vous écris maintenant, ma-
dame, ce n'est point pour vous presser d'accomplir un
commandement nouveau, mais pour vous rappeler le
même précepte que nous avons reçu dès le commence-
ment, celui de nous aimer les uns les autres. »
Puisque l'Apotre nous inculque sans cesse ce comman-
dement, interrogeons-nous, voyons si nous l'accomplis-
sons. Aimons-nous vraiment notre prochain? l'obligeons-
nous selon notre pouvoir? Plusieurs se font illusion,
croyant aimer, lorsqu'ils ^abstiennent de haïr.
Rof/n. i je vous prie. » Que font les évoques et les pasr
— 460 —
teurs, lorsqu'ils adressent la parole aux fidèles? Est-ce
qu'ils les prient pour en obtenir des bienfaits? Non, mais
ils les supplient de ne pas offenser Dieu et de sauver
leurs âmes.
6. Et hœc est charitas, ut ambulemus secundum man-
data ejus. Hoc est enim mandatum, ut quemadmodum
audistis ab initio, in eo ambulelis. « Or, la charité consiste
à marcher dans les commandements de Dieu. Tel est en
effet le commandement que vous avez reçu dès le principe
pour que vous l'observiez. »
Hœc est charitas. L'amour que nous devons avoir pour
Dieu consiste à observer ses commandements. Or le
principal commandement que vous avez appris dès l'ori-
gine, quand on vous a enseigné la religion chrétienne,
consiste à aimer Dieu et le prochain pour Dieu.
Saint Jean passe au second objet de sa lettre : après
avoir recommandé la charité fraternelle, il vient à la
pureté de la foi qui en est le principe; car la charité est
fille de la vérité.
7. Quoniam multi seductores exierunt in mundum. Je
vous ai rappelé le précepte de la charité : il faut y joindre
celui de la foi; « car un grand nombre de séducteurs ont
apparu dans le monde. »
Qui non confitentur Jesum Christian venisse in carnem.
« Ces séducteurs nient que Jésus-Christ soit venu dans
une chair véritable. » Qui non confitentur, oi pur] otAoAoyouvTsç :
non seulement ils s'abstiennent de le confesser, mais ils
le nient. Tel est le sens des expressions où oyÀ, o'jy
ouoAoysco. Les' négations où et \j:\, placées devant ôy.oXoysto et
Y^m, en font un composé négatif, nego. (Synt. 196.)
Non confitentur Jesum Christum venisse in carnem.
Ils nient que Jésus-Christ soit un Dieu incarné. Les uns
prétendent qu'il n'est pas le Fils de Dieu descendu du
ciel et revêtu de la nature humaine. C'était l'enseignement
de Cérinthe. Les autres disent que le Christ, esprit
céleste, n'a pas pris une chair réelle et qu'il n'a souffert
qu'en apparence. C'était l'hérésie de Basilide. Jésus-
Christ, disait-il, n'avait qu'un corps fantastique. Pendant
— 461 — Il Joan.
sa passion, il avait pris la figure de Simon le Cyrénéen et
lui avait donné la sienne. Ainsi les Juifs avaient crucifié
Simon au lieu du Christ, qui était remonté au ciel, en se
dérobant à la vue de tout le monde. Cette hérésie suppri-
mait la rédemption du genre humain. Car si le Christ n'a
pas pris une chair véritable, nos péchés ne sont pas expiés.
Hic est seductor et antichristus, en grec avec l'article :
o'jtôç Bortv g 7cXàvoç -/.xi 6 'AvTc/p'.^Toç, celui-là est le séduc-
teur prédit, il est l'Antéchrist qui doit venir à la fin des
temps. Il en a l'impiété et il fait son œuvre. Il attaque
la personne même du Christ, car il lui ôte la nature
humaine, et il supprime du même coup sa nature divine,
en le faisant menteur. Voilà ce qu'osaient enseigner ces
impudents hérétiques, du vivant même de saint Jean,
qui avait vu et entendu Jésus-Christ, qui avait pendant
plus de trois ans vécu intimement avec lui, qui l'avait
touché de ses mains et avait reposé sa tète sur sa poitrine.
8. Vidcte vosmetipsos, ne perdatis qnœ operati estis, sed
ut mercedcm plenam accipiatis. « Prenez garde à vous,
afin de ne pas perdre le fruit des bonnes œuvres que vous
avez faites, mais de recevoir une pleine récompense. »
Videte vosmetipsos. Il parle au pluriel. Cette lettre ne
s'adresse donc pas à Electe seule, mais à sa famille et
aux autres chrétiens qui se trouvaient en rapport avec
cette dame puissante.
Ne perdatis quœ operati estis. « Ne perdez pas les
œuvres que vous avez faites. » Il en est qui ont jeûné,
prié, prêché l'Evangile, converti beaucoup de pécheurs:
ils ont même glorieusement défendu l'Eglise ; mais un
sentiment d'orgueil les a détachés de la foi commune, et
ils ont perdu leur magnifique récompense. Que c'est
triste! Commencer comme un apôtre et finir apostat!
Videte ut mercedem plenam accipiatis. « Faites en sorte
de recevoir une pleine récompense. » Beaucoup de bonnes
œuvres seront peu récompensées, parce qu'elles n'auront
pas été bien faites. Appliquons-nous à faire celles que
Dieu demande de nous, avec l'intention pure de lui
plaire; commençons -les, continuons -les, iinissons-les
— 462 -
bien, en temps opportun. Notre récompense alors sera
pleine et abondante dans les cieux.
9. Omnis qui recedit, et non permanet in doctrina Chri-
sti9 Deum non habet; qui permanet in doctrina, hic et
Palrem et Filium habet (1). « Quiconque ne demeure
point dans la doctrine du Christ, mais s'en éloigne, ne
possède point Dieu ; et quiconque possède sa doctrine,
possède le Père et le Fils. » Ils habitent dès maintenant
en lui par la grâce, et il les possédera éternellement dans
la gloire.
Vous admirez l'éloquence de Tertulîien et la science
d'Eusèbe. J'estime comme vous leurs beaux ouvrages,
utiles à la religion. Mais Dieu n'est point avec le savant
Eusèbe ni avec l'éloquent Tertulîien, car tous deux ont
combattu la foi, et sans la foi il est impossible de plaire
à Dieu. Tous deux ont rejeté la doctrine que le Christ a
enseignée, et ils sont justement rejetés par le Père et
par le Fils. Il en est de même de plusieurs écrivains
religieux de ces derniers temps. On vante leurs talents
et leurs vertus. Mais ils ont vécu et ils sont morts dans
l'hérésie. N'envions point leur renommée : un humble
acte de foi prononcé par une pauvre paysanne vaut mieux
que toutes les belles choses qu'a écrites Pascal.
Qui permanet in doctrina, hic et Patrem et Filium habet.
Mais celui qui demeure dans la doctrine de Jésus-Christ
possède le Père et le Fils ; ils habitent en lui selon cette
parole de Notre -Seigneur : « Si quelqu'un m'aime, il
(1) Qui recedit. Tout homme qui se retire de l'assemblée des fidèles,
qui se sépare de l'Eglise, et qui ne demeure pas dans la doctrine com-
mune, ne possède point Dieu. Tel est le sens de la Vulgate. Dans le
grec, on lit b itpodc/tav^ qui prœcedit, qui ultra vadit, celui qui marche
en avant, qui prétend aller plus loin que la doctrine évangélique : —
nous dirions aujourd'hui l'homme de progrès, qui s'indigne de l'im-
mobilité où l'Eglise enchaîne son génie et qui dédaigne la tradition : —
celui-là ne possède pas Dieu. La leçon TTpo&.yw est donnée par les trois
meilleurs manuscrits : le sinaïtique, l'alexandrin et celui du Vatican.
D'autres manuscrits avec Théophylacte et Œcumenius donnent b
napaSâivoiv, qui transgreditur. D'anciens lectionnaires ont prœcedit.
Peut-être le traducteur avait-il écrit precedit, qui sera devenu recedit
sous la main d'un copiste.
— 463 — HJoan.
gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous vien-
drons à lui, et nous demeurerons en lui. » (S. Jean.
xiv, 23.)
10 et 11. Si quis venit ad vos, et hanc doctrinam non
affert, nolite recipere eum in domnm, nec Ave ei dixeritis.
— Qui enim dicit illi Ave, communicat opérions ejus ma-
liqnis. « Si quelqu'un vient vers vous et n'apporte pas
cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et
ne le saluez point. Car celui qui le salue participe à ses
actions mauvaises. »
Si quis venit ad vos. Il y avait alors des hérétiques
qui parcouraient les provinces en y semant leurs erreurs,
et ils demandaient l'hospitalité aux maisons chrétiennes.
Saint Jean avertit de ne pas les recevoir. On examinera
donc la foi de ces voyageurs, et s'ils ne confessent pas
que Jésus-Christ est le Fils de Dieu fait homme, il faut
les repousser; car les recevoir chez soi, c'est coopérer à
la propagation de l'hérésie.
Saint Jean ne donne pas là un simple conseil, mais un
précepte, dit Corneille Lapierre. Non tantum consulit,
sed prœcipit.
Nolite recipere eum in domum. Autre chose est la
tolérance, autre chose les liaisons amicales. Dans nos
sociétés mêlées de catholiques, d'hérétiques et d'incré-
dules, il y a des rapports d'affaires et d'intérêts publics
qui sont inévitables. Saint Jean n'interdit point ces rela-
tions nécessaires. Mais il ne veut d'amitié et d'alliance
qu'avec les chrétiens unis dans la même foi. N'invitez
point les hérétiques à votre table et ne paraissez pas à
la leur. Rompez avec ceux qui combattent l'Eglise. Si
un catholique apostasie, ne le saluez pas. Evitez comme
un opprobre la femme divorcée, et ne touchez pas la
main de l'adultère qui se prétend son époux.
Necjue Ave ei dixeritis. Saint Jean a pratiqué lui-même
ce qu'il nous ordonne. Car saint Irénée rapporte le fait
suivant qu'il avait appris de saint Polycarpe. « Saint
Jeau, le disciple du Seigneur, étant allé un jour aux bains
publics d'Ephèse, y vit Cérinthe. Aussitôt, sans prendre
— 464 —
le bain, il s'enfuit de l'établissement, en disant : « Je
crains que l'édifice ne tombe sur la tête de Cérinthe,
l'ennemi de la vérité, et ne nous écrase avec lui. »
Saint Polycarpe imita lui-même l'exemple de son
maître. Ayant un jour rencontré Marcion qui lui de-
manda : Nous reconnaissez - vous ? il répondit : « Je
reconnais le fils aîné de Satan. »
On voit combien les Apôtres et leurs disciples évitaient
de communiquer avec ceux qui corrompaient la doctrine.
La théologie nomme trois cas où la faite des héréti-
ques est ordonnée de droit divin et naturel. Première-
ment, il faut les éviter, lorsqu'il y a péril de perversion
pour soi-même; et ce péril n'est point rare.
Secondement, il faut les éviter, lorsqu'on participerait
à l'hérésie en faisant une chose qui la favorise; si, par
exemple, on donne l'hospitalité à un hérétique qui vient
dans une ville pour y propager ses erreurs.
Troisièmement, il faut encore éviter les hérétiques,
lorsqu'en les fréquentant, on pourrait scandaliser les
autres et les induire par son exemple à accepter l'erreur.
11. Qui enim dicit illi Ave, communient operibus ejus
malignis, « Car celui qui le salue participe à ses actions
mauvaises. » Si les chrétiens suivaient le précepte de
saint Jean, l'on verrait tomber l'influence des impies.
Les méchants ne sont forts que par la complicité des
bons. C'est en s'appuyant sur les honnêtes gens qu'une
faible minorité d'ambitieux parvient à opprimer un grand
peuple. Cessons de vanter et de rechercher les incré-
dules ; ne leur demandons aucun service, et notre foi
libre, ferme, fera revivre parmi nous les vertus chré-
tiennes.
Il faut ajouter que la conversation habituelle avec les
hérétiques, aussi bien que la lecture de leurs écrits, est
extrêmement dangereuse. Peu à peu le poison s'insinue,
l'erreur paraît moins odieuse, la foi s'affaiblit et enfin
elle meurt. Sermo eorum ut cancer serpit, dit saint Paul.
(II Tirn., ii, 17.)
12. Plura habens vobis scribere, nolui per cliarlam et
— 465 — // Joan.
airamentum : spero enim me futurum apud vos, et os ad
os loqui, ut gaudhim vestrum plénum sit. « J'aurais en-
core plusieurs choses à vous écrire, mais je n'ai pas
voulu les traiter avec le papier et l'encre, car j'espère
aller vous voir et vous entretenir de vive voix, afin que
votre joie soit pleine et parfaite. »
Nolui per chartam et airamentum. Il y avait, soit dans
la doctrine, soit dans l'administration de l'Eglise, des
choses qu'il n'était pas prudent de confier au papier, car
une lettre pouvait tomber entre les mains des infidèles.
Ce texte de saint Jean nous fait entendre, comme nous
l'avons déjà vu, que les Apôtres n'ont pas écrit tout ce
qu'ils enseignaient de vive voix touchant la doctrine, la
piété ou le gouvernement de l'Eglise. Il s'ensuit que la
Tradition supplée aux Ecritures, et qu'elle doit être ac-
cueillie avec un égal respect. Car Notre- Seigneur a dit à
ses Apôtres : Enseignez, et je serai avec vous jusqu'à la
fin des siècles. (Matth., xxvnr, 20.) Lors donc qu'ils
enseignent, soit par écrit, soit de vive voix, il garantit
toujours la vérité de leur parole.
Ut gaudhim vestrum plénum sit. Sans doute, c'était
partout une grande joie pour les fidèles de voir le dernier
survivant des Apôtres, le bien-aimé disciple de Jésus;
mais, ce n'est pas là ce qu'entend saint Jean. Il veut dire
que la joie d'Electe, de sa maison et des chrétiens de
l'endroit sera parfaite, parce qu'il leur communiquera
de vive voix la doctrine de l'Evangile, leur donnera tous
les éclaircissements qu'ils souhaitent, et célébrera au
milieu d'eux les saints mystères.
13. Salutant te filii sororis tu se Eleclœ. « Les enfants
de votre sœur electa vous saluent. » Cette phrase brève
soulève plusieurs questions que nous avons discutées
plus haut. La dame à qui s'adresse la lettre porte le nom
(Y Electa dans l'assemblée chrétienne. Mais sa sœur avait
un nom différent. Le mot electa, au dernier endroit, n'est
pas un nom, mais un adjectif; il doit s'écrire sans ma-
juscule, et la phrase peut se traduire ainsi : Les enfants
de votre sœur qui est aussi « une élue » comme vous,
— 466 —
c'est-à-dire une chrétienne, vous saluent. On trouve de
ces jeux de mots dans les plus anciens livres de la sainte
Ecriture.
Les neveux d'Electe, à qui saint Jean écrit, se trou
vaient auprès de l'Apôtre, mais leur mère n'était sans
doute pas alors dans la même ville, puisqu'il n'ajoute
pas les salutations de la mère à celles des enfants.
On voit dans cette Epître que l'Apôtre saint Jean veille
avec soin sur les Eglises d'Asie. Pendant que les héré-
tiques sèment leurs pernicieuses doctrines parmi les
fidèles, il aperçoit au fond de la province une femme
chrétienne, avec une partie de ses enfants chrétiens
comme elle. Il lui envoie cette lettre pour l'encourager
et l'affermir dans la vraie foi, afin qu'elle soutienne elle-
même les chrétiens du même lieu ; et non content d'écrire,
il annonce qu'il ira en personne, malgré son grand âge,
visiter ce petit troupeau et lui porter les consolations
avec les bénédictions du ciel.
Dans l'Epître suivante, à Caïus, ce n'est plus seule-
ment une famille chrétienne, c'est une Eglise opprimée
qui sera l'objet de sa vigilance.
COMMENTAIRE
SUR LA
TROISIÈME ÉPITRE DE SAINT JEAN
A CAIUS
PREFACE
Cette Epître a certains rapports avec la précédente. Car les
versets 13 et li de la troisième reproduisent le 12e de la seconde.
Dans toutes les deux, saint Jean déclare qu'il ne veut pas con-
fier au papier et à l'encre plusieurs choses qu'il aurait à dire,
mais qu'il espère bientôt aller voir celui et celle à qui il écrit,
et les entretenir de vive voix. On trouve aussi une pensée de
la première répétée dans la troisième avec les mêmes termes.
« Tout homme qui aime son frère est né de Dieu, et celui qui
pèche n'a pas vu Dieu. » (Comparez I Ep., m, G et 10, et iv,
7 et 8, avec III Ep., 11.) On en conclut que ces trois lettres sont
non seulement du même auteur, mais encore à peu près du
même temps. Or, comme les deux premières sont dirigées con-
tre Cérinthe et Ebion. Ton peut croire qu'elles étaient un pre-
mier coup porté à leurs hérésies. Elles seraient donc toutes
trois antérieures à l'Evangile du même Apôtre.
Elles n'ont pas été écrites de Patmos ; car un exilé ne man-
derait pas à des personnes éloignées qu'il ira prochainement
les voir. Or, saint Jean fut relégué dans l'île de Patmos la
dixième année de Dornitien, Tan 91 de Jésus-Christ. Domitien
ayant été tué l'an 96, saint Jean revint alors à Ephèse, la pre-
mière année de Nerva. Ce serait donc peu de temps après ce
retour qu'il aurait écrit ses trois lettres.
Nous ne prouverons pas en particulier l'authenticité de cette
Epître ; nous dirons seulement qu'elle est portée sur tous les
catalogues de Carthage, de saint Augustin, de saint Cyrille
de Jérusalem, d'Innocent I, de Gélase, enfin des conciles de
Florence, de Trente <l du Vatican.
TROISIEME EP1TRE DE SAINT JEAN
A CAIUS
ANALYSE
Il y avait, dans la région de l'Asie mineure que gouvernait
l'Apôtre saint Jean, une Eglise dont le nom est inconnu. Elle
était administrée par Diotréphès, qui en était probablement
l'évêque. Ce Diotréphès, jaloux de son pouvoir, méprisait saint
Jean, attaquait sa réputation par d'odieuses calomnies, et chas-
sa même de l'assemblée des fidèles ceux qui recevaient les
messagers de l'Apôtre.
Avant de recourir aux mesures qu'exigeait l'intérêt de cette
église, saint Jean prend le parti d'écrire à Caïus, un des fidèles
les plus distingués du lieu.
Il loue d'abord sa charité envers les chrétiens, surtout envers
les frères qui voyagent pour la religion. Il l'exhorte à accueillir
avec la même bonté ceux qui lui porteront cette lettre.
Il n'écrit point à l'Eglise où Gaïus réside, parce que Diotré-
phès qui la gouverne rejette son autorité. Au reste, il ne veut
point traiter dans une lettre ce qui concerne cette Eglise; mais
il lui annonce qu'il ira lui-même prochainement le voir: ils
s'entretiendront alors ensemble de l'état des choses, et l'Apô-
tre demandera compte à Diotréphès de ses discours et de sa
conduite.
Saint Jean termine en faisant l'éloge de Démétrius, autre
chrétien fidèle, et il le charge de saluer de sa part chacun des
frères qui sont ses amis.
Gette lettre fort adroite préparait la visite de l'Apôtre et les
mesures qu'il devait prendre pour rétablir l'ordre dans une
Eglise opprimée.
1. Senior Caio charissimo, 1. Le Yieilhml à mon très cher
quem ego diligo in veritate. Caïus que j'aime dans la vérité.
■i. < he rissime, de omnibus ora- '2. Mon bien-aimé, je prie Dieu
47-2 —
que tout soit chez vous en aussi bon
état pour ce qui regarde vos affaires
et votre santé que pour ce qui con-
cerne votre âme.
o. J'ai ressenti une grande joie
lorsque les frères qui sont venus ici
( nt rendu témoignage à votre reli-
gion sincère et à la conduite que
vous menez selon la vérité.
4. Je n'ai point de plus grande
joie que d'apprendre que mes en-
fants marchent dans la voie de la
vérité.
5. Mon bien-aimé, vous faites une
œuvre de foi en prenant un soin
charitable pour les frères, et parti-
culièrement pour les étrangers.
6. Ils ont rendu témoignage à
votre charité en présence de l'Eglise ;
et vous ferez une action excellente
en les assistant dans leurs voyages
d'une manière digne de Dieu.
7. Car c'est pour la gloire de son
nom qu'ils sont partis, sans rien
recevoir des Gentils.
8. Nous devons donc les traiter
avec honneur, afin de coopérer h
l'extension de la vérité.
9. J'aurais peut-être écrit à votre
Eglise; mais Diotréphès, qui aime
à y tenir le premier rang, ne nous
reçoit point.
10. C'est pourquoi, si je vais chez
vous, je le ferai ressouvenir de ce
qu'il fait quand il sème contre nous
des médisances malignes ; et comme
si ce n'était pas assez, non seulement
il ne reçoit point les frères, mais il
s'oppose à ceux qui voudraient les
recevoir, et il les chasse de l'Eglise.
11. Mon bien-aimé, n'imitez point
ce qui est mauvais, mais ce qui est
bon. Celui qui fait le bien est de
Dieu, mais celui qui fait le mal n'a
point vu Dieu.
12. Pour Démétrius, tout le monde
lui rend témoignage, et la vérité
elle-même le loue. Nous aussi nous
lui rendons témoignage, et vous
savez que notre témoignage est
véritable.
13. J'aurais bien des choses a. vous
tionem facio prospère te ingredi,
et valere, sicut prospère agit
anima tua.
3. Gavisus su m valde venien-
tibus fratribus, et testimonium
perliibentibus veritati tuœ, sicut
tu in veritate ambulas.
4. Majorent horion non habeo
gratiam, quam ut audiara filios
meos in veritate ambulare.
5. Charissime, fideliter facis
quidquid operaris in fratres,
et hoc in peregrinos.
6. Qui testimonium reddide-
runt charitati tuœ in conspectu
Ecclesiœ : quos benefaciens de-
duces digne Deo.
7. Pro nomine enim ejus pro-
fecti sunt, nihil accipientes a
gentibus.
8. Nos ergo débet nus suscipere
hujusmodi, ut cooperatores si-
mus veritatis.
9. Scripsissem forsitan Eccle-
siœ ; sed is qui amat primatum
gerere in eis, Diotrephes, non
recipit nos.
10. Propter hoc si venero, com-
monebo ejus opéra quœ facit :
verbis malignis garriens in
nos ; et quasi non ei ista suffi-
ciant, ne que ipse suscipit fra-
tres, et eos qui suscipiunt pro-
hibet et de Ecclesia ejicit.
11. Charissime, noli imitari
malum, sed quod bonum est.
Qui bene facit, ex Deo est : qui
maie facit, non vidit Deum.
12. Demetrio testimonium
redditur ab omnibus, et ab
ipsa veritate, sed et nos testi-
monium perhibemus ; et nosti
quoniam testimonium nostrum
ver tan est.
13. Multa habui tibi scribere :
— 473 — /// Joa,\.
sed nolui per atramentum et écrire ; mais je ne veux point le faire
calamum scribere tibi. avec la plume et l'encre.
14. Spero au ton protinus te 14. Car j'espère vous voir bientôt;
videre, et os ad os loquemur. alors nous nous entretiendrons de
Pax tibi. Salutant te atnici. vive voix. La paix soit avec vous.
Salv.ta amicos nominatim. Nos amis vous saluent. Saluez aussi
nos amis chacun en particulier.
COMMENTAIRE
1. Senior Caio charissimo, quem diligo in veritate.
« Le Vieillard à mon cher Caïus, que j'aime dans la
vérité. »
Nous trouvons dans le Nouveau Testament plusieurs
Caïus. L'un était de Corinthe, hôte de saint Paul et bap-
tisé par saint Paul. (Hom., xvi, 23 ; I Cor., i, 14.) Nous
rencontrons à Ephèse un autre Caïus de Macédoine, et
un troisième de Derbé. Ils étaient disciples de saint Paul.
Celui-ci au contraire, d'après le verset 4e, paraît être le
disciple de saint Jean, puisque saint Jean le regarde
comme son fils.
On ne connaît pas le lieu de sa demeure. Seulement,
comme il est très probable que saint Jean écrit d'Ephèse,
et comme il se propose de l'aller voir bientôt, Caïus
devait habiter une de ces villes de l'Asie mineure dont
l'Apôtre gouvernait les Eglises.
Quem diligo An veritate. Nous aimons quelqu'un en
vérité, quand nous désirons et cherchons le salut de son
à me.
2. Charissime, de omnibus orationem facio prospère te
ingredi, et valcrc, sicut prospère agit anima tua. Cette
version latine, fort littérale, est un peu obscure; le grec
est plus clair : Tcepl tcocvtow euvoual m euoSouaôat y.-à uYtafoetv.
xa6à>ç z'Wssj~-j.i rou fj }v.V On pourrait traduire librement :
Deum precor lit v aléas et omnia tibi prospère cédant in
omnibus rébus temporalibus, quemadmodum cerlus sum
omnia tibi esse fausta in his qux station anima tuas
— 474 -
spectant. C'est-à-dire, je souhaite et je prie Dieu que
toutes choses vous soient prospères et que votre santé
soit bonne, comme est l'état de votre âme. Dans cet
exorde par insinuation, saint Jean rend témoignage à la
vertu de Caïus, et, connaissant sa conduite, il n'hésite pas
à l'assurer que son âme est agréable à Dieu. En outre,
s'il lui souhaite des prospérités temporelles, il sait qu'il
fait un excellent usage de toutes ces choses pour la gloire
de Dieu et pour le bien du prochain.
3. Gavisus sitm valde venientibiis fratribus, et testimo-
nium perhibentibus veritati tuœ, sicut tu in veritate
ambulas. L'Apôtre sait qu'il est digne des éloges qu'il lui
donne. Car les frères qui sont venus à Ephèse ont rendu
témoignage à sa toi sincère et ont appris à saint Jean que
Caïus marchait selon la vérité ; ce qui a causé à l'Apôtre
une grande joie.
« Ils ont rendu témoignage à votre vérité » ; il entend
dire à la vérité de votre foi. Comme cette expression n'est
pas assez claire, il l'explique aussitôt : Testimonium
perhibentibus veritati tuœ, c'est-à-dire, sicut tu in veritate
ambulas. Ils ont raconté comment vous marchez selon la
vérité. Or marcher selon la vérité, c'est avoir une foi
pure et une conduite conforme à sa foi.
4. Majorem honim non habeo (jratiam, quam ut audiam
/ilios meos in veritate ambulare. « Je n'ai point de plus
grandes actions de grâces à rendre à Dieu, que lorsque
j'apprends que mes enfants marchent dans la vérité (1). »
Tel est le bonheur d'un père de famille, d'un maître de
la jeunesse, d'un pasteur des âmes. Malgré les revers de
fortune ou les vexations du monde, il se console, lorsqu'il
voit marcher dans la vérité et la vertu ceux qu'il a formés
par ses leçons.
(1) Majorem horum est un hellénisme, //îiÇsTs'^scv toût&jv, majorem
his. Je n'ai point à rendre une action de grâce plus grande que celle-ci.
— Gratiam, yypvj. Cette leçon de la Vulgate s'appuie sur plusieurs manus-
crits, spécialement sur celui du Vatican. Mais le sinaïtique, l'alexandrin
et beaucoup d'autres portent ^a^âv, gaudium. Ce qui donne ce sens :
« Je n'ai point de plus grande joie que d'apprendre que mes fils mar-
chent dans la vérité. » Cela revient au même.
— 475 — IIUoov.
5. Charissime , ftdeliter facis quidquid operaris infratres,
et hoc in peregrinos. « Mon bien-aimé, vous faites une
œuvre de foi, dans tous les soins que vous prenez des
frères, et particulièrement en ce que vous faites pour les
étrangers. » C'est une excellente œuvre inspirée par la
foi, que d'assister les pauvres, les infirmes, les orphelins,
de les nourrir, de les vêtir, de les protéger, comme faisait
Caïus. En outre, sa maison était ouverte à tous les frères
qui voyageaient, soit qu'ils fussent chassés par la persé-
cution, ou bien qu'ils allassent prêcher l'Evangile, ou
porter des messages de la part des églises.
6. Qui testimonium reddiderunt charitati tuœ in con-
spectu Ecclesiœ. « Ils ont rendu témoignage à votre cha-
rité en présence de l'Eglise. » Les frères qui avaient passé
par la ville de Caïus, ayant été reçus par lui, racontèrent
dans l'assemblée des chrétiens, à Ephèse, tout le bien
que faisait Caïus et la charité avec laquelle il les avait
accueillis.
Quos bene faciens deduces digne Deo. Et vous ferez une
bonne action en les assistant encore dans leurs voyages
et en les accueillant d'une manière digne de Dieu. »
Deduces. Le verbe deducere, 7cpowé{i.7reiv, ne signifie pas
seulement accompagner avec honneur, jusqu'à une cer-
taine distance, quelqu'un qui part pour un voyage, mais
encore lui fournir les secours dont il a besoin.
Deduces. 11 loue Caïus de la générosité qu'il a exercée
envers les frères qui voyageaient, et en même temps il
l'exhorte à montrer la même bienveillance aux frères
qu'il envoie de nouveau et qui lui porteront cette lettre (1).
Digne Deo. Dans ces frères vous verrez Dieu même,
et vous les accueillerez comme vous feriez Notre-Sei
gneur Jésus-Christ. Cette expression se trouve aussi
dans saint Paul : il exhorte les Colossiens à se con-
(1) Quos bene faciens deduces. En grec, on lit : eu,- xceXûs Ttovfatii
7V-2~->r'x>> y*<os bene faciès deducens. ><■ Vous ferez bien en les accom-
pagnant », ou « vous les accompagnerez en faisant bien. » Ce sont deux
syntaxes qui signifient la même chose. — Le pronom quos est le régime
du verbe deduces, comme en grec ouj est le régime de -pméuéas.
(Synt., 330.)
— 476 —
duire d'une manière digne de Dieu, ut ambuletis digne
Léo; ce qu'il explique aussitôt en ajoutant ces mots :
per omnia placentes, en vous efforçant de plaire à Dieu
en toutes choses. (Col., i, 10.)
7. Pro nomine enim ejus profecti sunt (1), nihil acci-
pientes a Gentibus. « Car c'est pour la gloire de son nom
qu'ils sont partis et qu'ils voyagent sans rien recevoir
des Gentils. » Les frères dont parle saint Jean étaient
porteurs de cette lettre, et partaient de nouveau pour les
intérêts de la religion. Il prie Caïus de les accueillir avec
la même générosité que ceux qu'il a déjà reçus.
Nihil accipientes a Gentibus. Comme ces messagers
voyageaient pour la religion, ils se présentaient dans les
maisons des fidèles qu'ils rencontraient sur leur route
et ils évitaient de demander l'hospitalité aux Gentils ;
car, admis chez les païens ou dans les hôtelleries publi
ques, ils eussent été exposés à des questions indiscrètes
et surtout à des actes d'idolâtrie.
8. Nos ergo debemus suscipere hujusmodi, ut coopera-
tores simus veritatis. « Nous donc qui avons le bonheur
de connaître l'Evangile, nous devons traiter avec hon-
neur ceux qui remplissent un tel ministère, afin que
nous soyons aussi les coopérateurs de la vérité. » En
grec, ïva cuvspyot y.vtoasQa tt) àX^Oôia, ut cooperatores simus
veritati, afin que nous coopérions à la prédication, à
l'extension, à l'affermissement de la vérité qui sauve les
hommes. Comme cette parole est consolante ! Si nous
faisons une aumône au missionnaire, nous coopérons
avec lui à la conversion des infidèles. Saint Jean ne fait
du reste que rappeler la parole même de Notre-Seigneur.
« Celui, dit-il, qui reçoit le prophète parce qu'il est pro-
phète, recevra la récompense du prophète. » (S. Matth.,
x, 40.)
Nos debemus. Secourir les prédicateurs de l'Evangile
(1) Pro nomine ejus. En grec, bitsp tov o-joij.xtoc} pro nomine, sais
ejus. Le mot nomen seul et sans addition signifie, chez les Hébreux, le
nom par excellence. Ainsi au Lévitique on lit : Qicum blasphemasset
nomen, c'est-à-dire nomen Dei. (Lev., xxiv, 11.)
— 477 — /// Joan.
est-ce un simple conseil? Non, dit l'Apôtre, c'est un
devoir. L'amour de Dieu et l'amour du prochain nous le
commandent. Nous devons, selon nos forces, procurer
la gloire de Dieu et le salut des hommes : debemus. Si
nous sommes pauvres, donnons peu ; et si nous n'avons
rien, donnons au moins nos prières.
9. Scripsissem for si tan Ecclesiœ ; sed is qui amat pri-
matum gerere in eis, Diotrephes, non recipit nos. « J'au-
rais peut-être écrit à votre Eglise; mais celui qui aime
à y tenir le premier rang, Diotréphès, ne nous reçoit
point. » L'Eglise de la ville où habite Caïus était régie et
dominée par Diotréphès, homme jaloux de l'empire qu'il
exerçait sur les frères. Qui amat primatum gerere in eis,
b tptÀowptoTeucDv. Il aime à être le premier dans cette Eglise,
au point qu'il n'entend pas que son autorité soit partagée
même par un Apôtre.
In eis. 11 y a ici une syllepse : l'écrivain a mis le pro-
nom au pluriel et au masculin, parce que le nom ecclesia,
auquel il se rapporte, est un collectif qui comprend l'en-
semble des fidèles.
Diotréphès était-il évêque? C'est probable. Car il y
avait une Eglise constituée dans l'endroit où demeurait
Caïus. Or, toute Eglise, c'est-à-dire toute communauté de
fidèles supposait un évêque, qui en étaitle chef. Il n'y avait
point alors de diocèses divisés en paroisses dont l'admi-
nistration fût confiée à des pasteurs spéciaux. Un évêque
gouvernait lui-même tout son troupeau avec un diacre
et quelques prêtres. Si donc Diotréphès tenait si fort à
sa primauté (<piXoTcpa>T£ua>v), c'est qu'il était sans doute
évêque. S'il n'eût été qu'un diacre ou un prêtre, quelque
ambitieux qu'il fût, l'évêque de cette église aurait été son
maître, et saint Jean, envoyant ses instructions à cet
évêque, n'aurait pas vu son autorité annulée et ses en-
voyés chassés de l'Eglise par un inférieur.
Diotréphès, Atorpéçi}«, signifie nourrisson de Jupiter.
C'était probablement un gentil converti au christianisme.
Saint Jean no l'accuse pas d'hérésie, mais de rébellion
contre l'autorité apostolique : Non recipit nos.
-- 478 —
10. Propter hoc si venero, communcbo ejus opéra quas
facit : verbis malignis garriens in nos. Et quasi no?i ei
ista sufficiant, neque ipse snscipit fratres, et eos qui susci-
piunt prohibe l, et de Ecclesia cjicit. C'est pourquoi, si je
vais chez vous, je le ferai ressouvenir des choses mau-
vaises qu'il fait, quand il sème contre nous des médi-
sances malignes. Et il ne se contente pas de cela; non
seulement il ne reçoit point les frères qui portent nos
ordres, mais il s'oppose même à ceux qui voudraient les
recevoir, et il les chasse de l'Eglise.
Commonebo ejus opéra quœ facit, je le confondrai
publiquement en lui rappelant ses actions devant l'as-
semblée des frères.
Verbis malignis garriens in nos, aô^o'.; ttovy^oTç fkwtpm
fjpLîç, il tient contre nous toutes sortes de propos injurieux,
pleins de malignité, mais qui sont sans fondement et
tombent d'eux-mêmes. C'est ce que signifie le verbe wjv.ziu>r
jactare nugas.
Neque ipse suscipit fratres. Non content de ces injures
et de ces médisances, il ne reçoit pas les frères que nous
envoyons porter des messages aux églises, selon notre
autorité ; il refuse d'accepter nos avis; il défend de donner
l'hospitalité à nos envoyés, et eos qui suscipiunl prohibet ;
et lorsque les chrétiens qui reçoivent nos messagers
entrent dans l'assemblée pour participer aux saints mys-
tères, il les expulse, de Ecclesia ejicit. Tant il méprise
notre personne et l'autorité que nous tenons de Jésus-
Christ même !
Croirait- on qu'il y eût alors un chrétien, un prêtre, un
évêque capable de tenir une conduite aussi injurieuse à
l'égard d'un Apôtre, et de mépriser ainsi le disciple bien-
aimé du Sauveur !
Non, tout n'était pas admirable dans les premiers
Ages de l'Eglise. A côté des saints martyrs, il y avait
des ambitieux, des envieux, des hommes profondément
corrompus, qui déshonoraient leur baptême. Le christia-
nisme s'est fondé au milieu des persécutions du dehors
et des scandales du dedans. Il s'est trouvé des diacres,
— 479 — IllJoan.
des prêtres, des évêques qui ont inventé ou propagé des
hérésies, fomenté des schismes et persécuté les saints.
Nous nous affligeons avec raison des scandales qui écla-
tent de nos jours ; mais n'en soyons pas troublés : ils
continuent de prouver que l'Eglise est fondée et soutenue
par un Dieu.
11. Charissime, noli imitari malum, sed quod bonum
est. Qui bene facit ex Deo est ; qui maie facit, non vidit
Deum. « Mon bien-aimé, n'imitez point ce qui est mauvais,
mais ce qui est bon. Celui qui fait le bien est de Dieu ;
celui qui fait le mal n'a point vu Dieu et ne le connaît
point (1). » Diotréphès,chef de l'Eglise, tenait des discours
répréhensibles et faisait des actions coupables. Saint
Jean avertit Caïus, simple fidèle, de se garantir du scan-
dale que lui donne son évêque. Le chrétien respecte l'au-
torité dans ceux qui la possèdent, mais, s'ils font le mal,
il ne suit point leur exemple. Il imite selon ses forces
ceux qui font le bien. Ceux-là sont les vrais enfants de
Dieu. Quant à ceux qui agissent selon leurs passions,
cédant à l'orgueil et à la jalousie, fussent-ils ministres
de Dieu, ils n'ont point vu Dieu ; ou, s'ils l'ont connu pen-
dant un heureux temps de ferveur, ils ne le connaissent
plus, et Dieu n'est plus présent à leur esprit. Tel est le
sens que fait entendre le parfait grec è&paxcv.
Caïus n'imitera point Diotréphès ; il se confirmera
plutôt dans le bien par l'exemple de Démétrius, qui était
sans doute un chrétien de la même Eglise.
12. Demetrio testimonium redditur ab omnibus, et ab
ipsa veritatc, sed et nos testimonium perliibemus; et nosti
quoniam testimonium nostrum verum est (2). « Pour Dé-
(1) Qui bene facit. qui maie facit ; en grec, b d-/v.QoT:oiCi-;, b xatMirotfiv,
celui qui fait du bien, celui qui fait du mal au prochain. Ce sens est
bon : il s'accorde bien avec le fond du discours, et n'est point contraire
à la version latine. — Saint Jean, dans sa première Epître, avait exprimé
la même pensée : Omnis qui peccat non vidit etttn, nec cognovit ei;m
(m, 0), et plus loin : Omnit q>'i diligit ex Deo natus est (iv, 7).
(2) Et )iosti quoniam testimonium nostrum verum est. Saint Jean a,
• la h- son Evangile, affirmé do même deux fois la vérité de son témoi-
gnage : d'abord au chapitre xix, 35; et ensuite en terminant : Hic est
— 480 —
métrius, tout le monde lui rend témoignage, et la véri
elle-même le loue. Nous lui rendons aussi témoigna^
nous môme, et vous savez que notre témoignage est vér
table. »
Diotréphès a rompu avec saint Jean : l'Apôtre ne pei
lui écrire. Mais il ne néglige pas les chrétiens de cet
Eglise gouvernée par un ambitieux. Il loue, il encouras
deux des principaux fidèles, Caïus et Démétrius, et p*
là il soutient les autres. Démétrius est estimé de toi
pour sa foi et sa charité. Ab ipsa veritate, il est loué p£
la vérité même; c'est-à-dire, par ses bonnes actions vue
et attestées de tout le monde. Saint Jean a été le témoi
de ses vertus, et il consigne dans cette lettre, dictée pg
le Saint-Esprit, l'estime que mérite ce fervent chrétiei
18. Milita habui tibi scribere;sed noluiper atramentm
et calamurn scribere tibi. « J'avais bien des choses à voi
écrire; mais je n'ai pas voulu vous écrire avec la plun"
et l'encre. » L'état fâcheux de l'Eglise administrée p£
Diotréphès présentait plusieurs questions délicates. L
prudence conseillait de ne pas régler ces affaires dar
une lettre, avant d'avoir pris des informations exacte!
En attendant, ce qu'il a dit suffit pour encourager h
bons et consoler ceux qui souffrent. Car saint Jean s
propose de visiter cette Eglise affligée.
14. Spero aatem protinus te vider e, et os ad os loqiu
mur. « Car j'espère vous voir bientôt, et alors nous nou
entretiendrons de vive voix. » Saint Jean ira voir Caïi]
très prochainement, protinus, eùOéioç. Il suivra de prè
cette lettre, il descendra chez lui. Ils examineror
ensemble les intérêts de l'Eglise, et, connaissant aloi
toutes choses, il arrêtera les mesures convenables.
Il ne dit point qu'il ira saluer Diotréphès. L'Apôtre ]
citera dans l'assemblée. Il y a des cas où l'indulgenc
d'un supérieur envers un sujet orgueilleux ne serait plu
de la prudence et de la charité, mais deviendrait de 1
faiblesse et encouragerait au mal.
dlsclpulus Me qui testimonium perhibet de his, et scripsit hœc, i
scimus quia verum est testimonium ejus (xxi, 24).
— 481 — lllJoan.
Les vrais chrétiens écouteront l'Apôtre et abandonne-
ront le révolté.
Pax tibi. Salutant te amici. Saluta amicos nominatim.
« La paix soit avec vous. Nos amis qui sont ici vous
saluent. Saluez aussi nos amis chacun en particulier. »
Pax, la paix du Seigneur, celle que Jésus-Christ nous
a apportée du ciel, et que l'on goûte au milieu même des
tribulations, je vous la souhaite.
Amici. Les amis qui vous saluent sont tous les chré-
tiens d'Ephèse qui connaissent votre charité.
Amicos. Les amis que vous saluerez de notre part sont
tous les fidèles de votre Eglise qui reconnaissent notre
autorité.
Nominatim. N'en oubliez aucun; nous ne transcrivons
pas leurs noms, mais nous les conservons tous dans notre
cœur, et Dieu les connaît.
Saluta, salutant. Ce salut n'est pas une simple formule
de politesse. Le salut mutuel des Eglises est un témoi-
gnage de la charité fraternelle et de la communion des
saints.
Nous chrétiens et nous prêtres surtout, saluons-nous
dans la foi et dans l'amour de notre Seigneur Jésus-
Christ.
6PITRB8 CATHOLIQ1 I - 31
COMMENTAIRE
<UR
L'ÉPITRE DE SAINT JUDE
PREFACE
1. Saint Pierre et saint Paul avaient consommé leur mar-
tyre, pendant la persécution de Néron, l'an 07 de Jésus-Christ.
Tous deux avant de mourir avaient annoncé que de faux
docteurs s'élèveraient dans l'Eglise et enseigneraient des
erreurs pernicieuses. (II Petr., n; Act. A.,xx, 30; I Tim.,iv.)
Cette prédiction s'accomplissait. Des hérétiques se montraient
et séduisaient les peuples, surtout en Orient. L'Apôtre saint
Tude, témoin du ravage qu'ils faisaient dans l'Eglise nais-
sante, écrivit une Lettre dans laquelle il démasquait l'hypo-
crisie de ces novateurs, flétrissait leurs vices, et annonçait les
châtiments qui leur étaient réservés, ainsi qu'à leurs disciples.
L'Epître de saint Jude a de nombreuses ressemblances avec
la seconde de saint Pierre; elle en est comme un résumé plein
de vigueur, l'une explique l'autre,
2. Longtemps avant les conciles de Florence, de Trente et
du Vatican, l'on voit l'Epître de saint Jude comprise dans le
canon des Ecritures inspirées. Elle ligure au catalogue pro-
mulgué vers 494 par le Pape saint Gélase, et cent ans plus tôt
on la trouve déjà dans les canons dressés par les conciles
d'Hippone et de Carthage. Elle avait été anciennement con
• par plusieurs, à cause qu'ils croyaient y lire une citation
du livre d'Enoch, qui est apocryphe. Mais saint Augustin,
saint Jérôme, saint Epiphane, saint Ephrem, Origène, Clé-
ment d'Alexandrie, Tertullien la citent comme Ecriture divine.
Enoch, dit ce dernier, ripii'l Judam Aposlolam testimonium
possidet, (Tert, de Habita muliebri, 3.)
— 486 —
Au témoignage de Tertullien nous nous contenterons
d'ajouter les trois suivants.
Origène. 'ioûSa; e"fpa<]>ev èrciaTGÀYiv o?afû'<m/Gv jaÈv, VfirXtipofiivv)v Si twy
rHi oùpaviou ^api-roc èppw^îvwv Xo-^wv. Judas scripsit epislolam versi-
culis quidem brevem, at sententiis cœlesti gratia roboratis
refertam. (Gomment, in Matth. t. X, tom. III, p. 463.)
Saint Augustin. Judas, non Me tradilor,sed cujus Episiola
in ter scripturas canonicas legitur. (In Joann. tract. 76.)
Saint Jérôme. Judas f rater Jacobiparvam, quœ de septem
catholicis est, Epislolam reliquit. Et quia de iibro Enoch
qui apocryphus est, in ca assumit testimonium, a plerisque
rejicitur : tamen aucloritalem vetustate jam et usu mentit,
et inter sanctas scripturas computatur. (De Viris ill., c. iv.)
3. Saint Jude n'adresse point cette Epître à une Eglise par-
ticulière, mais à tous les chrétiens. Il a cependant en vue
d'une manière spéciale les églises de l'Asie mineure, qui
étaient ravagées par les hérétiques.
Il écrit en grec, langue qui était alors comprise et parlée
dans tout l'Empire romain.
On ignore le lieu où elle fut écrite.
Quant à la^date, comme il n'est fait dans cette Epître aucune
allusion à la ruine de Jérusalem, on pense qu'elle fut compo-
sée un peu auparavant, l'an 69 ou 70.
PENSÉES PARALLÈLES
DE LA DEUXIÈME ÉPITRE DE SAINT PIERRE
ET DE CELLE DE SAINT JUDE
II Saint Pierre.
Cap. ii, — ▼. 1. In vobis erunt ma-
gistri mendaces, qui introducent
sectas perditionis. — 3. Quibus ju-
dicium olim non cessât.
1. Et eum qui émit eos Dominum
negant.
2. Et multi sequentur eorum
luxurias, per quos via veritatis
blasphemabitur.
4. Si enim Deus angelis peccan-
tibus non pepercit, sed rudentibus
inferni detractos in tartarum tra-
didit cruciandos, in judicium re-
servari ;
6. Et civitates Sodomorum et
Gomorrhseorum in cinerem redi-
gens, eversione damnavit, exem-
plum eorum qui impie acturi sunt
ponens ;
10. Magis autem (novit Dominus
in diem judicii reservare crucian-
dos) eos qui post carnem in con-
cupiscentia imraunditiae ambulant,
dominationemque contemnunt.
Sectas (&£«$) non metuunt intro-
ducere blasphémantes.
11. Angeli fortitudine et virtute
Saint Jude.
4. Subintroierunt enim quidam
homines, qui olim prœscripti sunt
in hoc judicium, impii.
Solum dominatorem et Dominum
nostrum Jesum Christum negantes.
Dei nostri gratiam transferentes
in luxuriam.
6. Angelos vero qui non serva-
verunt suum principatum, sed de-
reliquerunt suum domicilium, in
judicium magni diei vinculis teter-
nis sub caligine reservavit.
7. Sicut Sodoma et Gomorrha,
et finitimte civitates simili modo
exfornicatîe, et abeuntes post car-
nem alteram, factse suntexemplum,
ignîs îeterni pœnam sustinentes.
8. Similiter et hi carnem quidem
maculant , dominationem autem
spernunt.
Majestatom autem (£4{av) blas-
phémant.
'.'. Quum Michael archangelus
•188 —
II Saint Pierre.
quum sint majores, non portant
adversum se exsecrabile judicium.
12. Hi vero... in his quse igno-
rant blasphémantes, in corruptione
sua peribunt.
13. Coinquinationes et macula?,
deliciis affluentes, in conviviis suis
luxuriantes vobiscum.
14. Cor exercitatum avaritia ha-
bentes. — 3. Et in avaritia fictis
verbis de vobis negotiabuntur.
15. Erraverunt, secuti viam Ba-
laam ex Bosor, qui mercedem ini-
quitatis amavit.
17. Hi sunt fontes sine aqua, et
nebuhe turbinibus exagitatse, qui-
bus caligo tenebrarum reservatur.
18. Superba enim vanitatis lo-
quentes, pelliciunt in desideriis
carnis luxurise.
Cap. m, — v. 2. Charissimi, me-
mores sitis eorum quœ prsedixi
verborum a sanctis prophetis et
apostolorum vestrorum, prœcepto-
rum Domini et Salvatoris.
3. Hoc primum scientes quod
venient in novissimis diebus in
deceptione illusores, juxta proprias
concupiscentias ambulantes.
11. Quales oportet vos esse in
sanctis conversationibus et pieta-
tibus, — 12. exspectantes et prope-
rantes in adventum diei Domini ?
18. Ipsi gloria et nunc et in diem
icternitatis. Amen.
Saint Jude.
cum diabolo disputans altercaretur
de Moysi corpore, non est ausus
judieium inferre blasphemiœ, sed
dixit : Imperet tibi Dominus.
10. Ili autem qucecumque qui-
dem ignorant, blasphémant, quae-
cumque autem naturaliter, tam-
quam muta animalia, norunt, in
his corrumpuntur.
12. Hi sunt in epulis suis ma-
cula}, convivantes sine timoré, se-
metipsos pascentes.
_ 16. Mirantes personas qmestus
causa.
11. Errore Balaam mercede ef-
fusi sunt.
12. Nubes sine aqua, qu» a
ventis circumferuntur. — 13. Qui-
bus procella tenebrarum servata
est in œternum.
16. Secundum desideria sua am-
bulantes, et os eorum loquitur
superba.
17. Vos autem, charissimi, me-
mores estote verborum quse prœ-
dicta sunt ab apostolis Domini
nostri Jesu Christi.
18. Qui dicebant vobis quoniam
in novissimo tempore venient illu-
sores, secundum desideria sua am-
bulantes in impietatibus.
21. Yosmetipsos in dilectione
Dei servate, exspectantes miseri-
cordiam Domini nostri Jesu Christi
in vitam œternam.
25. Soli Deo Salvatori nostro,
per Jesum Christum Dominum
nostrum, gloria et magnificentia,
imperium et potestas ante omne
sseculum, et nunc, et in omnia
sœcula sicculorum. Amen.
ÉPITRE DE SAINT JUDE
ANALYSE
Saint Jude exhorte les chrétiens à demeurer fermes dans la
foi qui leur a été prêchée et à la défendre contre les hérétiques.
Il déclare que ces hommes impies et corrompus seront punis
comme les Israélites qui périrent dans le désert à cause de
leur incrédulité, comme les anges rebelles, et comme les im-
purs habitants de Sodome et de Gomorrhe. Puisqu'ils imitent
l'envie de Gain, l'avarice de Balaam et la rébellion de Coré, ils
doivent s'attendre à un châtiment pareil.
Saint Jude rappelle les prophéties qu'Enoch et les Apôtres
ont prononcées contre ces hommes pervers.
Il engage les vrais chrétiens à les réfuter et à s'efiorcer de
sauver les faibles que ce* imposteurs entraînent dans les feux
éternels.
1. Judas, Jesu Christi servus,
frater autem Jacobi, his qui
sunt in Deo Pâtre dilectis, et
Christo Jesu conservatis et vo-
catis.
2. Misrricordia vobis, et pax,
et charitas adimpleatur.
3. Charissimi, dtnrtem sollici-
tudinem faciens scribendi vobis
de cotnmuni vestra salute, ne-
cesse habui se r ibère vobis, de-
precans supercertari semel tra-
ditœ sanctis fidei.
4. Subi»troierunt enim qui-
dam homines [qui olim prœ-
scripti sunt in hoc judidum)
impiij Dei nostri gratiam trans-
férantes in luxuriant, et nolum
dominât 'orc m et Dominum nos-
tvi'ni Jesum Christutn negantes.
1. Jude, serviteur de Jésus-Christ
et frère de Jacques, à ceux qui sont
aimés en Dieu le Père, conservés et
appelés en Jésus-Christ.
2. Que la miséricorde, la paix et
la charité abondent en vous.
3. Mes bien-aimés, je souhaitais
beaucoup de vous écrire touchant le
salut qui nous est commun, et je m'y
trouve présentement obligé, atin de
vous exhorter a combattre pour la
foi qui a été transmise aux saints.
4. Car il s'est glissé parmi vous
des hommes dont il est depuis long-
temps écrit qu'ils s'attireraient un
tel jugement; des hommes impies
qui changent la grâce de notre Dieu
en une lieeiuv impure, et qui renient
Jésus-Christ, notre seul Maître et
Seigneur.
— 490
5. Or je reui vous faire souvenir,
vous qui avez été une fois instruits
de toute la religion, que Jésus, après
avoir sauvé le peuple en Le tirant de
l'Egypte, fit périr ensuite ceux qui
furent incrédules.
6. Et les anges qui ne conservèrent
point leur primauté, mais quittèrent
leur propre demeure, il les a réser-
vés pour le jugement du grand jour,
en les tenant liés de chaînes éter-
nelles dans les profondes ténèbres.
7. De même Sodome et Gomorrhe,
avec les villes voisines qui avaient
commis les mêmes fornications et
couru après une chair étrangère,
sont devenues un exemple en subis-
sant la peine d'un feu éternel.
8. Pareillement, les hommes dont
je parle souillent aussi leur chair,
méprisent la domination et blasphè-
ment la Majesté.
9. L'archange Michel, dans la con-
testation qu'il eut avec le diable au
sujet du corps de Moïse, n'osa pas
prononcer un jugement de malédic-
tion, mais il se contenta de dire :
Que le Seigneur te commande !
10. Mais ceux-ci blasphèment ce
qu'ils ignorent, et ils se corrompent
dans les choses qu'ils connaissent
naturellement comme les animaux
sans raison.
11. Malheur à eux, parce qu'ils
ont marché dans la voie de Caïn,
parce qu'ils ont couru après le gain
en imitant l'erreur de Balaam, et
parce qu'ils ont péri dans la rébellion
de Coré.
12. Ils sont un opprobre dans leurs
agapes, où ils mangent sans retenue,
ils se paissent eux-mêmes. Ce sont
des nuées sans eau, que le vent em-
porte çà et là ; ce sont des arbres
d'automne, stériles, deux fois morts,
déracinés.
13. Comme les flots furieux de la
mer, ils jettent l'écume de leurs in-
famies ; ce sont des étoiles errantes,
à qui la tempête des ténèbres est
réservée pour l'éternité.
14. C'est encore des mêmes hom-
5, Commonere autem vos volo,
scientes semel omnia, quoniam
Jésus popuhtm de terra A'igypti
salvans, secundo eos qui non
crediderunt perdidit :
G. Angelos vero qui non ser-
vaverunt suum principatum1
sed der clique runt suum domi-
cilium, in judicium magni diei
vinculis a>ternis sub caligine
reservavit.
7. Sicut Sodoma et Gomorrha,
et finitimœ civitates simili modo
. exfornicatœ, et abeuntes post
carnem alleram, factœ sunt
exemplum, ignis œterni pœnam
sustineates :
8. Similiter et hi carnem qui-
dem maculant, dominationem
autem spernunt , maj estât em
autem blasphémant.
9. Quum Michael archangelus
cum diabolo disputans alterca-
retur de Moysi corpore, non
est ausus judicium inferre blas-
phemiœ, sed dixit : Imperet
tibi Dominus.
10. Hi autem quœcumque qui-
dem ignorant, blasphémant ;
quœcumque autem naturaliter,
tanquam muta animalia, no-
runt, in his corrumpuntur.
11. Vœ Mis, quia in via Cain
abierunt, et errore Balaam mer-
cède effusi sunt, et in contra-
dictione Core perierunt.
12. Hi sunt in epulis suis ma-
culce, convivantes sine timoré,
semet ipsos pascentes ; nubes sine
aqua, quœ a ventis circumfe-
runtur ; arbores autumnales,
infructuosœ, bis mortuœ, era-
dicatœ ;
13. Fluctus feri maris, despu-
manies suas confusiones ; sidéra
errant ia, quibus procelia tene-
brarura servata est in œternum.
14. Prophetavit autem et de
— 491 --
Jud.
his septintus al/ Adam J'.noch,
dicens : Ecce venit Bominus in
scuictis millibus suis,
15. Facere judicium contra
omnes, et argueve omnes impios
de omnibus opcribus impietatis
eoriuii, quitus impie egerunt,
et de omnibus duris quœ locuti
sîoit contra Deum peccatorcs
impii.
16. Ili suni murmuratores,
guerulosi, secundum desidcria
sua ambulantes, et os eortcm
loquitur supcrba, mirantes per-
sonas qvœstus causa.
17. Vos autem, charissimi,
memores estote verborum quœ
prœdicta sunt ah apostolis Do-
mini nostri Jesx Christi.
18. Qui dicebant vobis quo-
m in novissimo tcmpore ve-
nient illusores, secundum desi-
rlt-ria sua ambulantes in impie-
tatibus.
19. Hi sunt qui segregant se-
met ipsos, animales, spiritum
non habentes.
20. T'es autem, iharissimi ,
superœdificantes vosmet îjisos
eanctissimce vestros fidei, in Spi-
ritu sancto oro.ntes,
21. Vosmet ij>sos in dilectione
Dei servate, exspectantes mise-
ricordia)n Domini nostri Jesu
Christi in vitam œtevnam.
22. Et hos quidem arguitê
judicalo* :
23. Illos vero salvate, de igné
rapientes. Aliis autem misère-
i in t imore, odientes et eam
quœ camalis est maculatam
tunieant.
24. Ei autem qui potens est
vos oonservare sine peccato, et
constituere ont tutn gl<>-
l'iatus in exsul-
tationc.ii> adventu Domini nos-
tri Jesu Christi,
mes qu'Enoch, le septième depuis
Adam, ■ prophétisé en ces termes :
Voilà que le Seigneur va venir avec
ses milliers de saints,
15. Pour juger tous les hommes,
et pour convaincre tous les impies
de toutes les impiétés qu'ils ont
criminellement accomplies, et de
(outes les paroles injurieuses que
ces pécheurs impies ont proférées
contre Dieu.
16. Ce sont des murmurateurs qui
se plaignent sans cesse. Ils vont au
gré de leurs passions ; leur bouche
profère des paroles d'orgueil ; et ils
applaudissent à ceux dont ils atten-
dent quelque avantage.
17. Mais vous, mes bien-aimés,
souvenez-vous de ce qu'ont prédit
les apôtres de notre Seigneur Jésus-
Christ.
18. Ils vous disaient qu'aux der-
niers temps il viendrait des impos-
teurs qui marcheraient au gré de
leurs passions dans toute sorte d'im-
piétés.
19. Ce sont des hommes qui se sépa
rent eux-mêmes, qui mènent une vie
animale et n'ont point l'esprit éclairé.
20. Mais vous, mes bien-aimés,
vous élevant vous-mêmes comme
un temple spirituel sur le fonde-
ment de votre très sainte foi, et priant
dans le Saint-Esprit,
21. Conservez- vous dans l'amour
de Dieu, et attendez la miséricorde
de notre Seigneur Jésus-Christ pour
obtenir la vie éternelle.
22. Reprenez et confondez ceux qui
sont déjà jugés.
23. Sauvez les uns en les arrachant
du feu ; ayez compassion des autres,
craignant pour vous-mêmes; et haïs-
-«■/ la tunique souillée par la cor-
ruption de la chair.
24. Enfin, à celui qui est assez
puissant pour vous conserver sans
péché, et pour vous faire paraître
devant le trône de sa gloire port
ans tache, dans un ravissement
de joie, quand viendra notr.' Seigneur
Jésus-Christ,
— 492 —
25. A Dieu seul qui nous a sauvés, 25. Soli Deo salvatori nostro,
par Jésus-Christ notre Seigneur, soit per Jesum Christian Dominum
la gloire et la magnificence, l'empire nostrum, gloria et magnificen-
et la puissance, avant tous les siècles, tia, imper ium et putestas ante
et maintenant, et dans tous les siècles omne sœcuhcm, et nunc, et in
des siècles! Amen. omnia s œ eu la sœ culorum.
Amen.
COMMENTAIRE
1. Judas, Jesu Christi servus, f rater autem Jacobi.
« Jude, serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques. »
Judas. Saint Jude avait trois noms : Judas, Thaddœus,
et Lebbœus. En hébreu, Judas signifie laudatio ; et Tliad
deeus voudrait dire laudans^ selon quelques interprètes
qui dérivent ce nom de thôdaii, laus. Quant à Lebbœus,
on l'interprète corculum, en le faisant venir de lêb, cor ;
ou bien leonculus, si on lui donne pour racine lebi, leo.
Le nom de Judas se lit en saint Matthieu, xm, 55 ; en
saint Marc, vi, 3; en saint Jean, xiv, 22; et dans les
Actes des Apôtres, i, 13. Saint Jude est appelé Thaddœus
en saint Matthieu, x, 3 ; et dans saint Marc, ni, 18. Poul-
ie nom de Lebbœus, il se trouve dans saint Matthieu, x, 3,
selon le grec ; car de bonnes éditions portent en cet
endroit xal Aeêëoïoç 6 imxlrfiûç ©aSSoïoç, et Lebbœus qui
vocatur Thaddœus.
Frater autem Jacobi. Il était frère de l'Apôtre saint
Jacques le mineur, qui fut évêque de Jérusalem et l'au-
teur de la première Epître catholique. Il est appelé Judas
Jacobi (1), c'est à-dire frater Jacobi, dans les Actes des
Apôtres, (i, 13.)
(1) Judas Jacobi. Ce génitif ne suppose pas toujours l'ellipse de filins,
mais souvent celle de pater ou de frater. Ainsi AaicaUj tou 'Ixxpou, sci-
licet ny.Top (Steph. Byz.); T1p.1xpy.7r,; b M^vpoiâpeu, se. v.îùfô; (Alciphr.). De
même \y\up.niy.; rj 'kleÇûvipov, se. {ufynnp (yËlian.); Mapix vj 'laxejêsu, se.
P^Tr,p (S. Luc.) ; /j Toit oùptou, se. yuv»j (S. Matth.). C'est le contexte ou
d'autres documents qui désignent le mot sous -entendu. (Winer,
Grain m. N. T. Genit. p. 179.)
— 498 — Jud.
Saint Jude et saint Jacques étaient frères de Notre-
Seigneur, c'est-à-dire ses cousins. Car les habitants de
Nazareth disaient en parlant de Notre- Seigneur Jésus-
Christ : « Est-ce que cet homme n'est pas le charpentier
fils de Marie, et le frère de Jacques, de Joseph, de Jude
et de Simon? » (S. Marc, vi, 3.)
Voici comment on établit cette parenté.
La mère de saint Jacques le mineur est appelée Marie :
Maria Jacobi ??ii?ioris et Joseph mater. (S. Marc, xv, 40;
et S. Matth., xxvn, 56.)
Or, la même Marie est, selon saint Jean, sœur de la
sainte Vierge et femme de Cléophas : soror matins ejus
[Je su) Maria Cleophœ (iixo7%). (S. Joann., xix, 25.) (1).
D'un autre côté Cléophas et Alphée sont le même per-
sonnage, d'après un fragment de Papias, que voici :
Maria Cleophœ sive Alphsei uxor, quas fuit mater Jacobi
episcopi et Apostoli (2).
Or Alphée eut quatre fils, qui sont appelés les frères
de Notre-Seigneur, c'est-à-dire ses cousins, savoir : les
deux Apôtres saint Jacques le mineur et saint Jude ou
ïhaddée. Le troisième est saint Simon qui fut évêque de
Jérusalem, après son frère, et crucifié à l'âge de cent
vingt ans sous Trajan (l'an 108). Le quatrième se nom-
mait Joseph. Tout cela paraît ressortir de l'examen des
textes suivants : S. Matth., x, 3; S. Marc, ni, 18, et vi, 3;
S. Luc, vi, 15 ; Act. Ap., i, 13.
Enfin plusieurs pensent que Cléophas ou Alphée était
lui-même frère de saint Joseph. Selon ce sentiment, les
quatre fils de Cléophas auraient été réputés les cousins
germains du Sauveur par ceux qui croyaient que saint
Joseph était son père.
Frater autem Jacobi, frère de Jacques. Ce titre distin-
(1) On doit observer que le mot soror peut signifier sœur ou cousine
germaine. Les Grecs donnaient au cousin germain le nom de frère.
u Achille était mon frère », dit Ajax : Frater crat, c'est-à-dire, il était
1»' tils de mon oncle Pelée. (Ovide, Metam.)
(2) En effet, Cléophas et Alphée paraissent être le même mot hébreu
prononcé différemment, comme nous l'avons dit dans la préface de
l'Epure de saint Jacques.
— 494 —
guait saint Jude de tous ceux qui portaient le même nom
que lui. Car l'Apôtre saint Jacques, évêque de Jérusalem,
était renommé parmi tout le peuple à cause de son émi-
nente sainteté. Beaucoup même de Juifs répandus dans
les provinces lointaines le connaissaient, parce qu'ils se
rendaient en grand nombre à Jérusalem aux tètes de
Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles. Plusieurs
alors voulaient voir ce Juste célèbre et ils l'entendaient
raconter la vie et les miracles de son divin Maitre.
Aussi, quoique saint Jacques fût mort depuis plusieurs
années quand saint Jude écrivit cette lettre, le souvenir
de son nom et de sa justice subsistait toujours dans la
nation, comme on le voit par l'historien Josèphe. (Antiq.
Jud., 1. XX, c. ix.)
Jesu Christi servus. Peu d'hommes ont eu l'honneur
d'être les Apôtres de Jésus-Christ ; mais tous peuvent
être ses serviteurs. Un Apôtre même n'est glorifié que
parce qu'il a été un serviteur fidèle ; et l'auguste Marie
n'est devenue la Mère de Dieu que parce qu'elle se con-
fessait humblement sa servante.
Servus. Le mot servus, ôouXoç, esclave, se prend dans un
sens noble même chez les écrivains profanes. Nous disons
d'un homme honorable qu'il est esclave du devoir : et
dans Platon, les lois disent aux citoyens : Vous êtes nos
esclaves, BouXoi. (Criton, 12.) Pourquoi les chrétiens ne se
glorifieraient-ils pas d'être les esclaves d'un Dieu, dont
tous les serviteurs sont des rois, cui servire regnare est?
Bis quisunt in Deo Pâtre dilectis. « A tous ceux qui
sont aimés en Dieu le Père. » C'est-à-dire à tous ceux
qui sont aimés du Père à cause de leur foi, et qui lui
sont unis comme ses enfants adoptifs.
Et Jesu Christo conservatis, « et qui sont conservés
dans l'amour du Père par la grâce de Jésus-Christ. » Car
le juste ne saurait, sans la grâce, persévérer dans la
justice qui le rend agréable à Dieu.
Et vocatis. Mais en outre, la première justice ne vient
point de l'homme. Nul ne peut aller à Dieu, ni croire en
Jésus-Christ, si le Père ne « l'appelle » et ne l'attire.
— 495 — Jud.
Nerno potest ventre ad me, nisi Pater qui misit me traxerit
eum. (S. Joan., vi, 44.) — Vocatis veut dire : ceux qui
sont appelés à entendre l'Evangile, à recevoir le baptême,
à devenir membres de l'Eglise, et à régner dans les
cieux (1).
La phrase est ici finie : Ton sous-entend scribil.
2. Misericordia vobis, et pax, et eharitas adimpleatur.
Que Dieu répande sur vous sa miséricorde avec abon-
dance, afin que la paix s'affermisse dans vos cœurs, et
que la charité augmente en vous, jusqu'à ce qu'elle attei-
gne sa pleine perfection. Nous voyons ici apparaître la
sainte Trinité dans ses opérations. Car la miséricorde est
attribuée au Père, qui est appelé le Père des miséricordes,
Pater misericordiarum (II Cor., i, 3) ; la paix au Fils, que
saint Paul appelle notre paix, ipse enim est pax nostra
(Eph., ii, 14) ; et la charité au Saint-Esprit, qui répand
cette vertu dans nos cœurs : quia eharitas Dei diffusa est
in cordibus nostris per Spiritum sanctum qui datus est
no bis. (Rom., v, 5.)
3. Charissimi, omnem sollicitudinem faciens scribendi
vobis de communi vestra salute, necesse habui scribere
vobis, deprecans supercertari semel traditœ sanctis fidei.
Cette période qui nous semble embarrassée peut se ren-
dre ainsi librement : Mes très chers frères, j'éprouvais
en moi un grand désir de vous écrire au sujet de votre
salut, et je pensais à exécuter ce dessein, lorsque je me
suis vu dans l'obligation de le faire ; car je dois vous
exhorter à lutter pour la foi que vous avez reçue et à la
défendre contre les hérétiques.
De communi vestra salute. Je me sens pressé de vous
engager à combattre pour le salut qui nous est commun;
(1) Voici le grec : rcî,- h Brâ X\%-f<. tyounjfijvoit «e\ 'I/;osO XpicrC) rer»j-
pqiâwcf v.'/r-olï. Le mot z/rjîï,- est un nom qui est qualifié par les deux
participes iiya-nyyiévoti et Tmj^Tj/trfvotj j eu sorte qu'il faut traduire : His
vocatif qui tunt in Deo Pâtre dilecti et Jesn Christo conservai. < -'est-
à-dire, u aux appelés qui sont aimés en Dieu le Père et coaservés en
Jésus-Christ.»» Le mot Vocati (•! y.)rt7o\), les appelés au snlut par la foi.
était dans L'origine un de ces noms qui distinguaient les chrétiens des
païens et des .Iuif>. comme aujourd'hui le mot « fidèle. »
— 496 —
puisqu'il s'agit pour vous et pour nous d'éviter les mêmes
maux et d'obtenir les mêmes biens, en croyant les mêmes
dogmes et en observant les mêmes lois (1).
Deprecans supercertari fidei. Je vous écris donc pour
vous exhorter à combattre pour la foi. Il exhorte les chré-
tiens de tout l'univers non seulement à garder la foi dans
leur cœur, non seulement à la professer par leurs paroles
et par leurs actions, mais encore à lutter pour elle. C'est
à-dire qu'il encourage les évêques, les prêtres, les diacres,
les fidèles instruits, à la défendre contre les impies, les
railleurs, les hérétiques. Il faut qu'ils les confondent par
de solides raisons. Il faut qu'ils démontrent clairement
aux Juifs et aux infidèles, aux ignorants et aux philo-
sophes, la vérité de notre sainte religion, par des preuves
lucides et convaincantes. Ils démêleront la vérité d'avec
l'erreur, ils établiront la pure doctrine, ils réfuteront
l'hérésie (2).
Deprecans supercertari semel traditœ fidei (3). La doc-
trine qui a été une fois prêchée est la doctrine qu'il faut
garder inviolablement toujours. Car ce qui a été une fois
enseigné par les Apôtres et par l'Eglise ne sera jamais
corrigé ni changé. C'est la parole même de Jésus-Christ
fidèlement transmise par une bouche infaillible. Les cieux
et la terre passeront; mais cette parole divine ne passera
pas. Elle pourra être expliquée, mais non réformée. C'est
un dépôt que l'Eglise garde, sans en retrancher rien, sans
y rien ajouter. (I Tim., vi, 20.)
Supercertari. Mais au lieu de combattre, ne vaudrait-il
(1) Vestra» Les meilleurs manuscrits grecs donnent Ttep\ t-^î xaiwfc
vj//wv GWTrj/îtas, de communi nostra sainte. Peu importe au sens, puisque
le mot communi suppose nostra et vestra. — Supercertari est une
forme déponente. On retrouve certor au lieu de certo dans l'Ecclésias-
tique : De e.a re quœ te non molestât, ne certeris. (Eccli., xi, 9.)
(2) Nous avons vu saint Pierre faire une semblable recommandation
h tous les fidèles. (I Petr., m, 15.)
(3) Semel traditœ fidei. Ici semel signifie « une fois pour toutes, une
fois pour jamais » ; comme dans Virgile : Procubuit moriens et humum
semel ore momordit (sEn., xi, 418) ; et dans Horace, Quod semel die-
tum est, veut dire : Ce que le destin a proclamé une fois pour l'éternité.
(Car m. sœc, 26.)
— 497 — Jud.
pas mieux garder le silence, et laisser Terreur périr d'elle-
même? Car la lutte ne convertit pas, elle irrite. Les dis-
putes causent de fâcheux troubles dans l'Eglise et elles
sont contraires à l'esprit de paix tant recommandé par
Notre-Seigneur. Voilà ce qu'on entend répéter chaque
fois qu'une erreur s'élève. Mais le pape Innocent III (il
régnait au commencement du xine siècle) répond à ces
partisans de la paix, « que ne pas résister à l'erreur, c'est
l'approuver ; que la vérité est opprimée lorsqu'on ne la
défend pas ; et que ne pas abattre l'audace des pervers
lorsqu'on le peut, c'est les favoriser. » Error cui non re-
sistitur approbatur ; et veritas qunm minime defensatur
opprimitur; negligere quippe, quum possis, deturbare per-
versos, nihil aliud est quam fovere. (Innoc. III, Distinct.
83.) Lors donc que l'erreur s'insinue dans l'Eglise, par-
lons, réfutons, soutenons la guerre comme de bons sol-
dats de Jésus-Christ. Ainsi faisaient les Hilaire et les
Athanase.
Traditœ sanctis fidei. La foi transmise aux saints.
Alors on appelait « saints » tous les chrétiens membres de
l'Eglise. Car ils avaient été sanctifiés dans le baptême,
ils faisaient profession d'être saints, et, sauf un petit nom-
bre, ils vivaient dans une telle pureté, que tous ceux qui
assistaient à la messe y communiaient.
Traditx fidei. Ce que l'Eglise nous propose à croire, ce
ne sont pas les hautes conceptions de ses docteurs. Quels
génies cependant que les Basile, les Augustin, les Tho-
mas, les Bossuetl Mais l'Eglise ne nous dit point de croire
ce qu'un homme a découvert par la pénétration de son
esprit; elle nous dit : Croyez ce qu'un Dieu nous enseigne.
1. Subintroierunt enim quidam liomines, qui olim pree-
scripti sunt in Jiocjudicium. Car il s'est glissé parmi vous
certains hommes, prédits d'avance comme devant s'atti-
rer ce jugement.
Subinti^oienint, -■j.zv.ni'sjwi , clam irrepserant. C'est tou-
jours par la fraude et sous l'apparence de la vertu que
l'hérésie s'introduit dans l'Eglise. Ils viennent sous la
peau de brebis, dit Notre-Seigneur, mais cette peau inno-
LI ITRES CATHOLIQUES 32
— 498 —
cente cache des loups ravissants. Veniunt ad vos in ves~
timentis ovium ; intrinsecus antem sunt lupi rapaces.
(S. Matth., vu, 15.)
Quidam hommes. Les nouveautés hérétiques commen-
cent par « certains hommes » qui se séparent du commun
et ne veulent pas penser comme le reste de l'Eglise. C'est
un certain prêtre Arius, un certain évoque Nestorius, un
certain moine Luther, qui font du bruit en prêchant une
nouvelle doctrine. Quant aux Augustin, aux Basile, aux
Chrysostome, ces grands génies mettent leur gloire à
penser et à défendre ce que tout le monde croyait avant
eux.
Olim prœscripti, Trpoyeypaatjivot. Ces hommes funestes,
qui se succèdent dans le cours des âges, ont été prédits
il y a longtemps, et les prophéties qui les dépeignent nous
ont été transmises par écrit. Saint Paul les annonçait à
son disciple en les nommant des hommes d'un esprit cor-
compu et réprouvés selon la foi, hommes corrupti mente,
reprobi circa fidem. (II Tim., m, 8.) Saint Pierre, dans sa
seconde Epître, a fait d'avance leur portrait ; et Notre-
Seigneur lui-même avait soin d'avertir ses Apôtres qu'il
s'élèverait de faux prophètes : S urgent pseudoprophetœ,
ecce preedixi vobis. (S. Matth., xxiv, 24.)
In hoc judichim. Premier sens : ils ont été prédits, afin
que, lorsqu'ils paraîtront, ils soient reconnus et réprouvés
par les pasteurs de l'Eglise et par tous les vrais fidèles,
comme ils sont, en effet, maintenant jugés et condamnés.
Deuxième sens : il a été prédit que ces impies seraient,
par un juste jugement de Dieu, abandonnés à l'esprit d'er-
reur et à la perdition. Ce dernier sens nous paraît le meil-
leur. En vain essaierez-vous d'éclairer ces insensés : ils
n'ouvriront pas les yeux, ils ne verront pas les vérités
les plus manifestes, parce que Dieu leur refuse sa lumière
en punition de leur orgueil. Saint Paul disait de même
que, dans les derniers temps, Dieu enverrait des impos-
teurs, afin que ceux qui n'ont pas voulu croire à la vérité
croient aux mensonges et soient, par leur propre folie,
jugés et condamnés. Mittet Mis Deus operationem erroris
— 499 — Jud.
at crcdant meiidacio, ut judicentur omnes qui non credi-
derunt veritali. (II Thess., n, 10.)
Impii, Dei nostri çjratiam transferentes in luxuriam.
Ce sont des hommes impies, qui outragent notre sainte
religion. Car « ils changent la grâce de notre Dieu en
luxure. » Jésus-Christ nous a apporté l'Evangile, c'est-à-
dire la bonne nouvelle de notre délivrance du péché, de
la mort et de l'enfer. Et voilà que ces hommes mauvais
dénaturent cette grâce admirable ; ils cachent leur cor-
ruption, dit saint Pierre, sous le voile de la liberté chré-
tienne : Velamen malitiœ habentes libertatem. (I Petr.,
ii, 16.) Ils vous disent que la liberté qui nous a été donnée
par le Christ est une licence impure ; ils enseignent que,
la loi nouvelle étant une loi de liberté, ceux qui la pro-
fessent peuvent satisfaire sans crime tous les désirs de
leur chair. Telle était l'infâme doctrine des Simoniens
et des Nicolaïtes, précurseurs des Gnostiques.
Solum Dominatorem et Dominum nostrum Jesum
Christian negantes. En outre, ils renient Jésus-Christ,
qui est notre seul Maître et notre seul Seigneur, xov <j.6vov
t&Ficforp y.-À Kopio* yjjxôv. Ce texte prouve la divinité de
Jésus-Christ ; car il n'y a que le Dieu souverain, dont on
puisse dire sans blasphème, qu'il est le seul Maître et le
seul Seigneur, de telle sorte que tous les autres maîtres
et tous les autres seigneurs lui sont soumis.
Dominatorem, en grec, Se^ôt^v, herum. C'est de ce
nom qu'un esclave appelait son maître. Dominum, xupiov,
est le titre que les sujets donnent au prince qui les gou-
verne. Nous sommes les sujets de Jésus-Christ, qui est
notre Seigneur et notre Roi ; nous sommes môme en
réalité ses esclaves, servi. BoDXoi, car nous lui appartenons
par le fond de notre substance, attendu qu'il nous a créés
et rachetés. Mais, dans sa bonté, il veut bien nous consi-
dérer comme ses amis. Jam non dicam vos servos... vos
autem dixi amicos. (S. Joan., xv, 15.)
Dominum Jesum Christum negantes. Ils renient Jésus-
Christ comme souverain Seigneur, non seulement par
leur conduite, mais par leurs discours impies. Quand on
— 500 —
leur rappelle les préceptes de Jésus-Christ qui condam-
nent leurs dissolutions, ils refusent de le reconnaître poul-
ie Maître suprême, et ils lui opposent des Génies fabuleux
qu'ils inventent.
Saint Jude va maintenant choisir dans l'Ancien Testa-
ment trois exemples de la colère divine contre les incré-
dules, les orgueilleux et les impudiques, pour montrer
que ceux qui les imitent n'éviteront pas le jugement de
Dieu.
5. Commonere axitem vos volo, scientes semel omnia,
quoniam Jésus (1) populum de terra JErjypti salvans,
secundo eos qui non crediderunt perdidit. Or, je veux
vous faire souvenir, vous qui êtes parfaitement instruits
de toute la religion, que Jésus, après avoir sauvé le
peuple hébreu en le tirant de l'Egypte, fit périr ensuite
dans le désert ceux qui ne crurent pas. C'est la figure du
châtiment réservé aux nouveaux incrédules.
Scientes omnia. Vous qui connaissez nos Livres saints
et l'histoire de nos pères dont je veux vous parler. Semel:
vous savez toutes ces choses ; car ce que vous avez une
fois appris, vous ne l'avez pas oublié (2).
Jésus. Celui qui sauva nos pères de l'Egypte et qui
punit ensuite les incrédules, c'est le même Seigneur que
nous avons vu de nos jours dans la Judée et la Galilée.
Ce Jésus qui nous a parlé, qui nous a appelés, dont nous
sommes les disciples et les Apôtres, ce Jésus de Nazareth,
est le Fils de Dieu fait homme. C'est lui qui, bien des
(1) Jésus, o 'i*;52Ûs-, est la leçon des manuscrits d'Alexandrie et du
Vatican. D'autres portent b Kvpios. De sages critiques font remarquer
que la leçon 'Iïjjoûs, reproduite par la Vulgate et appuyée sur d'excel-
lents manuscrits, doit être préférée, parce qu'étant plus difficile h com-
prendre, des lecteurs auront voulu l'expliquer par le mot Kvptog, au
lieu que le mot Kvptoç ne saurait l'être par 'lïjaoûs. D'ailleurs saint Paul
a dit de même, dans sa première Epître aux Corinthiens, que les Hé-
breux tentèrent le Christ dans le désert : Neque tentemus Christian,
sicut quidam eorum tentavenint et a serpentibus perierunt. (ICor., x,9.)
— Populum de terra JEgypti salvans, en grec acisas, quum salvasset.
Le participe latin salvans sert pour le présent et pour le passé. —
Salvans, secundo perdidit. C'est comme s'il y avait : Quum primo
salvasset, deinde perdidit.
(2) Voyez sur semel la note du v. 3.
— 501 — Jud.
siècles avant de revêtir notre humanité, régnait sur nos
pères et les guidait dans le désert. Il était hier, il est
aujourd'hui et il sera dans tous les siècles. Jcsïis Chris tus
heriet hodie, ipse et in sœcula. (Hebr., xm, 8.)
Eos qui non crediderunt perdidit. Moïse, après avoir
tiré les Hébreux de l'Egj'pte, les conduisait vers la terre
de Chanaan, que leur promettait le Seigneur. Mais les
Hébreux ayant appris que cette terre était habitée par
une race de géants, perdirent courage et murmurèrent
contre Moïse. Alors Dieu irrité condamna tous ceux qui
étaient âgés de plus de vingt ans à mourir dans le désert,
excepté Josué et Caleb, qui avaient cru à sa parole. Les
cadavres de tous les autres jonchèrent la terre; et ils
périrent à cause de leur incrédulité. (Num., xiv, 29, et
xxvi, 65; et Hebr., ni, 19.)
A ce premier exemple de la justice divine, l'Apôtre en
joint un second.
6. Angelos vero qui non servaver tint simmprincipatum,
sed dereliquerunt suum domicilium, in judicium magni
diei vinculis œternis sud caligine reservavit. « Et les an-
ges qui n'ont point conservé leur première dignité, mais
ont quitté leur demeure, le Christ les a réservés pour le
jugement du grand jour, en les tenant liés de chaînes
éternelles dans les profondes ténèbres. » Saint Pierre
avait cité le même exemple.
Principatum, if//v>. La dignité d'anges élevait ces
esprits au-dessus de toute la création visible, et les cons-
tituait princes dans les cieux. Le terme domicilium,
(o'xrjT^p'.ov) leur demeure, veut dire le rang glorieux et la
fonction propre que chacun de ces esprits tenait dans la
hiérarchie des neuf chœurs des anges.
Dereliquerunt, Dieu ne les précipita dans les ténèbres
que lorsqu'ils se révoltèrent, quand ils quittèrent eux-
mêmes l'ordre et le rang où il les avait placés, et suivi-
rent Lucifer qui disait avec orgueil : J'élèverai mon
trône au-dessus des astres et je serai semblable au Très-
Haut, similis ero altissimo. » (Is., xiv, 14.)
Maintenant ils sont enchaînés dans les ténèbres de
— 502 —
l'enfer, et ils y demeureront jusqu'au jour du jugement
général, où une dernière sentence prononcée en présence
de toutes les créatures confirmera leur condamnation et
iixera leur supplice. Car plusieurs pensent que, pour les
démons comme pour les hommes réprouvés, la mesure
de leur châtiment ne sera définitivement sanctionnée
qu'à la fin des siècles., parce qu'ils sont responsables des
péchés qu'ils font commettre. (Catech. Rom., Symb.,
art. vin, 4.)
Vinculis œternis. La damnation éternelle des démons
est ici clairement exprimée.
Vinculis sub caligine. Ils sont emprisonnés dans les
ténèbres ; cependant, avec la permission de Dieu, ils
sortent des lieux infernaux pour tenter les hommes ;
mais ils portent avec eux leurs chaînes et leur supplice.
7. Sicut Sodoma etGomorrha, eifinitimœ civitates simili
modo exfornicatœ, et abeuntespost carnem alteram, factœ
sunt exemplum, ignis œ terni pœnam susti?ie?ites. C'est le
troisième exemple du châtiment réservé aux impies et
aux abominables. « De même encore, ajoute-t-il, Sodome
et Gomorrhe, avec les villes voisines qui avaient commis
de semblables fornications et couru après une chair
étrangère, sont devenues un exemple pour toutes les gé-
nérations, en subissant la peine d'un feu éternel. »
Finitimœ civitates. Ce sont les villes de Séboïm et d'A-
dama ; elles commettaient les mêmes impuretés que
Sodome et Gomorrhe. La petite ville de Ségor, la cin-
quième de la Pentapole, fut épargnée en faveur de Lotlu
(Gen., xix, 20.)
Exfomicatœ, Ixxopveocvffat. Ce mot désigne non le péché
de la fornication simple, mais toute espèce d'union char-
nelle prohibée par la nature, comme l'infâme péché qui
a tiré son nom de Sodome.
Abeantes post carnem alteram. L'Apôtre explique ce
qu'il entend par exfornicatœ. Le mot caro altéra ne dési-
gne pas la chair d'un autre sexe, mais une chair autre
que celle qui est propre à la génération.
Factœ sunt exemplum. Ces villes sont devenues un
— 503 — Jud.
exemple pour les hommes de tous les siècles. Une mer de
bitume en recouvre les ruines. Toute végétation expire
aux environs de cette mer étrange, dont les bords déso-
lés ressemblent à des amas de cendres. Tel est l'aspect
que cette vallée, jadis si riante et si fertile, présente
depuis quatre mille ans. Le souvenir de ces villes fou-
droyées à cause de leur impiété s'est conservé chez les
peuples de l'Orient et de l'Occident (1).
Igrus ccterni pœnmn sifsti?ie?ites. Elles portent la peine
d'un feu éternel. Saint Jude nous fait entendre d'abord
que les suites de l'incendie qui a détruit ces villes persis-
teront de siècle en siècle jusqu'à la lin du monde ; en
second lieu que le feu qui les a dévorées est l'image du
feu éternel de l'enfer, où leurs impurs habitants sont
plongés; et troisièmement il nous avertit que les héré-
tiques qui pèchent comme ces villes abominables seront
punis comme elles d'un supplice qui ne finira point (2).
8. Similiter et ht carnem quidem maculant, domina-
tionem auiem spemunt, majestatem autem blasphémant.
« Comme ces impies d'autrefois, les hommes dont nous
parlons souillent leur chair, méprisent la domination et
blasphèment la majesté. » Ils doivent donc s'attendre à
des châtiments semblables (3).
(1) Haud proeul inde campi, qv.os ferunt, olim libères rnagnisqv e
m'bibi's habitat os, fubninum jactu arsisse. (Tacit. Hist., v, 7. —
Pline, xii, 54.)
(2) Avant saint Jude, l'auteur du livre de la Sagesse avait cité le même
exemple : « La Sagesse, disait-il , a délivré le juste, lorsqu'il fuyait du
milieu des impies qui périrent par le feu tombé du ciel sur les villes
de la Pentapole. La corruption de leurs habitants est attestée par cette
terre qui fume encore après tant de siècles, qui demeure toujours
déserte, où les arbres portent des fruits qui ne mûrissent point, et où
l'on voit une statue de sel qui subsiste comme le monument d'une âme
incrédule. • (Sap., x,6.) — Cette statue, celle de la femme de Loth, existait
encore au temps de l'historien Josèphe, qui atteste l'avoir vue. (Ant.
Jud., 1. I, c. XI.)
(3) Le grec porte : bftoioéç pAroi xaY ovtoi ivuffviaÇl/Mvof wxpx* u\-, fued~
v©u«, similiter et hi somniantes carnem quidem maculant. « De même
ces hommes souillent la chair dans leurs songes. >> D'après cette leçon,
l'Apôtre appellerait des songes leurs vains ijtstènes, qui ne sont en
effet que des rêveries incohérentes. Telles étaient lee fables que débi-
tait Simon le magicien et celles qu'inventèrent les Gnostiqu.
— 504 —
Carnem quidem maculant. Or, dans leurs rêveries hé-
rétiques, ils souillent leur chair par des impuretés hon-
teuses, et ils autorisent par leur doctrine les actions
infâmes qui attirèrent le feu du ciel sur les villes de
Sodome et Gomorrhe.
Dominationem antem spermint. En outre, ils méprisent
toute domination, ils rejettent l'autorité humaine et divine,
ils se déclarent indépendants de César, de l'Eglise et de
Dieu ; ils se proclament libres de faire tout ce qu'ils
veulent.
Majestatem autem blasphémant, ils vont enfin jusqu'à
blasphémer la Majesté souveraine en prononçant des
paroles injurieuses contre Dieu qui, disent-ils, vit oisif
dans les cieux et ne s'occupe pas des hommes. Ils imitent
dans leur orgueil Satan et les anges rebelles (1).
9. Qiinm Michael archangelus cum diabolo dispulans
altercarelur de Moysi corpore, non est ausus judicium
in ferre blasphemiœ, sed dixit : Imper et tibi Dominas.
Cependant lorsque l'archange saint Michel disputait avec
le diable, dans la contestation qu'il eut avec lui au sujet
du corps de Moïse, il n'osa proférer une sentence de
malédiction, mais il se contenta de dire : Que le Seigneur
te commande !
C'est donc une chose indigne que d'entendre de'chétives
créatures, comme ces hérétiques, proférer des blasphèmes
contre les majestés du ciel ou de la terre, quand le plus
puissant des anges évite de maudire Satan lui-même.
Archangelus, o àf/xyysÀoç. De graves commentateurs
pensent que ce mot ne signifie pas que saint Michel soit
seulement un archange, mais qu'il est le chef de tous les
anges, le prince de tous les bienheureux esprits.
Quum altercaretur. Lorsque Moïse fut mort dans la
terre de Moab, son corps fut enseveli par les anges dans
(1) Selon le grec, il faudrait lire au pluriel majestates, à^Çx;, comme
dans saint Pierre (II Ep., h, 10) ; par les majestés on entendrait les
esprits supérieurs à l'homme, les anges : leçon qui s'accorde bien avec
la pensée suivante.
— 505 — Jud.
une vallée près du mont Phogor, et nul homme ne connut
le lieu de sa sépulture. (Deutér., xxxiv, 6.)
Quant à l'altercation de saint Michel avec le diable, où
saint Jude avait-il lu ce fait, dont les livres de l'Ancien
Testament ne parlent pas ? on l'ignore. C'était sans doute
une de ces traditions vénérables qui se conservaient dans
le peuple d'Israël et dont on retrouve plusieurs traces
dans le Nouveau Testament (1). Ce fait était bien connu
des Juifs, puisque saint Pierre le leur cite lui-même.
(IIEp., ii, 11.) J
Non est ausns judicium inferre blasphemise. Le diable
méritait sans doute la malédiction, dit saint Jérôme,
mais la malédiction ne devait pas sortir de la bouche
d'un ange. Merebatur diabolus malédiction, sed per ar-
chançjeli os blasphemia exire non debuit. (S. Hieron., in
Tit., ni, 2.)
10. Hi autem quœcumque quidem ignorant blasphé-
mant; quœcnmque autem natur aliter, tanquam muta ani-
malia, norttnt, in his corrumpuntur. « Mais, pour ces
hérétiques, ils blasphèment ce qu'ils ignorent; et dans
les choses qu'ils connaissent naturellement, comme les
animaux sans raison, ils se corrompent. »
Quœcumque ignorant blasphémant. Ils raillent et ils
blasphèment les sublimes vérités de la religion chré-
tienne, comme le mystère de la très sainte Trinité, celui
de l'Incarnation, celui de l'Eucharistie, tandis que les
grands génies qui pénètrent dans ces profondeurs de la
sagesse et de la bonté divines les admirent et les adorent.
L'impiété de ces orgueilleux n'est égalée que par leur
ignorance (2).
(1) Act. Ap , vu, in oratione S. Stephani; I Cor., x, 4 ; Gai., m, 19;
II Tim., m, 8; Hebr., xi, 37 J S. Jac, v, 17; S. Luc, iv, 25. — Ces
traditions se transmettaient des pères aux enfants, et se perpétuaient
dans les écoles des docteurs. Plusieurs étaient aussi consignées dans
des livres dignes de foi, quoiqu'ils ne fussent pas canoniques.
(2) Quœcumque ne veut pas dire ici « toutes les choses que » ; c'e^t
un pronom indéfini l>ien expliqué par Estius : Têti homunciones, passim
ta quœ non noverunt, maledictis insectantur. Souvent on entend ces
impies railler des choses qu'ils ne comprennent pas.
— 506 —
Quœcumque autem naturaliter tanquam muta animalia
norimt, in his corrumpuntur . Et les choses qu'ils connais-
sent naturellement par leurs sens, comme les animaux
sans raison qui savent manger, boire et se reproduire,
ils en abusent pour se corrompre. De la sorte, ils descen-
dent au-dessous même des brutes ; car ces animaux se
contentent de satisfaire les besoins de la nature.
11. Vœ illis. Ce mot vœ, malheur I est une sentence de
malédiction éternelle.
Vœ illis, quia in via Caïn abierunt. Malheur à eux,
parce qu'ils ont marché dans la voie de Caïn. Ils ont ou-
blié Dieu comme lui; ils ont rempli leur cœur d'envie,
de haine et d'homicide. Ils tuent les âmes de leurs frères
par leurs doctrines empoisonnées, et ils répandent sur la
terre le sang des serviteurs de Dieu. Toute hérésie est
meurtrière; car elle est fille de Satan, qui fut homicide
dès le commencement.
Et errore Balaam effusi sunt, ils ont imité l'indigne
prophète Balaam qui, séduit par les présents de Balac,
roi de Moab, se rendit auprès de lui pour maudire le
peuple de Dieu ; et, s'il en fut empêché par le Seigneur,
il donna cependant à ce prince le conseil impie d'envoyer
au camp d'Israël des femmes qui firent pécher le peuple
et l'entraînèrent dans l'idolâtrie. (Num., xxn, xxm, xxiv,
et xxxi, 10 ; et Apocal., n, 14.)
Mercede effusi sunt, ils se sont donnés à l'erreur, non
par conviction, mais par intérêt; ils ont embrassé et pro-
pagé l'hérésie par un motif de basse cupidité.
Mercede. Pourquoi tant d'hommes se montrent-ils hos-
tiles à la religion, quand les impies sont au pouvoir?
Cherchez-en la cause : vous trouverez que la plupart
d'entre eux sont payés ou qu'ils espèrent l'être. L'avarice
et l'ambition multiplient les apostats (1).
(1) Errore Balaam mercede effusi sunt, en grec, rr} 7T*/avvj toû B«>ai,u
fxcsdoj kXiyjjBrpv:*. La phrase, très concise, peut se développer ainsi : Spe
mercedis et lucri effusi sunt in hœresim et in omne vithcm, ut olim
Balaam promissionibus et donis illectus erravit a via pietatis et
jvstitiœ.
._ 507 — Jud.
Et in contradictions Core perierunt. Et ils ont péri
dans l'insurrection de Coré. Son châtiment est destiné à
tous ceux qui suivent son exemple. Ayant imité sa rébel-
lion par leur révolte contre Dieu et contre son Eglise,
plusieurs ont déjà péri comme lui d'une mort funeste,
et les autres seront ensevelis dans les enfers comme le
furent ses complices.
Dieu avait choisi Moïse pour conduire le peuple d'Israël
et il avait revêtu Aaron du sacerdoce pour lui offrir des
sacrifices. Coré, jaloux de leur pouvoir, excita contre eux
une sédition. Il était soutenu par Dathan et Abiron avec
deux cent cinquante principaux du conseil.
La terre s'ouvrit et engloutit Dathan et Abiron tout
vivants, avec leurs femmes, leurs enfants et leurs tentes.
En même temps une grande flamme, sortant du taber-
nacle, dévora Coré et les deux cent cinquante rebelles.
(Nu m., xvi.)
Perierunt. C'est peut-être une allusion à la mort de
Simon le Magicien. Saint Cyrille de Jérusalem et d'au-
tres anciens auteurs racontent que cet hérétique étant
venu à Rome au temps de Néron, promit de voler au ciel.
Il se rendit au forum, et à la vue d'une foule de specta-
teurs il s'éleva dans les airs par le secours des démons.
Alors saint Pierre et saint Paul, qui étaient présents, se
mirent en prière ; le magicien tomba; on l'emporta, les
jambes brisées. Mais peu après, ne pouvant supporter sa
honte, il se précipita d'un comble et se tua. Ainsi finit le
premier des hérétiques. (S. Cyr., Catech. vi, 9; S. Aug.,
Haer.. 1 ; Arnob. in Gent.. v ; Fleury., H. E., 1. II, xxm.}
Perierunt. Ce parfait, en style prophétique, a le sens
du futur et signifie certo peribunt; leur perte est certaine»
Caïn,Balaam et Coré nous représentent trois des prin-
cipaux vices qui font agir et dogmatiser les hérétiques,
savoir l'envie, l'avarice et l'ambition.
12. Ui sunt in epulis suis maculœ, convivantes sine ti-
moré, semet ipsos pascentes ; nubes sine aqua, quœ a ven-
ds circumferuntur ; arbores autumnalcs, infructuosœ, bis*
mortuœ, eradicatœ. Ils sont la honte des repas fraternels
— 508 —
qu'ils prennent avec vous, ils mangent sans retenue ; ils
se paissent eux-mêmes. Ce. sont des nuées sans eau, que
le vent emporte ça et là ; ce sont des arbres qui ne fleu-
rissent qu'en automne, arbres stériles, deux fois morts,
déracinés.
In epulis suis, iv toïç àya7coïç ocutwv (1). Un mot de saint
Paul nous explique cette expression. Il y avait des chré-
tiens intempérants qui ne se contentaient pas des mets
communs servis dans les repas fraternels : ils apportaient
•de chez eux des viandes et des vins meilleurs, dont ils ne
faisaient point part aux autres. Ils mangeaient ainsi seuls
« leurs propres agapes », et ils buvaient avec excès, tan-
dis qu'à la même table, des chrétiens pauvres manquaient
du nécessaire. (I Cor., xi, 21.) L'Apôtre saint Pierre, dans
sa seconde Epître, flétrit de même cette honteuse intem-
pérance. (II Petr., ii, 13.)
Convivantes sine timoré, ils mangent au milieu de vous
sans retenue et sans pudeur, n'ayant aucune honte de se
livrer à une grossière intempérance.
Se ipsos pascentes, eauroùç 7rotu.aivovTsç, ils ne sont oc-
cupés qu'à se paître eux-mêmes et à se repaître, sans
faire attention au prochain. Pascentes. Comme un pâtre
conduit ses taureaux dans un herbage pour qu'ils s'y
rassasient, de même ils portent leur gourmandise aux
repas chrétiens pour l'assouvir.
Se ipsos pascentes. D'autres entendent que, loin de paître
les fidèles avec les paroles d'une saine doctrine, ils n'ont
en vue que leur profit ; ils rançonnent ceux qui les écou-
tent. Tels étaient ces docteurs de Corinthe dont parle
saint Paul lorsqu'il dit : « Vous souffrez ceux qui vous
(1) Des éditions grecques donnent : h àyameûs ty*wv, in epulis vestris,
lorsqu'ils prennent part a vos agapes. — Quant au mot oitàxiïes, ma-
cules, il y a des hellénistes qui prétendent corriger la Vulgate en tra-
duisant ce mot par scopuli, « ils sont des écueils dans leurs repas. »
Sens bizarre. Ces prétendus savants ignorent que, si cnà?.; avec c bref
cignifie en effet scopulus, cnàxç avec t long est synonyme de on~ùoç,
macula, employé par saint Pierre lorsqu'il exprimait la même pensée :
Coinquinationes et maculœ (znÏÏQi zsù ftâpoi), deliciis a/fluentes, in
eonviviis suis luxuriantes vobiscum. (II Petr., n, 13.)
— 509 — Jud.
dévorent, ceux qui prennent votre bien. » Susiinctis enim
si cjuis dévorât, si qais accipit. (II Cor., xi, 20.)
Nubes sine aqua. Ce sont des nuées qui promettent une
pluie féconde, et qui ne donnent point d'eau. Ainsi les
hérétiques s'annoncent comme devant verser sur le
inonde les flots d'une doctrine salutaire, et ils ne répan-
dent que les ténèbres et la désolation. Quel bien Luther
et Calvin ont-ils apporté au monde? Des erreurs avec
des ravages, des incendies, des haines sanglantes et des
guerres civiles.
Quas a ventis circiunferuntur, nuées inconstantes qui,
poussées par le souffle des vents, changent de forme sans
cesse.
Arbores autumnales, o£vBpa cpOivoTuopivà, arbres qui ne
fleurissent qu'à la fin de l'automne, qui n'offrent qu'un
vain feuillage pendant toute la saison des fruits. S'ils
finissent par montrer quelques fleurs, elles sont bientôt
flétries par le souffle de l'hiver. Il en est ainsi des doc-
teurs de mensonge. Sur la fin de leur vie, ils paraissent
quelquefois devenir sérieux, ils prononcent des paroles
qui semblent annoncer un retour vers la religion. Vaines
espérances : ils ne confessent point qu'ils se sont trom-
pés ; ils ne s'humilient point devant Dieu, et l'impie va
rejoindre ceux qu'il a précipités dans l'abîme.
Aussi l'Apôtre ajoute-t-il arbores infructuosœ. Non, ces
arbres ne donneront pas de fruits. Lors même qu'ils en
promettent, n'en attendez pas.
Et pourquoi ? parce qu'ils sont morts et deux fois morts,
bis mortuœ : morts dans leur tige et dans leur racine. Ils
sont morts premièrement par le péché mortel, qui est la
mort simple de l'âme ; et secondement par l'hérésie, qui
est une double mort ; car ce crime tue la foi qui restait
encore comme une racine de vie. Mais cette racine est
elle-même morte, arrachée, eradicatœ .
Non, ces arbres desséchés et arrachés du sol de l'Eglise
ne reverdiront jamais : ils ne sont bons qu'à jeter au feu.
Excidetur et in ignem mittetur. (S. Matth., m, 10.)
13. Fluctus feri maris despwnantes suas confusiones.
— 510 —
Ce sont des vagues furieuses, comme celles d'une mer
soulevée ; ils jettent partout l'écume de leurs propres
infamies. En grec xàpAta âtypia ÔctXotff<njç, undx efferœ maris.
Ils sont violents dans leurs discours, et ils vomissent de
leur cœur des flots de corruption, comme une écume
immonde.
Cette nouvelle comparaison note trois caractères des
hérétiques. Ils sont inconstants dans leur doctrine comme
les vagues de la mer ; ils soulèvent de grands troubles
dans l'Eglise et parmi les peuples; ils se déshonorent
eux-mêmes par des paroles et des actions infâmes.
Ne dirait-on pas que l'Apôtre juge la vie et les écrits
de Luther, de Voltaire et de nos modernes impies? Quand
on a lu leurs ouvrages, on est forcé de les mépriser : de-
spumant confasiones suas. La parole de saint Jude rap-
pelle celle d'Isaïe : « Les impies sont comme une mer
agitée qui ne peut se calmer, et dont les flots vont inonder
le rivage d'une écume fangeuse. » (Is., lvii, 20.)
Sidéra errantia. Plusieurs de ces hommes avaient des
talents brillants, l'on espérait qu'ils allaient répandre
sur l'Eglise la lumière de la vérité ; mais ils ont paru
comme des astres errants qui secouent sur le monde des
feux sinistres.
Saint Jude compare les hérétiques à ces comètes que
nous voyons passer dans notre monde, puis aller s'en-
foncer dans les solitudes infinies de l'espace.
Quibus procella tenebrarum servata est in œternum,
La tempête des ténèbres est réservée pour l'éternité à ces
impies (1). -
Ces hommes funestes qui ont répandu dans l'Eglise
les ténèbres de l'erreur sous le nom de lumière, méritent
bien d'être envoyés eux-mêmes dans les éternelles ténè
(1) En grec, oU b Çipog roï gxôtouç ds sawva t£t»5/î-/?t5u, quibus caligo
tenebrarum in œtermcm servata est. La Vulgate peut s'expliquer dans
le même sens ; car le mot procella ne signifie pas seulement une tem-
pête, mais encore un sombre amoncellement de nuages, comme lorsque
Lactance dit en racontant l'ascension de Notre-Seigneur : circumvolvit
eum procella nubis, et subtractum oculis hominum rapuit in cœlum.
(De Morte persecut., c. n.) Voyez II Petr., n, 17.
— 511 — Jud.
bres des supplices. Recte in tenebras tormentorum mit-
tentur œtemas, qui in Eccîesia Dei sab nomine lucis te-
nebras inducebant errorum. (Beda.)
14 et 15. Prophetaviê autemetde his septimus ab Adam
Enoch, dicens : Ecce venit Dominas in sanctis millions
sais, — facere jadicium contra omnes, et arguere omnes
impios de omnibus opcribus impietatis eorum, çuibus
impie egerunt, et de omnibus dttris quœ locuti sunt con-
tra Deumpeccatorcs impii. C'est encore des mêmes hommes
qu'Enoch, qui fut le septième depuis Adam, a prophétisé
en ces termes : « Voilà que le Seigneur va venir avec ses
milliers de saints, pour exercer son jugement sur tous
les hommes, et pour convaincre tous les impies de toutes
les œuvres d'impiété qu'ils ont criminellement accomplies,
et de toutes les paroles injurieuses que les pécheurs im-
pies ont proférées contre lui. »
Saint Jude cite les paroles d'Enoch pour confirmer ce
qu'il avait dit plus haut des hérétiques : « Il y a long-
temps que leur jugement est consigné dans les Ecri
tures. » Olirn prxscripti sunt in hoc judicium.
Septimus ab Adam. Voici, en effet, l'ordre généalo-
gique des sept premiers patriarches : Adam, Seth, Enos,
Caïnan, Malaléel, Jared, Enoch, né l'an du monde 622 et
enlevé au ciel l'an 987.
Prophctavit Enoch. Plusieurs ont voulu rejeter cette
Epître comme ne pouvant pas être inspirée de Dieu, parce
que saint Jude citerait, disent-ils. le livre d'Enoch, qui
est apocryphe. Mais citer un passage d'un livre, ce n'est
pas approuver le livre lui-même ni tout ce qu'il contient.
Saint Paul cite des poètes païens : Aratus, Ménandre,
Epiménide ; est-ce qu'il garantit l'orthodoxie de leurs
poèmes? (Act. A., xvn, 28; I Cor., xv. 33 ; Tit., i, 12.)
D'ailleurs il n'est point prouvé que saint Jude cite le
livre apocryphe d'Enoch. La prophétie de ce patriarche
avait pu se conserver par la tradition orale, ou même
être insérée dans des ouvrages que possédaient les Juifs
et que nous n'avons plus.
Enfin, plusieurs ont pensé qu'Enoch avait écrit un livre
— 512 —
prophétique qui aurait été conservé par Noé, mais inter-
polé dans la suite des temps. (Tertull.. de Habitu mul., 3;
S. Aug., Civ. D., 1. XV, c. xxin ; et 1. XVIII, c. xxxvm.)
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'Enoch a prophétisé;
les paroles que saint Jude lui attribue sont divines, et
elles étaient reconnues comme authentiques avant que
saint Jude les eût rapportées (1).
Dicens : Ecce venit Domhius in sanctls millibus suis. Le
Seigneur descendra du ciel accompagné des milliers de
ses saints anges.
Dominas. Le Seigneur dont il parle, c'est le Christ.
Car le Père a donné au Fils la puissance de juger toute
créature : Pateromne judicium dédit F ilio. (S. Joan.,v, 22.)
Par là est confirmée cette parole de saint Pierre, que tous
les prophètes rendent témoignage au Christ, puisque le
Christ est annoncé comme Juge du monde dans le frag-
ment qui nous reste d'Enoch, le plus ancien des pro-
phètes. Huic omnes prophetœ testimonium perhibent.
(Act., x, 43.)
Il a donc été annoncé dès les premiers temps que le
Seigneur viendra à la fin des siècles juger tous les hom-
mes : facere judicium contra omnes. Cela ne veut pas
dire que tous seront accusés et condamnés, mais que tous
comparaîtront devant le tribunal du souverain Juge, qui
récompensera les justes et punira les coupables.
In sanctis. Ce mot désigne les anges. Lorsque Jésus-
Christ descendra du ciel avec ses milliers d'anges, en ce
moment les hommes saints ressusciteront et s'élèveront
dans l'air à sa rencontre. (I ïhess., iv, 16.) Jésus-Christ
nous apprend lui-même que le Fils de l'homme viendra
dans la gloire de son Père, avec une grande puissance et
une grande majesté, et que tous les anges l'accompagne-
ront : et omnes angelicum eo. Alors il s'asseyera sur son
trône et jugera tous les hommes. (S. Matth., xvi, 27 ; et
xxiv, 30 ; et xxv, 31 ; S. Marc, xm, 26 ; S. Luc, xxi, 25.)
(1) Scripsisse nonnulla divina Enoch, illum septimum ab Adam,
negare non possumus, quum hoc in epistola canonica Judas apostolus
dicat. (S. Aug., Civ. D., 1. XV, c. xxm.)
— 513 — Jud.
hi sanclis millions suis% èv àyi'atç [/.upiàaiv aùrou, il viendra
avec ses saintes myriades. Le prophète Daniel voulant
nous faire entendre que le nombre des anges est incalcu-
lable, dit que des milliers de mille servaient le Seigneur,
et dix mille fois des centaines de mille se tenaient en sa
présence : Millia millium ministrabant ei, etdecies millies
cenicna millia assistebant ei. (Dan., vu, 10.) (1)
Etarrjuere om?ies impios de omnibus operibus impietatis
eorum, quibus impie egerunt. Le Seigneur viendra con-
vaincre tous les impies devant les anges et devant les
hommes, à la face de l'univers assemblé, et il manifes-
tera toutes les actions de ces impies (2). Que de hontes
seront alors révélées au grand jour !
Mais les actions ne seront pas seules condamnées : les
paroles d'incrédulité et de blasphème seront aussi frap-
pées de châtiments terribles. Et de omnibus duiis quœ
locuti sunt contra Deum.
Toute violation de la loi divine sera punie. Cependant
Enoch semble oublier tous les autres coupables, pour ne
s'occuper que des pécheurs impies, peccatores impii. C'est
par eux qu'il termine sa terrible prophétie, à^.apT(oXoi
àaeêeïç, car ils sont proprement, comme Satan, les ennemis
de Dieu et de son Christ. Tel est le sort réservé aux
hérétiques qui infestent l'Eglise.
Saint Jude va continuer de les dépeindre.
16. Hi sunt murmuratores, querulosi, secundum desi-
(1) In sanctis millibus suis. On voit une allusion à la prophétie d'Enoch
dans saint Paul : In adventu Domini nostri Jesn Christi cum omnibus
sanctis ejvs. (I Thess., m, 13) ; et dans le Deutéronome : Appariât de
monte Pharan, et cum eo sanctoncm millia. (xxxm, 2.) Et dans Za-
charie : Et reniet Dominus I)evs meus, omnesque sancti cum eo.
(xiv, 5.)
(2) En grec : it€p\ rovtw twv Spyav cfofSs ta; /kùt&v, « il les convaincra
de toutes leurs œuvres d'impiété. » Cela suffisait; mais le prophète
ajoute par un pléonasme énergique : Su îfliGwxv, impiétés qu'ils ont
faites avec impiété. Quibus impie egerunt est un hellénisme, pour 7""'
impie egerunt, wv ^i^s-x^ au lieu de à r^iQ^x-j. (Synt., i.xxvi.) —
L'Apôtre accumule à dessein les mots qui expriment l'impiété: car c'est
un péché, non de faiblesse ou d'iguoranee, mais d<> malice obstinée :
péché qui défie la justice de Dieu, insulte sa clémence et conduit, pres-
que avec certitude, à la mort éternelle. (I Joan., v, 1(3.)
MITRES CATIIOMQPKS 33
— 514 —
deria sua ambulantes, et os eoritm loquitur sitperba, mi-
rantes personas quœslus causa. Autant de traits qui les
caractérisent et les font connaître.
D'abord ce sont des murmurateurs, fv^fwmi : ils censu-
rent tous les actes de l'autorité, ils rabaissent les vertus
et dénigrent les intentions de ceux qui président dans
l'Eglise.
Querulosi, us^iW.co-., ils se plaignent toujours, et ils
ne trouvent jamais qu'on les traite selon leur mérite. Il
en est même qui ont l'audace de murmurer contre la
divine Providence.
En second lieu, ce qui dirige leur conduite, ce n'est
point la crainte de Dieu ou l'amour des hommes ; ils
suivent les mouvements de leurs passions : secundum
desideria sua ambulantes.
Troisièmement, leur bouche profère des paroles d'or-
gueil ; ils sont pleins d'estime d'eux-mêmes et de mépris
pour les autres. Et os eorum loquitur superba.
Cependant il y a des personnes qu'ils admirent et qu'ils
vantent : ce sont les hommes dont ils attendent des récom-
penses. L'intérêt les rend flatteurs : mirantes personas
quœstus causa. L'apôtre avait déjà dit que l'amour du gain
leur faisait imiter la prévarication de Balaam.
A la plus ancienne prophétie qui nous soit parvenue,
saint Jude va joindre les plus récentes : celles des Apôtres.
17 et 18. Vos autem, charissimi, memores estote verbo-
rum quse prœ dicta sunt ab Apostolis Domini nos tri Jesu
Christi; — qui dicebant vobis quoniam in nocissimo tem-
pore veyiient illusores, secundum desideria sua ambulantes
in impietatibus. « Pour vous, mes bien-aimés, souvenez-
vous de ce qui a été prédit par les Apôtres de Notre- Sei-
gneur Jésus-Christ. Ils vous disaient qu'aux derniers
temps il viendrait des imposteurs qui marcheraient au
gré de leurs passions dans toute sorte d'impiétés. »
Ce passage prouve clairement que cette Epître a été com-
posée après la seconde de saint Pierre, puisque saint Jude
en cite, avec les mêmes termes, le verset troisième du troi-
sième chapitre, en attribuant ces paroles aux Apôtres du
— 515 — Jud.
Seigneur. Et s'il indique les Apôtres au pluriel, c'est qu'il
entend joindre le témoignage de saint Paul, lequel écrivait
aussi à Timothée que, « dans les derniers temps plusieurs
abandonneraient la foi pour embrasser des doctrines de
démons » ; in novissimis temporibus, discedenl quidam a
fide, atlendentes spiritibus erroris et doctrinis dœmonio-
rum. (I Tim., iv, 1 ; et II Tim., nr, 1.)
Dicebant vobis, ils vous le disaient. Maintenant ils ne
vous le disent plus; car ils ont été immolés pour le nom
de Jésus-Christ. Saint Jude écrivait cette lettre après le
martyre de saint Jacques le majeur, de saint Jacques le
mineur son frère, et celui de saint Pierre et de saint Paul.
Peut-être même restait-il, avec saint Jean et saint Simon,
le seul survivant des x\pôtres. Car on ignore l'époque
précise de la mort de saint Simon et de saint Jude, qui
souffrirent ensemble le martyre en Perse.
Dicebant. Il ne dit pas scribebant, car tous les Apôtres
n'ont pas écrit, et ceux mêmes qui ont écrit n'ont pas
écrit tout ce qu'ils ont enseigné. Or l'on doit respecter
comme divin leur enseignement oral, aussi bien que les
paroles qu'ils nous ont transmises par l'écriture.
In novissimo tempore. Le dernier temps est la période
qui court du premier au second avènement du Christ.
Venient illusores secundum desideria sua ambulantes.
Saint Jude reproduit ici, comme nous l'avons remarqué,
les paroles de saint Pierre, c Sachez qu'il viendra, aux
derniers temps, des fourbes et des imposteurs qui sédui-
ront les simples et qui marcheront au gré de leurs désirs
dans toute sorte d'impiétés. » ( II Petr., ni, 3.)
Illusores, saimxTa'. (d' èaTtatÇw, illiido). Ce sont des im-
posteurs : ils se jouent de la crédulité des hommes; ils
méprisent ceux qu'ils trompent.
Ambulantes in impietatibus. Céder à l'entraînement de
la passion, c'est ce qui arrive à un grand nombre de
pécheurs : ils tombent, se relèvent et leur faiblesse les
fait retomber encore. Mais ce qui rend les inventeurs
d'hérésies spécialement criminels, c'est qu'ils marchent
constamment dans leurs impiétés, c'est qu'ils légitiment
— 516 -
et propagent les vices non seulement par leurs exemples,
mais encore par leurs doctrines impures.
19. 11 i sunt gui segregant semet ipsos, animales, spi-
ritum non habentes. D'abord ils se séparent eux-mêmes
du commun des fidèles ; ils forment des groupes qui ne
pensent point comme les autres chrétiens; ils prétendent
corriger la tradition apostolique et réformer l'enseigne-
ment général des pasteurs. Ils veulent se distinguer de
la foule.
Secondement, ils sont animales, ^u/txot. Ce mot dérivé
Ranima, ^oyf^ présente deux significations, selon qu'on
l'entend de l'âme sensitive, ou de l'âme intelligente. Dans
la première acception, le terme animales veut dire que
les hérétiques se conduisent selon les désirs des sens et
qu'ils veulent satisfaire leurs appétits charnels par toutes
sortes de voluptés. Ils mènent une vie animale.
Si l'on rapporte animales, <W/yA, à l'âme intelligente,
ce mot répondra à peu près à notre terme de rationalistes.
Ils ne raisonnent point selon les principes de la foi; ils se
bornent aux connaissances qu'ils peuvent acquérir par
leurs facultés naturelles ; ils rejettent la parole révélée,
et, par un juste jugement de Dieu, ils tombent au-dessous
de la raison humaine, perdent le bon sens vulgaire et
deviennent insensés. Dicentes se esse sapientes stulti facti
sunt. (Rom., i, 22.)
Rien n'empêche d'admettre les deux interprétations.
Car Dieu livre à leur sens réprouvé les orgueilleux qui
rejettent sa parole ; en sorte qu'on les voit se déshonorer
par les actions les plus honteuses. (Rom., i. — Voyez
S. Jac, ni, 15 ; et S. Joan., i, 6.)
Enfin, ils n'ont point l'esprit sublime qu'ils se vantent
de posséder, spiritum non habentes (1). C'est encore ce
(l) Spiritum non habentes, irveû/ta ,u-ô e^wre». Si l'Apôtre avait mis
ib nveû/uœ avec l'article, il eût désigné le Saint-Esprit ; mais ayant écrit
seulement irveu/*« sans article, il fait entendre que ces hérétiques n'ont
point, comme ils s'en vantent, l'esprit éclairé de lumières supérieures.
— Les Gnostiques prétendaient qu'en possédant la science sublime de
l'Etre suprême, ils étaient devenus spiritales, TtviupxTtxot, et ils mépri-
— 517 — Jucf.
que saint Paul disait aux Corinthiens : L'homme animal,
grossier, qui suit les appétits charnels, ou .l'homme qui
veut se réduire aux seules lumières de sa raison, ne
conçoit point les vérités qu'enseigne l'Esprit de Dieu.
Animalis homo non percepit ea quae sunt Spiritus Dei.
(I Cor., ii, 14.)
20. Vos autem , charissimi , supergedificantes vosmet
ipsos sanctissimœ vestrœ fidei, in Spiritu Sancto orantes.
Pour vous, mes bien-aimés, ayez soin d'élever dans vos
âmes un édifice spirituel sur le fondement de votre très
sainte foi, en priant dans le Saint-Esprit.
C'est la conclusion de l'Epître. Saint Jude a prémuni
les fidèles contre les hérétiques. Maintenant il leur dit :
la foi que vous avez reçue et que vous gardez, est véri-
table, inébranlable et très sainte. Il faut bâtir sur ce
ferme fondement l'édifice de votre perfection.
Superœdi/îcantes. Chaque fidèle doit faire de son cœur
un temple orné de vertus, afin que la majesté de Dieu y
réside. Rien de plus fréquent dans les discours aposto
liques que ce terme d'édifice spirituel que nous élevons,
de maison que nous bâtissons, de temple saint que nous
édifions et dont nous faisons partie nous-mêmes, étant
posés, comme des pierres vivantes, sur le fondement qui
est Jésus-Christ. Et ipsi tcuujuam lapides vivi superaedifï-
camini, domns spiritualis. (I Petr., ir, 5.) Nous entrons
dans la structure de cet édifice de vertus pour devenir
la maison de Dieu par le Saint-Esprit qui habite en nous.
Et vos coœdificamini in habUaculum Dei in Spiritu.
(Eph., ii, 22.) C'est ce que saint Augustin explique
avec clarté par ces paroles : « La maison de Dieu est
fondée par la foi, élevée par l'espérance, achevée et per
fectionnée par la charité. » Domus Deicredendo fundatur,
sperando erigitur, dilicjendo perficitur. (Sermo xxvi, 1.)
In Spiritu Sancto orantes. Il faut invoquer l'Esprit-
Saint pour bien prier; car c'est lui qui nous excite à la
saient le reste des ho mains qui n'étaient a leurs yeux que des animales
ou psychites, ^-/ia-â. Saint Jude déclare au contraire qu'ils sont eux-
mêmes animales et ni 'ii tpiritaUê.
— 518 —
prière, lui qui prie en nous, lui qui gémit en nous ; et
sans sa grâce, nous ne pouvons pas même invoquer le
nom du Seigneur Jésus. (Rom., vin, 26; I Cor., xn, 3.)
Ils se trompent donc ceux qui croient pouvoir prier par
la seule force de leur volonté. Falluntur qui putant esse a
nobis, non dari nobis, ut petamus, quœramus, pulsemus.
(S. Aug., De Dono persev., xxni.)
21. Vosmet ipsos in dilectione Dei servate exspectantes
miser icordiam Domini nostri Jesu Christi in vitam œter-
nam. Elevant dans vos âmes l'édifice des vertus chré
tiennes, « conservez-vous dans l'amour de Dieu, et atten
dez la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour
obtenir la vie éternelle. » Nous nous conserverons dans
l'amour de Dieu, si nous posons des œuvres pieuses sur
le fondement de la foi, et si nous prions dans le Saint-
Esprit qui prie avec nous et pour nous, lorsque nous
l'invoquons. (Rom., vin, 26.) Alors nous pourrons atten-
dre avec confiance la vie éternelle, qui nous sera donnée
par la miséricorde de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-
Christ.
In dilectione Dei, conservez-vous dans l'amour de Dieu.
Est-ce l'amour dont Dieu nous aime, ou par lequel nous
aimons Dieu ? C'est l'un et l'autre amour, car celui qui
aime Dieu est aimé de Dieu.
Misericordiam Domini in vitam œternam. Nous devons
opérer nous-mêmes notre salut. Cependant nous attendons
la vie éternelle bien plus de la miséricorde divine que de
nos mérites, puisque nos propres mérites sont dus à la
miséricorde et à la grâce, sans laquelle nous ne pouvons
faire aucune bonne œuvre digne du ciel. Quand Dieu
nous donne la couronne de gloire, ce sont ses dons qu'il
couronne : coronando mérita coronas dona tua. (Liturgie.)
22 et 23. Et hos quidem arguite judicatos ; — illos vero
salvate, de igné rapientes; aliis autem miseremini in
timoré. Saint Jude trace maintenant la manière de se
conduire à l'égard des divers pécheurs. Il les partage en
trois classes.
Pour les hérétiques obstinés, qui continuent de soutenir
— 519 — Jud.
des erreurs réprouvées par l'Eglise, combattez-les, dit-il
aux fidèles, réfutez-les, confondez-les. Ce sont des pé-
cheurs condamnés et retranchés de l'Eglise : arguite
judicatos (1).
Quant aux âmes simples, qui courent le péril d'être
séduites, ou que les hérétiques ont déjà trompées, mais
qui ne sont pas obstinées dans l'erreur, sauvez-les,
arrachez-les du feu de l'enfer, où elles brûleraient, si
elles ne revenaient pas à l'intégrité de la foi : illos vero
salvate, de igné rapientes.
Enfin il y en a d'autres que la fragilité humaine a fait
tomber dans le péché : au lieu de les mépriser et de les
traiter avec hauteur, ayez pitié d'eux en craignant pour
vous-mêmes : aliis autem miseremini in timoré.
C'est le conseil que saint Paul donnait aussi aux Ga-
lates : Si quelqu'un d'entre vous tombe dans une faute,
disait-il, redressez-le avec douceur, en considérant votre
propre faiblesse et en craignant d'être tentés vous-mêmes
et de faire une chute semblable. Considerans te ipsum,
ne et tu tenter is. (Gai., yi, 1.)
Odientes et eam quœ carnalis est maculatam tunicam.
« Et haïssez la tunique qui est souillée par la corruption
de la chair. » On voit dans le Lévitique que les vête-
ments d'un homme impur sont impurs, et qu'on ne peut
les toucher sans devenir immonde. (Lév., xv.) Par cette
allusion aux vêtements impurs, saint Jude recommande
aux chrétiens de se préserver avec soin du contact de
ceux dont la vie n'est pas chaste, ou dont la croyance
n'est pas orthodoxe ; car, en les fréquentant, l'on pour-
rait être infecté du même mal. Une allégorie de l'Ecclé-
siastique donne un semblable précepte : Celui qui touche
la poix, en sera souillé : Qui tetigerit picem inquinabitnr
ab ea. (Eccli., xm, 1.) On évite les personnes qui ont la
(1) Judicatos. Le grec <3iaxprjoy.l*ou; présente deux sens : Qui sese ipsi
discernant et segveyant ; ou bien, qui judicio Ecclesiœ discerna ntur
et damnati sëparantur. La Yulgate a pris le second sens : Leur cou
damnation est prononcée : réfutez-les, afin qu'ils ne pervertissent pas
le< autres.
— 5-20 —
peste et l'on se garde de toucher leurs vêtements : fuyez
de même les hommes corrompus ; ou, si la charité vous
porte à les secourir et à les avertir, faites-le avec pru
dence, afin qu'ils ne vous perdent pas vous-mêmes.
Saint Jude termine sa lettre par une magnifique doxo-
logie, qui est tout à la fois une louange de Dieu et une
prière pour les fidèles, afin qu'ils soient conservés dans la
sainteté, jusqu'au jour où Notre-Seigneur viendra juger
tous les hommes et couronner les saints dans la gloire.
24 et 25. Et autem qui potens est vos conservare sine
peccato, et constituer e ante conspectum cjloriae suœ im-
maculatos in exsultatio?ie> in adventu Domini nostri Jesu
Christi, — soli Deo Salvatori nostro, per Jesum Christum
Dominum noslrum, c/loria et magnificentia, imperium et
potestas ante omne sœculum, et mine, et in omnia sœcula
sœculoruni. Amen.
« A celui qui est assez puissant pour vous conserver
sans péché. » Demeurer sans péché malgré les séductions
du monde, la corruption de la concupiscence et les tenta-
tions du démon, est sans doute une vertu supérieure à
la nature humaine. Mais rien ne nous est impossible
avec la grâce que Jésus-Christ nous a méritée et qui
nous est offerte. C'est là une vérité qu'il faut persuader
aux justes et aux pécheurs : aux justes, afin qu'ils se
confient dans la puissance de Dieu, tout en se défiant de
leur faiblesse ; aux pécheurs, afin qu'ils sachent bien que
leur salut est possible, facile même, s'ils le veulent. Car,
avec la grâce de Dieu, il n'est point de tentation qu'on ne
surmonte, point de chaîne qu'on ne rompe, point de vice
qu'on ne déracine.
Constituere immaculatos, « A celui qui est assez puis-
sant pour vous faire paraître purs et sans tache devant
le trône de sa gloire. » Comment un pauvre pécheur, qui
a commis beaucoup de fautes mortelles depuis son bap-
tême, pourra- t-il se présenter devant le tribunal du Sou-
verain Juge, entièrement purifié, sans tache, sans au-
cune dette envers la justice divine? Cela est difficile,
même avec les sacrements de la Pénitence et de l'Eucha-
— 521 — Jud.
ristie. Cependant si nous voulions profiter des grâces et
des indulgences qui nous sont offertes, ce bonheur serait
moins rare ; et les peines terribles du purgatoire seraient,
pour un grand nombre, ou supprimées ou abrégées.
In exsultatione , in adventu Domini nost?%i Jesu Christi.
« Paraître dans un ravissement de joie à l'avènement de
Notre-Seigneur Jésus-Christ », est un bonheur qui, mal-
gré l'impiété du siècle, est souvent accordé à des religieux
et à des religieuses, à des prêtres et à des laïques, qui
ont passé leur vie dans l'humilité et la pureté, dans la
pénitence, la prière et les bonnes œuvres. Ils meurent en
paix ; ils sortent avec joie de ce monde pour aller à la
rencontre de Jésus-Christ qu'ils ont aimé (1).
2o. Soli Deo salvatori ?wstro, « à Dieu seul notre Sau-
veur. » Ce titre de Sauveur, qui est habituellement ré-
servé à Jésus-Christ, est ici attribué au Père, car il nous
a sauvés en nous donnant son Fils. On peut aussi le rap-
porter à la très sainte Trinité, qui nous a sauvés par le
Christ. C'est ainsi qu'on interprète cette parole de saint
Paul : « Nous espérons dans le Dieu vivant, qui est le
Sauveur de tous les hommes et principalement des fi-
dèles. » (I Tim., iv, 10. Voyez encore même Epître, n 3.)
Gloria et magnificentia, imperhim et potestas. « A Dieu
la gloire et la magnificence, l'empire et la puissance. »
Dieu possède par lui-même la gloire dans son essence.
La magnificence est dans ses œuvres, puisqu'il a fait les
cieux et la terre. Il exerce l'empire dans le gouvernement
de ses créatures, qu'il a tirées du néant par sa parole ;
en sorte que sa volonté s'accomplit en toutes choses, et
que rien ne résiste à sa puissance (2).
(1) In adventu Domini nostri Jesu Christi. Ces mots ne sont pas
dans le grec, et ne se lisent pas non plus dans tous les exemplaires
latins. Ils semblent une glose très estimable empruntée à saint Paul,
qui écrit aux Thessaloniciens la même pensée : Ad confirmant! i corda
vestra sine querela in sanctita.te, ante Deum et Patron nostrum, in
adventu Domini nostri Jesu Christi non omnibus sanctis ejvs.
(I Thess., ni, 13.)
(2) Imperium, xfsrro?, est la force avec laquelle Dieu fait tout ce
qu'il veut. Potestas, iÇouvl*, est l'autorité suprême à laquelle toute
rolonté soit des hommes soit des an^es doit obéir.
Avec gloria, magnificentia, impcrium et potestas, on
sous-entend tout à la fois est et sit. Dieu possède la gloire,
je le confesse avec joie. Qu'il possède la gloire ! c'est le
vœu de mon âme.
Que toutes les créatures rendent gloire et hommage à
Dieu par Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Médiateur,
qui est, dans son humanité, le Chef de toute la création :
Per Jesum Christum Dominum nostrum.
Et que Dieu possède la gloire et la majesté maintenant
et dans tous les siècles des siècles, comme il la possédait
au sein de son éternité, avant qu'aucun siècle eût com-
mencé son cours. Ainsi soit-il ! Ante omne sœculum, et
nimc, et in omnia sœcula. Amen.
Ante omne sœculum, « avant tout siècle. » Cette expres-
sion est une de celles qui expriment le plus clairement
l'éternité.
Comme on le voit, cette magnifique doxologie ressemble
beaucoup à celle qui termine l'Epître aux Romains et à
celle que l'Eglise a consacrée dans sa liturgie.
Répétons-la pieusement sur la terre, afin de la chanter
dans le ciel avec les saints et les anges.
FIN
TABLE DES MATIÈRES
Abraham justifié par les œuvres.
Jac, h, 20-24.
Affliction, sujet de joie pour le
chrétien. Jac, i, 2.
Agapes ou repas fraternels. Les
hérétiques les déshonoraient par
leur intempérance. II Petr., n,
13; Jud., 12.
Ambition, cause de l'apostasie.
Jud., 11.
Amour de Dieu à notre égard. I
Joan., iv, 8-17. — Nous devons
aimer Dieu, parce qu'il nous a
aimés le premier. I Joan., iv, 10,
19. — L'amour de Dieu consiste
à garder ses commandements. /
Joan., u, 5 ; v, 3. — On ne peut
pas aimer Dieu sans aimer le
prochain. I Joan., iv, 20, 21.
Antechrists. Il y en a déjà dans le
monde un grand nombre, qui
sont les précurseurs du dernier.
/ Joan., ii, 18, 19; iv, 3; 77
Joan., 7.
Apôtres. Ce qu'ils ordonnent ou
enseignent, c'est Jésus-Christ
qui l'enseigne et l'ordonne. II
Petr., m, 2.
Arbres qui ne fleurissent qu'à la fin
de l'automne, image des doc-
teurs de mensonge. Jud., 12.
Arius, exemple du péché qui va à
la mort. I Joan., v, 16.
Aspersion du sang de Jésus-Christ:
nous la recevons dans le bap-
tême, la pénitence et l'eucha-
ristie. I Petr., i, 2.
Astres errants, image des héréti-
ques. Jud., 13.
Avarice (1') et l'ambition multi-
plient les apostats. Jud., 11.
Avocat. Jésus-Christ est notre avo-
cat : si nous lui confions notre
cause, il ne nous laissera pas
condamner. I Joan., n, 1.
Babylone. Saint Pierre désigne
par ce nom la ville de Rome.
I Petr., v, 13.
Balaam confondu par une ânesse.
II Petr., n, 16.
Blasphèmes. Les impies blasphè-
ment ce qu'ils ignorent. Jud.,
10; II Petr., u, 12.
Borborites, secte infâme de G-nos-
tiques. II Petr., n, 21.
— 524
Cala, au lieu d'imiter la piété de
son frère, le tua. / Joan., m, 12.
Calomnies contre les premiers chré-
tiens. I Petr., », 12. — Elles
étaient occasionnées par les hon-
teux désordres des hérétiques.
II Petr., ii, 2.
Charité mutuelle. Qu'elle soit per-
sévérante ; elle couvre une mul-
titude de péchés. I Petr., iv, 8.
— La charité fraternelle est le
signe que nous sommes passés
de la mort à la vie de la grâce.
/ Joan., ni, 14. — C'est elle qui
distingue les enfants de Dieu des
enfants du diable. 1 Joan., m,
10. — Elle nous oblige à secourir
nos frères dans le besoin, et
même quelquefois à donner no-
tre vie pour eux. I Joan., ni,
16-18. — La charité parfaite, ou
l'amour de Dieu parfait, chasse
la crainte. I Joan., iv, 18.
Chien retournant à son vomisse-
ment, image du pécheur retom-
bant dans ses premiers désor-
dres. II Petr., n, 22.
Chrétiens (les) sont des étrangers
sur la terre. I Petr., n, 11.
Colère (la) de l'homme n'opère
point l'œuvre de Dieu. Jac, i,
20.
Commandements. Nous savons que
nousaimons Jésus-Christ, si nous
observons ses commandements.
i" Joan., n, 3. — Le grand com-
mandement du Seigneur Jésus
est d'aimer Dieu et le prochain.
/ Joan., n, 7, 8, V.
Commencement de l'Eglise. Le
salut consiste à croire et a pra-
tiquer ce qui a été enseigné dès
le commencement. / Joan., n,
24.
Concupiscence. Elle est la cause de
toutes les guerres entre les hom-
mes. Jac, iv, 1.
Confession. Jac, v, 1G. — Confes-
sion des péchés faite au prêtre :
on en voit remonter l'usage aux
premiers siècles de l'Eglise. I
Joan., i, 9.
Conversion des pécheurs : com-
bien il importe de prier pour la
conversion des pécheurs. Jac,
v, 19, 20.
Coré, Dathan et Abiron : ceux qui
imitent leur révolte seront pu-
nis comme eux. Jud., 11.
D
Déluge. Le nombre des coupables
n'arrêta poini la justice de Dieu;
au contraire, leur multitude ex-
cita sa colère. II Petr., n, 5. —
L'inondation de la terre entière
a pu être successive et non si-
multanée. II Petr., iii,6. — Huit
personnes seulement furent sau-
vées dans l'arche. I Petr., m, 19,
20. — Eaux du déluge, figure du
baptême. Ib., 21.
Demandes. Dieu exauce toutes nos
demandes qui ont pour objet no-
tre salut. I Joan., v, 14. — Sou-
vent nos demandes ne sont pas
exaucées, parce que nous de-
mandons mal. Jac, iv, 3. —
Demandons la vie d'un frère dont
le péché ne va pas a la mort, et
la vie lui sera donnée. I Joan.>
v, 16.
525 —
Diotréphès, chef d'une église, ré-
volté contre saint Jean. III
Joan., 9.
Divinité de Jésus-Christ prouvée
par le témoignage du Père. II
Petr., 17.
Double. L'homme double est celui
qui veut concilier la religion avec
ses passions. Jac, i, 8.
E
Ecriture (1') sainte, étant la parole
de Dieu, ne peut rien contenir
de faux. II Petr., i, 21. — Les
divines Ecritures deviennent une
source de mort pour les héréti-
ques. II Petr., ni, 16.
Edifice spirituel de vertus que nous
devons élever dans nos âmes.
Jud., 20.
Electe est le nom d'une femme et
non pas d'une église. II Joan., I.
Elie. Son exemple montre l'elfica-
cité d'une prière fervente. Jac,
v, 17.
Enfance. Il y a une enfance spiri-
tuelle comme une enfance corpo-
relle. I Petr., ii, 2.
Enfants. Nous sommes les enfants
de Dieu, nous qui croyons en
Jésus-Christ. / Joan., m, 1 ; v,
1. — L'enfant de Dieu ne pèche
pas, et ne peut pas pécher, I
Joan., m, 9; v, 18. — Saint Jean
écrit aux petits enfants pour leur
rappeler leur Père qui est dans
les cieux. / Joan., n, 14.
Enfers. Descente de Jésus aux en-
fers. I Petr., m, 19, 20.
Enoch, sa prophétie authentique.
Jud., 14, 15.
Epîtres catholiques, leur authenti-
cité. Préface, p. vi.
Epître de saint Jude, composée
après la seconde de saint Pierre.
Jud., 17, 18.
Epîtres de saint Paul renfermant
des choses difficiles à compren-
dre. II Petr., m, 1(3. — Elles
sont déclarées Ecriture divine
par saint Pierre. Ib.
Epreuve. Ceux qui supportent l'é-
preuve recevront la couronne de
vie que Dieu a promise a ceux
qui l'aiment. I Jac, i, 12.
Esclaves. Ils doivent obéir à leurs
maîtres. I Petr., u, 18.
Evêque, episcopus : origine de ce
mot. I Petr., 25.
Exnmen (Y) des doctrines appar-
tient à l'Eglise. I Joan., iv, 1.
Femmes : elles doivent être sou-
mises ii leurs maris, <'t vêtues
modestement. I Petr., m, l-<5.
Fin (la) de toutes choses est pro-
che. / Petr., iv, 7.
Flatteurs. Les hérétiques admirent
et flattent ceux dont ils atten-
dent des récompenses. Jud., Pi.
Flots. Les hérétiques ressemblent
aux flots fangeux d'une mer agi-
tée. Jud., 13.
Foi : elle ne sauvera pas sans les
bonnes œuvres. Jac, n, 14-26:
II Petr., i, 10.
Frères. Tous les chrétiens sont
frères en Jesus-Christ par leur
naissance spirituelle. / Petr.,
i,23.
— 526 —
G
Grec présentant un sens préférable
à celui de la Vulgate. II Petr.,
ii, 10; Jac, m, 7. — Exemplai-
res grecs évidemment corrom-
pus II Petr., ii, 8. — Grec mal
lu. Jac, v, 12 ; II Petr., n, 8.
Haine. Celui qui hait son frère
est homicide. I Joan., m, 15.
Hérésie veut dire choix, car l'héré-
tique choisit iui-même ce qu'il
veut croire. II Petr., n, 1. —
Les inventeurs et les propaga-
teurs d'hérésies vont rejoindre
dans l'enfer ceux qu'ils y préci-
pitent. II Petr., ii, 3 ; Jud., 12.
Hérétiques des premiers temps :
leurs honteux désordres faisaient
que la religion était décriée et
persécutée. Il Petr. , n, 2 ;
I Petr., ii, 12.
Héritage. Un héritage incorrup-
tible nous est réservé dans les
cieux. I Petr., i. 4.
Idoles. Il faut prendre garde de
participer à leur culte. I Joan.,
v, 21.
Impies : ils sont, par un juste ju-
gement de Dieu, abandonnés a
l'esprit d'erreur. Jud., 4.
Imposteurs. Les hérétiques se
jouent de la crédulité de ceux
qu'ils trompent. Jud., 18.
Impureté (1') est un péché qui ne
cesse point. II Petr., n, 14.
Incrédules: plusieurs furent sauvés
au temps de Noé, et leurs Ames
visitées aux enfers par rame de
Jésus-Christ. I Petr., m, 19, 20.
Inquiétudes. Il faut jeter toutes
ses inquiétudes dans le sein de
Dieu. / Petr., v, 7.
Intelligence. C'est par l'intelli-
gence que commence et croit
en nous la vie de la grâce.
II Petr., i, 2.
Interprétation (1') de la sainte
Ecriture appartient à l'Eglise.
II Petr., i, 20.
Interprète. Chaque fidèle n'est
point l'interprète des Ecritures.
I Joan., n, 27.
Jésus -Christ est le vrai Dieu.
I Joan., y, 20. — Sa divinité prou-
vée par saint Pierre. // Petr.,
i, 17, 18, 19. — C'est Jésus-Christ
qui délivra les Hébreux de la
servitude de l'Egypte, et les
punit ensuite dans le désert.
Jud., 5. — C'est lui qui précipita
dans l'enfer les anges rebelles.
Jud., 6. — Jésus-Christ et ses
— 527 —
mystères sont l'objet de la con-
templation des anges. / Petr.,
i, 12. — Jésus-Christ notre mo-
dèle dans les souffrances. IPetr. .
ii, 21-24. — Nous tressaillirons
d'une joie ineffable et glorifiée
à l'avènement de Jésus-Christ.
I Petr., i, 8.
Jurement : il faut s'en abstenir.
Jac., v, 12.
Lampe. La sainte Kcriture est une
lampe qui nous éclaire dans les
ténèbres de ce monde. II Petr.,
i, 1D.
Langue : les maux qu'elle cause.
Jac, m, i, 12. — On n'est pas
religieux, si on ne réprime sa
langue. Jac, i, 26.
Leçon absurde selon le grec, ré-
tablie sur la Vulgate. II Petr.,
n, 8.
Lecture vicieuse du grec. Jac,
v, 12 : 27 Petr., n, 8.
Liberté chrétienne : les hérétiques
la changent en une impure li-
cence. II Petr., ii, 19.
Limbes : L'âme de Jésus-Christ y
est descendue. I Petr., iv, 6.
Lumière. Dieu est lumière, sens
de ce mot. I Joan., i, 5.
Luxure. Comment les hérétiques
changent la grâce de Dieu en
luxure. Jv.d., 4. — Il est difficile
de trouver un hérétique qui
Mme la chasteté. II Petr., n, 2.
M
Maris : ils doivent traiter leurs
femmes avec bonté, respect et
chasteté. 2" Petr., ni, 7.
Mensonge. Le plus funeste de tous
les mensonges est de nier que
Jésus soit le Christ et le Sau-
veur des hommes. I Joan., 22.
M- sa agers. Les Apôtres, les évê-
ques, les prêtres sont des mes-
sagers de bonnes nouvelles.
/ Joan., i, 4.
Michel (saint): sa dispute contre
Satan au sujet du corps de
Moïse. Jud., 9.
Missionnaire : lui faire l'aumône,
c'est coopérer à la conversion
des âmes. III Joan., 8.
Monde. Le monde d'aujourd'hui
n'est plus tout à fait le même
qu'avant le déluge. II Petr.,
m, G, 7. — Nous sommes à la der-
nière heure du monde. I Joan.,
n, 18. — Le monde périra par le
l'eu. IL Petr., m, 7-11. — Un
inonde nouveau succédera à.
celui-ci. Ib., 13. — Il ne faut
pas aimer le monde, parce qu'il
passe, et parce que tout ce qui
est dans le monde porte au pé-
ché. I Joan., n, 15-17.
Murmurateurs et censeurs de
l'autorité, caractère des impies.
Jv.d., 15.
— 528 —
N
Nature divine : comment nous y
participons. II Petr., i, 4.
Nuages, symbole de la doctrine
des hérétiques. II Petr., n, 17.
Nuées sans eau, tels sont les hé-
rétiques. Jud., 12.
Œuvres. Nécessité des bonnes
œuvres. Jac, n, 14-26. — Ceux
même qui souffrent doivent faire
des bonnes œuvres. I Petr.,
iv, 19. — L'élection à la gloire a
besoin d'être confirmée par les
bonnes œuvres. II Petr., i, 10.
Onction. Nous participons h l'onc-
tion du Christ. I Joan., n, 20, 27.
— L'onction des malades, ses
effets. Jac, v, 14-15.
Parole de Dieu : il ne suffit pas
de la croire, il faut la pratiquer.
Jac, i, 22-25.
Passion. La méditation habituelle
de la Passion de Jésus-Christ est
un bouclier qui nous rend invul-
nérables aux traits de Satan.
I Petr., iv, 1.
Pasteurs : quels sont leurs devoirs?
I Petr., v, 1-13. — Le bon pas-
teur mérite d'être comparé aux
martyrs. Ib., 4. — Le plus grand
bonheur d'un pasteur des âmes
est de voir son troupeau mar-
cher dans la vérité et la piété.
III Joan., \,
Patience. Dieu use d'une longue pa-
tience envers les pécheurs, parce
qu'il veut leur salut. II Petr.,
m, 15. — La condition du chrétien
en ce monde est d'être éprouvé
par la patience. I Petr., îv, 12.
— La patience est ce qu'il y a
de plus grand dans l'Eglise. Jac,
i, 3, 4. — Job est le modèle de la
patience. Jac, v, 11.
Paul (saint). Saint Pierre fait son
éloge. Il déclare que toutes ses
Epitres sont Ecriture divine.
II Petr., ni, 15, 16.
Pauvre. Il faut l'honorer autant
que le riche. Jac, n, 1-11.
Péché (le) est la violation de la
loi divine. I Joan., m, 4. — Nul
homme n'est sans péché. Jac,
m, 2 ; I Joan., i, 8. — Celui qui
connaît Jésus -Christ ne veut
commettre aucun péché. I Joan.,
m, 6. — Il y a un péché qui va
presque certainement à la mort
éternelle. I Joan., v, 16.
Pécheurs partagés en trois classes,
conduite qu'on doit tenir à leur
égard. Jud., 22, 23.
Perdition. Dieu ne veut la perdi-
tion d'aucun homme, mais que
tous les pécheurs se repentent
et soient sauvés. II Petr., ni, 9.
Personne. Diviser Jésus en deux
personnes est une hérésie.
I Joan., iv, 3. — Un ne doit pas
faire acception de personnes.
Jac, n, 1, 9.
- 529 —
Pierre. Jésus-Christ est la pierre
angulaire de son Eglise. I Petr.,
ii, 4, 6. — Il est une pierre de
scandale pour les incrédules .
I Petr., ii, 8. — Les chrétiens
sont les pierres vivantes du
temple spirituel qui est l'Eglise.
/ Petr., ii, 5.
Pourceau lavé, puis vautré de nou-
veau dans la fange, c'est le pécheur
retombant dans le péché après
qu'ila été justifié. II Petr., ii, 21.
Précepte. Il n'y en a qu'un ; mais
il ordonne deux choses insépa-
rables : la foi et la charité.
I Joan., ni, 23.
Prêcher. Il est moins périlleux
d'écouter la parole de vérité, que
de la prêcher. Jac, i, 19.
Prédestination. Est -elle antécé-
dente aux mérites ? II Petr.,
i, 10.
Prédication de la parole divine, son
importance. I Petr., v, 2.
Prescience de Dieu, connaissance
efficace, qui prépare ce qu'elle
voit. I Petr., i, 20.
Prêtre. Tout chrétien est prêtre et
roi dans un sens spirituel.
I Petr., ii, 5, 9.
Preuves. Saint Pierre demande
que tous les chrétiens connais,
sent les preuves de la religion
et puissent rendre raison de leur
croyance a. ceux qui les interro-
gent. / Petr., in, 15.
Princes. Les chrétiens doivent leur
être soumis. / Petr., n, 14-18.
Prière : ses qualités. Jac, i, 6. —
Sa puissance, v, 17, 18.
Prophètes menteurs : il y en avait
chez le peuple ancien ; de même
il y aura dans l'Eglise des maî-
tres de mensonge. iT Petr.,
ii.l.
Prophéties. Leur objet principal
était le Christ et le salut qu'il de-
vait apporter au monde. I Petr.,
i, 10.
Propitiation. Jésus-Christ est pro-
pitiation pour les péchés du
monde entier. I Joan., n, 2.
Protestants (les), qui rejettent l'E-
glise comme interprète des Ecri-
tures, se confient à des indi-
vidus sans autorité. I Joan.,
n, 27.
Psychites, animales, sens de ce
mot. Il convient aux hérétiques.
Jud., 19 ; I Joan., i, 6.
Purgatoire. L'âme de Jésus-Christ
y est descendue. I Petr., iv, 6.
Rahab justifiée par les œuvres.
Jac, n, 25.
Raison ; elle se perd chez les
hérétiques et les philosophes qui
renoncent à la foi. II Petr., n, 12.
Religion chrétienne : elle est dé-
montrée divine par les prophé-
ties. II Petr., i, 19. — Les
simples fidèles doivent défendre
la religion contre les impies.
Jud., 3.
Résurrection de Jésus-Christ : elle
est le fondement de notre croyance
et de notre espérance. I Petr.,
i,3.
Révélations (les) faites aux Pro-
phètes leur étaient moins né-
cessaires qu'à nous, et c'est pour
nous qu'elles leur étaient faites.
I Petr.,i, 13.
Riche : il doit s'humilier en con-
sidérant sa bassesse. Jac, i,
9, 10, 11. — On ne doit pas le
préférer au pauvre. Jac, n, 1-
11. — Les riches avares amas-
sent pour eux-mêmes des trésors
de colère. Jac, v, 1 G.
ÉPITRES CATHOLIQUES
:;i
— 530
Sagesse. Caractères de la vraie sa-
gesse. Jac, m, 13-18. — Il faut
la demander à Dieu. Jac, i, 5.
— Sagesse terrestre, animale,
diabolique. Jac, m, 15.
Saints. C'était, dans l'origine, le
nom de tous les chrétiens. Jud. , 3.
Saluer. Il ne faut pas saluer les
hérétiques. II Joan., 10 et 11.
Salut. Il consiste à croire et à.
pratiquer ce qui a été enseigné
dès le commencement. I Joan.,
ii, 24.
Sang (le) de Jésus-Christ, voilà le
prix auquel nous avons été ra-
chetés. I Petr,, i, 19.
Science. Sans la science, la vertu
même devient un vice. Il Petr.,
i,5.
Séducteurs. Il en a paru un grand
nombre qui nient l'Incarnation
de Jésus-Christ. II Joan., 7.
Seigneur. Jésus-Christ est notre
Seigneur et notre Maître absolu,
comme Créateur et comme Ré-
dempteur. Jac, i, 1.
Sens. On voit un double sens lit-
téral de l'Ecriture. IPetr., iv, 8.
Société. Pour avoir société avec
Dieu, il faut être dans la lu-
mière de la vérité et de la
sainteté. I Joan., i, 7.
Sodome et Gomorrhe. Le lac qui
recouvre les ruines de ces villes
depuis quatre mille ans atteste
la colère de Dieu contre le vice
impur. II Petr., n, 6. — Elles
sont un exemple de l'éternel châ-
timent réservé aux impudiques.
Jud., 7. — Le souvenir de ces
villes foudroyées s'est conservé
dans l'antiquité profane. Ib.
Tartare, c'est le lieu le plus profond
de l'enfer. II Petr., n, 4.
Témoins. Refuser de croire des
faits miraculeux attestés par des
témoins dignes de foi est une
chose insensée. I Joan., i, 3. —
Trois témoins dans le ciel et
trois témoins sur la terre attes-
tant que Jésus est le Fils de
Dieu. I Joan., v, 6, 7, 8. —
Authenticité du verset des trois
témoins célestes, p. 430-438. —
Quoique morts, les Apôtres con-
tinuent d'être les témoins de la
divinité du Christ. I Joan., i, 2.
Ténèbres. Il n'y a point en Dieu
de ténèbres ; sens de ce mot.
I Joan., i, 5. — Celui qui hait
son frère est dans les ténèbres,
et celui qui l'aime est dans la
lumière. I Joan., n, 9-11.
Tente. Notre corps, séjour pas-
sager de notre âme, n'est point
une maison solide, mais une
tente. II Petr., i, 13.
Tentation. Heureux l'homme qui
la supporte ! Jac, i, 12. — Ori-
gine et progrès de la tentation.
Ib., 13, 14, 15.
Thabor (le) est la montagne de la
Transfiguration. Il Petr., i, 18.
Tradition. Elle supplée aux Ecri-
tures et mérite le même respect.
II Joan., 12. — Traditions ju-
daïques : on en retrouve plusieurs
traces dans le Nouveau Testa-
ment. Jud., 9.
Tunique souillée, image des im-
purs que l'on doit éviter. Jud., 23.
— 531 —
Verbe, >r/°>- ^e mot nous d°nne
une idée de la nature du Fils de
Dieu. I Joan., I, 1.
Vérité religieuse, c'est ce qu'en-
seigne l'Eglise ; erreur, c'est ce
qu'elle condamne. IJoan., iv, 6.
Vertus chrétiennes : saint Pierre
nous en trace le tableau. I Petr.,
in, 8-16.
Vie humaine, son incertitude. Jac,
iv, 14, 15.
Vie spirituelle (la) suit dans son
développement, des lois con-
formes à celles de la vie corpo-
relle. II Petr., i, 2.
Vigilance : combien elle est néces-
saire à cause du démon qui
tourne autour de nous comme
un lion rugissant. / Petr., v, 6.
Vision béatifique : nous serons
semblables à Dieu, parce que
nous le verrons comme il est.
I Joan., m, 2.
Voleur. Le jour du Seigneur vien-
dra comme un voleur. II Petr.,
m, 10.
Vulgate justifiée : intentator,Jac,
i, 13. — Judicatis, Jac, II, 4. —
Exsultabitis, I Petr., i, 8. —
Erat, habitans, II Petr., n, 8.
— Solvit Jesum, I Joan., iv, 3.
— Simus, I Joan., v, 20. —
Maculœ, Jud., 12.
Vulgate corrigée sur le grec : sec-
tas, II Petr. ,n, \0;cœterorum.
Jac, m, 7.
Zèle. Un zèle amer n'est point le vrai zèle. Jac, ni, 13-18.
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